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L'HIVER

Québec, 19 février 1866.

La chronique n'a point encore ici, dans les journaux, sa place réservée, où les lecteurs s'attendent toujours à la trouver, beau temps, mauvais temps, nouvelles, point de nouvelles. Si, parfois, elle se glisse entre les articles politiques et les Faits Divers, elle n'y reste pas longtemps, s'excuse de sa frivolité comme d'un crime et disparaît. Cependant, on en trouve des fragments dans les Faits Divers et jusque dans les annonces. Tout ce qui n'est pas accident, incendie de maison ou mort d'homme, appartient à la chronique. Le marchand, l'industriel qui, dans son annonce, ne se borne pas à dire qu'il vend tels et tels articles au plus bas prix, naturellement ; mais qui, emporté par le désir de plaire, ajoute que ces articles sont d'un tissu merveilleux, comme on n'en a point vu dans nos murs, celui-là aussi fait de la chronique.

Commencer une série de chroniques par le temps qu'il fait et lorsque le carême vient de s'ouvrir, la chose peut paraître

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hardie. Je l'essaierai pourtant, dût ma plume se couvrir de frimas et le lecteur à jeun grelotter sous mes froides plaisanteries.

Au fait, ne médisons pas de l'hiver, lors même qu'il y aurait dans nos rues et sur nos phrases deux pieds de neige de plus. La vraie saison du Canada, c'est l'hiver, l'hiver aux jours clairs, aux nuits sereines. Nous n'avons point de printemps. Notre mois d'avril n'est qu'un long dégel, qu'une mare de houe et de neige fondue. Le mois de mai, le mois des poètes, n'est ici qu'une suite d'averses qui, avant de féconder la terre, trempent les hommes ; il n'offre au regard qu'une longue série de parapluies ondulant sous les gouttièresd'un "bout à l'autre de nos rues. Notre été n'est qu'un abrégé, à l'usage des pays nouveaux, des heaux étés de France et d'Italie. L'automne vaut un peu mieux; mais "bientôt les premières neiges viennent précipiter la chute des feuilles et gâter l'effet des gazons jaunissants.

Le triomphe de notre climat, c'est l'hiver ; la nature canadienne y prend sa revanche sur ses rivales des pays méridionaux. Il n'y a que la Russie et quelques autres pays favorisés du froid, qui puissent montrer, comme nous, d'éblouissants tapis de neige étendus à perte de vue dans les campagnes ; et après tout, la neige, étalant sa blancheur immaculée, miroitant au soleil, vaut bien la verdure, qui ne brille qu'après la pluie !

Notre climat atteint sa perfection lorsqu'il y a dix pieds de neige dans les champs et que les nez gèlent avant d'avoir le temps d'éternuer pour appeler au secours. Ceux qui alors regrettent l'omhre tant vantée des grands hois et le murmure des clairs ruisseaux, ne sont pas de bons Canadiens. Le froid perçant, la neige, le vent du nord, font partie de notre patrie, il les faut aimer ; s'ils redoublent, il faut s'en frotter lesmains, d'ahord pour les réchauffer, ensuite en signe de réjouissance patriotique. Il n'y a vraiment que les âmes tièdes-

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