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ET DE QUELQUES AUTRES LÉGENDES PARISIENNES

Paris, en absorbant et s’appropriant tout, ne garde rien de lui-même. Les traits de sa physionomie particulière se perdent dans l’immense ensemble que lui a créé l’universel concours d’hommes et de choses dont il est depuis des siècles le centre en mouvement. Il n’a plus de physionomie parce qu’il les a toutes, et comme les couleurs disparaissent dans un tout incolore sur le disque d’un prisme agité, Paris, ce prisme immense qui se bariole de toutes les nuances du monde, même les plus -disparates, ne garde rien comme nuance tranchée et saisissable sur sa surface mouvante et tourmentée. Il s’y cherche surtout, sans

se trouver. Il sait tout des autres, rien de lui-même. Son passé, qui a ses légendes, son histoire, qui a ses chroniques, lui échappent plus que le reste encore. Il n’en sait rien, parce qu'il est admis qu'il doit n’en rien ignorer, et qu’on ne suppose jamais que quelqu'un ignore sa propre histoire et ses affaires, quand il sait l'histoire et les affaires du monde entier. C’est pourtant ce qui arrive. Un Parisien, et je dis un vrai, un authentique, un Parisien né natif de Paris, racontera les légendes des bords du Rhin, de la Suisse, de l'Ecosse, de toutes ces régions qu'on parcourt en été pour les raconter en hiver ; mais de ses propres légendes, pas un mot ; de ce Paris légendaire, avec lequel on eût dû le bercer, s’il était de bon ton qu'un enfant de Paris eût une nourrice parisienne : pas une chanson, pas une ballade, pas un conte.

Demandez-lui, par exemple, de vous conter la légende du petit homme gris (Graümanchen), si populaire en Allemagne (i), je ne serais pas du tout surpris

i) V. notamment sur cette tradition, la Rc vue Britannique , août 1836, p. 227.

qu’il vous la dît ; mais interrogez-le sur la légende du petit homme ronge des Tuileries à Paris, et je jure cent contre un qu’il ne vous en dira mot (1).

Cela s’explique par ce qui l’excuse : Il n’existe pas un guide de la Suisse ou des bords du Rhin qui ne vous conte par le menu quelque légende de ces contrées, tandis qu’il n’est pas au contraire un guide de Paris qui daigne faire l’indiscret sur les légendes de ces rues où pourtant il devrait tout savoir. Cette discrétion n'est qu’ignorance. Afin qu’on n’impute pas la même cause à mon silence, je vais le rompre par quelques mots sur les plus curieuses de ces légen-

(1) Une ancienne tradition, qui reprit cours sous l’Empire, disait que le petit homme rouge reparaissait dans les Tuileries, chaque fois que le maître régnant était menacé d’un péril. Béranger en a fait le sujet d’une chanson. Le jardin eut aussi sa légende. De temps à autre, on y voyait, disait-on, reparaître un mystérieux personnage, qui sous Louis XIII s’appelait le tasteur , et qu’on nommait le piqueur pendant la Restauration. Il s’attaquait aux femmes sour^ noisement, jamais de face, sur un point auquel la crinoline bardée de fer, servirait aujourd’hui de redoutable armure ; aussi le tasteur ou piqueur ne. s’y frotte plus. V. nos Variétés histor , et litt. t. II, p. 37.

des, qui demanderaient un volume, où je ne puis donner qu’un chapitre.

Les plus anciennes sont trop du domaine de la Légende sacrée pour être ici du mien. C’est d'abord celle de sainte Geneviève, dont je ne dirai mot, parce que, par exception, elle est à peu près connue de tout le monde , puis celle, à peine connue aujourd’hui, de l'évêque saint Marcel, qui vivait dans le même temps, et rendit aussi de très-grands services aux Parisiens.

Après Notre-Dame de la Carolle , dont l'image, placée au coin des rues aux Ours et Salle-au-Comte( i),fut frappée une nuit par un Suisse, qu’en punition dusacrilège on brûlait chaque année en effigie dans la rue aux Ours (2) ; et

(1) On appelait cette vierge Notre-Dame de la Carolle , à cause de la danse, très-populaire au moyen Âge, qu’on y dansait les jours de fête. V . Piganiol, t. III, p. 37 2 et IV, p. 23.

(2) Le grammairien Du Marsais faillit être écharpé, à cause d’une parole qu’il dit, le jour de cette cérémonie, à une vieille femme trop fervente dévote de Notre-Dame de la Carolle, et qui ameuta la populace contre lui. V. YEncy elopediana (1791), in-40, p. 655. — J. -J. Rousseau, dans le temps de ses manies les plus soupçonneuses, se trouvant à Paris le jour de

après sainte Geneviève, il n’y avait pas à Paris de popularité plus grande que celle de saint Marcel .

Geneviève avait repoussé Attila, Marcel avait détruit un monstre qui désolait les environs de la ville, vers l’endroit où fut depuis, par reconnaissance, élevée une église sous l’invocation du saint évêque. Cette gratitude des Parisiens, dont

F autoda-fè du Suisse, s’imagina que c’est lui qu’on avait brûlé en effigie, et que pour comble de mystification, on était exprès venu mettre en station le mannequin devant sa fenêtre. V . son dialogue I, dans les Œuvres complètes, édit. Musset-Pathay, t. XVII, p. 71. — L’un des premiers actes de la Révolution fut de supprimer cette momerie. Elle n’eut pas lieu en 1789. Un arrêté du 27 juin, qui se trouve dans la réimpress. du Moniteur , t. IV, p. 730, et dont nous allons reproduire la teneur, l’avait interdite : «Département de police. Le département de police vient de faire afficher, qu’instruit que le 3 juillet une confrérie promène et brûle aux pieds de la Vierge appelée Notre-Dame de la Carolle , la représentation d’un prétendu Suisse qui frappa, dit-on, dans son ivresse, cette vierge faisant le coin des rues aux Ours et Salle-au- Comte ; ouï et ce consentant le procureur-syndic de la commune, supprime et défend cette cérémonie qui, quoique se renouvelant chaque année depuis plusieurs siècles, n’est pas moins indécente. »

le nom du faubourg Saint-Marcel est aujourd’hui l’unique souvenir, avait autrefois son réveil chaque année, le jour de l’Ascension. La châsse de Saint-Marcel était promenée par la ville, en compagnie de celle de sainte Geneviève, et avec les mêmes honneurs. On la tirait de la magnifique crèche que lui avait fait faire le cardinal de Noailles, au chevet du chœur de Notre-Dame (i) ; on la portait devant la maison de la rue de Calandre, presqu’au coin de la rue de la Juiverie, où la tradition voulait que fut né saint Marcel (2), puis, après quelques tours par les rues, et quelques stations, le saint et la sainte s’arrêtaient pour se dire adieu , l’un retournant à Notre-Dame, l’autre à son église.

La séparation ne se faisait pas sans peine, comme va nous le dire madame de Sévigné dans une lettre à sa fille (3), où elle se moque un peu de ce qui édifiait les fidèles: « Quoi! dit-elle, je ne vous ai point parlé de saint Marcel en vous parlant de sainte Geneviève ! Je ne

(1) Piganiol, t. I,p. 350.

(2) Ibid ., 449.

(3) Lettre du 6 août 1675.

sais pas où j'avois l'esprit. Saint Marcel vint prendre sainte Geneviève jusque chez elle ; sans cela on ne l'eût pas fait aller : c'étoient les orfèvres qui portoient la châsse du saint, il y avoit pour deux millions de pierreries, c’étoit la plus belle chose du monde. La sainte alloit après, portée par ses enfants, nu-pieds, avec une dévotion extrême : au sortir de Notre-Dame, le bon saint alla reconduire la bonne sainte jusqu'à un certain endroit marqué, où ils se séparent toujours, mais savez-vous avec quelle violence? Il faut dix hommes de plus pour les porter, à cause de l’effort qu'ils font pour se rejoindre, et, si par hasard ils s’étoient rapprochés, puissancehumaineni force humaine ne lespourroit séparer: demandez aux meilleurs bourgeois et au peuple; mais on les empêche, et ils font seulementrun à l’autre une douce inclination, et puis chacun s’en va chez soi. A quoi pouvaisje penser de ne point vous conter ces merveilles ? »

Comme c’est dans la Cité que naquit Lutèce, si bien devenue grande fille sous le nom de Paris, c’est là qu’il faut surtout chercher les vieilles histoires dont je m’occupe. Elles se trouvent dans le ber-

ceau des villes, comme les contes auprès du berceau des enfants. A deux pas de la rue delà Calandre et de la maison de saint Marcel, je rencontre une autre tradition. Où le Paris nouveau n'aurait vu qu’un fait divers , une cause célèbre , le vieux Paris a trouvé une légende. C'est celle du barbier et du pâtissier de la rue des Marmousets , ou plutôt de la rue des Deux-Hermites , sa voisine. C’est en effet dans celle-ci, et non dans l’autre que se serait, à ce qu’il paraît, passée l’horrible histoire. Elle est bien connue, je n’en dirai donc, faute de place, que ce qu’on en sait le moins : à savoir la manière dont fut découvert le crime du barbier juif, qui tuait ses pratiques au lieu de les raser, pour les fournir après comme gibier, au pâtissier, qui les servait lui-même en pâtés, à sa clientèle, anthropophage sans le savoir.

Un chien flaira le crime et le fit découvrir.

Puis rue des Deux Hermites Proche des Marmouzets Fut deux âmes maudites Par leurs affreux effets ;

L’un barbier sanguinaire, Pâtissier téméraire

Découvert par un chien, Faisant manger au monde Par cruauté féconde De la chair de chrétien .

C’est par ces vers de complainte, que Poirier, dit le Boiteux , dans son livre si rare V Origine et les Antiquités de Paris , en vers(i), nous raconte le méfait du barbier et du pâtissier, ainsi que le haut fait du chien. Son couplet ne suffit, ni comme poésie, ni comme histoire. Le chevalier du Coudray y supplée heureusement, pour le dernier point (2). Une dame respectable, « méritant des égards, » qui tenoit le fait de son chirurgien, qui le tenoit lui-même « de témoins oculaires, » le lui raconta en quelques mots que nous abrégeons encore:

Ladernière pratique rasée par le barbier juif avait un chien qui ne quitta pas la porte de la maison, d’où n’était pas sorti son maître. La femme de celui-ci, qui le cherchait, ne trouva que le chien qui refusa de quitter la place. Elle eut un soup-

(1) P. II, cité dans la Revue archéologique , t. V, ire part., p. 155.

(2) Nouv. Essais histor. sur Paris , 1781, in-12, t, I, p. 96.

çon et prévint le commissaire. Une descente fut faite chez le barbier, jusque dans la cave, où fut trouvé sur un tas d'ossements la dernière victime qui n’avait pas encore été dépécée pour le pâtissier. Le chevalier du Coudray rapporte en frémissant les paroles par lesquelles le chirurgien, qui habitait la sinistre maison, terminait son récit à la vieille dame, de qui, comme on Y a vu, le chevalier lui-même tenait l’anecdote, « Ah!

madame, lui disait cet homme sensible, je tremble et je frémis d’horreur, toutes les fois que je descends dans ma cave, en songeant à ce barbier juif. »

On comprend ce frisson du chirurgien sensible, mais lorsqu'on songe que l’aventure s’était passée avant le temps de François ier, qui ordonna de rebâtir sur la place de la maison rasée après le crime (i ), on trouve que le chirurgien qui tremblait au XVIIIe siècle, d’une chose arrivée avant le XVIe, avait le frisson bien facile. On s’étonne surtout qu'il ait pu connaître en 1780, des personnes se disant « témoins oculaires. » L'étonnement redouble quand, au lieu des temps

(1) Piganiol, t. I, p. 439-440.

voisins de François ier, on transporta la légende au règne de saint Louis, comme le fait Poirier, dit le Boiteux , qui, dédaignant, il est vrai, dedireson autorité, lui donne pour date l’année 1270, et met ainsi non plus trois siècles, mais cinq, entre le chevalier du Coudray et les témoins oculaires près desquels celui-ci disait qu’il s^était renseigné.

Nous n’irons pas plus loin dans ces mystérieuses inconséquences. Nous aimerons mieux suivre le Boiteux et le chevalier sur un terrain où on les trouve enfin d'accord. Ils le sont pour un point, le moins connu mais non pas le moins intéressant. Quand la maison eut été rebâtie, à la requête du conseiller au Parlement Pierre Belut, à qui appartenait la place laissée vide, et qui avait obtenu pour cela des lettres patentes en janvier 1536 (i), on n’oublia pas de figurer, sur la maison nouvelle, un souvenir de ce qu'avait vu l’ancienne. Ce fut, en toute justice, le chien révélateur qui eut la première place, sur le tableau expiatoire, sculpté en bas-relief. Personne ne nous l’a décrit, parce qu’il était trop facile à

(1) Piganiol, t. I, p. 439-440*

chacun de l'aller voir. L’image du chien survécut seule, si tant est, comme je le pense, qu’elle eût été jamais accompagnée d’autres figures : « L’empreinte de cet animal, dit M. du Coudray, est encore sur une borne haute, mais effacée par le laps de temps. Le Boiteux rend le même témoignage. Après être revenu dans une note plus claire que ses vers, sur le crime du pâtissier et du barbier. « ils furent, dit-il, brûlés vifs, chacun dans une cage de fer. L’effigie du chien est encore sur une borne, à la même place. »

Elle se trouve au rez-de-chaussée de la maison qui fait l'angle de la rue des Deux-Hermites et de celle des Marmousets. En 1848, une fruitière, qui s’en servait pour adosser son étalage, achevait de la dégrader, Un antiquaire, M. Th.

Pinard en eut pitié ; il fit sur la pauvre pierre commémorative une petite notice qui fut publiée avec le dessin qui l'accompagnait dans la Revue archéologique de cette année-là (1).

(1) T. V, i>*e partie, p. 157. — La borne que nous avons vue, et qui ne nous a semblé être qu’un débris d’entablement, est de plus en plus dégradée. La figure du chien, entamée par deux ou trois entailles toutes fraîches,

Pendant que l'image du chien s'effaçait sur la pierre, le souvenir du barbier tenait bon dans la tradition parisienne.

Il y survivait comme une espèce de Croque-Mitaine, un compère du Moine bourru {i ), ou du Loup des contes d'enfants (2) Le barbier dont parle Hamilton

est entièrement méconnaissable sous la couche de badigeon chocolat qui la recouvre.

(1) Le Moine bourru est une légende toute parisienne ; V. Hugo Ta donc fort à propos placé dans sa Notre-Dame . Molière, en véritable enfant de Paris, ne l’avait pas oublié non plus. Il prête au Sganarelle de Don Juan (acte II, sc. m), les terreurs que ce terrible moine lui avait sans doute inspirées à lui-même dans son enfance. C’était le Croque-Mitaine parisien:

Moine bourru dont on se moque,

A Paris l’effroi des enfants,

lisons-nous dans le Cabinet satyrique , 1633, in-8°. p. 156. — V. aussi Francisque-Michel, Etudes 'de philologie sur V argot , p. 77.

(2) Les loups étaient une des grandes terreurs des Parisiens, grands et petits. Ils pullulaient dans les forêts, qui alors s’avançaient jusqu’aux portes, et en hiver on disait qu’ils venaient errer dans les rues. « Et si, lit-on dans le Journal du Bourgeois , édit. Petitot, p. 496, mangèrent un enffent de nuit, en la Place aux Chats, derrière Saint-Innocent. » C’est cette peur qu’on avait du loup, qui rendit si populaire à Paris le conte

dans une de ses lettres, « qui revenait jadis de l’autre inonde, pour raser les gens de celui-ci (i), » doit être le même.

Dans une autre rue des Marmousets, située bien loin d’ici, mais au milieu d’un quartier tout aussi sale, car c’est celui de Mouffetard et des Gobelins, nous nous heurtons contre d’autres légendes. C’est le souvenir de saint Louis et de sa mère qui y domine. Une maison de cette rue des Marmousets avec perron et portail ornés d’élégantes sculptures de la fin du XVe siècle, porte le nom du saint roi (2), et longtemps dans la rue Saint-Hip-

du Petit Chaperon ronge. — Bien qu’il se trouve, selon Ch. Magnin ( National , 21 juin 1831), dans les contes gallois du Manibogion, dans le recueil des frères Grimm et ailleurs aussi, comme nous l’apprend M. Edel. Duméril en ses excellentes Andes sur quelques points d'arclièologic , 1863, in-8°, p. 466 ; on peut dire, à cause de la popularité qu’il y obtint, aidé par la terreur du loup, que ce conte est vraiment une légende de Paris. V. Ch. Giraud, les Contes de Perrault , 1864, in-8°, p. liv.

(1) Œuvres d’Hamilton, édit. in-8°, t. I, p

(2) V. sur cette maison une curieuse note de M. de Gaulle, dans le Memorial encyclopédique de l’année 183g, p. 550-551.

polyte, qui est tout auprès, on en vit une autre où l’on disait qu'avait habité sa mère, cette bonne reine Blanche (i), si populaire surtout parmi la jeunesse et les écoliers,, dont la chanson préférée ramenait ce refrain :

Vive en France La reine Blanche (2).

(1) Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris , p. 229. Une rue du voisinage, percée sur remplacement du Séjour d’Orléans, où Charles VI faillit être brûlé en 1392, s’appelle rue de la Reine-Blanche , parce que le domaine avait d’abord été habité par cette reine. — Il y avait dans Paris plusieurs maisons ou hôtels de la reine Blanche qu’on appelait ainsi parce que les veuves de nos rois, qui portaient le deuil en blanc, s’y étaient retirées pendant leur veuvage Un de ces refuges de deuil se trouvait derrière l’hôtel de Cluny, dans la rue de Boutebrie , effacée par le boulevard Saint-Germain. Le nom de cette rue, qui lui-même est toute une légende, rappelait, avec une altération qui le rendait méconnaissable, la belle Lrembourg de Brie, dont je mentionnerais ici tout au long l’histoire, enjolivée d’une chanson, si je n’en avais déjà parlé ailleurs. V. V Illustration du Ier août 1:857, p. 78. V . aussi Le Roux de Lincy, les Femmes célébrés de V ancienne France , 1848. in-18, t. I, p. 167-168.

(2) Cette chanson, longtemps populaire à Château-Thierry ( France littéraire , t. II, p.

Nous sommes là en plein moyen âge ; la légende du Géant Isoré va nous y entraîner bien plus avant encore. C’est dans ces mêmes parages qu’on en place le théâtre. Ce qu’elle raconte est exclusivement légendaire ; il n’est pas, en effet, d’histoire qui en fasse mention (i). Si sur ce point la chronique se tait, les romans au contraire parlent beaucoup. Nous aurons même quelque peine à nous démêler dans ce qu’ils disent. Suivant les uns, Isoré est un amiral sarrasin (2) ; suivant d’autres, c’est un roi de Coïmbre (3) ; mais pour tous c’est un énorme géant.

525), est un souvenir de celle que chantaient les écoliers du temps de Saint-Louis, et dont a parlé Pasquier, Recherches de la France . infol., p. 787.

(1) Je dois dire pourtant, avec l'abbé Lebeuf ( Hist . du diocèse de Paris , t. II, p. 231), que Gervais de Tillebury, Anglois (in otiis impérial.), informé de ce prétendu évènement, le marqua dans un livre qu’il composa vers l’an 1210. »

(2) V . P. Pâris, Manuscrit françois de la Bi blioth. Nat. — Au t. VI, p. 140, est l’analyse de la Geste , le Moniage de Guillaume.

(3) Hist. littèr. de la France , t. XXII, p. 526-529.

Ayant appris que son ami Sinagos avait été tué devant Palerme, il jura d’en avoir raison, et comme il s’inquiétait peu, comme on va voir, que la vengeance fût prise loin ou près du lieu où était mort celui dont il se faisait le vengeur, c’est sous les murs de Paris qu’il vint la chercher, avec une formidable armée :

Paris estoit a ce! jor moult petite,

ainsi qu’il est dit dans la Geste , le Mo niage de Guillaume (i). La ville fut donc facilement entourée.

Le roi Louis, — on ne dit pas lequel, — qui s’y trouvait alors, eut grande frayeur. Il ne vit que Guillaume d’Orange, dit au Court-nez, qui pût le sauver de ce péril, et il lui dépêcha un bon chevalier d’Auvergne, nommé Anseis, qui, après de longues recherches, revint sans l’avoir trouvé. La frayeur du roi redoublait, lorsque Guillaume à qui l’avis était enfin parvenu, arriva de Bourgogne par le chemin d’Orléans :

(i) P. Pâris, Id ., ibid .

Trespassa Aucerre, Orliens et Estampes, Trusques Paris ne volt oncqucs attendre.

Trouvant les abords bien gardés et surtout du côté du sud, où le géant se tenait « en un lieu qu'on dit Notre-Dame des Champs (i), » Guillaume passa la Seine au-dessous de Paris, et vint heurter à une porte, oubliée à ce qu’il paraît par les gens d'Isoré. C’est, suivant Raoul de Presle (2), celle dont on vit longtemps une grande ruine « au lieu que I on dit à l'archet Saint-Merry. » La sentinelle le laisse approcher, lui ouvre, et lui indique même la maison où il pourra trouver gîte jusqu'au jour :

Ici amont

A un fossé qui est grant et plenier A un fossé qui est grunt et viez Uns povrc homs est «Hcc hébergié. . .

Or, sorés là trosqu’à l'aube csclairier.

(1) V. la version en prose de YHist. de Guillautne au court-ne mss. de la Biblioth. Nat., n° 95^5, f°h S41 2*

(2) Commentaire sur la cite de Dieu, mss. de la Biblioth. Nat., n° 6712, fol. 313. — Ce passage, cité dans un Mémoire de V Academie des Inscriptions , t. XIII, p. 652, est reproduit tout entier dans la Description de la ville de Paris

Ce « povre homs, » qu’on appelait Bernhardtdes Fossés, à cause dudieu où il logeait, et dont on montra longtemps la maison, fit bon accueil à Guillaume qui lui donna cent sous d’argent pour aller en ville lui acheter des vivres :

Bernars s’en vet là dedans en la cit,

Vers Petit-Pont atome son chemin.

Chapon achate et ploviers et perdris,

Pain buleté, del poivre, del comin ;

De la candoile ne mist pas en obli,

Clox de girofle et pomes de jardin.

Fain et avoine au bon destrier de pris, etc.

Peu de jours après, Guillaume était allé défier le géant dans son camp, l’avait tué èt lui avait coupé la tête. Les assiégés, revenus de leur frayeur, sortirent en foule de la ville, et, en mesurant le cadavre, « ils trouvèrent, dit la version en prose duroman de Guillaume au Court ne\ (i), que sans la teste, povoit bien

au xve siècle, par Guillebert de Metz, publiée par Le Roux de Lincy, 1855, in-12, p. 20 et suiv.

(1) Mss. de la Biblioth. Nat., n° 9565, fol. 542. — Il parut, en 1788, un roman en 2 vol. sous ce titre : Le Géant Isoire , sire de Montsouris, trad. du Celte.

avoir XV piés de longueur. » La même version ajoute quelques détails sur le lieu du combat, et sur un monument qu'on y aurait élevé.

« Si, dit-elle, puelt-on encore voir le lieu où Guillaume le lessa mort; car au propre lieu y ordonna le roy et filt faire une tombe ou une enseigne par quoy on l’a toujours sceu depuis et cogneu, scet Ton cognoist Ton encore, et en sera perpétue mémoire. »

Ce lieu est celui de la tombe Isoré , ou Isoire. Il occupe une partie des terres de Notre-Dame-des-Champs, et n’apas d’autre nom dans les anciens titres.

La légende du géant venait s'y mêler à une foule d’autres, car c’était de ce côté surtout que revivait le passé de mystères et de terreurs, où se confondaient dans un singulier mélange des traditions du Paris du moyen âge et les souvenirs de la Lutèce païenne. Le château de Vauvert , où revenait un diable qui fait encore son bruit dans le nom de la rue d' Enfer (1), n’était-il pas dans ces mêmes parages ? N’était-ce pas aussi par là, dans la rue Saint-Jacques, que

(1) On a beaucoup disserté sur l’étymologie

se trouvait le couvent des Carmélites, construit sur l’emplacement d’un Temple de Cérès , dont la déesse, disaient encore les commères du temps de Louis XIII, revenait « demander ses intérêts sur les blés et les terres (i), » et les prenait en effet en gâtant les moissons?

L’abbé Lebeuf n’admettait pas ces légendes, et celle d’Isoré moins que toute autre. Il n’y voyait qu’un souvenir de temps bien plus anciens, où cet endroit, consacré aux sépultures, en avait con-

clu nom de cette rue, mais je crois qu’il faut s’en tenir à celle qui lui vient du voisinage de

. . . . ce diable Vauvert

Qui gâte tout et qui tout perd.

Le château où faisait rage ce lutin dont Rabelais a parlé (liv. II, ch. xvm), ne fut exorcisé que sous saint Louis, en 1258, grâce aux Chartreux de Grenoble, à qui le saint roi l’avait donné, et qui vinrent y fonder cette grande Chartreuse parisienne, dont le cloître, décoré par Le Sueur, a disparu pour les agrandissements du Luxembourg. V. Jean Le Castel, Antiquités, fondations et singularités des plus célèbres villes du royaume de France , 1605, in-12, p. 53, et les Mémoires du sire de Joinville , édit. Francisque-Michel, 1858, in-12, p. 231.

1) Les Caquets de V Accouchée, édit. P. Tannet, p. 74.

servé le nom de fief des tombes. La présence au pignon de Notre-Dame-des- Champs, d’une statue de saint Michel, tenant une balance pour peser les âmes, lui semblait une preuve pour son opinion (i). Nous ne la discuterons pas.

Nous contons une légende, et toute discussion nous en éloignerait trop. Que cet endroit eût été dans un temps trèsancien un lieu funèbre, c’est ce qui reste à décider ; qu’il le fût plus tard, c’est ce que tout le monde sait. Où furent en effet portés, après la destruction du cimetière des Innocents, en 1788, les restes de l’immense ossuaire ? A la Tombe Isoire, dans les excavations des carrières de la plaine de Montsouris. Le fief des tombes redevenait ainsi digne de son nom.

On le décora comme il convenait.

Il existait dans les charniers détruits, en face de la première arcade, et sur la rue Saint-Denis même, un monument très curieux, qu’on appelait Croix Gastine , à cause de sa forme, 'et parce qu'il avait été posé d’abord sur l’emplacement de la maison de Philippe de Gastines (2),

(1) Hist.du diocèse de Paris , t. II, p. 230.

2 ) Les Hist.du sieur d’Aubigni, 1718, in-4»,p. 4.

pendu « pour avoir faict prescher et faict la cène audict logis (i). « Cette croix, qu’on disait avoir été sculptée par Jean Goujon, fut donc enlevée du cimetière des Innocents, au moment où on le dé' truisit, et portée à la Tombe Isoire pour orner l’entrée des Catacombes (2). Elle n’y resta pas longtemps. A la Révolution, ce lieu fut vendu comme bien national, et tous les monuments furent détruits. « Une salle de danse, y fut, dit M. de Thury (3), tolérée quelques an-

(1) Journal hist. de P. Fayet , 1852, in- 12, p. 4. — Nous pourrions ici, puisque nous sommes au Charnier des Innocents , rappeler bien d’autres légendes, notamment celle, qui fut mise en chanson, de Técolier allant inviter à souper un squelette qui au dessert l’emporte en enfer, mais nous avons cité cette chanson dans notre travail de la Revue française , n° du 1er janvier 1858, p. 428 : Comment Molière fit Tartuffe. nous nous contenterons d’y renvoyer. — Nous signalerons seulement ici le goût des Parisiens pour les histoires sombres. Il y a toujours des Cadavres dans les légendes de ce peuple gai. Une qui revient souvent est celle de la femme à la tète de mort . Les Parisiens de l’an 1720 s’en amusaient déjà pour se faire peur. V. le Journal de Barbier , in-18, t. I, p. 131-132.

(2) H. de Thury, Desc . hist. des Catacombes i p. 170,

(3) Ibid., p, 184.

nées. » On voit qu'en ce temps-là, comme nous l’avons dit plus haut, on ne dansait bien que dans les lieux funèbres.

Rien ne reste de la Tombe Isoire que son nom qui n'est compris de personne.

Ailleurs, il n’existe pas même de débris aussi intacts de deux autres légendes qui ne furent pourtant pas moins populaires à Paris, ce sont celles du Puitsd' AmouretàesQuatrefilsAymon.

La première, qu’on n'a jamais bien sue(i), et quejaurais par conséquent pu placer dans les Enigmes desrues de Paris, s’était perpétuée par une inscription en mauvaises lettres gothiques sur la margelle du puits, situé au carrefour des rues de laGrande et delà Petite Truande • rie(2),etdans lequel Sauvai avait encore

(1) Saint-Foix pense que son nom lui vient de la belle Agnès Hellebic, qui s'y serait précipitée par désespoir d'amour, du temps de Philippe-Auguste. La place où se trouvait le puits s'appelait place Ariane , peut-être encore en souvenir de cette désespérée aussi malheureuse dans son amour que l'amante Thésée.

(2) Voici cette inscription, qui indiquait la date, non de la construction du puits, mais celle de sa reconstruction en 1525 :

L’amour m’a refait Kn 15*25 tout a fait.

vu tirer de l’eau( i ) . L’enseigne d’une boutique voisine la rappelait aussi par une allégorie galante que plusieurs marchands des autres quartiers se hàtèreut d’imiter sur les tableaux de leurs boutiques^). Mais, depuis lontemps, il n’y a plus de vestiges des enseignes ni du puits.

Le souvenir des Quatre fils Aymon n’a pas eu un sort meilleur. Autrefois, on les voyait partout cavalcadant sur les enseignes d’auberge(3). Aucune n’a survécu. La rue à qui Tune d’elles avait donné son nom n’a pas même gardé ce nom tout entier, elle s’appelle la rue des Quatre fils , sans dire quels sont ces fils. Or ce sont ceuxd’Aymon, monté tous quatre sur le bon cheval que sa couleur baie obscure avait fait appeler Bayard et

(1) Antiquités de Paris , t. I, p. 184.

(2) Entre autres enseignes du Puits d’ Amour, il y en avait une auprès des Blancs-Manteaux. La rue du Puits , qui est voisine, où Sedaine était maître maçon en 1758, lui doit son nom, suivant Sauvai, t. I, p. 183. V. aussi, sur le Puits d’ Amour, les Essais de Sainte-Foix, t. I, p. 311.

(3) L’auberge de la rue du Gros-Chenet ou Mozart perdit sa mère, était à l’enseigne des Quatre fils Aymon . V. plus haut, p. 354, note.

Légendes des rues de paris.

dont le plus bel exploit, que nous allons conter, eut lieu dans Paris même.

Charlemagne, comme vous l’avez pu lire dans le vieux livre de papier gris qui n’est qu’une traduction en style populaire d'une des grandes chansons de geste du cycle carlovingien, Charlemagne convoitait fort ce roi des bons coursiers. Mais Renaud était à Montauban, et pour l’attirer dans Paris, où se trouvait l’empereur, il fallait un motif de haute importance. Charlemagne, d’après le conseil de ses pairs, fit annoncer une grande course, dont le prix serait : « Quatre cents marcs d’or, cent pièces de soie rayée ou décorée de roues, et de plus la couronne impériale en or pur, placée au bout delà carrière, et destinée à celui qui l’atteindrait le premier (i). »

Charlemagne, en faisant cette annonce si belle de promesses, s’était dit que Renaud ne manquerait pas de venir, monté sur Bayard, et qu'il lui serai alors facile de retenir le maître et le coursier. Renaud vint en effet avec son bon cheval, mais l’empereur ne put avoir ni la précieuse monture, ni son vaillant cavalier.

(i) Hist. littêr. de J a France , t. XXII, p. 684.

Pour qu’on ne s’emparrât pas de Bayard avant l’heure de l’épreuve, Maugis, qui accompagnait Renaud, teignit de blanc le poil du noble coursier, et lui apprit à clocher comme un mauvais cheval, si bien que l’empereur, le voyant s’avancer clopin dopant, se prit à rire. Renaud, Maugis et Bayard eurent bientôt leur tour quand la carrière fut ouverte.

« — Bayard, dit Renaud, nous tardons trop; s’ils s’en vont sans nous nous serons fortement blâmés.

« Bayard entendit Renaud, il hennit clair; il le comprit comme s’il eût été son enfant; il joint les oreilles, secoue la tête, il fronce les narines, harpe la terre de ses pieds de devant, pour être plus rapide, il courbe tout son corps en arc. Renaud lâche les rênes, Bayard s'en va avec bruit, arpentant la terre le cou tendu ; à chaque saut il en prend la longueur d’une lance; il fait bondir la terre et le vent siffle. » Que dites- vous de la vigueur et de l’élan de tout ce récit que Francisque-Michel (i) a ramené

(i) Du passé et de V avenir des Haras, 1861, in-12, p. 68.

littéralement de la Chanson de geste à un français plus accessible ? N’est-ce pas admirable, et M. Guessard n’a-t-il pas eu raison de publier les vieux poèmes, épopées de nos âges héroïques, où se trouvent à chaque page des épisodes semblables, animés de la même vie empreints de la même couleur ? Mais pendant que je m’attarde et bavarde, Bayard court et gagne le prix. Renaud touche le but et tend la main pour prendre la couronne d’or.

« — Arrête ! lui crie l’empereur; laisse la couronne et prends le reste. Descends de ton bon cheval, je le payerai de tout l’argent de mon trésor.

« Ah ! Charles, je n’ai souci de vos trésors ; je suis Renaud, et ce bon cheval est Bayard ; dites à votre neveu Roland de venir le prendre ! »

Cela dit, il pique des deux, rejoint Maugis et disparaît (i).

C’est à Paris, sur le vaste espace compris entre les murs de la ville humble encore, et les pentes blanchâtres de Montmartre, c’est auprès de la métairie féodale, déjà debout alors, et qui s’appelait

(i) Hist. littêr. de la France , t. XXII, p. 686.

Grange Bataillère ou Bataillée parce qu’elle était crénélée ( bataillata (i), que s’étendait le champ de cette noble course(2). Or, plusde douze siècles après, presque sur le même emplacement, à l’un des coins de la rue qui devait son nom à la célèbre grange, s’est longtemps tenu un club fameux, créé tout exprès pour l’amélioration des races, et qui n’a jamais perfectionné que les courses où les races détériorées triomphent. Le cheval qu’enviait Charlemagne, et qui pouvait rapide comme le vent, emporter sur son dos quatre cavaliers armés de toutes pièces, n’eût pas été digne des entraîneurs de ce club, où l’utilité d’un cheval ferait son indignité !

Il y avait à Paris, au moyen âge, d’autres champs clos pour les joutes à cheval. Guttierre Diez de Gamez, dans la

(1) V. le Glossaire de Du Cange à ce mot, et Paris démoli , n. édit., p. 724.

(2) Ce dut être une lice pour de plus sérieux combats. Si une partie des terrains voisins fut placée sous l'invocation du parrain des batailles, saint Georges, dont une rue de ces quartiers porte encore le nom, ce fut, je n’en doute pas, en souvenir de l’usage belliqueux qu’on faisait de cette plaine,

Vie de Pero Ni no, raconte que son héros étant venu à Paris en 1406, jouta certain jour à armes courtoises contre les plus braves chevaliers de France, dans le pré ou, comme on disait alors, dans la Culture Seiinte-Catherine (1), situé hors des murs, non loin de la Bastille; et une autre fois dans une place appelée la Petite-Bretagne . « On y voyait le comte de Clermont, le comte de la Marche, le comte de Tonnerre, et plusieurs autres grands personnages de la cour. Or, dit üuttierre, ce jour-là Pero Nino jouta et rompit plusieurs lances contre d'autres seigneurs. Les Français étaient si impatients de combattre avec lui que, dans cette circonstance, deux jouteurs s’avancèrent ensemble ; mais Pero Nino s'y maintint si ferme que les deux adversaires ne purent l’ébranler. Il conserva tout son sang-froid ; aussi ne tarda-t-il pas à désarçonner l'un des jouteurs. Ce jour-là, le comte de Clermont se mesura avec un seigneur : dans l’ardeur de la lutte, les deux chevaux s'abattirent en même temps, entraînant avec eux leurs cavaliers, qui seraient peut-être morts

(1) V. nos Enigmes des rues de Paris , p. 5.

de leur chute si l’on n’avait volé promptement à leur secours (i). »

Cette place de la Petite-Bretagne était prédestinée à ces sortes de joutes. C’est là, ou du moins dans un espace tout voisin, que le jeune Louis XIV donna pendant deux jours, les 5 et 6 juin, 1662, ce magnifique Carrousel , tournoi de parade, où l’on vit lutter bien plus par l'élégance et le luxe que par les armes ; joute galante et splendide, dont la place qui en fut le champ clos devait, même après avoir décuplé son étendue, garder un souvenir dans son nom.

(1) Nous donnons ce passage d'après la traduction de M. Florencio Janer, dans un article de la Revue française, 1er avril 1859, P- 434*

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