CHAPITRE LX'VII
Commcnl le duc de Berri retourna  Paris au mandement du
roi ; du mariage du fils au roi Loui.s, et de l’assemblée qui
se lit à Meun-Ie-Châlcl.
Au commencement de cet an, fut le duc de Berri remandédeparlcroi àveniràParis; lequel y revint, et fut envoyé avec le roi de Navarre à Gien sur Loire pour apaiser le discord d’entre le duc de Bretagne, d’une part, et le comte
* Elle s’appelait Hedwige, et était fille de Louis-Ie- Crand, roi de Hongrie et de Pologne, de la maison d’Anjou, cl d’Elisahetli de Bosnie, sa seconde femme, cl non pas veuve du roi de Pologne, comme l’écrit Monstrclcl. Vovcz VArt de vérifier les dates.
® Sigisinond de Luxembourg, marquis de ..Brandebourg et de Moravie, depuis empereur, serond fils de rcnipereiir Charles IV, et frère-germain de .lean, roi de Botiéme, iniis roi de Hongrie par le droit de sa femme, Marie, sœur d’Hedw ige. Toutes deux étaient filles du roi Louis, cl non point du comte Cilley, comme l’é-j crit Monstreict. C’est la seconde femme de Vladislas,. nommée Anne, qui était fille du comte de Cilley et pe-j lilc-lille de Casiinir-lc-Graiid, roi de Pologiie. VladiS-1 las l’épousa en 1401.
CHRONIQUES ITENCUERRÀND DE MONSTRELET. [I4l0l
do PonÜiiùvrc • et sa belle-mère, d'autre part. Lesquelles deux parties, jaçoit qu’ils eussent promis d'y comparoir en personne, n’y furent pas, mais y envoyèrent leurs procureurs pour eux. Lesquels de Navarre et de Berri mirent et rendirent grand’ peine par moultetdivers manières à iceux mettre d’accord ; mais pource qu’ils ne purent besogner, mirent la dissension en la main du roi par le consentement des dites parties, delors jusqu’à la fête de Toussaint ensuivant, et après s’en retournèrent à Paris
En lequel temps fut fait et conclu le mariage de l’aînè fils du roi Louis de Sicile et de Catherine, fille au duc Jean de Bourgogne, laquelle par messire Jean de Châlons , seigneur de Dorlai , et le seigneur de Saint-Georges , messire Jean de Champ-Divers , et messire Jacques de Courtjamble , fut conduite et menée jusqu’à Angers, et là délivrée à la reine, femme du dit roi Louis ; laquelle la reçut moult agréablement, et fit grand’ chère et grand honneur aux chevaliers dessus dits et à tous ceux qu’ils avoient amenés avec eux ; et après aucuns peu de jours , s’en retournèrent à Paris devers leur seigneur le dit duc de Bourgogne.
En ce même temps s’assemblèrent en la ville de IMeun-le-Châtel les ducs d’Orléans et de Bourbon, les comtes de Clermont , d’Alençon et d’Armagnac, messire Charles d’Albret, connétable, avec plusieurs autres seigneurs de grand’ puissance et autorité ; lesquels eurent par plusieurs journées grands conseils l’un avec l’autre sur leurs affaires , et par spécial sur la mort du duc d’Orléans défunt, pour savoir principalement comment ni par quelle manière on pourroit procéder contre lui pour avoir vengeance de sa personne, et comment on s’y auroit à conduire. Si furent mises avant plusieurs et diverses opinions; et étoit l’un d’avis que le duc d’Orléans lui fit guerre mortelle, à l’aide de ses seigneurs, parents, amis, alliés et bienveillants, par toutes les manières que faire se pourroit. Les autres disoient qu’il valoit mieux à tenir autres termes, c’est à savoir de remontrer au roi , leur souverain seigneur , qu’il fît justice et raison du dit duc de Bourgogne, et qu’à lui appartenoit ce faire, car il lui touchoit, comme pour
la mort de son propre frère germain. Et enfin, pour ce qu’ils ne purent être tous confirmés en une seule opinion , prirent une autre journée à être ensemble. Mais devant qu’ils se départissent, fut traité le mariagedeCharlesduc d’Orléans à la fille du dit comte d’Armagnaci , laquelle étoit nièce au duc de Berri, de par sa mère, et aussi sœur au comte de Savoie. Et ce fait, les seigneurs dessus dits se départirent et retournèrent chacun en sa seigneurie. Et alors le duc de Bourgogne, étant à Paris, gouvernoit plus que tous les autres princes du royaume ; et se conduisoient les besognes et affaires par lui et ses favorisants , c’onl il n’est point à douter qu’il avoit plusieurs envieux.