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III

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chose qu'il en doive advenir. Dont est requis que , avec ses gens de pied , ait quelque nombre de gens bien armés pour soutenir un faix , s'il en est besoin. » Et, pour ce, le prièrent de* rechef qu'ils y allassent. « Or allez donc, dit-il, et gardez surtout, à cette première charge, de ne hasarder par trop votre affaire ; car le lieu où sont nos ennemis est moult avantageux pour eux. » A chef de ces paroles, grand nombre de gentilshommes, bien armés et montés sur bas chevaux , se mettent après à course de cheval, et tant que, avec le seigneur de La Pftlice et ses piétons, se trouvèrent au droit d'un petit bourg, nommé Riyereu, à un mille près de Gênes.

Et delà commença le seigneur de La Palice à regarder la montagne» et les forts qui dedans étoient , et tout le sommet et pendant de ladite montagne, pleins de gens armés, qui de tous cotés faisoient cris et tiroient artillerie aur nos gens* Or, avoient iceux Genevois fait sur la cime de leur montagne; un fort bastillon, percé de terre à tous côtés, et mis de-* dans grand'puissance de soldats et force artillerie. Et est à savoir que , là dedans cette montagne, sont deux chemins , qui, du bas de la grève et du pied de ladite montagne , montent droit audit bastillon , et de là descendent à Gênes , vers le château, et à Besaigne; desquels chemins, l'un est près de l'issue du bourg

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de Rivereu , comme de demi-jet d'arc, ou environ , regardant vers le chemin de Gênes, sur main senestre ; l'autre , outre ledit Rivereu, loin de deux jets d'arc, tirant aussi vers Gènes, du coté de la grève ; entre lesquels deux chemins étoit assis ledit bastillon, sur le sommet du mont. Or y a voit, sur le bord et au travers d'iceux chemins , barrières et maisons fortifiées, et force gens d'armes pour les gar* der. De l'autre coté, sur main dextre, étoit une autre montagne, de la hauteur et pareille de cette, qui pareillement étoit toute pleine de gens armés.

Ainsi que messire Jacques de Chabannes avec ses gens avisoit le lieu pour monter, messire Charles d'Amboise fit à coup marcher toute l'armée , et tira celle part. Et premier qu'elle fut là arrivée, jà commençoit le seigneur de La Palice à monter avec ses gentils» hommes, les piétons un peu à quartier, tirant ledit seigneur de La Palice, par le chemin plus prochain de Rivereu , droit à une maison fortifiée sur le bord dudit chemin, haut en ladite montagne environ deux jets de pierre.

Au point que le seigneur de La Palice commençoit à monter , toute l'armée de France arriva sur le lieu. Là furent tous les gens d'armes à cheval , et les Allemands et piétons françois, vis-à-vis dudit bastillon, dont tirèrent les Génevois coups d'artillerie à pierre perdue au

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travers de l'armée et du camp, sans faire que peu de mal; car la plupart de leurs coups passoient par-dessus , pource qu'ils venoient d'amont.

Messire Charles d'Àmboise, lieutenant du roi, voyant monter le seigneur de La Palice avec ses gens , et adresser vers la maison fortifiée sur le bord du chemin, et les montagnes couvertes d'ennemis, commanda à messire Paul de Beusserailhe, maître de l'artillerie, que tout soudainement il fît monter sur la montagne quatre faucons, et qu'ils fussent mis en lieu propice, pour tirer contre la maison que le seigneur de La Palice alloit assaillir, et au travers des vilains qui étoient sur ladite montagne à grosses troupes. Et tout en l'heure, celui maître de l'artillerie , avec les commissaires d'icelle , qui étoient Êtienne de Ghampellais, Guérin Maugué, Pérot d'Oignois et Louis Benoît, firent monter quatre faucons, dont le premier fut monté par les pionniers , les autres trois à force de chevaux et de câbles, et furent mis au pendant de ladite montagne, entre le bourg de Rivereu et le chemin où étoit ladite maison, et là taudissés et assis ; . et* pour iceux tirer, un nommé Ferry UteJ et quatre autres canonniers furent là mis et ordonnés. Deux autres gros canons furent mis au pied de la montagne, pour tirer contre le bastillon d'amont; et furent là ordon-

nés trois canonniers, nommés Jacques Daussel, Thibaut d'Archet et Pierre de Sallenove.

A cette même heure , messire Charles d'Amboise, lieutenant-général de l'armée du roi, fit chevalier un nommé maître' Thomas Bouhier, général de Normandie , lequel fut là au camp, armé de toutes pièces, vêtu d'un saie de drap d'or et monté sur un bon coursier.

Le seigneur de La Palice , avec grand nombre de gentilshommes, s'efforçoit à toute puissance de gagner la montagne, laquelle étoit droite à merveilles et haute d'une lieue de chemin, ou de près. Et pource que j'étois lors sur le lieu , et vis iceux gentilshommes monter, et partie de leur exploit, aucuns d'iceux ai voulu nommer ici , premièrement messire Jacques de Ghabannes, seigneur de La Palice, et chef de la bande ; Jean Stuart , duc d'Albanie; Jacques de Bourbon, comte de Roussillonj Jacques de Rohan, seigneur de Léon; René d'Anjou, seigneur de Maizières; Jean de la Chambre, vicomte de Maurienne; René de Bretagne, comte de Pointièvre ; le vicomte de . Rhodez; Odet deFoix, seigneur de Barbazan; Andrieu de Foix ; messire Rogier , baron de Béart ; messire Mery de Rochechouart , seigneur deMortemart; messire Germain de Bonneval , gouverneur du Limousin ; Louis de Genlis, seigneur de Montmort; François- de Crussol, seigneur de Beaudîner; messire Jean

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Picart, bailli d'Ettellan; Pierre de Bayard; le seigneur d'Arpajon, Marc du Fresne; Ymheult de Romanieu; le Basque, nommé Pierre Tardes; Adrien Ticrcelin, seigneur de Brosses 5 Jean de Saint- Amadou r; un nommé Cytain, et grand nombre d'autres, dont la plupart étoieot à pied , et les autres sur petits courtauts, pour les mener jusques au lieu ou setoit besoin de combattre ; et ce pendant qu'Us marchoient, les vilains d'amont ruoient grosses pierres le long de la montagne , tiraient trait et artillerie, et faisoient du sanglant fis qu'ils pouvoient, et se montroient sur ladite montagne en nombre de plus de trente mille hommes : dont messire Charles d'Amboise, ayant la charge de toute l'armée, voyant si grosse puissance d'ennemis , doutant que le seigneur de La Palice et ses gens ne fustent assez pour soutenir le faix de tant d'efe&emis, voulut là faire montrer trois mille , Allemands. Lesquels refusèrent la haie, disant qu'ils ne se départiraient point , s'ils ne montoient tous ensemble, et plusieurs fois refusèrent à monter. Toutefois par belles re- Xoontra&ces qu'il leur fit, et voyant tant de drap d'or monter , eurent honte du .refus , et. commencèrent à sortir de leur rym ; mais, premier que vouloir monter, demandèrent des gens de cheval à leur queue, pour arrêter les ennemis, quand ils viendraient i l'exécution;

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dont fut baillé le capitaine Fontrailles, avec cinquante hommes à cheval, lesquels se mirent à la queue d'iceux Allemands. Et ce fait, regardèrent amont, et voyant grosse bataille d'ennemis en ordre , en montant baisèrent la terre , et croisèrent les bras deux ou trois fois , et firent longues cérémonies , tant, que, pour les acheminer, ledit lieutenant du roi fit marcher devant eux , tout au droit du bastillon, Jacques d'Alègre, seigneur de Millau; messire Yves de Malherbe; Péralte, Espagnol ; Pommeroul , et quelques autres capitaines de gens de pied , avec trois mille piétons; aussi montèrent messire Robert Stuart , avec quatre-vingts de ses archers , tous à pied; Mollart , Allemand , capitaine de gens de pied. Et à la queue de leurs gens , étoient messire Antoine-Marie de Saint-Severin , avec quarante arbalétriers. Aussi y étoit messire Philibert de Glermont , seigneur de Montoison, lequel menoit quinze hommes d'armes et trente archers à cheval, montés légèrement et armés à la bâtarde.

Messire Jacques de Ghabannes , seigneur de La Palice , et les gens de sa bande , approchèrent la maison, où grand nombre de Génevois s'étoient fortifiés ; et pour savoir qu'ils voudraient dire, leur transmit quarante arbalétriers à cheval , pour escarmorucher, lesquels chargèrent bien à point , à grands coups de

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trait. Mais pour ce que le lieu étoit mal à main pour gens de cheval , pour l'empêchement de la montagne, qui étoit droite, ne leur surent guère nuire , et à la fin , à coups' de trait et de main furent repoussés bientôt. Aussi étoient aucuns de nos gens de pied montés si haut , qu'ils avoient trouvé leurs ennemis en barbe, qui pareillement les avoient renvoyés bien lourdement, et se retiraient; dont le seigneur de La Pâlice, voyant aucuns d'iceux reculer, leur cria : « Tournez, ribauds, tournez! car s'il y en a un à qui je voie démarcher un seul pas, je le ferai tailler en pièces. » Et là fut un gentilhomme nommé Pierre de Bayard, lequel s'adressa à aucuns de ceux qui s'étoient reculés , et à tour de bras commença à . charger, et tant qu'ils tournèrent en avant. Tantôt fut la maison où les Génevois s'étoient fortifiés , par le seigneur de La Palice et ses gens, à grands coups assaillie, et approchée jusques à combattre main à main. Là mirent pied à terre ceux qui avoient chevaux , et se joignirent tous ensemble. Ceux du dedans né se défendirent longuement; car, ainsi qu'on les assailloit, un canonnier nommé Ferry Utel , prévôt de l'artillerie, étant à un rempart entre Rivereu et ladite maison , adressa là un coup d'un gros canon , tellement qu'il perça ladite maison tout au travers , et tua deux hommes génevois : ce fait , qui put fuir de

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là ne fit autre demeure; ainsi abandonnèrent le fort, et à mont. A cette première rencontre, les vilains qui étoienten la montagne tirèrent artillerie à toutes mains, et tant de trait, qu'il tômboit menu comme gouttes de pluie.

Grand'chaleur faisoit lors , don\ à grand'peine montoient les gentilshommes et autres, qui étoient armés de toutes pièces et à pied. Advint que, pour la force du chaud , le seigneur de La Palice mit bas et avala sa gorgerette , laquelle étoit double et toute échauffée pour la chaleur du soleil ; et comme chacun s'efforçoit de monter, un trait vint d'amont donner droit au défaut de la gorgerette dudit seigneur de La Palice, et lui entra en dévalant bas dedans la gorge , bien quatre doigts : de quoi ne tint compte , mais marcha encore en avant, disant : « Ce n'est rien , ce n'est rien ! » et arracha le trait, dont incontinent grand'force de sang commença à saillir de la gorge , et tant, qu'il ne put plus tirer avant, car j à avoit perdu moult de sang. Toutefois ne s'ébahit de rien, mais tout en riant, dit : « Je n'ai nul mal , si n'est que ma douleur est seulement pour ce que je ne puis, à mon vouloir et à ce besoin, servir le roi, et me trouver à la bataille contre ces vilains, lesquels, sans faillir, à l'aide de Dieu et des grands coups que vous, messeigneurs , donnerez aujourd'hui, seront défaits. Or, allez sous la main de Dieu, qui

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vous soitaujourd'hui secourable. Monseigneur le duo d'Albanie, s'il vous plaît, dit-il, vous prendrez la charge de conduire le demeurant de cette entreprise; et vous, messeigneurs et amis, je vous supplie que aujourd'hui vous ayez votre donneur et les affaires du roi , sur toutes choses, pour recommandés. » Ce dit, se fit emmener par un gentilhomme nommé Antoine du Cartier, maître-d'hôtel de messire Charles d'Amboise, et se fit panser en une maison près de là.

Le duc d'Albanie , qui avoit la charge de cette menée, marcha hardiment avec tous les autres gentilshommes et piétons qui cheminoient à quartier d'eux ; et tant marchèrent, que dedans une petite plaine près d'une montagnette , et à un jet de pierre du sommet de la montagne , trouvèrent bien cinq cents Genevois là ralliés ensemble. Le lieu étoit assez aisé et propice pour combattre , mais avantageux pour les Génevois , car il falloit monter haut pour gagner ladite place. Là se rangèrent les Génevois, et à coups de hacquebuttes, de traits et de pierres , chargèrent nos gens bien rudement, et en blessèrent plusieurs; desquels furent Odet de Foix , lequel eut un coup de trait en la cuisse , mais pour ce ne s'arrêta. Aussi y fut blessé un gentilhomme de Gascogne , nommé Étienne de Carnac ; et ainsi que messire Germain de Bonneyal descendoit de

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dessus une petite haquenée, pour vouloir combattre à pied , fut failli d'un coup de trait, lequel sadite haquenée reçut. Longuement fut à ce lieu combattu , et par force la place gagnée, et les Genevois chassés et suivis jusques au sommet de ladite montagne ; et est à savoir que piétons françois et allemands se mirent à la chasse par les montagnes, en divers lieux, après les Génevois, dont les Allemands en enclouBsirent, près du sommet de ladite montagne, bien deux cents, lesquels furent tous dégoillés et dépouillés en l'heure. Là aussi étoient à cheval François de Maugiron, lieutenant de Mollart, Allemand ; Jacques du Mas, seigneur de l'Isle ; Huguet d'Asnières ; Pierre de la Boucherie; un nommé Tartarin, et huit hommes d'armes de ceûx de Fontrailles, et messire Mercure avec ses Albanois, lesquels firent une sanglante exécution de Genevois, qui toujours se défendoient, en eux retirant à la cime de la montagne , et tant de traits tiraient, que bien quatre-vingts de ceux des gens de pied, que François que Allemands, y moururent , et y eut de blessés bien quatre cents ou plus : car aussi étoient-ils mal armés. Le seigneur de Millau, Malherbe, Péralte et Pommeroul , avec quelques autres capitaines de leurs bandes, marchèrent tout au droit de ladite montagne au bastillon. Les Allemands et les autres gens de pied, avec les

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chevaucheurs qu'ils a voient en queue, marchèrent aussi roidement droit amont. Et voyant , iceux Genevois , que de toutes parts . leur montagne étoit assaillie , et que les François approchoient leur bastillon , abandonnèrent leur fort et mirent le feu dedans leurs poudres. Là monta des premiers Jacques d'Alègre, et prit l'étendard de sa bande, puis tout le premier entra dedans ledit bastillon , tout plein de feu et de fumée de la poudre qui jà étoit brûlée, et mit son étendard dessus celui bastillon. Les Allemands et autres gens de pied françois tuèrent là tous les Genevois qu'ils y trouvèrent, et donnèrent la chasse aux fuyans jusque contre les portes de i Gènes.

Ainsi que ee chapplis duroit, et que les François gagnoient la montagne , au bas , à l'entrée du chemin par lequel on monte droit au bastillon , avoit une forte barrière sur le gravier, où étoient là pour la garde d'iceiie mille ou douze cents hommes de guerre génevois , pensant que la venue des François se feroit par là. Et ce pendant que ceux qui alloient en la bataille montoient à mont , ceux de ladite barrière ennuyoient moult les gens d'armes, tant de trait que d'artillerie et des saillies qu'ils faisoient sur le camp : dont le lieutenant du roi y fit mener trois grosses* coulevrines et un canon serpentin , pour

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battre ladite barrière et line maison qui étoit au-dessus; et aussi fit' marcher une bande de Suisses , lesquels voyant ladite barrière , d6nt venoit le trait et artillerie sans cesser, ne la voulurent assaillir, mais dirent qu'ils iroient volontiers à la bataille où étoient allés leurs compagnons. Et lors un nommé messire Rigault d'Oreille, du pays d'Auvergne, maîtred'hôtel du roi , s'en alla vers ladite barrière, feignant escarmoucher , pour icelle aviser et la manière des Génevois qui la gardoient ; et cela vu, en s'en retournant trouva un nommé Guyon Le Roy , seigneur de Chillou , auquel dit : « Venez voir une barrière que les Génevois tiennent , laquelle me semble assez facile à gagner, et m'est avis, si quelque bonne bande de gens de pied marchoit celle part , que bientôt seroit gagnée ; et qui me voudra bailler renfort, je prendrai sur mon honneur de l'emporter. » Celui Guyon Le Roy dit : « Pour moi , ne tiendra qu'elle ne soit assaillie, et de ma part m'y trouverai volontiers avec vous. » Ét sur ce point, ledit messire Rigault s'en va hâtivement devers messire Charles d'Amboise, lieutenant de l'armée , lequel avoit l'œil et la main à toute heure au besoin de l'affaire ; auquel dit messire Rigault : « Monseigneur, il y a ici près sur le gravier, à l'entrée d'un chemin qui va droit au bastillon d'amont , une forte barrière et grand nombre de Génevois

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qui la gardent , et de là ennuient fort l'armée du roi à coups de trait et d'artillerie, laquelle n'abandonneront iceux Genevois pour notre artillerie , car ils ont des taudis où se garantissent. Et aussi les Allemands que avez là envoyés pour l'assaillir ne veulent coup donner, combien qu'elle soit de prise et facile à emporter ; fcar j'ai vu et avisé l'entrée , qui est gagnable pour gens de pied : pour ce , s'il vous plaît m'en bailler quelque bonne bande, il m'est avis, et me semble sans faillir, que je chasserai les vilains et gagnerai ladite barrière. » Messire Charles d'Amboise, oyant ce propos , lui bailla les cinquante hommes d'armes et cent archers de messire Yves d'Alègre , lesquels fit tous là marcher à pied. Droit à ladite barrière adressa messire Rigault d'Oreille, avec lui ledit Guyon Le Roy, et un autre nommé Philibert de Beau jeu, et les hommes d'armes et archers dudit seigneur d'Alègrô. Là fut un nommé Antoine de Saint-Nectaire, capitaine des archers , lequel marcha droit avec ses archers; et à la queue d'iceux , étoit un nommé James de Sainte-Colombe , lieutenant de ladite compagnie, avec ses hommes d'armes, tous à jûed, lesquels marchèrent droit à la barrière, dont grands coups de traits et hacquebuttes venoient. Et à l'approcher, messire Rigault d'Oreille dit aux gens d'armes qui le suivoient : « Marchez hardiment et sûrement; car j'ai vu

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l'entrée des barrières, laquelle est aisée , et jà sont les vilains ébranlés. » Ce dit, se mit devant l'épée au poing, et là, à grands patacs , chargèrent François sur ceux de la barrière.

Les archers commencèrent à décocher flèches au travers de la route des Génevois; les hommes d'armes pareillement se mêlèrent en la presse, et chargèrent tous ensemble , en manière que la barrière lut abandonnée desdits Génevois et gagnée par les François , lesquels leur donnèrent la chasse jusque» à une maison étant sur le bôrd du chemin et fortifiée de gens et d'artillerie. James de Sainte -Colombe, avec ses gens d'armes, assaillit celle maison si très-vivement, que les Génevois l'abandonnèrent, et se mirent à monter la montagne par divers lieux.

Alors que ces exploits se faisoient, les gentilshommes et autres qui étoient montés des premiers combattaient en plusieurs lieux par ladite montagne ^ dont lesdits Génevois, qui s'enfuyoient de ladite barrière à mont, furent la plupart rencontrés des Allemands et gens de pied françois; et Dieu sait quelle composition ils eurent! Jusques au sommet de ladite montagne montèrent les François qui avaient gagné la barrière d'en bas, et là trouvèrent grande exécution de morts, dont il y en eut, selon l'estime de plusieurs, environ deux mille cinq cents Génevois, et des François et

Allemands bien cent, et de quatre à cinq cents blessés. •

Tandis que les François donnoient la chasse et tuoient les Genevois par les montagnes , à l'autre côté de la montagne sur main dextre, au-dessus d'une abbaye de saint Benoît, avoit grand nombre de Génevois armés. Et ce voyant, le lieutenant du roi, qui avoit l'œil par tout , appela un nommé Gossains , capitaine de cinq cents laquais , lequel fit monter, avec ses piétons, droit où étoient les Génevois. Là, sur le gravier étoit toute l'armée de France en ordre , sans se mouvoir nullement , dont aucuns regardoient monter ledit Cossains et ses piétons; disant que sur la montagne avoit moult grand nombre de gens armés, et que c'étoit bien peu d'envoyer cinq cents hommes seulement, et que bon seroit de marcher après quelque nombre de gens à cheval sur la queue , pour les secourir, si besoin en étoit. Et sur ce, un nommé Guillaume Gouffier, de la maison de Boisy, lieutenant des cent hommes d'armes du marquis de Mantoue , et aucuns autres gens d'armes de diverses compagnies, étant jusques au nombre de vingt hommes d'armes et archers, sortirent de leur ordre, et laissèrent leur enseigne , tirant après ledit Cossains et ses piétons, qui s'étoit jà assemblé avec les Génevois, et donné dessus si rudement , que la place lui

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éloit demeurée. Les Genevois , qui étoient des vilains de Foulceuvre , se mirent en fuite par le bas de ladite montagne, lesquels furent arrêtés par les gens de cheval, et rechassés amont. Les laquais de Gossains pareillement les rembarrèrent, en manière que grande partie d'iceux furent enclos. Et eux cuidant gagner un chemin au-dessus d'une abbaye qui est au bas de ladite montagne, pour tirer à Saint-Pierre-d'Arêne et à Gènes, furent là arrêtés, chapplés et assommés bien cinq cents, comme fut dit par aucuns de ceux qui avoient été à l'exploit.

Ainsi fut gagnée la montagne nommée la montagne des Deux-Frères, pour une déconfiture que firent là autrefois deux frères genevois sur leurs ennemis ; et aussi fut gagné leur bastillon par Jacques d'Alègre, seigneur de Millau. Chacun de ceux qui furent à ce fait honorable s'y acquittèrent tellement, que pour eux y acquirent louange immortelle et renom florissant. Et entre autres fut donné le bruit à messirè Jacques de Ghabannes , conduiseur de la première charge, et aux gentilshommes de sa bande, lesquels eurent le premier heurt, soutinrent le plus grand faix, et en portèrent plus de peine ; car eux armés de toutes pièces, et à pied la plupart, montèrent ladite montagne haute à merveilles, et tant droite, que, en plusieurs endroits d'icelle,

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