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trajet ; elles ont loQJonrs quelque compagne sinon un goid* pagnon ; en outre, tous les égards et toutes les commodité» &ODt pour elles, ce qui ofire une compensation appréciable
Il y a toutes les sortes de monde possible sur ce chemin (lu Pacifi<]ue, qui est la seule route d'un littoral à Tautre du continent américain ; mais, hommes et femmes, quel que soit l'habit qu'ils portent, quel que soit leur luxe ou leur richesse ont presque universellement un aspect vulgaire et des façons qui sentent la boutique. Parmi les femmes, quelques-unes aifcctent de la hauteur et de la transcendance, surtout lorsqu'elles sont chargées de bijoux et qu'elles ont pris Tun des deux compartiments ri^servés qui sont à chaque extrémité du Pullman car ; les maris ou les fils de ces dames cependant» restent assez unis et n'ont pas l'air convaincus d'une supério* rite quelconque ; c'est toujours cela.
On ne s'amuse pas beaucoup avec des voyageurs de ce calibre, et leur conversation, quand il leur arrive de se desserrer la bouche, manque de piquant. L'artiste et l^ poète se trouvent au milieu d'eux dans une solitude plus profonde que celle du cachot, et cette solitude s'accroît encore de l'irritation qu'on éprouve à voir autour de soi tant d'êtres avec qui l'on ne peut entamer le moindre sujet sympathique ou instructif. J'avais entendu dire en partant de Montréal et ensuite de Détroit :
^' Quel délicieux voyage vous allez faire 1 il y a toujours nombre de Français qui vont de New-York à San Francisco ; roas aurez des distractions èi VVuîlxà \ \^ \.t^v^\. ^\» \swi^ <4t
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^)énib!c pcut-@tre en chemin de fer, mais voua y trouverez tout le comfort post^iblo ; Ica dames vous feront oublier la fatigue do la route, et puis tous ferez aist^mcnt des connais- 3 ; TOUS ferez luâiua des amis qui seront peut-être les meilleurs et les plus vrais de tons ceux quo tous aurez eu.".." Hûlos ! les amis ue se font plus lorsqu'on a perdu foi dans tontes les affections et que les nouTclles oEErent tant de pdrilâ qu'on les redoute plutôt qu'on no les rccLcrobe ; on ne se -tient pus d'attrait à lier coanaissance avec des gens qui n'eut ci votre éducation, ni vos habitudes, pour qui tout ce quo ''t'ous EÏmcK est litranger ou puéril, dont l'objet unique do lit ^ic est la rccbcrclie de la fortune et qui consacrent à ce soin Vulgaire toute l'activitd de leur esprit ; on se tient loin d'eus BTecun pudique dijduiii plutôt qu'on ne s'en approcbe, tant ia pensée inlimc a quelque ehoiie de sacrù qu'on n'aime pas ù ternir par de futiles liaisons.
Je n'ai pas vu uuscul Prangais pendant les six Jours que j'ai passés en chemiu do fer, depuis Cbioago jusqu'à la Califomie. Peut-être était-ce un voyage exceptionnel ; i. cela je reconnaîtrais un des traita de la fatalité qui me poursuit jusque dans les moindres circonstances.
Je n'ai pus trouvé, non, ni parmi les hommes ni parmi lee femmes qui m'ont aoeompagné pendant toute une semaine, une seule personne dont lu conversation m'offrît un intérSt de cinq minutes. J'ai en vain cherché parmi ces demiârcs une figure assez attrayante pour faire oublier quel- 4}ues instantu la disposition malheureuse de mon esprit,mai3 il ; avait aur ma pcusëe je ne sais quoi voile qui me dérobût la tu: de tout ce qui aurait pa U distraire ou la cbar-
1 26 VOTAGIS.
Une fois seulement, — c'est après avoir quitté Omaha — j^ crus trouver une femme qui me ferait passer quelques heures sur les longues journées du voyage. Elle occupait la même section que moi dans h Pullman car ; elle avait un air plus distingué que les autres et, comme elle était seule en apparence, je m'approchai d'elle. Son accueil fut encourageant ; alors je crus devoir me faire connaître : ce fut là mon malheur. Je lui déclinai mes noms et qualités, je lui fis voir^ poilr dissiper toute crainte d'imposture, quelques lettres de recommandation et les entrefilets des journaux au sujet d& mon départ du Canada. Juste ciel I persécution obstinée, du sort ! cette femme était un bas-bleu. Le bas-bleu, lecteur, c*est le hanneton, c'est le vésîoatoîre, c'est la moucheà-miel de l'homme de lettre?. Dès qu'elle vit que j'étai» un écrivain, je fus perdu. La bas-bleu de l'Est, c'est déjà exaspérant, mais que dire du bas-bleu de l'Ouest! Le vernis de lecture et de savantisme jeté sur cette couche raboteuse t Que faire ? j'étais pincé : la résignation dans un cas pareil est sublime. Le bas-bleu est la seule femme qui ne se sauve pas de l'homme ; je jetai un regard désespéré de côté et d'autre ; je crus voir une assez jolie figure, mais celle-là évidemment se serait moquée de moi ; cependant j'aime mieux la femme qui me rit au nez que celle qui me fait suer à grosses gouttes dans l'impuissance de m'en défaire. Mais il était trop tard, et puisque le ciel était contre moi, je bais* sai la tête et reçus en frémissant ce nouvel outrage de la destinée.
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Tout le Ions de la route Je fus condamna ù un sysième de politessea irritantes ([UÎ lie ure use ment, une fois remplies^ joe donnaient une excuse pour ra'écliapper Le bas-bleu est tin être qui ne mange pas, qui De dort p3f>, qui m<5prÎBe toutes les iiL^ceBBitiÎB de notre pauvre nature, et ilont les caprïcea sont formidables par la nombre et la varii^té. Le miou no tenait à la terre que par des filaments barbouillés d'enere . ectte femme avait apportiS avec elle toute une papeterie et elle écrirait vingt lettres par jour sans compter les impressions ie voyage ; et que de notes, grand Dieu I Elle ne dormait pas, elle était extrêmement ^necvfc, et de la voir, et d'eu avoii eoin ajoutait à mon propre énervemcnt qui, cependant, aurait pu mo suffire.
Elle disait qu'une seule chose la soutenait, leoafé, etù chaque station où le Irain ariêle pour les repas, il me fallait aller lui en chercher une tasse et perdre sept à huit minutes à l'attendre. Parfois je m'esquivais, mais comme j'avais bien plus besoin de mouvement que de nourriture et que je ne pouvais marcher que sur la plute-forme de la gare, elle ne tardait pas à m'aperceroir et je voyais aussïlQt apparaître par la crois<!e du car lu tasse inévitable. Elle ëtait maigre et aécbc et dirait qne le lait fait engraisser, mais elle segar* dait bien d'en prendre ; au reste, créature d'une intelligence réelle et qui aurait pu plaire sous certains rapporta comme femme, si elle avait voulu consentir H être moins homme.
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Nous quittons Omaha entre onze heures et demi et midi. Il reste encore six cent trente lieues à faire pour atteindre San-Francisco : désormais, il n'y a plus qu'une seule ligne de chemin de fer, c'est la Union Padjic, Le convoi est plein, tous les lits sont pris et le nombre des cars s'<Slèvc bien à dix ou douze ; c'est ainsi, parait-il, tous les jours,
La ligne du Pacifique est quotidienne, comme le lecteur le sait déjà ; mais ce qu'il ignore peut-être, c'est l'aménagement à l'intérieur des cars. Il n'y a pas, comme je l'ai dit plus haut, do restaurant dans le train ; il n'y a pas non plus de char-salon, et quelquefois seulement il y a un char-fumoir sur une partie de la route. Le train du Pacifique est absolument semblable aux trains de Test, à l'ex* ception qu'il renferme moins de confort, moins de luxe, et qu'il se salit bien davantage. A part le train régulier de la malle, il y a aussi des convois d'émigrants constamment sur la route et des trains de fret qui couvrent parfois jusqu'à un quart do mille de longueur.
Le billet que vous avez acheté en partant de Chicago est bon pour toute votre vie durant, et s'il vous plaît de vous arrêter en chemin, vous trouverez aux principales stations, même du désert, un hôtel assez confortable où, moyennant trois dollars par jour, vous aurez des repas fort honnêtes, du maïs à profusion, sous toutes les formes possibles^ du tbé à la glace et surtout du o«itt Vow^q\«^ cxa^^ivV..
!aelquc8 heures après avoir quitté Omaha, on entre de plain-pied daoa cette formidable r%ion de l'Ouest où se commettent tant d'attentats, et où, il y a quelques anniies à peine, la vie était si eauvagc, ei nvcnturouisc, qu'aucun bommo ne pouvait s'y risquer sans son pistolet ou son couteau. Aujourd'hui mSmo, i. mesure qu'on s'floignc de la ^ande route du chemin de fer, les dangers so multiplient et les hommes sont de plus en plus farouches.
La loi ne saurait avoir grande force li où il n'y a pas de Eooiiîté organisée, et le lynch est le moyon suprême. J'ai entendn dire par un tout jeune hommo qui avait accepté un bureau de télégraphe dans un village du Colorado, que lorsqu'il partait de che* lai le matin, il ne savait pas s'il y reviendrait vivant le soïr, et qu'il ne se passait guère de semaine sans qu'il vît pendus à quelques arbres, devant sa porte, deux ou trois mauvais diables qui en auraient fait autant à leurs ennemis, s'ils avaient ou le dessus BUT eux.
On peut voir partir de chaque station importante des diligences traînées par quatre mulots, recouvertes d'une toiture en toile maintenue par des arceaux, et remplies do hardis pionniers qui s'en vont à des distances do trente, quarante, cinquante lieues, jusqu'aux endroils où il n'y a plus d'établissements. Ils vont chercher, qaoi ? la fortune BOUS toutes ses formes; ils n'ont pour do rion cl scjwX. \\'ÎL\.'i Û àlsputei chaque pas fait de Vû,\o.i\V. V\ ^u.'i'ï. ■sQvt «as,*
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rodes types, débraillés, osseux et sreltes, au pas indolent et hardi à la fois, figures angolenses et firanches, regard dont aucune inquiétude, aucun r^pret n'atténue l'assurance dans la force personnelle et la foi dans Tayonture, pour se faire une idée de ces pionniers qui marchent bien en avant des civilîsatioDS et qui frayent des routes là où le compas c*a pas encore mesuré Tétendue.
Yiugt^siz heures après avoir quitté Omaha, Ton arrive à Gheyennc, petite ville bâtie dans le sable qui contient 3,000 habitants, et où il n*y avait qu'une maison, une seule en 1867.
Déjà Ton s'y trouve à une hauteur de six mille pieds audessus du niveau de la mer, sur un sol volcanique rempli de débris fossiles.
Dans cette petite ville, qui date de cinq à six annnées à peine, il y a déjà un journal quotidien, une revue mensuelle, de beaux édifices, des fabriques considérables et des ateliers où Ton prépare Tagathe, cette jolie pierre qui, montée sut Tor californien, constitue le bijou préféré des Américaos. C'est à Gheyenno que se font aussi la plupart des chaussures pour les settlers de l'Ouest et ces selles bizarres, tout exprès pour des hommes qui passent des journées entières à cheval et qui ont souvent des trente à quarante milles à faire d'un établissement à un autre. Le cheval des plaines I Il no faut pas, lecteur, rêver à la cavale de l'Arabe. Celuici est un petit animal, d'assez maigre apparence^ au galop mesuré, fait plutôt pour Uta\.\^^vftQ^^Y^^a\^^^a«^ cyii
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ne eôfite guère plas de soixante à quatra-vingta dollars et qui doit ee contenter de peu par nëceatiti! ou par nature.
Il n'y a pas longtemps que Chejenne s'est débarassd de ses cabanons de jeu et de danse, remplie du tnatîn au soir du vacarme de l'oi^ie ; le meurtre an couteau et au pistolet y était d'une oecurren ce journalière. Un beau jour, quelques citoyens déterminés formèrent un comité de vigilance, s'emparèrent des plus hardis desperadoes, de ces roiighs terribles qui sont encore en bien des endroits reculés la terreur de l'OueBt, et les pendirent sans fagon sur une colline en les laissant exposés pendant des semaines entïires. Bepoïs lors, la ville est tranquille, et l'on peut y vivre à la condition de n'y pas mourir d'ennui ou d'être propre i toutes ies eiistenceB.
Nous avons fait ici cinq cent seize milles à partir d'Omnha et il en reste autant il faire pour atteindre Ogden, près du grand Lno Salé; c'est donc encore une journée de marche. Nous sommes dans le territoire du Colorado ; nous traversetons celui de Wyoming et nous atteindrons l'Utah où se trouvent les Mormone, peuple si intéressant en ménage que les voyageurs ont presque toujours envie de rester au milieu d'eux et de se convaincre par l'exemple combien il faut de femmes pour égaler un homme. Nous avons traversé, depuis le départ de Montréal, toute la province d'Ontario, les états du Mlohigan, de l'IIlinola, do l'Iowa et du Nebraelca^ et nous avons entamé le Colorado, cette perle de l'ouest oeutra), comme J 'appellent les eeUVcTa. SVi. "ïeïAi Xx'oiR» ^Si"}*.