AU TERRAPIN
Les trois amis montèrent en voiture et prirent la route de la ville. Chemin faisant, ils devisèrent de la séance et discutèrent vivement la beauté ou l'élégance des jeunes pensionnaires.
La promenade ayant été un peu longue, Duport déclara qu'il se sentait l'estomac glacé et fit arrêter la voiture devant le restaurant Terrapin. Constatons en passant combien certaines gens prennent vite froid à l'estomac et sont forcés de réchauffer souvent les ressorts de leur appareil digestif pour le tenir en bon ordre.
Le restaurant était rempli de monde. Six heures allaient sonner, et les gens entraient prendre le coup d'appétit.
Le coup d'appétit ! terme élastique qui comprend depuis le petit verre de liqueur que les anciens savouraient jusqu'au grand verre d'eau-de-vie que les familiers des hôtels enveloppent à moitié d'une main discrète, en le vidant.
Trois jeunes gens étaient appuyés sur le comptoir, près de l'entrée, et débattaient les affaires du pays. L'un était rouge, l'autre bleu, le troisième écoutait et, tout en écoutant, buvait double ; il arrosait silencieusement les arguments de ses amis, et lorsqu'on lui demandait son sentiment sur un point vivement contesté, sa voix se perdait au fond de son verre. Les deux adversaires péroraient chacun leur tour ; aussitôt que l'un lâchait la parole, l'autre l'attrapait et il la gardait jusqu'à ce que la soif revînt la lui ôter.
A l'autre bout du comptoir, il y avait un groupe de cinq ou six buveurs. A première vue, ils n'avaient pas l'air d'être là chez eux. On les aurait pris pour de bons bourgeois ; mais peu à peu le ton haussait et les gestes se déréglaient. Tous ils
prétendaient savoir dépenser leur argent quand il le fallait. L'occasion ne pouvait être meilleure, puisqu'il s'agissait de fôter un ami de la campagne, retrouvé inopinément au coin d'une rue, quelque temps auparavant, et qui, depuis cette heureuse rencontre, revenait bien souvent en ville revoir les anciens camarades dont il avait été si longtemps séparé.'
Aussitôt que quelqu'un faisait mine de donner le sigrjal du départ, un autre se récriait et réclamait l'honneur de faire servir. Les six avaient déjà payé la traite ; il était entendu qu'on s'en irait après cela ; mais sans y prendre garde, on avait recommencé la tourné? : impossible de ne la pas finir.
Sur un banc couvert d'un épais tapis, vis-à-vis le comptoir, un homme à figure cramoisie était étendu de tout son long. Son nez marquait l'apoplexie. Chaque jour, il venait là faire sa sieste. Parfois, les habitués ou des jeunes gens désireux de se former sous un maître expérimenté, le réveillaient pour trinquer. -En un instant, il était sur pied et sa soif était prête. Duport, Martel et Blandy s'attablèrent dans un coin isolé du restaurant. Duport commanda la consommation : il se fit apporter de l' eau-de-vie ; Martel, qui n'était encore qu'un élève, demanda de la bière ; enfin Blandy, qui ne trinquait que par politesse, se contenta d'un verre de sherry.
La conversation retomba sur les héroïnes de la séance à laquelle ils venaient d'assister. Duport et Martel tenaient pour Mademoiselle Aube, Blandy pour Mademoiselle Perret :
.Mademoiselle Aube est charmante, je l'admets, dit le
docteur ; c'-est la beauté en personne et je m'incline devant cette idole de vos cœurs. Je vais plus loin encore ; je ferai comffle vous, je l'aimerai et je le lui dirai. Mais après 1 Si, par hasard, elle préfère mes hommages aux vôtres et mon art à votre talent, l'ép'ouserai-je 1 Pousserai-je la passion jusqu'à l'enlever du second étage — au-dessus du magasin de son p^re — où elle demeure, pour l'installer dans une maison à son choix, rue Sherbrooke ou rue St. Denis, et lui donner là
le luxe qu'elle rêve, qu'elle exigera, sans s'inquiéter si le nombre de mes patients correspond au chiffre de ses dépenses ? Pousserai-je l'imprévoyance, l'aveuglement, jusqu'à me substituer à son père qu'elle est en train de ruiner, pour qu'elle me ruine à sa place ? Pardon ! mes bons amis, ce n'est point ainsi que j'aime les femmes, et que je comprends le mariage.
— Mon cher docteur, interrompit Duport, vous raisonnez comme si l'amour était un sentiment dont on peut à volonté diminuer ou augmenter la force, ainsi que vous diminuez ou augmentez la force d'une de vos potions. La puissance que vous a donnée la science de changer en remèdes, en calmants même, les poisons violents, vous aveugle ; l'habitude de guérir les grands maux, vous emporte. Le cœur, quand il est sérieusement atteint, résiste aux meilleurs traitements. Il se guérit tout seul ou il ne se guérit pas. Prenez-en votre parti : il vous ferait appeler que cela ne servirait à rien. Plus on le soigne, plus il est malade. Il y a des gens qui n'aiment que parce qu'ils veulent s'empêcher d'aimer, et il y en a d'autres qui n'aiment pas parce qu'ils veulent aimer. Mademoiselle Aube a la beauté, le charme, elle me plaît ; c'est en vain que ie voudrais aimer Mademoiselle Perret, qui n'est point sans mérite et qui est riche : mon cœur refuse net.
— Quel âge avez- vous, mon excellent Duport ? Quinze ans, l'âge de Roméo, n'est-ce pas ? On peut donc plaider longtemps sans connaître la vie, pas même la vie de ses clients. Voyons, rassemblez vos souvenirs : vous avez été initié au secret de plus d'un ménage ; les maris vous ont confié leur cause, les femmes ont invoqué l'appui de votre éloquence, et comme vu us êtes bon enfant, vous avez remis ensemble des gens qui ne demandaient .qu'à se prendre aux cheveux, et qui déjà même s'en étaient arraché quelques-uns. Eh bien '. d'où venaient d'ordinaire ces discordes intestines ? Répondez. De ce que le mari n'était pas assez riche pour subvenir aux goûts de luxe, aux habitudes de dépense de sa femme, n'est-ce pis ?
" — Ce sont là des' exceptions', docteur, dés exceptions1 qu'en dehors de mon bureau je ne rencontre guère.
' — Je le sais, Duport. Pourtant, qui1 vous a dit que vous ne tomberiez pas dans ces exceptions? Mais je né veux rien exagérer pour' ne pas affaiblir mi cause. Je vous ai signalé lés cas mortels, auxquels tout le monde se croit sût d'échapper ) j'en arrive maintenant à la série de ces petits désordres intérieurs qui rongent le'bonheUr et éteignent chaque matin la flamme joyeuse du foyer domestique, au malaise constitutionnel qui bannit la paix du sein de la famille. Avant d'aller plus loin, ciette dissection sociale' vous plaît-elle et dois-je continuer?'
— Comment donc, dit Dupôrt. Le tribunal veut tout entendre ; c'est notre cause à tous qui se plaide là. Si vous dites la vérité, il nous faut la connaître ; sinon, nous l'apprendrons peut-être à nos dépens.
— J'expose mes illusions à vos coups, dit Martel, et je ne les crains point. Je ne me marierai jamais et ce n'est pour moi qu'affaire de curiosité que de savoir quels maux j'évite, à quels biens je renonce.
— Jeune homme, répondit le docteur, ne dites point cela tout haut : les jeunes filles comploteraient votre perte et l'une d'elles vous ferait mentir. A vingt ans l'on veut se marier tout de suite ou ne se marier jamais. La première fillette venue vous tourne la tête ; vous tombez à ses genoux ; les parents vous relèvent et vous mettent à la porte. Vous lui écrivez de se tenir prête, que dans quelques jours vous irez l'enlever et partirez avec elle pour Xew-York. Mais la monnaie vous manque pour acheter les billets de passage, et ce détail viiWire vous ramène à la raison. La meilleure amie de la belle captive; que vous avez choisie pour confidente, devient premier rôle. Votre passion s'en va et vous commencez à nourrir un autre projet d'enlèvement qui n'aboutira pas, toujours faute de monnaie.
. — Le portrait .n'est pas mal dessiné, mai,s ce n'est pas le mien, reprit Martel. ,
— Le vôtre, attendez, le voici,: un garçon, qui n'a fait qu'une bonne classe, sa .rhétorique, sort du collège avec la ré.solution de prendre le premier train ejqjrefîs qui passera à destination de la postérité. Son désir est de devenir un homme célèbre, à la première occasion. Afin de n'être point pris, au dépourvu par la gloire, il se compose une figure historique. Les souverains d'un pays libre, ce sont les orateurs ; il veut être orateur. Il a toujours dans sa; poche un discours, ce qui lui permet d'improviser impunément. A tout propos il monte à la tribune ; il fait tourner toutes les réunions auxquelles il assiste, dîner ou fé te d'amis, en séance parlementaire. Quant aux femmes, comme en général elles ne lisent pas ses articles et prêtent une oreille distraite à ses harangues, il les tient à l'écart. Ln jour cependant, il en rencontre une à qui un peu de littérature recueillie ça et là dans ,le; Journal j/our Toits, permet de l'éblouir. , Elle lui insinue qu'ih ressemble à Victor Hugo et elle, lui prend le c eur dans <pielques phrases prétentieuses. Lui qui ne devait jamais se marier, le voici épris ; ,son éloquence change de thème, il répond maintenant à la santé des dames.. J ire t'. amoureux comme on ne l'est plus de nos jours, de tribun il se fuit chevalier, et épouse, sans un sou vaillant, l'héroïne que lui a formée \u.Ji mi-nul /«>">• rL>us.
— Xous nous éloignons de la question. dit.Luport. .L'éloquence française s'abreuve, de verres d'uau sucrée; je propose de vider las nôtres en l'honneur du docteur Brandy, avant de le laisser poursuivre.
S'échaufiant à la discussion, le docteur avait insensiblement élevé la voix de façon à être entendu dans toute la salle devenue presque déserte. Les trois jeunes gens qui buvaient au comptoir, s'étaient rapproches, pour écouter, et un peu aussi dans l'espjir -pie le débat ne se terminerait pas sans un verre
de vin.
Ils connaissaient Duport pour s'être grisés quelquefois avec lui. On sait que rien ne lie les gens comme d'avoir fait des sottises ensemble.
On commanda un renfort de bouteilles et les verres se remplirent, sauf celui de Blandy, qu'il ne vidait jamais.
— Messieurs, dit Duport, comme président de cette paisible réunion, je donne la parole à M. Martel pour une santé. Ce jeune orateur excelle dans le toast ; surtout il est sans rival dans la spécialité des toasts intimes : " A notre ami Poinsot ! l'orgueil du jeune barreau, l'espoir de son Intéressante famille !" "A Monsieur et Madame Robinet, qui nous ont donné cette délicieuse soirée ! "
— Monsieur le Président, dit Martel, je serai bref; car, je sens à l'agitation du mien, que vos verres s'impatienteraient. Quelques mots suffiront pour vous faire l'éloge de notre cher docteur Blandy. C'est le médecin des dots ; il ne prend sous ses soins que celles qui sont florissantes. Tandis que ses confrères s'épuisent au chevet des malades ; lui, il promène ses prescriptions à la vanille, ses doucereux conseils, de salon en salon. Vous le rencontrez partout où les gens se portent bien, distribuant la santé. Il ordonne aux dames d'aller au bal, sous peine de névralgie perpétuelle. Il offre des bonbons aux jeunes filles en guise de remèdes, et s'il le faut, il prend héroïquement les pilules à leur place. C'est lui qui reconnaît et certifie les inquiétants symptômes qui se révèlent chez les jeunes pensionnaires au couvent, lorsque les parents ont bien envie de les ramener à la maison. S'il faut en juger par le nombre de cas qu'il anticipe, il a le talent de prévenir les maladies. Là où vous voyez une personne bien portante, il flaire une malade et opère une cure merveilleuse. Il recrute principalement sa clientèle parmi les gens riches qui ont des filles à marier. Il cause affaires avec le père, ménage et domestiques avec la femme, toilette et bals avec la fille ; il invite le fils à venir chez lui s'habituer à fumer. Dans le
LA CHASSE AUX UQT3 L'-i7
monde cependant, il ne néglige personne; il fait la cour aux vieilles filles, reconduit les mères de famille, à leur voiture, porte la santé du maître, de la maison au souper et tient compagnie aux vieilles invitées qu'un fort appétit a retenues à table après lus autre?, dames. C'est ainsi qu'il se forme un renom mondain qui '.ui permettra de croquer un jour la plus belle dot, sans que personne puisse y trouver à redire. Bref, Messieurs, parti à p:m près de rien, sans grands talents, sans figure, il est arrivé, il arrivera. .Je ne connais à son habileté qu'un point faible ; c'est qu'il n'en garde pas bien le secret. Séduit par ses propres récits et heureux de s'y retrouver tel qu'il veut être, il raconte aux uns comment il a berné les autres. Cela donne l'éveil et pourrait nuire à sa fortune.
— Bravo ! Martel, s'écrièrent àda fois les jeunes gens, c'e6t bien tapé.
— Pardon, Messieurs, reprit Martel, je dois reporter vos applaudissements à qui ils reviennent de droit C'est Blandy. qui a parlé de lui-même par ma bouche ; c'est lui qui s'est immolé par mes mains. J'ai emprunté à ses spirituelles confidences les traits les plus frappants du portrait.
— ■ Martel est trop modeste, reprit le docteur, j'ai été sa victime et non son collaborateur. 11 y a du vrai cependant dans ce qu'il dit, mais ce n'est pas à moi à le crier sur les toits. Avant tout, je suis sincère envers moi-même, et je ne me cache rien. Défauts et qualités, je sais tout sur mon propre compte, et parfois je cède au plaisir de me raconter aux autres.
— A la question, s'écria Duport en se versant un nouveau verre d'eau-de-vie, ou la fin du débat m'échappera dans les fumées de cette généreuse boisson. Tom, ajouta-t-il en se tournant du côté du garçon de bar, Tom, vous n'avez jamais eu de meilleure eau-de-vie.
— • A la question, exclamèrent les jeunes gens. — Messieurs, dit JJlandy, en trempant ses lèvres dans son verre de sherry, je n'ai plus qu'un quart d'heure à vous
donner. Il faut que dans une heure je soi?, en cravate blanche, chez le digne M. Perret. r
Les jeunes gens vidèrent leurs verres d'un trait et. le docteur commença :
— Vous vous marierez. tous lin jour, mes chers amis ; je le. souhaite du moins, car le mariage seul a chance de vous empêcher de venir si souvent au Terrapin. La question est de savoir comment vous vous marierez. Presque toutes les jeunes filles des classes aisées dans notre pays, sont élevées pour épouser des gens riches. Si vous n'êtes pas rentiers, peut-être vaudrait-il mieux que vous ne vous mariassiez pas. Pour vous distraire de votre intérieur troublé par des exigences excessives, vous n'en viendriez que plus souvent ici et tôt ou tard vous y laisseriez votre vie misérablement. De nos joursj les parents négligent volontiers de donner une dot à leurs enfants ; en revanche, ils consacrent tous les soins à les mettre en état de faire honneur à la fortune de leurs maris. La toilette est un art que l'on ne possède jamais bien si on n'en a pas reçu de bonne heure les premières notions. Les femmes qui s'habillent mal sont celles qui ont eu des mères économes. On entoure donc les jeunes filles de tout ce qui peut leur former le goût : on leur met aux mains les armes ntes avec lesquelles elles doivent fusiller nos écus. Le moment de les marier arrive, un bon jeune homme se présente. On regarde sa figure, est-il beau ou laid ? On examine son habit, est-il à la dernière mode ? On mesure sa taille, est-ce celle d'un grenadier ? Est-il invité dans la bonne société ? X'a-t-il pas un petit cousin qui est marchand de hardes faites au Marché Bonsecours ? Enfin, quels sont ses revenus ? S'il ne se tire avec honneur de toutes ces questions, il est éconduit. Les gens parfaits sont rares. Après d'infructueuses recherches, il faut bien se résigner à prendre un mari qui est laid, ou qui ne s'habille pas à la mode, ou qui n'est pas dans la société, ou qui a un petit cousin marchand de
kardes faites au. Marche Bonsecours. S'il n'a poipt autant d'argent qu'on le voudrait, c'est à lui d'en gagner davantage; et. non à la femme de se, sacrifier'. Le train qui porte le jeune couple part à grande vitesse. La lune de miel est charmante :j le mari est fort amoureux et la jeune femme a des toilettes ravissantes, un trousseau magnifique. Il admire la beauté de sa-femnify et celle-ci s'extasie devant ses robes.
-r- C'est juste, dit involontairement un buveur qui écoutait par dessus l'épaule d'un «les jeunes gens.
Blandy se tourna de son côté, et lui dit avec le plus grand . sang-froid :
— X'est-ce pas, Monsieur ?
Le buveur rougit et quitta la place.
— Les toilettes passent de mode, continua Blandy, on les envoie au grenier; les comptes arrivent, et un beau jour le train conjugal déraille sur une note de couturière. Le mari se relève uu peu meurtri et moins amoureux ; la femme crie qu'on lui refuse le nécessaire. Pour arranger l'aifaire, le mari va commander un bijou, et le train repart, même vitesse. Les comptes se suivent, les accidents Se succè dent, les illusions s'en vont et la gêne reste. L'homme qui avait rêvé une femme douce, aimante, désintéressée, se trouve en face d'une créancière impitoyable dont il ne peut satisfaire les exigences. Elle a compté trouver la fortune en l'épousant, et lui l'amour ! Us ont perdu tous deux la partie : elle est pauvre, et il n'est point aimé.
— Alors j'ai raison de dire : " A bas le mariage," exclama Martel.
— Pas tout-à-fait, reprit Blandy. Le mariage est l'acte le plus sérieux de la vie, et on le fait à la légère. Lorqu'on a dit: J'aime, on croit avoir tout dit. Mais, malheureux, c'est précisément parce que vous êtes amoureux que vous choisirez mal. Attendez que vous le soyez moins pour voir si, par hasard, vous rie vous trompez pas dans votre choix. Et
d'abord, dites-moi quels défauts vous voulez que votre femme apporte dans le ménage ? Tous allez répondre que vous entendez qu'elle n'en apporte aucun, c'est-à-dire toute différente de vous qui en avez votre bonne part. Tous les hommes, même les plus intelligents, revent des femmes parfaites. Mais ne savez-vous donc pas qu'il n'y en a point et faut-il l'épreuve du mariage pour vous l'apprendre 1 Entre bien des qualités, il vous faut donc choisir celles que vous estimez le plus; entre bien des défauts, il faut vous résigner à ceux que vous redoutez le moins. Quant à moi, mon choix est fait. Je veux que ma femme soit riche ; peu importe qu'elle ne soit point jolie. Chacun sa passion dominante ; la vôtre est la sentimentalité peut-être, la mienne est l'ambition. Les gens qui font des mariages d'amour ne sont pas meilleurs que ceux qui font des mariages d'intérêt ; chacun cherche le bonheur où il croit le trouver. Si la jeune fille que j'épouserai m'apporte en dot les rentes qu'après vingt ans de travail je n'aurais pas encore, elle me rendra bien autrement heureux que si elle offrait chaque jour à ma vue la plus jolie figure eu monde. Sa fortune durera plus longtemps que n'aurait duré si beauté
Martel seul écoutait. Les autres se saluaient d'un bout de la table à l'autre, et buvaient des santés particulières en échangeant des signaux de gaité.
— Vous êtes tous plus ou moins gris, reprit le docteur, dans un quart d'heure, vous serez sous la table. Bonne nuit !
UNE SOIREE CHEZ MADAME rERRET.
A huit heures précises, le docteur Blandy faisait sou entrée , dans le salon de Mme. Perret. Il avait relevé sa .moustache; pour laisser paraître son plus fin sourire, et il était mis avec tant de soin, qu'au premier abord, on n'aurait pu dire s'il était beau ou laid. ■ . ■ -■
La maîtresse de la maison vint à sa rencontre, et M. Perret, interrompit une dissertation sur la hausse des farines qu'il faisait à son neveu, captif dans un coin de la chambre, pour saluer amicalement de la main le nouveau venu.
Mme. Perret était encore toute rayonnante du triomphe de sa fille. Elle lui avait po*é dix fois ses couronnes sur la tête, et elle se promettait très-sincèrement de lire tous ses livres de prix. Ll lui semblait qu'ils devaient être beaucoup plus intéressants que les autres ouvrages, et elle n'était pas loin de croire qu'ils contenaient quelque chose de particulier au sujet de sa fille. Comme toutes les personnes qui n'ont reçu qu'une instruction incomplète, elle s'exagérait les bienfaits du savoir et elle s'imaginait que Caroline venait de se couvrir d'une gloire immortelle, qui rejaillissait sur toute sa famille.
M. Perret n'avait guère d'illusions sur les hommes ;. il les jugeait d'après ses livres. Mais il lui en restait à l'égard des femmes. Les prix remportés par son fils au collège l'avaient toujours laissé froid. Il n'y attachait même plus la moindre importance depuis le jour où, ayant commandé à son héritier, encore chargé de lauriers, un calcul un peu raide, il l'avait vu se mettre lentement en besogne, tâtonner, raturer, enfin demander grâce. Les triomphes de sa fille faisaient sur lui une impression • bien différente ; il y trouvait un plaisir mêlé d'atten drissement
■ Les affaires - avant • tout pourtant, • et le parfait négociant n'avait point assista aux' examens, de peur de" manquer une spéculation arrivée1 à 'point. Le ïécit enthousiaste que Mme. Perret avait brodé en son honneur, lui faisait regretter de n'y avoir pas été, d'autant; plus que la spéculation n'avait point abouti comme il l' espérait. ; On1 n'avait pas manqué de lui dire que le plus digne appréciateur du talent et des succès -de- Caroline avait été Blandy.
• Le- docteur arrivait donc en pays conquis. '
— Vous vous êtes fait attendre, lui dit Mme. Perret du ton le plus aimable. Ma fille avait hâte de vous voir pour vous remercier de vos applaudissements. Elles les a distingués au milieu de tous les autres.
' — Un médecin se doit à son art, répondit le docteur ; j'ai trouvé chez moi, en rentrant, quelques-uns de mes confrères qui venaient me. consulter sur un cas des plus: intéressants.
Les confrères qui | avaient consulté de docteur n'étaient autres que- DupovL et Màrtèl.
Mademoiselle Perret était en ce moment au piano où elle attristait de fausses notes cet infortuné Carnaval de Venise, qui' no: doit plus être gai depuis' le temps qu'on le trouble aind dans sa joie. Lorsqu'elle vit' s'avancer sa mère et le docteur, l'artiste arrêta la fête au moment où elle prenait une tournure alarmante' pour' les oreilles des auditeurs.
Blandy en avait entendu assez jiour être fixé sur le talent musical de la jeune fille dont la dotle séduisait.
— Il faudra que 'je renonce à avoir un piano dans mon salon,1 se .dit-il à lui-même, ou;que je le tienne ferrné à clé.
L'esprit est chose rare, et Mademoiselle Perret n'en avait points Elle causait suffisamment de tout ce qui l'intéressait; de ses toilettes, des1 variations de la mode, des cancans sur ses petites amies, des mariages prochains ou supposés, mais au-delà, elle ne s'aventurait pas. Blandy savait renfermer sa parole dans ce oei-cle 'restreint ; et à le voir en faire le tour,
sans jaiii^is' le franchir, on sentait , combien son; esprit était discipliné- à tout. Après les -première oomplinvents, il mit la conversation sur le sujet qui avait le plus de chance- .do. plaida à la mère ;et à la fille.
Mme. Permet n'avait pu se dispenser d'inviter Mademoiselle: Aube,' compagne de classe et amie de Caroline. Mais celadui; causait des remords. Qu'allait-on penser dans le monde> lors-» qu'on saurait qu'elle avait invité dans son salon aristocratique la fille d'un petit marchand qui. n'était pas. dans la société? Il est vrai que ce monde a bien des raisons de n'être point exclusif, car qui de nous n'a pas parmi ses aïeux ^uh ancêtre quelconque du genre de l'auteur des jours de M. Perret, qui avait été journalier ? .
— Vous avez fait un acte de générosité qui tournera la tête de cette petite, dit le docteur. Il aurait mieux valu .pour elle la laisser passer la soirée chez son pore. Elle ne voudra plus aller que chez les personnes de même position que vous, de peur de décheoir, et du coup vous faites manquer son mariage avec le principal commis du bonhomme Aube, qui, depuis quatre ou cinq ans, la regarde grandir, le cœur rempli d'espér rances qui ne se réaliseront pas. Elle se croit maintenant l'égale de mademoiselle Perret et ne voudra pas épouser moins qu'elle.
M. Perret avait terminé sa dissertation sur la hausse des farines et lâché son neveu. Il vint droit à Blandy.
Faut-il vous le présenter ? Vous le connaissez déjà.
Monsieur Joseph X. Perret est un homme qui a eu le talent de faire fortune, ainsi qu'il aime à le proclamer en toute occasion au sein de sa famille et dans les réunions publiques, où il prend la parole en s'excusant de n'être point préparé, comme s'il se préparait jamais ! Parti de la petite épicerie qui existait autrefois au coin de la rue Craig et de la rue St* Urbain, il est arrivé avant cinquante ans à une honnête aisance dont ses détracteurs portent le chiffre à cent mille
louis. Son père lui avait laissé pour seul héritage une garderobe "complète i de! redingotes, qui l'ont mal i habillé jusqu'à l'époque où Mme. Perret l'a définitivement émancipé du joug paternel. ■
C'est un excellent homme, fin en 'affaires, économe de l'argent des autres comme du sien, tenant avant tout à ce qu'on ne le mette pas dedans, ne souscrivant jamais trop, et faisant' subir à ceux qui lui arrachent l'aumône un interrogatoire minutieux et sévère sur l'usage auquel ils la destinent. Il sait sur le bout de ses doigts la fortune d'un chacun, et tient en mémoire même des banqueroutes où il ne perd rien. Les gens dont il fait le moins de ca^, sont ceux qui n'ont pas de propriété. Il leur refuse le droit d'exprimer une opinion sur quoi que ce soit.
— M, X. n'a pas un morceau de terre à se mettre sous les pieds, dit-il.
Le premier conseil qu'il donne aux jeunes gens, c'est d'avoir pignon sur rue.
— Les jeunes gens ! les jeunes gens ! s'écrie-t-il brusquement, se marient aussitôt qu'ils se trouvent à la tête d'un revenu suffisant pour payer une dispense de banc et acheter une chaîne conjugale dont le premier anneau se met au doigt de la femme, tandis que le reste de la chaîne se met au cou du marié. Etonnez-vous après cela, ajoute-t-il, qu'il y ait dans le monde tant d'étranglés !
Il avait, naturellement, un penchant particulier pour Blandy, qui dui paraissait un garçon en train d'arriver à lapropriété. .
Au milieu de toutes ces qualités cependant, s'épanouissait un défaut qui n'était pas sans laisser des inquiétudes au docteur. Perret déclarait à qui voulait l'entendre qu'il ne donnerait point de dot à ses filles, et qu'il obligerait ses garçons à "a^rner leur vie comme s'il n'avait rien à leur laisser.
Son rêve, c'était de marier Caroline au fils d'un homme plus riche que lui. Mais ce n'était pas chose facile à trouver.
Il changeait chaque année son testament — cà mesure que le patrimoine s'arrondissait — pour reculer davantage l'époque où ses enfante jouiraient enfin des écus qu'il avait amassés. Il voulait leur distribuer l'argent, après sa mort, avec autant de parcimonie que durant sa vie. S'il avait pu laisser s'accumuler sa fortune jusqu'à la cinquième ou à la sixième génération, il serait mort heureux et tranquille.
Son raisonnement d'ailleurs, n'était pas sans plausibilité :
— Mes petits enfants, disait-il, élevés par mes enfants dans le luxe, à même les rentes du bonhomme, auront plus besoin de secours que Caroline et Pierre. Il faut que les gens riches d'à présent évitent le sort de l'ancienne noblesse, qui n'a pas su conserver son patrimoine. Je ne veux pas qu'un Perret en soit réduit plus tard à compter sur une place du gouvernement pour vivre.
Tel était le beau-père que se destinait le docteur Blandy.
Le docteur Blandy se trouvait, pour ainsi dire, au sein de sa future famille; il faisait face à M. Perret, il' avait à sa droite Mme. Perret, et à sa gauche Mademoiselle.
— Quel superbe groupe ! se disait à elle-même Mademoiselle Aube en l'observant de l'autre bout du salon ; il y a là l'intérêt, la sottise, la vanité et la coquetterie. Je serais curieuse d'entendre le dialogue.
Précisément, la conversation roulait sur Mademoiselle Aube.
— Le docteur était en train de me démontrer que nous avions eu tort d'inviter Mademoiselle Aube, dit Mme. Perret à son mari.
— J'avais des raisons particulières pour te presser de l'inviter, répondit M. Perret. D'abord, il ne fallait à aucun prix laisser croire à des sentiments de jalousie entre notre fille et cette petite ; puis, j'ai quelques affaires à régler avec M. Aube
et je ne veux point que l'on pense que mes intérêts de commerce influent sur mes relations sociales. Je fais saisir ce brave homme demain, et dans huit jours il sera en banqueroute.
— Vraiment, dirent d'une seule voix Mme. Perret et sa fille.
— C'est sa troisième banqueroute, continua Perret ; la première fois il a payé l'Os, dans le £, la seconde 5s., et cette fois je crois qu'il paiera à peu près rien. Il est en train de manger le fond du sac ; je l'arrête pour qu'il nous laisse au moins quelque chose. C'est sa fille qui le ruine. Elle lui mange ses profits de l'année pendant les vacances.
— Elle n'a donc pas de cœur, dit Mme. Perret.
Si je te laissais libre, tu en ferais autant, dit Perret en
lui tapant familièrement sur la joue. Crois-tu que cette petite a conscience de ce qu'elle fait 1 Elle suit son penchant sans regarder où il mène son père. Elle a envie de tout ce qu'elle voit, et ce dont elle a envie, elle l'achète : ici un chapeau, là une robe. Dans le magasin paternel, elle ne se refuse rien. Chez les autres marchands, il y a du crédit. Qu'est-ce qui coûte cher, dès l'instant que l'on ne débourse pas d'argent 1
— Alors, c'est le père qui est coupable, dit Mme. Perret.
— Crois-tu qu'on lui demande son autorisation pour chaque dépense1? répondit M. Perret. Il apprend les choses quand elles sont faites et collectionne les comptes quand ils sont acquittés. D'ailleurs, c'est un maladroit en affaires. Un homme qui fait deux fois banqueroute et qui ne s'enrichit pas, n'entend rien au commerce. Lorsqu'on paie 7s. 6d. dans le <£, les créanciers sont aussi fâchés que quand on paie 2s. 6d. ; il ne faut pas les mettre en colère en pure perte. Mui qui vous parle, j'aiderais Aube à se relever si la façon dont il fait banqueroute ne m'ôtait toute confiance dans son sens commercial.
— Cp que tu dis, interrompt "Mme. Perret, me paraît manquer d'élévation.
— Je parle affaires et voilà tout. Fais-moi le plaisir de remonter à l'origine des fortunes de ceux que tu reçois dans tes salons. Combien n'y en a-t-il pas qui ont puisé leur premier capital dans un fonds de banqueroute *?
Perret menaçait de rentrer dans ses théories favorites sur les fortunes des autres, quand sa femme qui tenait à laisser sa fille seule avec le docteur, prit un prétexte pour rompre l'entretien et entraîner le bavard vers d'autres auditeurs.
Blandy n'était pas homme à perdre son temps. Il était convaincu de l'importance d'entrer le premier dans la lice qui allait s'ouvrir et où la jeunesse contemporaine se disputerait le cœur de Mlle. Perret. La jeune fille devait être d'ailleurs admirablement disposée à écouter le tendre langage de l'astucieux docteur ; rien nef prédispose à l'indulgence du cœur comme le succès.
Eu ce moment, Mlle. Perret était presque jolie. Le bruit flatteur des applaudissements avait fait monter à ses joues ce coloris charmant qu'apporte l'émotion. L'amour-propre satisfait donnait à ses yeux un éclat qui leur manquait d'ordinaire.
Ce petit accès de beauté aidant, Blandy devait être à demi sincère dans les aveux qu'il s'apprêtait à faire; c'est plus qu'il n'avait jamais été. bien certainement.
— Mademoiselle, dit le docteur, je n'ai pu encore trouver l'occasion de vous féliciter sur votre brillant succès. ( !'ést le prélude de bien d'autres, mais je suis heureux d'avoir été témoin du premier. Vous avez été charmante de grâce, dé modestie. Vous paraissiez être seule à ignorer que c'était ù vous que s'adressaient les applaudissements. J'aimerais ù vous entendre déclamer encore une fois cette Prière cturie Hère, que vous avez dite avec une intonation si juste, avec un sentiment si vrai de toutes les nuances de l'affection.
— Vous me flattez, Monsieur, et je ne mérite point les éloges que vous më décernez. Je n'ai fait que répéter ce que l'on m'a enseigné.
— Mais cette toilette ravissante que vous portiez avec tant d'élégance, c'est bien à vous qu'en revient tout l'honneur ! On n'apprend de personne à se mettre ainsi.
— Pour ma toilette, j'avoue que j'en étais plus fière que de mon talent. Ma mère avait passé quinze jours à la composer, à en assortir les nuances délicates ; et j'y rêvais chaque nuit. Si vous saviez quelles inquiétudes cause un ruban dont on n'a pas trouvé la place, quel mal il faut se donner pour régler l'ensemble des effets que l'on veut produire ! Ce n'est pa3 trop de cinq ou six miroirs et de bien des heures. Votre toilette est prête, vous allez partir, vous êtes déjà sur l'escalier ; soudain un doute vous frappe, un soupçon vous vient, vous courez à la glace ; vous l'avez échappé belle : votre ornement vous tombait sur les oreilles.
Ce n'était pas pour causer toilette que M. et Mme. Perret avaient laissé leur fille en tête-à-tête avec le docteur. Sur un mot, l'entretien changea de route et arriva promptement à destination.
Je ne sais pas si les interminables dialogues des amoureux vous intéressent dans les romans. Moi, je fais mes excuses à l'auteur et je les passe. C'est toujours un peu la même chose. Le jeune homme roucoule, la jeune fille soupire, et le lecteur bâille.
Vous avez dû voir des gens s'endormir profondément en lisant un feuilleton. Pour peu que vous soyez auteur, vous vous êtes approché sur le bout du pied avec inquiétude et prudence pour constater si, par hasard, ce n'était pas une de vos œuvres qui produisait ce merveilleux effet. Presque toujours, vous constatez que ce cas de sommeil foudroyant est amené par le récit d'un tête-à-tête amoureux, d'un tendre entretien. .
On ne sera donc pas surpris si je ne répète point ici ce que se dirent Blandy et Mademoiselle Perret. Qu'il suffise au lecteur de savoir que le docteur fut ému, éloquent, et que la jeune fille parut aussi touchée de son amour que convaincue de sa sincérité. Il est rare qu'une femme, surtout à cet âge, doute sérieusement des sentiments qu'on lui exprime. Elle trouve si naturel de les inspirer !
Tout en causant avec Mlle. Aube, Mme. Perret avait suivi du regard, sur la figure de sa fille, les progrès de la déclaration. Comme bien des femmes, elle avait le talent de voir plusieurs choses à la fois. Son regard allait d'une direction à l'autre, et rien ne lui échappait. A mesure qu'avançait l'entretien du docteur et de Mlle. Perret, elle devinait le plaisir qu'y trouvait sa fille, et sentait Mlle. Aube rougir de dépit à côté d'elle.
Lorsque Blandy eut lâché le grand mot, et que sa compagne parut se recueillir pour y répoudre, l'excellente femme jugea que le moment d'intervenir était venu. Abandonnant Mlle. Aube à ses réflexions, elle s'approcha du jeune couple.
Heureuse de la diversion qui arrêtait sur ses lèvres un acquiescement toujours difficile à exprimer, même lorsque c'est le cœur qui l'inspire, Mlle. Perret s'empressa d'adresser la parole à sa mère du plus loin qu'elle la vit venir, et s'échappa sous prétexte d'aller la remplacer auprès de Mlle. Aube.
— Tous vous êtes mis de bonne heure à l'œuvre, malgré ma défense, dit Mme. Perret au docteur.
— Vous le savez, Madame, la passion ne raisonne pas. Une fois auprès de Mlle. Perret, je n'ai plus été maître de ma volonté ; l'entretien a pris soudain une tournure que votre fille, je le confesse, ne m'a pas paru blâmer aussi sévèrement que vous.
— Je sais tout, mon cher docteur. Je sais que ma fille vous convient parfaitement et que vous lui convenez de même.
Vous avez besoin de sa fortune pour arriver à la position à laquelle vous avez droit, et elle a besoin de vous pour que sa fortune lui obtienne dans le monde le rang qu'elle mérite. Vous vous aimerez juste assez pour être heureux. Allez dire cela à Mlle. Aube.
Aime. Perret s'en alla trouver son mari.
— Perret, lui dit-elle, (pie penses-tu du docteur Blandy ?
— Blandy ! il sera riche un jour.
— Tu sais, c'est ton futur gendre. Quelle dot donneras-tu à ta fille 1 Cela l'intéresse, ce garçon.
— Je ne lui donnerai que ma bénédiction.
— Tu verras que le docteur ne trouvera pas que c'est assez !