‹ Chroniques ...: humeurs et caprices (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · Y0YA0I · texte numérisé non relu

Y0YA0I

en moins de cinq joarS) cela oommenœ à oompter; on le sent à ses artioulations et à ses reins. Qaant à la tête, il n'y ea a plus ou à peu près ; elle fait l'effet sur les épaules d'une terrine dans laquelle on ferait sauter des oailloox. Arriver tout bossud, tout craqué, tout moulu chez leamormones, ne serait peut-être pas du goût de ces dames ; aussi les voyageurs, fiers de leur personne, passent-ils outre et ne prennent pas Tembrancbement de trente-cinq milles de longueur qui conduit d'Ogden à la ville du Lac Salé.

Pour moi, j'avais encore bien plus de raisons de ménager ma bourse que mon extérieur, que je méprise du reste à cause du peu que j'en ai toujours tiré. On ne peut en effet faire ce court trajet entre Ogden et la ville des mormons, quand même on n'y resterait qu'une journée, sans qu'il en coûte au moins vingt dollars. Le voyage seul revient à six dollars, l'hôtel à cinq, et il en reste neuf qui fondent sans doute sous le regard de tant de femmes ou qui s'en vont en souvenirs d'une aussi intéressante visite.

Mais suivons notre route. On laisse Cheyenne après y avoir passé une demi-heure à se restaurer et à se désaltérer tant bien que mal* C'est d'ici que part le chemin de fer à voie étroite — deux pieds et demi seulement de largeur et cent six milles de longueur — qui conduit à Denver, dans le Colorado, à travers le pays le plus accidenté, le plus ourieusèment pittoresque qu'il y ait au monde. Maintenant, nous allons voir apparaître les Indiens et les Chinois. Les indiens l poaah I ce sont des ClieyenTiôâ, ^^^ Kxw.^îïîcvq^'a^ ^^5»^ "^îûsii^

ea. Ils sonttoDSÎnfâcteB, àdemL

Et diro

lues, et mSine des Fav nas, repoussants; ils viennent mendier, cavelo^ «ouverture sordide qui traîne d'un côté et ne c épaule ; les femmes Eurtout EOnt horribles il vi qu'on a fait tant de poiSaie et tant da romans sur las aucStres de pareilles oriSaturea I

J'ai vu une indienne dont toute la figure et le front, i l'exception du nez et de la bouche, étiiient couverts de goudron. Bien des voyageurs surpris la regardaient, sans arriver à comprendre ce que pouvait signiAer udc pareille Aintsisie ; jo m'approchai d'elle et lui demandai en anglais de m'espliquer le goudron ; elle ne comprenait ni mon langage ni mes gestes ; j'avais heau me porter !a main d'une oreille à l'autre et des cheveux au menton, c'était grand Turc. Enfin deux ou trois trouvaient avec elle, après une pprirent que ce goudron itait un dronnce en question avait perdu i, et, que, dans sa tribu, toute re était tenue de se b^irbouiller ainsi pendant trois années exactement. Elle on avait enesore pour deux ou trois jours, de sorte que j'étais arrivé juste à point pour jouir de ce spectacle ; c'est la seule chance que j'aie eue dans tout mou voyage; aussi je loi oonsQoro un paragraphe.

Quant aux Chinois, ce sont des ûtres intiîressants en vé. rite. Ils fourmillent sur la route du chemin de fer ; le fait est qu'ils en ont été dès l'origine les principaux ouvriers: ces hommes-là travaillent pour presque rien et se nourrissent d'un peu moine. Ce sont en général de petits hommes jaunes, atguJeui, dont la iongao ^(jiiôttft \,teîsÊai«trS?!ft 'S;^

comme sij'avais parlé au autres Indiennes, qui se «onsultation fort vive, m'i signe de deuil, que la goi:

son mari depuis trois an femme qui devenait veu

184 TOTAOH.

tête est relevée, aux Etats-Unis, de fSiçcm à fimner «aè toque sur la nuque. Ils sont échelonnés sur tonte la lignSi la réparant au fur et à mesure des besoins, et s'emploient A tous les travaux généralement quelconques que nécessitent les circonstances. Leur industrie, leur probité et leur in* fatigabilité sont sans égales. Jamais un Chinois ne prend un verre de qaoi que ce soit, si ce n*est d'eau ou de thé, et il ne mange guère que du riz ; cependant il peut travailler quatorze heures par jour ; le fait est qu'il n'y a pas de limite à la quantité d'ouvrage qu'un pareil homme peutfaire sans prendre de repos. Son objet' fixe est de faire le plus d'ouvrage possible en peu de temps, d'arrondir le sac d'écus avec lequel il retournera en Chine où il vivra comparativement pour rien. En effet, dans son pays, un repas ne lui coûtera guère que deux ou trois sous, tandis que son travail est rétribué en proportion ; mais aux Etats-Unis, il gagne vingt fois plus et dépense à peu près autant qu'en Chine, de sorte qu'il a bientôt constitué une forte épargne. Il n'apprend de l'anglais que ce qu'il lui en faut pour faire rigoureusement son affaire ; c'est là son idée fixe et tout le reste ne l'occupe pas. Son langage est extrêmement animé et bruyant; trois Chinois engagés en conversation peuvent vous casser les oreilles, mais heureusement ça ne dure pas, et la pipe, qui remplit tous leurs loisirs, les rend bientôt aussi taciturnes que des chefs indiens en conseil.

Peu après avoir quitté Cheyenne on commence à voir lesl premiers antilopes et les chiens de prairie. Quelle graoîeùsè el charmante créature que Y«n\ivV>^\ lAVsroâXà ^^^VsnSaL

VOTAQBB. 135

l'^arouolieplasi il vient jasqa'à deux ou troia arpenta de la ligne, éeoate aveo 3& tSte fiae et donoe, stûl longtemps da Teg&rd, et, parfoU, coanne a'il voulait imiter lo roulement du train, il part de oe galop cadencé et prcnjuo rSTeor qu{ fait tendrement frissonner la plaine. Tantôt les antilopes Bont par groupes, tantôt ils sont isolas; le plus Bouvent ils sont par couples, mile et femelle, père et mère, l'un près de l'autre dans la, vaate solitude. Si le mSle s'est éloigné tant Eoit peu, il se dép6ahe, lorsque le train arrive, de rejoindre sa oompagDo. On lit l'angoisse et la hdte dans sa course précipitée; elle, souriante, émue — ^j'oserai employer ces mots — vient doucement au devant de lui ; on les voit alors tous deux o\i s'arrêter ou contempler en silence, ou prendre d'un trot léger Se chemin sana trace du désert. On comprend, en voyant ces douces et gentilles créatures, quel crime c'est que de leur faire la chasse ; aussi les voyageurs les regardent-ils, presque toujours, d'un œil ému et comme plein de reconnaissance pour l'heureuse, quoique fugitive impression qu'ils en éprouvent.

Le ohien de prairie, lui, est un petit être fantastique ; c'est un original et un railleur, guâre plus gros que l'écureai! ; d'un jaune plus saillant, il ressort à peine sur !a mer de sable, de môme couleur que lui, qui l'entoure. Il se tient debout, appuyé sur ses pattes de derrière, au-dessus dn petit tertre où il a creusé son trou, et regarde, impassible et narquois, le long défilé du train qui ne lui cause plus la plus légère inquiétude. Les chiens de prairie sont extrêmement nombreux dans certaines parties du désert ; mais l'œil non exercé met du temps & les découvrir, tant ils se confondent, dans leur immobilité, avec les plus petits accidenta de terrain, avec les moindres reliefs de l'éteudoQ

136 V07AQI8.

rousse et sèche où ils ont établi lear asile. Après deux ou trois cents milles on ne les aperçoit plus, et l'antilope luimême commence à disparaître, laissant au vaste désert de reprendre sa monotonie farouche et détestée.

Quand on a fait quelques heures de marche depuis le départ de Chejenne, on arrive au plateau des Collines Noires où se trouve le point culminant de la ligne les Montagnes-Eocheuses, à Sherman, ainsi appelé du nom du général américain le plus grand de taille et peut-être aussi de talent. Nous sommes maintenant à huit mille deux cent trente pieds au dessus du niveau de la mer ] le train s'arrête et le voyageur peut lire, sur une large planche fixée dans le sol, une invitation à télégraphier à ses amis de l'endroit du monde le plus élevé où passe une ligne de chemin de fer.

Sherman est du reste un tout petit endroit où il n'y a guère que des débits de whiskey, et, chose étrange, un magasin de modes. Pourquoi ces modes ? on se le demande. C'est à plonger dans des abîmes de méditation. Un magasin de modes sur le sommet des Montagnes-Rocheuses, c'est le nec plus ultra de la fantaisie humaine, et la civilisation moderne, portée à ce degré de raffinement, n'a plus rien à envier à l'antique Eome.

En outre de cela, Sherman, probablement à cause de son altitude, avait l'avantage d'être, lors de la construction de la voie, peut^tre le poste où se faisait la plus grande Donsommation d'eau*de-vie. G^\Sa \ifi\Â\>\x^<& ^^\à x^\&<^^ %l

VOTAGES. 137

ea peut juger par le grand nonibrc d'ëclata de bouteilIcG qui jonobcnt le sol tout aatour de la station; mais le voyageur ne so sent pas alléchi!, et il est bien rare qu'il songe à autre chose c|u'iï regarder dans tous les sens comme s'il croyait voir l'univers à ses pieds.

L'air, à cette haateur, est as^ez raréfia pour que bon nombre de personnes éprouvent une respiration difficile; il j en a qni Baignent do nez, quelquefois uiGaio des oreilles ; d'autres se sentent eorame une angoisse étrange et subite, un énervement qu'ils ne peuvent maîtriser ; mais toutes ces sensations diverses s'effiioent assez rapidement, et le voyageur n'iSprouve plus bientôt que le contentement Intime d'échapper, ne fîlt-oe qu'une heure, à la di^solatîoa qui a fatigué son regard pendant deux jours entiers.

On no croirait jamais Stre sur la crête des Monfagnes- Booheuaes, tant l'ascension a été graduelle, et tant les divers sommets s'espacent au loin de façon à ce qu'on s'imagine voir plutôt des pics isoiiis que les fragments hardis d'une chaîne de montagnes. Le désert cède îai quelques instants la place \ la nature dans sa puissance et sa fécondité ; l'eau reparaît sous la forme de ruisseaux où la truite abonde ; les collines et les plateaux s'étalent sous le regard, et la végétation se montre ça et li par quelques taches dorées que l'œil contemile aveo une sorte d'étonnoment, comme s'il en avait perdu le souvenir.

C'est & oc point culminant des Rocheuses, où l'on peut s'attendre i toutes les excentricités de température, que eommenceat d paraître Jea Snoio-Sficds cl\ea c\Îj\.M.t«4 o^-^'i-

Page 1