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CHAPITRE CCLXVI

Comrapnl le roi de France, après la journée de Tartas, s’en alla lo^ier devant Sainle-Sevi're, chef du pays de Gascogne, et conijull la dite ville et chltel, et plusieurs autres places au dit pays.

En après, le mercredi ensuivant de la journée de Tartas, dont ci-dessus est fait mention, le roi et son armée s’en allèrent devant Sainte- Sévère, où tout le pays s’étoil retrait. Et y avüitcinq fermetés; car c’étoit une ville forte à merveille. Desquelles fermetés les gens de monseigneur le dauphin prirent d’eux , de première venue, sans faire long procès, et se logèrent dedans. Et peu de jours ensuivant, les gens du roi prirent la tierce fermeté. El depuis fut commandé de par le roi qu’on assaillît la quarte , à laquelle les Anglois firent grand’ résistance; mais petit durèrent, et furent reboulés et poursuivis très vigoureusement jusqu’à la porte du maître chàlel. Lequel, sans commandiiment ni ordonnance du roi ni de ses capitaines, fut assailli très vaillamment par les François ; et dura le dit dernier assaut environ quatre heures moult merveilleux ; mais enfin les Anglois qui étoient dedans furent pris et conquis par force et mis à l’épée; et en y eut prestement sans remède mis à mort bien de huit cents à mille Anglois. Et n’y moururent à icelui assaut qu’environ de vingt à trente des gens du roi, entre lesquels en fut l’un le petit Blanchefort. Si fut prise la ville par le côté que faisoil assaillir le connétable de France , et là fut pris, du côté des dits Anglois, messire Ttiomas de Rampslon et aucuns autres en petit nombre.

Après laquelle prise , et que le roi y eut séjourné environ l’espace de douze jours, il s’en alla mettre le siège devant la cité d’Acques en Gascogne, où fut bien cinq semaines, et y avoit moult fort bouleverts devant l’une des portes. Et après que les gros engins du roi eurent trait et jeté par plusieurs jours, et démoli la muraille de la dite ville et le dessus dit bouleverl, on assaillit icelui boulevert , et dura le dit assaut bien l’espace de cinq grosses heures très cruel cl merveilleux. Et enfin fut conquête et pris de force environ le jour faillanl. Si y furent morts dix ou douze Anglois, et des François en y eut plusieurs navrés.

Après laquelle prise, on fil relraire toutes

gens de par le roi , réservé ceux qui furent commis à garderie dit boulevert. Et le lendemain ceux de la dite ville d’Acques, doutant qu’on y fît nouvel assaut et qu’on recommenç;\t de plus fort, se rendirent tous à la volonté du roi , excepté le seigneur de Montferrant, qui étoit capitaine pour le roi d’Angleterre, et le dessus dit Enguerrant deSaint-Per, lesquels sc rendirent, saufs leurs corps seulement, et s’en allèrent le bâton au poing. El avec ce , promit le dit seigneur de Montferrant de rendre en la main du roi deux forteresses qu’il avoit emprès la cité de Bordeaux; et, pour la sûreté de ce , bailla son fds en otage , lequel demeura prisonnier par long temps, parce que le dit seigneur de Montferrant ne voulut point rendre les forteresses dessus dites , ainsi que promis l’avoit. Et gouvernoient lors en icelui pays le captai de Buch , le dit seigneur de Montferrant et messire Thomas de Bampston, sénéchal de Bordeaux. Durant lequel temps , les Anglois reprirent la ville et châtel avecque tous les forts de Sainte-Sévère ; mais bref ensuivant le roi de France y retourna atout son armée. Si fut reconquise de force et y eut moult grand nombre d’Anglois mis à mort. Auquel temps se rendit françois et fit serment au roi en lui baillant obéissance en ses villes et forteresses, le seigneur de Roche-Taillade. En après , alla le roi devers Marmande , laquelle se rendit à lui, et de là se tira devers La Réole, qui fut assiégée très puissamment par les dits François. Et depuis fut prise icelle ville d’assaut ; mais le châtel se tint environ l’espace de six semaines, au bout duquel terme se rendirent ceux de dedans, sauves leurs vies. Et y commit le roi Olivier de Cotivy, pour en avoir le gouvernement, avecque aucunes autres places qui avoient été conquises durant le dit voyage. De laquelle ville de La Réole étoit capitaine pour le roi d’Angleterre le baron d’Acques, lequel depuis se rendit françois. Et entre-temps que les conquêtes dessus dites SC faisoient, y eut aucune détrousse par les dits Anglois sur les François, et par spécial les paysans du pays leur faisoient forte guerre. Pourquoi, tant pour la grand’ multitude de gens que avoit le roi comme pour les rebou lemenls que leur faisoient les dessus dits, furent par plusieurs fois moult oppressés de fa¬

mine, et moururent la plus grand’ partie do , leurs chevaux. Dont les routiers et autres, qui y ont accoutumé de tenir les champs long temps, f furent moult troublés , et en y eut très grand .) nombre qui se tirèrent plus avant èspays pour ^ eux rafraîchir; et mômemenl allèrent jusqu’ds- tj sez près du pays de Navarre, en faisant de (1 très grands dommages au pauvre commun f peuple.

Et d’autre part, pendant le temps dessus î dit, les Anglois s’assemblèrent un certain jour, ij et par moyens qu’ils avoient reprirent la f cilé d’Acques en Gascogne surles François, de |j laquelle étoit capitaine Régnault Guillaume ( Le Bourguignon, lequel fut pris prisonnier, et | très grand’ partie de scs gens mis à mort; du- | quel le roi de France fut très mal content, ) pource qu’il avoit perdu si en hâte et par ^ mauvais soin icelle cité , qui assez largement i avoit coûté à conquerra. Après lesquelles be- | sognes, et que le roi eut été au pays de Gas- ] cogne environ de sept à huit mois , et fait en t| icelui plusieurs belles conquêtes, comme dit j est ci-dessus, considérant le grand travail que ij de jour en jour avoient eu ses gens pour la .! défaute des vivres, dont ils avoient été à très i grand danger, si conclut et délibéra de tourner ' à Montauban, où il fut environ deux mois; et ' là fil ses ordonnances pour la garde du pays; et par diverses journées s’en retourna à Poitiers. Et peu de temps après, La Dire, qui moult avoit été travaillé en icelui voyage, et qui déjà étoit homme assez âgé, alla de vie à trépas au châtel de Montauban. Pour la mort duquel le roi fut très déplaisant, quand ce fut venu à sa connoissance ; et ordonna que sa femme possédât d’aucunes terres et seigneuries qu’il avoit données au dit La Dire durant sa vie.

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