III
faîloit grimper les buissons et monter à quatre pieds. Somme > ce fut une œuvre de merveilles à tous ceux qui «fc ouïrent parler, et épouvantable à tout te monde.
Jusques à celle heure, ne surent ceux du château le vrai de leur secours ; car voyant paravant les vilains sur tes montagnes , pensoient que de là vinssent assiéger et assaillir le château. (Mais voyant la croix blanche et l'étendard des François sur le bastillon , et la chasse qu'on donnoit aux Génevqis, lesquels on tuoit à la vue du château , connurent qu'ils avaient secours, et que l'armée *de France étort au pied des. montagnes et dedans. Pour lesquelles choses, firent un cri de joie, comme s'ils fussent ressuscites de mort à vie; et aussi étoient-ite en grand hasard : car leur vin étoit failli, et leurs, au très vivres diminués, e>t des soldats grande partie de morts etie& autres affolas. Toutefois cèux qui furent sains montèrent sm* les murailles, et là firent sonner trompe Aefe et tabourihs > ai tirant ârùHerie au travers de Ta ville, comme si tout dût basirr, et s ? ébaudirent joyeusement.; Mcssire Gdéas, voyant du château sur le haut des murailles du Palais deux étendards de saint Georges, fit adresser uhe grotee sérpentinfe celle part , et *tirer si à drôrt , que d un coup tus. pat terre un diceux étendards : de quoi l<* Genevois furent moult ébahis, et tant, que
plus ne s'essayèrent de dresser leur étendard.
Le roi , qui étoit lors au Bourg de Busale, sut par postes , que couraient aucuns de ses vaiiete de Cambre, les .nouvelles : de la prifte des montagnes et 4u bastillon .,. #t co*n*ae $es gens avaient gag»é la bataille : 4e quoi fui naquit joy^u*, et mroda à <mçs*re Charles d'Amboise , «on lie^tenant-Tgénéral , que le kadeimin U âeroit à son; ar mée.
Après toutes ces cfctées» .gens d'anmes fa~ ren* mis à gandar le ba&ûHon , que le seigneur de Millau , avec, quelques autres capitaines de gens de pied et trois mille laquai» frajaçois, eut on garde* Aussi .forent ordonnés irrôs mille Allemands à garder la montagne. Car ettoore tenaient les Genevois le iCa&tellat, qu'ils avaient , an couigaeneement du mutin, gagné sur nos gens. Lequel Castellat est assis au pendant de la montagne, du*coté de Gênes, centre te bastillon , ; et le château à main <seneslre, -en descendant du bastillon à la ville; bien garni tle gens et d'artillerie, pour encore tenir longuement et amuser l'armée. Mais pource que jà étoit sur la vesprée et près de nuit, fut dit que ce jour ne seroit fait autre chose , si n'est que, gens d'armes furent mis autour de celui Castellat, pour garder que celle nuit ne fût renforcéxle gens ou de vivres, pour celui assaillir le lendemain et approcherGênes.
Ce fait, gens d'armes furent logés et mis chacun à son quartier : l'avant-garde fut mise près de Saint-Pierre-d' Arène, à la venue de Gênes; la bataille, vis-à-vis, et tout autour d'un gros bourg nommé Rivereu ; l'artillerie et tous les gens de pied , entre la bataille et l'avant-garde, tout au droit du bastillon ; l'arrière-garde, au-dessous du bourg de Rivereu, à un grand jet d'arc loin en arrière de la bataille. Là, sur les côtés, et au pendant des montagnes , avoit grand nombre de palais et beaux logis à merveilles, qui étoient des seigneurs et marchands de Gênes, où là dedans étoient logés les capitaines et seigneurs qui là étoient. Dedans le bourg de Rivereu étoit logé messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, et grand'compagnée de gentilshommes du roi , qui repassoient tous à son logis. Aussi tenoit-il maison ouverte à tous venants , où ce jour me trouvai à l'heure du souper, pour en avoir ma part comme les autres. Tout le logis, haut et bas , étoit plein de mordans. Là vis arriver plusieurs des gentilshommes qui avoient été à la bataille, dont aucuns n'étoient encore desarmés de leurs grèves et garde-bras , tous lassés, et barbouillé le visage de poudre et de sueur. Chacun parloit là de l'affaire de la guerre , où j'ouïs et appris beaucoup de choses que j'ai ci mises par écrit.
Sur le point du souper, devant le logis du
lieutenant du roi , arriva grand'flotte d'Allemands, dont les uns portaient les autres à leurs cols et sur des piques, tous blessés et sanglants : lesquels fit monter à mont , et iceux fit reçaître et panser à ses dépens , et tenir audit logis jusqu'ils fussent guéris.
A toute heure lui survenoierit nouvelles de la guerre et des affaires du roi; et entre autres, * au commencement du souper, survint un des capitaines des Allemands, qui avoit monté la montagne , disant qu'iceux Allemands ne demeureraient en ladite montagne , si leurs compagnons d en-bas n'y alloient, ou qu'on leur envoyât quelque autre renfort, pour leur aider à garder ladite montagne. Et tout en l'heure, le lieutenant du roi laissa le souper, et à toute diligence s'en va au camp , où prit gens d'armes- et piétons, jusques au nombre de deux mille ; et iceux fit monter, pour aller là où étoient les Allemands et garder la montagne avec eux; puis s'en alla tout au long du camp voir l'ordre de ses gens. Et comme celui qui avoit la charge de tout étoit toujours en pieds , en manière qu'il ne dormoit ni nuit , ni jour ; mais étoit tout temps par chemin de lieu en lieu , pour lui-même voir asseoir le guet du soir, et delà minuit, et du matin.
Et avec ce , avoit mis telle police et provision à l'affaire des vivres , que toute la vallée de Foulceuvre, quicontenoit plus de douze milles
de pays, étoit toujours pleine de vivandierà ; et si bien étoit l'ost garni délivres , que làaussi grand marché en étoit qu'en la meilleure ville de France. Toute celle nuit fut mis gros guet, et écoutes à force autour de Gênes et sur les montagnes.
Aus&i ne dormoient pas les Génévois, de leur part, combien qu'ils eussent mal fait leurs beôognés le jour de devant. Là étaient leur duc , nommé Paul deNove, et un autre Pisain, nommé Jacobus Corsas, lesquels avoient la chaîne de l'armée de Gênes , et avoient conduit ce jour l'armée à la montagne, et perdu la bataille, comme j'ai dit. Lesquels voyant le commencement de leur maie fortune, pour donner confort et espérance au peuple , dirent devant tous : « Messieurs , si nous avons aujourd'hui fait quelque peu de perte , demain recouvrerons le tout; car fortune, qui onc ne toùrtaa le doè à Gênes qu'à cette fois, noto serft à tine autre secou fable. Si nos ennemis fefe François bccupefct partie de notre moritaghè , ericoré avons-nous le Gastellat «t fa. Montagne de notre côté à délivre, par où pouvons monter saris leur danger jusques à inont , et là leur tenir bastille et.pied ferme. Reprenons donc nouveau courage de vertueux vouloir, et nous efforçons de leur donner un échec. Autant de gens, et plus qu'ils ne sont, sommes ici ne reste plus qu'avoir bon vou-
DE JEAN p'àUTON.
loir de bien faire , et au besoin V e ^çuter : pou? ce, est pûétier q^ie , demain au plu^ npatin , tout homme de Gênes qu} pourra armes porter se trouve à la montagne, délibéré par armes défendre notre liberté, que nul homnpe de cœur vertueux doit laisser perdre, si n'es{ quant et la vie. Four tant , nobles cœurs de Gène vois, trouvez-vous à la montagne des Deux- Frères, pour là vivre et înourir à la défense de votre franchise et garder yotrecité. Outre, est avisé que, pour nps ennemis amuser et surprendre , enverrons ambassades devers le lieutenant du roi de France , feignant de vouloir parlamenter et rendre la yille j lesquelles ambassades exploreront et aviseront l'armée des François, les lieux où est assis leur camp, et la manière de leurs gens d'armes, pour nous en avertir , afin de donner dedans par le plus aisé ; et ce pendant, nous monterons tous par le derrière de notre montagne, afin qu'ils ne voient notre puissance ; et nous , ainsi montés, ferons faire une saillie de trois ou quatre mille hommes vers le côté de la Lanterne , comme pour leur vouloir donner de ce coté la bataille, où soudainement accourra toute l'armée ; et , elle ainsi passée, dévalerons de la montagne, et à tour de bras leur donnerons la chargp sur la bataille ou arrière-garde , dont seront effrayés du bruit et se désordonrieront en manière que, sans faillir, si nous avons cœur,
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nous gagnerons la bataille et mettrons €0tlt4& sac. » Là forent présents Paul-BaptistéïïuAî 1 ^ nian, Démétrius Justinian, Manuel de G&Ka&te, Antonius de Chili, des premiers mufcrfs'de Gênes, et deux capitaines, nommés^JTfernatin et Gambecourte, lesquels, de Vint tout le peuple de Gênes, louèrent et recommandèrent l'opinion susdite, disant que "de meilleur ni plus sûr moyen ne sauTôieùt trouver pour défaire les François; à, quoi s'accorda tout le peuple, tant que, toute là nuit, ne firent autre œuvre par la ville , qu'armer gens , voire de tant, comme depuis je sus par mon hôte de Gênes, que en nombre se trouvèrent quarante mille hommes armés ou plus , lesquels , dès l'aube du jour, se mirent à monter la plupart , et eux montés, se mirent entre les montagnes hors la vue de nos gens : toutefois furent bien avertis -par ceux de notre guet que grand nombre de Génevois êtoient montés.
Au plus matin envoyèrent devers le lieutenant du roi leurs ambassadeurs, lesquels passèrent par le quartier de l'avant-garde, regardant çà et là comme avoient charge de faire, disant à ceux qui les enquéroient où ils alloient : « Nous allons en ambassade devers le lieutenant du roi pour parlamenter et faire composition , pour rendre la ville au roi » ; et , ainsi toujours en regardant l'ordre de l'armée , passèrent outre jusques au logis du lieutenant
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du *oi f auquel dirent la charge qu'ils avoient de 1$, ville. « Je ne puis rien , dit-il , conclure avec^vous, ni ne pouvez avoir réponse jusqueSvà la venue du roi, qui sera ici dedans deux heures, comme il m'a mandé; je m'en vais au-4evantde lui pour l'avertir de tout.» Oyant lesdits Génevois que le roi étoit si près, furent tous ébahis , pensant qu'il ne viendrait point , quelque c)iose qu'on en dît , ce que pareillement ne croyoient ceux de Gênes. En bonne garde furent mis lesdits ambassadeurs.
Ce fait, messire Charles d'Amboise prit grand nombre de gens d'armes , et s'en alla au-devant du roi qui étoit parti bien matin de son logis et avoit chevauché, armé, et matin pour la fraîcheur.
Comment le rot se ren&it h son armée devant ttene*, et Vnnt bataille garnie par le* .François, et romment la ville île <Stëne* se rendit au roi.
Le roi , sur les neuf heures du matin , arriva au camp avec grosse route de gens d'armes; et fut le vingt-cinquième jour du mois d'avril, en l'an susdit mil cinq cent sept. Autour de lui, devant et derrière, étoientses deux cents gentilshommes, tous en armes, et leurs che-
vaux bardés et accoutrés richement. Avec lui étaient le duo de Bourbon , le duo de Calabre, le due de Longueville, le due de Ferrare; le comité de Nevers, le marquis de Mantoue, k marquis de Montferrat, le seigneur Jean Jourdan et plusieurs ai)tres grands seigneurs tous armés et vétùs de saies de drap d'or ét d'orfèvrerie , montes sur grands coursiers bandés moult richement/ Le roi , arnqé de pied en eap, était au milieu des quatre- cents archers de sa garde, les vingt et quatre du corps tout au joignant de lui : lesquels archers étaient armés de leurs brigandines et salades , et vêtue de leurs hocquetons, les arcs tendus, el faisoient entre autres belle montre en marchant moult fièrement. Au derrière de lui f avoit une escouade de gens d'armes semblant être assez pour devoir soutenir un faix de grosse bataille. Somme , sa route duroit une lieue de pays : ce que pouvoient clairement voir les ennemis qui étoient en la montagne , dont furent ébahis , ne ée doutant de sa -vefrjue. Les Allemands de sa garde , tous empanachés, armés dehallecretsetla pique au poing , marchaient en pointe et devant les archers de la garde, fie sa venue fat tout l'oet réjpui. Les Allemands oommenpèrent 3. battre leurs gros tabourins et marcher au-devant de lui, en lui faisant la révérence le genou en terre. Ce fait, après qu'il eut vu et avisé l'ordre de toute sojn
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armée qui là étoit toute en bataille, s'en alla loger à un monastère de Saint-Beiwit, au pied de la montagne, sur main dextre, où là avoit beau logis et dévote église , et grands jardins clos de bonnes murailles, dedans lequel furent logés les quatre cents archers de la garâe et les cent Allemands. Lé cardinal d'Amboise fat logé là dedans ledit monastère avec partie de son train. Maître René , cardinal de Pryè, étoit pareillement logé là près. Tristan deSalazar , archevêque de Sens , suivit aussi le roi, et si avoit avec lui vingt hommes à cheval, tous la brigandine sur le dos, et lui son harnois complet dedans ses coffres, çt un bon coursier pour le servir au besoin.
Tantôt que le roi fiit arrivé, meseire Charles d'Amboise, son lieutenant, lui mena les ambassadeurs de Gênes , qu'il ne voulut voir ni ouïr ; mais les envoya au cardinal d'Amboise , pour les ouïr et savoir qu'ils voudroient dire, et, ce fait, aviser sur leur dépêche. Après dîner, les ambassades furent ouïes touchant leur charge, telle que le peuple et toute la ville de Gênes disoient que volontiers se rendroient au roi, et lui mettraient ladite ville etttre ses mains, leurs libertés , biens et vies saufs; priant ledit cardinal d'Amboise très-humblement de vouloir intercéder pour la désolée cité de Gênes, et qu'il fut le bon plaisir <|u roi, leur seigneur souverain, comme disoient, de ne vouloir dé-
truire son même pays, et qu'ils amenderaient partie au vouloir du seigneur : auquel propos ne voulut entendre le roi, ni rendre autre réponse.
Advint, ce pendant et durant ce parlement , sur les trois heures après midi, qu'une alarme se fit sur le camp, tellement que le bruit fut incontinent par {out l'ost , dont chacun courut aux armes. Les deux cents gentilshommes, les quatre cents archers de la garde et les cent Allemands du roi furent armés, les gentilshommes à cheval et les archers à pied, tous joignant le logis du roi, avec plusieurs de ses princes et pensionnaires. Lé roi, oyant le bruit de son logis, demanda que c' et oit. L'un de ses chambellans, nojnmé messire François de Rochechouart , sénéchal de Toulouse , lui dit : «Sire, c'est quelque alarme qui est survenue au camp. — Comment?dit le roi; ce n'estpas ce que les ambassadeurs disoient , qui sont venus ici pour parlamenter et traiter de la paix. Or allez , dit-il, voir que c'est. »Et sur ce, ledit messire François de Rochechouart sortit hors et vit aucunes des trompettes courant parmi l'ost et criant l'alarme à toute force. Si s'en retourna devers le roi, le plus tôt qu'il put, disant : « Sire, sans point de faute il y a bruit; et me doute que ce soit vers la Lanterne , et que par là les Génevois ont fait quelque saillie. » Et tout à coup le rçi se fit armer , et monter ses archers de la garde tous à cheval; et transmit
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messire Mercure , avec ses cent Albanois , devers la Lanterne hâtivement, pour aller savoir que c'était, et retourner incontinent. Lequel, à course de cheval , fiit tantôt près les portes de Gênes, dont étoit sorti grand nombre de Genevois, et étoient entre leurs barrières et la tour de la Lanterne. Messire Charles d'Amboise avoit fait mettre l'avant- garde jà en ordre, à l'issue du bourg de Saint-Pierred'Arêne, pour les attendre : lesquels ne marfchoient, fiais étoient arrêtés, pour amuser l'armée, comme avoient entrepris. Du côté des montagnes devers Gênes, commencèrent Génevois à monter à la foule de tous côtés , et tant que lesdites montagnes étoient couvertes de Génevois armés. Les autres de ceux qui étoient les premiers montés, lorsqu'ils virent leurs gens approcher, sortirent d'entre les montagnes, et tous ensemble plantèrent amont leurs enseignes, lesquelles se pouvoient voir d'à bas ; et y en avoit deux blanches et une rouge, et une mi -partie de rougé et de blanc, et plusieurs autres, qui ne se pouvoient d'en bas clairement aviser, sur le haut des trois montagnes, comme un jet d'arc près l'une de l'autre. Sur ladite montagne se mirent Génevois, en trois grosses routes ; et tout le long du sommet de ladite montagne , venant de Pontadême près du bastillon que les François tenoient, et en un
autre lieu , à quartier du Castellat, à main séquestre entre les montagnes, était la grande escouade de leurs gens, où pou voient être en tout quarante mille hommes ou plus ; et là se mirent tous en ha taille r Le seigneur de Millau, et autres capitaines, qui garaient le ba^tillon, et les capitaines des Allemands, qui tenaient la montagne de notre côté , mirept toutes leurs gens en deux batailles, où étaient de six à sept mille hommes françois et allemands ^ près les uas des autres de six- vingts pas ou ei^ iron. Le maître de 1 artillerie avoit f&t monter à force de gens et de câbles-, dès Je soir de devant ^ six grosses pièces d'artillerie, .et trente çoulevrines à -croc sur .chevalets -, portées par les pionniers ; desquelles, pièces , aucunes furent mises e(; .assises aifx lieux où ,étoient les gens d'armes françois et allemands 9 étant sur la montagne.; là, , icelles pièces embouchées droitement -contre les Genevois, ^t pour celles tirer, .inoipitèrppt là hjiit des canonniers du roi.
rEu^ ce poipt, avoient les uns et les autres ordonné leurs, batailles , et mis ordre en, leur affaire* Les Genevois donc avoient donné Falarme sur le quartier de la ^an terne, pour faire tirer la l'a^mée du roâ> .etonis sur les montagnes leur jgra&se>puiss£mce, pour donner par le bas de ce coté -sur les François, qui tantôt connurent lçttr stratagème ; à quoi pourvut le
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roi, qui jà étoit armé et monté sur un coursier, nommé Bai-gracieux , qui étoit moult adroit pour les armes ; et hors de son logis , accompagné de plus de trente mille hommes armés, sans plus attendre > marcha tout droit où pen» soit être le bruit ; mais voyant la montagne de tous «côljés. pleine de Générais et. en , trois ou quatre lieux avoir grosses batailles, fit ar-r rêter toute son armée et mettre en bataille bas tout au droit du bastillon. Devers kJLanterne éio\t Tavanttgarde en bataille, pour là attendre les Genevois», . lesquels «ne sortirent de leurs barrières, mais se retirèrent : de quoi, mesure Mercure avertit le roi , qui loris arrangeoit ses batailles et Jui-roême mettait ses gens en or* #rê* disant que lui-même monterait à «tout, pour se trouver à la mêlée ; ce qui lui fut déconseillé par toufi ses capitaines. Là fut terni conseil qu'il étoit de faire, et «'il étoit bon de leur donner la bataille. Là. furent messure Charles d'Ani boise , lieutenant du roi j nes^ sire Robinet de Fremezelles , et plusieurs to, très capitaines de l'armée et «âges chevaliers*; dont ettéufts forent d'avis . que ; \e lieu étoit moult avantageux pour teurs en nemis ; disant : «•Sire, vous voyez vos ennemis à grosse pufespfiee 4 merveilles , lesquels ofot pris lieu& avantageux et choisi le plus à main de-la place ; et awssi que, pour les combattre, sont amont peu de nombre de vos gens, au regard d^eux ;
et en outre, sire, vous voyez que l'heure est jà tarde; » aussi étoit-il sur le point de cinq heures du soir. Par quoi dirent aucuns capitaines : premier que renfort pût être monté à mont, la nuit seroit venue, et les vilains, qui savent et connoissent les secrets et détroits des montagnes, pourront la nuit avoir avantage sur vos gens et leur donner quelque amorce.
— Rien, dit le roi, il est encore plus de deux bonnes heures de soleil. Avec ceci je vois mon armée joyeuse et délibérée de combattre , et mes gens d'amont prêts de commencer le combat , et les vilains serrés et en crainte : suis sûr que tout soudain tourneront le dos , qui vivement les chargera. Ce sais-je, car autrefois lesai-je vus en mêlée, dont grosse roûte d'iceux, à peu de François, furent défaits. » Ce dit, appela messire Mercure, capitaine des cent Albanois, auquel dit : «Montez là sus avec tous vos Albanois, et sur la bataille des Genevois, que voyez plus prochaine du bastillon que tiennent mes gens , faites une légère escarmouche. Et ce pendant, au derrière de la montagne , faites mettre quelque embûche de vos gens et autres à cheval pour vous secourir, s'il en est métier. Et après votre escarmouche , feignez de vous retirer, pour les attraire jusques à l'embûche , et là leur donner quelque venue. Et ce pendant, je ferai monter grosse puissance de gens -de pied et à cheval ,
pour se joindre à ceux d'amont et donner la bataille.
Ce dit, messire Mercure avec ses cent Albanois, tous bien montés, à tout leurs bannerolles, se mettent à mont le long du chemin, tirant droit au bastillon. Plusieurs François à cheval , et autres , se mirent après ; et entre autres, le marquis Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue , monté et armé à l'albanoise avec grand nombre d'autres. Pareillement fit monter des Allemands , au nombre de trois mille, desquels trois de leurs capitaines fit là chevaliers; puis fit ceux monter, et autres de ses gens de pied, jusques au nombre de six mille : lesquels ne prirent le chemin des Albanois et autres gens de cheval, pour ce que c'étoit le plus long; mais dès le pied de la montagne , tout au droit du bastillon se mirent à grimper, et monter comme escuriaux. Le roi regardant ses gens aller ainsi allègrement, et toute son armée délibérée, étoit moult joyeux ; et si alloit de lieu en lieu , regardant son armée, avec face joyeuse et manière assurée, l'épée en la main, pour faire tenir chacun en son ordre. Là sonnoient trompettes et gros tabourins de Suisses , à toutes mains. Autour de lui étoient Charles , duc de Bourbon ; Antoine de Lorraine , duc de Calabre; François d'Orléans, duc de Longueville; Jean Stuart, duc d'Albanie; A1-'