CHAPITRE XCII
Comment le duc Jean de Bourgogne envoya ses ambassadeur* en Angleterre, et de la délivrance du seigneur de Croy, de* enfants de la ducliesse de Bourbon , ci du comte Waleran de Sainl-Pol.
A l’entrée du mois de mars , par la licence du roi de France, le duc de Bourgogne envoya ses ambassadeurs devers le roi d’Angleterre, c’est à savoir l’évêque d’Arras i, le prévôt de
' Martin Porée, religieux de l’ordre de saint Dominique et confesseur du duc de Bourgogne.
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Sainl-Donat de Bruges et le prévôt de Saint- Omer, et le seigneur de La Vieuville, pour traiter du mariage d’une des filles du dit duc avec te prince de Galles , premier fils du roi d'Angleterre, pour lequel en avoit été autrefois pourparlé. Lesquels ambassadeurs trouvèrent le dit roi d’Angleterre à Rochestre, et furent de lui et de ses enfants très honorablement reçus et festoyés , et aussi des autres princes et seigneurs ; et par spécial du prince de Galles , auquel la besogne touchoit, furent moult honorés. Et après qu’un certain jour, par la bouche du dit évêque, ils eurent bien et à point remontré, en la présence du dit roi, de scs enfants dessus dits et de son conseil, tout l’état de leur dite ambassade, et que de ce ils eurent eu réponse assez agréable, et aussi que plusieurs dons leur eurent été faits par le dit roi, retournèrent à Douvres, et de là à Calais , et puis par aucuns jours allèrent à Paris. Et là, en la présence des rois de France, de Sicile, des ducs d’Aquitaine, de Bourgogne et de Bar, et plusieurs autres du conseil royal , racontèrent tout au long ce qu’ils avoient besogné , et comment le roi d’Angleterre, ses enfants et ses princes furent contents des besognes dessus dites ; et adonc le duc de Bourgogne manda son fils , comte de Charolois , qui étoit à Gand, qu’il vînt à Paris pour y être à la fête de Pâ-' ques prochain ensuivant.
Et en ces mêmes jours, à la requête et prière de la duchesse de Bourbon , fille au duc de Berri, fut par le dit duc de Berri et d’Orléans , et autres grands seigneurs de cette partie, le seigneur de Croy mis à pleine délivrance de la prison où il avoit été assez longuement; et fut convoyé par les gens du duc d’Orléans et conduit jusqu’auprès de Paris. Et à son parlement, promit sur sa foi de tant faire devers son maître le duc de Bourgogne que les enfants de Bourbon qui étoient prisonniers , comme dit est dessus, seroient délivrés; et quand il fut venu jusqu’au dit lieu de Paris, le duc d’Aquitaine, et par spécial le duc de Bourgogne, le reçurent en grand’ liesse ; et aucuns jours ensuivant, fit la requête qu’il avoit promis, c’est à savoir pour les enfants dessus dits, laquelle finablemenl lui fut accordée de par le roi et les autres seigneurs. Si furent mandés au chàtclde Renty, où ils étoient ; et avec aucuns de leurs
serviteurs furent amenés à Paris, et de là furent envoyés franchement, sans rien payer; et les conduisit messire .Tean de Croy aux terres du duc de Berri ; et le fils messire Mansart du Bois, qui avoit été pris avec eux, demeura prisonnier au châtel de Renty.
En outre , le dit seigneur de Croy, par l’ordonnance et consentement du dit duc de Berri et de la dite duchesse, fut ordonné de par le roi gouverneur de la comté de Boulogne et châtelain de Brelh-sur-Somme. Et avec ce, lui fut donné de par le roi, à la prière du duc de Bourgogne, l’office de grand-bouteiller de France * ; et à messire Pierre des Essarts , prévôt de Paris, fut baillé l’otfice d’être maître des eaux et forêts, lequel par avant tenoit Waleran, comte de Saint-Pol, qui de ce fut content ; lequel comte de Saint-Pol, connétable de France, fit en ces propres jours un grand mandement de gens de guerre pour être à Vernon-sur-Seine, et assembla bien deux mille bassinets, sur intention de faire guerre à ceux de Dreux , au comte d’Alençon et à ses gens , qui souventes fois couroient au pays de Normandie et vers Rouen, où ils prenoient et déroboient tout ce qu’ils tenoient et pouvoient atteindre. Pour lequel mandement et gens d’armes payer, et aussi pour les autres soudoyers et capitaines du roi qu’il avoit en divers lieux, fut imposé et aussi mis sus une grand’ taille par tout le royaume de France, à paj er à deux termes, c’est à savoir, le premier à la Quasimodo , et le second en la fin du mois de juin ensuivant , pour laquelle le pauvre peuple fut moult travaillé , car, avec cette taille, fut accordé au roi, par notre saint père le pape, un plein dixième à cueillir par tout le royaume de France et en la Dauphiné, à prendre sur le clergé, à payer comme dessus à deux termes; c’est à savoir, le premier au jour saint Jean- Baptiste, et le second au jour de Toussaint ensuivant ; dont le dit clergé fut assez mal content, mais pourtant ne laissa pas icelui à être levé rigoureusement; et y avoit certains commis à le recevoir par la dessus dite église. En outre le dessus dit comte de Saint-Pol, connétable, se partit de Paris la semaine peineuse 2,
* Jean de Craon, qui en était revêtu, donna sa démission le 13 avril 1412.
* C’est-à-dire la semaine sainte,
el s’cn alla au dit lieu de Vernon pour assembler et entretenir ses gens, comme dit est dessus, et aussi pour les mettre en frontières contre les adversaires du roi.