L'ÉPITAPHS PARLANT PAR LA BOUCHE DE LA DEFUNTE
Comme chacun au tour du malheur tombe, Ici dessous cette massive tombe , Suis morte , hélas ! et périe avant âge , Sans nul répit avoir pour l'avantage De jeunesse dont j'étois emparée , Et de beauté moult richement parée De biens mondains dont aussi j'en acquis Moult largement, quand à Gênes naquis ,
DE JEAN d'aUTON.
Où j'ai vécu doucement à séjour,
Et -demeuré là jusques à ce jour .
Auquel lieu vint , comme j'étois en vie ,
Le noble roi de France ayant envie
De visiter sa superbe cité ,
Où se trouva comme s'il fut cité :
C'étoit le preux roi douzième Louis.
Je le vis là , l'entendis et l'ouïs,
Parlai à lui au mieux que faire pus ,
Et mon regard sur lui à faix repus ,
Si bien qu'amour me fit tôt mettre en quête
De l'accointer, dont je fis mon enquête
Et demandai la grâce du bon prince ,
Qu'il m'octroya , disant que je la prinsse ;
Puis me voulut laisser et retenir ,
L'intendio, sans autre erre tenir.
Hélas ! j'ai bien ce noble don prou cher,
Car oncques puis ne laissai approcher
Homme de moi, non certes mon mari
Qui maintefois en a été marri.
Deux ans ou plus, j'ai toujours maintenue
Cette vie et pour lui main tenue ,
Et eusse fait tant qu'au monde eusse été ,
Et pour lui seul tout mon cœur excepté j
Mais Fortune , celle marâtre adverse,
Disant ainsi qu'elle m'aura traverse ,
Et ne voulut souffrir ce, ne permettre ,
Gomme sera ici touché par mètre :
Car une voix m'envoya pour me dire
Qu'il étoit mort, dont fus éprise d'ire
Et de courroux, tant que lors je m'accouche ,
Ne oncques puis me levai de ma couche ,
Disant : « Hélas ! ah! Mort ! trop est mortel
Ton dur assaut , si par toi est mort tel !
Car s'il étoit, comme on dit, trépassé ,
Mon corps voudroit ce pas être passé.»
En ce disant, la fièvre continue
Me vient saisir et tant me continue ^
54 CHRONIQUES Qu'à la parfin mes esprit» tant lavés Ne parent plus soutenir tel accès , Dont commençai les membre» à étendre , Tirer du cœur qui du travail -est tendre ; Lors vient la mort qui les deux yeux mt bouche , M'étreint le pouls et me ferme la jbooobe.
Ainsi laissai les choses temporelles.
Dont maintes ont souvewt jnal te»!» pour ettes. Hélas! sire, soye^ci ^seigneur, Si vraie amour est pu gît en seigneur, Si vous êtes «près moi.^urvmmt En ce monde ou n'y a sâr vivant , Ne mettez pas celui «corps en ouiii, Que vous avez tant de grâce ennobli :
Puisque pour vous il est mort sens la lame , Veuillez avoir souvenance de l'âme.
Regret que fait le roi j>oub la moet sm sa j>ajie mteupio.
Cruelle Mort , de dur venin éprise , D'amer poison enracinée et prise Et de fièvre pestiféré entachée , Pourquoi as-tu par celée entreprise Celle dame au dépourvu surprise , Et contre elle ta fureur attachée?
Elle n'étoit pas encore tachée . De vieillesse , né de son gris pelage ; Mais au printemps de son florissant âge , Belle , bonne , sage , riche et discrète , Or, est- elle morte par ton outrage :
Toujours la plains et sans fin la regrette !
En fait d'howaeur étoit si bien apprise , Qu'elle oe lat en sa vie reprise D'aucun méfait , et 4e mal reprochée.
Or l'avois-je ponr intendio prise , Et elle moi, de qwoi mieux je me prise , Vu les vertus dont etle étoit merchée.
DE JEAN d'aUTON.
Tant fut certes de mon cœur approchée , Que pour son bien maintenir en usage, J'eusse bien fait h Gênes un voyage ; Mats de maie heure est morte laf pauvrette.
Hélas ! c'est bien un merveilleux dommage Toujours la plains et sans fin la regrette !
Elle vivant, J'ai sa valeur comprise 9 Tant qu'il ne faut que morte la déprise ; Mais est requis que par moi soit cherchée , Voire du cœur que regret autorise De ce faire) et le cas favorise, Disant qu'amour ne peut être cachée ; Ce que sait bien ma pensée empêchée , Mes sens ravis et mon triste courage, Qui ne peuvent oublier l'avantage Que me fit lors tant qu'ores en suflrette :
Son corps en est en terre pour otage.
Toujours la plains et sans fin la regrette !
Prince , j'ai eu son amour en partage , Dont elle aura de moi, pour héritage, Prière , adieu et oraison secrète ; Je ne lui peux donner autre suffrage , Si n'est qu'ici en ce bas monde et frage , Toujours la plains et sans fin la regrette !
Celle est morte qui a vécu sans blâme , Et eu le bruit de tant heureuse famé , Qu'impossible séroit de trouver homme Qui sût nombrer la moitié de la somme Des grands vertus qu'a voit la noble dame.
Qui veut savoir comment elle se clame y .
Je ne la veux certes celer à âme :
Thotnassine Espinolle se nomme Celle.
Ci finira ma piteuse, épigramme»
Louant les faits et priant pour son âme , Gomme regret, de ce faire, me somme, Et vraie amour qui me commande en somme , Si j'aimais lors , encore veut que j'ame Celle.
Après que j'eus cette élégie mise à fin, j'en présentai audit lieu de Tours ce que j'en avois fait au roi, pour lui donner de ma part quelque diverse nouvelleté et moyen' d'agréable passe-temps : ce qu'il avisa de mot à mot , et, comme depuis par aucuns me fut dit, l'envoya à Gênes pour faire mettre sur le tombeau de la défunte, en signe de continuelle souvenance et spectacle mémorable. En cette manière se passa une partie du temps de cette année, que le royaume florissoit en paix et le peuple prospéroit à profit. Quoi plus ? si n'est que le trèslouable prince, comme chef des vertueux et exemple des bons, eut toujours connoissance du service de ses gens et souvenance de leurs bien-faits , tant que sous sa main le mérite de chacun étoit , selon son état , hautement rémunéré et récompensé dûment : à ses serviteurs lais donnoit grosses offices et bons gages ; à ceux de l'Église, prélatureset bénéfices, et afin que nul demeurât sans en avoir, quand de quelque évêché ou abbaye faisoit pourvoir ses plus recommandés, de leur dépouille revêtoit les autres ; et qui plus est, en grâce, de reconnoissance étoit tant clairvoyant, que de
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son propre motif pourvoyoit ceux des siens quin'avoient en cour amis pour les avancer, ou audace pour en demander : qui est œuvre louée de la bouche de tous et moyen d'attraire le cœur de chacun. En ce même temps, encolloquaplusieursdont le bien-fait m'est réduit à mémoire pour en avoir eu ma part, telle que, par son commandement, du cardinal de Narbonne, lequel,* devant ce, avoit pourvu de plus, j'eus lors le prieuré de Clermont de Lodève en Languedoc : ce qui de moult renforça l'entretiennement de mon état, et m'o-# j bligea de plus à prier Dieu pour la prospérité du donneur. Or avant : ici est à dire que Philippe d'Autriche, archiduc, faisoit lors la guerre au duc de Gueldre, parentdu roi, etde tout son pouvoir contrarioit au vouloir dudit seigneur, et mêmement pour l'évêché de Tournay , dont il vouloit pourvoir un dés .
seigneurs de son conseil , nommé Charles du Hautbois, et avec ce, faisoit prises et surprises sur les droits de la juridiction de Tournay, appartenant au domaine de la couronne. Parquoi le roi envoya en ambassade par divers lieux Engilbert , monseigneur comte de Nevers, avec grand nombre de gentilshommes, et bien accompagné de gens de conseil, desquels étoient maître Jean Poncher, évêquede Paris; maître Pierre de Saint-Àndrieu, jugermage de Carcassonne , et maître Jacques Oli-
vier, son avocat en parlement : auxquels ne voulut ledit archiduc donner audience, ni tenir paroles d'amitié, ni faire raison de son tort. De quoi , le roi , averti , délibéra donner secours contre lui au duc de Gueldre , et lui faire réparer par forée le méfait que par amitié ne vouloit amender.
Toutes ces choses révolues, le roi s'en alla de Tours à Amboise , où séjourna cinq jours , et puis tira droit à Blois , où devers lui vint en ambassade, pour le roi d'Angleterre , un chevalier anglois nommé messire Charles de Sombreset, parent dudit roi d'Angleterre ; lequel ambassadeur fut du roi honorablement reçu et festié à souhait et ouï sur ce qu'il vouloit dire et demander, qui étoit que ledit roi d'Angleterre , qui bon pour les François avoit toujours été et étoit, en voulant de plus en plus fort être, et, pour accroître l'alliance et renforcer l'amitié d'entre le roi et lui , demandoit avoir en mariage Marguerite d' Angoutéme , proche parente du roi ; et sur ce , bailla, ledit ambassadeur, par articles, l'intention dudit roi d'Angleterre, et tout ce qu'il vouloit dire. Le roi vit ceux articles et lut de point en point, et iceux mit en conseil pour en avoir l'opinion : le cas fut débattu à plusieurs fois, et sur ce, allégué divers propos et maintes choses, et entre autres, dit que si le roi n avoit aucuns hoirs mâles de sa chair procréés, et que si
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Monseigneur François d'Angoulême , par dé-* faut de ce, succédoit à la couronne comme le plus proche et aussi que en hoirs mâles défaillît , au moyen du mariage de ladite Marguerite d'Angoulême ; sœur dudit Monseigneur, pourraient les Anglois , en l'avenir et contre l'ordonnance de la loi salique, quereller, comme par un tel cas ont fait , le royaume de France : ce qui pourrait à telle heure mouvoir guerre qui serait immortelle entre les François et Anglois, et à la perte de tout lé royaume de France, Parquoi fut conclu, à la fin, que celui mariage ne se ferait : dont s'en retourna ledit ambassadeur sans autre chose foire.
Le roi s'en était allé lors à une petite place nommée Madon, à deux lieues de Blois , où fit venir la comtesse d'Angoulême et ses enfants, lesquels fit loger au Montils-sous-Blois, et là vint aussi la duchesse de Bourbon , bien accompagnée* Souvent fut le roi à la chasse des cerfs et des sangliers en la foret de Blois, qui près de là étoit, et passa le demeurant de la belle saison audit lieu de Madon , où se trouva toujours en bon point; puis s'en retourna à Blois avec toute sa seigneurie > où tantôt après Ja reine vint de son voyage de Bretagne, toute ravie de joie de voir le roi prospérer en état et revenu en santé»
En ce même temps, fut traité le mariage du roi Ferrand d'Aragon et de madamoisette
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Germaine de Foix , nièce du roi : lequel Ferrand étoit veuf de dame Isabelle de Gastille , morte quelque peu de temps devant ce ; et pour conduire le démené de cedit mariage , celui Ferrand, roi d'Aragon, avoit envoyé ses ambassadeurs devers le roi , lesquels y besognèrent tellement , que par le vouloir du roi et l'opinion de son conseil le mariage fut conclu et accordé , et ladite Germaine de Foix , fiancée et épousée audit roi Ferrand, par procureur, où furent faits divers ébats et joyeux passe-temps, par lequel mariage fut dit et accordé que tous les princes et seigneurs du royaume de Naples , qui lors étoient en cour fuitifs de leur pays pour avoir tenu pour le roi, seraient remis en leurs terres et seigneuries.
L'archiduc, à qui lors, à cause de sa femme, fille de la feue reine d'Espagne, appartenoit ledit royaume , fit son armée et amas de gens pour aller prendre possession de ses pays d'Espagne et faire là son entrée; et, premier que partir, prit trêve et abstinence de guerre avec le duc de Gueldre, duquel il avoit prises quelques places où mit grosses garnisons et bonnes gardes, et aussi ordonna de ses affaires de son pays de Flandre, et laissa gouverneurs et lieutenants pour lui audit pays, et ce fait, avec grand nombre de Flamands et Allemands, bien garni de finances, se mit sur mer, tirant
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vers la terre d'Espagne , et par quelque temps lui et ses gens eurent vent à grë ; mais à l'approcher d'Espagne , leur survint une fortune de mer tant impétueuse , que tout son navigage fut soudainement séparé et éparti, les uns d'un côté, les autres d'autre , desquels périrent par naufrage trois navires et grand nombre de galions où noyèrent de trois à quatre mille hommes; et est à savoir que la plupart d'iceux furent par tempête reculés jusques à la côte d'Angleterre , où ledit archiduc et ceux qui étoient en son navire cuidèrent tous périller; car leurdit navire fut rompu et éclaté contre les terres, si fut ledit archiduc incontinent, avec ceux qui près de lui étoient, secouru par légers brigantins et petites barques, tant que à sûreté furent menés en terre ferme; et pour ce que ledit naufrage s'étoit fait en Angleterre, ledit archiduc fut mené et conduit à Londres , où le roi d'Angleterre étoit lors, lequel le festia honorablement et le consola au mieux qu'il put de la défortune de sa perte , en le traitant le plus humainement qu'il sut faire; et après que quelque bon espace de temps eut là demeuré, il demanda s'en aller en ses pays, priant le roi d'Angleterre ne le plus détenir, vu les affaires qu'il avoit; auquel dit le roi d'Angleterre, que de droit pouvoit être son prisonnier , vu que son naufrage avoit fait en Angleterre, mais ne le
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vouloit traiter comme prisonnier; ains lui feroit comme à frère et bon ami , en lui disant : « Vous avez en vos pays Edmond de la Pôle, comte de Suffolk , lequel se dit avoir droit à la couronne d'Angleterre, et veut quereller mes pays. De quoi je le répute mon mortel ennemi, et lui en veux de toute ma puissance» Parquoi, si votre délivrance voulez avoir, avant ce , vous veux prier que celui comte de Suffolk me veuillez mettre entre les mains, et ce fait* aurez non-seulement franche délivrance, mais secours de mon pouvoir et aide de mon effort. » L'archiduc, voyant que besoin lui étoit de ainsi le faire , mit ledit de Suffolk entre les mains du roi d'Angleterre , en lui priant de le traiter le plus doucement qu'il pourroit , ce que lui promit de faire. Ainsi fut délivré l'archiduc, lequel étant en Angleterre fit là derechef sa provision pour aller en Espagne, ou s'en alla bien accompagné par mer comme devant, et eut le temps doux et la mer tranquille , tant qu'en son royaume d'Espagne fut en bref, et là reçu des seigneurs et gens du pays à grand'solemnité et joyeuse fête.
Après la fête de Noël , madame Germaine de Foix^ reine d'Aragon, s'en alla de cour pour tirer vers Espagne, accompagnée de grand'noblesse de France, et avec elle s'en allèrent les princes et seigneurs du royaume de
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Naples qtfi , au moyen de ce mariage, dévoient être remis en leurs seigneuries auxquels le roi donna force argent et lettres pour bailler au roi d'Aragon, touchant la délivrance de leurs places et possessions. Aussi ordonna le roi que, pour icelle conduire jusques en Espagne , l'évêque d'Alby feroit le voyage avec plusieurs autres , et que par toutes les villes et lieux du royaume de France où elle passerait, feroit entrée et seroit reçue comme la personne du roi , ayant grand'puissance de dotyier grâces et rémissions et élargir prisonniers; et ainsi s'en alla cette noble princesse, laquelle partit de Tours, entour la féte des Rois , et adressa vers son pays par un temps •i très-froid à merveille, qu'en plusieurs lieux les arbres gelèrent et mémement les noyers et les oliviers en Languedoc, les amandiers et les châtaigniers jusques à la racine , et les vins dedans les pipes par les caves et celliers; et eût gelé le blé semé en terre, n'eût été la neige qui en plusieurs lieux couvrait les champs de plus de quatre pieds de haut. Les petits oiseaux, qui pour l'empêchement de la neige et par la force du vent et froidure démesurée ne trouvoient à pâturer, mouraient sur-lechamp, et prenoit-on les perdrix et les merles et d'autres assez, à la course par les champs; et outre, ceux qui mal vêtus se mettaient en pays de plaine, étoient tantôt transis et gelés, et
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tant que plusieurs, que j'ai vus depuis, en perdirent les doigts des mains et en furent perclus des membres.
Comment, m ctini timp*, frit* gmtUaljmroitf* tërrtajjjn* furent prrt* à combaUrt pour la qtur*lU y mu îrattu ÎXuîrit pûjj* îrt titotagtu»
Ce temps durant, fut un combat à l'outrance mis sus entre deux gentilshommes de Bretagne, dont l'un étoit de ceux de Châteaugiron, et l'autre à la reine , et pour ce que celui de Châteaugiron avoit accusé une damoiselle mariée dudit pays de Bretagne d'avoir commis adultère , et qu'il en avoit vu telles enseignes qu'il vouloit dire et maintenir qu'il étoit vrai : ce que , par ladite demoiselle , fut nié comme meurtre, et tant fit, qu'elle trouva ledit gentilhomme qui voulut soutenir sa querelle et défendre son honneur contre ledit de Châteaugiron ; mais au premier que procéder par fait d'armes , la reine voulut que la chose fût mise devant son chancelier de Bretagne pour savoir de la preuve , de laquelle ne fut trouvé autre chose que la seule accusation de celui de Châteaugiron; parquoi furent remis au combat , et le tout devant et à l'ordonnance du roi, qui pareillement les envoya à son grand
conseil; toutefois fut délibéré leur donner le champ , et fit faire les lices dedans le château de Blois et semer la place de fumier et de sable pour soutenir à ferme les chevaux des champions, lesquels dévoient combattre un samedi d'après les Rois, où se trouvèrent les gentilshommes de tout le pays et autres à grand nombre , et les querelleurs prêts d'accomplir leurs armes. Mais premier que passer outre, le roi voulut savoir sur ce l'opinion de son conseil; qui fut telle par conclusion que, par une telle querelle que cette , ne devoit avoir combat, combien que tous duels, qui sont combats de deux , soient, à la probation de la vérité celée, trouvés, et mémement, à cause de meurtre, de trahison et de crime-lèse, inconnus, fors pour indice de seule accusation. Toutefois, selon toutes les lois, sont iceux combats réprouvés, qui par nul prince catholique se doivent recevoir ne permettre , car en telles choses est vu Dieu contre son divin commandement être tenté , pour ce qu'il est vraisemblable que le plus fort submarche le plus débile. Et de tels exécrables combats souloient user les Romains, disant aucuns être une dévotion envers Fortune qu'ils avoient , afin que icellc, enivrée du sang de leurs citoyens par manière de batailles, leur fut en guerre propice et aux armes avantageuse : autre raison plus à croire est sur ce cas assignée, disant
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que les ducteurs des légions romaines, destinés aux batailles, dévoient voir dedans scènes et théâtres telle manière de combats , et hommes nus jouter à l'outrance et exploiter les glaives et blesser et occire plusieurs, afin que en mortelle bataille ne trouvassent chose épouvantable de voir leurs ennemis armés, et que frayeur n'eussent des plaies des navrés, et horreur du sang des morts; lesquelles choses furent depuis , selon les mêmes lois romaines, réprouvées et défendues, pource que tels yeux gladiatoires sont préparés pour délecter de sang humain la volupté des jeux cruels, où l'homme sans cause est occis pour l'appétit désordonné de l'homme. Ce qui fut remontré au roi, et plusieurs autres raisons contre ledit combat ; parquoi il défendit le champ auxdits querelleurs, et voulut que, à son grand conseil, en fut de tous points décidé ; dont lesdites armes furent arrêtées.
Le roi tint lors à Blois ses États , et là ordonna des affaires de son royaume et entretenement de ses sujets , sans guère désemparer la chambre, pour le danger du grand froid qui durant ces jours étoit en saison; et lorsque le temps se commença à échauffer, il sortit à l'ébat , prenant son déduit à ce que mieux lui sembloit requis pour sa prospérité maintenir. Là passa tout doucement la saison
DE JEAN d'àUTON. ifa
du carême et puis très-dévotement célébra la joyeuse fête de Pâques : sur laquelle mettrai paille à mon écrit jusques à temps , en faisant fin au récit de ce présent historial volume contenant les faits de France de Tan t5oi, continuant jusques à Tan i5o6.
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