SIXIÈME PARTIE
Voyant le los , le brait et le renom Da roi Louis douzième de ce nom , Environner le monde et ses climats , Et que chacun fait recueil et amas De ses œuvres dignes et honorables, Gomme de faits non ouïs et mirables , Dont les fluants orateurs rhétoriques, Enrichissent leurs chambres et boutiques , Faisant aucuns , sur ce / nouveaux dictés , Et louanges de bien-faits mérités, Et les autres , par cœur ou par ouïr-dire , Gomme ils savent réciter et décrire , En composant , par mètres et en vers , Ces étranges et maints propos divers ; Je , toutefois , comm%le moins savant De tous autres , voulant mettre en avant Plume et papier pour faire mon recueil , De ce que j'ai sur ce connu à l'œil , Et su par vrai comme le temps s'exploite , Pour avoir fait sur les lieux mon empiète K En ensuivant mes Annaies-histoires ,
Sur les combats , conquêtes et victoire», Et autres faits encherchés et atteints , Par les Gaules et lieux ultramontains ; Afin aussi que ceux de l'avenir Aient , des faits des présens , souvenir, Prenant le bien et vertus pOur exemple, Et le défaut pour un chat* très-ample, Et pour donner, selon la vérité , Los à celui qui los a mérité , Et réprouver, par raisons satiriques , Les griefs efforts et excès des iniques ; Sachant le fait de louange ennobli 19e devoir pas être mis en oubli , Ai présumé mettre les mains à l'œuvre, Tout grossement comme rude manœuvre , Pour publier, ainsi comme j'entends , Lesjgestes , dits et; faits de notre temps , Que j'ai voulu rédiger par exprès >
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Les Pères romains, comme récitent leurs historiographes et orateurs, souloient dire
ayant souvenance de leurs œuvres magnifiques et mémoire de leurs bien -faits, étoient pour ce plus enflammés à vertus : toutefois, selon la sentence du divin Hiéronyme, les vrais écrits et approuvées histoire» des gefctes.
Gomme s'ensuit ci-dessous ci-après.
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florissans, sont les perpétuels sépulcres et éternels monuments des hommes dignes de louange; par lesquels, les corps éteints par temporelle mort revivent en éternelle mémoire, et les noms oubliés par trait de temps sont remis en perpétuelle souvenance. A cette cause , tenant la doctrine de ceux qui les simulacres triomphaux laissent pour les riches , et la mémoire des vertus pour les bons, voyant le christianissime roi Louis , douzième de ce fiom , prospérer en gloire , accroître en honneur, et profiter en vertus, et aussi en ensuivant mon propos historial sur les gestes des François i commençant en l'entrant de l'an mil cinq cent six, où j'ai fait fin des faits précédents par volumes abrégés; pour continuer donc , et afin que la mémoire des choses recordables, par défaut de les recueillir et mettre en lumière, n'évanouis* sent comme les temps ou dépérissent comme les corps, tout ainsi que au plus vrai j'ai pu voir et savoir, ai voulu, par manière de vraies chroniques et gestes annales , des modernes et futures choses de mon temps faire ample description. *
Disant au premier que le très-chrétien roi Louis , douzième de ce nom , au commencement de l'an susdit mil cinq cent et six, étoit dedans sa ville de Blois, la reine avec lui, et Madame Claude leur fille, laquelle
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étoit en l'âge de sept à huit ans, très-belle et moult bien enseignée : et là se passa le temps ^en toute joie et plaisir; car le roi étoit lors très-sain et en bon point, et tous ses pays heureux en paix et plantureux en biens.
Advint que , en ce temps , sur la fin du mois d'avril, le roi, pensant en ses affaires, s'en alla à Tours, la reine et Madame Claude avec lui, et fit venir devers lui Louise de Savoie, comtesse d'Angoulême, et ses deux enfants, lesquels étoient tant bien appris/ que le roi les aimoit moult à certes; et tant lui étoit agréable le fils, qui le plus proche à venir étoit de la couronne, que, pour ce et autres raisons appartenantes , délibéra lui donner Madame Claude sa fille en mariage : pour laquelle chose traiter, voulut audit lieu de Tours tenir conseil. Dont envoya à tous ses parlements de France , et à toutes ses villes, pour faire venir vers lui de chacun lieu gens sages et hommes consultés, et tant, que en peu de temps furent en ladite ville de Tours , de chacune cour de parlement, présidents et conseillers, et de toutes les principales villes de France, hommes sages, ordonnés et députés par lesdites villes et pays de» France, comme dit est. Aussi y étoient tous les seigneurs du sang, grand nombre de prélats, le chancelier, et tout le grand-conseil, avec la plupart de la noblesse du royaume de France. Lors-
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que tous les États furent là ainsi assemblés , le lundi , le mardi et le mercredi des Roisons, dedans la grand'salle du Plessis , le roi tint siège royal ; auquel lieu furent assemblés les États, c'est à savoir : les prélats de l'Église, les princes et seigneurs du royaume, le conseil des parlements et des villes de France ; sur lesquels dudit conseil présidoit messire Guy de Rochefort, lors chancelier de France. Et là fut tenu conseil sur le traité dudit mariage, et ouï l'opinion de chacun, où plusieurs belles choses furent alléguées, et saines opinions proposées, comme l'affaire le requérait, en quoi gisoit l'honneur du roi, la sûreté du royaume et le salut de la chose publique.
Parquoi toutes allégations ouïes , fut uniquement conclu et dit, que, pour le bien et utilité du royaume de France, ledit mariage se devoit accomplir et parfaire; et de ce faire, chacun desdits États, et tous ensemble , prièrent le roi. Et pour faire la proposition au roi , pour les villes et pays de son royaume de France, un nommé messire Jean Bricot, docteur régent à Paris, et chanoine de Notre- Dame, fut à ce accordé, lequel montra au roi, et à tous les assistants, le grand bien et profitable utilité qui, pour les bonnes alliances des amis connus, et le grand péril et mortel danger de celles des réconciliés et ennemis couverts, se peuvent ensuivre , et ad-
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venir sur le royaume de France et à toute la chose publique, comme autrefois par alliances étranges en étoit advenu } à quoi étoit obvier sur toutes choses, et à ce avoir singulier égard. Plusieurs autres bonnes raisons et propos afférents à ladite matière dit ledit Bricot, et tant, que le roi, vu l'opinion de son conseil et la prière de chacun , consentit ledit mariage; et devant tous, par la main de maître Georges, cardinal d'Àmboise, et légat en France, les fit fiancer le jour de l'Ascension, dedans la grand'salle du Plessis- lès- Tours. De quoi, par tout le royaume de France, furent faits les feux de joie.
Après les fiançailles faites, les princes et seigneurs de France, et autres gentilshommes, à grosses bandes se préparèrent à faire joutes et tournois, dont, dessous le Plessis, près le collège des Bons-Hommes, entre la muraille du parc et la rivière , furent faites les lices. Ce jour, le roi fit faire la montre de ses gentilshommes entre la muraille du parc et la rivière, où furent tous armés et montés, leurs chevaux bardés et couverts de drap d'or et d'orfèvrerie, dont plusieurs d'iceux menoient les uns douze grands chevaux , les autres quatorze, et les autres vingt, tous chevaux de prix , et gorriêrement accoutrés , et eux tous vêtus de drap d'or et autres riches parements.
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Aussi les quatre cents archers de la garde firent là leur montre.
Mefcftire Guy on d'Amboise tint ce jour un combat en foule dé douze gentilshommes contre douze, desquels il en menoit douze , et un autre gentilhomme nommé Mollart Suffray , les autres douze* Avec eux étôit un nommé messire François Daillon, lequel a voit avec lui quarante autres gentilshommes , tous montés et armés à l'albanoise et à la turque, lesquels p premier qu'assembler, firent leur décœu vre , courses et escarmouches de chevau-légers, en manière de mortelle bataille et guerre ouverte. Le roi fit là mettre et atîtrer force grosse artillerie, qui, durant l'escarmouche y fut tirée et ruée contremont autour de la bataille, comme en manière de donner sur les ennemis. Et après lesdites courses et escarmouches , les gens d'armes des deux batailles, tous en foule, adressèrent les uns contre les autres de telle roideur, que au choquer toutes les lances allèrent par éclats , et puis à grands coups d'épée s'entremêlèrent et combattirent longuement, et tant, que le roi les fit départir. Ce fait, le sieur de la Crote, avec ses che vau-légers , donna sur l'artillerie, et lui et ses gens icelle gagnèrent et emmenèrent , en faisant toute la manière de guerre mortelle. Ce que la reine regarda, et les dames qui avec elle étoient, disant que c'est étrange
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chose que la guerre , et merveilleuse à regarder.
Deux jours après, ledit messire Guyon d'Amboise tint un pas aux lices, et avec lui messire François Daillon, François de Maugiron , le seigneur de Gimel, le bâtard de Luppe, Chevrières, Rochebaron, le seigneur de Beaumont, le seigneur de la Fayette, le seigneur de Castelpers, et un nommé le Grôc , lesquels tinrent le pas. Les assaillans furent, le duc de Bourbon , lequel ouvrit le pas , le comte de Vendôme, le prince de Tallemont, Guy de Laval , Jacques de Bourbon , comte de Roussillon , messire Jacques du Fahy , et François d'Ars, lesquels Combattirent à cheval, et à la barrière à pied; où furent là donnés maints coups de lance et d'épée, tellement que chacun des combatteurs y eut honneur, et le roi, plaisir. Gela fait, les étrangers se retirèrent, et la cour demeura audit lieu de Tours.
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Le mariage fait , comme j'ai dit, le roi envoya en ambassade, devers le roi des Romains,
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messire François de Rochechouart , et avec lui maître Antoine du Prat, maître des requêtes , et maître Antoine Jourdan , secrétaire dudit seigneur, lesquels , prêts à partir, dépêchèrent par 4e commandement du roi un héraut, lequel envoyèrent devant porter les lettres du roi au roi des Romains, et pour l'avertir de la venue d'iceux ambassadeurs.
Lequel héraut se mit à chemin à toute diligence, et tant qu'il arriva en Hongrie, où trouva ledit roi des Romains en camp , faisant la guerre à un comte du pays, nommé le comte Estéphe , pour ce qu'il vouloir avoir la fille du roi de Hongrie, que le roi des Romains vouloit avoir pour le fils du roi de Castille. Le roi des Romains, après avoir reçu les lettres du roi, dépêcha ledit héraut, et lui bailla un de ses postes, pour le mener devers lesdits ambassadeurs de France, et iceux avertir de son vouloir.
Sur ce , se mirent à chemin ledit héraut et la poste , pour retourner devers lesdits ambassadeurs, lesquels étoient partis de Tours le vingtcinquième jour du mois de mai en Tan susdit mil cinq cent et six , et avoient pris leur chemin à Orléans , à Troyes , à Bar-le-Duc , à Nancy et à Strasbourg. Or, avoit ledit messire François de Rochechouart lettres du roi, pour bailler à l'évêque de Strasbourg , frère du duc de Bavière; aussi avoit lettres adressant au marquis de Bade et au duc de Wir-
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temberg , lequel duc étoit à une sienne place , nommée Estoquart; d'Estoquart furent à Orne , et là se mirent sur la rivière de la Du** noe , et par icelle rivière furent jusque» à une ville nommée Regensbourg, ès hautes Allema-* gnes, où illec trouvèrent leur héraut et le poste du roi des Romains , lequel leur bailla lettres par lesquelles leur mandoit qu'il leur envoyoit deux de ses gentilshommes, pour les mener en la comté de Garinte en Autriche , leur mandant que là ouiroient de ses nouvelles. Or, étoit ladite comté de Carinte à plus de dix journées loin du lieu où étoit lors le roi des Romains. Dont messire François de Rochechouart, principal ambassadeur pour le roi, voyant l'éloing de son chemin et la hâte de son message, dit qu'il n'iroit audit lieu de Carinte , mais remanda au roi des Romains, par son poste , qu'il avoit charge du roi son maître de lui dire de bonnes choses et diligenter son voyage; parquoi le prioit qu'il lui plût ne le renvoyer si loin de lui , mais le voulsît dépêcher au plus tôt qu'il auroit temps de ce faire. Tantôt que le roi des Romains eut su l'intention de l'ambassade, lui remanda, puisqu'il ne se vouloit éloigner ne aller en ladite comté de Carinte, qu'il s'en allât en la ville de Lintz en Autriche assez près de lui , et que là sauroit où se devrbit trouver pour aller à lui. Dont s'en alla avec les autres ambassadeurs le
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long de la Dunoe, jusques au lieu de Lintz, très-belle ville, en laquelle le feu empereur Frédéric, père dudit roi des Romains, se tenoit et y mourut : où là lesdits ambassadeurs attendirent l'espace de huit jours, pour cuider avoir réponse dudit roi des Romains, lequel ne son noit mot. A cette fin renvoyèrent par-devers lui pour savoir qui luiplaisoit de faire sur leur charge. Lequel derechef leur manda, qu'ils l'allassent attendre à un autre lieu nommé Isenays en la comté d'Estayez, aux montagnes d'Autriche, au même lieu où sont les minières de fer , dont il tire tous les ans plus de cent mille florins de profit. Là arrivèrent lesdits ambassadeurs le premier jour d'août. Ce même jour arriva illec un des gentilshommes du roi des Romains, pour dire auxdits ambassadeurs qu'il leur mandoit qu'il n i roi t audit lieu, mais qu'ils s'en allassent l'attendre à un autre lieu nommé Gretz, quatre journées plus bas, tirant en la Hongrie à une repue près : ce qu'ils firent; et eux étant là, furent quatorze jours entiers sans avoir aucunes nouvelles du roi des Romains, lequel faisoit toutes ces dissimulations et éloing de parler auxdits ambassadeurs, afin qu'ils n'allassent par-devers lui, et qu'ils n'eussent vue et connoissance de l'armée , qu'il avoit tant pauvre et désordonnée , que à iceux François ne l'eût voulu montrer pour chose du monde t
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car ses gens étoient à peu de nombre, et nus comme Arabes. Mais pendant ce qu'il éloignoit lesdits ambassadeurs , il traita d'appointement avec les Hongres, qui plus puissants de beaucoup étoient que lui : car étant lesdits ambassadeurs à Lintz, iceux Hongres jusques à une lieue près du camp du roi des Romains, brûlèrent trente et cinq villages de ses pays , sans ce qu'il leur donnât un seul alarme ; ains traita d'appointement, et après, avec ses gens s'en alla à une ville nommée Vienne en Autriche; et de là, pour conclure dudit appointements envoya devers les Hongres un chevalier des siens, bien fort son recommandé, lequel s'en alla droit au camp d'iceux Hongres , à une lieue près du lieu où le roi des Romains avoit tenu son camp. Et lorsque ledit chevalier approcha, cuidant faire son ambassade, la commune gentdu camp des Hongres se mut, et sans avoir égard à la sûreté que doivent avoir ambassades, coururent sus audit chevalier, disant : « Nous ne voulons appointement ne paix au roi des Romains, qui sans juste querelle vient assaillir nos pays, et nous faire la guerre; » et ce disant, sans vouloir ouïr ledit chevalier, le tuèrent sur-lechamp.
Dedans Vienne étoient lors les ambassades des Hongres devers le roi des Romains, qui tantôt sut la mort de son chevalier , que les
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Hongres avoient ocçis : de quoi fiit moult courroucé, mais dissimula pour l'heure * Toutefois le peuple de Vienne se mut, aussi voulant tuer les ambassades des Hongres et leur faire jeu parti : ce que ne voulut le roi des Romains, pour l'honnêteté garder, et l'envie qu'il avoit d'avoir paix avec eux; parquoi, rapaisa tout, et là conclut son appointement tel, que les Hongres lui baillèrent deux mille bœufs et trois mille aunes de drap, pour nourrir et vêtir ses gens, qui bon besoin en avoient , lesquels disoit vouloir mener avec lui à Rome, pour se faire là couronner empereur. Ainsi fut conclu le traité d'entre lui et les Hongres. Parquoi, fit partir ce qu'il avoit de gens d'armes en son armée, et les fit marcher le chemin de Rome, jusques au bout de ses pays, et arrêter en unë ville nommée Yillac, prochaine ville de la terre de Saint-Marc; et lui, demeura dedans les montagnes d'Autriche, à la chasse des cerfs et des chamois, où prit un grand cerf à merveilles, et plus grand qu'autre communément, car il avoit cinq pieds de hauteur ; duquel il fit mettre la grandeur en toile , qu'il donna pour la nouvelleté à messire François de Rochechouart, ambassadeur pour le roi ; et depuis, lui, envoya les cornes jusques à Grenoble, lesquelles étoient si grandes et massives qu'elles pesoient quarante et deux livres, et