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CHAPITRE CCXXII

Comment plusieurs capilaines françois, atout grand nombre de gens de guerre, qu’on appela ccorcheurs, vinrent au pays de Hainaut.

Apres ce que le roi Charles eut, comme dit est ailleurs, séjourné par aucun temps dedans la cité de Paris, il s’en départit, et retourna à Tours en Touraine; et lors, après son dit département, plusieurs de ses capilaines se départirent des frontières de Normandie, pour tant qu’ils n’avoient vivres, fors à grand peine, pour eux y entretenir: c’est à savoir Antoine de Chabannes, Blanchefort, Gautier de Bron, Floquet, Pierre, Régnault, Chapelle, IMalhelin d’Escornet et aucuns autres. Si se mirent à chemin tous ensemble, et éloient environ deux mille chevaux. Et parmi le pays de Vimeu s’en allèrent passer la rivière de Somme à la Blanche-Tache, et se logèrent au pays de Ponlhieu; et de ce lieu là s’en allèrent devers Dourlens; et logèrent à Orville et ès villages d’entour, appartenant au comte de Saint-Pol,

et puis après se tirèrent vers Bray, et repassèrent l’eau à Cappy, et s’en allèrent loger à Lihons en Sanlois. Et toujours faisoient do très grands maux par tout le pays où ils passoient, et ne se lenoient point contents de prendre vivres, mais rançonnoient tous ceux qu’ils pouvoient atteindre, tant do paysans comme de bétail et autres biens; et mêmement assaillirent le chàtel du dit lieu de Lihons; mais il leur fut bien défendu par AValeran de Moreul et ses gens, qui éloient dedans. Et, après ce qu’ils eurent là été par plusieurs journées, et y fait de très grands et somptueux dommages, se tirèrent au pays de Cambrésis, auprès des terres de messire .Tean de Luxembourg, comte de Ligny, qui encore n’avoit point fait serment au roi Charles. Néanmoins ils ne lui méfirent rien sur ses terres, pource qu’il étoit toujours bien pourvu de gens de guerre; mais lui baillèrent leurs scellés, et lui à eux, de rien entreprendre l’un sur l’autre. Si firent iceux François plusieurs maux au dit pays de Cambrésis, et après .s’en allèrent loger à Solaines, vers le pays de Hainaut.

Et adonc messire Jean de Croy, bailli de Hainaut, assembla les nobles du pays de Hainaut, et manda aussi aucunes des bonnes villes, pour défendre le dit pays contre les dessus dits, lesquels on nommoit, en commun langage, les écorcheurs. Et la cause pour quoi ils avoient ce nom, si étoit pour tant que toutes gens qui éloient rencontrés d’eux, tant de leur parti comme d’autre, éloient dévêtus de leurs habillements, tout au net jusqu’à la chemise. Et pour ce, quand iceux retournoient ainsi nus et dévêtus en leurs lieux, on leur disoit qu’ils avoient été entre les mains dos écorcheurs, on les gabantde leur male vonture. Si dura le dit nom par aucune espace de temps; et par ainsi ne fut plus nouvelle des Armagnacs ni de leur nom, qui longuement avoit duré. Toutefois, quand iceux capilaines furent logés à Solaines, comme dit est dessus, et ès villages à l’environ, il y en eut une partie qui un jour certain se tirèrent au pays de Hainaut, outre le Quesnoy, pour trouver aucun gagnage. Si rencontrèrent d'aventure le bailli de Lestines, nommé Collard de Sennières, atout de trois à quatre cents hommes qu’il avoit assemblés en son village, atout lesquels il venoit au

CHUOMOIES D'ENGUERRAND DE MO^’STRELET.

Qeiosnoy-lc-Comlc au mandement de la conilesse de llainaul, donairiùrc, et du dessus dit bailli do llainaul, qui U\ faisoit son amas de gens d’armes, et étoit très malin. Et incontincnl qu’iceux François les aperçurent, ils leur coururent sus vigoureusement et de hardi courage. Si furent icelles communes toutes émerveillées, et nonobstant que les aucuns se missent très vaillamment en défense, néanmoins ils furent en bref mis à grand rneschef et tournés à déconfiture, et la plus grand’ partie pris et mis à mort très piteusement. Et mômement le dit Collard y demeura mort sur la place, et avec lui en\ironhuit vingts de ses gens; et les autres ils emmenèrent prisonniers et les rançonnèrent comme leurs ennemis, sinon aucuns en très petit nombre qui échappèrent P .r bien fuir.

Pour laquelle détrousse, les nobles hommes des bonnes villes d’icelui pays de Ilainaut furent durement troublés. Si envoya le dit bailli de Hainaut vers le duc de Bourgogne lui noncer cette mauvaise besogne, en lui requérant qu’il lui voulsît envoyer aide de gens de guerre; lequel duc lui en envoya largement. Si fit derechef icelui bailli une très grand’ assemblée au dit lieu du Quesnoy. tant de gens de guerre comme de ceux de Valenciennes et autres bonnes villes, pour combattre les dessus dits; mais entre-temps ils se départirent du dit pays, et se retirèrent vers la terre de Guise, et de là au pays de Champagne, en faisant toujours de grands dommages. IVlais avant leur département du dit pays de llainaul, rendirent aucuns des prisonniers dessus dits, sans payer aucune finance, à la requête dudit duc de Bourgogne, qui leur en écrivit. El [lour celle cause y envoya un gentilhomme de son hôtel, nommé Mériadec, lequel étoit Breton et bien aimé d’iceux capitaines de France.

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