‹ ChroniquesChapitre 6 sur 13 · III. T i · texte numérisé non relu

III. T i

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icellea donna pour étrange présent au cardinal d'Amboise, Or étoient lesdits ambassadeurs audit lieu ' de Grete, auxquels il ennuyoit moult de ce qu'ils n'avoient nouvelles du roi des Romains : dont messire François de Rochechouart, grand ambassadeur pour le roi , lui envoya un gentilhomme des siens, nommé Germain de Mau~ léon , pour le prier et requérir que son plaisir fût de le vouloir ouïr, ou autrement, vu lalointaineté du temps de son voyage et la charge hâtive qu'il avoit du roi son maître, s'en r*tourneront sans lui dire ladite charge. Et .sur c? , manda le roi des Romains audit ambassa*deur, qu'il se rendit aune ville nommée Loven, à trois journées dudit Gretz, sur la rivière de Meure , qui passe audit lieu de Gretz ; où se rçpdit ledit messire François de Rochechouart avec les autres ambassadeur*; et là trouva les gens du roi des Romain*, lesquels les logèrent dedans une petite abbaye, à un quart de lieue dp l&yeyi , où deu* jour* après se rendit le roi dçp Romains. Et le lendemain qu'il fut là ar*rivé , manda lesdits ambassadeurs , et leur en* voya cinquante gentilshommes des siens jusquesa leur logis, pour les conduire et mener audit Heu de koven par-devers lui, lesquels se mirent à chemin , en devisant ensemble de choses jpyeuses. Et en approchant la porte de la ville d'un trait d'arc près, leur vint au-de^

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vaut l'archevêque de Trêves, fils du marquis de Bade , un sien frère avec lui , et grand'suite d'autres gentilshommes du pays» lesquels menèrent lesdits ambassadeurs descendre au logis dudit archevêque. Et après collation faite, et qu'ils furent prêts, le roi des Romains les manda venir par-devers lui : ce qu'ils firent » et s'en allèrent à son logis, et montèrent en sa chambre. Afessire François de Rocheohouart entra le premier, où trouva le roi des Romains, là accompagné du duc de Juilliers, du marquis de Brandebourg.» du comte de Sornes et de l'évêque de Gurce.

A la venue desdits ambassadeurs» le roi des Romains se leva de sa chaire et fut au-devant jusques à moitié de la chambre; et là mit la main au bonnet, en demandant à messire François de Rochechouart » principal ambassadeur» comment se portoit le roi de Francé son frère; lequel de Rochechouart lui dit :

a Sire» il fait très-bonne chère, et se recommande à vous. » Et lors le roi des Romains le prit par la main » et le tira à part à une fenêtre de la chambre» où lui demanda s'il vouloit dire sa charge en public» ou à part; lequel dit que tout ainsi qu'il lui plairoit » et qu'il vouloit bien dire devant tous : ce qu'il accorda volontiers. Et lors maître Antoine du Prat»

un desdits ambassadeurs , s'avança» et pource que tous les assistants n'entendoient le fran-

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çois, commença à dire en haut et rhétorique latin la charge de leur ambassade, laquelle contenoit comment le roi / pour le bien et utilité du royaume de France, et à la prière et requête et par l'avis et délibération du conseil des Trois États de France, il avoit donné en mariage Madame Claude , sa fille , à François d'Orléaïis, comte d'Angoulême , le plus proche à venir de la couronne : de quoi en vouloit bien avertir ledit roi des Romains; et au surplus, que le roi vouloit et désiroit avoir toujours bonne paix et amour avec lui, et en outre vouloit savoir si le roi des Romains vouloit tenir l'accord qu'il avoit fait touchant l'investiture de la duché de Milan , pour Madame Claude et ses successeurs.

Autres articles furent là pour le roi dits et déclarés par ledit maître Antoine du Prat.

À chef desquelles choses, le roi des Romains demanda auxdits ambassadeurs s'ils avoient autre chose à dire : « Si avons, sire, dit messire François de Rochechouart, mais s'il est votre plaisir, ce sera à vous seul, et à part. — Or bien, dit le roi des Romains, je sais bien qu'avez prou de choses à dire , mais vous venez de loin , et êtes las, et avez métier de repos \ parquoi vous vous pouvez retirer à votre logis quand vous plaira, et demain, à l'heure que je serai prêfde vous ouïr, je vous manderai. » Et sur ce, s'en allèrent à leur lo-

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gis, accompagnés de grand nombre de gentilshommes du roi des Romains.

Le lendemain, sur les deux heures après midi, furent iceux ambassadeurs transmis quérir par ledit roi des Romains. Si s'en allèrent par-devers lui, et eux venus en sa chambre, leur dit : « Or, dites, seigneurs, votre charge, quand vous plaira. Mais premier, je veux savoir si vous voudrez bien qu'aucuns de ceux de mon conseil soient avec moi pour ouïr votre charge? — Oui, sire, dirent les ambassadeurs, qui vous plaira. »

Dont appela à ce , l'archevêque de Trêves -, le duc de Juilliers , le marquis de Brandebourg , l'évêque de Gurce, le comte de Sornes et le chancelier de Tyrol, pour assister : lesquels tous assemblés , le roi des Romains se mit en sa chaire, son conseil tout autour de lui. Lors maître Antoine du Prat, maître des requêtes, dit en latin leurdite charge, pour ce que autre que le roi des, Romains n'entendoit le françois; disant que le roi leur avoit donné charge lui dire ce que paravant lui avoient dit; et davantage, que touchant les cent , mille francs qu'il demandent pour l'investiture de la duché de Milan, laquelle il avoit; accordée pour les hoirs qui en l'avenir sortiraient de madame Claude (attendu que .le mariage d'elle et du fils du roi de Castille, archiduc, nes'accomplissoit), enten^

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doit, le roi , que de rien ne lui en étoit tenu ; mais que là où il voudrait bailler ladite investiture à Madame Claude et à ceux qui d'elle descendraient > il lui ferait bailler les cent mille francs qu'il lui avoit promis, et iceux délivrer au lieu et jour qui serait entre eux avisé et ordonné ; par aihsi ; qu'il fît bailler le consentement des électeurs. Ce dit, le roi des Romains demanda auxdits ambassadeurs s'ils avoient autre chose à dire, lesquels dirènt que si avoient, ce qu'ils feraient, après ce qu'ils auraient eu réponse de lui sur les choses par eux alléguées. Sur quoi ne voulut ledit roi des Romains rendre réponse, mais les fit sembndre par aucuns des siens, et lui-même les somma par plusieurs fois de dire toute leur charge : ce que ne voulurent, s'ils nWoient premièrement réponse de lui ; lequel ne voulut dire autre chose , si n'est, quant au regard dudit mariage, qu'il touchoit plus au petit archiduc* qu'à nul autre, et que 4 celui manderait ce que le roi lui en avoit fait dire, pour y pourvoir comme il saurait; et aussi, tant que touchoit l'investiture de Madame Claude, que aussi il le manderait aux électeurs de l'Empire, pour en savoir leur vouloir, et de ce en avertirait le roi. Et sur ce, lesdits ambassadeurs prirent congé de lui, lequel au partir leup donna charge foire ses recommandations au roi de France,

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son frère; et leur bailla un gentilhomme allemand, lequel partait bon françois, nommé ledit gentilhomme Simon de Ferrète. Quatorze journées par le pays dudit roi des Romains, celui gentilhomme mena et conduisit lésdits ambassadeurs , et tant, qu'ils arrivèrent à Trente , ville près de la terre de Saint-Marc, et de là tirèrent à Milan , où étoit lors lieutenant du roi messire Charles d' A m boise , lequel avertirent de l'armée du roi des Romains. Et de là, messire François de Rochecboiiart manda au roi de tout ce qu'il avoit exploité en son ambassade, et su envers ledit roi des Romains.

Comment U roi îr* Castille, archiïmc, aprfe avoir m U mariage îr* Mdbam Clauîr* A lui covxU ^2lnj00ulMr, mal contentât ce, prit aUtanc* à plusieurs, rt *i îrMara axnmi îru rai; rt îr* la mort toiîrtt roi îr* CartilU.

Le roi de Castille, étant lors en ses pays d'Espagne, fut averti du mariage de Madame Claude, fille du roi , avec François d'Orléans, comte d'Angoulême , laquelle pensoit être pour son fils; dont autrefois par ci-devant avoit été parole*. Parquoi, se mal-Côntenta , disant que autrefois promesses avoient été

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faites de Madame Claude et de son fils; à quoi il s'a tten doit. Toutefois ne sut autre chose que faire sur ce, si n'est user de menaces, et dire que tous ses amis et alliés lui faudront, ou en France fera telle guerre, que maints, qui de ceux ne peuvent- mais, le compareront chèrement,- et dès -lors prit alliances et confédérations à tous ceux qu'il put savoir être ennemis couverts du roi : car nul pour lors étoit déclaré ennemi de France; et en outre, voulut animer les autres à son pouvoir, et tant fit, que le roi des Romains, son père, toutes les Espagnes et Angleterre (comme se disoit), avec les Vénitiens suivant les plus forts^ et grande partie des Itales , se tinrent de son parti contre le roi. Dont soi voyant de lui moult puissant, et de tant d'alliances fortifié , se déclara ennemi du roi , qui délibéra de sa part obvier à tous ces dangers , avec l'aide souveraine , disant qu'il mettra sus telle armée, que ce sera pour devoir rabattre les coups à tous ses ennemis. Or advint que le roi des Romains, comme prêt de tout temps de faire aux François quelque alarme, voulut mettre sus grosse armée , pour courir sur la duché de Milan; le roi de Gastille, faire aussi une autre armée en Espagne pour vouloir descendré en Languedoc et en Guyenne ; et les autres confédérés, chacun en son quartier, mettre sus grosse puissance , pour ennuyer le roi

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et assaillir son royaume de France. De quoi ne se mut le roi , que bien à point, ains tint conseil sur son affaire , et envoya par ses pays faire mettre sus tant de gens, que le nombre et le pouvoir d'iceux lui sembloient devoir suffire à garder sa terre et chasser ses ennemis, et en outre fit renforcer de gens d'armes sa duché de Milan, disant que si le roi des Romains commence par ce coté , que lui-même ira en personne , pour lui couper le chemin et empêcher le passage.

Or étoit le royaume de France menacé de toutes parts , et le roi , en propos délibéré de bien le défendre, et dépendre grand trésor à l'affaire dont en avoit plus que prince <te chrétienté : ce qui tenoit moult ses ennemis en crainte; car il avoit gent et argent , ce qui, après l'aide de Dieu et le cœur des amis , fait obtenir les victoires, faire les conquêtes , et entretenir les royaumes. Combien qu'amas de pécune soit , à tout prince libéral , détestable, si est-elle, à tout affaire, secourable.

Or advint , en déduisant le moyen de ses menées , comme il plut à Dieu qui des royaumes dispose, que le roi de Castille, étant en son pays d'Espagne, fut soudainement atteint de si griève maladie , que malgré le remède des médecins , en moins de huit jours, fut mort : dont tous ses alliés baissèrent le nez et firent silence, si que de tous points leur entre-

prise fut abattue et anéantie. Dont le roi demeura en son entier, et paisible en son royaume de France.

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