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en vain des explications plus détaillées , et s'engage et se perd dans les sinuosités de la montagne.
Quarante jours s'étaient passés au couvent, plus longs et plus tristes que pour le reste du monde ; car ils s'étaient passés en récriminations, en plaintes et en tardifs et inutiles repentirs. Derrière le cap Sicié, le soleil s'était couché pins coloré que de coutume. De larges bandes d'un rouge de sang se déchiraient dans l'atmosphère et laissaient passage comme à de langues de feu ; le ciel offrait à coup sûr de sinistres présages ; car s'il n'annonçait point malheur à tous les hommes , au moins le vieux matelot pouvait y découvrir pour le lendemain le pronostic d'un vent impétueux; aussi tous ceux qui à cette heure se trouvaient sur l'élément perfide , regardaient-ils , non sans inquiétude, la voile déjà ufée, le mât qui
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avait tenu bon contre pins d'un orage , mais dont l'existence ne pouvait être éternelle , et les flancs du vaisseau disjoints en plus d'un endroit Ces soins occupaient sans doute aussi l'équipage de deux bâtimens qui, dans le lointain , semblaient deux mouettes légères glissant sur la surface de l'onde. Plus tard , alors que la baguette magique du géniede la nuit eut métamorphosé en objets fantastiques les nuages de l'horizon et les rochers de la côte , ces deux bâtimens, avec leurs blanches voiles, prirent la forme de deux spectres menaçans,qui lentement se promenaient sur le golfe , et vinrent s'arrêter immobiles et grandissants , en regard des gothiques croisées de l'Abbaye.
Tenue éveillée par un effroyable pressentiment, l'abbesse parcourait à grands pas le riche appartement qu'on appelait sa ceUule ;
L ABBAYE
elle attendait avec impatienœ l'heure de matines, sa tête était brûlante^ sa poitrine se soulevait avec peine ; elle veut respirer l'air pur des nuits ; mais, contre l'ordinaire^ l'atmosphère est épaisse et humide; au moment ou , plus oppressée , elle se disposait à quitter l'immense fenêtre, deux chaloufies qui, poussées par la brise, nageaient silencieusement vers le rivage , attirent son attention. A travers les frangea argentées de son voile de nuages , la lune projetait assez de clarté pour lui laisser distinguer d'épais turbans , des cimeterres nus, des piques et des haches; les
chaloupesabordent Elle compte Trente
guerriers oiitatteint la grève. Matines sonnent; ce ne sont plus les louanges du Seigneur qui vont monter vers le Ciel , mais des cris , des sanglots , des exclamations lamentables , des gémissemens étouffés , des grincemens de désespoir. C'est alors que les cloches s'ébranlent pour raconter de véritables terreurs , des angoisses qui ne sont pas feintes , et qui ne
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doivent finir que pour être remplacées par la certitude du déshonneur et de la mort.
Oui, les cloches s'ébranlent : Oui, les sons d'alarmes répétés de nouveau par celles du couvent voisin^ traversent rapidement les airs: oui , dans la ville , les gardes de nuit les entendent ; ils sont émus de la violence et de la continuité des battemens du marteau d'airain; ils courent , s'écrient , instruisent la population. Inutile avertissement, personne ne bouge. Enfin la voix de bronze a cessé de se feire entendre de l'Âbbaye de Saint-Pierre; mais la sentinelle postée sur le donjon de la forteresse, prévient qu'un vaste incendie dévore le couvent.
Quelles scènes d'horreur éclairait-elle cette flamme qui, dans le miroir vacillant des eaux, se répétait plus menaçante et plus vive ! Du sein des deux vaisseaux s'élevaient des cris d'une joie digne de l'enfer : Allah Hou! Allah
L ABBAYE
Hoii ! et sur le tillac on voyait , à travers une rougeâtre vapeur ^ les démons qui n'avaient pu prendre part à la fête, s'agiter , applaudir et danser comme les sorciers au jour du Sabbat. Leurs farouches etavides compagnons avaient à peine touché le sol., qu'on les avait vu se diriger vers les portes do couvent. Ils traînaient une énorme machine. Trois fois les massifs et lourds battans leur avaient résisté. Ébranlés de nouveau ., ils cèdent, s'ouvrent, et leur laissent un libre passage. Ce n'est ni un torrent débordé, ni le loup dans la bergerie, ni la hiène aux ongles sacrilèges qui, dans le cimetière , bondit de joie autour du cadavre qu'elle vient de déterrer. Comparai- ^^ sons faibles. C'est pis que tout cela ; ce sont des hommes avides d'or et de sang. De faibles vieillards, chargés de cultiver les jardins de l'Abbaye, leur opposent en vain une résistance qui ne fait qu'accroître leur rage. En un moment ils ont parcouru le cloître, le parloir , les cellules, les caves ; les malheureuses filles , forcées dans les obscures retraites
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qu'elles s'étaient choisies, cherchent à fuir. Quelques-unes y parviennent, la plupart deviennent la proie du féroce agresseur. Palpitantes et étendues sur le sol , elles vivent encore. Patience! Demain on les retrouvera mortes de honte et de désespoir. Oh! si les larmes de celle-ci , qui tour à tour , se débat et supplie, si ses larmes pouvaient, en sillonnant son visage , y laisser une trace corrosive et brûlante qui la rendit hideuse aux yeux du Musulman, combien peu elle regretterait plus tard ses attraits qu'elle maudit aujourd'hui. Béatrix elle-même , poursuivie , s'est réfugiée au pied des autels d'un Dieu qu'elle
implore et qui la repousse ; elle espère
dans l'obscurité échapper — Une main brûlante la saisit.
XXXYIII.
Au cri déchirant qu'elle a poussé, une troupe de Maures , gorgés de vin et le regard enflammé, pénètrent dans le sanctuaire; les
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misérables , tenant d'une main la torche incendiaire , et de l'autre le riche butin dont ils se sont (Marges, laissent échapper un rire affreux en apercerant la pâle Béatrix , que pressait dans ses bras hideux un noir enfant des déserts de l'Afrique. Retrouvant des forces dans sa fureur et son effroi, l'infortunée créature se débarrasse des étreintes du monstre, et court se jeter anx genoux des Musulmans.
Ceux-ci , surpris de la beauté de la céleste houri , remercient Mahomet de cette nouvelle faveur. L'Africain , tel doit être le tigre au temps de ses sauvages amours , l'Africain réclame sa proie, la saisit; le combat s'engage. Assailli par ses compagnons d'armes et de rapines, de sa hache il frappe et atteint les plus hardis , les autres reculent et se consultent Le vainqueur soulève sa victime et l'emporte; mais à peine il a fait quelques pas, qu'il se sentarrêté par un bras pins vigoureux que le sien. 11 n'a point eu le temps d'envisager son nouvel ennemi que déjà le froid de la mort glace son sang, et que son ame atroce
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s'échappe par je ne sais laquelle des trois larges blessures qu'il a reçues coup sur coup. Un Chrétien se trouvait enfin en présence des élus du faux prophète.
Eperdue et pantelante, la fille des Rois se
penche et s'appuie sur son vengeur. Ln
pâtre..... un grossier conducteur de troupeaux. Imposant dans son attitude, il attend les forbans qui fondent sur lui en poussant d'insolentes clameurs ; plusieurs tombent à ses pieds , les autres appellent à l'aide ; le pâtre embouche la conque marine suspendue k sa ceinture ; un son rauque et prolongé ébranle la Toûte , comme autrefois la trompe d'airain du Paladin Roland apprend à Roncevaux sa gloire et sa défaite. De nouveaux combattana apparaissent dans l'arène sacrée : d'un côté, des Sarrasins fatigués de carnage et qui , satisfaits de leurs captures , cherchent plutôt à regagner leurs navires qu'à tenter encore de
CyGOOglC :
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périlleux hasards ; de l'autre , ce sont deux énormes chiens velus comme les ours des Alpes^ leurs habituels adversaires; au son accoutumé de ' la conque ^ ils sont accourus vers leur maître qu'ils avaient hésité à suivre à travers d'épais tourbillons de flamme et de fumée.
C'était une chose inerveilleuse que la manière dont ce pâtre maniait l'arme redoutable qu'il tirait de son fourreau pour la seconde fois. Soit qu'il attaquât , soit qu'il se défendit, je ne sais si dans un tournois,, le meilleur, chevalier de Provence , c'est dire du monde entier, eût déployé plus de force et d'adresse. II a déposé son précieux fardeau dans l'angle d'un triple pilier., et libre dans ses mouvemens, il méprise le nombre, le trépas plane sur l'ennemi, le trépas certain, prompt, inévitable. Ses fidèles et loyaux compagnons s'élancent, la gueule ouverte , sur le guerrier assez
DES.-P1ERRE d'aLHANARE. 63
agile pour éviter le fer , et bientôt ses os broyés, ses chairs déchirées, son vidage couvert de morsures et d'une sanglante écume, ne laissent plus voir sur le sol qu'un méconnaissable cadavre. Cependant l'un des deux, frappé d'un coup mortel , se débat contre son sort , se roule avec rage , et sentant sa fin prochaine, se traîne aux pieds de son maître, auquel il adresse son dernier regard. Le pâtre a distingué le meurtrier Le noble animal est
vengé,
Quelques branches enflammées du pin résineux éparses çà et là sur les dalles du chœur, achèvent de se consumer, et ne répandent plus sur la tragique scène qu'une incertaine clarté. Du milieu des mourans, un Sarrasin se lève; il rampe dans l'ombre, il approche, il épie un instant favorable. Par un coup heureux , l'héroïque pasteur venait de décider la victoire; les lâchestournaient la tète, ils franchissaient le
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seuil de la porte; le vainqueur les poursuit,
il lève le bras Pour la dernière fois. ....
Au moins les ennemis de Dieu ne l'auront vu ni chanceler, ni pâlir , ni tomber; il est étendu sur la froide pierre ; son sang s'écoule à flots pressés; le Musulman qui l'a frappé, a épnisé toutes ses forces. Il meurt non loin de sa victime avec la hideuse expression de la haine satisfeite.
Béatrix avait suivi des yeu\ les pas de l'assassin : sa rapide pensée avait prévu la fatale catastrophe; elle eût voulu voler au secours de son protecteur, une puissance invincible la retenait à sa place ; elle eût voulu s'écrier , elle se trouvait muette. Ainsi, dans un sommeil pénible nous nous croyons poursuivis, et nous sommes forcés de nous arrêter ; nous voulons élever la voix , et de notre poi trine ne s'échappent aucuns sons. Une main aveugle a conduit le poignard. Le pâtre atteint d'un coup raor-
DE S.-PlBItRB d'aLHANARE. 65
tel , le charme s'est rompu. BéîLtrix court
il est trop tard. Il est vrai que le cœur bat encore , que les yeux se sont ouverts , que la bouche a murmuré; quoi ? un touchant adieu... noa; des paroles plus mystérieuses, des paroles que l'abbesse n'a jamais répétées. A genoux auprès du mourant, elle implore le ciel en laveur de, l'ami qu'il a daigné lui susciter ; et cependant lé râle qui l'effrayait et qui vient de cesser, aurait dû l'avertir que toutes prières et tous soins étaient désormais inutiles. Le pâtre est là gissant sur le sol. Ce chien haletant qui léchait ses pieds , ses mains et son froid visage , ne s'y est point trompé ; son hurlement aigu et prolongé, c'est l'expression de l'instinct : il sait que son maître n'est plus.
D'Arcussia, malgré son grand âge, étaitmonté jusqu'aux derniers d^rés de la plus haute tour , pour s'assurer si l'Abbaye était
en effet la proie des flammes. Pénétré de cette affreuse vérité, un long et pénible combat s'était livré dans son ame , entre son amourpropre ofïènsé et tout ce que le cœur de l'homme renferme de grand et de généreux.
Enfin , il se décida à rassembler , non les habitans qui ne l'auraient pas suivi , mais les gens de sa maison et peu d'amis, car la plupart le blâmaient de ce qu'ils osèrent appeler sa faiblesse. Faiblesse! Grands Dieux! L'oubli des injures ; la plus touchante et la plus difficile des vertus du christianisme. Il arrive ; deux navires levaient l'ancre; il putentendreencore les cris perçans qu'envoyaient pour adieux au rivage de la patrie tant de femmes désolées qui ne devaient plus le revoir. Toutefois un spectacle plus douloureux vint frapper la vue du vieux chevalier , alors qu'avec l'aide des siens , il eut arrêté les ravages du feu , et qu'il fut parvenu dans ce funèbre jardin qu'entourent les portiques du cloître , et dont la croix de fer et les noirs cyprès , plantés cà et là ,
DE S.- PIERRE d'aLMANARE. 67
indiquent assez la destination. L'abbesse d'Almanare, debout devant un corps souillé de poussière et de sang, et r^itaiit à voix basse les Prières des Morts, deux hommes, vêtus de l'étoffe brune et grossière des montagnards, creusaient une fosse devant laquelle se tenait, la tête basse, l'animal ami de nos foyers. Sans se détourner de sa pieuse occupation , de sa main droite l'abbesse fit au Consul et à sa suite le signe imposant de ne point l'interrompre.
XUV.
Les serviteurs fidèles placèrent avec précaution le corps du maître dans la tombe ; et au moment où ils se disposaient à répandre sur lui la sainte terre , l'abbesse prononça ces mots d'une voix lente et solennelle : k Homme noble » et généreux, j'ai rempli ta dernière volonté ; » celle dont tu sauvas l'honneur et la vie t'a » enveloppé d'un linceul arrosé de ses larmes. » Gomme tu l'as demandé, et comme je l'ai
Gd i.'abbaye
u promis dans un moment où rien nes'oublie, » les prières d'une femme coupable et repen- » tante acCompagileront ta grande ame au D séjour éternel. Si ton existence fut humble, » c'est que telle tu l'avais choisie. En traçant » le livre de ta destinée, tu méprisas les gloires » humaines et tu pouvais prétendre à toutes.
» Quel Monarque n'eût été fier de te compter » dans les rangs de son armée? Quelle femme » n'eût été orgueilleuse de te voir porter ses » couleurs? Meurs donc tout entier puisque » tul'asTouIu; un seul êtresur la terre conser- » vera le secret de ta vie et de ta mort ». Et elle tomba affaissée sur l'bumidegazon. Gène fut qu'avec peine qu'on parvint à entraîner loin ' de son cloître la malheureuse abbesse , et elle ne consentit à suivre le bon et compatissant chevalier, que lorsqu'elle aurait acquis quelque certitude sur le sort de ses tristes compagnes.
A la pointe du jour, on vit errer ça et là ,
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dans la montagiie, celles de ces timides vierges qui avaient su échapper à l'effroyable sort qui les attendait dans les murs du couvent. On courut vers elles; d'abord elles se mirent à luir , mais appelées par des voix amies , elles revinrent sur leurs pas, et, au nombre de cinq, elles allèrent se ranger autour de leur abbesse; deux autres qui s'étaient tenues cachées jusqu'à ce moment^ sortirent du milieu des ruines. Leurs longs voiles noirs couvraient leurs figures ; des sanglots étouffés s'échappaient de leur poitrine qu'agitait un frisson convulsif ; celles-làsetinrentloin de leurs chastes sœurs.... Une derniCTe s'avança vers la triste assemblée. Ce que plusieurs d'entre elles avaient souhaité, elle avait eu le courage de le m^tre à exécution ; sa main hardie avait porté sur elle-même un fer tranchant Sans nez ! sans joues ! sans
lèvres! Ce n'était plus une femme c'était
un éternel objet d'horreur et d'admiration.
Non plus que les autres, elle n'adressa de reproches à Béatrix. Elles se retrouvèrent sept,
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et pouvaient encore former une communauté unie par le malheur et la religion. Sous la conduite de D'Arcussia , elles se mirent en marche pour la ville : certains ^ à l'humeur vindicative , s'apprêtaient à leur adresser de grossières et indécentes railleries; mais il y avait dans la physionomie des religieuses tant de douleur et tant de résignation , que chacun se sentit ému jusqu'au fond de l'ame. Au sein de cette population, dont elles s'étaient jouées, personne ne se leva pour les accuser. et leur jeter la première pierre ; et cependant elles eurent à traverser toute la ville pour se rendre chez de saintesfillesd'un autre Ordrequi, sur la montagne voisine, leur offraient un sûr asile, et leur' promettaient un touchant accueil- XL VI.
Durant son séjour dans ce lieu désert, Béatrix ne prononça pas une parole. Elle avait donné l'ordre d'acheter dans la ville un vaste
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emplacement pour y bâtir un nouveau Monastère; sa volonté fut faite. Elle puisa dans leS' trésors de sa famille les sommes énormes qu'exigeait l'érection du pieux édifice. Dès qu'il fut achevé , elle s'y rendit suivie de ses compagnes. Hélas ! ce n'était plus l'abbesse si vaine et si légère. Sur elle^ le malheur avait étendu sa main , qui fane et qui dessèche ; un mal secret la minait sourdement; ses yeux encore brillans ne jetaient plus qu'un trompeur éclat ; des mots sans suite , des phrases sans idées eussent annoncé un esprit égaré, si les sœurs ne lui eussent vu suivre exactement une voie de piété et de sanctification. Un soir, on la trouva sur la plus élevée des trois terrasses qui forment le jardin actuel de l'Abbaye, dans l'attitude du plus profond recueillement; elle était assise sur un banc de pierre , lieu de prédilection. De ce point, on découvre la plage et l'on peut deviner la place qu'occupait l'ancien couvent. Sa tète s'appuyait sur ses genoux, ses mains pressaient son cœur ; puis , quand
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on s'approcha d'elle , machinalement sa tête se releva , ses mains se contractèrent, ses yeux se tournèrent vers le Ciel , et reportés vers la
terre , ils y restèrent attachés , et elle ne
se réveilla plus.
Plus d'un siècle après , Sicarde de Valbelle, vingt et unième Abbesse des Bénédictines d'Hyères, faisant réparer ou reconstruire ce monastère, dont les ruines récentes attristent les regards , il arriva qu'on fut obligé de déplacer plusieurs tombes , et d'en exhumer les - tranquilles habitans. La dernière de toutes , que couvrait une pierre plus pesante , attira l'attention des travailleurs. On y lut ces mots à demi effacés : Béatrix de Baux. Pleurez sur moi^ priez pour moi. — La pierre massive résista aux efforts des hommes , comme si une puissance supérieure l'eût scellée pour l'éternité ; mais elle fut brisée dans les tentatives faites pour la soulever. O surprise! Le blanc
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linceul couvrait une morte que n'avait point flétri le temps , que n'avaient point rongé tes vers ; son visage était empreint du caractère d'une incomparable douleur ; sa bouche entr'ouverte semblait exhaler un soupir ; ses mains avaient été jointes , un lien brisé en donnait la certitude ; et cependant la droite ^ posée sur son sein , n'avait point laissé échapper une bçucle de noirs cheveux , peut-être ceux d'un père mort avant l'âge, ou ceux d'un frère qu'elle avait beaucoup aimé. Sa main gauche fixait sur sa poitrine la croix d'or suspendue à son col. I^es nobles filles de saint Benoit accoururent et osèrent contempler un moment le froid cadavre; puis entre elles, il fut décidé qu'il ne pouvait appartenir qu'à une sainte. Qr, le peuple se rappelant la tradition , put assigner une autre cause au surprenant phénomène; il dit, et je suis tenté de penser comme lui; il dit, et il se trompe rarement ; il dit que l'ame de la pécheresse , condamnée à errer toutes les nuits sur la terre^ '
3q.t.zsdbyGoogli:
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se trouve obligée de reprendre, pendant le jour, son enveloppe mortelle, qui ranimée sans cesse par le flambeau de la vie , doit se conserver intacte jusqu'au pardon de Dieu.
S'il en est ainsi, bonnes âmes qui avez pleuré sur elle , pour elle priez quelquefois.