CHAPITRE CC
Comment l’évoque de Liège et ses Liégeois détroussèrent Bousseuvre et plusieurs autres forteresses qui leur faisoienl guerre.
A l’issue du mois d’avril se mit sus à moult grand’ puissance l’évèque de Liège , pour aller combattre et mettre en son obéissance plusieurs forteresses sur la marche d’Ardenne, lesquelles étoient garnies d’aucuns saquemenls qui très souvent alloient courre au pays de Liège et y faisoienl moult de dommages. De.squels étoient les principaux conducteurs et qui les soulenoient Jean de Beaurain , Philippot de Sanguin, le seigneur d’Orchemont et aucuns autres, qui se retrayoienl communément au chàtel de Boussenoch, au Haut-Châtelet, à Yillers devant Alousson , à Aubigny , à Orchemonl, à Beaurain et en plusieurs autres forteresses à l’environ. El se rcnommoienl très souvent les aucuns du roi , et les autres du duc de Bourgogne, et la plus grand’ partie de messire Jean de Luxembourg, comte de Ligny. Et les dessus dits , c’est à savoir Jean de Beaurain et Pliilippol de Sanguin faisoienl guerre en leur nom pour aucuns intérêts qu’ils disoient avoir au service des dits Liégeois. Si assembla le dit évêque de deux à trois mille chevaux, par l’aide des nobles de scs pays, et bien douze ou seize mille hommes de ses communes, très bien habillés et embûtonnés, chacun selon son état, avecque de trois à quatre mille que chariots que charrettes , chargées d’engins, artilleries, vivres et autres habillements de guerre ; lesquels partant de la cité de Liège, les conduisit à Dinant, et de là les mena passer la rivière de IMeuse; et puis parmi les bois, qui duroient bien cinq lieues, allèrent à Rignives, où ils séjournèrent par l’espace de deux jours , pource que le dit charroi cheminoil à grand’ peine et pesamment, pour les chemins, qui étoient effondrés. Auquel lieu de Rignives à son parlement divisa son osl , et fit mettre en quatre balailles, c’est à savoir deux batailles à pied et deux à cheval; et alla le dit évêque tout au long des dites balailles , les admonestant de chacun bien faire son devoir. Si fil partir une partie de ses gens à cheval, qui allèrent loger devant le dit chàtel de Boussenoch, et il les suivit atout ceux de pied, et les fit assiéuu'r tout entour, et affûter
les bombardes, et dresser scs engins contre la porte et muraille du dessus dit fort, dedans lequel furent environ vingt saquements qui moult furent ébahis de voir si grand’ puissance devant leurs yeux,
El adoneque les dessus dits Liégeois mirent la main à l’œuvre, et vidèrent grand’ partie de l’eau des fossés par tranchis qu’ils firent. Et les autres apportèrent une grand’ monljoie de fagots, pour icelles fosses remplir : puis commencèrent à assaillir terriblement et par grand’ vigueur; et tant firent qu’ils prirent le boulevert de la dite forteresse d’assaut; et les défendants se relrahircnt en une grosse tour qui étoit là , et se défendirent une grand’ espace de temps. Mais ce ne rien valut , car ils furent tantôt oppressés de feu et de trait, tant qu’ils se rendirent à la volonté du dit évêque, lequel les fit tous pendre par les hâtereaux aux arbres élanls près la dite forteresse , par un prêtre qui étoit avecque eux comme leur capitaine. Lequel prêtre, après qu’il eut pendu ses compagnons, fut lié à un arbre et brûlé; et la dite forteresse fut démolie et rasée. Et se partit de là icelui évêque , et mena ses gens vers le Haut-Châlelel; desquels il y avoil grand’ partie de ses gens qui vouloient aller devant Hyresson et autres forteresses de messire Jean de Luxembourg, pour tant qu’ils disoient qu’il soutenoit en ses dites forteresses leurs ennemis qui leur faisoient guerre. Mais ce propre jour vint devers le dit évêque sur les champs le bâtard de Coucy , qui leur dit et rapporta que le dit messire Jean de Luxembourg l’avoit là envoyé pour lui certifier qu’il ne vouloit à lui ni à ses pays fors bon voisinage, requérant qu’il ne leur souffrît faire quelque dommage ; et si aucun tort avoit été fait à lui et à scs pays par gens qui se fussent renommés de lui, lui ouï en ses défenses , s’en vouloit rapporter au dit des amis d’un côté et d’autre. Et d’autre part vinrent lettres de par le duc de Bourgogne au dessus dit évêque, par lesquelles lui requéroit qu’il ne fît nul dommage au dit tnessire Jean de Luxembourg, ni aussi au seigneur d’Orchimont. Et par ainsi fut ce propos rompu et mis en délai. El s’en allèrent l’évêque dessus nommé et une partie de ses gens loger à Aubigny, où il trouva que ceux de la garnison s’en étoient fuis de peur qu’ils avoient eue. Et
pour tant fit ardoir la forteresse , et puis s’en alla au Haut-Châtelet, où il y avoit une partie de ses gens qui étoient dedans; et l’avoient abandonné ceux qui le lenoient; et fut abattu comme les autres. Et lors avoit l’évêque intention d’aller à Villiers, et quand ce fut venu à la connoissance d’icelui et de ceux de Mousson et d’Ivoy , doutants le dommage qu’ils pouvoient avoir au pays pour le grand nombre des dits Liégeois, eux-mêmes abattirent le dit fort de Villiers. Et quand ce fut venu à la connoissance du dit évêque, il prit son chemin pour aller à Beaurain ; laquelle forteresse , Jean de Beaurain, qui en étoit seigneur, avoit fait fort réparer, et y édifier quatre tours, dont l’une étoit nommée Hainaut, la seconde Namur, la tierce Brabant, et la quatre Réthel, qui étoient les quatre pays où il avoit pris la finance dont il les avoil fait fonder. Toutefois, quand il sut la venue des dessus dits Liégeois, il ne les osa attendre. Si s’en alla avecque ses gens, et y fit bouter le feu dedans : mais pour tant ne demeura mie que le dit évêque de Liège ne la fît abattre de fond en comble et du tout démolir. Et de là, sans plus avant besogner, ramena ses Liégeois en leur pays, et s’en retourna en sa cité de Liège.
En ce temps, se rendit au seigneur d’Aussy et à messire Florimont de Brimeu , sénéchal de Ponthieu, la ville de Gamache en Vimeu, qui moult long temps avoit tenu le parti des Anglois, par certains moyens qu’ils avoient dedans, en laquelle ville furent mis par le dit sénéchal gens d’armes de la partie du duc de Bourgogne. Et pareillement furent les dits Anglois déboulés d’Aumarle ; et fut mise en la main d’un gentilhomme nommé David de Reume , qui tenoit le parti du roi Charles. Durant lequel temps, le comte de Richement, connétable de France, fitassiéger Le Creil, que lenoient les Anglois; et fut faite une bastille au bout du pont d’icelle ville vers Beauvoisis, où ils urent longue espace ; mais enfin ils se départirent assez honteusement , dont ils eurent grand deuil au cœur ; et perdirent de leurs gens et aussi de leurs habillements de guerre bien largement.
IJVKE SECOND.