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CHAPITRE LXVI

Comment grand’ dissension s’émut en cet an entre le roi de Poulaine d’une part, et le grand-niaitre de Prusse et ses frères d’autre part.

En ccl an s’émut une grand’ discorde entre le roi de Poulaine * , d’une part, cl le grand maître de Prusse - ; et assembla le dit roi très grand osl de diverses nations, lesquels il mena au dit pays de Prusse, pour icelui détruire ; mais prestement le dessus dit maître- et ses frères allèrent contre lui à grand’ puissance, en montrant semLlanl de vouloir à icelui livrer bataille. El quand ils furent l’un devant l’autre, par la volonté de Dieu, le roi de Poulaine se partit avec tout son ost, auquel étoienl vingt mille Tartarins et plus, sans les Poulenois et autres chrétiens à lui alliés, dont il avoil grand nombre, et retourna en son pays ; et depuis, par l’exhortation du roi de Poulaine, le roi de Licluaire ^ et autres Sarrasins sans nombre entrèrent en Prusse en la partie devers la mer, laquelle à peu près fut toute détruite ; et furent pris par ceux de Prusse bien mille Sarrasins et plu ieurs occis.

Ce roi de Poulaine dessus nommé avoit jadis été Sarrasin et fut fils du roi de Licluaire qui par grand’ convoitise et ambition de régner occil son dit père ^ , et pour celle cause fut déchassé du pays et se relrahit à refuge vers le roi de Poulaine qui pour lors régnoil, lequel le reçut honorablement; et fut grandement privé et familier avec lui, et aussi acquit l amour des princes et du royaume. Pour quoi après la mort du dit roi de Poulaine, les Pou-

* Vladilstas V du nom, roi de Polopne à cause de sa première femme Hed\vige,el grand-duc de Lithuanie, de son chef. Il s’appelait Jagellon avant sa conversion au chrislinnisine.

* Ulrich de Jungingen.

* C’est-, i-dire le grand-duc de Lithuanie, qui était le même Vladislas, mi de Polo. ne.

* Lisez toujours grand-duc de Lithuanie.

* Jagellon avait tué son oncle.

lenois, de commun accord, élurent icelui homicide en roi, et le firent baptiser et être chrétien; et puis épousa et prit à femme la veuve reine du roi naguère trépassé ' , et depuis ce temps gouverna le rojautne assez heureusement.

Auquel temps Sagismont ^ , germain du roi de Bohème, roi de Hongrie, prit à femme la sœur de la reine de Poulaine dessus nommée, lesquelles éloient filles d’un comte d’Allemagne nommé le comte de Cilley, et de la lignée royale du royaume de Hongrie, auquel royaume le dit roi de Poulaine conlendoil à cause de sa dite femme; et pour ce prit occasion de travailler ceux de Hongrie et de Prusse, en mandant secrètement par ses lettres au roi de Licluaire, son cousin-germain , à lui allié, qu’il entrât en Prusse vers la mer, et lui avec ses Poulenois et autres viendroient à l’encontre de lui par autres parties, en détruisant tout le pays. Mais son intention fut découverte, parce que les dites lettres et son messager furent trouvés du roi de Hongrie; lequel, quand il fut averli des besognes dessus dites, mil si bonne provision avec le maître de Prusse, chacun en son pays, que les dessus dits ne leur portèrent guerre ni dommage.

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