‹ Chroniques et traditions provençalesChapitre 13 sur 29 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

LESTERELLE.

Les cavaliers avaient fait halte comme les autres, et leurs chevaux cherchèrent bientôt une chétive nourriture autour des buissons qui servaient d'abri à leurs maîtres. Non loin vinrent se grouper nombre de campagnards, qui peu à peu se rapprochèrent et finirent parles entourer ; résolus à se défendre , ils songeaient à se choisir des chefs. « Là-bas sur les collines p orientales, s'écria l'un d'eux d'une voix vé- » hémente, là où brillent tant de feux rap- » proches, une armée est campée; ici des n hommes non moins braves , sont parqués j> comme des troupeaux. Que nous manque-

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» t-il donc pour opposer demain une armée ■» à une armée , braves seigneurs , que nous » manque-t-il ?» '

— Ce qui nous manque, chevaliers, ce sont des têtes expérimentées capables de commander à des gens de guerre assez novices sans doute, mais qui, guidés par de nobles panaches, marcheront à l'ennemi mieux peut-être que des soldats aguerris. II faut que ces Brabançons remportent dans leurs fangeuses prairies, un durable souvenir de leur dangereuse promenade à travers nos montagnes.

Et comme il achevait ces mots , un homme couvert de sueur et de poussière se précipite vers eux ; il est bientôt suivi de plusieurs, la joie et le courage brillent dans leurs yeux noirs et perçans. D'un autre côté et sur le chemin d'Antibes* on voit accourir ime troupe en désordre, c'était les légionnaires de la Provence; leurs chefs avaient en vain cherché

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à les rallier, la terreur régnait dans leurs rangs ; tous s'arrêtèrent enfin à la voix de leurs compatriotes.

Les premiers arrivaient triomphans , ils avaient repoussé Fernand et sa cavalerie ita lienne; Pontevez les envoyaient pour en répandre la nouvelle. La route de Grasse était jonchée de cadavres d'hommes et de chevaux.

L^es seconds se présentaient vaincus et consternés, et cependant la fortune avait laissé tomber sur les lâches un regard d'encouragement. Troisccnts Espagnols, restes des vieilles bandes du grand Gonsalve, étaient venus mourir au pied d'une redoute élevée à la hâte, avant quevingtdesesdéfenseurscnssenl trouvé une mort glorieuse; mais ils avaient fui le danger pour rencontrer la honte! Le danger!

qu'une heureuse audace suffit pour éloigner.

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lyes nobles amis n'hésitent plus, bien que de puissans motifs d'inquiétude et de tendres aflèctions les rappellent au sein de leurs familles, ne fusse que pour quelques heures; ils resteront.... pour raffermir des courages ébranlés ou pour modérer des ardeurs trop téméraires.

Albaud et Chateauneuf s'apprêtent à faire tête à l'ennemi dont il faut à tout prix retarder la marche. Escragnolles et Baibi par une adroite manœuvre se perdant ou se montrant tour à tour dans les ondulations des collines , présenteront l'aspect de nombreux et formidables combattans. Si Charles sort vainqueur de l'attaque qu'il médite. Il n'est plus qu'un seul espoir.... Castellane désigné par le sort, devra tout préparer pour la fête de leurs sanglantes funérailles, ils se quitteront sans tristesse, sans regrets, certains qu'ils sont, de se trouver au rendez-vous où les convient la gloire, la patrie et la mort.

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XXXT.

Ce secret demeure enseveli dans leur sein ^ et toute fois un bruit sourd se répand parmi ces hommes qu'un même sentiment anime, la haine del'oppression étrangère, les cinq, disaiton, avaient juré la mort du sombre et sévère empereur. On ajoutait que pour s'affermir davantage dans leur héroïque résolution , un serment redoutable prononr;é aux pieds des autels, les avaient lîés pour l'éternité. Ils attendaient l'instant d'agir sans le désirer , sans le craindre : comme ces religieux qui, creusant eux-mêmes leur tombe, voient d'un air calme et satisfait, la tâche sur le pointd'être achevée. Ames pieuses et dévouées, qui ne cherchent point à retarder d'une heure, l'inévitable moment.

On pouvait encore compter debraves jeunes hommes parmi ces légionnaires qu'avaient

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étonnés la valeur espagnolle. Au nombre de .

quinze ils se présentent à Castellane , ils le conjurent de leur peroiettre de marcher sous ses ordres, ils espèrent, dans une tentative périlleuse et prochaine, laver la tache gui souillait leur étendard. Amis , leur dit à voix basse le hardi chevalier , consultez-vous ; des mains que la crainte rendraient bibles et tremblantes me prêteraient un inutile secours, il faut que la balle sortie du mousquet, aille frapper le but sans dévier d'une ligne, et puis

il faut s'être disposé à paraître devant le

trône du tout-puissant; si vous avez adressé un éternel adieu aux joies et aux peines de ce monde, suivez-moi, la tombe est assez grande pour nous contenir tous.

Et il descendit rapidement un tortueux sentier qui venait se perdre au milieu de la plaine sur laquelle est bâtie Fréjus, la ville des Cé-

sars, et que respectera leur successeur. Une seule fois il tourna la tête , s'aperçut avec satisfaction qu'il était suivi , et s'arrêta non loin decet ancien aqueduc, impérissable monument de la grandeur romaine. Du sein de l'antique cathédrale , des prières ferventes , des chants de détresse montaient dans les airs ; les prêtres cherchaient à intéresser le ciel à la cause des souverains légitimes. Le lendemain les mêmes voix s'élevèrent , ce n'était pins le même nom qui sortait deleurbouche, ils invoquaient dieu, mais en faveurdel'orgueilleux conquérant.

Le jeune chevalier appuyé sur sa longue épée demeurait pensif et silencieux, les légionnaires se tenaient à une respectueuse distance, attendant ses ordres. Pour la première fois de sa vie Gastellane se sentait ému à l'aspect des beautés d'un site devant lequel il avait passé vingt fois sans s'arrêter , il lui semblait

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que la nature ne lui avait jamais souri sous un ciel plus brillant et plus pur, et que jamais

non plus le soleil ne s'était levé plus réjouissant et plus radieux ; son œil perçant eut bientôt découvert sur sa gauche la chaîne des Basses- Alpes et leurs sommets verdoyants, c'était là que s'élevait le château de ses pères' , il s'en approche, y pénètre, presse sur son cœur pour la dernière fois des objets révérés , s'arrache à leurs embrassemens et se retrouve au poste de l'honneur. La vision avait cessé , il était toujours à la même place ; mais son regard était 6xé sur la forêt qu'il venait de quitter.

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