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CHAPITRE CCXLIV

Commpnt Ips Anglois vinronl au pays de Santois, où ils prirent le fliâlel de Folleville, el y firent moult d’autres maux el cruautés.

En cet an , environ l’entrée de carême, le comte de Sumbresset, avec lui le seigneur de

CHROMQl ES D’ENGEERUâND DE MONSTRELÉT. [144o]

Talbot et aucuns autres capitaines, assemblèrent jusqu’au nombre de deux mille combattants ou environ , tant de pied comme de cheval, sur les marches de Normandie vers Rouen, atout lesquels, et atout charroi portant leurs habillements de guerre, vivres et autres besognes nécessaires , pour venir au pays de Santois , passa l’eau de Somme parmi la ville de Montreuil , et s’en alla loger devant la forteresse de Folleville, qui pour lors étoit au gouvernement du Bon de Saveuse, à cause de la dame douairière, qu’il avoit épousée. Et pource que ceux qui étoient dedans le dit châtel saillirent dehors et occirent l’un des gens du dit comte de Sombresset, lequel il aimoit moult bien, si jura grand serment que de là ne se partiroit jusqu’à ce qu’il auroit conquis icelui châtel et ceux de dedans à sa volonté. Si fit prestement apprêter une petite bombarde qu’il avoit amenée avecque lui, laquelle étoit excellentement bonne et roide, avec autres engins; lesquels engins, bombarde et canons, à l’une des fois, occirent le capitaine de léans, quand elles furent jetées ; et depuis , continuèrent tant que tout le surplus des dits assiégés furent contents d’eux rendre , en délaissant la dite forteresse et tous leurs biens ; avec ce payant une grand’ somme d’argent, en rachetant leurs vies envers les dessus dits Anglois.

Si fit le dit comte reparer le dit châtel , et y laissa garnisons de ses gens, qui depuis firent moult de maux et de dommages à tous les pays à l’environ. Et le lendemain de la dite reddition , se départirent d’icelui lieu le dit comte et ses gens, et suivirent le dit seigneur de Talbot, qui déjà s’étoit boulé bien avant au dit pays de Santois; et tous ensemble s’en allèrent loger à Lihons en Santois , où ils trouvèrent des biens largement et abondamment, et aussi par tout le pays , car on ne se doutoit de leur venue, pour quoi ceux du dit lieu n’avoient point retrait leurs biens. Auquel lieu de Lihons avoit une petite forteresse et la grande église, où le peuple et les habitants d’icelle ville s’étoient retraits hâtivement , quand ils surent que c’étoient les Anglois.

Si fit le dit comte signifier à ceux qui étoient en la dite église qu’ils se rendissent à sa volonté, ou il les feroit assaillir, ce que point ne voulurent faire. Et pour ce le lendemain fit

faire le dit assaut très cruel et merveilleux ; lequel fut tant continué que, pour tant que les Anglois ne les pouvoient autrement avoir, boutèrent le feu dedans; et fut l’église tout arse et démolie, avec tous les biens d’icelle et ceux qui s’y étoient retraits. Si y furent morts et brûlés très piteusement bien trois cents personnages ou plus, tant hommes, femmes comme enfants, et peu en échappa de ceux qui étoient en la dite église. Pour lesquelles cruautés , ceux de la forteresse dessus dite , voyant la male aventure de leurs pauvres voisins et amis, se composèrent au dit comte de Sombresset ou à ses commis , pour racheter leurs vies et partie de leurs biens , avec le feu pour les maisons d’icelle ville, et en donnèrent une grand’ somme d’argent. Pour laquelle bailler et payer, baillèrent plusieurs étages,' tant hommes comme femmes , qui depuis furent long temps prisonniers à Rouen et ailleurs, pour la finance dessus dite.

Desquels étages en fut l’un un gentilhomme nommé Noiseux de Sailly, lequel mourut en la dite prison. Et iceux Anglois, qui étoient au dit lieu de Lihons, firent plusieurs courses sur les pays à l’environ, desquelles ramenèrent des biens largement à leurs logis; et si prirent la forteresse de Herbonnières et le seigneur dedans, lequel, pour racheter lui et ses sujets, et sa dite forteresse de non être désolée comme les autres avoient été, s’accorda et composa à mille salus d’or.

Entre-temps que toutes ces besognes se faisoient, le comte d’Elampes, qui étoit alors venu à Péronne, manda tous les seigneurs de Picardie, de Ilainaut et des marches de l’environ qu’ils vinssent hâtivement devers lui atout le plus de gens de guerre qu’ils pourroienl finer; lesquels vinrent en grand nombre , c’est à savoir le seigneur de Croy, le seigneur de Humières, le seigneur de Saveuse et ses frères, Valeran de Moreul, Jean de Brimeu, lors bailli d’Amiens, messire Jean de Croy, bailli de Hainaut, le seigneur de Ilaubourdin, le seigneur de Barbançon, messire Simon de Lalain et plusieurs autres des pays dessus dits , en grand nombre; lesquels venus au dit lieu de Péronne et ès villes au plus près, pouvoient bien être en nombre de trois mille combatlanls de très bonne étoffe. Si tinrent iceux seigneurs conseil

sur ce qu’il éloit de faire ; et vouloient les aucuns qu’on combaltil les Anglois, et autres en y avoil de contraire opinion ; et disoient plusieurs raisons pourquoi on ne les devoit combattre ; et enfin conclurent d’eux mettre aux champs de nuit, et d’eux mettre en embûche auprès de Santois. Et il y avoit aucuns capitaines ordonnés pour envahir leurs logis et bouter le feu en aucunes maisons pour voir leur gouvernement et conduite, et sur ce, faire selon ce qu’on verroit être plus expédient.

Après laquelle conclusion, fut ordonné que toutes gens fussent prêts pour monter à cheval incontinent après minuit; et ainsi fut fait comme ils le devisèrent. Et issi le dit comte d’Etampes et tous les autres hors de Pèronne, pour faire la dite entreprise. Mais quand ils eurent cheminé une demi-lieue ou environ hors de la dite ville de Pèronne, il fil si très noir qu’i'i moult grand’ peine pouvoienl tenir chemin. Et adonc se commencèrent à pourmener jusqu’à ce qu’il fît un peu plus clair jour, que toutes gens se retournoient en leur ville, et par ainsi fut la dite entreprise rompue. Et en ce même jour, vers l’heure de midi, vinrent certaines nouvelles au dessus dit comte d’Elampes et aux autres seigneurs qu’iceux Anglois s’éloient délogés de la dite ville de Lihons, et s’en relournoient le chemin dont ils étoient venus, ou assez près pour retourner en Normandie, ce qui toit véritable; car après qu’ils eurent été en la dite ville de Lihons bien l’espace de dix jours ou environ, et fait de bien grands dommages au pays, comme dit est dessus, ils se partirent de là, et s’en allèrent en Normandie, sans ce qu’ils eussent aucuns empôchemenis ni délourbier qui fasse à écrire; et emmenèrent plusieurs prisonniers et grand’ foison de biens avec les (Mages dessus dits ; et au repasser au dit lieu de Folleville, le renforcèrent et y laissèrent forte garnison de leurs gens. Et en tant qu’ils furent en icelui pays et au dit logis de Lihons, les gens de messire .Tean de Luxembourg alloient et venoient de jour en jour paisiblement avec iceux Anglois, et avoient grand’ communication ensemble; dont le dit comte d’Etampes et plusieurs autres grands seigneurs qui étoient avec lui n’étoient point bien contents, mais pour lors on ne le pouvoit avoir autre. Après lequel dé¬

partement et délogement des dits Anglois, qui ainsi s’en retournoient, tous les gens de guerre qui étoient venus au mandement du dessus dit comte d’Elampes se commencèrent à relraire és lieux dont ils étoient venus.

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