LE QUART EPITAPHE AUX DAMES
Nobles dames , qui m'avez vu en vie Et maintes ibis jouter et tournoyer, ' Venez ici me voir, je vous convie A ce banquet pleurer et larmoyer.
Ce peu d'écrit je vous vais envoyer, Qui sans cesse d'une piteuse épître Vous servira au filer et au tistre ,
Et vous fera de ma mort souvenir.
Or là lisez et retenez ce titre :
A vous autant en peut tôt advenir.
Pour rentrer en matière, fut vrai que à celui obsèque firent le deuil Antoine de Lorraine , duc de Calabre, messire Jean d' Albret , monseigneur d'Orval et messire Henri de Neufchâtel, et menoient iceux frères Mery d' Amboise , grand -maître de Rhodes; messire Pierre de Rohan , lors duc de Nemours , à cause de sa feue femme, héritière de ladite duché ; et aussi étoit messire Jean d'Amboise, monseigneur de Bussy : lesquels étoient assis aux hauts degrés du chœur, aucôtédextre ; à l'autre coté étoient Louis, duc de Bavière, comte palatin, qui lors étoit en cour, pensionnaire du roi; Gaston, comte deFoix* messire Guy de Rochefort, chancelier de France; messire Jean de Foix, monseigneur de Lautrec; maître René dePrye, évêque de Bayeux ; frère Lauréat Bureau , évêque de Sisteron et confesseur du roi; maître Guillaume Guguel , évêque de Nantes ; Tévêque de Bethléem etl'évêque suffragant de Lyon. L'offrande fut faite comme il appartient, et messire Valérien de Saints, bailli deSenlia, présenta Lescierges à l'offrande à ceux qui f ai soient le deuil . Un docteur en théologie, nommé frère Antoine de Furno, confesseur du commun, fit le sermon authentiqueraient, en déclarant la vie louable
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et royale généalogie dudit comte de Ligny, lequel approuva de ligne en ligne procéder et être allié par directe ligne et oollatérale de tous les empereurs et rois chrétiens, et premièrement avoir pris origine du roi Balthazar , qui d'Orient avec deux autres rois magiques nommés l'un Melchior , l'autre Gaspar , vint
l en Bethléem par. la guide de l'étoile et offrit
l'or au benoît fils de Dieu, J.-C. Que fut-ce? les bien-faits et vertueuses gestes de celui feu comte de Ligny furent là mis en si claire lumière par ledit de Furno , que chacun loua ses œuvres , collauda ses vertus et pleura sa mort , voire de tant, que là n'avoit gentilhomme de la maison du roi, dame ne damoiselle ne autre à
• qui les claires larmes des yeux jusques à terre
ne dégouttassent, et ce sais-je, car je le vis et étois présent. Ce même jour fut le corps porté hors la ville pour être méné enterrer à sa comté de Ligny, lequel fut conduit jusques au collège de Saint-Jean-Bourgeois de l'observance de Saint-François ; tous les collèges de Lyon, où avoit plus de douze cents prêtres , l'accompagnèrent revêtus et en procession. Aussi firent ceux qui à son obsèque avoient fait le deuil avec les princes et seigneurs qui lors étpient en cour. Les gentilshommes de la maison du roi qui grand deuil en faisoient, le conduisirent aussi; si firent les archers de la garde, tous à pied. Autour du corps étoient ceux qui portoient ses
armes et qui faisoient le deuil. Devant alloient deux cents pauvres tous en deuil, chacun une torche ardente ën main. Somme , il y avoit telle suite , qu'on ne pouvoit passer par les rues. Bien fut là montré que sa personne avoit été en commune recommandation; car hommes et femmes et enfants, en voyant le piteux spectacle , par les maisons et aux fenêtres , pleuroiént à chaudes larmes , se détorsoient les mains et faisoient deuil inconsolable en regrettant le bon seigneur qui de tous étoit aimé et bien voulu de chacun , disant : « Ores est à bas l'un des fermes piliers qui soutenoient l'honneur du royaume et portoient le bien de la chose publique !
Tantôt après ce , le roi fut gravement malade et moult altéré , tant que plusieurs cuidèrent que de lui fut fait, et entr'autres messire Pierre de Rohan , maréchal de Gyé, qui lors avoit grande autorité en France, lequel, pensant le roi prochain de la mort , transmit à toute diligence à Amboise devers Louis de Montroyal , lequel avoit en gouvernement la personne de François d'Angoulême, qui devoit succéder à la couronne, et celui Montroyal avertit de la maladie dudit seigneur , en lui priant, si le cas advenoit, qu'il se tînt saisi dudit comte d'Angoulême, et avec ce, qu'il tînt, à Amboise bon pour lui, et que très-bien le guerdonneroit; en outre, manda au lieutenant
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de ses gendarmes, qu'il fit le plus grand amas de gens qu'il pourroit, et que sur les passages de la rivière de Loire les mit pour garder, que si le roi venoit lors à mourir, que la reine ne se retirât en Bretagne, et que madame Claude fût bien gardée; encore, manda au sire Alain d'Albret, que le roi n'étoit pour le faire long, et que, pour secourir au bien public, mit sus dix mille hommes près de besogner si à temps venoit, et que de sa part autres dix mille ou plus en mettrait sus; et, ce fait, s'en partit cle cour à toute diligence et s'en alla à Amboise, dont il étoit capitaine, et avoit léans aucuns de ses archers pour la garde dudit château , et là avertit la comtesse d'Angoulême de l'état de la personne du roi, disant qu'il s'en alloit mourir, et plusieurs autres paroles dit, qui depuis lui portèrent dommage, comme sera dit par après. Or, se trouva le roi assez bien disposé, ce lui sembla, pour s'en pouvoir venir; dont se mit à chemin, la reine quant et lui, et tout leur train, et s'en vinrent à Blois , où étoit lors madame Claude leur fille, et là fut le roi, avec l'aide de Dieu et le secours de ses médecins , guéri tout sain, et lui étant là, s'en revinrent les prisonniers délivrés par la composition de Gayette, et des premiers s'en vintmessireBerault Stuart, seigneur d'Aubigny , auquel fit le roi bonne chère; puis s'en revint messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, qui
pareillement eut bon recueildu roi etdela reine et de tous les gentilshommes. En somme, tous les uns après les autres s'en vinrent devers le roi àBlois, où j'étoislors pour savoir au vrai des nouvelles. A la fois m'en allois dîner ou souper au logis dû seigneur d'Aubigny, à l'autre chez le seigneur de La Palice , puis aux banquets que se faisoient les autres capitaines et gentilshommes qui aux affaires du royaume de Naples avoient été, et là écoutois chacun parler , qui d'autre chose que de la guerre ne tenoient propos; et ainsi, je mettois en mon papier ce que je voyois débattre entre les capitaines et les gens d'armes, et ce fait, à part, à l'un et i l'autre m'en enquérois à toute heure , voire dès les premiers grands jusqu'aux moindres , pour savoir si le commun rapport s'accorderoit; aux maîtres de l'artillerie et aux varlets canonniers que par prières je menois à la fois dîner ou souper à mon logis qui lors étoit près de leur quartier, m'enquérois aussi combien de pièces d'artillerie y avoit eu , des poudres et autre munition, ne quel exploit elle avoit fait, et de toutes autres choses qui ne se doivent oublier à mettre par écrit. A quoi j 'ai plus travaillé de savoir que je n'ai mis de peine à écrire; car les François sont d'une condition telle , que s'ils viennent à l'inquisition de leurs faits pour les rédiger en mémoire , au répondre auront la bouche close, pour les laisser en oubli
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et demeurer en silence. Je n'en dis plus, fors que les autres nations cherchent les historiographes pour les avertir de leurs propres faits, et de ce qu'ils savent des autres ; dont ne faut avoir merveilles, si les livres des Grecs et des Romains et autres barbares nations sont plus ornés de beaux mpts et mieux enrichis des louables gestes que les nôtres, qui, par défaut de bons orateurs, demeurent affamés d'élégants écrits, et, par la négligence de vrais rapporteurs, vides d'honorables faits. Je sais bien que maintes autres bonnes choses se sont traitées à porte close, que, par défaut de ne les savoir, j'ai laissées en oubli. Mais qui voudra que plus avant j'en 'dise par écrit, plus amplement m'en avertisse de bouche.
Comment le capitaine foute V2tr*, après la retraite îru <fi>artllan et <$agette rendue par le* Jfrancote, et eu* retourné* en France, maigre la puissance îre (fconeale* Jfrrranîr, îremeura treîran* Dénouée eu Quille plus îre traie tuai* , où prit miles et eljâteau*, et lui là amt$é i fît saillie* et rourse* eur 6e* ennemie, et le* foutraient leoer leur eifgej et romment Ijonorablement e'en retourna en Jranre.
Les François retournés en France, comme j'ai dit, le capitaine Louis d'Ars, qui n'avoit à
8û CHRONIQUES
]a composition deGayette voulu entendre, étoit demeuré à Venouse avec ses gens, et là, avoit retiré avec lui le comte de Conversane, à tout grand nombre de gens pour faire service au roi, mais tantôt que celui comte ouït dire que les François avoient vidé le Garillan et rendu Gayette , s'en voulut aller , et lorsque les nouvelles furent dites, celui capitaine Louis d'Ars et le comte de. Conversane , avec leurs gens, étoient à M ontepellouse, ville du feu comte de Ligny , et de là , s'en voulut retirer ledit comte, mais encore le retint Louis d'Ars, en lui disant : « Par aventure ne sont les nouvelles vraies auxquelles ne faut ajouter foi , si commune voix ne le dit; ne nous effrayons point ores par paroles au vent semées , qui toujours avons vu l'effet de la guerre et le faix d'icelle soutenu. » Par ses remontrances et autres moyens emmena celui comte à Venouse avec tous seâgens, et delà, s'en allèrent devant la ville de la Velle, terre du feu comte de Ligny , laquelle assiégèrent et battirent tellement, que, en moins de trois heures , lui donnèrent l'assaut, voire au plus fort endroit de la place ; car il falloit monter plus de deux lances de haut pour y entrer , mais rien ne leur arrêtoit, car ils étoient à telles prises cœurés. La muraille fut emportée d'assaut, et grand nombre de gens là dedans mis à sac, et la ville pillée, et tous les vivres dont grande provision y
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a voit pris et emmenés à Venouse, la roupture du Garillan se continuoit toujours; dont ledit comte de Conversane ne voulut plus arrêter là , mais avec ses gens s'en retira en ses places, pour là aviser sur ses affaires. Le capitaine Louis d'Arspour ce ne changea propos, mais tint pied ferme , disant : « Jà pour la menace de fortune n'abandonnerai ce que le pouvoir de vertu m'a donné , ne pour doute de l'effort de mes ennemis ne laisserai ce que par puissance d'armes j'ai sur eux conquête. » En cettui se montra bien là vertu de magnanimité, car les dangers, de la guerre n'avoient cherchés comme fol aventurier ; aussi ne les vouloit-il fuir comme pavoureux craintif.
Souventesfois écrivit au roi de ses affaires, sans jamais en savoir aucunes nouvelles ; car les postes aussi ne pouvoient passer, mais étoient toutes détroussées par les chemins.
Après qu'il eut ravitaillé Venouse et pourvu au surplus de son besoin , il s'en alla devant Minerviae, bonne ville et forte, laquelle pareillement prit et soumit en l'obéissance du roi. Somme, tant à point démenoit la guerre, que par toutes les Itales n'étoit autre bruit que de ses faits, tant chacun louoit ses œuvres et avançoit sa renommée, disant qu'en lui seul devoit être la fiance du roi arrêtée et la recœuvre de l'honneur des François trouvée, comme en celui qui aux extrêmes périls avoit m. 6
été ferme et éprouvée vertu. Que fut-ce? le capitaine Gansâtes FerratUd, Sachant que, si à ôe ne troUvôit remède, le pays de là Pouiltë étôit èn danger de $e révolter et rendre audit Louis d'Ars, transmit là un capitaine nommé Barthélémy d'Alviane, avec quatorze mille hommes espagnols et artillerie grand nombre, pOûr assiéger Venouse et les autres villes qtie les François tenoient eh la Pouille ; lequel d'Àlviafae et Ses gens se trouvèrent le vingt-^cinquième jour de mars à trois milles près de Vendtfèe; et de là celui capitaine, pour savoir de la manière des François qui dedans étoient, prit quatre cents chevàu-Iégers et s'en alla courir jusqUes devant la tille, où fut recueilli par les François qui là étoient , et escarmoliché à l'diitrance lui et les siens : car le capitaine Louis d'Ars, averti de leur tenué, leurmitattdétànt deux cents hommes à cheval, lesquels nè faillirent à donner sûr eux, et à belle campagne hors les barrières, escarmouchèrent plus de trois grosses heures, et là, se tnoritfèrent entré autres Gilbert de Chaux et Jean de Môfttieùx, François; car à toutes courses étoieritdes pretiiiers, et tant que leurs chevaul en plusieurs lièux y furent blessés, et à la parfih les Espagnols s'ennuyèrent du combat ; car sans faillir , comme j'ai su par de ceux qui là étoient, lëfc François qui nulle puissance d'iceûx doutaient rencontrer, comme ceiix qui sbuvëntes-
foi» avaient leurs forces essayées et leur pouvoir abattu, chargeoient sûrement sur eux comme coutumiers vainqueurs, si que la plaee letâr firent vider , et mirent en fuite; et ce fait, chacun 9e retira à son logis.
Le lendemain > un François nommé Bernard de Saint -Soudai n venant courir de Caste! de Mont avec vingt-cinq chevaux, sans savoir rien de la venue des Espagnols , se trouva, si près de leur camp qu'il fut d'eux avisé ; àonst l'alarme fut par tout le camp ; mais pour oe ne s'arrêta celui François, aina dit que par là palsseroit; et premier que les Espagnols fussent * armés et iriontés à cheval, lui et ses gens tous en flotte donnèrent des éperons et coururent tant froidement que le camp percèrent malgré lears ennemis, et passèrent au travers par sur le ventre à ceux qu'ils rencontrèrent sans perdre on tout seul homme, et s'en allèrent à Ve~ mrase avec leur butin. Deux autres jours ensuivant, saillirent les François sur les Espagnols^ et les escarmouehèrent à toutes fois jusques à les dérouter et mettre à la chasse, et tant que, à la seconde saillie, Bernard de Saint-Soudain à tout cent chevaux les alla réveiller à touchant de leur câmp et donner si dure escarmouche, que leurs premiers coureurs repoussa jusque s contre lôur ost, ddnt se renforcèrent et saillirent bicta cinq cents genétaires , et rècommencèrent le bruit tel qu'ils rechapèrent les
François jusques devant Venouse. Le capitaine Louis cTArs , voyant la grosse bande d'Espagnols approcher et chasser ses coureurs, dit à ses gens : « A cette heure est métier de défendre nos amis , et nos ennemis assaillir et leur montrer que trop ont éloigné leur camp pour approcher notre ville : sus donc, sus ores se montreront ceux qui ont vouloir de servir le roi et envie d'honneur acquérir ! » Sur ce, fit ouvrir les portes , et lui armé légèrement pour se trouver à délivre aux armes exploiter, avec deux cents hommes à cheval ou un peu plus et trois cents piétons , se mit aux champs. Or, avoient couru les Espagnols et lassé leurs chevaux; dont leur advint que le capitaine Louis d' Ars et ses gens montés sur vites estradiots soudainement saillirent sur eux, et leur donnèrent une si dure charge que par terre allèrent plus de vingt , les premiers coureurs françois assemblés avec les autres: dont commencèrent à recharger de tous côtés, . et tant que, pour abréger, les Espagnols furent rompus et épars tellement que la fuite leur fut de saison, et s'ils étoient venus bien tôt, encore plus vite furent rechassés et suivis battant jusques à leur camp, mais non pas tous, car plus de trois cents demeurèrent par les chemins ou morts ou pris. Or, n'avoit pas là trouvé , Gonsales Ferrand , les capitaines du Garillan qui avec grosse gendarmée , à leur
désavantage sans honorable chose faire , s'en étoient retournés ; mais avoit rencontré celui qui, avec petit nombre de gens amassés, avoit ses ennemis louablement vaincus , et au danger de fortune vertueusement pied ferme tenu. Qu'en dirai-je plus? je ne le saurois de tant de louanges enrichir que ses œuvres le méritent. Or, avant! Après qu'iceux Espagnols furent ainsi chassés, ils ne sortirent plus que tous ensemble ne fussent, et pour eux efforcer de plus faire, ils levèrent leur camp et s'en allèrent tous ensemble avec leur artillerie près de Venouse , entre une rivière qui là passe et une abbaye nommée la Trante ; et là, en un lieu bas mirent leur camp et assirent leur artillerie; où n'eurent pas long repos: car, trois jours ensuivant, furent escarmouchés par les François et tant que , dès que les uns venoient de les visiter, les autres leur étoient en barbe. Bernard de Saint-Soudain, qui toujours étoit en armes, à la seconde escarmouche fut blessé d'un coup de hacquebutte.
Moult furent à louer ces pauvres soudards qui, au temps de la plus heureuse fortune de leurs ennemis, firent sur eux entreprises hautes et merveilleux faits. Quoi plus? tant furent les Espagnols tourmentés qu'ils dirent le mot , et voyant que là perdoient temps , gens et argent, transmirent au capitaine Louis d'Ars une trompette pour lui signifier la trêve qui
entre le riri et le roi d'Espagne étoit , M ;oe firent-ils pour ce que par force ne lui pouvaient nuire ; à quoi, nonobstant ladite trêve, à toute puissance ressayèrent, ce qui étpit plus désobéi à la foi de leur maître que cherché l'avantage de son profit. Je n'en dirai plus, si n'est que foi ne fie doit tenir à qui ne la tient T et se peut enfreindre à celui qui l'enfreint. Mais au propos : celui capitaine Louis d'Are , après la trêve à lui signifiée par les Espagnols et icelle *ue par l'éyêque de Rennes , /étant à Rome ambassadeur pour le roi , lequel lui ayait enyoyé les articles, accepta ladite trèye en attendant le bon plaisir du rpi , et, pourep être averti, lui envoya un sien secrétaire nommé Je^an de Çoulou, qui si à point fit son message , qu'en moins de douze joijrs fut de yenouse à Rlois , et là , présenta se* lettres ait roi qui les vit, et au^si son conseil; sur quoi fut jcftnçlu que wdit capitaine seroit mandé qu'il s'ep retourneroit, et que premier laisserait bonnes garnison dedans Yenouseet autres places qu'il tepoit; et ainsi le roi dépêcha Je mjessager et fit délivrer grand'somme d'tiv gent pour bailler jaillit capitaine poursW revenir.
Or* s'eu va ledit messager m poste > et tant aliaqjie bientôt ^près sa dépêcfee se rendit à Venouse, ou là avertit son maître dp vouloir du roi et lui bailla ses lettres , par lesquelles
lui é toit mandé soi} revenir, ponrce que les trêves n eioient si longues , comme il étoit requis, pour refaire armée et envoyer de par delà reconquêter pays et le secourir, et que, aussi at| long aller, ne pourroit tenir lesdites places ; parquoi lui commandoit le roi le retour, ce qui moult lui ennuya ; disant que encore ^tiendroit plus de six mois contre toute la puissance de Gonsales Ferrand, et que par aventure lui porterait tel dommage et ferait telle chose , que ce serait à l'honneur des François et au rabais de la gloire d'Espagne ; mais au vouloir du roi voulant du tout être obéir, mit vivres et garnisons par les villes qu'il tenoit, et avec quatre cents hommes se mit sur mer, à tout huit voiles seulement, et adressa où mandé lui étoit. Après la trêve acceptée par le capitaine Louisd'Ârs, Barthélémy d'Àlviane délivra les cinquante hommes d'armes de n) essire Aimar de Prye, dont étoit Louis de Saint- * Bonnet, et les mit hors de Tarente où ils étoient prisonniers , puis s'en alla assiéger le marquis de Betonte à Conversane ; et sachant, celui marquis , les gens de messire Aimar de Prye être hors de prison , envoya prier ledit de S^nt-Bonnet , leur lieutenant, que pour l'honneur du roi dont il étoit serviteur, et lui pour soutenir sa querelle assiégé , lui donnât secours : ce qu'il lui pïornit de faire , et premier transmit devers le cap tain e Louis d'Are
au prochas des emprunts , lequel lui envoya centécusdontil acheta pourpoints et chausses à ses gens qui étoient nus comme Arabes, car prisonniers avoient été plus de quatorze mois, sans changer d'habillements; que que soit, au secours du marquis de Betonte s'en allèrent, et furent si près suivis des Espagnols qui là tenoient le siège , que, à l'entrée de la ville , l'un d'eux fut pris et les autres entrèrent, dont Barthélémy d'Alviane leur manda que trèsmal s'acquittoient , vu qu'au moyen de la trêve les avoit délivrés , et que si la ville pouvoit prendre , que de les tuer de glaive ne leur feroit l'honneur, mais honteusement les feroit tous pendre aux créneaux de la ville; mais pour sa menace ne désemparèrent la place de trois jours, durant lesquels la défendirent à toute force , et ce fait, voyant que là ne pouvoient rien gagner et le capitaine Louis d'Ars s'en retourner, se mirent en mer et s'en allèrent à Trane au-devant de lui , lequel tiroit celle part, non comme fuitif chassé, mais comme voyager conquéreur. Ainsi s'en retourna celui qui sans faveur d'amis, sans secours d'alliés et sans solde d'argent que de son seul prochas, a fait à peu de gens ce que grosse armée n'a pu , ce qui est chose bien à tard ou non ouïe , et digne d'écout : ce qui me meut de louables titres décorer son nom et en mémoire éterne rédiger ses faits, et non à fausses
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enseignes, car ce a été le seul de tous les Gaulais qui en ce temps fut plus heureux en entreprises et triomphant en victoires ; dirai-je plus? c'est celui qui des premiers fut à l'exploit de la guerre de Pouille et le dernier y tint le champ , sans que par le pouvoir de ses ennemis put être forcé ne mis à outrance , mais s'en revint l'épée au poing comme heureux v vainqueur, portant à son cou l'honneur du roi et le relèvement de la déchute des François. Je n'en dirai plus, fors que à tels capitaines sont dues honorables charges et profitables récompenses. Pour entrer en propos , celui capitaine avec ses gens fit cingler ses voiles de Venouse à Trane, ville des Vénitiens, où là rencontra Louis de Saint-Bonnet et ses gens , lesquels s'en allèrent tous ensemble de Trane devant Bexte que tenoient les Espagnols, et furent quatre jours à l'ancre où ceux de la ville, nonobstant qu'ils tinssent pour GonsalesFerrand, leur baillèrent tant de vivres qu'ils en voulurent. De là furent à Ortonne en mer, puis à Notre-Dame-de-Terme où en pleine mer rencontrèrent quatre brigandins armés de Vénitiens f lesquels présentèrent au capitaine Louis d'Ars vivres et argent et secours, si métier en avoit, lesquels les mercia et aussi leur offrit son pouvoir pour leur affaire. De Terme s'en allèrent les François à la marque d'Ancône où prirent terre. De là le
go CHRONIQUES
capitaine s'en alla à pied en voyage à N<otre^ Dame-de-Lorett<e, et ppis avec ses gens tira à une ville nommée Sinagalle , où là achemina ses gens pour tirer en Lombardie, et lui avec trois gentilshommes des siens , c'est à savoir : Lue de Grping, seigneur de Lp. Motheau-Groing / Gilbert de Chaux et Jean Àubert, s'en alla à Rome en poste où fut, du pape et des cardinaux et de ses seigneurs d^Rome, honorablement reçu et doucement traité, et mêniement du Saint-Père, qui volontiers l'eût retenu à son service et grandement appointé; mais pour rien ne voulut laisser le service du roi, ne prendre autre parti. Par quoi , après plusieurs choses entre le pape et lui dites, prit bénédictton et congé , et se mit en vote pour aller en France^ Ses gens s'en allèrent de Sinagalle à Pesre , à Forli , à Faïence , à Imole, à Bologne, à Modène, à Parme, à Plaisance, et tout le droit chemin jusques 4 Favie. Ici ne veux oùblier de dire qu'iceux soudards qui n'étoient que quatre cents en nombre furent à tel honneur reçus par toutes les villeé des Itales où ils avoient passé, que les portes leur furent ouvertes et les vivres abandonnés, et eux tous armés, à bannière dépliée comme s'ils eussent été cinquante mille, passèrent partout sans que nul se mît audevant, mais plusieurs desdites villes crioient : France , Louis cV Avs. Tantôt que lesdits sou-
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dards furent à P^vie , le capitaine qui de Rome étoit venu en poste se trouva là , où fut ma- \^4e de fièvres J'espace yingt jours; et lui guéri se mit ^vecses gpnspn pays vers Tortçne et en Alexandrie, puis à Félissan , ville 4n ip-a^quisat de Montfeirat, et tirèrent ft un gros village rçoirçmé Isque près d'A&t, ou* çoflime }U étpient à leur souper, sortirent mille ou douze cents hommes m Armes, avec cinq pièces de menue artillerie, et voulurent le passage /défendre au* François et charger sur e^uï ; mais il6 trouvèrent à qui besogner ; car le capital Louis d'Ara, voyant l'outrageux vouloir d'iceux vilains qui sans querelle vouloient guerre commencer , dit aux siens :
« Marchez , marchez ; en trop de bons lieux avez passe pour être ici jarrêtés , et en tant de pérjUeuxdangers avez été que œttui ne devez craindre. » A ces paroles, marchèrent à ferme contre leurs gens , en manière que tantôt en jonchèrent camp de m<s>rts et affolés $ dont lies autpes tonnaient l§s épaules et farent wiyis jusq^es pontre^fo porte du jchâte&u, lesquels perdirent lenr jartilime que tes François ««amenèrent jusqu'en France. JL*e dm?
JPhiJibert de Savoie reçpt en son pays <te Piémont Je G&pil#ine JLopis d' Ars *et Je fêta à tous effi>rf£, p#r toute )a Savoie fit passer ses gens, et tous défrayer. l$n France s'en allèrent divers le roi , qui les fit payer 4e toutes leurs gages
et les mit en ses ordonnances ; au capitaine Louis d'Ars fit tant bonne chère , que tout ce que demander lui voulut, libéralement lui bailla et davantage : aussi l'avoit-il justement desservi et à bon droit mérité. Les Espagnols , qui abstinence de guerre et paisible trêve lui avoient promise, tout en l'heure quelaPouille eut désemparé , toutes les belles places qu'il y tenoit furent par force assiéger et prendre, et de là chasser tous les soudards qui tenoient pour le roi. Qu'est-il à dire sur tel défaut, si n'est que à leur serment de fidélité ne doit nulle sûreté avoir, ne foi ajouter?
Comment mmxve |Jierre ï>e Hofyan , maréchal ï>e (É&jjc, qui long-temps avoit en bruit en ftance, fut éloigné î>u toi et î>éd)û$*eîre *our.
Je ne sais que dire de la riante entrée de madame la cour, du variable gouvernement d'icelle , de son entretenement douteux ne de sa périlleuse issue , si n'est que à peine y peut nulle longue autorité avoir, ne toujours y être le bienvenu ; car, de sa commune manière , à tel montre hui bon visage, à qui demain tournera le dos , et l'accointance de ses auteurs est de telle nature que nul n'y veut compagnon endurer ne pair souffrir. Somme , c'est
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un si dangereux labyrinthe que bien souvent les plus avisés se trouvent égarés. Ace propos, je disque, en celui même temps, messire Pierre de Rohan, maréchal de Gyé, qui, durant le temps de trois rois en France , avoit entre les autres au conseil eu le haut parler et au besogner le maniement des affaires, fut débouté de cour et éloigné delà personne du roi, et ce, au moyen de la folle entreprise et improvu langage dont par ci-devant avoit usé, desquelles choses fut accusé envers le roi et la reine ; et pour avérer le fait, celui maréchal de Gyé fut à Orléans, par messire Guy de Rochefort, chancelier de France, interrogé, enquis et ouï, assistants à ce, maîtres Étienne Garmonne , tiers président à Paris , Jean de Selva, second président à Rouen, Antoine du Prat, maître des requêtes ordinaires, Antoine de Louviers, conseiller à Paris , Jean de Pavie, conseiller à Toulouse, et le juge-mage de Carcassonne, en présence desquels, sur les paroles dont on le chargeoit et l'entreprise de faire armée en France sans le su du roi , de quoi avoit été accusé; après l'interroge fait par ledit chancelier, nia tout, disant que de ce ne savoit rien , et que à tort lui étoit ce forfait reproché : dont pour la matière ensuivre , fut mené par les gens du roi et conduit par aucuns des gens d'armes de sa compagnie à Amboise, pour être affronté à madame Louise
de Savoie , comtesse d'Angoulême, et à Louis de Mcrotroyal; présents à ce, lesditsCarmonrre et de Sel va r du Prat et Carcaseonne ; e| là, en son visage lui furent dites les paroles que sur la mort du roi avoit autrefois prdposée&, et montré ce que par écrit avoit envoyé : ee/jue tiia dètechef* Après ce, fut celui de Rohan, mené à Chartnes, où Ini fut baillée ïa ville pont prison , et lesdit& conseillers s'en allèrent à Paris pour Étire de ce leur rapport an chancelier et à ses autresdits collègues, par lesquels fut appointe que par lesdits rapporteurs seroit mené à Dreux devers le sire d'Albret ponr être à lui affronté- Or fut ainsi pourrnené ledit messire Pierre de Rohan , ce qui mo&tt lui en nu y oit, vu les grands honneurs et autorité hautaine en quoi s'étoit par ci-devant trouvé en France; ce néanmoins , fat trrëné à Dreux, et lùi étant à ce voyage dit anxdits seigneurs qui le conduisoient, que lesire d'Albret étôit son ennemi mortel 9 et que s'il alloit à Dreux mal accompagné, qu'il se dontoit de sa personne, parqùoi requit avoir de ses gens pour le tenir en sûreté; auquel dirent lesdits seigneurs que de ce n'avoit garde, car il étoit en la main du roi et en sa sauvegardé pour l'heure , et sur ce, fut mené ad château de Dreux , où étoit ledit sère d' Albret au lit, malade. Dedans la chambre où il étoit, entrèrent les conseillers et celui de Rohan,.
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lequel entra tête couverte et sans faire aucune révérence audit sire d'Àlbret, mais s'assit sur un banc d'osier vis-à-vis du lit où étoit ledit maladë couché. Lèè sieurs du conseil eurent chacun leur chaire près du lit, lesquels interrogèrent là celui d'Âlhret sur ce qu'il sayoit des charges mises sus audit de ftohaft et en sa présence : lequel d'Àlbret dit, ayant tous, que lesdites charges par lesquelles étoit illec mefssire Pierre de Rohari affronté étoietit vraies, comme par message lui avoit mandé de bouche et écrit par lettre signée de sa main; lesquelles furent vues et lues devant tous. Ce fait, fut demandé audit de Rohan qu'il vouloit dire sur ce j lequel dit que c'étaient choses controuvées et que vétfté ne contenoient, et que au sire d'Albret a voit été fait le bec pour en dire , comme l'oiseau fait en cage , et commença par paroles piquantes et mots injurieux à charger sur ledit sire d'Àlbret, le cuidant mettre aux champs, pour avoir occasion d'objecter contre lui? mais de rien ne s'émut ledit d'Àlbret , ainsi toujours persista en son dire et fut ferme en son propos : ce qui fut , par lesdits seigneurs du conseil qui là étoient , bien ouï et entendu. En ce faisant, lédit de Rohan qui n 'avoit cause d'être j oyeux , par manière décontenance, avec la • main se peigrioit la barbe laquelle avoit fort grande, et à la fois s'en couvroit urie partie
du visage, si que il n'en apparoissoit que le front et les yeux. Or avoit le sire d'Albret en main un petit marmot qui faisoit sur le lit un millier de singeries, et entre autres en fit une telle, que , en regardant celui de Rohan ainsi difforme pour la barbe qui lui couvroit tout le visage , tout-à-coup de dessus le lit où il étoit saillit d'un saut jusques contre lui et se vint attacher les mains à sa barbe, en tirant à toute force : dont celui de Rohan tout effrayé se prit à crier et courroucer, disant qu'on se truffoit de lui, et à force de tirer, arracha le marmot .de sa barbe et le jeta contre terre, lequel se releva et se mit sur le lit en faisant la moue à son homme; de quoi là n'eut homme , réservé celui que savez , qui ne fît sa risée à pleine bouche. Que fut-ce? après toutes ces choses, ledit de Rohan tout mal content s'en issit de la chambre en disant :
« Adieu seigneurs, et gardez bien votre marmot ! » et ainsi chacun se retira. Après, fut mené à Paris avec ses charges, et icelles vues et mises en avant, le procureur du roi prit conclusion contre lui, tendant à fin qu'il fût décapité , et démembrés ses biens publics , et ses enfants déclarés inhabiles à succéder comme fils de commisseur de crime de lèse -ma- * jesté.
A tous articles, ledit messire Pierre de Rohan dit toujours : Nego , et avec ce, fut
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par lui demandé délai à donner et prouver innocence et objecter reproches, ce qui lui fiit accordé pour rapporter le premier jour du mois d'avril ensuivant, auquel parties furent renvoyées au parlement de Toulouse. Appelés lesdits seigneurs de Selva, du Prat et de Luynes pour voir et juger la cause, lesquels, après la vue et consultation d'icelle, donnèrent leur arrêt, lequel fut prononcé parle premier président de Toulouse : par lequel arrêt fut ledit de Rohan suspendu de son office de maréchaussée pour cinq ans; interdit d'approcher la cour de dix lieues près, durant ledit temps; privé de ses gens d'armes, déclaré inhabile et privé de toutes gardes de places et châtellenies; condamné à rendre au roi l'argent des mortes-paies du château de Fronsac, depuis le temps de douze ans, et au surplus, absous de plus grand'peine demandée par ledit procureur du roi.
Ainsi sont plusieurs, par leurs démérites, honteusement chassés de cours, qui, sous l'ombre de dissimulation, y ont longuement régné et tant plus haut y sont montés, de tant plus leur est griève la chute ; parquoi nul , selon Sénèque, se doit à si haute chose appliquer, que le demeurer y fasse à craindre et la descente à achever. A chef de ce propos , ferai commencement de la chronique de France de
l'an i5o4-
Comment vxmiu fout* toawlU , amiral î>r Jvana , qui tue a rtynr avait iti l)or* î>r cour, fut par U rai mantâ A mie rti grande autant/, rt rommtnt auruna troaritr* A atttrta furent pria et puais pour avoir pHii rarjjrnt toi roi
Lorsque messire Pierre de Rohan eut le bond en l'entrant de l'an i5o4> messire Louis dè Graville , amiral de France > lequel du temps de ce roi n'avoit que bien peu suivi la côurj il, àu moyen de son bon bruit et du prochas d'aucuns ses amis, et par l'avis du roi, fut envoyé quérir pour assister au conseil f comme celui qui étoit ancien, sage et clairvoyant, et qui moult savoit; et lui, venu en cour, fut béhignement reçu du roi et autorisé grandement en l'affaire du conseil et autres besognes du royàume , et tellement que, à sa venue, plusieurs choses touchant le défaut des pertes et moyens d'icelles faites par ci-devant furent débattues et mises sur le bureau; et métnement fut conseil tenu sur les grands frais , excessives mises et extrêmes dépenses qui polir les armées du roi de delà et deçà les monts avoient été faites; et tellement y fut vu, que f le nombre des finances baillées aux trésoriers et la somme d'icelles reçues par les
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gens d'armes du roi entrejetés, de plus de douze cent mille francs de reste furent lesdits trésoriers et clercs des finances envers le roi endettés i sans que nouvelles fût de les rendre ni restituer : parquoi le roi , pour ce avérer, tint la chose celée jusques à temps. Tant fut le cas découvert , que l'un d'ioeux butiniers, averti de la menée, s'en alla au roi et dit : (f Sire , s'il est votre bon plaisir de me donner grâce de mon forfait et pardonner mon défaut , je vous nommerai aucuns de ceux qui ont butiné votre argent , et vous restituerai ce que j'en ai eu. »
Le bon roi , oyant la confession du pauvre larron qui restituer vouloit et accuser les malfaiteurs, ne voulut tant la mort du pécheur, que, après les pièces rendues , ne lui fit bailler sa grâce par écrit et pardonna son crime, et après ce > telle inquisition fit sur son affaire , que, par celui et par autres, eut en écrit les noms d'iceux qui sur ce s'ensuivent , c'est à savoir : messire Antoine de Bessey , lequel en ftit depuis à son honneur déchargé ; Jean Duplexais \ François Doulcet, maître de la chambre aux deniers, et contrôleur des guerres extraordinaires; Nicolas Briseau, Charles Lemaçon, Gilles Leroux > Pierre Mesnager > Gilbert Lemaçon , maître Jean Herouet , Jean Beldon , Berlaut de Villebrême , Pierre L'Estourneau , Jacques de Fontenay , Émery Loppin, Jean de
lOÔ CHRONIQUES
Chiede ville , clercs de finances , et quelques autres dont je n'ai su les noms; lesquels le roi fit tous prendre , réservé François Doulcet, qui se sauva chez les Jacobins de Blois. Nicolas Briseau avait gagné l'église de Saint-Martin de Tours, pour franchise; mais le roi l'envoya prendre jusques là et le fit amener à Blois.
Messire Antoine de Bessey fut pareillement envoyé quérir jusques à Dijon, et prendre par un nommé messire Lancelot du Lac , gouverneur d'Orléans. Gourcou fut pris à Blois à son logis; les autres furent envoyés prendre, les uns à Paris, les autres à Orléans, et là où ils étoient , et mis entre les mains de Jean d'Anglac, prévôt de l'hôtel du roi. Ils furent interrogés et ouïs sur ce par messire Guy de Rochefort, chancelier de France, et de tous ceux du conseil du roi , tant que, après toutes enquêtes et interrogations , et leur confession mise par écrit, leur procès fut fait , par lequel Jean Duplessis, nommé Gourcou, fut atteint du cas, et, pour ce, condamné à être pendu et étranglé. Tous les biens de François Doulcet furent confisqués au roi ; trois des autres furent mitrés sur les échafauds en la ville de Blois , et eux bannis de la cour, et leurs biens mis en la main du roi. Nicolas Briseau fut renvoyé à Saint-Martin de Tours , où il avoit été pris , et son bien arrêté. Somme , la plupart d'iceux perdirent leurs biens, honneurs et
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offices. Jean Duplessis , qui avoit été condamné à mort , fut requis par la reine et la marquise de Saluées, qui lorsétoit en cour, dont le roi tant humain qu'onc homme ne fit mourir à qui il put pardonner , voyant le cas à lui seul toucher, lui donna la corde et ne voulut que nul des autres pour ce forfait encourut mort. Messire Antoine de Bessey , bailli de Dijon, fut envoyé au château de Loches, et Jean Duplessis avec lui, prisonniers. Voilà comment, par vicieuse rapine et avarice odieuse, ces malheureux leur malheur délièrent, qui, selon le cri public, furent cause de la mort de plusieurs François et moyen de la perte du royaume de Naples. Dont je, qui lors étois en cour aux écoutes, ouïs sur ce parler les uns et les autres diversement ; car les aucuns disoient le malheur des François leur être survenu pour ce que par ci-devant , après leurs grandes conquêtes et heureuses fortunes , avoient envers Dieu donneur des victoires été ingrats, tant que ses bienfaits avoient méconnus et oublié ses dons : dont furent frustrés de grâce de besogner à profit et prospérer en honneur; le dire des autres étoit que les capitaines de l'armée, qui étoient divisés entre eux et envieux de gouverner, avoient laissé l'honneur de la guerre pour en vouloir prendre le profit , ce qui leur offusqua le sens de bien ordonner, et divertit le vouloir d'exploiter à
point. Le propos des autres fut que les soudarda n'avoient tenu ordre de guerre ni discipline de chevalerie gardée, mais s'etoient arrêtés à leur opinion et aroient suivi leur volonté , dont furent en leur intention déçus et déchurent de leurs entreprises.
A ceux du conseil s'attachoient les autres, et soutenoient que aux grandes affaires eurent * peu d'avis , et au besoin soudain perdirent le sens : qui fut cause dont l'œuvre fut follement commencée et honteusement finie.
Les autres chargèrent sur les trésoriers et clercs des finances, disant que l'argent qui pour défrayer Tannée étoit ordonné avoient retenu dedans leurs coffres, sans le vouloir dispenser à besoin ni exploiter â profit , tant que, par ce défaut, les gens d'armes furent à la parfin dépourvus de vivres , démontés de chevaux, dégarnis de harnois, dénués d'habillé^ mènts et découragés de combattre. Plusieurs autres raisons furent sur ce dites et causes alléguées, pour lesquelles rédiger j'en ai traité comme s'ensuit.
L* DÉFAUT DU GARILLAN.
An temps que Mars eut dompté les Italeg Et vaincues leurs puissances totales Par les François , et Naples subjuguée , Milan conquise, la hante mer voguée, Et encherchés maints dangereux détroits r L'an de grâce mille cinq cent et trois ;
DE JEAN d'àDTON.
Lorsque Saturne eut fait conjonction Avecque Mars , et révolution Du cours entier de sou tardif voyage , Espagne avoit à Nantes eu passage Sur les François par celée entreprise ; Lesquels, voyant frire telle surprise Par les exploits de» hostiles efforts, Transmirent là armées et renforts Pour secourir à fonce leurs amis Et guerroyer leurs mortels ennemis; Mais tel méchef survint alors sur eu* , Que leur défaut les rendit malheureux ; Dont je , qui lors écrivoie leurs gestes , Voyant les cas advenus manifestes , Voulus savoir la manière du fait.
Tant m'en enquis et en sus en effet Par le rapport des soudards et gens d'armes , Des chefs aussi qui conduisent les armes, Des conseillers et des eleres des finances Qui sur ce font exploits et ordonnances , Que le secret de ce mal vint atteindre , Oyant la voix commune se complaindre Et du méchef les dessusdits charger :
Chacun d'iceux se voulut décharger Et excuser du défaut de la perte , Dont la chose fut tant claire et apperte, Que j'entendis chacun , en son endroit, Sur ce alléguer le tort et le bon droit, Et tout l'effet de ses mots exposer Que par écrit je veux ci proposer :
Dont les soudards qui le plus se dolurent Tous les premiers leur cas dire voulurent ; Puis les autres contèrent leur affaire , De mot à mot ; dont j'en* ai voulu faire Tout promptement ce petit abrégé , Ainsi qu'il est ci-dessous rédigé.
Lis gens d'armes.
Après avoir souvent les monts passés , Fait des labeurs et des armes assez , Italie surmontée et soumise , Nous par la mer travaillés et lassés , Devant les Turcs nos sièges emplacés, Et mainte oeuvre vertueuse commise , Fortune s'est de nos faits entremise , En enrayant notre prospérité; Mais jà pourtant sa dure austérité N'amollira nos endurcis courages, Car si ores nous donne adversité , Nous en serons une autre fois plus sages.
Division à nos chefs déchassés ,
Tant que les uns se sont tôt déplacés
Et les autres n'ont usé de main mise ;
Cupidité a les cœurs embrasés
Des trésoriers , tant qu'ils ont amassés
Deniers pour eux sans fournir à là mise.
Faute de sens a licence permise
Aux conseillers de taire vérité :
L'un au dire a été irrité ,
L'autre au faire a eu clos les passages.
Ainsi partout est contrariété,
Nous en serons une autre fois plus sages.
Les cieux nous ont par signes menacés *
La mer flottant nos navires cassés
Et la terre la famine promise :
Dont les aucuns de nous sont trépassés %
Les autres pris et les autres chassés ,
Et le surplus revenus en chemise ;
Nos ennemis ont sur nous cette mise ,
Disant que nous avons le jeu quitté ,
Mais avant que tout ne soit racquitté
Nous y mettrons cœurs , corps , biens et usages ,
DE JEAN d'aUTON.
Et si devant on s'est mal acquitté , Nous en serons une autre fois plus sages.
Les capitaines.
Ceux qui jadis voulurent obtenir Titres d'honneur, pour armes soutenir, Et victoires triomphales acquerre , Dieu au premier eurent en souvenir, Droit apparent voulurent maintenir Et par ordre mettre leurs gens en erre ; Un chef expert au métier de la guerre Voulurent seuls ordonner et commettre ; Sachant qui a compagnon , si a maître ; L'un veut le bruit , l'autre la gloire envie , Tant que souvent différend s'y va mettre :
Entre pareils y a toujours envie.
En guerre faut celé conseil tenir,
Explorateurs secrets entretenir
Et découvrir les détroits de la terre ,
Au dépourvu chercher et prévenir
Les ennemis , à l'aller; au venir ,
Ou au loger si on les trouve en serre ;
Donner à droit pour avoir leur desserre ;
A grands efforts les combattre et soumettre ;
Sur ce , plusieurs gouverneurs n'entremettre ,
Si que, à besoin l'un l'autre ne convie ;
Et ce qu'un peut , a deux ne faut permettre :
Entre pareils y a toujours envie.
Pour ne vouloir nous adjoindre et unir, Honneur pour nous n'avons su retenir Ni pour le bien public profit conquerre, .
Et si disons que Dieu, pour nous punir , Nous a voulu notre sens détenir Tant qu'au besoin ne l'avons su où querre j Souvent nous sont nos gens venus requerre, Qu'aux ennemis les voulussions transmettre
IOÔ CHRONIQUES
Pour leur donner le combat, et promettre , Les défaire à peine de la vie ; Si Pun marchoit , l'autre n'y vouloit être :
Entre pareils y a toujours envie.
Prince , un bon chef peut trop mieux advenir
A son désir et à l'ost parvenir ,
Si sa bannière est droitement suivie,
Que les plusieurs ; car au dire ou fournir,
Dissension peut à eux survenir :
Entre pareils y a toujours envie.
LlS CONSEILLERS.
Qui veut à droit armée gouverner Et en sûreté son étendard mener Sans désordre , bruit ni confusion , Loyal conseil doit l'œuvre démener, Pourvu qu'il sache entendre et ramener Le cas selon due provision \ Mais de quoi sert fuir division, Bien ordonner sur le présent affaire , Du prétérit souvenir, pour mieux faire A l'avenir pourvoyance et subside ; Et que chacun veuille son çré parfaire ?
Raison n'a lieu où volonté préside.
Pour la sûreté des princes ordonner Et au peuple salut abandonner, ' Nous avons eu l'administration ; Mais quel ordre se peut sur ce donner, Si le bien-fait on ne veut guerdonner, Et le délit est sans punition , Honneur ravi "par fausse ambition , Profit soumis à main propriétaire , Conseil enfreint par motif volontaire , Et appétit commun tenu sans bride ?" Sur ce , ne faut proposer, mais se taire :
Raison n'a lieu où voloaté préside.
DE JEAN d'àUTON.
Plusieurs ont vu les François dominer, Puis revenir pnès de s'exterminer, Et tous leurs laits cheoir en dérision ; Dont , pour le vrai du caa examiner, Sur ce, on ne peut dire ou déterminer Autre chose pour la conclusion , Si n'est que ceux qui par abuaiou Veulent user et vers Dieu se forfaire, Cherchent mojen pour eux-mêmes défaire Comme ceux qui voguent la mer sans guide Et qui ne croit met le tout a refaire :
Raison n'a lieu où volonté préside.
Prince , qui veut en triomphe régner, Doit le vouloir des émus arrajner Et n'exploiter tout ce que chacun cuide , Garder que nul ne se puisse effréner, Et les motifs dissolus refréner ; Raison n'a lieu où volonté préside.
Les TRESORIERS.
Qui veut soumettre un pays étranger Par faits d'armes, ou injures venger, Il doit avoir finances à suffire Pour son charroi conduire et arranger, Et à ses gens tant donner à manger Que nul par faim les puisse déconûre ; Ses trésoriers bons et loyaux élire , Sûrs , diligents , bien experts et propices , Prompts à payer, gardant bonnes polices ; Convoitise ne priser deux fétus , P'autrui avoir ni porter leurs pelisses :
Avarice corrompt toutes vertus.
Le roi nous a bien voulu encharger Du payement , et nos coffres charger De son argent , pour le mettre et conduire ; Mais puisqu'il faut venir au partager,
Abutiné l'avons , pour abréger.
Sans en payer les soudards ni mot dire :
Ce qui nous a de plusieurs fait maudire; Car maints François en sont morts, et Suisses., Naples rendue et ses forts édifices , Nos gens défaits sans être combattus , Mal réputés, et pour nos maléfices :
Avarice corrompt toutes vertus.
Quelqu'un des cbefs sur ce voulons charger, Commissaires n'en pouvons décharger ; Contre voleurs ont joué a la tire , Nous avec eux avons pris de léger , Dont justice nous a fait corriger, Sans nous vouloir à la rigueur occire ; Envers nous fut tant humain' le bon sire, Que nonobstant nos rapines et vices, Ne nous voulut être mis aux justices ; Mais nous bannis , et de mitres vêtus , Avons perdu honneur, biens et offices :
Avarice corrompt toutes vertus.
Prince , on ne peut de plus s'endommager Que soumettre sa chevance en danger De ceux qui sont par argent abattus ; Argent fait tôt mœurs et propos changer, : Témoins mentir, arbitres mal juger:
Avarice corrompt toutes vertus.
Les trésoriers et clercs des finances furent traités en la manière susdite, dont aucuns d'eux, comme très-honteux d'avoir été atteints du cas et punis du méfait, s'en allèrent les uns hors du pays , et les autres tinrent à leurs hôtels demeure solitaire avec leurs femmes et enfants ; et les autres furent , moyennant
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leurs amis et ce qu'ils n'étoient que légèrement chargés, laissés en leurs offices et continués en i celles; et ce faisant, le roi, qui lors étoit à Blois , peu à peu retira partie de ses pièces, et se remboursa sur les plus apparents et moins excusables, et avec ce, la confiscation d'aucuns d'iceux qui s'étoient absentés , donna à ses pauvres capitaines, qui tous avoient perdu au royaume de Naples. Au château de Loches , étoient lors prisonniers messire Antoine deBessey> bailli de Dijon ; Jean Duplessis, ditCourcou. Or avoit été, devant ce, ouï et interrogé ledit bailli de Dijon, par messire le chancelier de France, Raoul de Lannoy, bailli d'Amiens, et le seigneur du Bouchage , sur ce qu'on le chargeoit d'avoir pris et retenu l'argent du paiement d'aucun nombre de Suisses ordonnés pour aller au voyage de Naples ; de quoi s'excusa moult vertueusement, disant que l'argent qu'il avoit du roi pour exploiter à cet affaire , avoit légalement distribué et mis totalement, comme apparoissoit par le rôle du nombre desdits Suisses et le paiement sur ce fait; et au dire d'aucuns ambassadeurs et Suisses, qui lors étoient en cour, et au voyage de Naples avoient été , s'en vouloit rapporter : dont furent ouïs lesdits Suisses, lesquels de ce déchargèrent ledit de Dijon, disant qu'ils avoient été présents au paiement de tous les Suisses qui avoient été audit voyage , et nuls
IlO CHRONIQUES
d'iceux en avoient ouï plaindre ni murmurer.
Parquoi toutes ces choses mises en avant et rapportées au roi, fut celui bailli de Dijon mis hors de prison et entretenu du roi en ses gages et offices mieux que devant, et bien à point traité en cour , comme souvent j'ai vu depuis.
Jean Duples9is demeura, quelque temps après ce, audit château de Loches, étroitement tenu et bien gardé ; mais nonobstant toutes ses charges et condamnation contre lui faites, et au prochas d'aucuns ses parents et amis, le roi, comme très-piteux et tout humain, ne le voulut tenir en perpétuel exil, mais lui élargit sa grâce , tant que hors de chartre le fit mettre'et envoyer à sa maison. Tout le temps d'été, demeura le roi dedans et autour de Blois, où durant ce temps plusieurs ambassadeurs vinrent eti cour, et furent là dépéchés et envoyés en leur pays; et après toutes ces choses finies, entour la fête Saint-Martin, le roi partit de Blois, et s'en alla à Paris, où fit son hiver , la reine quant et lui , qui encore du temps de ce roi n'avoit là fait son entrée : dont s'en alla à Saint-Denis, et après avoir là fait quelque peu de séjour, s'en vint à Paris. Audevant d'elle fut toute la cour de parlement, en triomphant arroi. Le prévôt et tous les seigneurs de la ville avec tous les collèges de l'Église la forent recueillir, et chacun d'eux à
son rang lui fit sa harangue et oraison. Les rues étoient de riches tapisseries tendues et parées; à toutes les portes et aux car rois par où elle pas soit, se jouèrent nouvelles comédies et divers personnages > en louant très-haute* ment la magnificence du lis et l'excellence de l'hermine. Tous les princes qui lors étoient en cour, les gentilshommes du roi et grande baronnie de France et de Bretagne étoient avec la reine > laquelle fut ainsi conduite en la ville de Paris, où fit là les serments accoutumés , et fut reçue honorablement avec joyeux accueil et dons d'inestimables richesses. Le rôi mettait de jour en autre provision de conseil en ses affaires , jusques à soi trouver souvent au consistoire et ouïr l'opinion des sages, pour mettre à exécution son vouloir juxte l'arrêt des mieux avisés ; tant voulut donner œuvre à l'accroît du bien public, que lors son royaume de France sous sa main fut si heu-»
reux que l'Église étoit unie , noblesse paisible, marchandise plantureuse et labeur fructifiant; quoi plus? justice à tous dûment administrée. Durant ces jours , maintes joûtes et tournois furent faits à Paris en Nesle , où tous les j durs étoient gentilshommes sur les rangs, la lance sur la cuisse, et entre autres ftit fait un tournoi, dont advint qu'un nommé François de Maugiron , des gentilshommes de chez le roi , et un autre nommé Supplan ville, se
trouvèrent l'un contre l'autre, lesquels étoient moult gaillards, hommes jeunes et adroits.
Pour faire fin, iceux montes et armés, le long des lices, à course de cheval, s'adressèrent si rudement, que au choquer, François de Maugiron asséna Supplanville si adroit et de telle force, que la lance lui mit tout au travers du corps, tant que tout mort s'en alla parterre, lequel fut moult plaint et doulu, car il étoit trèsgentil et plein de cœur. Assez d'autres faits d'armes furent là exploités que je laisse, pour entrer en autre propos. En la présence du roi et de la reine et de tous les seigneurs de France, qui là étoient, les clercs du Palais et les écoliers de Paris jouèrent lors plusieurs comédies satiriques et tragédies morales, par lesquelles, à mots couverts et paroles vraisemblables, découvrirent tous les défauts et faits repréhensibles qu'ils surent être de ce temps perpétrés en France, à Naples et à Borne, en chargeant sur le maréchal de Gyé, dont est touché audessus, disant par leurs personnages audit maréchal, que : son trop chauffer cuit et son trop parler nuit. Aussi n'épargnèrent-ils les trésoriers et clercs des finances, ni aucuns de ceux de l'armée de Naples, qui s'en étaient fuis; et puis passèrent iceux momeurs par Rome, et Dieu sait quels lardons ils y semèrent; somme, il n'y eut pape, ni cardinal, ni empereur, ni roi, ni autre sur qui à parler eut;
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voir jusques à Clairée et de Fur no, à qui ne jetassent une pierre en leur jardin ; et tant en firent, que, à la parfin, leur* jeux leur furent interdits , et aucuns d'eux jfùnis jusques à devoir être l'exemple de crainte à tous autres; je n'en dis plus, si n'est que cil qui forfaiteur se sent, à tels hérauts ne doit faire blasonner ses armes, ni publier ses faits, car ils disent souvent tout et davantage.
Le roi fit lors translater le corps de son- père le duc Charles, duc d'Orléans, de Saint-Sauveur de Blois, où avoit été en sépulture, et le fit porter aux Cèles tins à Paris, où est l'antique sépulture des ducs d'Orléans, et là, tant honorablement servir, que la fête funérale fut louée de chacun , aussi à bon droit, car le corps , depuis Blois j usques à Paris , fut mené en telle manière, comme si ce fût au premier obsèque, et mis en son curre de deuil, tout couvert de velours noir, et le corps de drap d'or frisé de noir, le tout semé des armes d'Orléans. Grand nombre des seigneurs de France en deuil , des gentilshommes du roi et des archers de sa garde, étoient à le conduire, et par toutes les villes où passèrent , comme à Cléry , à Orléans, à Étampes, et autres lieux sur le chemin de Paris, toutes les processions des collèges et églises parochiales, avec les seigneurs et Je peuple desdits lieux, furent au-devant du corps; et tous prêtres qui pour le défunt célébrer m. 8
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voulurent , furent payés et repus, et tous les pauvres qui furent trouvés par les chemins eurent chacun An grand blanc pour prier Dieu pour l'âme <?e celui bon prince. À rapprocher de Paris jusques au Bourg-la-Reine , furent au-devant du corps tous les princes et seigneurs qui lors étoient en cour, toute la cour de parlement, le prévôt et les seigneurs de Paris, l'université, l'évêque de Paris avec tout le clergé des collèges de la ville en procession : tant d'hommes en deuil et portant torches étoient là, et telle multitude de peuple, que le nombre étoit plus grand que mon estimation ne pouvoit comprendre. Toutes les cloches de la ville sonnèrent à cette venue , en manière qu'on n'eût là ouï tonner; quoi plus? en cette manière triomphale fut porté le corps en l'église des Célestins, et là, très» honorablement servi et somptueusement sépulture.
En ce même temps, le roi transmit en ambassade maître Georges d'Amboise , légat lors en France, devers le roi des Romains étant lors en Allemagne : lequel légat s'en alla bien accompagné d'évêques et autres seigneurs d'Église et de gentilshommes à grand nombre ; et lui avoit baillé, le roi, vingt-quatre archers de sa garde pour le conduire , lesquels portèrent en leurs hoquetons chacun quatre mille écus que le roi envoyoit audit roi des Romains,
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pour certaine cause «t aucun traité fait entre eux (à porte close , quant à moi). Si s'en alla donc celui légat faire son message d'ambassade, lequel fut honorablement reçu et 'doucement traité dudit roi des Romains et des princes d'Allemagne, et oui sur son dire tellement, que ce qu'il demandoit il obtint, et ce fiait, se mit à chemin pour s'en revenir en France.
À la fin du mois de février, le roi se trouva dedans Paris, tout altéré et mal de sa personne, pour la froideur et humidité dudit lieu , qui par temps d'hiver est moult froid et moite; parquoi ses médecins lui dirent que le changement de l'air et l'éloing de ce lieu où il étoit lui allégeraient son mal , et que , pour le mieux de sa santé, besoin étoit de s'en aller autre part : ce qu'il fit, car incontinent délogea de Paris et s'en alla par eau jusques au pont Saint-Cloud , et outre , pour le danger dudit pont, sur lequel nul roi de France ne passe.
De là s'en alla par terre jusques à Chartres, à Chateaudun , à Bonneval et à Blois , la reine toujours avec lui. Audit lieu de Blois se trouva, par un temps, assez bien, et fit très-bonne chère, et là, avec la Veine et Madame Claude, leur fille, fit joyeusement sa fête de Pâques, sur laquelle finirai ma chronique de l'an x5o4, pour commencer des faits de l'an ensuivant.
Il6 CHRONIQUES
€i cwnnunct la chronique îrt Jratttt î>* Tan 1 50?, parlant au premier Vntu gtïht malaîrie Iront U rai fut lors Irurrmrnt atteint»
En l'entrant du mois d'avril, en l'an i5o5, le roi , derechef, se trouva tout débile et fort malade, et tant, que ses médecins ne savoient bonnement par quel régime y remédier, dont eurent grand doute en son affaire; car de fièvre continue et chaud mal fut tant épris, que, plusieurs jours, le boire, le manger et le dormir perdit, si que chacun pensoit qu'il en fut fait. La reine, qui plus en son mal se sentoit intéressée et qui l'aimoit comme soimême, étoit nuit et jour en place pour le servir de ce qu'elle pouvoit et le secourir de ce que métier lui étoit, et pour le réjouir, devant lui, montrait visage riant et lui usoit de joyeuses paroles; mais, à part, toute couverte de larmes, sedouloit si très-amèrement que nul la voyoit qui dç pitié ne pleurât : nul entrait dans sa chambre, réservés ceux qui étaient ordonnés pour le service, desquels furent François d'Orléans , comte de Dunois , messire Louis de laTrimoille, premier chambellan, maître' Florimond Robertet, l'évêque de Pérîgueux , son aumônier , et frère Jean Clairée,
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son confesseur, lequel l'enhortoit moult bien de son salut. Aussi celui se montra très-catholique prince ,- car il se confessa révérentement, et les divins sacrements de l'Église très-dévotement reçut, et en la présence de messire Guy deRochefort, son chancelier , et de Florimond Robertet, fit son testament. Or avoit-il singulière fiance en Dieu et souveraine envie de guérir , qui sont deux choses qui de mort à vie souvent ramènent les humains ; dont lui , étant en son grabat , se voua à la sainte-hostie de Dijon, où toujours avoit eu entière dévotion et souveraine révérence.
; Durant cette maladie, aux évêques et seigneurs de l'Église du royaume de France, et par tous les pays du roi, fut commandé de faire processions et prières pour sa santé ; ce qui fut fait par plusieurs jours où le clergé et les nobles s'assemblèrent de toutes parts , fai- < sant leurs dévotes oraisons envers le Consolateur des désolés , pour la guérison de leur bon prince : à ce ne faillit le pauvre peuple de France, qui mit lors son labeur en oubli pour y accourir à troupeaux , les mains jointes et les yeux tendus à mont, criant à haute voix : « Hélas! vrai Dieu, salut des espérants en toi, jette sur nous les yeux de ta miséricorde, et nous étends la main de ta grâce, et regarde en pitié l'état du royaume de France que des armes célestes tu as ennobli et enrichi de ta foi chré-
tl8 CHRONIQUES
tienne , auquel ton nom divin est hautement honoré et ta sainte foi dignement exhaussée.
Ores y avoit ta bonté mi9 un prince de florissant bruit, renommé, loué de toutes vertus, sur les requis le plus exquis, et entre les bons le meilleur : hélas! Fortune, ennemie de prospérité et marâtre d'humaine gloire, le tient ores languissant en la couche de maladie, de qui la main tenoit jadis en crainte ses ennemis, et ses sujets en repos. Regarde, Dieu, regarde à la plaie de notre chef, tanfcgriève que nous , ses pauvres membres , en commençons à sentir l'amère douleur, et ne nous laisse comme peuple sans ducteur ou brebis sans pasteur : écoute les piteuses clameurs de ton pauvre peuple, sire Dieu, et ne mets le cri de la commune gent à dépris : car l'oreille de ta douçeur a toujours sa voix ouie et sa prière exaucée; si, te supplions, notre père Dieu, que à cette oraison nous sois enclin, et à cette requête, propice; en donnant prompte santé et longue vie à notre roi très-chrétien. »
Ainsi faisoit le peuple de France piteuses complâihtës pour la maladie du roi, et dévote oraison pour sa santé ; avec ce , la reine transmit hâtives postes devers le Père-Saint pour avoir pardons et indulgences à tous ceux qui ^fvbtement voudraient prier Dieu pour sa t gttérisoh et prospérité : dont ledit Saint-Père y élargit tant du trésor divin ét apostolique
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grâce, que, en tout le royaume de France et par tous les pays du roi deçà et delà les monts, envoya le jubilé, et, afin que chacun fut plus enclin de prier Dieu pour le bon prince, ordonna, ledit Père-Saint, que, au quinzième jour du mois de juillet ensuivant, seroient faites processions générales et porté le corps sacré de Jésus-Christ comme au jour de sa fêté, et que tous confèset repentants, en priant Dieu pour le roi et sa santé , gagneraient les grands pardons, comme en l'an du jubilé à Rome,
Le cardinal d' Amboise , légat susdit , s'en retournoit lors de son voyage d'Allemagne , qui , par les postes courant de lieu en autre , sut les piteuses nouvelles de cette griève maladie; s'il fit lors mauvaise chère , non sans causé ; car il, à l'effort de ce malheur , voyoit la chaire de son autorité ébranlée et l'appui de sa prospérité froissé , et tout Ici royaume de Franoe en chemin périlleux et dangereux hasard : ce qui lui remplit le cœur d'ennuyeux soupirs, $t les yeux d'àngoisseuses larmes, et, pour avoir extrême refuge au souverain remède , tendit les mains aux cieux et la pensée envers Dieu , à qui fit très-humble prière et dévoté oraison pour l'allégement du mal de son bon prince et souverain seigneur le roi ; puis adressa sa requête à la glorieuse mère de Dieu , avocate des humains , et, le plus tôt qu'il put, s'en vint à Cléry, où , devant l'image de la vierge Màrk,
célébra très-dévotement , et fit ses oblations et prières d'intention pure et bonne volonté , et puis s'en revint devers le roi, qui toujours étoit au lit. La reine ne cessoit de prier Dieu et les saints , et faire votes et promesses pour sa santé. Messire Louis , sire de la Trimoille, qui moult se doutait de ce cas, le voua à Notre-Dame-de-Lience , promettant y aller à pied. Somme, chacun pour lui promettoit d'offrir sa chandelle au saint où sa dévotion étoit. Quoi plus ? tout le royaume de France étoit troublé de cet affaire. Or fut le roi* durant cette maladie, par défaut de repos, tant affoibli , que ses spirituels sensitifs entrèrent en rêverie, et, après divers propos, demanda Madame Claude, sa fille, laquelle lui fut présentée par madame de Tournon, sa gouvernante; puis voulut avoir son épee et une javeline dont il lui souvint lors : pour lui complaire, lui fut baillé, en lieu de ce, quelque bâton , lequel voulut bailler à Madame Claude , disant que nul autre qu'elle, s'il ne vouloit incontinent mourir, y touchât; mais cette dame de Tournon, voulant aider à soutenir celui bâton, y toucha; ce que le roi avisa, et dit qu'elle étoit morte puisque à ce bâton avôit touché. Dont ses médecins et ceux qui autour de lui étoient, pour soutenir son dire et aider à son imagination , lui dirent qu'il étoit vrai, et la firent ôter delà et cacher par un temps,
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et puis ramener devant lui : de quoi s'émerveilla , en disant qu'il pensoit qu'elle fut pieça morte, laquelle dit, pour toujours lui complaire , qu'il étoit vrai , et que , après sa mort, avoit été en paradis où Notre-Dame l'avoit ressuscitée, laquelle mandoit au roi qu'il bût et mangeât, et que tantôt seroit guéri : ce qu'il fit, et peu après reposa bien à point, dont ses médecins, qui toute peine prenoient à lui secourir, furent joyeux , et peu à peu , à l'aide de Dieu , le mirent sus ; dont tout le peuple du royaume de France rendit grâces à Notre-Seigneur.
Durant le grand accès de cette maladie, partout, et mêmement par les pays du roi, furent nouvelles qu'il étoit mort; dont aucunes des villes de France furent fermées et les châteaux gardés , et en la duché de Milan fait bon . guet, et tant que messire Charles d'Amboise, gouverneur dudit pays , fit serrer les gens d'armes et mettre vivres par les places fortes de ladite duché de Milan , et pria les seigneurs dudit pays être bons et loyaux envers la couronne de France , sous laquelle seraient tenus en liberté et défendus des ennemis.
Hk la manière itrangi ît la mort Vune î>am* %tntwfoe uomxét ^mawMttfaiHnolU, intaiM* toi t#i, qtti mourut lare en la pille it <6>t%t*.
A Gênes pareillement fut dit pour vrai nouvelles de la mort du roi : de quoi les Genevois montrèrent par semblant être moult troublés, et pensèrent sur leur affaire ce qu'ils voulurent; et entre autres, fut une dame genevoise nommée Thomassine Espinolle , dont j'ai parlé ci-devant; laquelle montra bien ici le nœud de l'amour des bonnes femmes indissoluble , et leur constance immobile; car, à l'exemple de la bonne Julia, femme de Pompée /qui voyant les habits de son seigneur teints du sang des bêtes ordonnées au sacrifice, lecuidant mort, sans autrement s'en enquérir, creva de deuil ; cette dame recommandaMe, au seul rapport de la première voix, disant : «Le roi est mort! » laissa toute cure mondaine et plaisir humain , pour se retirer en sa chambre de deuil , où répandit un torrent de larmes , et rendit un million de soupirs , disant : « Ores est mort le mien intendio , accroît de mon état , support de ma vie et défense de mon honneur : ce qui m'ôte l'envie de plus vivre, et me donne vouloir de finir mes jours. » Ainsi se douloit,
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l'éplorée dame , montrant comment son intendio étoit d'elle bien voulu, et l'amour dont elle lui en vouloit, qui étoit , comme j'ai dit , entre eux honorable et au préjudice de nuls.
Ores en fut tant, que la pauvre dame, éprise de deuil et environnée de regrets , fut* par l'accès de mélancolie , conduite jusques au lit de la mort, qui , huit jours après ce, par une douleur de fièvre continue, lui sépara l'âme du corps; dont les Genevois en firent funérale fête, et moi, historial récit tant pour révéler la nouvelleté du cas que pour magnifier le féminin amour. En ce temps , la reine voyant le roi oonvalescer et recouvrer santé, et que hors du danger de sa maladie étoit, s'en alla en son pays de Bretagne, accompagnée des princes et seigneurs de France et des barons et gentilshommes de sondit pays à grand nombre, où tant honorablement fut reçue, que ce fut un merveilleux triomphe. Toutes les villes où elle passoit lui furent tendues et les chemins nettoyés; les seigneurs de l'Église et les gentilshommes du pays, avec les marchands et tout le peuple, lui furent au-devant et l'accueillirent tous de vouloir cordial et joyeuse chère. À Nantes et à Rennes , et ès autres principales villes de son pays , se tint l'espace de cinq mois, où, presque durant lequel temps, tint ses États et mit ordre en toutes les affaires de ses terres de Bretagne, et de jour
en autre avoit nouvelles du roi : lequel étoit sus et faisoit très- bonne chère, et ainsi se trouvant allègre, eut envie de s'en aller à Tours, ce qu'il fit, et passa par Amboise, où séjourna quatre jours. Là étoit madame d'Angoulême et monsieur François d'Angoulême son fils, et Marguerite sa fille, lesquels le roi emmena avec lui à Tours, et les fit loger en son logis du Plessis, où là séjourna par l'espace de*deux mois ou environ, en passant le temps à divers ébats, l'une fois à voir tirer ses archers, l'autre à regarder chevaucher ses grands chevaux, et l'autre à chasser les sangliers dedans le bois du parc où monsieur d'Angoulême étoit toujours quant et lui; tous plaisants déduits, et joyeux passetemps lui furent'faits lors, pour toujours le tenir en liesse ; chacun lui disoit propos nouveaux et étranges nouvelles , et entre autres , lui fut dit, par vrai rapport d'aucuns Génevois et autres qui étoient venus de Gênes, comment dame Thomassine Espinolle, dont j'ai écrit ci-dessus , étoit morte , et ce, pour avoir ouï dire que le roi étoit mort , et lui fut compte des regrets qu'elle avoit faits et de la manière de sa mort : de quoi le roi fat moult émerveillé et bien marri; mais à ce ne put nullement remédier ni autrement satisfaire, si n'est, pour publier sa vertu et amplifier, son mérite , voulut que par écrit présent en fut
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mémoire future , et pour ce faire , me donna la charge que lors écrivois sur les gestes de France, et me dit que messire Germain de Bonneval, gouverneur de Limosin, m'avertiroit de cet affaire comme celui qu'il en avoit embouché et la vérité en savoit. Dont m'en allai au logis de celui gouverneur, lequel me déclara toute la chose, ainsi que par écrit je l'ai ci, en ma chronique, rédigé.
fa Complainte ta ftâti* »wc la vswxt ï>t îramr tymamnt CspinalU, ttàiflwtee, îratne tntr nîrio îm rot , a*tc l'CpitapI)* et U IWjrrt.
Impétueux vent , coursoire Vulturne , En Orient menant bruit diuturne , Contre Aquilon descendant de son pôle, Là-sus en Pair faisant leur monopole Et bruyants cris sur l'heure conticine ; Saturne ayant sa buccine argentine En l'ascendant du palais Capricorne , A son public par les cieux crie et corne , Et retentit ses tons mélodieux Pour réveiller les déesses, et dieux , , Disant à tous les célestes consorts :
« Levez-vous sus , mettez-vous aux essors , Et allez voir la région terrestre Pour ne laisser plus là-bas en terre être Celle qui est tant digne de louanges , Qu'elle doit bien être avecque les anges ; Car sa vie louable et méritoire A desservi son lieu au consistoire
Des immortels , et posséder le trône , Sid^réal , comme sainte matrone , Qui à son Los tant fait magnifier, Que après sa mort se doit déifier ;.
C'est le vouloir des dieux et le plaisir Qu'elle vienne les cieux prendre et saisir, Et qu'elle soit tôt élevée et source , Et mise sur les Pléiades et l'Ourse ; Car elle fut en vertus coutumière , Dont sera là spectacle de lumière.
Pour la gloire d'icelle amplifier, Et aux autres mieux exemplifier. »
Sur ce , j'ouïs ce cri finir et taire, Et Jupiter laisser le Sagittaire , Pour saillir hors de sa claire maison , Disant aux corps célestes : « Cest raison , Puisqu'on terre fut d'honneur tant parée , Qu'aux cieux lui soit mansjon préparée , Et qu'il n'y ait zodiacal degré Qu'à son plaisir ne monte et à son gré. »
Ce dit , Phœhus , du palais du Lion Jeta là bas des rais un million , Pour éclaircir le monde bruineux , Et faire à mont un chemin lumineux ; Mercure y vint , à sa tête canine , Qui doucement à sa Vierge bénigne Se montra là gracieux champion ; Mars détourna la queue au Scorpion , Pour ne vouloir le chemin empêcher ; Vénus aussi vint sa Libre approcher, Pour la parer de rameaux et de fleurs ; Diane n'eut lors voulu être ailleurs , Mais la chambre du Cancre ayoit ouverte , , Et de nymphes tapissée et couverte.
Ainsi chacun d'iceux fit son devoir Pour accueillir la dame et recevoir, Comme étoit dû à cette bienheurée Plaisante au monde et aux cieux désirée.
DE JEAN d'aUTON.
Je ne savois encore à quic'étott,
Que tant d'honneur la«fns on apprêtoit ,
Mais tôt après au vrai fus avertie
Qu'une dame mienne étoit départie
De ce siècle, en celle nuit passée ,
Et qu'elle étoit de douleur trépassée.
Or en sus-je les piteuses nouvelles
Qui ne me sont ni plaisantes ni belles ,
Par les clameurs du peuple Génevois,
Que j'entendis crier à haute voix , •
Disant : « Hélas! Thomassine Espinolle ,
Qui nous étoit guidon et bannerolle ,
Et l'entretien du roi notre bon prince , .
Le seul recours de la nôtre province,
Est morte ! Hélas ! que fera la cité
Désolée, puisque celle perdons,
Que ne pouvons plus recouvrer par dons ? »
Ainsi étoit pleurée et regrettée ,
Dont en sera ma Complainte traitée.
CoMPUJVT* BtiGlAQUE.
Oyant les cris , les laments et delas , Les pleurs , les plaints , les soupirs et hélas , Que pour la mort de celle furent faits , De larmoyer mes yeux ne furent las; Mais en laissant tout plaisir et soûlas , Et chargée de deuil outre mon faix , En recordant les grâces et bienfaits , Et sa valeur tant regrettée et plainte , J'ai bien voulu dicter une Complainte Pour faire ici commémorer son nom , Disant à tous : Si sa vie est étçinte , Toujours en los fleurira son renom !
Pourquoi doncques n'eut-elle longue vie Puisqu'elle^avoitJboA vouloir et envie De profiter en vertueux propos?
Elle n'avoit pas la mort desservie ,
Ni ne devoit si tôt être ravie , Mais tout temps vivre en très-heureux repos ? Réponds ici , ô fatale Atropos , Qui sans raison , de tes cruentes mains , Romps les filets de la vie aux humains , Malgré Clotho et Lachésis tes sœurs?
Tes faits sont trop cruels et inhumains, Quand sous ta main nuls hommes ne sont sûrs !
Par coup soudain celle as rendue morte , En démontrant ta périlleuse sorte , Dangereuse , diverse et importune ; Mais un remords sur ce me réconforte , Cest qu'elle fut constante , ferme et forte, Contre l'assaut de perverse fortune.
On n'en devroit pas louer plus fort une Que celle-ci , que chacun dit et vante Avoir été belle , bonne et savante , Sage , riche , gracieuse et bénigne , Honorable , très faconde et prudente , Et parangon de grâce féminine.
Si par larmes épandre et ruisseler, Ou richesses tôt désamonceler, Était permis de révoquer les âmes, Je ne voudrois jà tant dissimuler, Que tout ne misse à celle rappeler, Gomme la plus désirée des dames.
Or, est son corps transi , entre les lames De ses parents trépassés et amis.
Hélas? pourquoi est-il ainsi là mis , Pour devenir si vile pourriture , Et aux vermets de terre être submis , Qui fut le chef des œuvres de nature?
O Génevois , que ferez-vous ici , Si n'est douloir et pleurer de souci , Pour la perte qui vous est advenue
DE JEAN d'àUTON.
Par le décès du corps qui est transi, Que vous voyez en la terre être ainsi, Ce qui vous est dure déconvenue ? Le temps requiert aussi , l'heure est venue Que vous devez porter le noir habit , Pour démontrer le funéral obit D'une qui fut la plus qu'autre estimée ; Celle perdez par un cas trop subit , Qui seule étoit mieux digne d'être aimée.
Que faites-vous , mesdames Génevoises-, Damoiselles , marchandes et bourgeoises , Chambrières , servantes et esclaves ?
Approchez-vous plus près que de deux toises Pour lamenter en lieu de faire noises , Et ne soyez à plourer ici graves.
Laissez à sec sur le sablon vos naves , Et épuisez toute l'eau de la mer Pour la venir en ce lieu consumer Par le dégoût de vos yeux larmoyents :
Celle est morte , qui , pour vous renommer, Sur les autres a trouvé les moyens!
Vous, Neptunus, qui la mer gouvernez Et les voiles faites cingler au vent , Venez ici et nous entretenez ; Plus ne pourrons sans vous aller avant, Car nous avons perdu par ci-devant Le gouvernail de notre navigage , La conduite de tout notre passage , L'appui tenant notre sûre espérance, L'intendio du noble roi de France.
Dame Aurora , qui avez arrosée De vos larmes la terre en plusieurs lieux , Pleuvez ici celle douce rosée Que pour Cygnus dégouttez de vos yeux :
Vous ne pouvez , ce crois-je , faire mieux , m.
30 CHRONIQUES Car celle-là , qui plus étoit louée D'excellent prbt de beauté avouée , Et qui portoit tous les* titres d'honneur, A rendu l'âme au céleste Seigneur.
Vous , Éacus , Minos et Rhadamant , Qui de tous droits infernaux décidez, Gardez-vous bien de faire jugement Contre celle , et que n'y procédez ; Ou si de tant , certes , vous excédez , Tantôt sera sentence révoquée ; Car jà sa cause est mise et évoquée Au grand conseil du divin consistoire , Où toUs les dieux tiennent leur auditoire.
Tisipbone , Alecto et Mégère , Pluton, Charon, Belidès, Tantalus, Et tous ceux qui en lieu de réfrigère Êtes plongés ès infernaux paluds , A cette-ci ne ferez vos saluts ; Car du gOuftre obscur, puant et noir Où vous êtes , jusques à son manoir, Qui est plus beau que les champs Élysées, N'a sur chemin adresses ne brisées.
Laissez les fleurs , ô déesses JVàpées , Et appelez les fontales Naïade* , Et aux forêts de verdure drapées Allez quérir Satyres et Dryades ; Sonnez aussi à ces Hamadryades , Que trouverez sur les arbres perchées, Dessus les monts Oréades couchées , Faunes aux champs , en mer les Néréides ; Amenez-les ici à mes aides.
O Narcissus , qui eûtes en dédain
La douce Écho en bon point jeune et belle ,
Vous n'euMrie* pas lait refus si soudain
DE JEAN DAUTON.
De cette-ci , ne tant été rebelle :
Tant de vertus avoh et grâce telle
Mais qu'elle n'eût parole o* regard chiche) ,
Qu'oncques homme tant fut grand, bel ou riche.
Ne la sut voir, aviser ou ouïr,
Qui n'eût désir de son amour jouir.
Sus, Terpander, florissant en musique , Et Apollo le doux harmonisant , Mettez à part la science et pratique De votre chant ; plus n'est ici duisant.
Vous, Orphée», tant bien cftharisant Que les Enfers endormez par vos sons , Et Arion , qui faites les poissons Danser en mer, quand la harpe touchez :
Fuyez d'ici et plus ne m'approchez.
Car vraie amour et douloureux regret.
Dont elle fut jusques au cœur atteinte , Pour son seigneur, intendio secret , Le cuidant mort et sa vie être éteinte , Pour trop serrer le lien d'amitié , C'est un bien-fait et un cas de pitié Qui ne se doit à jamais oublier, Mais en tous lieux crier et publier.
Que diront plus orateurs et poètes
De Thisbée, d'Héro et de Phylis,
De Médée fille du roi /Etes,
Dont amours ont les corps ensevelis ,
D'Érigone , de Seylte dont je lis 2 ,
De Julia et Dido de Carthage*
Celles doivent laisser en bas étage ,
Et à cette fonder m oratoire ,
Où, tous ses faits seront mis eu histoire.
Elle a bien fait des centres tant looalries Que par écrit $e doivent rédiger
5a CHRONIQUES
Et engraver en pierres et en tables , Pour les mettre en vue et ériger :
Elle a voulu les vices corriger, Et approuver les grâces et vertus , Les affamés repus, les nus vêtus, Servi à Dieu et bien aimé l'Église , Et tout son temps vécu à cette guise.
Ennuyeux n'est ce conte à réciter, Dont le surplus du dire je révoque.
Mais toutefois pour mon dû acquitter, Vêtus en noir et portant même toque , Mes citoyens à ce deuil je convoque , A celle fin que chacun soit recors De la dame dont ici git le corps , Et qu'elle soit tant pleurée et doulue , Qu'on connaisse qu'ejle étoit bien voulue.
Le long propos de ce piteux amure Tant me réduit à courroux et à deuil , Que je ne sais certes si je dois faire Plainte de bouche ou fondre en larmes d'œil.
C'est un regret dont si fort je me deuil , Que mes soupirs , qui toujours sont en l'air, Me syncopent et rompent le parler, Tant que je suis à ce moyen contrainte Faire silence et finir ma Complainte.