‹ ChroniquesChapitre 9 sur 13 · XV · texte numérisé non relu

XV

Commet U rat, savant la rebdlum î*e 0a t\\t (ftintt, et exploite par ei-îcvm faite f u mit à ctytwdn font tittx aile part.

De la rébellion de Gênes, et de tous les efforts qu'elle aviât faits, fut iiwKrotinent lq roi par se* poste* averti : de quoi ne sç mut que bleu à point; mais bien penta d'y ppur-î

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voir à l'aide de Dieu , et en faire telle raison que ce seroit au châti d'icelle pour jamais, et à la crainte des mutins ; disant que lui-même iroit en personne , pour voir à l'œil le défaut des méchants , et dûment le réprouver, et connoître le bien-fait des vertueux, pour à temps le rémunérer. Mais premier que désemparer, mit ordonnée police aux affaires de son royaume, tant à l'état delà justice qu'à, la sûreté des pays ; voulant que à la garde de son pays et duché de Bourgogne, messire Louis de la Trimoille , en qui avoit singulière fiance, avec huit cents hommes d'armes et grand nombre de gens de pied , son lieutenant-général demeurât.

Ce fiait, entour 1* fin du mois de janvier, huH en l'an susdit mil cinq cent et six, se mit à chemin tirant droit à Bourges. Tous les gentilshommes de sa maison , archers de la garde, Allemands, et généralement tous ses pensionnaires, le suivirent. Maître Georges, cardinal d'Amboise, qui plus d'autorité avoit envers lui que nul autre, étoit toujours avec lui ; le* quel avoit le maniement de toutes ses affaires, pour icelles voir, connoître et dépêcher. La reine pareillement, voyant l'entreprise du roi touchant le voyage de delà les monts , pour H vouloir, si elle eût pu, détourner, le suivit -, et lorsqu'elle ne lui osoit dire, par douces remontrances ou amiables paroles, son intention sur

l'empêchement dudit voyage , par contenance de face triste et chère marrie , lui faisoit entendre souvent le secret de sa pensée. Mais tout ce dissimuloit-il très-sagement , tant que toujours fut ferme en son propos; combien que plusieurs nelouoient ledit voyage, disant qu'il n'étoit métier que la personne du roi, pour une seule rébellion de vilains, se dût partir du royaume, ne prendre si lointain voyage. Mais tout ce fut pour néant ; car à toute diligence fera, ce dit, son entreprise. Et lui étant à Bourges , transmit devant à Lyon ledit cardinal d'Àmboise, légat en France , pour faire dépêcher ses postes sur son affaire et ouïr les ambassades , si aucunes en venoit , et icelles dépécher sur-le-champ, afin que pour elles ne retardât son voyage.

Le pape , qui lors étoit à Bologne-la-Grasse , où avoit mandé et promis au roi de l'attendre et parler à lui , sachant son partement pour aller delà les monts , feignit d'être mal disposé et malade. Parquoi , au moyen de ce que le roi des Romains faisoit publier et dire que le roi alloit delà les monts pour occuper les I taies et faire du siège apostolique à son vouloir à cette occasion (comme se disoit), le pape n'attendit le roi à Bologne, comme lui avoit mandé , mais s'en alla à Rome.

Alors , ainsi que le roi des Romains sut que le roi se délibérait de s'en aller à son voyage

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de Gênes, voulant celui empêcher à son pouvoir, pensa la manière comment il le pourrait faire au plus couvert. Or, a voit-il un gentilhomme des siens , bailli de Gharolois , lequel avoit son hôtel en Bourgogne, près de la maison d'un nommé François de Chesnoy, seigneur dudit lieu, étant des gentilshommes de la maison du roi , duquel le bailli de Gharolois avoit quelquefois parlé au roi des Romains. Et à ce propos, lui en souvint, disant à celui bailli : « Il est besoin que vous ayez à parler à celui de Chesnoy, qui est de la maison du roi de France , et que entre autres choses lui disiez que de ma part je voudrais bien avoir au roi de France bonne amitié et sûre confédération ; et que à moi ne tiendra que amour et paix ne soient tout temps entre lui et moi parfaitement unis. » En quoi s'acquitta celui bailli, en manière que au moyen de ce que leursdites maisons étoient assez près l'une de l'autre et confines , trouva, celui bailli, façon d'aller voir ledit seigneur de Ghesnoy ; et eux ensemble se firent très-bonne chère, et de parole à .autre, entrèrent en propos de leurs maîtres; disant, ledit bailli, que, au regard de son maître, le roi des Romains, de sa part aurait volontiers amitié au roi de France, et que à lui ne tiendrait. Sur quoi fit réponse ledit seigneur de Chesnoy : « Si le roi des Romains, votre maître, veut avoir paix et amitié avec le

poi mon maître, de son côté ne tiendra que bons amis ne soient; car c'est une chose qu'il désire bien fort. » Tant allèrent paroles en avant, que ledit bailli, après ce, s'en alla devers le roi des Romains, son maître, et l'avertit desdites paroles; lesquelles ouïes par le roi des Romains, voulant, sous ombre d'une paix fourrée , retarder ou arrêter le voyage du roi, renvoya derechef, à toute diligence ledit bailli devers le seigneur de Chesnoy, pour lui dire, de la part du roi des Romains , que la chose que plus aii monde désiroit, c'étoit que avec le roi de France eût fraternelle amitié et union v paisible : oe que ledit bailli dit audit seigneur de Chesnoy. k C'est très-bien dit , dit-il ; mais avez- vous charge expresse de votre maître, le roi des Romains, de dire ce que vous dites?

— Oui, dit le bailli, et suis ci envoyé de par le roi mon maître pour le vous dire, et de ce vous avertir, afin qu'en fassiez le rapport où vous devez. » Ce dit, celui seigneur de Chesnoy à toute diligenoe transmit devers le roi , pour l'avertir desdites choses et y aviser à son plaisir ; puis s'en alla après en couf, et mena quant et lui ledit bailli de Charolois, lesquels furent à Bourges devers le roi , le dixième jour de février. Et eux là arrivés, celui bailli alla faire son message au roi, disant : « Sire, le roi des Romains , mon maître , se recommande bien fort à vous, et m'a donné charge de vous

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dire qu'il désire sur toutes choses avoir bonne amitié avec vous , et faire arec vous une paix si assurée, et telle confédération, que jamais entre vous deux de sa part ne faudra; disant que , au regard de toutes vieilles questions, il les veut mettre en oubli, et demeurer votre bon frère et perpétuel ami. Et afin que de ce soyez mieux assuré, plaise vous, siré, me bailler quelqu'un de vos gentilshommes, pour s'en venir devers mon maître et savoir de lui s'il avouera lesdites choses. » A quoi fit le roi réponse, que aussi de son côté ne demaïidoit au roi des Romains qu'avoir paix et union :

dont, pour savoir la vérité desdites choses 9 délibéra y envoyer quelqu'un , et transmit quérir un sien valet dé chambre, nommé Maoéde Villebrême, lequel étoit lors à Rlois; et sachant ce» nouvelles, s'en vint en poste devers le roi, qui le dépécha sans lui donner autre charge que d'aller, avec ledit bailli, devers le f roi des Romains, savoir si les choses dites par celui bailli étoient vraies et s'il les avouoit. Si s'en allèrent iceux droit en Bourgogne, et par la comté de Ferette, puis entrèrent en Allemagne, où trouvèrent le roi des Romains dedans une ville nommée Strasbourg , et là reçut le messager du rdi, en la présence dudit bailli de Gharolois. Après ce , demanda, le roi des Romains, à celui de Villebrême, quelle charge il avoit du roi pour lui dire ; lequel dit : « Sire,

je n'ai autre charge, si n'est que, à la requête du bailli de Gharolois que voici, le roi mon maître m'a ci envoyé pour savoir si les choses que icelui bailli a dites de par vous à mondit maître sont vraies , et si vous les avouez. » Lequel les avoua. Et après plusieurs autres paroles , le roi des Romains dit que le roi entreprenoit.de s'en aller delà les monts pour faire la guerre à Gênes, qui étoit terre d'Empire : ce qu'il ne devoit ; et qu'elle n'étoit sujetteni tenue à lui, ni à la* couronne de France : parquoi, s'il y alloit à main armée, qu'il donnerait tout le secours aux Génevois qu'il pourrait. Et en outre, dit : « Votre maître le roi de France s'en va sur les Itales pour icelks occuper, et veut mettre le papat entre ses mains, pour en faire à son vouloir: ce qui est de notre majesté impériale, ni à autre prince appartient soi entremettre du siège romain , que à nous seulement, car c'est de notre affaire impérial. » Ainsi se mit aux champs , sans parler plus de la paix ; mais à toutes fins concluoit d'empêcher le voyage et entreprise du roi; et pour ce, dépêcha ledit bailli, et lui bailla instructions selon l'opinion de son conseil ; et ce fait, les susdits s'en retournèrent vers le roi. Advint que ledit bailli en venant en France avec ledit Villebrême, approcha de sa maison , disant qu'il lui falloit par là passer. « Or bien , dit le messager françois , je m'en vais donc de-

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vant, pour assavanter le roi de votre retour-. » Ce que fit, et le plus hâtivement qu'il put, et tant que à la mi-mars fut à Lyon sur le Rhône, où illec trouva maître Georges, cardinal d'Amboise , légat en France, auquel dit et raconta tout ce qu'il avoit ouï et su du roi des Romains, et comment il envoyoit derechef le bailli de Charolois. Dont ledit légat envoya celui messager à toute diligence devers le roi, qu'il trouva entre la Bresse et Lyon ; et là , l'avertit de toutes les choses susdites, et comment à son avis le roi des Romains faisoit toutes ces choses pour vouloir retarder son voyage de Gênes : parquoi , selon son avis, le meilleur étoit de hâter sondit voyage : ce que fit le roi ; car il ne coucha qu'une seule nuit à Lyon , et le lendemain tira droit à Grenoble. Tandis, ledit bailli arriva à Lyon, où fut reçu par ledit cardinal d' A m boise , lequel ouït son dire ; et entre autres propos, comment le roi des Romains disoit qu'il étoit délibéré , si le roi alloit faire la guerre .aux Genevois, de leur donner tout le secours et aide qu'il pourrait ; et que si le roi entreprenoit sur le Saint-Siège apostolique, qui étoit de sa majesté impériale, qu'il lui contrarierait à son pouvoir. Et sur ce point, reprit le cardinal d'Amboise celui bailli ; disant ainsi : « Gomment l'entend le roi des Romains, votre maître? il semblerait, à ouïr votre dire, que notre Saint-Père le pape et les cardinaux

ne fussent que pour lui seul ! » A quoi celui bailli fit réponse , que aussi n'étoient-ils. Mais son propos lui fut, sur ce, par ledit cardinal d'Amboise, rabattu, en manière qu'il se trouva pour l'heure mal pourvu de soutenables réponses; et eurent entre eux paroles piquantes, tant, que à la parfin ledit bailli se trouva étonné. Toutefois s'en alla à Grenoble devers le roi, où dit sa charge, et fut du roi doucement accueilli. Auquel bailli fit réponse , que de sa part, combien que le roi des Romains lui vouloit empêcher son voyage, jà pourtant ne s'arrêteroit, mais iroit en armes le plus tôt qu'il pourroit ; et s'il y avoit au monde homme qui se trouvât au-devant pour le vouloir empêcher, qu'il lui donnerait la bataille, et se mettroit par armes en tel effort de passer, qu'il aspéroit, avec l'aide de Dieu qui est l'écu des justes querelles, que ce seroit par sur le ventre de ses ennemis. Ce dit, celui bailli s'en retourna vers le roi des Romains; et le roi ayant fait ses pâques à Grenoble, le lendemain, commencement de l'an mil cinq cent et sept, se mit à la voie, et laissa la reine toute adoulée pour son département.

Le temps durant que lesdites ambassades venoient de devers le roi des Romains, le roi fit dépêcher un nommé Gabriel Forestier, roi d'armes de Normandie, lequel envoya devers le roi d'Angleterre, qu'il trouva à

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Londres ; et là ouït ledit roi d'armes sur sa charge , telle que le roi, comme confédéré et ami dudit roi d'Angleterre, lui faisoit asavoir son voyage de delà les monts , en le priant que toujours ensemble fussent bons frères et loyaux amis, comme toujours de leur temps àvoient été. A quoi répondit le roi d'Angleterre : «Jamais, dit-il, ne lui faudrait et avec ce, si le roi de France, mon frère , a métier de mon aide , moi-même en personne me trouverai à son besoin et affaire. » Ce dit, le roi d'armes, après avoir ouï sa bonne réponse , s'en alla devers le roi , auquel dit ce que, de par le roi d'Angleterre, avoit en charge de dire : dont le roi fut bien joyeux.

Aussi, quelque temps devant ce, avoit le roi envoyé un sien secrétaire, nommé maître Jean Boucher, vers le pays des Ligues , pour savoir le vouloir des seigneurs des ligues et cantons du pays , sur le consentement de tirer et avoir dudit pays un nombre de gens : à quoi lesdits seigneurs des ligues et cantons donnèrent leur consentement. Dont le roi, de ce averti, transmit devers messire Jean de Durfort, seigneur de Duras, étant lors delà les monts èn la duché de Milan , auquel manda que à toute diligence s'en allât devers aucuns des seigneurs desdites ligues et cantons, et que là choisît , prît et levât jusques au nombre

de dix mille paies : ce qu'il fit. Et iceux levés, et prêts de marcher, eurent le premier mois de leur paiement , ains que désemparer leur pays, disant que ainsi l'ont de coutume ; et de vrai , jà ne marcheront un pas, qu'ils ne voient la croix devant. Le lieutenant du roi , qui lors étoit à Milan, sachant lesdits Suisses marcher, leur envoya au devant messire Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne, pour iceux recevoir. Lequel s'en alla à une ville nommée Varais, de la duché de Milan, et là reçut iceux Suisses , lesquels n'étoient encore tous assemblés ; mais partie d'eux avoit marché devant, et les autres venoient après. Audit lieu de Varais, fut fait aux premiers venus second paiement. Ce fait, partirent duditlieu de Varais, et marchèrent jusques en Alexandrie, où séjournèrent quelque temps, en attendant le surplus de leur suite, qui encore étoit derrière. Messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi, fut averti lors, que les autres du demeurant desdits Suisses marchoient vers Varais : parquoi leur envoya messire Jean de Bessey, pour iceux recevoir, comme avoit fait les autres , lequel y alla , et les trouva j à arrivés, où pou voient être en nombre trois mille cinq cents , lesquels furent pareillement payés. Et après leur paiement fait, firent aucune difficulté de marcher en avant, disant qu'ils ne savoient si leurs gens étoient

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devant ou non, et que sans eux n'iraient outre ; et tout plein d'autres propos signifiant quelque don pour les capitaines : ce qu'entendit bien ledit messire Jean de Bessey; dont mit la main à ses coffres, sans épargner pourpoints et saies de velours, et autres bagues, qu'il leur donna ; et fit tant , qu'il les fit marcher droit à leurs compagnons, qui d'Alexandrie ne voulurent partir, que premier ne fussent assurés que ceux qui après eux venoient ne fussent hors le lieu de Varais, pour tirer vers eux; disant que, s'ils n'étoient tous ensemble, j à ne se trouveraient en champ pour combattre. Toutefois, par dons et promesses que leur firent les capitaines de l'armée de France et autres gentilshommes françois, ils se mirent tous en avant.

Comment U toi transmit maître ttwrge*, cardinal Viïmbo'w, îrmmt, en 210t. pont avancer eon affair* *t faire hdtrc sou armréj rt îru nombre îr* ère gens Vaxmt*, rt autre* rt)0ô*6 eut It fait la guerre.

A toute diligence passoit le roi son pays du Dauphiné, et prit son chemin, de Grenoble à Gap, à Embrun, à Briançon, au mont Ge-

nèvre, à Ourse, où là lui vint au-devant le duc de Savoie, bien accompagné de seigneurie de son pays , lequel conduisit le roi jusques à Moncalier, une de ses villes de Piémont.

Le roi , ainsi étant à sondit voyage, transmit devant le cardinal d' Amboise en Ast , pour faire hâter son armée de marcher en avant.

Car jà étoient passés long-temps devant quatorze mille hommes de pied , que conduisoient Mollart Suffray, Allemand, gouverneur de Grenoble; Jacques d'Alègre, seigneur de Millau; messire Yves de Malherbe, et autres capitaines françois, qui étoient delà les monts. Aussi étoit passée l'artillerie, et charroi d'icelle, dont l'une partie étoit venue de France et l'autre de Milan ; et le tout étoit à Tortone.

Messire Charles d' Amboise , lieutenant du roi delà les monts , avoit aussi mandé tous les gens d'armes des garnisons , de la duché de Milan, qu'ils s'assemblassent tous pour faire camp, et marcher devers le bourg de Busale, auquel lieu se devoit trouver toute l'armée de France; et jà étoient assemblés, avec les gens de pied et Partillerie , à Tortone, prêts de marcher en avant, étant en nombre, selon ce que j'ai vu et su audit lieu et au logis de ladite armée :

Premièrement, les cent hommes d'armes de messire Charles d' Amboise, lieutenant du

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roi, ayant lieu , pour leur garnison, au Castellat et à Tortone; les cinquante hommes d'armes de messire Philippe de Clèves, dont étoit lieutenant le bâtard de la Clayette, tenant leur garnison à Solières près Félissan ; cinquante hommes d'armes d'un nommé Jean Guillerme, marquis de Montferrat, tenant garnison dedans les villes dudit marquisat; cinquante hommes d'armes de Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue, duquel est lieutenant un nommé Guillaume Gouffier, de Boisy, étant en garnison en Lastizane ; cinquante hommes d'armes d'Alain d'Albret, sire dudit lieu, sous la charge de messire Jean de Durfort, lieutenant dudit sire d'Albret, et cinquante de messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, à Parme ; cinquante hommes d'armes de Gaston , comte de Foix, conduits par messire Rogier, baron de Béart, son lieutenant, à Salles près Pavie ; cent hommes d'armes du seigneur Jean-Jacques, tenant garnison à Pavie; cent hommes d'armes de messire Robert Stuart, Écossois, desquels la garnison étoit à Novare; cinquante hommes d'arme» de messire Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne, tenant garnison à Corne; cinquante hommes d'armes du seigneur de Montoison , en garnison à Lode ; cinquante hommes d'armes de messire Antoine-Marie de Saint-Severin ; cinquante de

messire Antoine Marie-Pal vesin , tous à Plaisance; cinquante hommes d'armes de messire Yves d'Alègre, tenant garnison à Lastizane; quarante hommes d'armes d'Adrien de Brimeu, seigneur d'Humbercourt, en Lastizane; quarante hommes d'armes du seigneur de Châtellart, en Lastizane; trente hommes d'armes du seigneur de Fontrailles, en Lastizane; vingt-cinq hommes d'armes de messire Théodore Trévolce, à Marignan; et les cent Albanois de messire Mercure, en Lastizane : lesquels, comme j'ai dit, avec les gens de pied françois et l'artillerie, étoient lors audit lieu de Tortone.

1 Maître Georges, cardinal d'Amboise, étoit en Ast, auquel lieu manda venir aucuns capitaines et gens de conseil , pour traiter des affaires du roi. Pàr lequel conseil, fut conclu que

1 les gens d'armes desdites garnisons, avec les piétons et artillerie, à toute diligence marcheraient droit au bourg de Busale, quatorze milles prés de Gênes; et de là, selon la menée et conduite de messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi, besogneraient; et que là aussi se rendraient les dix mille Allemands qui étoient venus du pays des Ligues.

Et fut dit aussi que devers messire Yves d'Alègre, qui lors à toute grosse puissance étoit à Savone, serait envoyé, pour le faire rendre audit lieu de bourg, devers le lieute-

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nant du roi. Dont fut là transmis audit lieu de Savone un des gentilshommes du roi , nommé celui gentilhomme messire Jean Picard, bailli d'Estellan, lequel s'en alla à Savone, et là avertit ledit seigneur d'Alègre, qu'il étoit appointé que avec ses gens se rendrait au Bourg de Busale , pour là se joindre à l'armée du roi , et de là marcher en avant; et qu'il falloit gagner la montagne, pour tirer vers Besaigne avec partie de l'armée , pour assaillir Gènes de deux côtés : dont étoit requis que toute l'armée se trouvât à Bourg, pour illec être départie, si métier étoit , ou mise à chemin , droit à Gênes. Messire Yves d'Alègre, oyant les paroles de celui bailli d'Estellan , dit : « Je pensois qu'il fût besoin de garder la marine d'entre ci et Gênes , pour l'effroi que pourraient par là les vilains de Gênes faire sur notre armée; en quoi les eusse toujours empêché, et tenu en sûreté le chemin, et avec mes gens d'armés, ladite marine et les environs de la ville de Gênes , tenu en crainte : mais puisqu'il est dit qu'il faut , toutes choses mises à part , se rendre à Bourg , je transmettrai là partie de mes gens, et de moi serai toujours prêt de me trouver où métier sera. » Et ce dit , envoya deux mille hommes audit lieu de Savone, jusque métier fût d'aller outre. Ce fait, ledit gentilhomme s'en m. 18

alla devers le lieutenant du roi , pour l'asavanter de ce qu'il avoit fait*

Entre Gavi , terre des nobles de Gênes , et ladite ville de Gênes , avoit plusieurs gros bourgs et forts villages, comme Bourg de Busale, Pontadême, Rivereu, Saint - Pierred' Arène , et autres lieux de la seigneurie de Gênes , lesquels étoient demeurés inhabités pour doute de la guerre : dont les habitans avoient retiré leurs biens à Gênes , et eux gardoient les montagnes avec la commune du pays, qui se nommoit la commune de Poulceuvre , de laquelle étoit capitaine un nommé Guillon , par qui étoit venu l'occasion de tout le mutin ; lesquels vilains étoient en notabre de dix mille, ou plus, et gardoient ioeux les montagnes et passages du pays, si que nul n'y passoit qui ne fat détroussé.

Et aussi du royaume de France venoient tant de gens d'Armes, que toute la Savoie et le Dauphiné en étoient pleins; car tous les princes et grands seigneurs de ce royaume (réservé François d'Orléans, comte d'Angoulême, seconde personne de France,) y étoient, et grand nombre déjeunes gentilshommes, qui , sans gages , pensant qu'il y eût là mortelle bataille et honneur à acquérir, et voyant la personne du roi prendre le voyage , se trouvèrent , les uns en poste, doutant n'y être à temps, les autres des premiers, pour y être sans faillir.

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Le roi Ferrand d'Aragon étoit lors à Naples , avec dame Germaine de Foix , sa femme, laquelle étoit nièce du roi. Et sachant, ledit roi d'Aragon, l'entreprise du roi sur la ville de Gênes, et comme elle s'étoit rebellée, lui envoya par mer quatre galères et deux fustes armées , desquelles étoit capitaine un nommé Miquel Pastour : lesquelles se rendirent par ' la mer du Levant devant Gènes , où étoit un nommé Pregent de Bidoulx , capitaine de quatre galères et de Huit galions , qu'il avoit pour le roi; et ainsi tous deux assemblés, tinrent Gènes en telle subjection , que homme sans leur merci n'y avoit entrée ou issue, et ne pou voient, pour leur détour, Génevois avoir vivres ni autres choses à eux nécessaires, par mer : ce qui moult les grévoit.

Btt «tige îm fljâteou \t totnt*, et Vtm cmanl irte-fcttr que là tamtàrettt le* ti/newtft.

Toujours continuoit le siège du château de Gênes, qui sans cesser étoit par les Génevois battu et assailli , mais si bien défendu par les François, que sur eux ne gagnèrent les en* nemis un seul fort : dont leur ennuyok moult. Et eux sachant la venue de l'armée de Fganee ,

qui ]à étoit près, plus fort qu'onc-mais ruèrent coups, et abattirent murailles de tous cotés ; et avec ce , firent mines sous terre, pour tirer vers une tour delà place, et icelle ruer par terre. Assez près du château, demeurait une femme genevoise , de laquelle étoient les François bien voulus, comme elle leur montra:

car ainsi que les Genevois faisoient leur mine sous terre, pour les vouloir surprendre, icelle monta au plus haut étage de sa maison, qui en la vue du château étoit, et se mit en lieu où ceux du château et de Saint-Francisque la pouvoient bien aviser; et là, par plusieurs fois et divers signes, leur montra comment on faisoit mines sous terre, pour les prendre. Et après, chevauchoit un bâton, et mettoit en sa main une gaule longue , faisant manière de courir la lance; puis faisoit un étendard, et montroit comme leur secours venoit de France. A l'autre fois, leur montroit un chat, qui étoit le cri du seigneur Jean-Louis, pour baillej* à connoître qu'il venoit; et à toute heure leur faisoit divers signes , lesquels ne purent clairement entendre les François, si n'est qu'ils se doutèrent des mines qu'on faisoit sous terre , pour les signes que cette femme leur faisoit. Dont s'assemblèrent messire Galéas de Salazar, capitaine du château, Loujs de Saint -Aubin, capitaine de la citadelle, et Allabre de Saule,

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capitaine de Saint-Francisque ; et parlèrent ensemble de cet affaire , disant que celle femme ne leur faisoit lesdits signes pour néant. Pârquoi se doutèrent et tinrent sur leurs gardes ; mêmement la nuit se mirent contre terre, l'oreille aux écoutes, ayant tabourins et des pois dessus, bassins à. barbier et aiguilles dedans , qu'ils posoient aux lieux où pensoient être faites les mines , mais ils n'y connoissoient rien : car les Génevois, afin qu'on n'entendît le bruit de leursdites mines, illec au plus près, et de nuit, charpentoient leurs échelles, manteaux et chevrettes , et faisoient le plus de bruit qu'ils pouvoient, mêmement ès lieux où ils faisoient leursdites mines.

Or advint que le mercredi de la semaine sainte, Allabre de Saule, capitaine de Saint- Francisque, sur le point de dix heures de nuit, étant aux écoutes avec ses gens , dedans le jardin d'en-bas , ouït miner sous terre , et le bruit de leurs coups entendit : dont tout en l'heure , sans bruit envoya quérir aucuns de ses gens , qui guettaient d'autre côté, auxquels se fioit; si leur dit ce qu'il avoit ouï, et les fit écouter, et ouïr, savoir si c'étoitmine : lesquels dirent que si étoit; dont avisèrent, pource que à leur semblant la mine tiroit vers une tour de leur fort et jà en étoit à quatorze pas près ou environ, que là feraient une tran~

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chée et contre-mine, et à la traverse, pour couper chemina leurs ennemis : ce qu'ils firent, en manière que le lendemain à midi , jour du jeudi absolu, trouvèrent ladite mine, et les Genevois dedans; laquelle fut assaillie par les François qui làétoient, et défendue des Genevois, où furent blessés deux d'iceux François; mais à grands. patacs furent iceux Génevois outrés, tellement qu'ils abandonnèrent lesdites mines , que les François gagnèrent , et fortifièrent de leur part , en manière que par là n'eurent plus doute de leurs ennemis,.

Le vendredi saint et la vigile de Pâques , d'un côte et d'autre tirèrent quelques coups de menue artillerie, sans faire grand effort. Mais le lendemain, après que chacun eut fait sesPâques, sur le point d'onze heures du matin , recommencèrentles Génevois à tirer de leurs grosses pièces d'artillerie , c'est à savoir de gros canons, serpentins, et grandes coulevrines, tirant tous boulets de fer : lesquels tiraient de plusieurs lieux, et mémement d'un lieu nommé Pavie devers Besaigne, près d'un collège de nonnains , où là avoient un fort rempart , et dés le commencement du siège mis là un gros canon , nommé le Lizard ; aussi tiraient d'un autre lieu du coté devers Saint-Roch , et de plusieurs autres lieux, où avoient fait forts et remparts , dont tirèrent contre le château et Saint-Francisque. Ainsi que celle partie du*-

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roit, le capitaine Allabre et partie de ses gens se mirent à leur défense ; et là commencèrent à tirer coups contre le rempart de leurs ennemis. Mais la grosse artillerie d'iceux Genevois tiroit si menu, qu'ils ne s'osoient découvrir; et tellement fut, que l'un des canonnière genevois étant audit rempart nommé Pavie, adressa vers une tour du jardin où étoient ledit Allabre et aucuns de ses'gens, en sorte que le boulet entra tout au travers de la tour, et rua si roidement, que, des éclats de la muraille, ledit Allabre fut fort blessé au visage , et dessous la tétine au côté senestre , si qu'on pensoit qu'il fut mort. Trois autres des siens furent aussi blessés, et couverts d'un pan de ladite tour, qui tomba sur eux, en manière qu'ils cuidèrent là étouffer; car homme n'osoit là approcher, pour les secourir, pour l'horrible batterie qui là se faisoit. Mais, puis peu après la force de ladite batterie cessée, ledit Allabre et ses gens blessés avec lui, par aucuns des autres des siens, furent tirés , et emportés , et mis en la litière.

Cmnmmt U* (fbéntvoi* aeeûilltrrnt à toute forer U d)dt*tttt î>* **tu*, îr* la mtnttiltme î>*firttae que là ftrmt I10 ^ranr ot0»

Merveilleuse fut celle batterie tout celui jour de Pâques, le lundi, le mardi et le mercredi. Sans cesser ruèrent coups les Genevois, sans que ceux de la place eussent repos de leur part ; car si ceux de la ville envoyoient souvent de leur relief au château , de même mets étoient servis, et tant, que au travers de la ville, et sur le siège , y parut jusques à l'estimation de plus de cent morts et de deux cents blessés.

Plusieurs de ceux du château furent aussi blessés et morts. Quoi plus? Si n'est que les Génevois, voyant approcher l'armée de France pour secourir le château et assiéger Gênes, dirent : (f II nous est métier à cette fois de prendre nos ennemis d'assaut, ou lever notre siégé, pour aller au-devant de l'armée de France et lui donner la bataille. Mais pour le meilleur, devons nous efforcer à prendre cette pjace; car si une fois elle est entre nos mains, prince du monde jamais ne nous assaudra ; et aussi en faillant à ce, nous sommes frustrés de notre intention , et déchus de notre entreprise. Pour ce, mettons les mains à

l'œuvre, et que chacun de nous y fasse tel devoir, que soit jusques à l'augmentation de notre honneur et au profit de notre seigneurie. « Telles paroles dirent aucuns des seigneurs genevois, pour donner cœur au peuple et bon vouloir à leurs soldats. Dont advint que le mercredi de Pâques , entre une et deux heures après midi , lesdits Genevois commencèrent à sonner leur assaut, de trompettes et gros tabourins, à grand bruit de cris et tumulte de peuple; et avec grand nombre d'échelles, pavois, manteaux, chevrettes et autres choses nécessaires pour donner assauts, approchèrent Saint-Francisque, du côté du jardin et en plusieurs autres lieux bréchés. Et là, de première venue, dressèrent en divers lieux plus de quatre cents échelles, et commencèrent vigoureusement à monter. Messire Galéas, capitaine du château, Louis de S^t- Aubin, et leurs gens, avec ceux de Saint-Francisque, furent tous arrangés aux brèches et lieux qu'il falloit défendre, garnis d'artillerie, de trait, de grosses pierres, de lances à feu, d'huiles bouillantes, de pots pleins de soulVe, et de chaux vive, pour ruer sur les premiers qui se hâteroient de monter. Que fut-ce ? les Génevois, en nombre de plus de trente mille , environnèrent tout le collège Saint-Francisque, et se mirent à grosses escoadres, pour assaillir à relais , disant que lors-

que les uns seroient morts, lassés ou affolés, les autres prendraient leur place. Et ainsi amoncelés comme pourceaux, à la foule se mirent à monter leurs échelles. Qui eût lors vu grands coups de main donner sur ces échelleurs, emporter têtes et bras, et renverser Genevois du haut des échelles en bas, et l'un sur l'autre acravanter à gros monceaux, eût eu horreur de l'affaire. Mais quand les uns étoient abattus, les autres remontaient trèshardiment. Aucuns des nôtres, étant au dedans des tours et sur les défenses , tiraient traits et artillerie à la montée, tellement que grande occision en faisoient. Mais pourtant homme ne désemparait. Toujours durait le combat main à main sur les échelles , qui étoient cramponnées pour attacher à la muraille, et toutes pleines de Génevois, qui à toute puissance s'efforçoient d'entrer; mais les François du dedans leur défendoient de te^ force, que dès ce qu'ils mettoient le pied hors l'échelle pour vouloir entrer, ils étoient sans faillir renversés du haut en bas. Tant fut sanglant ledit assaut, que toutes les échelles, et la muraille où le combat se faisoit, étoient eflrougies de sang. Durant ce dur assaut, comme les Génevois s'efforçoient de tous côtés vouloir entrer, les François avisèrent un lieu nommé la Carace , contre l'église Saint-Fraacisque, qui est une voûte où Ton met les

de jean d'aitton. a85 morts, où avoit un bout de muraille rompu, à passer trois hommes de front ; et pensant que par là s'efforceraient aucuns Genevois d'entrer, pour leur donner une amorce, firent là une traînée de poudre à canon; puis aucun des François , avec son feu tout prêt , se mit à touchant de sa traînée; et là en attendant, vit venir ces gens, et entrer par ladite brèche , jusque au nombre de trente: lesquels entrés, le boute-feu fut prêt, et enflammée la traînée, en manière que des trente en brûla vingtdeux. Les autres , qui étoiept les plus près de la brèche, se jetèrent à bas, tous affolés, et les autres ardèrent sur le lieu. Sans cesser duroit ce mortel assaut , et tant, que les François étaient moult foulés et combattus : car jà en y avoit bien vingt morts, et quarante de blessés; et pour ce, ne perdoient coup à donner, car à les voir besogner, tant plus combattoient, tant plus efforçoient leurs coups. Somme, ces pauvres soudards firent merveille d'armes; aussi étoient là messire Galéas de Salazar, qui frappoit au désespéré. Depuis deux heures après midi jusques à la nuit dura celui assaut, que les Génevois ne voulurent, pour mourir tous, abandonner, jusque à grand's lances de feu et cercles pleins de soufre ardent, huile bouillante et chaux vive, ils fussent par les François chassés de leurs échelles, lesquelles à la parfin abandonnèrent : dont lesdits Fran-

çois en gagnèrent bien trois cents , lesquelles depuis je vis audit château de Gênes. Ainsi se retirèrent les Genevois, mais non pas tous; car par avoir ouï dire à plusieurs de ceux qui audit assaut furent , plus de quatre cents hommes morts demeurèrent au pied de la muraille, et y furent plus de six cents blessés.

Mais pourtant ne levèrent leur siège ; ains, le lendemain, qui fut un jeudi après Pâques, recommencèrent la batterie de plus belle , laquelle continuèrent huit jours sans cesser.

Durant lequel temps, un François, capitaine de mer, nommé Pregent de Bidoulx, avec quatre galères qu'il avoit , et quatre de celles d'Espagne , qui là étoient venues pour servir le roi, suivit et chassa une fuste génevoise jusque dedans le Tercenal de Gênes, qui est un lieu au bout du môle et contre la ville, où les barques et fustes qui apportent vivres à Gênes viennent aborder pour faire leur décharge. Dont voyant, les Génevois , ainsi approcher les galères de France , prirent leur grosse artillerie, et la portèrent sur le môle , pour celui défendre, et sur les passages où pensoient venir les François. Ainsi cessa la batterie du château. Et eux voyant que là ne feraient rien de leur profit, firent un fort bastillon sur le sommet de la montagne de Gênes, au droit de la venue des François, et là mirent grosse garnison de gens d'armes et

DE JEAN d'àUTON. ^85

bonne artillerie. Aussi mirent gens au Castellat pour secourir ledit bas ti lion, et faire saillies et alarmes sur les François , s'ils approchoient Gênes. Pareillement firent forts et barrières tout le long de la montagne, au pied et sur la croupe d'icelle , et empêchèrent tous les passages , et à tous côtés mirent artillerie pour tirer à la venue des François, et mirent quatorze ou quinze mille hommes en armes sur lesdites montagnes ; et partie d'iceux envoyèrent jusques à la venue du Bourg de Busale, pour là commencer à empêcher le passage des François.

Le roi à toute diligence avançoit lors son voyage ; lequel arriva en Piémont un mardi d'après Quasimodo, et, sans aucun séjour, s'en alla droit en Ast. Au-devant de lui, vint Charles, duc de Savoie, comme dit est, accompagné des seigneurs de son pays, avec grand nombre de gentilshommes et prélats d'Église ; et, là, lui offrit de sa part service de sa personne, secours de ses gens et les clefs de ses villes , en le voulant accompagner à son voyage de Gênes, s'il lui plaisoit. Desquelles choses le remercia le roi, bien fort ; et puis s'en alla en sa ville et comté d'Ast , où illec fut reçu des seigneurs du pays et peuple de la ville à grande joie ; et prit son logis chez un nommé messire Alexandre Malbelle, un de ses maitres-d'hôtel, lequel était moult bien logé à certes. Là se trou-

vèrçnt des princes et seigneurs des I taies, Alphonse d'Esté 9 duc de Fer rare, Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue, lequel avoit rencontré le roi à Veillaine en Piémont , Jean Guillerme, marquis de Montserrat, le seigneur Jean-Jourdan des Ursins, lequel pareillement étoit allé au-devant du roi jusques à Grenoble, messire Alexandre Benti voile, fils de messire Jean Bçntivolle, gouverneur feu de Bologne-la-Grasse , étant lors prisonnier entre les mains du roi, le comte Ludovic Borromée , et grand nombre d'autres Italiens et Lombards , étant là venus , montés et armés avec grosse suite de gens d'armes pour servir le roi à son voyage et guerre de Gênes.

Là séjourna le roi par l'espace de quatre jours , pour un peu se rafraîchir; et ce pendant, fit mettre son armée à chemin, laquelle messire Charles d'Amboise, son lieutenant, conduisoit, et ordonna icelle marcher droit à Bourg de Busale : ce qui fut fait. Et voulut aussi que messire Jean-Jacques demeurât en la duché de Milan , pour faire la provision des vivres et se donner garde du pays : aussi y avoit j à pourvu messire Charles d'Amboise, en manière qu'il avoit donné charge à quelques marchands du pays, d'en faire le plus grand pourchas que possible seroit; et avec iceux avoit marchandé , et baillé cinq mille

DE JEAN d'aUTON. 287

écusd avance , lesquels s'en acquittèrent trèsà point.

Les Vénitiens étoient lors à grosse armée en la comté de Crémone, terre de Milan; lesquels ne faisoient manière de saillir de leurs garnisons , mais disoient qu'ils étoient là pour garder leurs pays et secourir le roi , si besoin avoit de leur aide. Toutefois on ne s'y fioit pas trop , car ils ont souvent garde derrière , et tiennent le parti des plus forts.

En Ast se reposoitle roi lors, et lui un jour, se sentant délibéré, dit qu'il se vouloit essayer en son harnois, et chevaucher un des coursiers de son écurie , pour s'en aider à la bataille, laquelle chacun espéroit. Et comme ce jour je fusse entré en sa chambre, pour lui vouloir bailler quelque peu d'écrit joyeux que j'avois en la main , je le trouvai en pourpoint, avec peu de gens et messire Galéas de Saint- Severin, son grand-écuyer, aussi en pourpoint, lequel lui chaussoit ses solerets et harnois de jambes, avec les cuissots. Ce fait, demanda la cuirasse , et, premier que la vouloir prendre , dit audit messire Galéas : « Je la veux voir premièrement sur vous, car mon harnois vous est presque tout fait. » Après que ledit écuyer fut armé de ladite cuirasse, le roi la regarda de tous côtés, et la trouva bien faite , disant : « Je cuide qu'elle me sera bonne, et bien aisée. » Et fit désarmer celui écuyer, puis

se fit armer de sadite cuirasse et de toutes les autres pièces ; et essaya dessus son harnois une saye d'orfèvrerie moult riche , et toute autour semé d'écriteaux, ou étoit écrit en lettres romaines : Nescis quid vesper vehatj c'est-à-dire : Tu ne sais quelle chose la fin porte , ou Tu ne sais la fin a quoi je tends. Tandis qu'il se faisoit armer, je dépliai mon papier, en m'approchant de lui , et lui dis : « Sire, j'ai fait une petite ballade touchant les Génevois; s'il est votre plaisir de l'ouïr, je l'ai ici? » Lors me commanda que je la lusse, ce que je fis comme s'ensuit :

Les Génevois, de leur propre nature, N'ont foi ni loi , si ce n'est d'aventure Par feintise , qu'on ne doit soutenir.

Jà tant de fois ont mis à la rupture Leurs promesses, qu'il n'y a créature Raisonnable qui s'y veuille tenir ; Voire et cuident par force entretenir Leur bon crédit , et mener leur affaire , Sans le devoir et tribut vouloir faire A vous , sire , ne à droit vous supplier ; Mais s'ils sont forts , pour leur effort défaire , Leur force faut par force humilier.

L'historiale et prouvée écriture ,

Nous montre assez , et fait claire lecture

De leurs faux tours , dont nous dut souvenir :

Sur nos gens lors firent déconfiture

En leurs détroits, sous ombre et couverture

De leur vouloir aider et subvenir ;

Le roi Louis les sut bien prévenir,

Quand en enfer ordonna leur repaire ;

DE JEAN d'àUÎON.

Au roi Charles tinrent parti contraire ; Puis les voyez contre tous rallier.

Que reste plus ? pour venir au parfaire > Leur force faut par force humilier.

. Faites sur eux et dessus leur clôture Un tel échec et si ample ouverture , Qu'on y puisse sûr aller et venir, Sans leur laisser ni vivres, ni pâture, Place , ni fort , or, argent , ni voiture , Tant qu'il en soit mémoire à l'avenir, Et que tous ceux qui les verront punir, Aient tout temps crainte de vous méfaire t Mais au surplus qui voudroit satisfaire A son défaut, il faut tout oublier ; Aux rebelles qui ne se voudront taire , Leur force faut par force humilier.

Prince , à la fin qu'on n'y soit à refaire , Prenez tous ceux qui ont voulu forfaire , Et les faites bien baguer et lier, Pour les traiter comme il vous pourra plaire Et en faire des autres l'exemplaire ; Leur force faut par force humilier.

Une autre fois adviendroit de léger, Que par défaut de les bien corriger De leurs délits ,"dont ils en ont fait tant , Que leur vouloir seroit prêt et content De faire un tour pour vous endommager.

Si à ce coup ne les faites ranger A la raison, il est bien à songer Qu'ils en feront encore bien autant Une autre fois.

Puisque autrement on ne s'en petit venger, Châtiez-les ores pour abréger :

Un coup pour tous , en vous y ébattant, ni.

Et cela fait , soyez a wûr de t**t , Qu'eux et autres douteront U dwtger Une autce foi*.

Après la lecture de cette ballade, le roi transmit quérir un coursier bai , nommé Baigracieux, lequel fit amener dedans un préau fermé, derrière son logis; et lui, armé de toutes pièces, monta légèrement dessus, sans aide; et là, commença à faire faire carrière, courses et grands sauts à sondit cheval, qui étoit si très-à main à la bouche , et à l'éperon, qu'il en faisoit tout à son plaisir : à la fois lui donnoit une vite course, et à l'arrêt le tour, et les quatre pieds à mont ; et à la fois le grand saut et la ruade, avec le trot court sous bride, et tous les tours que cheval pouvoit faire» Aussi étoit lu roi qui le mariait, si très-adroit et tant bien à cheval, que, pour saut ou ruade que fit son cheval, on n'eût ouï sur lui pièce de barnois branler. Somme, tant tourmenta soumit cheval, qu'il te mit tout en eau, puis mit pied à terre, et s'en alla boire et désarmer. !

Là, n'eut officier de la maison du roi, dès les plus grands jusque* m souillons de cuisine, qui n'eussent leurs harnoia. Aucun? des vieils maîtres d'hôtel du roi, et autres qui pour la goutte u'étoieut aisé* de leurs personnes, voyant que c'était atout, essayèrent aussi leurs harnots, que, long-temps devant

ce, n'avoient mis sur Je dos. Somme , il n'y eut celui qui ne mît la main aux armes, voire aucuns prélats et seigneurs d'Église, qui là étaient, disant que défendre par armes la personne du prince, seigneur de leur pays, était milité et bataillé pour la défense même du paya, ce qui leur est permis et loisible en temps de nécessité.

Après que le roi eut pris en Ast quatre jours de repos , et mis son armée à chemin , pour tirer à Gênes, partit de sadite ville d'Ast, en armes, avec plusieurs des seigneurs de son sang et autres grands seigneurs de France.

L$ a voit avec lui cent de ses gentilshpmmes , et toutes ses gardes. Et ainsi le vingt et unième jour du mois d'avril, en l'an mil cinq cent et sept, tira son chemin droit àFélissan , terre de marqpisat , où dormit pour la nuitée ensuivant.

Mesure Charles d'Amboise, qui oonduisoit son armée, était jà au Bourg de Busale, et six mille Allemands , qui premiers étaient venus des Ligues, joints à ladite armée de France. L'autre bande d'iceux Allemands était aussi arrivée à une petite ville nommée Nove, près de Sarraval, à l'entrée des montagnes de Gènes. En laquelle bande étaient trois mille cinq cents Allemands, lesquels ne vouloient pour rien passer outre, disant que leur charge ne le portait point , et qu'ils ne

aga CHRONIQUES

marcheraient plus avant; et sur ce propos, séjournèrent audit lieu de Nove six jours.

Messire Charles d'Àmboise , lieutenant du roi , et plusieurs des autres capitaines françois, mirent toute la peine qu'ils purent pour les faire marcher; et pour ce, donnèrent à leurs capitaines or et argent, et force habillements de soie , en leur disant : « Messieurs , n'êtesvous pas venus ici pour servir le roi , et à ses gages, que jà avez reçus, et par le vouloir et consentement des seigneurs de vos ligues et cantons? Ne voyez-vous j à l'armée de France, et l'autre bande dé vos compagnons, prêts de partir pour aller à Gênes, et le roi même qui nous marche en queue, pour se joindre avec sadite armée? » Plusieurs autres raisons leur furent dites et mises sus; mais, pour ce, ne voulurent déloger. De quoi le roi fut merveilleusement contre eux courroucé, délibérant, si autre chose ne vouloient faire, de les faire tous tuer. Les seigneurs des Ligues et cantons furent par poste de cette chose avertis ; parquoi à toute diligence leur mandèrent que, sur leur vie, ils marchassent en avant, et qu'ils servissent le roi envers tous et contre tous : ce qu'ils firent, et se mirent à la route, droit au Bourg de Busale, où trouvèrent l'arméè de France.

i r, v Le vingt et deuxième jour dudit mois d'a- * A w ; vril, le roi partit de Félissan, et adressa

vers Alexandrie , avec lui étant Charles, duc de Bourbon; Antoine de Lorraine, duc de Calabre; François d'Orléans, duc de Longueville et seigneur de Dunois ; Alphonse d'Esté, duc de Fer rare; Charles de Clèves, comte de Nevers; François, monseigneur de Luxembourg; Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue; Jean Guillerme, marquis de Montferrat, et tous les autres dessus nommés, réservé le duc d'Alençon, lequel étoit demeuré en Ast, malade de la rougeole ; et ainsi accompagné s'en alla à Alexandrie.

Au-devant de lui sortirent les seigneurs de la .ville à grosse troupe pour le recevoir, et faire la harangue pour le peuple de ladite ville. Aussi lui sortirent au-devant trois cents petits enfants , tous vêtus de robes blanches, portant chacun en la main une bannerolle des armes de France; lesquels petits enfants cour oient au-devant de lui, criant à haute voix : France! France! France! France! Et ainsi s'en entrai par le bourg, tirant vers la cité, où toutes les rues étoient tendues et parées de verdure, et au-dessus toutes semées des armes de France et de Bretagne. Et dès l'issue d'une rue nommée la Ferrerie, entrant eh la place de ladite ville, avôit une haie de verdure, couverte d'un drap rouge, pers et jaune, lequel alloit jusque devant la grande porte du dôme Saint-Pètre , où , contre le haut de la-

dite grande porte , étoient trois écus , à savoir : au milieu , celui de France aùx armes pleines/ et aux deux côtés France et Bretagne > miparties. Ainsi accompagné, et soufe un poêle de damas blanc à franges d'or, porté par six des plus grands de ladite ville, s'en alla jusques à la porte du Dôme , où mit pied à terre ; là trouva tout le clergé de la ville, avec les reliques, qui là le reçurent et conduisirent jusque devant le grand autel du Dôme, où là dévotement fit ses oraisons et offrandes. Puis ouit la messe dedans une dévote chapelle de Notre-Dame , étant sur main senestre dudit grand autel. Et la messe ouïe, s'en alla loger à l'hôtel d'un des seigneurs de ladite ville , nommé messire Francisque Trot, où séjourna celui jour seulement, et sut là que toute son armée étoit assemblée à Bourg.

Comment 1*0 vilain* it fhrdcttott voulurent p&ljer le ymap au* Stmtm à 601*5 fltawie, et Vmmnt* marmonne* là faite».

L'armée de France assemblée à Bourg de Busale, et tous les Allemands là venus, pource que encore ne savoient sous quel capitaine le roi les voudroit faire mener, en demandèrent un à messire Charles d'Amboise x

DE JEAN d'àUTON. 2g5

lieutenant du roi , lequel leur dit : « Avisez entre tous lequel , de tôus ceux que eonnois^ sez, vous sera plus à main , et sous la charge duquel aimerez mieux être conduits, et sans point de faute autre n'en aurez. » Ce dit, les capitaines d'iceux Allemands , et aucuns au-* très de leurs bandoliers, s'assemblèrent, et tinrent leur conseil sur l'élection de leur capitaine-général ; tant que , à la conclusion , ils demandèrent tous messire Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne , lequel leur fat baillé, et depuis à tous affaires les conduisit et gouverna. Un autre gentilhomme, nommé le Lorrain , de ceux du roi , en avoit aussi sous sa charge cinq cents d'autres, appelés les Francs-Compagnons, parce qu'il les avoit amenés desdits pays des Ligues , comme aventu-» riers.

Les Génevois surent incontinent comment l'armée de France étoit à Bourg; et jà avant l'arrivée de ladite armée , avoient mis gens à grand nombre sur les montagnes, et avoient fait un fort vis-à-vis dudit Bourg, au pendant de la montagne , et là fait embûcher grand nombre de gens armés , lesquels furent des François avisés et découverts. De quoi fut averti le lieutenant du roi; et pour ce, appela tin jeune gentilhomme nommé Jacques du Mas, seigneur de l'Isle, et lui bailla six hommes d'armes, nommés Martin Villetepyon, Ym-

2g6 CHRONIQUES

bault, Charles de Villaines, Sallenelles, et deux autres, avec dix archets, lesquels envoya à ladite montagne , pour voir la manière et le fort d'iceux vilains. Jacques de Bourbon , comte de Roussillon , et quelques autres gentilshommes et gens de pied avec eux, tirèrent aussi celle part ; et n'eurent guère monté, que vilains de toutes parts ne leur fussent en barbe, et commencèrent bien à point à escarmoucher, et tant, que finalement les François repoussèrent les Genevois. Durant cette escarmouche, deux François , archers de la compagnie du seigneur de Mon toison, s'écartèrent des autres François, en chassant aucuns d'iceux vilains ; lesquels archers furent clos. par quelques embûches, et, premier qu'on les pût secourir, sur-le-champ furent assommés et morts. L'escarmouche dura longuement, car les vilains étoient à grand nombre, et si avoient un fort où se retiroient, et de là tiroient traits à tous côtés. Là fut blessé un homme d'armes nommé Mondragon , de ceux du seigneur de La Palice, et eut un coup de trait au visage. A toutes mains furent chargés ces vilains, et tenus de si près, que plus de vingt y demeurèrent morts en la place ; et tant Ait, que à la parfin abandonnèrent leur fort et fuirent par les montagnes , en manière que plus ne voulurent empêcher celui passage.

Messire Mercure, capitaine des Albanois,

DE JEAN d'aUTON. 297

fut envoyé courir le long de la vallée de Poulceuvre, avec un nombre de ses Albanois; lequel s'en alla jusque près de Saint-Pierre-d'Arêne, qui est des faubourgs de Gênes, et là trouva un capitaine de piétons genevois , lequel fit bonne manière de guerre, et mit bien deux cents hommes qu'il avoit, en ordre, pour attendre lesdits Albanois. Là commencèrent l'escarmouche , telle que les Genevois furent à deux ou trois charges épartis et rompus : si prirent la fuite vers Gênes , et Albanois après, et tant que plus de vingt d'iceux méchants Génevois y demeurèrent, et mêmement leur capitaine, duquel emportèrent les Albanois la tête , piquée au bout d'une de leurs lances ; et en eux retournant, trouvèrent, aux deux cotés et au bas des montagnes , terre couverte de gens armés, pour leur couper le chemin.

Mais iceux Albanois tenoient toujours le milieu du gravier, loin desdites montagnes de demi-jet d'arc, et sitôt que aucuns d'iceux Génevois cuidoient prendre la plaine, les Albanois à course de cheval les repoussoient arrière aux montagnes , et en demeuroit toujours quelqu'un. Et ainsi se retirèrent iceux Albanois jusques au Bourg, où étoit l'armée du roi , et là avertirent messire Charles d' Amboise, lieutenant du roi , comment les montagnes de Poulceuvre étoient toutes couvertes de gens armés ; et tout autour de Gênes, sur

les montagnes , et au pendant d'ieelles du côté de la passée de l'armée de France, avoit plusieurs forts , barrières , et bastillons garnis de gens et d'artillerie ; et que grand'roûte de vilains étaient embûchés par les montagnes, pour détrousser les vivandiers et ceux qui s'écarteroient de l'armée , ou autres mal accompagnés; à quoi étoit besoin d'y pourvoir, pour la sûreté des vivres et passants. Pour mettre provision à la garde des passages , le lieutenant du roi ordonna être mis gens d'armes , de six milles en six milles , qui garderoient lesdits passages , et de lieu à autre feraient accompagner les vivandiers. Et ce fait, fut mis le feu partout , et brûlés villages et maisons.

Comment l'armé* toi roi partit Ira tfonrg Hta- 0aU, pour aller amé$tx la mil* î>r <8>ênt*.

% 3 *fv>uX ^ vendredi , vingt et troisième jour du ' mois d'avril, en l'an mil cinq cent et sept,

messire Charles d'Amboise, lieutenant de l'armée du roi , fit au matin déloger ladite armée du Bourg de Busale , et mettre l'avant-garde assez loin devant, que lui-même conduisoit.

Entre l'avant-garde et la bataille, fit mettre en avant le charroi de l'artillerie et le som-

DE JEAN d'àUTON. ^99

mage; la bataille et l'arrière- garde après, étant loin l'une de l'autre de deux jets d'arc, ou environ ; les Allemands et gens de pied avec l'artillerie. Et ainsi marchèrent gens d'armes le petit pas , jusques à un lieu nommé Pontadéme, à six milles près de Gênes; et là ftirent ce jour, et tout le lendemain, pour tenir conseil et ordonner des approches de Gênes , et de la manière comment au plus sûr le siège se pourroit asseoir et mettre, et de tous leurs autres affaires. Lesquelles choses furent là mises en conseil, où ftirent appelés messire Jacques de Ghabannes , seigneur de La Palice, messire Yves d'Alègre, messire Jean de Bessey, capitaine des Allemands, messire Philibert de Clermont, seigneur de Montoison , et plusieurs autres capitaines et gentilshommes pensionnaires du roi. Auxquels dit messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi : « Messeigneurs, vous savez assez le vouloir du roi, et la cause de notre affaire , qui est entièrement fondée sur la prise et réduction de la cité de Gênes , rebelle et désobéissante audit seigneur. Or, sommes-nous à tant venus, qu'il ne reste, sur ce, que de mettre les mains à l'œuvre , ce qui nous est métier de faire , en ma*nière<jue ce soit à notre louange , à l'honneur du roi et au profit de la chose publique. A cette fin vous ai-je voulu ici appeler, afin que chacun de vous selon ce que vous en pour-

rez savoir et entendre au plus près , de loyal conseil m'en veuillez découvrir votre avis, comme ceux qui à plusieurs hautes entreprises et louables faits avez été. Vous savez, à suffire, de la force et situation du lieu, et comme tout autour de plus en plus fort elle est fortifiée. Toutefois, il n'est si forte chose, si cœur vertueux par vouloir la désire , que de pouvoir ne l'obtienne ; et sachez que seigneurie gouvernée et soutenue par démocratie, qui est puissance populaire, ne peut nullement durer et longuement être en pouvoir; car peuple effréné, comme est celui de Gênes, par envie de dominer ou orgueil de seigneurir, se divise facilement. Or, ont jà élu et fait un duc d'un teinturier et mécanique, que longuement n'approuveront les marchands et ceux du peuple gras. Parquoi nous faut vertueusement les assaillir et donner dedans, au plus tôt que faire se pourra , pour les prévenir, et ne leur donner temps d'avitailler leur ville et penser à leurs besognes. Et me semble, sauf meilleur avis, que, demain au matin , soit transmis aucun bon capitaine avec bonne puissance de gens d'armes , découvrir la montagne et aviser leurs forts; car surtout est requis, avant que assaillir la ville, gagner les montagnes et les forts qui sont au-dessus et autour : autrement, si notre armée passe outre, et les montagnes soient occupées par les

DE JEAN D'AUTON. 3oi

Genevois, nos vivandiers, sans grosse garde de gens d'armes mise en divers lieux ( ce qui amoindrirait fort notre armée), ne pourront passer, et nuit et jour seroit notre armée de tous côtés ennuyée et assaillie , et sans repos. Parquoi me semble qu'il y faut envoyer quelque bon chef, et bien accompagné, pour aller voir que c'est; et en queue faire marcher toute l'armée, pour renforcer au besoin ceux qui monteront la montagne; et aussi pour donner sur leurs forts et barrières , feront là près, et, en lieu propice, charrier et atîtrer quelques pièces de bonne artillerie, pour donner au travers. Et en ce faisant, m'est avis , si nous y allons de bonne voile , que nous aurons part au logis. »

L'avis et opinion du lieutenant du roi fut, de tous les capitaines qui furent là et autres gentilshommes , loué et recommandé : auquel furent, par aucuns desdits capitaines, plusieurs autres moyens ajoutés et faites diverses ouvertures ; mais, à la conclusion , fut dit 'que la* dite montagne seroit assaillie et gagnée, qui pourroit, premier que passer outre. Et dit là messire Jacques de Ghabannes , seigneur de La Palice : « Il me semble, dit-il, que quelque ' nombre que soient ces vilains, et quelques forts qu'ils aient aux montagnes, si avec «eux nous nous assemblons, que peu de résistance feront, vu que ce n'est que commune, qui n'a

accoutumé la guerre ni n'est usitée du métier, et aussi qu'ils ont leur ville au dos pour retraite, où toujours auront l'œil ; qui les chargera roidement. Et en outre si quelque peureux (dont entre eux y peut avoir quelqu'un), par crainte des horions qui là se donneront à tour de bras, par aventure prend la faite, Dieu sait quelle suite des autres il aura! Car la manière de commune tient tel désarroi en bataille , que le premier qui déloge attrait tous les autres , et à fuir les convie ; y ayant tel désordre au surplus , que, après ébranler, jamais ne se rallient. Dont mon opinion est, qu'ils soient tôt assaillis et chargés roidement, » Laquelle opinion fut tenue de tpus, et ordonné par ledit messire Charles d'Àmboise > lieutenant du roi , que celni messire Jacques de Ghabannes , seigneur de La Palice , auroît cette charge; et que avec lui aurait trois mille hommes de pied françois, et quelque nombre d'autre* gens d'armes, qu'il voudrait choisir par les compagnies. Laquelle charge prit volontiers ledit seigneur de La Palice% pt sachant celle entreprise , plusieurs seigneurs et autres gentilshommes , qui là étoient, dirent que sans eux ne se feroit la menée, et que messire Jacques de Chabannes, que chacun suivoit volontiers, n'iroit à ladite montagne, qu'Us ne fussent avec lui > et tant* que chacun se convioit à ce banquet ; dont se déli-

DE JEAN I>'aUTON. 3o3

bérèrent plus de cent des pensionnaires et autres gentilshommes du roi de se trouver à cet affaire.

Comment U roi partit OUjranï>rie pour *'«i alUr \û\nbït à eon armée , qui marctynt droit à

Le roi , qui d'Alexandrie savoit à toutes &3 4kA*X heures nouvelles de son armée, se voulant join- ' dre à elle, partit de ladite ville d'Alexandrie, le vingt et troisième jour du mois d'avril, surles sept heures du matin, après la messe ouïe, ayant dîné légèrement, et étant armé de toutes pièces, monté sur un coursier bbxw bardé de blanc avec un saie de même couleur et broché d'or. Et ainsi , avec ses princes, seigneur», et gentilshommes de sa maison % et archers de la garde , tous armés avec lui , chevaucha de son logis , par la grand'rue, et le long de la place où avoit là grand nombre de dames, et autres des seigneurs et du peuple de la ville ; dont les dames disoient à la passée ; « Ah ! que grand dommage est de tant de grands princes, et seigneurs, et beaux gentilshommes de France, qui s'en vont prendre leur fin et mourir à Gênes! Jà n'en réchappera un tout seul ! » disoient ces pauvres dames; et de vrai pensoient

3o4 CHRONIQUES

que Gênes , coutumière d'obtenir victoire , dût tout mettre à sac : ce qu'eussent bien voulu aucuns d'Alexandrie, qui par aventure y avoient de leurs frères ou voisins, comme fut dit par après.

Or, s'en va le roi chevauchant tout armé d'Alexandrie à un lieu nommé leBosq, mauvais françois; de Bosq, à Gavi, et au Bourg de Busale, qui étoit tout en feu. Audit , lieu de Bourg arriva le roi, le samedi , que le lieutenant et les capitaines de son armée avoient tenu le conseil d'aller donner sur les vilains de la montagne de Gênes : ce qui fut fait.

Comment mmite lacqutz îre Cfyobantte*, seigneur ta fa palice, avec plusieurs gentilshommes françois; et jjens Ire pieîr, fut assaillir la montagne î>e (Stënesî et îre la pris* Van bastillim et autres forte, et Vane bataille faite *ttr laîrite montagne,

I^Jty^ii Un dimanche, vingt et quatrième jour du mois d'avril, en l'an mil cinq cent et sept, messire Jacques de Ghabannes, seigneur de La Palice, sur le point de cinq heures du matin, après la messe ouïe, partit de Pontadême, avec trois mille hommes de pied et aucuns

DE JEAN d'aUTON. 3o5

gentilshommes armés , et montés légèrement, et se mit en marche droit à Gênes. Lequel ne fut si tôt parti , que grand nombre de gentilshommes delà maison et des pensionnaires du roi ne s'armassent pour aller après, lésquels dirent à messire Charles d'Àmboise , lieutenant du roi, qu'ils iroient volontiers après, en lui priant qu'il lui plût que, sans eux, ledit seigneur de La Palice ne montât ladite montagne ou commençât le hutin. A quoi différa le lieutenant du roi , disant : « Je n'ai pas transmis le seigneur de La Palice pour donner la bataille à nos ennemis, mais seulement pour aviser la montée plus. aisée , et assaillir quelque maison au bas de ladite montagne , où est quelque nombre de vilains qui gardent ce passage ; et aussi n'est heure ni lieu de leur donner encore la bataille , s'ils ne descendent en plaine : ce que ne feront, car ils ont sur nous l'avantage des montagnes. Parquoi n'est métier, pour cette première fois, faire grand effort, mais seulement voir leur manière et épier les lieux. » Sur ce, firent réponse lesdits gentilshommes : « Nous savons bien que les lieux des montagnes sont difficiles pour nous, et avantageux pour les ennemis; mais tant y a, que si le seigneur de La Palice, qu'avez là envoyé, les rencontre | quelque puissance ou lieu avantageux qu'ils aient, nous sommes tous assurés qu'il donnera au travers , quelque

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