PROPOS DE VOUS-MÊMES
CONFÉRENCE rUBLIQUE.
Mesdames et Me;sieurE.
J'ai choisi poar cette confi^rcnce, je no sais trop yoiirquoî, prJci»:tîraent le sujet le plu» difBeilo ik traiter. Allez-vous parler politique ? me disait-on de toutes parts. AIIbb-tous parler histoire ? Fcrez-vous une simple confiirc-nco littéraire ? Ferez-vous eaSn une eonfiirence rcligievue ? f ?
J'étais abasourdi dcvaot ca torrent d'interrogations et ne savais plus de f:|uel côté tourner la tSte, quand, bcnreuseluent, il m'est venu h l'esprit de parler ile vous-mêmes, ce qui cet toujours trës-intârcssant pour un auditoire. Mais là encore se présentait; un dcucïl. Couitueot voue satisfaire en vingt ou vingt-^iuq minutes, limite extrême qui m'est prescrite par crainte i|ue je ne tombe dans les excès
et vous compromette
limite bien étroite, quand on songe au grand nombre do gens qui parlent de vous depuis des anniîes, et oelu tous les jours, qui ne s'en fatiguent jamais, et qui trouvent chaque fois da nouveau il diro, uiêmc quand tout semble usé, dQssent-ils pour cela vous tourner ^ l'envers, eommo on fait d'un vieil habit qu'on veut remettre i, neuf ?
On aime bien à. parler des gens lorsqu'ils sont absents, et mËine alors on en abuse. Mais les convoquer esprès poar eehj répanàri trois k quatre ïûiWii cwcuiiùtt^ ojà. «a?
52 0HB0MIQUI8.
trent par toutes les portes et jusque dans le foyer inviolable des familles, placarder des affiches de huit pieds, en concurrence avec le baume de Wistar et les yormifnges de cent apothicaires plus ou moins homicides, se démener pendant huit à dix jours comme un poisson hors d'eau, prendre auprès de ceux qu'on tente les accents les plus doucereux pour les convaincre qu'on est le plus grand écrivain de Tunivers, souffler à perdre haleine dans ce gros instrument à vent qui s'appelle la r(5clamc, mettre sur pied un régiment d'amis qui battent la ville, vos cartes à la main, en comptant ce qu'il faut de victimes pour assurer le succès d'un Marx Twain indigène, tout cela pour venir faire au nez des gens des observations sur leur propre compte, c'est peut-ôtrc de l'audace, et je ne m'en tirerai que par la protection spéciale que je demande aux dames, ces créatures si supérieures auxquelles Dieu a refusé les apparences de la force, pour leur en laisser toute la vertu réelle dans l'épreuve, et lorsqu'il s'agit de nous soutenir ou de nous encourager. C'est aux femmes que nous en appelons, nous, pauvres prosateurs, qui ne pouvons pas toujours être poètes pour les atteindre ; c'est à elles, dont le cœur vaut l'esprit, que nous en appelons, lorsque nous affrontons la critique^ parce qu'étant bien plus capables que les hommes de nou& juger, si souvent même obligées de nous pardonner^ elles ont bien plus qu'eux le droit d'être indulgentes.
Messieurs, moi qui ai quitté Montréal depuis bientôt trois ans, je ne sais plus au juste quels sont vos qualités ou vo» défauts. Je vois une ville presque métamorphosée dans ce court espace de temps, d'innombrables maisons et des rues nouvelles, qui, malheureusement, ont encore un peu trop de poussière-, des monuments c\ul s'élèvevvt ^OMt djSfiar la sçlen*
deUT de i'arehitectora antique, des pares oa panpMtiv* «I te pxpraprUtiooa en (]iuQtit^, une m eoeUle âtçaliènaMDt modifiée dans ses allnr^ et dans SM tametin ; la Qnmd- B anivant josi^ne sar les qnaî^, quand il atmit introtina toutes les peines da mnode à se rendre à Ii gnr« Boaa< I, cette niagnifiqne coostmcûon qui nexeiic pss l'enthouEJaame dn rojagear, pirec c|ii'tl en s trop iépeas4 dans le tannel du pont Vietom ; un LtTre s'^s^i^utt comme U pieuvre et (juî va bieotât dtrorer Vîh Ste, Hélûoe, imprenable parles Américains, mais sans déftnse contre votre îmîeistible esprit d'entreprise; d^ palais eonstrnïts par les banqaea etbabit^s par des gens esoessivement reeherchiîa ; des insdtatîons nombreuses, presque toutes flririssantos, et d'auitraa qui promettent de le devenir, tels que le haros national et la onlturc de la betterave ; un raffinement do vie, do ricbesse et de luxe qa'on n'eût jamnîs soupgonnii nu temps où, pour 20 cents, les cochers nous faisaient fuira un niillo A minait; des miSdcoins, Jes avocats qui ont été étudiants et il aujourd'hui nagent dans la vil métal, quand, il y a cinq 01 dx ans, ils allaient à pied sec sur des ^uJs qui semblaient □'avoir pas de fin ; un temple épiscopal qui veut emprunter ÏL St. Pierre de Rome le secret de sa grandeur et do son immortaUti^ ; tout, tout enfin a changé, Monta'al a scaouâ Bes ailes, il a jeté dans l'espace la poussière do sos Inngoi ot s'est élancâ d'un bond vers l'avenir, comme 00s jaunes lîoni qui sentent autour d'eux rimmcnsit<i du di'aart et qui veulent te conquérir.
C'est un dtrange et beau Hpcetaaiu vraiment quo ouluî du œltc ville, de cette unique vîllû de la provinca «'uOraD- I i'apathio et de t'eapdao d'eRKourdijuetiMat la «il h rcête du payi '^'■ni>A''. 7'i'\ViV ■■
5^ CURONIQUES.
et dont rien ne peut donner une idée plas juste, plus sai* ëissante i\uq Québec, la capitale, ville fortifiée depuis cent ans et qui se démolit toute seule depuis cinquante, que des remparts do poussière et des entassements d& décombres protègent contre un ennemi éternellement invisible, que des vieux canons du dernier siècle, couverts d'une rouille aussi historique que peu rassurante, ne peuvent plus dé* fendre, maintenant que oc ne sont plus des Iroquois montés sur leurs canots qui voudraient l'assiéger, et qu'une artillerie volontaire do 130 hommes fait encore trembler parfois, lorsque, voulant s'exercer au tir, elle envoie des bombes moisics éclater parmi les habitans endormis de la rue Champlain.
La faute n'en est pas à coup sûr au département de la guerre qui a à sa disposition 40,000 hommes, dont 300 à peu près sont en activité de service. Elle en est au temps qui vieillit tout et aux citoyens de la bonne capitale pour qui la moisissure représente les grandeurs de l'histoire.
Québec a cependant quelques avantages dont il faut lui tenir patriotiquement compte ; c'est l'endroit du Canada qui retient le mieux ses hubitans, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, l'hiver, on n'en peut pas sortir; ensuite, au printemps, il y a énormément de morts subites causées par les glaçons qui tombent des toits en toute liberté, les pierres ou les briques qui se détachent des maisons en ruines, la transition violente du chaud au froid entre des rues où il y a quatre à cinq pieds de neige et d'autres voisines où l'on étouffe dans des flots de poussière, par les bouts de trottoirs qui sautent à la figure et assomment sur place, par les accidents de toute sorte au milieu d'un toliu-bohude pavés,dornicr débris du chaos antu\uo, ^'ox\\v^t<i^ ^\. ^^ ^^^'sa^i.^ ^^
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tout le monde Était
pris d'attaques de nerfs, pnr ritupossibilild de traverser les jaes sans recevoir dans les narines d'énormes jets de bone FOUS aspiiixient en deus minutes, enfin par la compagnie du gnz qui conspire avec le elimat et avec ia corporation pour démolir aux citoyens les quelques mnmbres que le rhumitisme leur a lîpargn^s, par la compagnie du gaz, dis-je, qai a fuit an contrat avec la lune sans tenir compte des nuages qui la couvrent, des pluies qui la ternissent, enfin, des mille caprices de cet astre inconstant qui refuse ses rayons aux endroit^i impassablos, vraie coquette j este use qui ne veut que briller à son aise et qu'on l'admire, au moins dans de grundes rues, quaud elle se montre dans son plein.
Tout est contre ces pauvres habitants de Québea, joB-
la'ans astres : ils n'ont p!is do soleil l'hiver, et'l'été, la lana leur ménage autant d'inqui<<t'ide que de lumière. Evidemment, ils ont conservÉ beaucoup de rh<!roïâme et
e la tenacitd de leurs ancC-tres pour n'avoir pas émigré déjà tous ensemble à la Colombie anglaise, ce pays unique qui, i peine nd, trouve dans son berceau un chemin do fer
e raille lieues, quand nous, qui sommes de beaucoup ses fîaéa, ne pouvons obtenir que par ono lutte uuharoée, presque s^cnglante, le chemin de colonisation du nord qui n'a que 50 lieues, et qui n'a rien à araindre des bu&les ni des Stoux,
Et pourtant, c'est un cher et beau petit nid, d^ms son â&ordre et daus sa pauvrctii, que Québec, nid di'pouilli!, pld do feuilles itétties, soit, mais qu'on ne quitte jamais on être arraché et où l'on revient tonjoiiia -îû.'w«.-ûti rancœur. Qu'on aille à ^lQulït■J^, -j. ■îScti-'^wV,^.
5 6 OHRONIQUIS.
Boston, dans d*aatre8 grandes yiiles, pour y retremper et ddgourdir ses ailes, on n'en revient que plus vite vers œ glorieux petit roc de Champlain qui renferme encore tout ce que nous avons de plus cher et de plus vénéré dans nos souvenirs. Et certes, au milieu d'un temps qui nous emporte avec lui dans sa course vertigineuse, ne laissant rien debout, souvent môme dans nos affections, et qui noos pr<5cipitc vers Tavenir en n'accordant au pauvre passé que d' in pitoyables dédains, est-ce donc trop qu'il reste une ville, une seule, où l'on puisse se sentir vivre un jour et se reposer à l'aise dans le torrent de la daréo ? Au moment où tout s'efface, où tout se transforme et s'oublie comme si l'humanité n'avait pas d'histoire, au moment où nos vieilles institutions, avec leur caractère propre, et nos vieilles coutumes vont se perdre, aussi elleSi dans le même gouffre qui ne ménage rien, n'est-ce pas consolant de savoir qu'il reste au moins pour notre langue un petit boulevard impénétrable, insaississable, qui, par son inertie apparente et l'obstacle immobile qu'il oppose, résiste à l'entraînement du vertige et conserve intact ce qu'il ne faut perdre à aucun prix, ce qui sera toujours beau, toujours nouveau même après des siècles, notre langue, le plus précieux des trésors laissés par nos ancêtres comme aussi le plus digne d'être conservé.
Messieurs, c'est une chose incroyable vraiment, et toutà-fnit inexplicable, qu'un peuple aussi vertueux que nous le sommes trouve tant de détracteurs, qu'on s'amuse beaucoup plus de nos vieux usages, de notre manière de parler la langue, de nos quelques faiblesses vaniteuses, de notre léger penchant à la prétention, qu'on ne prend de peine pour découvrir Ja cause de eea \m^^xi^<i\À.ow^ ^fe^\^^^ ojjà. ^^
CHaONIQUBF. 57
rattachent toutes h un grand fonds de qua1it<^s solides saiis lesquelles nous ce serions pas ce peuple durable, TÎgoureuscment trempé, dont les rameaux s'^londcnt sur le sol de l'Aratfrifiae entiùro, qui a trouvé moyen do fuiro aux Etats-Unis ce que les di^aa vantâmes do sa position et l'în- Jîratitude do sou climat lui refusaient dans ses propres foyers. Sans la religion du passiS et sans cette ténacité ik nous maintenir intactj'. nous ne serions pas en effet ce peuple esooptionncl qui trouve à répandie, dans les innombrables rameaux qu'il projette en tous wns sur ce vaste continent, autant de sève et de force qu'il en conserve dans le tronc même de l'arbre. Sans nous, les Etats de l'ouest et eeox de la Nouvelle-Angleterre manqueraient des meilleurs bras qu'il faut à leur industrie, Sans ec mélange d'amonr-propre national qui nous rassemble en un faisceau, et d'esprit d'aventure q'iî permet de nous disséminer dans toutes les directions sans rien perdre do notre caractère, nous ne serions pas oe peuple vraiment indispensable aujourd'hui pour l'équilibre des conditions sociales faites i l'Amérique, Sans nous, tout irait i la vapeur et tout s'userait vite; maisnoas tempérons l'entriiûiement du Oo tt htad, et nous maintenons la machine sociale dans un fonctionnement plus tranquille qui ménage ses forces.
Les ami<rioains sont déjd vieui ù, notre âge ; ils ont tous les défauts d'un escès de croissance; nous, nous avons pent^^tre les défauts d'une adolescence trop prolongée, DOus nous complaisons duus cette idée de jeunesse qui paralyse nos forces, sous préteste que nous avoua bien le temps de les utiliser ; nous nouî endormons dans notre berocau, Mns songer que le temps marche pendant que nous rJ^vons, tt qu'au ivn'il nous ne sommes di-jîv ç\ua ift TiCi\.t'i b
5S CnBOMIQUES.
Mille illusions, mille pu<Srilités cbarmantes nous enveloppent dans leurs douces cajoleries, et nousnc songeons pas que c'est le beau temps de notre existence comme nation qao nous dépensons de la sorte dans le dédain de nos facaltés les plus viriles. Eh quoi! n'est-ce pas lorsqu'on est jeune, alerte, fort, qu*on doit pousser de Tavant, et faut-il attendre que nous soyons perclus, brisés par les rbamatismes, à moitié sourds et déjà grognards, pour nous élancer dans ce vaste espace ouvert à toutes les races du monde et où nous devrions prendre la place proéminente qui est due à la grande nation dont nous personnifions en Canada le baractèrc et le génie ?
Messieurs, une de nos grandes qualitési celle qui vraiment prime toutes les autres et les efface presque par sou intensité, c'est la patience. Cette qualité, qui n'a pas de haateur, mais beaucoup de longueur, semble essentiellement nationale ; elle est même l'image fidèle du Dominion qui est démesurément allongé. Un vieux proverbe dit que la patience est la vertu des nations. A ce compte, nous sommes le plus vertueux peuple qui fiit jamais ; nous avons même tant de vertu que nous oublions d'avoir beaueoup d'autres choses.
Je ne saurais établir devant vous jusqu'à quel point nous avons de patience pour supporter, supérieurement aux autres peuples, les maux privés, mais, à coup sûr, nous on avons merveilleusement pour supporter les maux publics. La réforme, qu'elle qu'en soit la nature, nousé pouvante, et nous avons un goût obstiné pour le statu quo, ce qui est pousser le conservatisme aussi loin que les Egyptiens qui s'étaient fait un culte des crocodiles, et qui voulaient irnnsDicttre leurs momies à tous \<i3 -ç^u^Xci^ ivx\.\iLX^,
rtlUOSIQtîES.
Aux L^trangera ()tii adiuircnt dos cours d'eau nbandonnâa ù luar repos iSternel, nos riches mines icesploilâe*, nos vastes étendues sans communicntion, et qui s'âtonaenl de uo spectacle au sein d'une u^iturc oii tout invite au ti-avail, nu déploiement libre de toutes les forces bumaineâ, nons répondons avec un légitime orgueil : " Eh quoi ! que vouleavous? Noua avons la patience l "
Aq8«î loin ([UB jo puis porter mes souvenirs, depuis les bancs du collège jasqu'uujourd'haï niûme, cUnque fois qu'un progrès était signalé comme nécessaire, un pas oa avant comme indispensable, i'écho de ce dicton m'est arrivé de toutes parts : " Pourquoi se presser ? Nous sommes jeunes, attendes donc "
Sans doute, messieurs, il est fort agréable de s'entendre répéter souvent qu'on est jeune et qu'on a devant soi le
grand avenir; mais les c:iD3dieDs ne sont pas tous do
jolies feniuos qui ne veulent pas vieillir il aucun prix ; A force de recevoir toujours le même compliment on finit par le trouver fudc, surtout, lorsque, sous prétexte de jeunesse, nous sommes menneés d'une tutelle indéfioie, ou, si vous voulez, d'une dépendance qui s'affirme d'autant plus que nous grandissons davantage, et que le Dominion menace de s'(!laDCer jusqu'au Groenland.
A quoi sert de répéter sans cesse que le Canada est un paye jeune et que avons bien le temps de progresser ? A ce compte, le Canada sera un pays jeune dans trois conta anï d'ici, bien plus jeune qu'aujourd'hui encore, parce qu'il aura été vidé des trois-quavts.
Messieurs, songcz-j bi^n. Voilà 265 ans que les. CjmndkDS sont jeune?, :\ supposer que nous comçtioi four où Clnniphiin io.iJa Q :ébec,
•Jncqucs-Carticr parut sous le cap superbe entouré de cette magnifique ceinture de remparts qui, en attendant qu'ils démolissent par leur seul aspect tous les ennemis possibles, servent à étouffer les habitans qui sont dans leur enceinte. Si nous sommes jeunes encore à cet âge, et pour peu que notre vieillesse se prolonge autant que notre jeunesse, nous deviendrons certainement le peuple le plus sec, le plus rassi de l'univers.
Etre si longs et rester si jeunes, cela forme une situation intéressante au premier degré, surtout si, une fois annexés, le Labrador, en nous rendant nos frères les Esquimaux, et le Groenland, en nous adossant au fôle, suivant une exprèsfiion célèbre, demandent eux aussi, chacun à tour de rôle, des Setter ternis.
Messieurs, il arrive pourtant une époque dans la vie des peuples, comme dans celle des hommes, où ils perdent la fraîcheur de la jeunesse, sinon la puissance de leurs vertus.
Chez un peuple qui a besoin de réformes immédiates, sa jeunesse est-elle donc une raison pour ne pas les adopter, et pour laisser ati temps de faire Tœuvre des hommes ?
Il est de la nature du progrès, comme de toutes choses, •de s'accomplir quand son heure est venue. Pourquoi donc le retarderions-nous sous prétexte que nous n'avons pas le •développement des grandes nations? Devons-nous persister à rester en arrière de soixante ans, anomalie vivante dans un monde métamorphosé ? Faut-il attendre que notre indifférence pour les connaissances indispensables nous apporte toute sorte d'humiliations, pour croire le moment venu de les apprendre ? Faut-il que le dégoût seul nous inspire le remède ? Nous n'avons pas été trop jeunes pour vouer jusqu'aujourd'hui une grande partie de ivoUe \.^m^ ^^. îîiû \^çi\x^\^-
CHnONtQCBS.
teltlgonoe & l'obaerïnnce de théories saranndes qui n'ont guère produit d'nulro r^snllat (]ue celui de présenter oetteanomolio merveîlleusft r un penpio jeune enliérenicnl livtéà In routine I Pourquoi alors sorions-nons trop jeunes pour nous adonner euGn aus branches d'éducation devenues in-
Quel est donc la peuple tellement enfunt qu'on no puisse l'éclairer sur ses vi^ritables intérêts, et combien do temps encore nous tieodra-l-on dans l'impuissance nvcc le funlônie d'un mot ? Combien de temps faut-il à notre jeunesse pour arriver il l'fige mÛr ? Il y a cependant une limite il cette tutelle, et ne hc tronvc-t-elle pus dnnslcs aspirations géni5ralcs, dans le besoin des réformes univorsellonient Fonti ?
Si ce lubleau do notre jeunesse n'a rien do aJduisant ni d' agréable, je ne me rattraperai certainement pas en vous faisant celui de la vieillesse. Oh I vieillir ! c'est une horrible chose. Oa se voit rider, on voit ses dents jaunir, malgré l'héroïque résistance duPhilodonie, du Sozodonte et de tous les Odonte imaginables ; on se voit avec des môehe."; argentées qui paraissent bien plus que les .antres, los inrdtnes ! on s'aperçoit qu'on se func i. force de tuElrir ; le front dénudô se remplit de désenoliantement^, le cœur devient comme nne vieille montre de famille qui tient encore le temps, qui bat toujours, mais qu'on n'ose plus ouvrir devant leB autres. Avec cela on a des rhumatismes qui défient le Paio-killer, on se couvre do flanelles qui deviennent coaiina des éponges, on craint 6gn\eT(niïv^. \e i^wA (A.\«!
kb^
<;2 cnB03c:QUEs.
froi-I, C-? qui n'c?t pas logique ; on s'endort à neuf heures du !>i.ir, San» y ponaur, quand auparavant il fallait pour s*endorniir multiplier les night-eap à l'infini ; on devient maussade, difficiU:, tourinent<^, tourmentcur, on ne trouve plus rien de ^ongoùt, Sii ce n'est par hasard une Icetnreqni ressemble ù une chroni'|ue; enfin, à vieillir, on perd tout et Ton ne ^agnc rit;n, pas muine rezpériencc, ce fruit tardif qui ne vient à r homme que lorsqu'il s'en va.
Oh ! si les lion: mes n*ont pas encore trouvJ le secret de la liber te et de la fraternité, ils ont hélas I trouvé, dès en naissrint, celui de l'égalité devant ce vieillard implacable qui «'appelle le temps ; les oncles seuls échappent à son inflexible niveau, mais c'est à la condition de faire vieillir d'avantage les neveux, ce qui revient au même.
Messieurs, si nous avons l'agréable défaut d'être jeunes ù pou près trois fois aussi longtemps que les autres peuples, défaut dont, hélas ! il faudra bien nous corriger un jour, en revanche nous possédons une qualité précieuse, à laquelle beaucoup d'entre nous sans doute ont dû de beaux jours on sont en droit d'en attendre. Cette qualité doub caractérise spécialement, car nous en sommes prodigues et nous en avons le nom à la bouche dans presque tontes les occasions. Vous saisissez d'avance ce dont je veux parler, c'est de notre penchant immodéré à l'encouragement, c'est de Im passion vraiment inconten table de nous encourager les uns les autres. Ce mot encourager reçoit parfois de curieuses applications. J'ai connu des gens fort à l'aise qui s'étaient abonnés à des journaux, qui les avaient reçus des années de suite, qui n'avaient jamais répondu un mot aux lettres prcuiantcH, je dirai presque suppliantes, des éditeurs aux iibois; et qui, en fin de comple,\Qtsc\\x*A<& ^\.^\^\!i\. tscn&^xl ^v
'«acilirâ da s'es^catcr par reritroniiae de os personnage rébarbatif tjm n'u pas de compatriotes et t|ui s'appelle huissier, vous arrivaient toinbjinliles nuos do aurprEse, et accablaient l'fiditenr de protestations faribondes: "Hais, monsieur, raais. OTondaur, sVeriaient-iis, noua n'avoha reçu votre journal que pour vous encourager, c'est parce que vous fitcs un canadien, elo." Ainsi ces messieurs recevaient un journal deux, troiij, quatre années de suite, sans vous payer uu sou, rien que pour vous oncoura-^er et parc^; que vous ôtos canadien!... Vous leur aviez donné tous les jours, ou trois fois par semaine, le meilieur de vous-niêiiic, vous leur aviez envoyé régulièrement par chaque mallo des lîclats de votru ojrïello, .3 les aviez formJs, nourris i n telle et ne 1 1cm en t, ils vous devaient les quelques idocs qu'ils ont, tout oeU rien que pour vous encourager I
A force de vouloir encourager les gens, souvent on finit lar les ruiner. J'ai vu des journalistes eoinplètcmentéreintiSs )ar l'encouragement, j'ai vu de braves industriels conduits & la banqueroute bride abattue pour avoir voulu se fiiire encourager quand uèaïc en donnant leur niarchundise îh un fort rabais. Mais je me h&te de faire une réserve. Le public qui patronise les artistes et l'humble espèce des oonferonciers, entend l'encourage m ont d'une façon toute diffiircote ; il paie, lui, et comptant, pour se faire ennuyer pendant vingt cinq minutes. Mesdames et Messieurs, il vous restera toujours quelque cliose pour cette bonne action, quelque chose qui ne fera la fortune de personne, mais dont au moins chacun de vous pourra Gtrc certain toujours, c'est do ma re
DESPERANZA.
Je suis né il y a trente ans pesfu^s, et depuis lors je sais orphelin. Do ma mère je ne connus que son tombeau, seize ans plus tard, dans un cimetière abandonné, à mille lieuos do l'endroit où je vis le jour. Ce tombeau estait une petite j>icrre dojà noire, presque cachée sous la mousse, loin de» regards, sans doute oubliée depuis longtemps. Peut Être seul dans le monde y suis je venu pleurer et prier.
Je fus longtemps sans pouvoir retracer son nom gravé dans la pierre ; une inscription presqu'illisible disait qu'elle était morte à vingt-six ans, mais rien ne disait qu'elle avait été pleurée.
Le ciel était brûlant, et, capendant, le sol autour de cette pierre solitaiie était humide. Sans doute l'ange de la mort vient de temps en temps verser des larmes sur les tombes inconnues et y secouer son aile pleine de la rosée de l'étornité.
Mon père avait amené ma mère dans une lointaine eontrée de l'Amérique du Sud en me laissant aux soins do quelques bons parents qui m'ont recueilli. . Ainsi, mon berceau fat désert ; je n'eus pas une caresse à cet fige môme où le premier regard de l'enfant est un sourire ; je puisai le lait au sein d'une inconnue, et, depuis, j'ai grandi, isolé au milieu des hommes, fatigué d'avance du temps que j'avais ù vivre, déclassé toujours, ne trouvant rien qui pût m'attacher, ou qui valût quelque siHici, de toutes les choses que l'hoiumo convoite.
CHRONiqUEE.
^d^î rencontré cependant quelques affections, mais un destin impitoyable les brisait ^ peine formée?. Je ne euÏb pas fuit pour rîea de ce qui dure ; j'ai éW jeté dans la vie comnie une feuille arraeliée au palmier du désert et que le vent emporte, Bans jamais lui luisser un coin de terre où se trouve l'abri ou le repos. Ainsi j'ai parcouru le monde et nulle part ja n'ai pa reposer mon âme accablée d'amertume ; j'ai laissé dans tous las lieux une partie de moi-même, mais en conservant înf act le poids qui peso sur ma vie comme U terre Gor un cercueil.
Mes amours ont été des oragca ; il n'est jamais sorti de mon cœur que des flamrae3 brûlantes qui ravageaient tout ce qu'elles pouvaient atteindre. Jamais aucune lèvre n'ap. procba la mienne pour y souffler l'amour suïnt et dévoué qui fait l'épouse ot la niéi'e.
Pourtant, un jour, j'ai cru, j'.ii voulu aimer. J'engageai oveo le destin une lutte horrible, qui dura tant que j'eus la force et la volonté de combattre. Pour trouver un coeur quï réponditaa mien. j'ai fouillé des mondes, j'ai déchiré les voiles du mystère. Maintenant, vaincu, abattu pour toujours, sorti sanglant de cette temp@t«, je me demande si j'ai Bealement aimé I Peut-être que j'aimais, je ne sais trop ; mon âme est un abîme où je n'ose plus regarder ; il y a dans les natures profondeauneviemy^téricusequine ee révèle jamais, semblable ^ ces mnndes qui j;îgent au fond de l'océan, dans un éternel et sinistre repos, mon Dieu I cet amour était mon salut peut-être, et j'aurais vécu pour une petite part de oe bonheur commun fi tous les hommes. Mais non ; la pluie généreuse ruisselle on vain sur le front de l'arbre frappé par
la foudre ; il ne peut renaître Bientôt, abandonnant
iCS rameaux flétris, elle retombe goutte ^ gOMUft, %AiiViâ\wssK.., désolée, comme les pleurs (ju'on 'scïae ianaV '.^Mviiti.
Seul désormais, et pour toajoara rejeté dans la naît du cœur avec ramcrtumc do la félicité rôvée et perdue, je ne veux, ui ne désire, ni n'attends plus rien, si œ n'est le ropos que la mort seule donne. Le trouverai-je ? Peut-être; parce que, déjà, j'ai la quiétude de Taocablement, la tranquillité de rimpuipsancc reconnue contre laquelle on ne peut se débattre. Mon dnie n'est plus qu'un désert sans écho où le vent seul du désespoir souffle, sans môme y réveiller une plainte.
Et de quoi me plaîndrais-je ? Quel cri la douleur peutelle encore m'arracher? Oh ! si je pouvais pleurer seulement un jour, ce serait un jour de bonheur et de joie. Les larmes sont une consolation et la douleur qui s'épanche se soulage. Mais la mienne n^a pas de cours ; j'ai en moi. une fontaine amèrc et n'en puis exprimer une fi^utte, je garde mon supplice pour le nourrir, je vis avec un poison dans le cœar, an mal que je ne puis nommer, et je n'ai plus une larme pour l'adoucir, pas mCme celle d'un ami pour m'en consoler.
Maintenant tout est fini pour moi ; j'ai épuisé la somme de volonté et d'espérance que le ciel m'avait donnée. Otes au soleil sa lumière, au oiel ses astres, que restera-t-il ? L'immensité dans la nuit ; voilà le désespoir. Mes souvenira ressemblent à ces fleurs flétries qu'aucune rosée ne peut plu rafraîchir, à ces tiges nues dont le vent a arraché les feoilles. Je dis adieu au soleil de mes jeunes années comme on salue au réveil les songes brillants qui s'enfuient. Chaque matin de ma vie a vu s'évanouir un rêve, et maintenant je me demande si j'ai vécu. Je compte les années qui ont fui : elles m'apparaissent comme des songes brisés qu'on oherohe en vain à ressaisir, comme la vague jetée sur l'éoueil rend an loin un son déchiré, longtcm^^s açrès être retombée dans le sombre océan.
CSSOSItUTES, 67
^ mesura an pas ds course le néant des choses hnmaiaes, de tout ce qui fait palpiter lecceur de l'homme, l'unibitioii ,
i'amoiir L'ambition I j'en ai en deux ou trois ans à
peine : cette fleur amôrc que lea larmea de tonte une vïe nu Buffiaeot pas à arroser, s'est épanouie pour moi tout à coup et s'est flt^trie de mSme.
Ed trente ans j'ai souffert ce qu'on souffre en soixante ; }'ai vid^ bien au-delil de mn coupe de Sel ; i, peine au milieu de la vie, je suis déjà au diîclin de ma force, do mon «Soergie, de mes espérances. Pour moi il n'y a plus de patrie, plus d'avenir !
lirl eh! que m'importe! Quand on a perdu l 'illusion, il no reste plus rien devant soi. J'ai souffert la plus belle " moitié de la vie, que pourrais-je faire de l'autre, et pourquoi disputer au néantquclques restes de moi-même? Série retour de la vie, quand les belles anniîes ont disparu, l'homme no peut pins songer qu'au passé, car il voit la mort de trop près ; il ne déaire plus, il regrette, et ce qu'il aime est déjà loin de lui. Pour cette nouvelle et dernîâre lutte, j'arriverais sans force, épuisé d'avance, certain d'être vaincu, tout prêt pour la mort qui attend, certaine, inévitable, pour tout eofouir et tout effaoer.
Non, non, je ne veus plus .je m'efface maintenant
que je ne laisse ni un regret ni une pensée. Si, plus tard, quelqu'un me oherche, il ne me trouvera pas ; mais, peutêtre qu'en passant un jour près d'une de ces fosses isolées nom n'arrCte la regard, où nulle voix n'invite au il sentira un peu de poussière emportée par le
souffle de l'air s'arrâter sur son front humide cctto
ponsaiâre sera peut-Stre moi
8 Juin 187i.