CHAPITRE VUE
Comineni Jean do Worcliin, clievalior de grand renom, sfné-
rlialde Ilainaiil, envoya en divers pays lellres par un sien
héraut pour faire armes.
Au comnioncemcnl de cet an, Jean dcAVercliin , chevalier de fçrand renom et sénéchal de Hainaut, envoya en divers pays par un sien héraut plusieurs lettres aux chevaliers et écuyers, aün d’étre fourni à faire aucunes armes qu’il nvoit entrepris à faire ; desquelles lettres la teneur s’ensuili :
« A tous chevaliers et écuyers , gentilshommes de nom et d’armes , sans reproche , je , Jean de Werchin, chevalier, sénéchal de Hainaut , fais à savoir à tous, qu’à l’aide de Dieu, de Notre-Dame, de monseigneur saint George et de ma dame, serai, le premier dimanche d’août prochain venant , à Coucy, si je n’ay loyal essoine prêt, pour lendemain faire les armes qui ci-après sont écrites, par devant mon très redouté seigneur monseigneur le duc d’Orléans, lequel m’a accordé la place, s’il est adonc gentilhomme tel que dessus est dit, en la dite ville, qui accomplir les me veuille. Et premièrement serons, moi et le gentilhomme qui accomplir me voudra mon entreprise, montés cà cheval en selles de guerre, sans nulle maîtrise. Et serons armés pour nos corps comme il nous plaira , et aurons targes sans couverture ni ferrure de fer ni d’acier, et aurons chacun une lance de guerre , où ne pourra avoir aggrappe ni rondelle , et une épée. Si assemblerons des dites lances une fois; et asséné des dites lances ou non, chacun ôtera sa targeàpart lui, etprendrason épée sansaide d’autrui. Sien férirons vingt coups sans reprise.
»Etje, pour honneur de la compagnie et le plaisir que le gentilhomme m’aura fait d’accomplir mes armes et ma dite entreprise , le délivrerai prestement à pied , si je n’ai essoine de mon corps , sans ce que nous prenons ni ôtons, lui ni moi , pièce de harnois ; mais aurons celui que nous aurons porté pour les épées à cheval, sinon que chacun pourra prendre autre visière, et ralongerses plates s’il lui plaît, de tel nombre de coups d’épée qu’il m’aura voulu deviser, et puis de dague quand
' Ces lettres (Je défi sont contenues dans la maison de la bil)Iiothé(4ue du roi, n" 8i07. .J'en ai parlé dans ma r<oticc sur G. Chastelain.
il m’aura alTirmé d’accomplir ma dessus dite entreprise, pourtant que le dit nombre de coups se puisse fournir en la journée, à telle reprise que je lui deviserai et pareillement de tant de coups de hache que deviser me voudra, mais pour les haches se pourra armer chacun comme il lui plaira. Et s’il advenoit aussi , que jà ne puisse advenir! qu’en faisant les dites armes l’un de nous deux fût blessé, tant que pour la journée ne pussent être parfaites les armes qui adonc seront emprises par nous deux , l’autre ne seroit en rien tenu de l’attendre pour les parfaire, ainçois seroit d’icelles quitte. Et quand je aurai accompli ce que dessus est dit, ou que le jour sera passé , je, avec l’aide de Dieu, de Notre-Dame, de monseigneur saint George et de ma dame , me partirai de la sus dite ville, si je n’ai essoine de mon corps, pour aller à monseigneur saint Jacques en Galice. Et tous les gentilshommes delà condition dessus dite que je trouverai, moi allant au dit voyage et retournant jusqu’en la dessus nommée ville de Coucy, qui me voudront faire tant d’honneur et de grâce de me délivrer de pareilles armes ci-dessus devisées à cheval , et me bailler juge raisonnable, sans m’éloigner de mon droit chemin plus de vingt lieues , ni moi reculer du chemin, et in’afiirmer que le plaisir du dit juge soit tel que lesdites armes soient commencées dedans cinq jours que serai venu en la ville où les armes se devront faire, je, à l’aide de Dieu et de ma dame , si je n’ai loyal essoine de mon corps , quand ils m’auront accompli mom emprise, les délivrerai prestement à pied , et par la manière cidessus devisée , de tel nombre de coups d’épée, de dague et de hache qu’ils m’auront voulu deviser, quand ils me promettront d’accomplir ma dessus dite emprise. Et s’il advenoit qu’un gentilhomme et moi fissions accord à faire les dessus dites armes, et m’eût donné juge, comme ci-devant est devisé, et en allant devers le juge, en trouvasse un autre qui me voulsît délivrer pareillement, et donner juge plus près de moi que le premier, j’aurois tousdis à aller premièrement délivrer icelui qui plus près juge me donneroit. Et quand jë serois quitte de lui, je retournerois à l’autre! pour lui fournir ce qu’accordé aurions ensem-| blc, si je n’avois essoine de mon corps. , Et ain-
si pareillement ferai tout le voyage durant ; et serai quille pour faire devant chacun juge une fois les dites armes. Et ne pourra un gentilhomme faire qu’une fois avec moi armes le chemin durant , et aurons bâtons pareils de longueur, pour faire toutes les armes qui se feront; laquelle longueur baillerai quand en serai requis. Et seront tous les coups de toutes les dites armes qui se feront depuis le bord des plates dessous en amont.
» El afin que tous gentilshommes qui auront volonté de moi délivrer puissent savoir mon chemin, j’ai intention, au plaisir de Dieu, de passer par le royaume de France , et de là tirer à Bordeaux, et puis au pays du comte de Foix , de là au royaume de Navarre, au royaume de Castille , et puis à monseigneur saint Jacques ; et au retourner, s’il plaît à Dieu, repasserai par le royaume de Portugal, et de là, au royaume de Valence, au royaume d’Aragon, en Catalogne, en Avignon , et puis repasserai par ledessusdil royaume de France, pourvu quejepuisse par les dessus nommés pays sûrement passer sans a voir empêchement, et portant cette présente emprise, excepté ceux du royaume de France et ceux de la comté de Hainaut.
» Et afin que cette emprise soit tenue véritable, j’ai mis le scel de mes armes à celte présente lettre pour accomplir ce que dessus est écrit, et signé de ma main, qui fut faite l’an de l’incarnation de Notre-Seigneur mil quatre cent éldeux, le.premicr jour du mois de juin.»
Lequel sén'échal dessus nommé, pour fournir et accomplir son entreprise, alla à Coucy ', selon le contenu de scs lettres par devant écrites El là , fut du duc d’Orléans très joyeusement reçu : mais au dit jour ne comparut homme nul pour faire armes contre lui. Et pourtant aucuns peu de jours ensuivant, se partit de là pour aller au voyage de Saint-Jacques, ainsi que promis l’avoil. Durant lequel voyage il fit armes en sept lieux et par sept journées devant son retour : auxquelles armes il SC porta à toutes les fois si vaillamment et si honorablement, que tous les princes qui étoient juges d’icelles armes furent contents de sa personne,
• Petite vitte de Picardie que le due d’Orléans avoit aelietée, en 1400, de Marie de Coucy, veuve de Henri, duc du Dur.