‹ Chroniques ...: humeurs et caprices (volume 2)Chapitre 19 sur 24 · leurs bagages et les renseigner, les voyageurs qui noua · texte numérisé non relu

leurs bagages et les renseigner, les voyageurs qui noua

l font l'honneur de passer par notre voie."

Linsi donc, je me trouvais uantî d'un ticket de voyage

J et d'un lit dans le Pullman, sans qu'il m'en coûtât rien.

I libre de tous mes mouvements et pouvant m'éoliapper

1 dans une autre direction, s'il m'avait plu de le faire.

I Ohose iL remarquer. Je vis l'agent dus le ddpart du traîo ; il passa devant moi peut Être vingt fois, jetant un ooopd'ceil do-ci, dG-h\, voyant à tout, ne mo disant pas un mot, ayant l'air d'avoir autre chose it faire chaque fois que je m'approchais de lui pour le payer, enfin, ne se laissant ap. proeherqu'i C oun cil I Bluffs mâme, a pris avoir vu à Ions les détails, comme si le paiement des billets était le dernier objet dont s'occupât !a compagnie qu'il représentait. C'était trèa-fort, eti ^4t\V6 Uta-foi^-, e\. Miâàv-^witsjt,

Donc, le 7 juillet 1874, js quittai Omalia pour revenîr à Montréal d'où J'étais parti vingt-huit joura aupaxavant. J'étais allé jusqu'à San-FranoÏECo d'où je revenais en moins d'un mois ; j'avais passé par toutes les épreuves, toutes les misères, tontes les souffrances, et je reveuais victorieux de ce qui aurait Buffî à tuer dix hommes. Je compris alors pour la première fois que mon découragement était une faiblesse impie et qu'il resta.it peut-être encore bien des flhosea ik faire pour moi dans l'avenir

Je partis aveo trois piastres et demie dans ma pocnc pour me rendre jusqu'à Détroit, à trente heures de distance ; mais j'étais dans le Pullman et mon lit était payé I Diea 1 quel admirable trajet 1 quel manteaa soyeux et luxuriant que ces prairies de l'Illinois et de l'Iowa ! Et les bois, et les jardins, et les villas I quelle puissance, quel luxe do végétation ! Lo chemin de fer semble courir sar des flots lentement balances, ou plonger ei replonger avec

enz suivant les caprices do la brise Mais ne je veux

pins m'arrStcr ea route pour peîadifi oQl te.cnaU.t 's^uà. q^

ce soit; rinipatience (l*arrivcr gagne jusqu'à ma plume

qui gulopo et tremble à la fois sur le papier; la patrie est

là àriiorizon, je cours, je vole. Déjà j'ai senti comme des

souilles échappés du St. Laurent et qui ont franchi les

montagnes et les plaines »non, non, pas encore

il va me falloir attendre cinq jours de plus à Détroit.

Mais qu'importe ! Une fois là, je n'aurai plus que deux

cents lieues à faire pour atteindre Montréal ; trente heures de marche et j'aurai retraversé le continent, j'aurai fait

deux fois onze cents lieues comme un éclair glissant sur un

nuage; encore une semaine pour compléter le mois et

demi dans lequel s'est accompli ce double voyage.

**Hc

Il était exactement quatre heures, mercredi soir, une journée après le départ d'Omaha, quand nous arrivâmes à Chicago. J'avais cinq heures à y passer avant que le train du Michigan Contrai no partît pour Détroit, à treize heures de distance. — Il restait au fond de mon gousset deux piastres qui me mettaient à l'abri de toute tentation, juais il me fallait cependant occuper à quelque chose les heures d'attente. Je résolus de pousser devant moi au hasard de la marche et de pénétrer jusqu'au cœur de la métropole de l'ouest, devenue si rapidement célèbre, et qui déjà fatigue la renommée.

En voyant cette ville à qui je n'avais pas songé à donner même un regard la première fois, en parcourant les grandes avenues et les rues merveilleuses, peuplées de 400,000 habitants^ là ou il n'y avait pas une maison il y a un demi-

VOTATES, 2il

, en voyant se mouvoir, glisser et ae disBémioer dans I tnntes les directions un peuple iofutigable, en entendant le 1 bruit imniense, le bourdon renient confus, lointnin, r6pft^. \ ïnoe?E3nt, de cette cite prodiiiicase qui toujours travaille, I toujours fermente, toujoure produit ponr concevoir encore I l'instant d'après, où les mille éohos d'uuo activité multiple, I de l'industrie et de l'entreprise boqs toutes les formes, frappent assidûment roroille, où l'on voit dea merveiileB de construction élevées en un din-d'œil au pris de millions de dollars, où les ruines des fléaux destructeurs, à peine écroulées, sont remplacées par des édifices plus vastes et plus Bomptuenx encore, où le ciel, chargé nuit et jour de la rieuse fumée d'un travail (jue rien ne ralentit, brille ennéanmoins, joyeux et fclatunt, sur les innoiubrablos toits de la métropole, je ne pus m'cmpêolier d'une admiratioD vertigineuse et de me FCDtir dominé, rapetissé, comme en présence de tout ce qui est véritablement grand.

Cerles, je n'oserai pas dire que ce soit beau encore, ni remarquable, ni saisÏBaant, au point de vue de l'art et de l'achileoture savante, que la ville naissante de Chicago, B c'est uiSle et fier. On aperçoit lil l'empreinte des enfans de géants, on se s'étonne plus de oe que les habitans de Chicago 80 croient les premiers hommes do l'univers, on leur pardonne une infatuation que justifient tant de prodiges mplÎB, on les laisse appeler leur ville le " grenier du monde," la " cité des jardins du continent" et on Ht sans sourire un paragraphe comme celui-ci, que j'extrais d'an auteur américain :

' Les Mille et une Naïfs ne contiennnent rien de plus merveilleus que le développement do Chicago, Rien au monde n'est plus tutracnleux, plus étrange, plus incroyable que ce développement. Si parunaeulexeoi'çXfc'B.'biMi'^Q^Svwi'i

))rouver la snpérioritë de TAmérique sur tous les autres pays du monde, si nous étions appelés à démontrer la puissance de ses institutions, l'accroissement de son commerce, l'énergie irrésistible de son peuple, l'extension de son industriel ^on aptitude à se servir de tons les avantages que la nature lui a départis, si nous étions appelés à démontrer cela, nous ti'aurioDS autre chose à faire qu'à citer Chicago, la ville modèle (^the standard city) de l'Amérique. "

Ce qui fait avant tout la grandeur des américains en général, c'est la liberté. Ces fils de l'étendue sont libres comme l'air. Rien ne forme plus vite, rien ne fait les hommes plus mûrs et plus complets que l'usage de la liberté. Cependant, il faut admettre qu'en dehors des grandes choses qu'elle inspire, les américains sont les plus puérils et les plus futiles des hommes ; ils sont jeunes, voilà pourquoi ils sont enfants. Mais laissons là les appréciations et revenons à Chicago que je ne crois pas devoir laisser ainsi sans appuyer sur certains détails vraiment surprenants.

L'habitant de cette ville presque fabuleuse n'admet pas l'impossible ; il est persuadé que Chicago peut tout faire et finira par tout faire. C'est provoquer son sourire que de lui parler de Babylone, de Carthage, de Home ou de Paris J il n'a aucun doute que Chicago ne devienne rapidement la première ville du monde entier, et il le démontre par des calculs de recensement qui seraient très-exacts s'ils suivaient toujours une marche régulière et s'ils gardaient des proportions invariables. Ainsi,cette métropole qui n'avait que trente habitants en 1829, en avait huit mille en 1844, quatre-vingt mille en 1855, cent-cinquante mille en 1863, et enfin deux-

«ent-soixante mlilc cd 1S6G, trois aos apr^s seulement ; — ■d'où il' résulte, les proportions étunt suivies, que Chicago -derrait avoir un million en 1380, et en 1000 le double de 4a populiition actuelle de New- York. En moins d'un «Uittî-siâclo, la population de Chicago dépasserait cello de Loadrcs et atteindrait celle de la Home des Césars, qui -«omptut cinq raillions d'&nios. Le Boniinion tout entier <i'gd contient pas encore autant.

Si j'alkis maintenant exposer quelques statistiques de commerce, en regard de celles de la population, le lecteur ecrait épouvanté do leur développement énorme:

" Pour tout homniQ qui a une notion quelconque des risultiits généraux du commerce d'un état ou d'une ville, dît an auteur moJernu, les fitatiati-jues de Chicago ont quelque chose de fantastique, d'inoroyablo même.

"Lca Illinois ({ui habitent Clii^ago sout trii^- fiera da Isur TÎlle. Ce sont les Marseillais des Etats-Unis. Ils ont la réputadoD d'être vantards; la vérité est qu'ils sont Icsoîtojens les plus cntrepruoBTits de la république; ils aiment les gros chiffres, et, comme pour beaucoup d'intelligences vives «t peu cultivées, la statistique a pour eux un charme tout particulier. Ils tournent et retournent les somuies de leur «looirnBiao dans tous les sons ot arrivent à faire des rapprodianiens insensés. Ils savent combien de fois le bois importa annuellement à Chicago pourrait faire le tour do. inonde, et ils fo frottent les mains d'un air provoquant en énonçant cette singulariti-, Kn parlant d'un riche industriel, un Illinois nie dit; " Il a autant do dollars de revenu qu'il entre de briques dans la construction do telle <glîse."

Apriis vingt-quatre heures de séjour à Chicago, oo styla hyperbolique n'a plus rien qui Borprennc un européen.

mais pour moi, j*y étais préparé, je le oon naissais d*a- Yanco, je Tavais entendu bien souvent, et, du reste, le temps me manquait pour faire une nouvelle étade fsat place; je me contentai d'admirer, à la hâte, les merveilles dont j'avais tant de fois entendu parler, et, cinq heures après mon arrivée dans la " cité des jardins du continent américain,'' je prenais le train qui allait m'emporter à Détroit, où je voulais rester quelques jours pour me remettre avant de revenir au Canada.

J'arrivai à Détroit le jeudi matin et je dûs attendre jusqu'au mardi suivant que le reste de mes cent dollars me fût expédié d'Omaha. I*e mercredi soir, à six heures, j'arrivais à Montréal. C'était bien vrai I j'étais de retour, mais je ne pouvais pas y croire et je n'osais me montrer. Les circonstances do mon départ avaient été telles qu'un retour aussi subit devait ou me rendre ridicule, ou paraître comme une fantaisie exorbitante ; heureusement que j'avais eu assez de malheurs, assez d'épreuves et assez do souffrances, pendant C3 court espace de temps, pour me protéger contre tous les sarcasmes. Je me réservais d'écrire mon voyage, de faire voir qu'on ne fait pas deux mille lieues par caprice, dans des conditions aussi douloureuses.

VOTAOEP.

qa'on ne s'expatrie pas, et qu'on ne revient pas sartont, Bans avoir paisj dans l'ezcôs mSiRO de sca maux nn oourage qui élève au-dessus de la raillerie et qui en impose aux plus ioerédules.

Mais à peine avais-je mis le pied duns les rues de Montréal, Ù. peine la patrie m'était-clle rendue, que la moitié de ce que j'avais aouffort était df^jà envolée dans l'oubli, et je n'en étais que plus hi-sitant. Il ine semblait que je n'avais pas assez la pbjsionomie de tant de oroelles épreuves, que j'aurais dû avoir une figure émaciée, de grands jeux enfoncés dans leur orbite, toutes les apparences d'une agonie prochaine; et, au Heu de cela, je revenais avec une contenanee, une vigueur et une allure que j'étais loin d'avoir eues en partant I Cela était pourtant facile i^ expliquer; la joie du retour et l'eSpéraoco en l'avenir, substituées i la douleur du départ et à un désespoir profûnd, avaient opéré ce rapide changement. Il est des maladies terribles, dont la violence est extrême, mais dont on guérit en vingt-quatre heures lorsqu'elles n'ont pas amené la mort. L'excès de la fatigue physique est toujours salutaire lorsqu'il s'arrSte à la limite où il peut devenir fatal ; il en est ainsi de la douleur, semblable à une fièvre intense qui, lorsqu'elle est vaincue, équivaut ii un renouvellement complot du cyst^me. Chez les natures élastiques, douées d'ano sensibilité et d'une mobilité toiles que les impressions de toutes sortes s'y succèdent comme autant de coups de foudre non interrompus, la souffrance et le bonheur ne peuvent jamais être calmes; les transports de l'un élèvent jusqu'aux nues, les abattements de rjuilre précipitent dans des ubi'uee pleins do ténèbres.

246 yoTAQEC>.

Mab maiotenanti revenu dans la patrie, toat étonné de sentir encore en moi la vie et Tespérance, je ne tardai pa» à mesurer les résultats futurs et la portée d'une épreuve que, pendant deux mois, j*avaÎ9 regardée comme mortelle.. Je crus découvrir en mol un autre homme, sorti du creuset du malheur, ayee une faculté nouvelle, la seule qui pût désormais bien gouverner ma vie, et dont le défaut avait causé tous mes malheurs jusqu'alors. Je me demandai si cette succession précipitée, brutale, d'événements tous tournés contre moi, et agissant comme avec une intelligence féroce jusque dans les plus petits détails, était bien simplement une fatalité, s*il ne fallait pas remonter à une loi plus haute, loi d'une volonté inflexible, pour qui tout est préconçu et déterminé d'avance. Je me demandai si c'était bien un sort aveugle et inconscient, celai qui s'était acharné sur moi avec cette suite et cette précision impla> cables, et pour la première fois, impuissant révolté, toujours vaincu, j'entendis les accents de la grande voix intérieure, de la conscience, et je compris cette fatalité divine qui s'appelle l'expiation, aussi nécessaire, aussi juste qu'elle est universelle, et à laquelle on croit en vain pouvoir faire exception. Je courbai mon front devant Dieu en le sentant inexorable et je reconnus l'immensité do sa miséricorde dans cette torture salutaire qui, au lieu de me rendre méchant, m'avait éclairé et soumis ; je reconnus surtout que si je ne pouvais encore espérer le bonheur, qui ne vient qu'après l'expiation, du moins j'avais déjà la résignation qui est le commencement de la force»

JVtaîs parti lo désespoir dans l'âme, jo reTenaia preaqne victorieux de moi-niÈme: l'amertume do mes regrets et changeait rapidement en un niiîlancoliqne retour Tera les choses du pasad, qui n'abundnnne pas un instant mon esprit, mais qui ne le tourment* plus, qui touche mon cœur, mais sans le difchirer, qni me donne une paîs de jour en jour plus profonde, si ce n'eat l'oubli qni est audessus de toua les efforts, et que je ne chcrcho paa d'ailleurs, parce qu'il n'est pas autre chose que le tombeau de l'âme ou le vide dans la vie. Enfin ja revenais transformé, tout prêt à commencer une caistonce non- Telle, et plus digne peut-Gtre cette fois d'en atteindre l'objet.

Mes amis que je craîn;naÎ3 tant d'abord de revoir et dont je voulais h tout prix c'viter les rires, vinrent tous BU-devant de moi comme s'ils ne m'avaient pas vu depuis longtemps di5ji et comme si j'dtais rdellement un ressuscita- 3Iaia, au milieu des joies et des transports du retour, j'avais toujours devant moi l'image de Québec, ce cher Tfiaux Québec, dont j'ai tant ri et que j'aime tant, ce bon petit nid qu'on ne quitte jiiraais tout entier et que l'ou retrouve toujours intact au retour.

Seulement cinq semaines après je pus y revenir, et da suite j'allai faire une longue marche sur le chemin de Ste. Foye, cette avenue incomparable oil tant de soirs j'avais été promener mes rêves et mes plus douces illusions. Là^ je rassemblai tous mes souvenirs, et des larmes ohaudea comme celles des premiers âges de la vie, des larmes d'una

248 YOTAGES.

source toate nouvelle, jaillirent de mon âme consolée. Puis Je pris la route du Belvédère, je lengeai le chemin St. Louis et j'arrivai sur la plate-forme, à Theure où je pouvais être seul, où le flot des promeneurs ne viendrait pas troubler Tattondrissement de mes pensées.

Ahl que vous dirai-je, que vous diraî-je, lecteurs, eu terminant oc long et douloureux récit pendant lequel plus d*un d'entre vous peut-être a partagé mes cruelles augoisses? Je restai bien longtemps, bien longtemps sur cette plate-forme d'où mon r^ard embrassait un si magnifique morceau de la patrie. A cette hauteur, mon âme s'élevait avec le flot de ses innombrables souvenirs, mêlé cette fob à celui des espérances dont le cours semblait s'être si longtemps détourné de moi. Je revis mon passé disparu, comme si c'était pour la dernière fois; j'en regardai s'éloigner une à une les ombres muettes qui me quittaient tristement ; il y avait là bien des regards et des sourires qui m*attiraîent encore, mais je n'en pouvais, hélas I retenir un seul : ils B'enfuyaient.....et pourtant je les voyais toujours. Oh I non, non, chères et douces choses envolées ; il n'y a pas de nuit ni de passé pour le souvenir ; vous êtes toujours vivantes, toujours présentes, et vous me resterez quand même. Ce n'est pas moi qui mettrai sur vous le linceul et le temps ne peut rien dans mon cœur. Ce qui me reste à vivre ne vaut pas ce que j'ai vécu ; je vous suivrai toujours et jamais aucune ombre ne vous dérobera à mes yeux. Toutes, toutes, désormais, vous m'êtes chères ; vous à qui je dois mes bonheurs fugitifs, je vous bénis, et vous à qui je dois mes longues angoisses, je vous par-

donne. Laissez, laissez au moins la trace de votre fuite pour qu'elle éclaire les tristes anaijes qui me restent ; bre de oe qui fut cbcr a encore plus de clatt6 que \'6- «lat de l'espéraDco, de mémo qu'un soBvenir heureux vaut souvent plus que le bonheur.

lu'importe que vous sojez le passa I Est-oo que des fleura qui lorabcnt ne sort pas le germe qui fécondera lea planta nouveaus ? C'est fk vous, à vous qui ne pouvea Dionrir, que je dois le meilleur, le plus vivant et le [lua vriù de moi-même.

Lorsque je vous orns perdues pour toujours, jo poussai m cri funèbre qui retentit dans bien des cœurs; aujourd'hui je voua retrouve décolorées, pâlies, devenues à peine un fantSme de vous-mêniCB, m^is cela suffit désormais an fantSme de oc que j'ai été. Le pnsaiî qui s'iieliappe en laissant à l'homme une dernière illusion est une force de plus ; il s'y retrempe, il meaaro l'étendue de ee qu'il a eouffert, et, en se voyant sorti des épreuves, il conserve toate la oonfianee et toute l'énergie de l'attente.

mon pauvre vieux Québec I ja te retrouve donc, toi qu3 je oroyaia pouvoir fuir ; je te retrouve avec le parfum, sveo le sourire encore empreint de tout ce que noua avons ,ét6 l'un pour l'autre pendant quatre années ; je te retrouve, toi qui n'as pas une rue, pas une promenade, pua un jardin, pas un bosquet quinenirent le3coiiS.dents de mes solitaires 'rSvories et de i'ûpancbement intarissable de mon Suie. Tu ; avais eu tout, tout de moi ; je l'avais même engiigé l'ave-

nir et j*avnis juré de ne jamais te quitter, en récompense de ce que tu m'avais inspiré de touchantes et de délicieuses chîmôres. Et pourtant I Je t*ai raillé, je t'ai bafoué, j*ai redoublé sur toi les traits et les rires ; l'outrage a été public et mes livres le gardent tout entier, mais je t'aime, je t'aime I

Rien n'est beau dans le monde comme toi, mon pauvre Québec, et lo monde, je le connaip. L'admiration que tu inspires est encore bien au dessous du langage que tu parles au cœur. L'étranger, qui voit tes débris entourés du cadre majestueux de montagnes qui s'étendent bien audelà du regard, te contemple encore moins dans la grandeur prodiguée par la nature que dans les innombrables souvenirs enfermés dans ton sein. Tu es vieux, décrépit, tu fatigues dans ta ceinture de remparts, mais tu as la majesté sainte des grandes choses que le temps seul, après de longs efforts, parvient à effacer. Pour moi, désormais, tu es sacré, et dans toute cette Amérique si jeune et sî fièn. de sa jeunesse, je n'ai encore rien vu d'aussi jeune que tes ruines.

Oh I quand je me reporte vers mes rôvcs si violemment et si cruellement interrompus, je me demande ce que je puis croire désormais ici-bas et sur quelle poussière nouvelle je vais essayer de bâtir pour l'avenir. Tout est donc déception, illusion, chimère I Jusqu'au bonheur lui-même

qui me trompait Et pourtant il n'y a rien de vrai

sans lui, et en dehors de lui qu'y a-til, que me rcstera-t-il après l'avoir rêvé ?

Je vais me mêler à la foule des ombres qui s'agitent, je

vais me laisser prendre aux passions vulgaires et me faire

^ssima place dans le vide. Je vais descendre dans le

flot bourbeux des înWrêU et des mesquines ainbitiona où la plupart des hommes noient leur Smo et acbèvent de perdre ee qui leur reste de rcmpreiote divine ; je tjiîs retomber, positif et réel, sur cette terre oA je n'ai jamais pu prendre racine, et que je peuplais sans cesse des fantômes démon imagiontion

Adieu, adieu, illusions, charmes, transports, enivrements de ma jeunesse à jamais disparue. Je m'enfuie loin de votre tombeau, comme le marin quitte le navire perdu où il a «ssayé tous les dangers et qui était tout son monde, son foyer, sa famille, na patrie entière. Adieu ; je vais d^soi^ mais flotter sur l'ëpavc de ma vie jusqu'à ce que j'utteîgne le port immortel, et personne n'entendra plus les necetats de ma voix dans le oiel hrumeus qui s'assombrira de jour en

jour autour de moi personne, jusqu'à ce que je touohe

à la rive où tous les bruits s'éteignent, où tous les orages B'apaisent, Alors seulement, je pousserai un dernier oriî celui de l'espiîrance <5tornel!e qui, seule, ne tcompe j;»raais.

s LA EÉCIPBOOITÉ AVEC LES ETATS-DNIg.

CûxfiTence faite à la salle Victoria, le 18 avril, 1874.

Quiconque voudrait raJBonner anjonrd'hui comme il l'eût fait il y a quatre ou cinq années seulement, tomberait dans un désordre d'id^ea pSua déplorable que l'ininlelligenec ooiiipléto des avènements et le défaut de toulo prévisioD. En revoyant cea jours cl quelques notes écrites vers cette épcqnu sur les événements et ie^ questions du jour, je me suis étonné des aventures de l'imagination et de la témérltâ de l'eaprit qui ose indiquer un point quelconque do l'avenir dans un jnondo où, tous les dix ans, a lieu une grande révolution Booiale ou politique. Oui, messieurs, presque tous les dix ans, il se fuit ao remuement prolongé sur ae vaste soi où logent pêlo-méle des hommes venus de partout, par centaines do mille, assez nombreux pour former des groupes imposants, des nationalités en germe, pas eu-

core assez pour former des peuples. Ces r<^yolations, ponr la plupart paisibles, n'en sont pas moins profondes, et, pour n*être pas éclatantes, sont peut-être plus décisives. C'est griice à cette situation unique qui fuit du continent américain le rendez-vous et souvent Tasile de tous les peuples, que les questions ne sont plus seulement nationales, mais en quelque sorte humaines, intéressant les états du monde entier.

Dans le vieux monde, les révolutions sociales, je ne dis pas politiques, sont des ères qui marquent pour plusieurs siècles des conditions nouvelles de société; le développement y est successif, restreint, ou tout au moins graduel; en Amérique, c'est par immenses enjambées et par soubresauts que les choses marchent. Les événements arrivent presque imprévus; leur rapidité déroute même les penseurs qui croyaient les voir venir alors qu'ils en sont tout à coup frappés et comme éblouis. Ainsi, qui eût prévu, seulement quelques années d'avance, la soudaineté tragique do la grande guerre américaine qui éclata en 1861 et qui a embrassé le monde dans ses incalculables résultats? Dix ans à peine plus tard, voilà une nouvelle grande forme de l'avenir qui se dessine, à peine entr'aperçue et déjà domi nant l'horizon. Les états de l'ouest au berceau sont devenus un monde géant tout-à-coup, comme ces grands arbres des tropiques qui, en quelques mois, grandissent de trente pieds. L'Ouest s'est non seulement dressé en un jour sur sa couche d'enfant, étendant ses jeunes et vigoureux membres sur la moitié de l'Union américaine, mais le voilà déjà trop à l'étroit dans sa vaste sphère ; ses bras déployés enserrent et absorbent presque les plus vieux états, et lui, à peu près le dernier venu dans la grande république, il ea

CONFÉaCNOES.

«8t maintonant le plus fort, le dominateur. Il commande, il plie la kgîahtîon fiid^rale i. sa ToloDté aimsi impérieuse i\ae ECS besoins ; il agrandît k na taille les portes da congrès pour y passer en maître et dicte les lois qui feront sa furce, dflsseDt-elJes faire la faiblcfsc ou l'iufûrioritii des ùtuts do l'E^t et du Sud.

Culte prodigieuse oroissaiioû, due à des centaines de mille le nouveaux ïonns, poussÉs comme un immense ras-de mirée ur les plaines de l'ouest, renverse un ^i)uilibrn savamment issia et alarme les vieilles populations de la Nouvelle- Angleorrc, de la Virginie, des Carolines. L'ussooiation, connue OUB le nom de Granges et qui compte dms ses rangs cent oinquaute mille fermiers, priîpare une révolution i^conomidont 11 ost impossible do prévoir Ictendue ot les cocsé- I quences.

[ai peut dire la destinée prochaine r&ervée au Dominion ■ canadien par l'énorme grandissemeiit de l'Oiiestqui se trouva I uni à nous parles-lacs, par te St.Laurent, le Nord-Ouest et la I Colombie anglaise, plus étroitement encore qu'aveo les autres I étftts de l'Union ? C'est ù cause de cette croissance î:iatten- I âue, et qui a renversé tout équilibre, que les ooiubinaisons I .politiques et les priîvoyanccs d'il y a quelques anoécs à peino I «ont maintenant en déroute, et qu'il faut avoir une autro vue I pour discerner les choses.

Qui ne se rappelle le ori général d'annexion pousse eu lS4d (et la manifeste signé à co sujet par la plupart des liommos,

256 CONFiSRENOES.

politîqnes ëmincnts, plus tard convertis à un loyalisme ombrageux et farouche ? Le traite de réciprocité de 185-1 vint jeter pendant dix ans une eau de plus en plus froide sur cette ardeur qu'on appellerait irréfléchie si elle n'avait paa envahi les plus fortes têtes. Puis vint la guerre américaine, puis les sympathies sudistes de notre gouvernement d'alors qui creusèrent tout simplement un abîme entre nous et les Etats- Unis. Ceux-ci se hâtèrent de révoquer le traité de réciprocité, et le gouvernement canadien y répondit en établissant un système de représailles dans la mesure de ses moyens.

Le système de représailles ! ce mot fait sourire douloureusement, quand on songe à la richesse, au bien-être, à l'existence même d'un jeune peuple qu'il exposait par sa puérile arrogance. C*est depuis les représailles en effet que nou» avons perdu tous les ans vingt-cinq à trente mille bras, des plus vigoureux.

De ce système provocateur, c'est notre propre pays qui a été la première et la principale victime, et qui s'est coupé les vivres pour jeter une pâture à l'appétit toujours féroce des loyaux.

Savez-vous bien, messieurs, que les chemins de fer canadiens d'alors n'étaient des exploitations possibles et ne pouvaient être sustentés que par le commerce de fret qu'ils commandaient tout le long de la frontière américaine ? Savezvous que c'était le commerce américain qui, seul, avait nécessité le creusement des canaux Wclland et du St. Laurent, et qui continuait d'en payer tous les frais de construction ? En 1869, le trafic local sur le canal Welland, entre les ports canadiens, n'employait que 195,41 7 tonneaux,. pendant que le même commerce, soit d'un port américain à un autre, soit entre des ports américains et canadiens, exigeait 1,040,000 tonneaux, six fois plus.

1854 it 1865, IcsEtats-Unis ont admis chez sus, libres de droibi, presque toutes les productions des proTinces, Nous éiiaaa reçus à leur faire oonourrenee sur leurs propres marchCs, ot noua leur avons ainsi esportû, en moins da douze ans, pour deux cent quarante inillioiia de produits, tandis qu'ils no nous en envoyaient que pour c^nt vingt-einq millions ù peine. Da tous les articles que le Canada pouvait exporter, 96 pour 100 pénétraient dans les Etats-Unis Sflos payer de droits, tandis qu'ils no nous on expédiaient que pour 5S pour 100 dans les nigmcs conditions, c'est-àdiro qu'il restait encore 42 pour cent de produits américains frappés d'impôts ii nos frontiôreE.

'Et encore, d'après le témoignage da M. Wiikes, délégué de Toronto i. la Clianibre de Commerce du Dominion, les esportatioQS que se faisaient mutuellement le Canada et les Etats-Unis, sous le traité ds réciprocité, étaient do 36 pour cent en notre faveur.

Lorsqu'il y a trois ans, pendant les négociations du traité de Washington, la question de la réciprocité ae présenta de nouveau, les américains, formés depuis leur guerre «ivile à une nouvelle école, celle d'une protection impî- 'toyable qui leur avalu un vaste déploiement d'industrie, des

ba et des manufactures élevées sur toas les pointa du sol, les améncains, dis-je, ne semblaient prSts i. rien conoéder,

e après l'abandon de nos pS^herles, i^ moins que le Canada n'adoptât leur tarif, m6me contre l'Angleterre, ce [Ut équivalait à un ZoUverein, ou Union douanière, ex-

pression provisoirement employée pour celle d*indépeiidance.

Il semblait alors que tonte solution des difficultés existant entre T Angleterre et les Etats-Unis était impossible, à moins qu'on posât d'abord comme base des négociations, comme condition inévitable, imposée par les relations des deux pays et nos circonstances particulières, Tindépendance des colonies britanniques. M. Sumner, le grand bomme d'Etat américain qui vient de mourir, avait même proposé au Congrès l'acceptation do cette base préalablement à toute négociation, et si sa proposition fut rejetée, ce n'est pas qu'on en contestât le principe, mais parce que le Congrès n'avait pas voulu exercer de pression sur les commissaires du traité ou porter atteinte aux usages internationaux.

L'Angleterre, cependant, cela ressortait avec évidence de la voie dans laquelle elle s'était engagée, était prête à admettre toutes les réclamations américaines, et son parti était pris de vider une bonne fois toutes les questions, d'éponger l'ardoise, de nettoyer pour toujours ce passé hargneux qui divisait deux grandes nations, et de se débarrasser de l'avenir. Or, se débarrasser de l'avenir, s'affranchir de ses périls toujours imminents, toujours malaisés à prévoir, signifiait alors pour la Grande-Bretagne se détacher à jamais de ses colonies américaines. Sans cela, les difficultés pendantes seraient ù, peine résolues qu'il s'en présenterait de nouvelles. L'inconséquence, l'anomalie d'une dépendance coloniale à côté des Etats-Unis, dans un temps où toutes les sociétés cherchent leur place fixe et ne la trouvent que dans Tharmonie entre eux de leurs rapports holographiques et commerciaux, de leurs aspiratiooe.

COSFÉBENCEB.

aveo lear doalin^e manifeste, frappaient si vivement les esprits qu'on avait l'air de chercher des deus côt^s le moyen de faire aux colooica une EÏtuation nouvelle qui K^aliEdt le but sans que les noms fussent changes,

Il y a trois ans, mossieurs, on sortnït encore i peine des grandes époques de crises : les traditions et les aniniosïtés étaient vivaces; loa souvenirs couvaient sous la cendre chaode; on ne pouvait presque parkr des Etats-Unis sans qu'immédiatement fiit éveillée l'idée d'anneïîon, et avec elle le cortège bouillant des antipathies et des tendances misea en lutl«. Entre plusieurs ordres do chosca qui onpendant ue présentent aucune corrélation nécessaire, s'établissait inmunquublement une confusion déplorable qui paralytiait tout. La politique, qui n'a souvent que des voies tortueuses et des inspirations funestes, qui introduit les injustices et l'aveuglement des partis dans les questions les plus indépendantes, semble n'avoir d'autre objet, en so mêlant à tout, que de jeter le désordre dans les esprits et ■d'embrouiller les choses les plus claires. Pour un bon nombre, la réciprocité ou une ucion douanière no sinnifîont autre chose que l'absorption des provinces britanniques par l'Union américaine : de ii le cri immédiatement poussé de loyauté, de dignité nationale, et cette politique qu'a Tonlu fiiire prévaloir le gouvernoment Macdonald, politique consistant ù. ne dépendre que de nous-niSmes, " to/all haek on our own iMyoureei,"

Depuis trois uns, que les choïcH ont tVi!itiç,t\\.'\Vi'aï5A.-

260 OONFÊBENCES.

dérntîon qui, jusqu'alors, n'avait été qu'un essai et même plutôt un expédient, une dernière ressource politique dans la pensée de ses fondateurs, est aujourd'hui solidement assise; les provinces se tiennent entre elles comme une chaîne dont les anneaux se resserrent de plus en plus ; le Canada, comme un jeune aigle qui essaie ses ailes avant de les livrer :\ l'espace, et s'arrête un instant, au seuil des mystérieuses profondeurs, entre la certitude de son vol, la liberté des airs et l'nquiétude vague de l'immensité, le Canada s'est soulevé sur son nid flottant entre deux océans, vaste comme un monde ; il a déployé ses bras avec ces tressaillements, pleins d'assurance à la fois, de la force qui ne s'est pas encore exercée ; il a pressenti, puis re^ connu la destinée incomparable que l'avenir lui réserve, et il s'est élancé pour la conquérir. Non, le Canada n'a plus peur maintenant d'être dévoré ou englouti chaque fois que le nom des Etats-Unis se prononoe ; le grand fantôme étoile ne se dresse plus dans un ciel menaçant, la politique, avec ses meutes criardes, s'est sauvée des champs qu'elle avait envahis, les préjugés et les inspirations d'un chauvinisme comique s*efifacent à la hâte devant les nécessites de situation et la volonté impérieuse des circonstances : les questions purement commerciales ont repris leur domaine libre, et les deux confédérations, les plus grandes au monde par l'étendue et peut-être par leur puissance future, vont pouvoir traiter sans ombrageuses défiances de leur bien-être intérieur et des moyens de se rendre mutuellement prospères.

Oui, ponr pouvoir aborder la question de la réciprocité commerciale, il fallait k diîgager de la politique, de cette lâpre qui s'attache il toutes les entreprises les plus étrangères à son action. Les âdcUrations des chambres de commeroo amiîricaînes, depuis le traité do Washington, celles de leurs délégués, venus spécialement aux réunions annuelles de la chambre do commerce du Dominion, ont précipité les négociations qui se poursuivent à cette heure, ont aplani le chemin devant cites, et réduit les politiciens aboyenra à leur rôle impui^ant. Je rappellerai ici ce que M. Haiiard, ddiégué de Bnffalo, disait en 1872: " La firontiêre qui sépare les Etats-Unis du Canada est une frontière idéale, Iio peuple américan eut prêt i faire la moitH du chemin, et mêTne plus ywe cela, au devant du peuple des colonies, s'il peut, parce moyen, arriver à un résultat amicai de la question commerciale. En ce qui eoQCcrne l'annexion, je ne pense pas quo le peuple ainéri- OBÎn la désire : quant i l'indépendance, ce n'est pas une affaire qui nous regarde ; mais ce que nous voulons ardemment, c'est que les deux peaples araéricnin et canadien soient bientôt unis socialement et commercialement."

Do son côté, H. Hamilton Hill, délégué de Boston et secrétaire Je la chambre nationale des Etala-Uni?, disait l'année demiôro à Oltawa ; " I\ ne suffit pas que nos bons rapports et notre amitié réciproque soient bien reconnus, mais il faut prendre encore toutes les occasions de manifester ces Beatîmeats. 1/ se peut qu'i\ y ail (\i3Lft\o^<i% M

263 CONl^RSNOËS.

Toir différentes dnas les détiûis d'un traitiî de ri*ciprocîté,'é quant à son étendue et i ses Élémeata, mais nous eommei toua d'acoord aux Etala-Unia, comme vous l'ëtos probable» ment en Canada, sur la néceseité d'un truîti} qui rende libro le commerce entre les deux ptys et qui les unisse plus étcoito méat qu'ils le furent jamais. Un fait remarquable, c nue M. Hill, c'est que, depuis l'abolition du traité, la commerce n'ait pas ccssiS d'augmenter tous les ans ; îl avait reçu, durant l'exeroico du traité, uns telle impul- BÎon, que cette impulsion a suffi pour maintenir son aliuro pendant de longues années après. On pourrait conclure de là qu'il vaut mieux laisser les choses telles qu'elles Kont et les affaires se développer suivant leur propre monvement; et c'est là en effet ce que bon nombre disent, A cela il n'y a qu'une rcponscj c'est que, si dans les circonstances actuelles, le commerce continue d'augmenter, ne le ferait-il pas encore bien d'avantage si on lui laissait un libre cours à travers la frontière et toutes les facilites possibles d'emploi et do direction ? SI, malgré les désavantages de la situation actuelle, les relations entre les deux pays sont si étroites qu'il leur faille absolument faire des affaires ensanible, que sera-ce donc i|uand tous les obstacles auront été écartés et les r.ipports rendus absolument libres 7 l'ersonue ne peut regarder une carte d'Amérique sans reconnaître de suit« que la nature a placé les deux pays voisins des Etats-Unis et du Canada dans une connuxité si intime que les plus bienveillantes e les plus amicales relations de cli.ique jour leur sont imptS-J rïeusemcat commandites."

C05FÉSESCES.

Maintenant, reportons-nous par la pensée aux s^anoas de ]a convention internationale du commeroe (|ui But lieu ^ St. Tjouîii, Missouri, il y a bicntSt trois ans.

La rapport du conseil esùcotif do la convention, après s'être entendu sur la " malLcureuso condition des chosca existant entre les Etnts-Uoïs et le Dominion," présentait Isa propositions suivantes comme une base sur iarjuclle on pût Établir quelque règlement définitif entre les deux ÎMiys:

1°, Introduction libre en Canada des produits bruts et Diaoufaoturds des Etats-Unis, et concession rtîciproque fait» aux produits bruts et manufacturais du Dominion.

2°, Uniformité dos lois passdcs dans les deux pays pour le règlement des droi,t9 sur les importations et pour la taxation intérieure; le revenu de ces impôts devant être plaeii dans une caisse commune et divisa proportionnellement il la population ou suivant tout autre moyen équitable,

3". Inscription sur le registre amérioain des navires construits en Canada et mSmes privilèges accordés aux dits navires que oeus dont jouissent les navires améri- «aina pour îo commerce intérieur et Étranger,

4*, Elargissement des canaux du St. Laurent et creusciDcnt du flauve, le Dominion s' engageant à conitruire de nouvelles lignes do chemins do fer internalionaui auxquels les citoyens américains auront aussi bien accès que ceux du Canada, les Etats-Unis a'obligeant à accorder en éciiango

264 CONFÉRBN0I8.

aux habitants du Canada les mêmes droits et privilèges que leurs propres citoyens exercent sur les lignes construites dans les limites de leur territoire.

A la suite de ces propositions venait la demande formelle faite au Congrès de nommer une commission qu^ s^entendît avec une autre commission également nommée par le Dominion, pour négocier des relations commerciales fondées sur les quatre propositions ci-dessus ou sur toutes autres de même nature et de même portée.

Ce sont ces propositions, messieurs, qui comportaient plus que la réciprocité,mais une véritable union douanière ou zoUverein entre nous et les américains, qui ont été, depuis, Tobjet de discussions approfondies dans les chambres de commerce, jusqu'à ce qu'enfin elles aient pris une forme pratique et soient entrées dans la voie de l'action par la mission qu'a reçue l'honorable George Brown de négocier les bases d'un nouveau traité avec les Etats-Unif.

Les américains sont déterminés à trouver une solution également avantageuse pour eux et pour nous, et les réductions successives de leur tarif ont fait faire à la question des progrès considérables. Mais tout n'est pas aplani encore, comme on va le voir, et la difficulté consiste précisément dans ce tarif que les américains veulent maintenir et que le Canada ne semble pas encore prêt à adopter, parce que de suite surgissent des susceptibilités et des défiances nationales.

CONFÊBENOES.

M. Howl merce du D proposition f

La Ca «ollvorein p pi is

le ce serait faire à la Gi

d Toronto b. la chambre de com-

l'B72, disait au sujet dos quatre

I 1 (lueja viens d'i^nuiwîrer.

) t ODsentir ik l'iîtablisBement d'un

isoDs, La première consiste en

de-Bretagne une grande "

-justice que d'adopter contre qIIq dea droits différentiels, aossi loDgtcmpâ que subsistera ia dt^pendance coloniale. Si l'union douaniôre était effeotuiîe, il a'y aurait plus pour le Canada qu'à rompre les liens qui l'attaclient à la métropole,

[u'il n'est nullement disposa ii faire. La deuxième jnison, c'est qu'en abandonnant aux Etats-Unis le pouvoir de prélever Ica droits et de diSterminer eus-uiêmes la nature decoa draits, !e Canada renoncerait à la première des prorogatives d'un peuple libre, celle Je faire ses propres lois.

" L'Intention do la conventioa internationalo n'est pas 'tant d'étendre les relations commerciales que de prt^cipiter

lexion des provinces onglaises : tel serait en cSet le résultat nécessaire d'un zoUvcrcin, résultat auquel le peuplo des ooloniea est positivement, décidément opposé. Le Canada aétélivré depuis quelques temps il ses propres roasources, A, eoD propre travail ; ses habitants sont industrieux et patrîotîqueSj ils ont la ferme conviction qu'ils peuvent for-

mer pour toujours une nation distincte, ils ont le culte de leur nationalité et ne sodt pas prêts à la sacrifier pour faire plaisir aux Américains ; enfin, leur devise est Le Canada pour les Canadiens^

Je répondrai à cette argumentation en me tenant uniquement sur son terrain, qui est celui d*une union douanière, et en laissant de côté la question do la réciprocité pure €t simple qui est indépendante du tarif.

Lorsque les petits et grands états de TAllemagne résolurent d*en finir avec le système tracassier des douanes rétablies à chacune de leurs frontières et de fonder un zollverein, T Angleterre crut d* abord que son commerce en éprouverait un grand préjudice, mais le résultat a été tout différent, comme Vont admis eux-mêmes les publicistes de la Grande-Bretagne, parce que, plus un peuple devient riche, plus s'agrandit le cercle de ses affaires, plus son commerce avec T Angleterre est considérable. Le rêve des économistes a toujours été Teffacement des barrières qui séparent les peuples : ce n*est pas grâce aux résultats obtenus par le zollverein que les allemands ont fondé leur union politique ; cette union est tout simplement le fruit des aspirations et des idées de toute TAUemagne, les états qui la composent n'étant en somme que les parties d'une même nation, et les divisions qui existaient parfois entre eux ne provenant que de l'antagonisme et de l'ambition de leuri princes. En ce qui concerne le Canada et les Etats- Unis réciproquement, leurs aspirations et leurs vues ne

it pas Ica mêmes. Quoii^ue Icars habitunta nient en gcine origine comujune, ils n'ont pus les mêmes tradii! le mSme enlraincmeat vers l'unité politique, ils ne sont pas un seul et rnSme peuple divisL' en petits états dii^- Uncts, et leur fédération purement commerciale ne conduit pas nécossairement à l'union politique. Il n'en est pas entre le Canada et les Etats-Unis comme des provinces anglaises entre elles qni, placiîes dans la même dépendance et sous la tnEme autorité, ont établi une union à la fois poliiiqae et couimerciale. Le libre- échange, qui n'est qu'une forme du goUvereio, peut parfaitement exister entre deus états que rapproche seule la similitude des intérêts, sans que pour cola l'un sacrifie à l'autre sa nationuUt^ ni son iodépendanee. Mais, pir malheur, nous somnies te^^'l" ment habitués dans noire pays à mSler la politique aux flfaoses qui en sont indépendantes, qu'elle devient un obstacle continuel à tous les développcmeuts et ii toutes les entreprises.

Ehl messieurs, puisque c'est lîk un besoin, je ne répugna nullement il le satisfaire, sous forme de digression, et & jeter en p.issant un regard sur la question politique.

L'nDDexion ! nh I l'aunextoa ! question bien brûlante il

a quelques années à peine, aujourd'hui bien éteinte.

L'annesion ! on en a parlé beaucoup à diverses époques

de notre histoiro, mais rarement en se fondant sur l'esprit

véritable qui anime les groupes si divers de la population

provinces. Elle a été presque toujours l'eipression

d'un ddsir ardent chez les uns, d'une nécessité mettable aux yeux des autres, mais sans qu'on voulût se rendre compte des modifications et des tempéraments que le temps pouvait apporter à cette nécessité et à ce désir. Paroe que les*uns désiraient l'annexion et parce que les autres la croyaient nécessaire, il eût fallu, d'après eux, la faire sans délai, au risque de la mal faire et d'étoufier, pour un temps peut être bien court, des répugnances qui auraient pu devenir par la suite fatales à l'Union américaine.

Ce n'est pas ainsi que l'envisageaient les grands hommes d'état américains. Jefferson, Adam3, Everitt prévoyaient la réunion éventuelle de toutes les parties de l'Amérique du Nord, mais ils ne voulaient pas devancer les événements. Pour eux, précipiter la destinée, c'était la contrarier, et, au lieu de fruits mûrs, ne recueillir que des fruits amers et semer des germes de démembrement futur. Ils comptaient par demi-siècles et quarts de siècles et comprenaient toute la nécessité d'une éducation préalable qui habituât les jeunes peuples environnant la république, à ses institutions, i\ son esprit public, h ses mœurs. Nous, au contraire, nous n'avons presque jamais parlé d'annexion qu'à la manière des enfants qui crient après un joujou, à la manière des affamés qui se jettent sur un morceau appétissant, ou bien à la façon de ceux dont les espérances déçues ou l'existence déclassée ne leur font plus trouver de remède et d'avenir que dans une révolution.

Un des faits dominants de l'histoire des^Etats-Unis, c'est l'admission successive dans leur sein de tous les territoires de ce continent qui leur ont été nécessaires. En général, ces acquisitions se sont faites paisiblement, le plus souvent par voie d'achat. Ainsi, en 1803, la Louisiane, embrassant

coKFËaeNCEs. 2G9

"toute la vallée ia Missifsîpi, et dont les AniéricaÏDs avaLcnt l>esoin comnie iI'dq déboachk; foar Icnr graoïl fleure sur le golfe da Hesinnc, est achck'e de la France pour quinze tniltioDs de dollars. En 1B19, la Floride est sch^ti^ de l'Espagne pour sept millions ; en ISiÔ, le Texas, da 5Ie5> que, sans condilions aatrea (jue le paiement Aa sa dette un 1848, la Caitfomic, le Nouve-in-Mexique et l'Ulnli sont Boquîs moyennant quinze raillions de dollarà. Ra 1854, c'est le lour de l'Arizona, acliet^ encore du Mexique pour quinze millions aussi ; et, enGn, en 1869, l'Alaska vient grossir la confédi^ratioa r^pablieainc en laissant, entre lui et lo reste de TUaioa, la Colombie anglaise, qui, il y :i <inatre aiia ù. peine, demandiiît au parlement britannique la permisMon de fiaiurcr sur le drapeau tftoiliS des Etats- Univ'.

Le Canada dcbappcra-t-il à. cette attraction que semblent rendre irrésialiblo sa situation géographique et l'esprit des temps modernes qui pousse aux grandes uniWs politiques? Le travail d'agglomération qui se fait en Europe pour tous les peuples ayant quelques traits comrauns, quelque affinité de race oii une étroite. liaison d'intérêts, sa poursuivra -t-il dans le nouveau monde jusqu'à eo qu'il atteigne SCS dernières limites î No semble-t-il pas que cette lisière comparativement étroite qui st'pare la grande masse du continent nord amérieuin d'avec les régions inhabitables, et qui comprend toutes les posscEsions anglaises, doive gruvïtcr autour des Etats-Unis comme les moindres astres autour du foyer lumineux qui donne son nnm au syitâmu eolaire ? L'aoaexion n'est-elle pas plus qu'un fait polîtiqm-, mais encore et par dessus tout un fait gifograpbiquo ut physique ?

Nous sommes annexés déjà par nos rivières, par nos laos et nos chemins de fer avant de l'être par nne conveniioa que ratifieraient des deux parts les vœux du peuple. Tout contrat politique de cette nature ne ferait que sanctionner un état de choses préexistant et n'apporterait d'autre change^ ment à notre condition que celui de la développer merveilleusement. Nous sommes américains déjà par nos mœurs qu'une démocratie progressive a rapidement envahies ; nous le sommes par tous nos intérêts et par les tendanocs des sociétés modernes qui germent parmi nous comme des fruits naturels. Vouloir arrêter ce mouvement, c'est remonter le cours des choses, c'est élever à frais inutiles une digne artificielle contre un torrent qui emporte tout sur son passage, c'est vouloir reconstruire, à l'exemple des vieillards puérils, des illusions depuis longtemps disparues.

Oui, messieurs, on peut à hon droit peut-être et à coup sûr argumenter de cette façon, mais il est des considérations d'un autre ordre et d'une portée toute politique, que personne ne peut négliger et dont l'ouhli mènerait droit à la déception.

Et d'abord, sommes-nous sûrs que les américains désirent l'annexion de nos provinces à leur jeune et déjà vieille r(5publique? Non, non; ils veulent notre indépondancc, oui, tous ; mais l'annexion I c'est autre chose. Il y a deux grands partis aux Etats-Unis, deux partis formés par la nature et qui dureront comme elle' malgré les victoires passûgères de Tun sur Vautre, deux partis indépendants da

COSPÈRENCE?. 271

inTemeot des choses politiques et qui subsistent, paroe

'î!a Bont pour ainsi dire infuîrenla nu sol et t^aultant de la situation giîogrophique qui orée des mœurs et des intérêts efiseDtielIement .diatiuote; ces deus partis sont ceux du Nord et du Sud.

Les états du Nord ne veulent pas des nnoextons faites aa 8nd, et les états du Sud ne veulent pas des annexions f:iitc8 au Nord, mais tons ils se riJunissent sous la mB me bannière quand il s'agit d'éloigner l'Europe do ce continent et de TOÏT les colonies, ijui s'y trouvent cnoorCj ofFrancliies doleurs métropoles. Cette volonté, ils la poursuivent régulièrement, sans emportement, sans ardeur belliqueuse, sans violence diplomatique, mais avec obstination, avec toute la persistance d'un droit incontesté. C'est pour cela qu'ils n'ont pas craint, il y a huit ans, de payer S la Eussie jusqu'à sept millions pour le territoire désolé, stérile et glacé d'Âliaska dont ils ne savent en vérité que faire, mais dont l'acquisition a éloigné pour toojours une grande puissance do l'Amérique du Nord. Si jamais les états du Nord voulaient nous annexer & eux, ce n'est que lorsqu'ils y seraient contraints par la nécossitiS politique, colle de parti, ou par l'impossibilité de oontinucr leurs relations avec la Grande-Bretagne, tant qu'elle garderait un pied à côté de l'Union Âmériciiine, Or, je erains bien que cette împos- Bibt1it4 no soit démontrée davantage ù quelque occasion prochaine, malgré le grand apaisement apporté de part et d'autre par le traité do Washington,

D'autre part, il semble que si l'annexion du Canada était désirée par le peuplo américain, la presse ne tarderait pas à eu faire une question débattue par tous ses organes, à créer & ce sujet une agitation unWeïî&We, tn-ïMtitt ^J'ik^'W

272 CONFÉRENCEe.

pratique invariable aux Ëtats-Unis. Mais nos voisins comprennent parfaitement qu*ils n*ont aucun besoin de cela, que si Tanncxion doit avoir lieu, ce sera par la gravitation naturelle, par la marcbe irrésistible des faits, que la navigation libre du St. Laurent, Télargissement de nos canaux, Taccès aux taux canadiennes pour y faire la pêche et le commerce libre sont tout ce qu'il leur faut. En hommes pratiques, ils ne veulent pas précipiter sans profit les événements, ni faire une agitation qui réveillerait dé nombreuses susceptibilités et retarderait indéfiniment le résultat au lieu de le hâter. Nous devrions faire comme eux, avoir leur sagesse, savoir discerner, ne pas voir partout des intentions machiavéliques, laisser ces puérilitéfi aux esprits étroits, consulter les intérêts du pays, quelque haut que retentissent les criailleries intéressées, et répondre à ceux dont les préjugés malfaisants résistent à toutes les dé. monstrations possibles, comme M. Hugh McLennan, délégué de Montréal, répondait dans la chambre de commerce du Dominion, à M. Imlach, délégué de Brantford [Ontario] : '^ Les appels constants à la loyauté sont comme les cris qu'on pousse pour ranimer le courage ; le Canada est en mesure de conserver son existence indépendante comme nation, si c'est là son vœu ; et si les américains désirent nous annexer, ils ne pourront jamais le faire sans un consentement entier et libre de notre part.'*

En attendant, qu'on rétablisse donc la réciprocité qui est l'intérêt actuel des deux pays et que tous deux ils réclament.

Si, disait l'hon. Jolin Young, à la r^UDÎon do la Cliamhtt de Oouimeree du Dominion tenue en janvier 1872, si notre cUarbon, dont la Nouvelle-Ecosse contient des mil- U&rda do tonnes, eï notre minerai do fer et de enivre, sî le pétrolo, le sel, l'ardoise et le gypse pouvaient être exportés librement aux Etats-Unis, la prospérité du Canada en recevrait une impulsion merveilleuse. Quant je porte les ymx sur la province de Québec, quand je contemple les vastes rivièrca qui coulent du nord dans le St. Laurent, toutes ponrvuea de magnifiques pouvoirs d'eau, et que je vois un peuple impuissant en face de ces dons de la nature^ <]iiand je Bonge que nngt-huit mille canadiens ont émigré l'nniiéo derniàie aux Etata-Unis pour y cliercher de l'emploi, je mo sens prés do désespérer; tandis qu'avec un xollvercio, la province de Québec ne tarderait pas à attirer

te travail et l'immigration "

Ces paroles de l'homme qui, depuis vingt-einq ans, eg «ODSacrc ù. l'étude de notre situation commerciale et aux moyens d'élever le Canada rapidctnent au niveau des grandes nations, doivent donner pour le moins iL réfléchir. n'est pas une classe d'hommes aujourd'hui qui, débarrassée des préjugés et des mobiles mcâquina d'un faux loyalisme, ne soit prBte il lui faire écho- Parlant du lac Michigan dont te traité do Washington nous ouvre In libre navigation pendant huit années, au bout desquelles nous noua trouverons exactement dans la niSmc position qu'auparavant, l'hon. John Young a émis l'idée €\ae le Canada devrait négocier luî-mSme les traités où ses intérêts propres sont en jeu. C'eet là l'indépendance établie en fait et en droit, si ce n'est de nom. Sans doute, k D se trouverait de la sorte cxtiGmement simpliâée

274 C0NFÉRSK0E8.

et ce serait inÛDiment mieux soas tons les rapports ; mais à ceux que ce mot dludépendanGe effiraie, nous pouvons répondre que la prérogative exercée par l'Angleterro de qoj^ dure avec d*autres nations de traités où le Canada est spé^ cialement en jeu, ne devient dans la plupart des cas qu^une simple formalité. Cette formalité est désagréable, elle entraîne des délais, elle est fastidieuse, elle nous expose à recevoir le contre-coup de tout<^s les difficultés qui peuvent s'élever entre la métropole et les Etats-Unis, mais enfin clic n'est pas un empêchement absolu, et quand bien même on donnerait en faveur de Tindépendance les raisons les plus coDcluantes, ces raisons resteraient toujours sans effet tant que l'esprit du peuple n'y serait pas préparé.

Il faut donc rester dans les limites restreintes, mais précises, de la question commerciale, aller aussi loin que possible dans notre sphère d'action, aussi loin que le permet la dépendance coloniale, dégager la réciprocité de toutes les combinaisons politiques qui n'y ont pas un rapport nécessaire, en démontrer les innombrables avantages, tant pour nous que pour les américains, et se hâter de l'établir en dépit de cette loyauté inintelligente qui examine avant tout les questions au point de vue britannique, plutôt qu'au point de vue du pays même qui doit être notre premier intérêt.

Quand on considère que les Etats-Unis sont de beaucoup le principal marché du Canada, qu'il y exporte ses produits pour une valeur qui dépasse trente-cinq millions, et qu'il

OO.NFÉBRNOES. 275

est obligé d'accepter lo pris que les nmiîrîcaina vo'jleot cq donner, on ne tiirda pas à appcJoior les bienfuita de la r^ciprocitiî commerciale, Ce n'est pas Bar le consommateur «miirîoain que pèse l'impôt douanier, mais bien sur lo producteur des colonies qui est obligé de payer cet impôt à même le prix de vente; voilà la situation exceptionnelle dans laquelle noua sommes. Or, en 1870, le Canada a payé de cette façon aux Etats-Unis pour près de six millions de droits sur une exportation qui n'attei;:;nait pas tout-à-fait vingt-neuf millions. L'année derniôrc, lo Daminion, a exporté pour onze millions de produits agricoles seulement, sur lesquels les Etats-Unis ont retiré 32,200,000 de droits, tandis que de notre oSté, nous ne percevons aucun dtoit sut les produits agricoles des Etats-Unis. Le charbon, 'dont les gisements couvrent dans l'Amérique anglaise une ifluperGcie de 6,000 lieues carrées, 1,500 lieues currées do plaa que dans la Grande-Bretagne même, est aussi frappé de droits exborbîtants il la frontière amérioatne. Les principaux articles que nous eïportons sont l'orge, l'avoine, le sugle et le bob qui, tous, sont frappés d'un droit de vingt pour cent au moin)^. Il y a d'autres articles, tels que les étoffes et les vêtements confectionnés, sur lesquels existe nu droit si élevé qu'il équivaut à lo, prohibition ; il suffirait cependant à ces nrticics d'un marobé libre pour que leur f&brication prît un rapide développement dans un pays où tout le favorise. Il en est ainsi du commerce de chaussures et des oonstructions navales, de mGme que pour le charbon dont il y a d'iînormos dépôts dans les provinces maritimes. Toutes ces diverses branches d'industrie ce peuvent prendre l'essor dont elles sont susceptibles sans la réciprocité ; k construction des navires surtout en recevrait une impuU

276 coNFÉasNCse.

sion magnifique, parce que ka américains trouvent plus avantageux de se servir de navires construits à l'étranger et inscrits sur leurs registres maritimes, que de les construire eux-mêmes.

Une raison étrange que donnent, afin de faire contre niuuvaise fortune bon cœur, ceux qui affectent de la répugnance à renouveler les relations commerciales avec les Etats-Unis, c*est que l'abrogation du traité de réciprocité nous a obligés à compter sur nous-mêmes et à ne dépendre que de notre propre industrie. Sans doute il faut bien se consoler avec quelque chose et se faire une raison quand on a perdu sa fortune. Mais la question n^est pas de savoir ce que nous pouvons en étant livrés à nous-mêmes, mais ce que nous ferions avec uu marché libre ; et cela une fois établi, l'immense disproportion qui existe entre les deux conditions une fois bien comprise, faire tous ses efforts pour reconquérir le bien perdu ot assurer la prospérité future.

Les statistiques du commerce démontrent que depuis l'abrogation de la réciprocité, notre commerce avec les Etats-Unis a été beaucoup plus considérable que durant

dn truite. Sans doute il nou9 a bien fallu écouler coûte que coûte nos produits, et, notre coranieroo génétqI augmentant, l'industrie et la population prenant de l'essor, il en est résulté que nos exportations ont grandi et mnîtiplië avec elles. Du reste, qu'elles que soient les conditions désavantageuses dans lesquelles se trouve le Canada, son commerce doit toujours augmenter, parce qu'il est un pays jeune qui se développe !<ans cesse. Mais ce n'est pas sur l'au^entalion du commerce telle que l'exposent les statistiques, qu'il faut mesurer la prospérité riîelie du pays ; celui qui ferait ce calcul tomberait dans une dangereuse illusion. Si notre commerce a augmenté de trente ou quarante pour cent depuis l'abrogation de la réciprocité, que n'aurait pas été cette augmentation avec la réciprocité? Voilà le aalcul qu'il faut faire et qui expliquera facilement comment tout ce que nous aurions pu accomplir avec le libre-écliango, constitue une perte sèche pour la production na^onale. Si notre commerce a aniriuenté t^e qnn. rante pour cent, et, si dans d'autres coudîtions, il eût augmenté de quatre-vingt pour cent, c'est quarante pour cent âe perdus pour nous, sans compter toutes les pertes indireetea qui résultent pour les diverses branches d'industrie de oe que leur production est forcément limitée.

S'il ne s'agissait pas dans cet écrit de la réeiproeité comneiciale purement et simplement, je pourrais répondre ^ une olajection souvent faite au zollverein ou union douanière, objection fort plausible et qui consiste dans l'énorme

278 0ONFÉREN0E8.

^lisproportion apparente entre la condition financière des

Etats-Unis et celle du Dominion.

Les américains ont nue dette de $2,200,000,000 qui, répartie sur une population de 40,000,000 d'âmes, donne 855 par tOtc, tandis que la dette du Canada n'est que de 9150,000,000. Mais le Canada n'a qu'une population de trois millions quatre cent mille âmes, ce qui fait an moin8 $30 par tête d'habitant. Si nous ajoutons dix-huit nul* lions pour améliorer la navigation de nos canaux comme elle doit l'être, nous nous trouvons à avoir une dette qui représentera $40 par tOte : on voit de suite que la disproportion diminue considérablement. En outre, l'immigration qui se fait chez nous est comparativement insignifiante, tandis qu'elle est de plu&ieurs centaines de mille âmes tous les ans aux Etats-Unis ; de sorte qu'avant qu'il s'écoule un long temps, les américains se trouveront devoir moins que nous. Ajoutons que les Etats-Unis diminuent leur dette, tandis que la nôtre ne fait qu'augmenter.

La dette publique américaine ayant baissé de près d'un tiers, la plupart des états du Sud ayant retrouvé leur ancienne prospérité, à -ce point que la récolte du coton a été l'année dernière plus forte qu'elle ne le fut jamais, il n'y a plus raison pour les Etats-Unis de maintenir le système formidable do protection établi pour acquitter les obligations de la guerre civile. Aussi, depuis trois ans, les droits ont-ils diminué de beaucoup sur les matières premières; chaque année, de nouveaux articles s'ajoutent à ceux qui sont admis en franchise ou à une forte réduction de droits; mais on sent bien que c'est là un moyen beaucoup trop long d'arriver à la réciprocité, et qu'on ne peut pas attendre que le libre échange soit établi article par article jusqu'à

OOHCËBENOBB.

que la liate en Eoit conipMti!e peut-être dans un quart de «lo. Ce qu'il nous faut, à noas comme ans Etats-Unis, c'est la réciprooitd dans le plus bref délai ; protection contre tous les nutrea payx, libre-i^change avec les sinéi'icaÎD9 ; détruire les douanes k l'intérieur, les élever partout sur la Tonlière ainrîtiiae. Par co moyen eeul, notre jeune industrie prendra un vaste essor, et les înt'puisablea produits DB forêts, des eaux et du sol, auront un libre cours sur vn marcha qui, avant dis ans, sera le premier marché du ipiooie.

Notre fortune est iastSparable de celle des américains [ ins ne pouvons pas, traînÊa à la leraorqua de l'Angleterre, nous réjouir ni profiter de leur affaiblissement on ■de leurs divisions. Frères jumeauS venus sur le sol d'Amérique, mais séparés en naissant, eux ont grandi dans nne atmosphère vigoureuse ; nous, retenus an maillot, ber- ■c^s dans nos langea avec le refrain des commères et sous le Bouffie languissant d'un long passiS, nous ne faisons que commencer à croître, nous apparaissons au grand jonr après deus siùcles d'enfance, étonnés que tant de grandeurs «ntonrent nn berceau et qu'un avenir aussi illimité que l'espace s'offre à des jeux fi peine entr'ouverts. Noua avons vûcu toujours, toujours en tutelle, dans la dépen- ^noo sous toutes ses formes ; peuple géant do l'avenir, notre berceau a été celui d'un nain subissant pendant deux aiioles l'arrût de son développement; aux rajons de la «larté scientifique, nous avons été le dernier appelé peut-

280 CONFfeENOKS.

C'tre des peuples modernes. Où Boni nos écoles spéciales pour former des hommes de Part spëeiaux ? Où sont les grandes entreprises publiques pour lesquelles nous n'ayons pas été obligés d'aller quérir à l'étranger des ingénieurs et jusqu'à des hommes de métier ? Nous ayons vécu de songes, de refrains vieillis depuis plus d'un demi-siècle : nous nous sommes contemplés dans notre immobilité béate et souriante encore au sein do son isolement ; nous nous sommes laissés faire par la destinée toujours débonnaire aux peur pies qui ne cherchent pas à forcer ses secrets, et nous avons tissé en baillant la trame monotone de notre existence assoupie, pendant que tout autour de nous retentissait le vacarme glorieux du monde en travail.

Mais aujourd'hui la " Claire Fontaine," " Eoulis, roulant, ma boule roulant " et " Vive la Canadienne," tous ces refrains charmants et aimés, dont la fraîcheur est éternelle et qui dérident la vieillesse, no suffisent plus, hélas t Nous entrons dans l'âge de fer, et nous y entrons brusquement, à pieds joints ; nous ne pouvons être exempts de la grande loi du travail, imposée à tous les peuples et surtout aux jeunes ; nous voici devenus hommes, arrivant rapidement à l'heure de la majorité ;^il faut en être dignes et par conséquent s'y préparer d'avance. Si jamais le destin nous appelle à former partie d'une grande nation, n'y arrivons pas comme des bambins qui n'ont pas encore appris leurs lettres ; ou, si nous devons vivre de notre vie propre-, que cette vie soit mâle et pleine de clartés au lieu d'être noyée d'ombre ; pour être nous-mêmes et rester tels, 'û faudra que, pour le moins, nous soyons autant que les autres.

LE CHEMINDE f ER DE LA RIVE NOEDi

Fi-oiwncé à Qiiéhec le 2G mavi 1874.

Messieurs,

Ce qu'il fjut, ce r[\û est uq lieaoia essentiel, udc condilion absolue d'esïstoncc pour les peuples modernes, ce BOnt les grands travaux industriels, l'application vaste et tèféiée de la science, et des voies de eommunioatiDn aassi ,'i5tejidaes. La vie inate'iielle est analogue à ; il faut (ju'nu pnya soit sillunné de chemins membre est »^illonn^ de muscles et do 3e communication rapides sont comme ines où se priîoipïte le sang : sans elles, pas de vie possible. Or, le sang d'un I sont les produits dans tous les sens et qui.

fer comme berfs. Les vo

artères et les veines où ( psB de circulation, pas de v peuple anjoucd'hoi, c'est le ââsoQ nctlvitâ qu'il fait circuli

Inocnamment, se renouyellcnt. — S'il refuse de se frayer

âea routes vers les grands centres et les ports de mer qui i de di^boucli(!s i. son travail et Si son industrie, il sera, il périra au milieu môme do sa ricliesse. Les

parties âloignifes succomberont les premières, puis la tSte

et le cœur suivront.

C'est à cette Agonie, agonie de lui-même que le peuple de notre province assiste depuis vingt-cinq ans. Il a vu une à une ses plus belles r<5gions s'appauvrir et se dépeupler : il a vu la plus belle ville du monde» sa capitale, aocumuler lentement ses ruines et s'en aller vers les clioses du passd ; il s'est vu, lui, un des peuples les plus vigoureux et sans nul doute l'un des mieux dou<5s de la terre, contraint de ddserter ses foyers et de chercher du travail sur un sol lointain, quand le sien propre regorgeait de trésors. Ce que nous avons de richesses ferait la fortune d'un continent, et cependant nous n'avons pas pu nourrir un million d'hommes I Nos mines sont inépuisables et, cependant, oà sont les bras qui les exploitent, où les chemins de fer qui en transportent les produits capables d'alimenter l'industrie de toute l'Amérique ? L'admirable vallée du St. Maurice offre en vain son sein intarissable à quiconque voudrait le presser, mais à peine quelques milliers d'hommes s'échelonnent sur cet espace que devraient couvrir les puissantes machines de l'industrie. La vallée du Saguenay, si brillante de promesses', il y a quelques années à peine, maintenant se dépeuple, languit et mesure, dans un abandon douloureux, ce qui lui reste de forces pour retarder sa chute.

Et nous, habitants de Québec, où en sommes nous ? Depuis vingt-cinq ans, Québec n'a pas fait un pas ; au contraire, il a vu disparaître graduellement tout ce qu'il avait acquis jusqu'alors. Cotte fière cité n'est plus qu'une suite de ruines, et tout l'effort de ses citoyens se perd à étayer, à SDutenir debout des maisons qui s'écroulent, à rapiécer, à combler des crevasses, à refaire du neuf avec du vieux et à blanchir des loques. — Quelques petites industries ont pris

naissance, mais les grandes ont disparu, et d'autres plus grandes encore, que réservait à la capitale son développement naturel, n'ont pas même vu le jour. Oui, depuis vingt-cinq ans, jious diminuons, nous cédons du terrain tous les jours, la propriété tombe d'année en année et sen possesseurs perdent de plus en plus les moyens de la rétablir ; tous, en général, nous perdons ce que nous aurions pu acquérir durant ce quart de siècle do merveilleux progrès qui a vu s'élever par centaines des cités dans des régions inconnues, et des villes au berceau devenir do grandes métropole?.

Si le génie actif de notre époque, si l'esprit d'entreprÎBe eussent fait pour nous ce que la nature les conviait à faire, â nous avions seulement suivi une marche proportionnée à celles d'autres villes placées dans des conditions bien inférieures, Québec serait en voie de devenir aujourd'hui le premier piort de mer de l'Amérique du Nord, fci l'on en excepte New York qu'il est impossible d'atteindre, même à pas de géant. — Quoi ! Québec, capitale d'un paye constitutionnel depuis 1791, n'a pus même les édi&ces publics nécessaires. Les minihtères sont à loyer et ils y seront encore jusqu'à jusqu'à ce qu'on les réunisse

dans une vieDle caserne rafistolée pour les recevoir. Lt; parlement n'est qu'une masure de briques et d'étcupe que le feu avertit tous les trois mois, et que la neige envahit par vingt ouvertures au moindre veut. Les deux ou trois meB commerciales de la ville o£freut en maints endroits de

misérables taudis Ic^zardds, crasseux, noircis, suintant la moisissure, pendant que 4^8 espaces entiers, et de vastes espaces, restent vides de toute construction ; à chaque pas, on heurte des d^^combros ; des restes de maisons , et d'autres devenues inhabitables et abandonnées, se dressent partout sous les yeux ; des vieilleries de toute espèce jonchent ce sol si jeune où devraient s'ouvrir les vastes avenues et les vivantes artères d'une ville de cent cinquante jnille âmes; nous vivons, nous, habitants d'un monde nouveau, comme les fossiles d'un monde ancien ; nous desséchons sur pied et nous restons renfermés dans nos murailles comme des momies dans leurs bandelettes, attendant que nous n'ayons plus absolument rien à faire que de pleurer sur tant de débris qu'un souffle [de volonté et de détermination suffirait à convertir en splendeurs.

Voyez nos hôtels, ils sont vides ; les rues ne montrent jamais que les mêmes figures, le plus souvent oisives, comme fatiguées de leur monotonie réciproque; rien ne vit, pas d'animation, on n'ose remuer de crainte de faire des faux pas. Le capital est défiant, jaloux, toujours sur ses gardes, détestant le nouveau, ne voulant rien favoriser: le commerce est craintif, il suit son sillon tête baissée, yôux fermés, avec l'effroi des routes inconnues. La hardiesse et la conception sont des témérités bien près d'être des folies ; ceux qui peuvent beaucoup ne font rien, et

ceux qui feraient beaucoup ne peuvent rien et, tout

cela, pourquoi ? Pourquoi ? parce que Québec, privé do communications l'hiver, avec le monde extérieur, vit durant six mois de sa propre substance, absolument improductif pendant cette morte saison qui dure la moitié de l'année, incapable même do rien préparer pour la belle saison qui suivra.

COSFEREKCIEE

Et ieî, plaçons, au sujet de Moniriîa], une réflexion dont le cours de cet écrit démontrera la justesse. Qui a. fait le Montréal d'aujourd'hui, le Monlréa! qu'on connaît, cotla ville âorlfaanCe, inagnilîqnc, qui, d:ins ua quart de sii^cle, nntlisora avec New- York lui-même, lorsque lea canaux auront été élargis et que lea cbeniins de fer y viendront de tfltiteB iea dîrectioos 7 C'est le pont VictoriB, Avant que ftt construit ce pont qui met Montréal en communication noa interrompue, l'hiver oomma l'été, avec tout le continent ninérioftin, Montréal n'esiatutt pas ou esistait comme Que'

j, ce qui revient au même. — Depuis, des rolaiiona constantes avec les américains, un échange quotidien d'idées, «ne émulation toujours entretenue, des projets succédant aux projet?, des entreprises nouvelles chaque jour mises en avant, nn courant énergique et vigoureux, sans cesse renoQTeM, passant à travers tous les rangs da lu population, lui ont verso un sang riche et allumé un esprit d'une hare telle que les plus fastueuses conceptions lui semblent usément réalisable?.

Or, ce qu'a fait Montréal, il y a vingt ans que Québec aorait dû commencer 4 le faire, il y a vingt ans que tous les dtoycns de la capitale auraient dû faire un sacrifice tntalligent et intéressé qui assurât la construction du obenin de fer du nord; foutes les fortunes auraient dû se 'rionîr et s'offrir pour cette œuvre patriotique qui était en e pleine de récompenses, et Québec Kr&it en vola de devenir, comme nous le disions plas haut, Ib second port de mer de l'Amérique.

Nous ne voulons rien risquer, rien dira au hasard dans «et écrit qui est avant tout une étude serrée et priSciae de la question qu'il s'agit d'exposer. Qu'on veuille noua

26G CONFEBENCSS.

suivre dans notre dëaionstration, et Ton se ooDYaincra qu'il n*y a pas de destinées trop hautes auxquelles Québec ne puisse espérer atteindre.

On peut considérer aujourd'hui Tentreprise du chemin de fer du Pacifique Canadien comme définitivement abandonnée, à cause de son irréalisation telle qu'elle avait été originairement conçue. Ce chemin projeté se réduit maintenant à une ligne partant du lac Nipissingue et aboutissant au Sault Ste. Marie, près du lac Supérieur, d'où un embranchement le reliera au Northern Pacific Américain qui sera bientôt en pleine opération jusqu'à quarante milles de Fort Garry. De ce dernier point, la ligne canadienne s'étendra jusqu'à un port de la Colombie Anglaise, sur l'Océan Pacifique, de sorte qu'à part l'espace compris entre le Sault Ste. Marie et la frontièie de Manitoba, le Dominion aura une ligne directe depuis la Colombie Anglaise jusqu'au lac Nipissingue.

Maintenant, à partir du lac Nipissingue, une autre ligne vient toucher Ottawa, en passant par Pembroke; c'est l'extension du chemin de Colonisation du Nord qui reliera directement la capitale fédérale avec Montréal ; vient en-

CO.VFÉRENCEP.

snite le Chemin de fer du Nord f|iii ti'eat que le prolongement, et pour ainsi dire, une section de la grande ligne du Pacifique. De Québec, par le moyen du Grand Tronc et de r Intercolonial, on arrive jusqu'à Halïfjs, de sorte que Toil& une ligne unique au inonde, traversant )o continent américain dans sa plus grande largeur, et dont Québec fiera, comme on va le voir, le principal entrepôt.

Il suffit de jeter un coup d'œîl sur h carte pour se con- Toincre qu'une lifiçne suivant la rive sud du lac Supérieur depuis Dnlulh, à son cstrdiuité oue?t, jusqu'au Sault Stc. Marie, à son extrémitiS est, pour de Iîl se prolonger jusqu'il Québec, est presque droite et par oonsiSquent plus courte qu'aucune autre; avec un pont trnvcrsaiit la riïîôre Ste, Marie, lo fret et les passagers peuvent être transpoi'tés de Dolatbà Québec sans transbordement, snr un chemin de de for d'une largeur uniforme, en trente heures de moins que par toute autre route nllant de la tête du lac Supérieur jusqu'à New Yoik ou Boston, attendu que la distance est de 300 Diiiles moins grande. Il est donc établi, par ce seul £lit, quQ les convota de chemins de fer peuvent Être conâuîlB ft travers le Mîohigan, le Wisoonsin et le UTinnesota, le long du lac Supérieur, siins transbordement ni changement, jusqu'à Québec qui est k 480 milles pins près de Livcrpool que na l'est New York.

Et non sculemont cela. Muîs, lorsque le chemin de fer qui doit atleiadre le littoral de la Colombie Anglaise, en suivant la ligne américaine, depuis Duluih jasqu'A Pembina, et de là à travers Munitoba, la Saskatohewan et les Montagnes Rocheuses, comme nous le disions plus haut, •ero construit et relié a'i cliemÎD de fer du Nord, on verra que la ville de Québec est, par cette route, à 340 milles

plus près de la côte da Pacifique que par toute antre route, sans compter que le poiut où elle devra aboutir sur cette côte cât à 500 milles plus près du Japon et de la Chine que ne Test le port de SaD-Francisco, qui a déjà avec l'Asie un commerce si considérable.

Ainsi donc, par une voie absolument canadienne, en exccptant Tcspace compris entre le Sault Ste. Marie et la frontière de la Rivière Rouge, la distance entre l'Asie et l'Angleterre est raccourcie de 1300 milles.

Maintenant, qu'il s'agisse de transporter les produits de rcEtrême ouest à un port quelconque sur l'océan Atlantique, il n'y a pas U moindre doute que le commerce prendra de préférence la voie qui suit tout le nord des provinces d'Ontario et de Québec, depuis le Sault Ste. Marie, comme étant la plus courte et exempte de transbor» dcmcnts, et qu'alors le plus impérieux des intérêts, la . nécessité commerciale, obligera do construire un pont qui relie Québec avec la côte sud, de telle sorte qu'il se trouvera exister une ligne non interrompue depuis l'extrême ouest, ou, si l'on veut, la côte du Pacifique, jusqu'aux ports de l'Atlantique, ligne unique, incomparable, incontestablement destinée à devenir la plus grande artère commerciale du Nouveau Monde.

Autre cliosc. Une nouvelle ligne, en voie de construction, devra relier avant longtemps Toronto à Ottawa. Cette ligne amènera le commerce de Toronto, d'Hamilton, de Détroit et de Chicago à Québec, sur une largeur de

mQ uniforme et par une route 25 milles plus ooarte qne la route aotneltc Aa Grand-Trocc. Le fret de toote nature pourra ainsi être aipfdii! à Qucbea des extrémités do la province d'Ontario et placé dans les navires en pnrtnnce pour l'Europe, pendant que le fret arrivant d'Europe également expédié de Québec à Toronto, ou liien au Bault Ste. Marie d'où il sera écoulé dani; les états du Mii, du Wisconain, du Minnesota, dans le Kanitoba et lasqn'an Pacifiqae. Celte roule sera à la fois la meilleure pour les éinigrants, car, ÏL leur arrivée ii QuL'bec, ils pourtout être dirigés vers leurs detitinalions rcepectives sans oliuiger de train.

Entre l'Europe et l'Asie, Québec placé comme au centre, comme point d'aboutissement des voits ferrées et des voies moritirncB qui relieront entre eux trois continents, qnelle aplendide perspective 1 La province de Qudboe de- TWtie, bOQ geulement le pivot de h ConfiSdâratiod, luàb encore de l'Amérique du Nord, et sa capitale réalisant enfin la destinée ioGoie pour laquelle la nature l'a créée t lies innombrables produits de l'Ouest, les cargaisons du Japon et de l'Aogleterre passant sous ses pieds,"et cela, grSce au chemin de fer du Nord servant de frolongemeut & la grande ligne du Pacifique, chemin tant désiré, tant Btteuda, qu'on croyait n'être plus qu'un rêve, et qui, avaut trois ans peul^tro, sera une réalité 1

La ville des souvenirs, de l'histoire et des ruines, ne se contentera plus du passé pesant sur elle de l'amas accumnlé d'une pouBfli^'re séculaire; elle ne se contentera plus de la poésie de son siio et de la pompe grandiose du vaste panorama qui l'enveloppe en a'écartiknt comme pour agrandie l'espace autour d'elle ; elle ne se contentera plus d'avoir

^90 OOMliBIMOBS.

de magnifiques débris et d*être belle enoore dans son dënùment et sa déchéance, elle deviendra, aussi elle, une Tille du nouveau monde, elle se tournera vers l'avenir et en aspirera lo souffle puissant qui flotte sur tant de cités nais* santés et déjà merveilleuses; elle prendra sa place, éclatante et superbe, dans les splendeurs de ce monde encore inconnu et cependant si près de nous; la cîlS de Champlain et dj Montcaliu secouera les langes épaisses de son berceau, devenu presque une tombe; elle jettera au vent SA ponesièrc et, sans rien perdre des gloires attachées à son nom, s*éianccra dans la clarté de l'avenir, plus fiôre encore de ce qu'elle peut être que de ce qu'elle a été.

Nous, la génération actuelle, nous verrons le commencement de ces grandes choses, nous verrons les lueurs grandissantes de cette pplendide aurore ; et, ce qui mieux vaut, r.ous aurons écarté les voiles qui la couvrent, nous aurons fait le grand effort pour déchirer le nuage qui s'appesantit depuis si longtemps sur nos têtes, et nous aurons livré aux générations futures, spectacle inouï, une ville enfant sortie de ruines, avec une jeunesse dont nul ne peut prévoir le terme. Pour avoir attendu un quart de siècle, Québec prendra un quart de siècle d'avance ; il suffira de vingt ans pour faire une ville nouvelle sur des remparts démolis, tristes vestiges du passé, avec de larges avenues conduisant à des campagnes rayonnantes, au lieu des tristes ruelles où nous traînons aujourd'hui péniblement nos pas. Tout le Québec de l'avenir est dans l'œuvre accomplie du Chemin de fer du Nord, et ce Québec là n'aura rien à envier au passé auquel il apportera, au contraire, une majesté nouvelle.

Maintenant que nous avons devant nous l'ensemble de

COKI^HENOES.

li contribuera

m^ifiquo, voyons en détail ce qi à le foruicr. Laissons la. pbce aux faits seuls, ils sont éloquents pour convaincre en mËme temps que pour éblouir.

iij.

La position géographique de la ville dû Québec eat telle que, Filt-oUti abandounëe et ses habitants fûsscnt-ila attônts d'une léthargie incurable, le grand courant de l'ouest s'y fraierait foreément un passage, un nouveau peuple viendrait l'habiter et les besoins du commerce y créeraient ea peu d'années un entrepôt immense. Québec est une ville nécessaire. Noua sommes arrivés i cette époque où certaines entreprises, longtemps retardées, longtemps combattues, mais cependant inévitables, s'imposent à tous les espiila et ka entraînent avec une force irrésistible. On Tondrait reculer encore la construction du chemin de fer du Nord que personne ne l'oserait, que personne ne I0 pontrait. Ce cbemîn est aussi nécessaire aujourd'hui que iéa rues et dos maisons l'ont été jusqu'à présent, et aucune for» d'inertie ne saurait l'empêcher d'être fait. Tl se ferait, pour ainsi (lire, malgré nous : ce qui ne signifie pas qu'il ne foilio pas s'en mêler ou ne pas seconder par l'efibrt de tonte une population le vaillant esprit d'entreprise da

292 CONPfeKENCES.

l'homme qnî s'est d<!fin Ut veinent charge de son exànitim noa3 voulons seulement étabUr la paissanoc de n&ses avec laquelle celle entreprise se présente, et son Bucoès pitl certain que toute volonté humaine, plus grand peat-Stf que toutes les ctipérances.

Le port de Québec peut confeoir toutes les marines ( monde réunies et donner passage au commerce de l'unlve lu capitale n'est pas seulement située de îaçon A Être an e trepOt immense, mais encore ane ciliî manufacturière i premier ordre : sa dette consolidée ne e'éUve qu'A ud ] plus de $2,600,000, auxquels il convient d'ajouter le niill qu'elle B souscrit pour le chemin de fer du nord, et thu delte flottiinte de sept cent quarante-cinq mille dollar Cette dette, peut-être assez lourde aujourd'Iiui, quoique bîe insignifiante, comparéo il celle do !a plupart dos villes mûS ricDÎnen, sera à peine sentie dana quelcjues années, : que la population aura pris un acoroiaaenioat rapide et qoj le développement du commerce sera tel que i a se renée des fortunes suffira à effacer l'intérût de la dettq avant dix ans,

Une detle n'est jamais lourde, du reste, lorsqu'une | pulation est prospère ; la Grande-Bretagne, malgré i dette énorme de cinq milliards, ne s'en aperçoit qua s'en glorifier ; elle y puise mSme son principal déme puissanee et se fiât une richesse de oe qni l'eût menée & I| bsaqaetoatc, sans le proÂi^eux essor que prit son a <iè3 la ûit dea guerres de Vc\nç\ïc.\i<!* YAu.V'Sr^J'ftU,-^^^'^'**

COSFÉEENCEa.

plaisir, ayec empress commanicationa et iSBOarcee propres sont Toute dette est alors Qir est là, non eeule-

9, ne se plaigoent de leur detle que lorsque les déënnnciers viennent fondre snr eux; et quand leur iDdoBtrie aura, grdce à la proteclîon, pris le vaste élan do celle de l'Angle terre, ils se rappelleront à peine l'énorme farlean qae la généralion prdoédeote leur aura laissé, Montréal, cliargô d 'obligation i, ne demande qu'à doubler la oliarge par toute eap^oe de erandca entreprises publiques. A ce propos, qu'on dous permette une vérité qui a tout l'aîr l'on paradoxe :

Un pays jeune doit s'endettor Bernent, qaand c'est pour s'ouvr ie créer des déboucliés, et que aordeaaus du capital qu'il eraprui e fortune en germe, parce que ment qui la solda, mais qui en ceattiple euoaro les effeta 3. Pour devenir un grand pays et uD grand peuple, il ne faut donc pas craindre de s'endetter : noa en- 'futa paieront et ils eu seront bien contents.

La valeur moyenne dos exportations faites onnuelletnent du port de Québec s'élève à otiïo millions, et, sur ce OliUfre, le bois seul prend une part de neuf millions, tanidis que la valeur des exportations s'élève pour Montréal à le do treize millions, quelque cbose comme $1,500,000 e plus. Les bateaux de la compagnie du Kicliclieu, qui (rsnsportent une grande partie du fret local, ne voyagent dont six moia et demi de l'année, et lo Grand- Trwio De peut suffire aujourd'hui nux \>e,fe(i«\^ \f3>iY'<i.t^

294 OONrtRBNOlS.

oroîssants du commeroe ; il en résulte que le cbemin de fer du oord aura au moins sa part légitime da oommeree qui se fait entre les deux villes, outre qu'il desservira UBe n^on où aucune conourrence n'existe.

Le pays qui s'étend sur la rive nord du fleuve, entre Montréal et Québec, est très-riche en productions agricoles et minérales, outre qu'il offre à l'indtistrie toutes les ressources et tous les moyens de grande exploitation industrielle.

La terre en culture, qui s'étend sur une profondeur variable de vingt à cinquante milles et comprend environ deux millions sept cent trente mille acres, donne de magnifiques récoltes de foin, d'avoine, de blé, d'orge, de pois et de patates ; les pâturages y sont incomparables et la population y dépasse deux cent vingt-cinq mille âmes. Il s'y trouve plus de vingt-cinq grandes scieries qui produisent trois cent cinquante millions de pieds de bois par année ; les forges donnent huit tonneaux de fer ; les fabriques de laine, de machines, de clous et de papier, ainsi que les moulins à farine, tous sur une grande échelle quoique peu nombreux, sont situés dans le voisinage immédiat de la ligne.

Trois-Hivières, situé à égale distance des deux grandes villes de la Province, augmente sensiblement depuis quelques années ; le commerce de bois surtout lui a donné une impulsion considérable. Tout le monde sait que la vallée du St. Maurice est une des futures vaches grasses du pays ; à l'extrémité du chemin des Piles se trouve un magnifique pouvoir d'eau, où les bois variés qui s'étendent sur la vaste région du St. Maurice peuvent être travaillés et transportés immédiatement en chemin de fer, soit à Québec^

ooNFâaeNCES. 295

& Hontiéa), soit à un enôroît quelconque doa Etats- UiiÎB, Bans rompre charge. Los billots, qui descendent aujourd'hui le St. Maurice et qui fournissent deux cents millions de pieds de boia aux moulins de Troïs-BiTÎères, avec beaucoup de frais et de risques dans leur passage it barers les rapides, pourraient 6tre bien plus aisément découpés nuï Piles et transportiîa de li directement aur le train. Depuis les Piles juarju'à soisante-dis milles pins iiaul, la rivière n'a pas de aonrant, de aorte que rien n'est pluB facile que d'y retenir et classer les billots; en mgme temps, les boia durs qu'on ne peut fiîre porter à la dériva xi transporter d'aucune façon, et qui par conséquent ne rapportent encore rien, trouveront immédiatement dans le ohemin de fer un instrument d'espéditîon pour eux sur les -divera marchés du monde ; de plus, le transport des ou- Trîers et de leurs provisions, et l'emploi d'un steamer sur 6t. Maurice, au sein même de cette vaste région foresapporteront un aliment considérable à l'cmbranchelent des Piles et suffiront, en peu de temps, à lui donner de beaux bénéfices.

A part Troîs-Riviûrea, il y a des chefa-lïeus considSrables sur la rive nord du fleuve, tels que Lorette, Cap- Bonté, Bivière-du-Loup, Ëerthicr, l'Assomption ot aurtout JoUette, qui est situé à onze milles de la ligne, et dont lu population s'élève à trois roillo 3meB.

Cee chefs-lieux fourniront par eux-in6nies un joli appoint an commerce local, c'est-à-dire à celui qui se fera sur

296 OONFÊRlNOffl.-

la ligne même ; mais il est impossible d'établir ni mêmft de concevoir ce que rindustrie seule da bois apportera de ressources à ce commerce. La région forestière, située sur la rive nord du fleuve, est presque infinie ; de nombreux pouvoirs d'eau la traversent, de sorte qu'il sera extrêmement facile de conduire ce bois jusqu'au chemin de fer, de le préparer et de l'expédier sur place dans tous les pays où il trouve un marché.

Le fer deviendra aussi un des aliments principaux du commerce local ; on sait en quelles quantités il existe, non seulement dans la vallée du St. Maurice, mais encore en divers autres endroits sur la rive nord ; ce fer serait transporté des mines à la ligne principale par de courts embranchements, de sorte que l'un des plus riches et des plus 4ibondants produits de la province trouverait bientôt un moyen de transport qui lui a manqué jusqu"ici, et Tezploitation en ferait une source de richesse inépuisable.

Le général Seymour, ingénieur-en-chef du chemin de fer du nord, en estime le revenu annuel à un million^ quatre cent cinquante-trois mille dollars en ]^asant ses calculs sur l'état de choses actuel, seulement pour le commerce local, et à sept cent trente mille dollars pour le transit, ce qui donne un revenu total de plus de deux millions. La compagnie du Kicheliou fait, elle, en chiffres ronds, cinq-cent mille dollars par année, et de bénéfice net, à peu près cent-cinquante mille dollars ; l'année de la compagnie Bichelieu, ne l'oublions pas, ne dure que six mois ; et, à ce sujet, qu'il nous soit permis de dire un mot en passant sur la jalousie qu'inspirerait, prétend -on, à la compagnie Bichclicu et au Grand-Tronc, la construction du chemin de fer du Nord.

OOXFÉBESCKi,

Oette jalonste^ si elle existe, est absolument iointelliigentfl, et il faat de bien fortes preuves pour y croire ; le HSrand-Ttoiio a peut-être plus de motifs pour la ressentir, Is ces motifs soot insuffisants, comme on peat s'en oon- TaÏDcre. Il ee peut que qaelqaes iadividualîtés, dans ces deux grandes compagnies, voient notre chemin jle fer d'un mauTais œil ; mais, comme corps, elle n'ont rien à 9D «raindre ; au contraire.

La compagnie du Richelien fait un commerce toat-à-fait & part ; aucun chemin de for au monde ne pourrait lui enlever Bon fret et qu'une trcs fuîble partie de ses passagère, qeax qui sont en retard ou trop pressas. Tout la monde Ait qae le transport par eau est beaucoup plus économique qie pat terre, et que, dans la belle saison, les voyageurs ptjfôient de beaucoup les batoaus aux chemins de for. Et , c'est un bien grand préjugiS que celui qui fuit redoil- 13 concurrence ; c'est elle qui fait viTre le commerce W lieu de le tuer ; ce qu'elle tue, c'est le monopole, luiaiiimo soavcnt son propre enuomi. La concurrence multijlie les moyens de transport, les mot it la portée de touij, BtÎQule l'CQvio de produire par la fucîliti} do l'cxpaditioD, jpoiùsait le producteur partout od elle peut l'atteinJro, liû

298 OONFiBBNOU.

offre les moyens à son choix de vendre on d'aobeter, triple, décuple pour lui les occasions d'étendre ses affitires, apporte en toutes choses le mouvement et disperse la circulation qui est la vie. Deux marchands, deux industriels, deux hôteliers font plus dans un endroit qu'un seul ; iU répandent certains goûts qui deviennent des besoins, et ces besoins en créent d'autres à l'infini : on veut des méthodes nouvelles, dos étoffes meilleures et à meilleur marché ; on veut des plats différemment apprêtés ; de là, la concurrence qui, sous une foule de formes, se prête aux goCUs ou aux besoins des consommateurs et en grossit incessamment le nombre.

S'il y a une ligne par eau, faites une ligne par terre, et vous êtes certain que la première augmentera ses profits. Cela est bien simple. Le surplus du commerce nouvelle* ment créé ne peut pas tout s'écouler par la même voie, le choix du producteur varie, il prend le moyen de transport qui convient le mieux suivant les lieux et les circonstances^ et il se trouve que l'ancienne ligne hérite d'une partie du commerce et du mouvement qui résultent de l'établissement de la nouvelle ligne. Tous les hommes qui ont la véritable intelligence des affaires et qui connnaissent les lois de la production, sont d'accord là dessus ; la compagnie du Richelieu n'a donc rien à perdre, et même beaucoup à gagner par la construction du chemin de fer du nord.

Quant au Grand-Tronc, ah ! s'il est est vrai que le Grsnd- Tronc mette des bâtons dans les roues, c'est autant en pure perte que c'est étroit et aveugle de sa part. Il ne

conf£rbnc£?.

ipent pas empêcher jamais qu'il s'établisse une ligne sur U rÎTS nord, pour une vaste région de pays en grande partie déjà ancienne, cuhivfe, importante, et qui est totalement privée des chemins de fer dont elle a un besoin absolu. 11 ne peut pas faire en sorte que toutes les villea pnacîpales de la province étant du côté nord du fleuve, c'est prScieémâot ce côté li, qui n'ait pas ses moyeus de communication, que la moitié du pays soit complètement négligée et nbaudonnée au proËt de l'autre moitié, et que, des garanties plus que sufBsantes étant offertes aus capitalistes, ceuici ne voient et n'entendent rien, et ne comprennent dans l'univers que les exposés du Grand-Tronc, Il ne peut &irB que le fleuve St. Laurent n'ait qu'une seule rive et ■qne, do cfité opposé, ce soit le néant au lieu d'un paya estrSmement riebc, mais qui, tant qu'il n'aura pas do chemin da fer, sera comme s'il était extrêmement pauvre.

Non ; au point où en sont aujourd'hui les choses, toute l'opposition du Grand-Trone ne ferait rien, et l'évidenoa de sa maladresse le eontroindrnit peut-être le premier à la leconnaitre. En travaillant contre le chemin de fer du nord, le Grand-Tronc travaillerait contre ses propres intérSta. Jamais deus lignes de chemin de fer nécessaires ne ae sont nuîea réciproquement; au contraire elles sont utiles l'nne à l'autre. En 1870, pendant que les canaux du Saint-Laurent ne recevaient que quinze pour cent du commerce de l'ouest, le canal Erié, passant & travers l'état do ■ New-York, en recevait quatre-vingt cinq pour cent. Et cependant, de chaque cSté du canal Erié, il y a une ligne de chemin de fer. Voulez-vous savoir quels sont les ohe- JÛTtB de fer qui réalisent les plus beaux bénéfices auxEtats- .Udib 7 oe sont précisément les deux chemins qui. suive ntoha-

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CUQ une rive du canal Erî<5. Là où la prodaotion est égale aoz moyens de transport ou les dépasse, toute nouvelle ligne qui s'établit ne peut que prendre le surplus du commeroe, et^en contribuant à le. développer et à le stimuler, réagit sur les anciennes lignes qui profitent de cette augmentation.

Du reste, les actionnaires du Grand-Tronc en doivent «tre convaincus. Ils savent fort bien que leur chemin de fer a plus de fret aujourd'hui qu'il n'en peut transporter, que, par conséquent, l'établissement d'une nouvelle ligne, loin de lui nuire, ne ferait que satisfaire un besoin qu'il est| lui, dans l'impossibilité de satisfaire et que, d'ailleurs, il y a, sur le côté nord du St. Laurent, toute une région à peu près inexploitée, dont les produits, ne pouvant être transportés par le côté sud, ont absolument besoin d'une ligne sur leur propre terrain.

Cela étant établi, gardons-nous soigneusement de prêter l'oreille à toutes ces rumeurs, à tous ces rapports venus de sources toujours impossibles à tracer, et qui fuient invariablement devant le point d'interrogation clair et net.

M. McGreevy n'était pas plus tôt arrivé en Europe delis deux ou trois jours que déjà les nouvellistes faisaient

llîBÎtrâ qu'il n'avait kçu qua des (échecs do tons côtés et qu'il allait rcTenir â. sa courte honte, Oà ces messieurs puisa!ent-ils tant do science ? on se le demanda ; ii coup EÛT, ils ne sont pas inspirt^s et l'Esprit Saint, dans les temps de crise, ne se confie pas à tout le monde. La meilleure réponse à faire i tous ces mauvais contes, c'eat que ins pha à nous occuper des moyens ni des instruments, qu'il s'agit pour nous de vivre ou do mourir, et qno ta nous voulons vivre, il faut de suite, dnergiqucmeot, îmnédiatemeut, rejeter toutes les causes du mal ; il faut nous défaire de l'envie et de l'animosil'.é mutuelle qui ont toujours fait a Québec plus do mal que tous les cliamins de

au monde ne pourraient lui faite de bien.

Commenl ! messieurs, nous linbilons la capitale de la plus ancienne et de la plus riche provineo du Dominion, et "c'est préeisiïmcnt eetfe capitale qui a, de toutes nos villes, 3 moins de communictitions avec l'estérienr I Montréal, 'Ottswa, Trois-Bivières et Québec sont situés sur la rive Bord de dcus fleuves qui, pour ainsi dire, n'en font qu'un, i e'est Ipréoisément cette rive qut n'a pas de chemins de it I Entre la capitale du Dominion et la capitale de la rovinco il n'y a pas de oommunîoalion directe ; cette chose ÛtOODoevahlc, inesplicsble, nous la voyons tous les jours, en gémissons, et depuis vingt ans, toutes les fois qu'il p'est f^i d'y porter remède, qu'est-co donc qui en a cm- I>8o1ié ? qu'est-ce qui empSche d'avancer d'un pag ? Ah I c'est i^ttC pour toulca les entreprises publiques on se divise pnv

302 OONFiRENOSS.

coteries ; ce Q*ost plas Taffaire de tout le monde, c^est l'affaire de tel ou tel qui a ses partisans ; ainsi, un entarepreneur devient un véritable candidat. Si Qaébec était privé de pain, et que deux boulangers fÏÏssent sur les rangs et se fissent •concurrence pour lui en fournir, de suite ils diviseraient la ville en deux et tout le monde mourrait de faim plutôt qu'une moitié cédât à l'autre.

Nous n'avons pas d'esprit public, cet esprit qui fait flé- ■chir l'intérêt personnel devant le bien général, le bien général auquel tout le monde participe.

On croit qu'on n'a rien à gagner personnellement à voir une ville en bon état, prospère, avec de larges rues, toutes les facilités et tous les débouchés pour le commerce, et voilà pourquoi d'une ville, dont la nature a fait un chef-d'œuvre, nous avons réussi à faire comme une vieille mâchoire pleine de trous où s'agitent encore quelques dents branlantes.

La corporation a toutes les peines du monde à faire de petites améliorations indispensables ; pourquoi ? Parcequ'il suffit de quelques propriétaires fossiles, dans une rue ou dans un quartier, pour tout retarder, pour tout empêcher. Si un quartier a besoin d'une chose, un autre quartier intervient immédiatement pour l'empêcher de l'avoir; de même pour une rue, pour un simple bout de rue; on a dans l'idée que ce qui peut être l'avantage de l'un est nécessairement au préjudice de l'autre, et voilà pourquoi l'on n'avance à rien.

Qu'est-ce qui a fait les villes américaines, messieurs ? c'est l'esprit public. Chacun est d'abord citoyen d'une

rtftIROSB.

tîlle entiôro, avant de l'âtre de tel quartier, de telle 'De, l'habitant de telle mabon. Qaand il s'agit d'aa tatérSt généra), lo cîtojen des EtatE-Unis s'oublie momentanément, parce qn'il sait bien quo plus tard il j trouvera 80D compte. Aussi, vous voyez là des hommea riches qui font des cadeaux de cinquante, soixante, cent, deus-ceot mille jÂnatres à des iastitutiona publiques ; voua en voyez comme dans toutes les villes amérioaines. Ici, nous possédons l'Insti tut-Canadien qui n'a pas encore reçu do cadeaus de 450,000. Chucan pour boï, et voilà pourquoi Québco n'a* "Vance à rien. Que j'entreprenne une cbose évidemment utile à tout le monde, mon voisin do suite me mettra dea .Idtons dans les roues, et s'il ne trouve pas de bStons, il se mettra lo corps en travers pour m'obliger à rester sur place. Aujourd'hui] voilà qu'on est en voie d'entreprendre un oh&i est le sang, la moelle, le pain de Québec; Umt lo monde est d'accord là-dessus, El) bien ! le crolrnit-

î II y a encore là deux partis ; les adhérents de l'un seencbautéa que l'autre échouât, et ils ne prennent pas 1a peine de penser un instant que ce nouvel e'chco aeraib la tuine définitive de l'entreprise; ils s'imaginent qu'ils pourraient revenir, eus ensuite, avec d'autres raoyeua, â'BUlrcs combinaisons, d'autres hommes, et que les supplunbfa les laisseraient tranquillement faire la chose à leur cueillir tous les fruits. Ils uo voient pas qu'ils ne font qu'éterniser de cette sorte une lutte qui est la ruine de tous, une lotte qui, si elle réussit encore, nous forcera A plier bagage et à quitter pour toujours ce pauvre Québec qui ne eora plus qu'un tas de poussiËrc daus dis nos.

Comment I vous n'en avez donc pas encore obece dea mines d'aujourd'hui I Faut-il qae toute la villo y passe ?

304 COMrtEKNCKS.

Eh pardieu I qae le diable ea personne Tienne oonstroiie le chemin de fer du nord, et laisses-le faire. Les habitants seuls de Champlain y trouveraient à redire : pour moi, quoique le diable soit mon plus grand ennemi, je n'aurais pas d'objection à prendre de lui un $<nu<ontrat.

Finissons-en une fois pour toutes.

L'exécution du chemin de fer du nord est maintenant entre les mains d'un homme qui ofi&e des garanties sérieuses ; pour assurer cette exécution, le gouvernement a fait des sacrifices réels, de nature à satisfaire les capitalistes les plus exigeants. Entendons-nous, entendons-nous pour seconder cette œuvre; ajoutons tout le poids et tout l'élan du patriotisme à l'action du gouvernement et même aux calculs intéressés. On n'obtiendra jamais qu'un entrepreneur, fût-ce même sir Hugh Allan, cet homme désintéressé au point de donner en pure perte 350,000^ dollars, s'offre en sacrifice sur l'autel de la patrie et nous fasse des chemins de fer qui le ruinent. Sachons donc être contents et satisfaits quand nous avons un entrepreneur qui remplit toutes les conditions désirables et qui, déjà, a donné pour cent-cinquante mille dollars de contrats et sous-contrats» Il me semble que c'est aller assez rondement en besogne et, qu'à moins d'être résolu à s'ensevelir sous les ruines de sa ville, on ne peut en demander davantage en si peu de temps.

Sachons voir un heureux prélude dans ce commencement, et ayons confiance pour le reste. Si notre confiance est encore une fois trompée, et bien ! nous n'aurons plus qu'à remettre notre cause à Dieu et à en appeler aux puissances célestes pour faire ce qu'il semble qu'aucune puissance humaine ne peut accomplir.

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