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qui l'avaient suivi dans son mouvement involontaire. — Ces femmes sont possédées'de l'esprit du démon, s'écria l'impétueux vieillard, en chassant le marteau de la porte avec une nouvelle violence ; cette fois la porte s'ouvrit
I<a jeune Âbbesse s'avance dans tout l'éclat de sa parure pontificale. Jamais elle n'avait paru si belle aux regards émerveillés des Consuls , dont la colère et l'indignation se turent pour un moment : deux nones, au riant visage^ aux joues vermeilles, aux doigts potelés, l'accompagnaient tenant d'épais flambeaux de cire blanche dont la lueur vacillante donnait à ses traits réguliers une piquante mobilité. L'inquiétude et , je le crois aussi, un commencement de reproche faisaient palpiter son sein virginal ; sa voix était plus douce ; elle semblait vouloir être plus persuasive que de coutume. — « Nobles et diligens Seigneurs,
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DE S.- PIERRE d'alHANARB. 4^
a dit-elle, que d'actions de grâces n'ai-je point » à vous rendre ! Si jusques ici j'avais beau- » coup espéré de vos promesses , pa r l'épreuve » dé cette nuit, meschastes compagnes et moi » nous demeurons certaines de voir tôt ou » tard accourir à notre aide de zélés et vail- » lans défenseurs. Que Dieu nous prête donc » le courage nécessaire pour attendre le se- » cours , et il arrivera. Honneur à lui ! Il » peut , quand il le veut , prêter la force de :i> Samson au bras de la vierge timide et , s'il n le veut encore, la Crosse pastorale suffira a pour renverser le Philistin impie. Honneur » à lui, honneur à Dieu tout-puissant! hosan- » na ! hosanna ! -o Et une harmonie toute céleste se fit entendre, et l'écho des voûtes du cloître renvoya des sons ravissans : c'étaient les voix mélodieuses des vierges du Seigneur qui s'unissaient pour redire l'hymne sainte , remerctment des vainqueursau Dieu qui donne la victoire.
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XXXÏ.
Les chnnts avaient cessé; la troupe demeurée muette d'étonnemeot , attendait l'issue de cette singulière scène. Les chefs décidés à faire entendre la voix sévère de la plainte et du reproche, n'osaient pourtant interrompre le calme religieux qui vint succéder au sacré concert. L'abbesse satisfaite de l'effet produit par sa pieuse ruse , avait retrouvé son maintien plein de noblesse et de dignité ; elle songeait à se retirer, quand elle jeta les yeux sur lés Consuls avant de leur adresser un dernier remerctment. Malheureusement leurs physionomies , agitées de passions opposées , offraient une expression si plaisante, queBéatrix ne put retenir un léger sourire qui vint contracter ses lèvres et leur imprimer un caractère décidé de moquerie et de malice. Ainsi , dans un paysage d'un aspect sombre et sévère, ou parmi les ruines imposantes d'un temple égyptien, illusion cesse tout à coup pour ce
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voyageur (i) moderne, enthousiaste et peintre, s'il voit errer , à travers l'imniense colonnade , une jeune et belle Anglaise , au spencer rose , ' orné de rubans noirs , au chapeau bas et cylindrique et à la taille de guêpe ; aussi hors de propos , au milieu de ce faste et de cet appareil dominateur, fut le sourire de Béatrix; il désenchanta subitement les Consuls et les rappela aux sentimens terrestres du dépit et de la vengeance.
Par l'éternelle lumière du Saint-Esprit , ce qui vient de se passer me semble une amère dérision , s'écrie enfin D'AIbi en se rappelant et ses frayeurs et sa chute et les nouvelles meurtrissures qui en seraient les inévitables conséquences. — « Malédiction sur la femme n imprudente ou ins^isée qui s'est jouée de
{1} M. de ForbÎD. ( Voyage dans le L«Tant ).
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u ce qui existe de plus saint sur la terre, s l'assistance accordée aux faibles , et le res- » pect du à une tète chauve et blanchie par » les ans ! Désormais , et par sa faute , la voix » du suppliant ne sera plus écoutée; son sang » répandu n'appellera plus la vengeance des » hommes ; le pacte est à jamais rompu ; »
et en laissant échapper ces funestes paroles , de ses lèvres tremblantes d'indignation , le vieillard , d'un signe de son épée , ordonna la retraite. L'anatbème ne parvint pas jusqu'aux oreilles de Béatrix. Dès les premiers mots prononcés par D'Albi, elle avait prévu que l'orage allait éclater ; elle se hâta de saluer de la main et de disparaître. Pensifs et occupés des sarcasmes qui les attendaient au foyer domestique, soldats et chefs reprirent le chemin de la ville, plus tristement que s'ils avaient eu à déplorer la perte de quelques braves tombés avec honneur sous le cimeterre musulman; de leur côté, les braconniers, pour se distraire et s'indemniser, dépouillé-
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rent de leurs fruits nombre d'oliviers qui croissaient sur les terres de l'Âbbaye , et ils s'en retournèrent à leur tannière aussi galtnent qu'ils étaient venus; pour eux cette partie n'était autre chose qu'ur-e chasse sans gibier. Un homme seul les vit successivemrait défiler^ et demeura immobile sur le tertre qu'A occupait. Le premier^ il avait entendu l'annonce du dattger ; le premier , il s'était assuré qu'aucun péril réel ne menaçait la royale communauté ; mais curieux de savoir le motif et la fin d'une si étrange aventure, il attendait patiemment quelque incident qui vînt lui donner l'éclaircissement désiré. Cet homme était le pâtre qui , deux mois déjà passés, avait attiré les regards de la noble Béatrix.
C'était en effet un homme étrange que cet habitant des montagnes- Comme tous ceux de sa profession ^ il se plaisait dans la solitude
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et marchait silencieux ; il aimait à reposer ses membres robustes sur les roches anguleuses qui bordent le golfe ; il y passait des journées entières , et bien souvent y saluait le retour des astres de la nuit. Au contraire de ces pasteurs qui toutes les années viennent des Vallées Alpine» passer l'hiver sous un ciel moins rude , le soin de ses nombreux troupeaux ne l'occupait guère. Personne ne le connaissait ; seulement on soupçonnait qu'il était venu de bien loin par delà le haut plateau de Colmars. Deux serviteurs qui surveillaient ses chèvres et ses brebis eussent été questionnés en vain. Taciturnes comme celui qui semblait leur maître, non par son costume, mais par le despotisme de ses manières , ils évitaient avec soin toute 'communication avec les habitans voisins qui savaient , je ne sais trop comment , que depuis peu ils étaient à son service, et que, l'année expirée, ils seraient remplacés par d'autres qui ne pourraient eo apprendre davantage. Au reste , ce
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pâtre était tm homme pieux et remplissait avec exactitude ses devoirs de religion. Ce jour de sanctification qu'on accorde au repos et au. plaisir , il le consacrait à de saintes méditations. La tête baissée sur sa poitrine et les mains jointes , il se tenait dans le coin le plus sombre de la chapelle du couvent, et mêlait sa voix grave aux voix argentines qui célébraient l'Eternel. On avait remarqué qu'il cherchait surtout à marier la sienne à celle de l'illustre Abhesse. Certes, cette conduite n'était pas celle d'un de ces esprits inquiets et audacieux qui ont fait pacte avec le noir génie du mal , comme qualques-uoa étaient tentés de l'en accuser.
Le pâtre jetant un dernier regard sur la cloche muette., descendit jusqu'au rivage, "résolu d'attendre le lever de l'aurore ; on bien voulait-il essayer si le bruit monotone du flot