‹ Chroniques et traditions provençalesChapitre 4 sur 29 · XXVIJ · texte numérisé non relu

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Quelque pénible que (ut l'embarras et la crainte du triste Consul , pour un spectateur habitué aux puissantes émotions de la guerre, cet état de crise ne pouvait long-temps durer. L'ennemi s'avançait à grands pas et dans les ténèbres. D'AIbi donne impérieusement, pour la première fois de sa vie , l'ordre d'éteindre les torches, probablement pour n'avoir sur ces mécréans d'autre avantage que celui de la valeur. Etait-ce présence d'esprit, plutôt que

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générosité? C'est ce que je n'ose me permettre de décider. — S'ils n'attaquent point, peut-être ferait-on bien de laisser passer cette race qu'attend bientôt l'enfer, murmura dans l'obscurité une voix bien connue : ce n'était ni un ordre ^ ni une prière, mais une simple réflexion ; aussi personne n'en tint compte , et chacun baissant sa hallebarde , pensa à défendre chèrement sa vie. Ce silence, qui précède toujours le moment du combat , et pendant lequel le guerrier se recueille et achève intérieurement le sacrifice d'une vie que tout haut il a juré de perdre ; ce silence solennel, ce silence de mort , règne pendant quelques momens. Il ne fut interrompu que par tessons bien connus de l'idiome provençal que laissaient échapper des voix joyeuses et insouciantes. C'était une bande de hardis braconniers des montagnes des Maures; ils avaient entendu le glas des cloches qui leur promettait une fête selon leur goût, et comme une troupe de faucons , ils accouraient à la curée

UË S.-P1ERRE d'aLUANARE. ^t

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Leur costume est aussi sauvage que la vie qu'ils mènent : de longues bottines de cuir fauve, lacées sur le coté, serrent leurs jambes nerveuses , un épais tablier de peau de chèvre les garantit des douloureuses atteintes du houx. épineux , ou des pointes aiguës du genêt des montagnes; un feutre épais et blanc, sans forme prononcée, défend leur tête des ardeurs du soleil; ils courent plutôt qu'ils ne marchent, la main armée d'une légère arbalète , dont la flèche atteint, tour à tour, la rapide perdrix, ou la pesante bécasse ; une hache meurtrière pend à leur ceinture, arme redoutable qui leur sert à attaquer le sanglier dans sa bauge, ou à se défendre de la louve qui, pendant la nuit, vient roder autour du toit de branchage sous lequel ils reposent leurs membres fatigués.

Ces enfans de la liberté ne reconnaissent aucuh chef; le plus brave et le plus adroit les.

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guide aux plaisirs de la chasse comflfie aux dangers de la guerre. Cette vie aventureuse plait à leur ame indépendante ^ comme le matelot chérit son bord assailli par la tourmente. Mélange singulier d'audace impudente et de vertus héroïques^ aujourd'hui le hardi chasseur pillera sans remords le compatriote qu'il va défendre : un siècle plus tard il s'ennoblira en arrêtant l'armée de Charles-Quint.

D'Albi , satisfait de marcher accompagné d'un pareil renfort, les fait passer en avant; ils connaissent l'ennemi qu'ils auront à combattre; ils calculent déjà le gain de leur dépouille ; dans peu d'instans ils seront en présence ; le champ de bataille est là ; ils le devinent plutôt qu'ils ne le voient ; le cœur de l'enfant des forêts bat , non de crainte , ' mais d'espoir ; une seule chose le surprend. Aux sons des cloches, qui ne cessent de se

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faire entendre , ne se mêlent point ces cris de guerre sauvages et bizarres que poussent les Maures au moment d'en venir aux mains.

D'Âlbi craint une embûche; le prudent consul ne s'avance qu'avec une extrême précaution ; il fait faire halte. Quelques hommes détachés par son ordre , se glissent le long des murailles du couvent jusqu'aux portes épaisses qui en défendent l'entrée. Ils y trouvent D'Arcussia et sa troupe. Le vieux chevalier a d'abord volé vers le lieu du débarquement. Pas un navire aux larges flancs ne pesait sur l'onde; pas un bateau pêcheur ne se balançait sur la mobile surface. C'est alors qu'inquiet et rêveur , D'Arcussia s'est dirigé vers l'Abbaye. A son approche, le bruit des cloches qu'ébranlait depuis long-temps un bras fatigué , retentit avec une nouvelle force. Le Consul frappait en vain aux portes , quand son pesant collègue, qui venait non pas de fondre comme un aigle , mais de rouler comme un rocher du flanc de la colline , se présente avec les siens

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