PREMIÈRE PARTIE
n ^ a des cboaes qui ne sYcrivent pas ; on les raconte parfois dans dea heures de fièvre, lorsque les souvenirs arrivent en magissant et se font conra euï-aiÈraes, lorsque la pensée est frappéo tnut-à-coup d'un retour impÉtueui vers le torrent des choses où elle était restée d'abord comme engloutie, éperdue ; alors, si c'est la douleur qui a été longtemps somprimëe, l'ilme jette quelques cris terribles, des flots furieux t'échappent, l'amertumQ jbl\\\\\j ftV 4&««^>!.^ «S. peat-être peat-on ensuite remonter a-vcc ■^■a.aft.e \Jt)«*h«J
de force le cours de tout ce qu'on a souffert : mais retoa^ ncr, moij encore tout brisé, tout endolori, la plamo "à la main, pour le raconter à des lecteurs qui ne s'en doutent même pas, vers ce rêve fougueux où pendant aiz semaines j'ai passé par tous les chagrins, tous les déchirements, toutes les angoisses, c'est trop me demander, c'est trop attendre de moi I Vous voulez que sur toutes les plaies vives je passe lentement le couteau et que je détache une à une chaque fibre saignante pour la montrer à des r^ards surpris ! Vous voulez que je fouille parmi tant d'odieux souvenirs dont chacun est une blessure, eh bien I soit, je vais vous le raconter, cet atroce et funeste voyage ; de même que je l'ai fait pour accomplir une promesse, de même je vais le redire parce que vous l'avez espéré de moi. Maintenant, taillez et prenez ; voici mon cœur, voici mon sang, ce sang qui est tombé goutte à goutte sur la longae et interminable route qui traverse tout un continent; je vais en
suivre la trace mêlée de tant de larmes .Oh I mes amis,
ce n'est pas une chronique que je puis vous offrir ; mon esprit ne se prête plus, hélas I à ces fantaisies badines, et mon imagination a perdu le souffle de ses inspirations joyeuses. Et où trou ver ais-je, du reste, à rire une seule heure dans le récit d'un voyage rempli d'inquiétudes mortelles, d'humiliations, d'abattements sinistres, et parfois de pressentiments où l'image de la mort revenait sans relâche comme pour m'avertir que je n'en verrais pas le terme ?
Pourquoi avais-jc quitté mon pays, ma famille, mes nombreux amis, tant d'affections qui m'entouraient et qui m'étaient nécessaires ? Pourquoi avais-je rompu tous les liens qui, en me rattachant à une existence désolée, en faisalent encore la consolation elloi i«Liîvamfe\v\. ^^x o^^èwo^^s^
VOTâOBB. 73
lueurs paE9agèt«Ë? Pourquoi partaU-je snna raison, sans objet déterminé, pour aiiivro une destina incertaine, apr£a tant d'épreuves, après rexpdriencc renouvclJo de la folie des escapades et des duperies de l'ioeonmi ? Hiflas I je ne sais, . et, le aaurais-jo, comment pourrais-je le dire ? Il y a dans !a vie des heures fatales, et l'honime obéit bien p1iia à leur impulsion fougueuse qu'ilL tous les conseils de la raison. Je
partain .il fallait C|ue je parte ! fat-ce pour toujours, fftt-
ceil n'importe quel pris. Un besoin formidable d'iîohappep à tous les souvenirs poursuivait et dominait mon esprit : c'était moi-mOme surtout qu'il me fallait fuir, oubliant que l'bomme change en vain de ciel, que son ime lui reate, et qu'on ne peut se perdre soi-mêiae, verrait-on le monde bouleversé prendre autour de soi toutes les formes et les aspects les plus brusquement divers, M'oublior dans un tourbillon sans cesse renouvelé, me sentir emporté à toute vapeur & trarors dis espaces inconnus, c'était li!l mon illusion, et, pour la saisir, j'étais prSt à tout délaisser ; je m'étais arraché aus embrasse ment s de la femme qui m'avait tenu lieu de raùre, ot qui, & quatre-vingts ans, me disait un adieu, pour elle l'adieu suprême. Et quel déchirement lorsque je dus quitter ma sœur, ma sœur unique, qui, no comprenant rien à un paieil départ, m'enlajaît sur mn coeur et liîchaît de me retenir par la force do la tendresse ! Oui, j'abandonnais ces chères et rûros affiliions, les seules qui résistent aux orages de la vie comme am assauts du temps, et, l'avouerai-je 7 co ■n'était pas lii le premier de mes regrets ; le c<our est ainsi ■fait, hélas I dans son uvouglemant ; il ne se prend qui ce qui lui échappe le plus et n'a de regrets profonda et durables que pour ce qui le blesse davantage.
J/ofl idée use, idée irrdsistiWe, 'pVua ïot^a iifi^ Sn'aa^ga
74 VOTAGES.
liens, que tous les raisonoeinents, était doDO de partir, d'aUer aussi loin que possible, et je ne voyais riea de mieux à faire pour ocla que do traverser le continent. Je n'avais pas d'illusions sur ce qui m'attendait si loin ; œ n'est pas à mon âge qu'on commence une vie d'aventures, qn'on peut espérer de se rcfuîro une existence nouvelle où vienne se perdre le souvenir de ce qu'on a été ; l'inconnu ne sourit pas à ceux qni ont épuisé la vie sous toutes ses faces et pour qui toutes les déceptions imaginables n'ont plus rien d'inattendu ; mais jo n'avais pas calculé les mécomptes, les déboires qui m'attendaient au passage ; et, les eussé-je calculés, que je serais parti do même ; j'en étais arrivé à ce point où l'on ne raisonne absolument plus, où la fatalité, on quelque sorte impatiente et pressée, devient irrésistible. Où ai-je pris la force d'aller jusqu'au bout ? comment ai-je pu poursuivre une idée pareille, lorsque tout m'en détournait, lorsque, sur le ohemin même, le regret et le désenchantement, fondant avec violence sur mon &mo, me criaient de retourner, de revenir à la patrie qui m'offrait de légitimes espérances et une earridre désormais assurée ?.... c'est ce que je ne puis ni comprendre ni expliquer. La force n'était pas en moi, puisque j'ai en toutes les défaillances, elle était dans une situation bien supérieure à ma volonté ; je n'ai pas suivi ma route, j'y ai été entraîné, bousculé, poussé, et chaque fois que j'ai voulu mettre un arrêt, chaque fois j'ai été emporté, comme si la conduite de ma vie ne m'appartenait plus ; vous ailes en juger aisément.
Parti une première fois, je me suis rendu à Toronto, et hîendemain je revenais à "MLoutT^B^. \S\i ^<wi^^«iûKOL\»\iâ^^
no désespoir ai grand s'étaient emparés de moi, que je n'avoia plus Toula continuer. Mais à peine tStiiîs-je do retour, que je prenais lu riîsoliition, inébranlable cotte fois, d'aller tout d'un trait jusqu'à Sun Francisco, et, en eSot, le lendemain matin, jo repartais. Oh I mes amïs, vous qui avez mené uue vie à peu près toujours égale, vous ne oonnaisacz pas ces terribles péripéties du sacrifice, vous ne connaissez paa les va-et-vient décbiranls do l'fime, les féroces exigenoes d'nne condition qu'on s'est faite soiluSme, et les ballottements douloureux d'un oceur laissé dans le vide.
Ce voyage inutile ù Toronto m'avait coûté trente dollars, fit je n'en avais quo trois cents en tout et partout pour me rendre à San Francisco, et, 1:1, attendre la destinée. Je repartis doDC avec doux cent Eoixnute-dix dollars, lo voyage, aa bas mot, tous frais compris, devait m'en coûter cent qaatre- vingt. Mai?, que m'importait la valeur de -^es chiffres ? Je songeais bien à cela I Tout en moi était brisé; je cherchais un coin de terre inconnu, lointain, où jeter mon reste de vie. Depuis près d'un mois, je n'avais pu trouver deux nuits de sommeil ; une maladie obscssikote, déclarée par les médecins fatale, me poursuivait de fies ombres lugobres ; deus fois lo suicide m'était apparu avec tout son cortège de sédactions Infernales ; oui, deux fois, je m'étais laissé aller avec ravissement À cet attrait du repoa éternel qui serait une tentation irrésistible si le néant n'était pas nu outrage ii l'intelligence comme au ocour de l'hommo ; jo n'aimais plus rien, je ne désirais plus rien et je ne cherchais plus rien, si ce n'est do m'effacer, laissant A la mort de fuiro son œuvre quand botv Wl sûtoWiWïÀV. — ,Eh bien l maïntenaat que je SiÛB tevMia, ïçw '■J si. ^wkw.-
YOTAOES.
]'.[ un vojc'i^'C proequ^inifossiblc d^ez^cution, je rends gràoe ;iu ciel de lu'avoir mené jusqu'au bord fatal où rbommc ]iord ù peu près la conscience de son être et se laisse entraîner à tous lo6 courants qui passent devant lai ; j*ai mesuré la plus grande profondeur de rabattement, et j*aî connu la linjitc extrême de la désespérance ; maintenant, je sais de quels abîmes un homme peut remonter, et ce qu'il y a encoro de ressources jusque dans récroulcment de oe qui seal semblait retenir à la vie.
Avez-vous remarqué ces arbres flétris, desséchai, entr'ouvcrts, qui n'ont pas un frisson sous Teflbrt du vent qui les fouette, pas une plainte sous Torage ? Leurs rameaux craquent, leur tOtc secouée rend dans l'air un bruit rapide, mais ce bruit est inerte, ce son est comme celui d'ossements qu'on agite dans leur bière. Qui peut maintenir ces arbres debout ? Quelle sève reste-t-il à leur tronc décharné ? Où est la vie dans ce cadavre dressé contre la nue ? R^ardcz bien ; à Textrémité de quelque branche aride, se dégageant à peine d'un linceul de dépouilles, un petit groupe de feuilles tremble encore au baiser de la brise et boit avidement les quelques gouttes de rosée que le ciel lui verse dans son oubli miséricordieux. Ces quelques feuilles, c'est la vie entière de cet arbre, et par elles il renaîtra ; il avait tout perdu, sa force, sa beauté, et sa fraîcheur dont s'enivraient les oiseaux gazouillants, il défiait l'orage et rappelait à épuiser sur luises efforts inutiles; le bniisseiiient de son riche et abondant feuillage était un rire au dostin, et voilà que soudain tout Ta abandonné et qu'il s'est trouve seul encore vivant, mais sans aucune des joies, sans aucun des charmes de la vie.
La vie ! la vie ! elle est souvent au fond des abîmes ;
«le cat dans la reuille solitairo sur sa branclie ioaDÎméi e]]o est dans la gautle de raûlo qui la TaFruichït, clic est c coro dans la larme eileacieusc qui s'échappe du cœur c ost par elle quo le cœur reu:iît,
Quelle étrange destiniîe I Je fais onze conta lieues de chemin do fer, avec l'idée que jamais peut-SIre je ne re- Tiendrai.^, et, rendu au terme de ce long et accablant voyage, malade, affaibli de corps et d'esprit, à peine avais-ja pris quelquesjoura de repoa, que je préparais déjà mes malles pour le retour ! Je n'ose dire que j'ai fEtit un voyage : j'ai été emporliS dans un ouragan, et le mSmc ouragan m'a ramené. Seulement, l'allure n'ijtait plus la même ; je vais tout vous dire cela.
Je partis seul. Or, pourpartir seul, dana l'état physique et moral où je me trouvais, c'était déjà an acte de désespoir uu do résolution inflexible. J'ignorais ce que c'était que ce voyage et je me flattais d'en adoucir la fatigue et l'ennui par le spectacle d'une nouveauté sans cesse renaissante, par la fascination d'un inconnu qui, à chaque instant, changerait d'aspec^ Tous mes amis m'avaient entretenu dans cette
illusion ; ils y croyaient eux mOmes Ah ! malheureux t
le trajet du Grand Pacifique Américain est tout ce qu'il y a de plus monotone, de plus misérable et de plus ingrat. J'ai traversé cinq cents lieues de désert, de plaines sans horizons, d'une étendue muette et inanimée. Ce n'est qu'arrivé sur les hauteurs delà Sierra-Nevada, entre l'Utah et la Californie, que cette grande nature tant promise, tant attendue, s'est révélée enfin. Oui, c'est beau, certes, cepassage à huit mille pieds au-dessus de la mer, sur le bord de précipices effrayants, lorsqu'on est entouré de pics couverts de neiges éternelles et que, sous le regard, s'ouvrent subitement des abîmes qui ont quinze cents pieds de profondeur ; mais je n'aurais pas donné pour tout cela le plus petit coteau de la Malbaie, ce paradis de notre pays, cette oasis oubliée parmi les rudesses grandioses et altièrcs du Canada ; je n'aurais pas donné six lieux des rives du St.. Laurent pour toutes les splendeurs terrifiantes qui se dévoilaient pour la première fois sous mes yeux.
Oh! quand je me rappelle tout cela! Pendant an
mois j'ai été comme un captif tenu au silence ; je n'ai paseu un ami, pas même un compagnon, pas la plus légère sympathie, alors même qu'une sympathie quelconque eût été pour moi un trésor inestimable.
Mais il faut pourtant bien que je commence ce récit. Allons ! passez devant moi, déserts implacables qui, pendant de si longs jours et de si longues nuits surtout, m'ave!& accablé de votre infini muet ; passez, plaines arides que la pensée elle-même ne parvient pas à peupler et où le regard^ fatigué de chercher une vie toujours absente, retombe appesanti sans pouvoir cependant trouver le sommeil; déroulcz'vous de nouveau, horizons sans cesse fuyants ; mes
eouTcnira Jn moîna pourront poot-6tre voua rassemblor, ci, dans le cercle doulourens qu'ils m'ont lakné, je vais tfichcc (la tout retenir, de rappeler une à une ces impressions toujoars pénibles dont pas une ne m'a donné une heure de répit, pas même un retour consobnt ni une espc'runee fartive.
Apria deux jours do clicmin de fer, coupla par nu intervalle de douze heures passées à Di'lroit, j'urrivitis à Cliîoago. Ces douze heures d'intervulle lîtuient une moitiiS de dimanche; je vous prie de rcnmr((ucr ce eouimencemeni. Arriver seul, lorsqu'on eherefie des distractions à tout prix , dsQ9 une ville américaine le dimanche, c'est déjil poignuQt, On erre comme une bêle échappée de sa cage, i^ni a perdu le sentiment de la llbcrti!; les heures font inlerniïnablcB, on va, on vient cent fois par les Diêmea chemins; tous les visages, vous étant indifft^renls, fieroblont les mêmes^ on voit dps choses nouvelles qu'on croit avoir vues toule B« vie, on posso et l'on repasse devant les mêmes endroit? josqu'ik ce qu'on soit Opuisiï bien plus par la luonotoDÎe et l'ennui que par la t'iitigue du corps; on ne trouve rien d'intéressant et l'on s'éionne do ne pus être environné d'ombres qui ressemblenl & soi-même ; on se demande ce que tout ce inonde qui glisse dons tous les sens peut faire dans an endroit pireil ; plus la foule est grande, plus on sent le vide ; tant de visages absolument inconnus, absolument indifférents, ont l'air de c^'imaccr i, votre abandon ; et puis, on n'a ni l'envie ni le goût d'adresser la parole à qui que ce soit j « qu'on veut, c'est
et pour cela, il faut des oreilles hcurcnses de s'y prêter. On cherche tous les moyens de tuer le temps, cet ennemi que rien n'atteint et dont tous les coups portent ; on se dirige partout où l'on croit voir quelque agitation, entendre quelque bruit, et Ton revient toujours également déçu, assuré davantage que le tombeau qui est au fond du cœur est assez grand pour ensevelir tous les bruits du dehors ; on a comme un désespoir muet, un silence farouche. Le regard ne reçoit plus l'image d'aucun des objets qui l'entourent, et l'on se meut ou l'on se repose, inconscient, oublieux do toute condition physique ; c'est la pensée qui travaille sans cesse, la pensée qui n'est pas avec soi où l'on se trouve, mais bien loin avec tout ce qui a disparu de ce qu'on aime, et qui fait revivre d'une vie bien plus intense que la réalité ce qui semble à jamais mort pour soi. Oh ! le souvenir ! c'est bien autre chose que la jouissance. C'est à lui qu'on reconnaît la valeur des choses perdues ; il grandit, il redouble de vie et de vigueur en raison même de ce qu'on le privo de ses aliments et de ce qu'on l'arrache à tout ce qui semblait aoul devoir l'entretenir.
Ainsi, pendant douze mortelles heures, je promenai mon absence dans les rues de Détroit, pour moi muettes, désolées, et cependant peut-être pleines de vie et d'animation, si j'en juge par l'image qui m'en reste aujourd'hui. Le ohemin que je fis, je l'ignore ; je marchai tout le temps, à part quelques minutes données aux repas, et, lorsque le soir je pris le train de Chicago, j'étais tellement fatigué sans le savoir que je tombai comme un poids inerte sur mon lit et ne m'éveillai que le lendemain matin en vue de la grande métropole de l'Ouest, lorsque déjà le bruit de vingt convois arrivant en tous sens ci le carillon des locomotives assourdissaient l'air.
vorAOEa.
nVlaît
n'étnia dit en commengnnt mon Toyngi impossible do faire huit jours continua en obcmin du fer, et que j'arrêterais ù. différents endroite sur la route. Cliicagr» la superbe et glorieuse métropole de l'Ouest, se priîsentait ù, ; sans doute j'ttllaïa bien y rester au moinsTingt-quatre heures. Mais à peine y étaîa-je descendu qu'un besoin irré-
aie d'en sortir s'emparait do moi. Que piut offrir la
33 grandes villes nu regard falij^d de morTcillea ? J'aî tout vu dans ce monde et je ne puis plus rien admirer. Que mporte le apectaole de l'notivitJ bu'jinine, de cette âpreti^ TCUEC qui aacomplit des merveilles dont l'âme est nbsente ? So gmndcB rues, de splcndidcs ddiSccs, di bien I quoil Tant do niorceaus de pierre, tant de morccaiis do briqua, tant de ciment et do pavi! Nieholson, timt de niacliincs humaines qui s'agitent \ la poursuite folle du souverain niil- . lion, voilà les villes américaineB. — Dana tout cela pas un
: ; les plus grandes pensL'es, les plus grandes aspirations do notre temps réduites à une jauge pratique qui leur inlàvc toute poésie et toute grandeur; des affaires, des noires, huaintss, et, après, des délassements automatiques, toujours les mêmes ; pas de liaisons ; est-ce qu'on a lo temps de faire des amitiés quand on ue s'en donne pas même pour
soins essentiels do la vie ? Et puis, connaît-on m6me
qu'on voudrait se faire î D'où vient-il, qu'a-t-il été ?
ce tourbillon d'êtres humains qui arrive et se déplace à chaque instant, sur qui peut-on arrêter sîlrement son regard et appuyer sa confiance ? Qu'on admire si l'on veut dos - villes comme Chicago qui se font en trente ans, il eat im-
)le d'y rien aimer. Ce ne sont pas deui ou trois mille tueurs de cochons, logés dans le marbre et chiffrant de quatre heures du matin & sis heures du soii, (\a\ ÇQO.ie\v\. \uwj\x«î
aorfcnl/iousiasme. Pour ino'i, j'evi stM5.ik Vj'^'^'i*'^**
grandes villes où la richesse est ignorante et barbare ; je les hais, je les fuis ! leur laxe fatigue plutôt qu'il n'éblouit mon regard, et je m'étonne de ce qu'on se donne tant de mal pour être magnifique quand il en faut si peu pour être heureux. Etre heureux I je me trompe, c'est là le difficile, et c'est parce qu'ils se sentent incapables d'arriver au bonheur que les hommes s'étourdissent à la poursuite de l'or.
Mais quelle science des commodités de la vie, quel art les Américains possèdent pour les plus petits détails des voyages ! Tout cela découle de ce théorème qui renferme pour eux toutes les vérités philosophiques : qu'une minute vaut de l'or et que l'homme n'a pas un instant à perdre dans la vie — Voyagez aux Etats-Unis et vous n'avez à vous occuper ni de votre bagage, ni de votre parapluie, ni de votre chapeau, ni du moindre petit objet que vous jugez bon de garder avec vous, ni de votre hôtel. Tout est pré* vu ; on vous mènera, on vous ramènera, on prendra soin de votre mouchoir si vous le voulez, on vous renseigneta sur tout, et remarquez bien que chaque chose a son prix fixe, très-réduit, que vous vous épargnez ainsi beaucoup de trouble, de dépense et de temps, et qu'en outre voua pouvez vous abandonner avec une confiance absolue au dernier des employés qui exhibera de son droit à vous offiîr ses services. Sans une honnêteté scrupuleuse et une exactitude extrême, comment les Américains pourraiwi-ils espérer la clientèle des voyageurs au milieu de cette confosiou d'arrivées et de départs c^ui a lieu dans les grandes villes^ à toute heure du jour ? li est \iOVi ^^ Vi ^vt^ «a. \^siaas^.\
l'AmËrîaaÎD est, dans les petites affUîres, danB celles qui tieDnent aux ntcea^ités quotidienne!) de U vie, non seulement d'une honnStetâ rigenrease, niaia encore d'une pr(5ci-
, d'une largesae, d'une obligeance et d'une accessibilité <]iû vouB le feraient aimer,, aî tout cela n'était pas froid, macliînal, et portant, pour ainsi dire, le caractère d'uu cnloul savant. L'Américain dfîdaigne de duper pour de petits objets, et aartoat, il a, trop de clioses à, faire pour
inser à compter quelques piastres qn'il pourrait léclier Si. votre porto-niounaie. En un mot, il n'y 3 pas de paya
nonde où l'on paîsao voyager aussi sûrement qu'aux Ëtats-Unis, et en même temps i! n'y en a pas où se trouvent tant de coquins consommas, aussi prodigieusement habiles, aussi vertueux d'apparence. C'est il vous d'être
il adroits qu'eux, ce qu'on ne peut pas espérer toujours en sortant du Canada.
Sous avions environ une heure \ passer à Cbicago; je ma promenai machinalement dans les abords de la gare, puisjo
ins prendre ik la hSte mon billet pour San Francisco. Je dis à la hâle, car je me redoutais, je ne savais pas si, au moment suprême, la courage ne viendrait à me manquer. J'avais déj^ fait trois cents lieues seu! et j'en étais tellement maladequejea'osais croire il une résolution définitive. Mais maintenant le sort était jeté ; la locomotive fumait avec rage les passagers se précipitaient pour retenir leur place, il y avait un va-et-vient animé, mais lugubre ; chacun avait la flccrùte terreur d'un si long voyage, mais prestyie. abAWi.'ù. sFait un ami; dea mères avaient \eu.ia ftw^a.ïM, ft.% ■ïa.'s.Ti»