III
avoit quinze pièces d'artillerie sous la main de messjre Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne. Et ainsi fut mise l'armée de France aux champs, tirant le droit ohemin de Bologne, et tant, que devant une place bolonoise, nommée Castelfranc, furent les François, et là mirent le siège. Puis commencèrent à tirer quelques menues pièces d'artillerie, pour voir que ceux de la place voudraient dire, lesquels pe défendirent tout lâchement, en tirant bien peu de coups , et sans attendre sur eux plus grand effort, se rendirent, leurs bagues sauves. Ce fait, ledit lieutenant du roi, avec ce qu'il voulut de ses gens d'armes , entra. dedans : ce que tantôt sut le pape, qui lors étoit à Imole; de quoi fut bien joyeux, pensant que, au moyen dudit secours, Bologne serait bientôt à lui soumise.
Messire Jean Benti voile , qui lors étoit à Bologne , sachant la venue de l'armée du roi et la prise de Gastelfranc, fût bien ébahi, disant qu'il ne pourrait longuement tenir contre ladite armée , et que de deux maux lui falloit éohever le pire, ne voulant pour rien choir entre les mains du pape , qui de mort lui en vouloit, Farquoi avisa que mieux étoit pour lui se rendre aux François , pensant être , entre leurs ipains et sous la clémence du roi, humainement traité; et pour y ouvrer sommairement, envoya ambassades à Castelfrano
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par-devers messire Charles d'Àmboise, lieutenant du roi , pour lui dire que si son plaisir étoit de prendre à merci lui et sa famille, et tous ses biens saufs, que à lui volontiers se rendrait, et lui mettroit Bologne entre les mains. Lesdits ambassades portèrent leur parole, et firent sur ce tout ce que enchargé leur étoit , et avertirent ledit lieutenant du roi du vouloir dudit messire Jean Bentivolle, et comment entre ses mains se vouloit rendre, et mettre ladite ville de Bologne en son obéissance. À quoi fit réponse , que pour l'heure ne pouvoit avec lui rien composer , et qu'il n'avoit autre charge du roi son maître, que de venir au secours de l'Église et faire ce que le pape lui commanderait, parquoi ne pouvoit de lui rien conclure, sans en avertir ledit Père-Saint. Ce nonobstant, vu le parti humain de celui Benti voile, lui manda que s'il vouloit bailler sauf-conduit pour quelqu'un de ses gens, qu'il enverrait devers le pape, et que à son pouvoir traiterait de la paix. Dont ledit Benti voile , voyant que la chose ne pouvoit pour l'heure prendre meilleure fin pour lui , bailla sauf- conduit et sûreté, pour passer par ses dangers et aller vers le pape. Ce fait, ledit lieutenant du roi transmit à Imole un sien secrétaire, trésorier des guerres de Milan, pour avertir le pape comment messire Jean Bentivolle se vouloit rendre et mettre
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entre les mains du roi , et la ville de Bologne en son obéissance, pourvu que lui -, sa famille et tous ses .biens fussent saufs et gardés , et comment , sur ce , ledit lieutenant n'avoit voulu rien conclure , mais avoit le tout remis au vouloir et à l'ordonnance du pape; en lui mandant que sa Sainteté y avisât, pour y besogner selon son plaisir et commandement, et que tout ainsi le feroit sans faillir, et qu'il lui plût sur ce lui faire savoir son vouloir. Oyant le pape les choses susdites, fut content de la réduction de Bologne; mais, quant à ce que ledit Bentivolle et ses choses demeureroient saufs, ne lui vint pour l'heure à plaisir, et avoit si bonne envie de le traiter autrement; car, durant leur discord, ledit Bentivolle avoit fait mourir le père du dataire du pape : dont avoit conçu haine mortelle contre lui. Mais, après avoir pensé à tout, et que user de vengeance étoit contre le commandement de Dieu, consentit, que ledit Bentivolle seroit mis entre les mains du lieutenant du roi, pour en faire à son plaisir, et ses biens saufs ; et ainsi dépêcha ledit trésorier des guerres, et le renvoya deversledit lieutenant du roi, lequel étoit à Castelfranc.
Tantôt après qu'il eût renvoyé ledit messager françois, lui souvint de quelque chose qu'il avoit oublié à mettre en ses lettres : parquoi derechef transmit après un autre des
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siens, qui étoit son chambrier,- et pource qu'il ne savoit parler françois , demanda au cardinal de Narbonne, qui avec lui étoit, un de ses gens , pour accompagner son homme et rapporter la parole, lequel lui bailla un sien chapelain , qui chantoit devant lui. Si s'en allèrent iceux ensemble, et passèrent par le camp du pape , dont étoit chef le marquis de Mantoue , lequel avertirent de leur affaire; et voyant qu'ils n'avoient sauf-conduit, leur dit que sur leur chemin n'avoient nulle sûreté pource que ce jour avoit envoyé devant Bologne cent de ses Àlbanois, qui ne sa voient rien du traité de la paix. Mais pour ce, ne s'arrêtèrent, pensant qu'ils passeraient au moyen dudit chambrier, qui savoit parler italien, et qu'ils diroient aux Bolonois, que, pour le bien et profit de la ville , étoient envoyés du pape au lieutenant du roi. Or advint que, à l'approcher de ladite ville, comme à deux milles près, ou environ, rencontrèrent les Àlbanois du marquis de Mantoue venant de leur course, lesquels a voient trouvé un capitaine de Bologne avec trente chevau- légers, sortis pour découvrir, desquels ne s'étoit sauvé que ledit capitaine, que tous ne fussent tués ou pris. Dont celui capitaine, tout effrayé , s'en étoit retourné à bride abattue jusqu'à Bologne, où là fit asavoir aux Bolonois comment les gens d'armes du
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pape leur avoient couru sus, et leurs gens défaits , dont les uns étoient morts, et les autres prisonniers, tellement que de tous n'en étoit échappe que lui tout seul , qui à force de courir a voit gagné la ville.' Oyant les Bolonois ces nouvelles, grand nombre d'iceux s'armèrent, et montèrent à cheval, puis se mirent aux champs à la suite desdits Àlbanois, qui jà étoient près de leur camp, dont ne les rencontrèrent ; mais trouvèrent le chambrier du pape et son compagnon, courant la poste.
Et pource que ledit chambrier étant mieux monté que le prêtre du cardinal de Narbonne étoit devant plus de deux jets d'arc , or advint que celui chambrier fut pris par les Bolonois, lesquels le voulurent tuer; mais il leur dit comment le pape l'envoyoit devers le gftand-foaître de France , lieutenant du roi , pour le profit de la ville et traiter de la paix, et aussi que s'il étoit question de guerre entre le pape et eux, qu'ils ne le fissent mourir : car il avoit de quoi payer cent écus pour sa rançon. Tant joua de doux parler, que autre mal ne lui firent, mais le prirent et gardèrent très-bien. Son compagnon, qui tout de loin voyoit les Bolonois jouer de force , ne sut que faire, si n'est tourner lè dos , et se voulut mettre à ftiir; mais fut atisé par aucuns d'iceux Bolonois, dont l'un d'iceux bien . fnonté se mit seul à la course après lui , et
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tant, que bientôt l'eût atteint, en lui voulant courir sus* Le prêtre , voyant son cheval las , et qu'il ne se pouvoit sauver à fuir , et aussi qu'il rt'avoit à besogner qu'à un homme seul, mit la main à l'épée , et se défendit en manière que la javeline de son ennemi saisit, et la lui ôta du poing; et de fait, 1 eût tué et défait, n'eût été que sept ou huit des autres, qui virent" la défense de celui prêtre, hâtivement coururent là , et sans le vouloir ouïr parler ni écouter sa raison » donnèrent sur lui à tous côtés, et tant que, en se défendant, l'abattirent et le tuèrent sur le champ. Le chambrier du pape fut mené à Bologne > et présenté à messire Jean Benti voile, auquel dit celui ohaiftbrier la charge qu'il avôit du pape : pârquoi fut incontinent délivré, et à lui baillée sûreté , pour aller faire son message.
Durant ces jotors, la pluie étoit en ce lieu continuelle, nuit et jour, et dura tant longuement, que les fanges étoient si grandes par les chemins > que gens et chevaux y étoient juaquesaux genoux, tellement que l'artillerie ne se pouvoit charrier j et la falloit tirer à force de gens et de chevaux , qui à toute la peine du pionde la menoient de lieu en lieu.
Ce nonobstant, messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi, mit tel ordre à tout ce, que pouF l'empêchement de celui temps ne demeura rien en arrière f mfeis partit de Gastet*
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franc avec son armée et artillerie, et tira vers Bologne, de tant qu'il fut à un pont, deux mille près dudit lieu de Bologne. Là le trouva le messager du pape, et lui présenta ses lettres, desquelles fut bien joyeux, mêmement pource qu'il consentoit que messire Jean Bentivolle fût mis entre les mains du roi, et ses biens être saufs. Lorsque ledit messire Jean Bentivolle sut le vouloir du pape et 'l'armée de France être si près de Bologne , partit dudit lieu, et à l'aube du jour se rendit audit pont ; et là s'en alla mettre entre les mains dudit lieutenant du roi, comme avoit promis de faire, et avec lui un de ses fils nommé messire Alexandre Bentivolle : lesquels reçut doucement , et iceux bailla en garde à un Lombard, nommé messire Antoine-Marie de Saint-Severin, auquel donna charge de les mener à Milan , et les faire garder tant que seroit le plaisir du roi. Et au partir, ledit messire Jean Bentivolle bailla les clefs de Bologne à messire Charles d'Amboise, en lui recommandant sa pauvre femme désolée et ses biens, la face toute couverte de larmes , et le cœur serré de douleur , en faisant les plus piteux regrets et douloureuses plaintes qu'onc fit pauvre chevalier, disant : «Hélas! Fortune , ennemie de gloire et marâtre de prospérité , que t'aije méfait, quand en mes jours florissants, et fin temps de ma douce juvente, m'as laisse
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quelque temps féliciter à plaisir , et, aux 'ennuyeux ans de ma chenue vieillesse, me mets en exil perpétuel ? Or, me fais-tu à clair connoître, que le plus malheureux gourre de tes adversités est avoir été longuement prospère, et puis déchoir sans ressource! » Plusieurs autres lamentations désolables fit le pauvre chevalier, et tant, que le lieutenant du roi même fut mu de telle pitié , que des yeux lui sortirent les larmes, mais pour rentrer, envoya ledit Benti voile à Milan. La femme et un des enfants dudit Benti vole, après ce, s'en allèrent avec' huit cents chevaux hors Bologne , et tirèrent vers la duché deFerrare , où portèrent la plus grande partie de leurs bagues et choses portatives.
Le lieutenant du roi , ayant les clefs de la ville de Bologne, pensant sans nulle résistance entrer dedans, transmit là un nommé messire Galéas Viscomte, avec ses fourriers, pour faire les logis : lesquels fourriers, cuidant marquer lesdits logis ; furent assaillis de la commune de Bologne, qui fit un cri sur eux, et un tel hutin, que ce fut jusques à charger, en manière qu'iceux fourriers furent, les uns blessés, et aucuns tués, et menés tellement, que à grand'peine se put sauver ledit messire Galéas Viscomte, avec partie de ses fourriers, lesquels s'en allèrent d'effroi au-devant du lieutenant du roi ,
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qui avec son armée approohoit la ville; et sachant la rébellion susdite, comme ennemi d'icelle , fit là droit marcher l'armée, et mettre le siège devant, et à toutes mains faire péter artillerie , et abattre tours et murailles , en l'assaillant si vivement, qu'il n'y eût dedans si hardi qui n'eût frayeur de Ce bruit.
Et ce voyant ^ aucuns de ceux de la ville, qui jà savoient l'appointement du pape et de Benti voile, envoyèrent en poste.devers ledit Saint- Père , et devers aucuns des citadins de la ville , qui jà s'étoient allés rendre au pape, pour iceux avertir du siège et de la continuelle batterie que faisoit le lieutenant du roi dé- . vant Bologne, et que, si tôt n'y étoit pourvu, ladite cité étoit en danger d'être prise d'assaut et pillée par les François, qui tous efforts mettoient en avant pour y entrer.
Oyant le pape ces nouvelles, fut tant émerveillé que plus ne pou voit, et ébahi de cet affaire, vu les lettres que, peu devant, lui avoit envoyées ledit lieutenant du roi » disant que, après que messire Jean Bentivolle seroit entre ses mains , il s'en iroit loger dedans Bologne. Or savoit le pape jà que ledit Bentivolle avoit rendu les clefs de la ville, et que à Milan l'avoit envoyé le lieutenant du roi. Sur quoi, ne savoit que penser, si n'est que quelque nouvelle rébellion eussent fait les Bolonois, ou que les François vou-
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lussent piller ladite ville, qui étoit moult riche et pleine de tous biens : parquoi , pensa que si* ladite ville étoit ainsi prise et pillée , qu'il seroit double perte, et que son entreprise lui seroit plus dommageuse que profitable : car il auroit perdu les frais et mises qu'il auroit faites pour soutenir son armée * oùjà avoit grand trésor dépendu, et aussi, que la cité qui étoit sienne seroit détruite et désolée; ce qui dedans étoit, pris et pillé; le peuple mis à sac , et les biens d'icelle ravis et emportés : ce qui seroit totalement à son désavantage. Dont pour à ce vouloir mettre provision, transmit hâtivement le cardinal de Narbonne devers messire Charles d'Àmboise, lieutenant du roi, lui prier et dire qu'il cessât de battre la ville , et qu'il fît tenir cois ses gens. Si s'en alla ledit cardinal , et lui étant par chemin , courçtient incessamment postes de Bologne, pour hâter les messagers du pape, disant que les François avoient jà tant battu la ville d'artillerie, et fait telle ouverture, qu'on n'attendoît que l'assaut, et que sans faillir elle seroit emportée et prise, qui ne mettroit sur ce hâtif remède et sommaire provision. Le cardinal de Narbonne, qui du pape avoit charge de hâtivement aller foire cesser l'armée de France , voyant que assez tôt ne pouvoit courir, et aussi que plus de quinze mille» de chemin avoit encore à faire,
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transmit là un de ses gens nommé Jean Voussart,. accompagné d'une des postes de Bologne, pour avertir le lieutenant de roi, du vouloir du pape et de la venue dudit cardinal, et pour faire cesser le siège jusques à ce que ledit cardinal eût parlé à lui. Or se mirent les coureurs en voie , et tant que les chevaux purent aller, tirèrent vie , en manière que , après qu'ils eurent chevauché huit milles de pays le cheval dudit Voussart fut déferré , et tant las qu'il demeura tout court : parquoi, la poste de Bologne qui sans celui François ne pouvoit faire bon message pour les Bolonois, se mit à pied, et lui bailla, sa monture, en lui montrant son adresse , et lui priant bien fort qu'il se hâtât , car long chemin avoit à faire : ce qu'il fit, et tant, que sur les deux heures de nuit arriva ledit Voussart devant la ville de Bologne, du coté d'Imole, où là trouva gros guet et les gardes de ladite ville en armes , lesquels salua, et leur dit comment de par le pape venoit là pour les affaires de Sologne , et iceux avertit de la venue dudit cardinal son maître que le pape envoyoit là à toute grand' hâté; et que, pour plus avancer l'affaire, ledit cardinal l'avoit transmis devant à diligence extrême. Parquoi, pria lesdites gardes, que pour plus tôt être au siège des François, et pour le profit de la ville , le laissassent passer par là dedans, qui étoit pour le plus court : ce que
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ne voulurent, pource qu'il étoit François, et aussi que sûrement n'eût su passer, vu que guerre mortelle se faisoit lors entre eux et les François, et que l'un n'épargnoit l'autre.
Mais icelui adressèrent hors la ville, par un chemin touchant le long des fossés, et l'avertirent de crier en passant : V Église! qui étoit le cri commun de la ville; ou autrement, ceux du guet lui pourroient tirer quelque coup d'artillerie ou de tirait. Si se mit à passer le long dudit chemin tout coiment , en criant :
l'Église, et ne lui demandèrent rien les ennemis, jusques il approchât le camp françois ; et lorsque aux rais de la lune qui étoit claire, le virent adresser vers le camp, lui tirèrent à la passée plusieurs coups de hacquebuttes et de trait , et tant , qu'il fut contraint, pour se sauver, de mettre pied à terre, et abandonner son cheval, pour gagner fès haies et jardins, qui là-dessous étoient : et ainsi comme il put, se rendit au siège, où trouva sur les pieds le lieutenant du roi , armé de toutes pièces, faisant tirer artillerie aux rais de la lune contre la ville , et abattre murailles, sans cesser, délibérant le lendemain donner l'assaut.
Par ledit messager fut averti 4e la venue du cardinal de Narbonne, que le pape lui envoyoit pour faire cesser le bruit ; et tantôt qu'il sut les nouvelles de ce, fit arrêter l'artillerie et accoiser le siège; mais pourtant fit
faire ses approches et tranchées, et mit guets de toutes parts, Jusques à l'heure de la minuit, des deux cotés firent silence, sans tirer ni faire bruit. Mais après ce, Bolonois commencèrent le hutin , et à tirer coups d'artillerie sur le camp des François, lesquels aussi ne leur faillirent, mais tirèrent de plus belle, et plus que onc; car ils avoient jà approché leurs pièces près des fossés de la ville. Et ainsi tirèrent l'un contre l'autre, jusques à une heure après minuit , que le cardinal de Narbonne survint au camp , et là avertit le lieutenant du roi comment le pape ne vouloit que ladite ville fut prise par force, en priant ledit lieutenant qu'il cessât de faire plus tirer contre ladite ville : parquoi la batterie fut cessée et le siège arrêté, combien qu'il ennuyât moult audit lieutenant et aux François, qui là étoient, vu la défense que feeux Bolonois , après l'appointement, faisoient; mais pour obéir au pape, tout fut arrêté.
Tantôt après, vinrent ambassades de la ville devers ledit lieutenant du roi; disant qu'ils avoient charge des citadins et peuple de ladite , ville, de dire au lieutenant du roi que icelle dite ville et les habitants avec tous leurs biens étoient au pape, et de l'Égliae ,• et vu que ledit lieutenant, qui là se disoitpourle pape»
vouloit icelle prendre et détruire, s'ébahisrsoient, en le priant, pour l'honneur de leur
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souverain seigneur le pape, qu'il se voulsît désister de plus leur courir sus, et que de leur part feraient leur devoir et viendraient à la la raison. Sur quoi, fit ledit lieutenant réponse , en disant : « Vous savez assez comment , par le consentement du pape, messire Jean Bentivolle , lors votre chef et gouverneur, s'est rendu au roi , lui , sa famille et ses biens saufs; et comment, après qu'il m'eut baillé et rendu les clefs de Bologne , mes fourriers , en voulant marquer dedans les logis , ont été , par vous et votre commune, les uns occis , les autres blessés et chassés ; et aussi comment, nonobstant tout autre a ppo internent entre le pape et aucuns de vos citadins fait , votre cité s'est rebellée et fait tout l'effort de guerre qu'elle a pu faire contre l'armée du rai qui ci est : qui est mal montré à vous, que soyez ou veuilliez être sujets au pape, pour lequel ladite armée est ici venue. Dont . à cette cause, de ma part, je suis délibéré de vous faire réparer tous ces méfaits et d'entrer dedans Bologne, veuillez ou non, » Sur ce, ne répliquèrent lesdits ambassadeurs autre chose , doutant avoir pis ; mais après plusieurs autres raisons, conclurent que ledit lieutenant et ses gens de cheval entreraient dedans * et les piétons demeureraient hors , auxquels serait de la ville transmis force vivres. Toutefois ne fut du tout la conclusion arrê-
tée , pource que encore n'avoient le consentement de tout le peuple de la ville, mais fut dit que le lendemain à quatorze heures, qui sont huit heures en France , viendraient rendre réponse sur cet affaire. Ainsi retournèrent lesdits ambassadeurs pour rapporter ce qu'avoient fait et conclu , et besogner au surplus. Pendant lequel temps, messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, et le cardinal de Narbonne, parlèrent dé leur affaire, et après, délibérèrent entra eux aller dîner au pont , deux milles près de là. Les ambassadeurs de Bologne retournés en la ville, après leur rapport fait, murent la ville de tenir conseil, où les seigneurs et la plus grand'partie de la commune furent assemblés ; et là furent débattues plusieurs choses. Toutefois à la parfin, par commun assentiment, fut dit que le lieutenant du roi, avec ses gens de cheval, comme avoit été appointé par lesdits ambassadeurs, entreroit en ladite ville. Dont s'enretournèrent iceux ambassadeurs devers ledit lieutenant du roi, et lui dirent que, lorsqu'il lui plairoit , lui et ses gens de cheval pouvoient entrer en ladite ville , et que aux piétons seraient transmis vivres et provisions à suffisance. A quoi fit réponse ledit lieutenant du roi, que à l'heure qu'il se trouverait délibéré, il y entreroit. Et sur ce , lui et ledit cardinal
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se mirent à chemin , pour aller dîner au pont , comme devant avoîent entrepris.
Lesdits ambassadeurs se mirent au retour, et tantôt. qu'ils furent en la ville, une partie de la commune, qui n'avoit été appelée au conseil susdit, sachant celui appointements dirent qu'il étoit à leur préjudice, et que c'était chose qui touchoit à tous ; pour ce 9 de tous devoit être approuvée. Autre chose alléguèrent, où peu de propos raisonnable a voit. Et ainsi cette méchante commune , prompte à mettre: aux champs et aisée à effréner, fit une insulte , et avec-grand tumulte mirent la main aux armes, montèrent sur les murailles de la ville , et recommencèrent à tirer coups de trait et artillerie contre les François, et les François à eux; somme, chacun recommença la guerre de nouveau , et tant, qu'iceux Bolonois firent une saillie de quatre à cinq mille hommes sur les François, qui se tinrent pied coi , saisis de leurs armes. Si grand fut le bruit, que le lieutenant du roi, étant au chemin pour cuider aller dîner au pont, comme celui qui de ce ne se doutoit, vu l'appointement devant fait, oyant cet effroi, tout à course de cheval s'en retourna jusques au camp , où là trouva ses gens d'armes tous en ordre , près de charger sur leurs ennemis. Et sans autre chose dire, lui qui étoit légèrement armé et monté sur un courtaud, mit pied à terre, et prit une m. i3
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pique au poing ; pais se mit arec deux mille cinq cents Allemands, qui étaient là pour le roi, et adressa à ceux qui étaient sortis, en manière qu'il les repoussa jusque dedans la ville, tant que sur la foule, à l'entrer des portes, furent d'keuxBolotoois chapfriés et assommés plus de deux cents; et n'eut été que ceux qui sur les murailles étoient, à coup» de trait et d'artillerie donnèrent sur le» Allemands et recueillirent leurs gens, peu en fût réchappé.
Après la retraite d'iceux Bolonois, voyant, le lieutenant do roi , la déloyauté d'ieeux vilaine tant continuer, fut délibéré de leur donner l'assaut et faire tout mettre à sac. Mais aussi saehant que le pape se malconrtenteroit, vu oe qu'il lui avoit mandé , différa , et voulut sur ce tenir conseil, ou appela les capitaines de l'armée qui là étoient, et autres, comme le cardinal de Nar bonne et l'archevêque d'Àix et plusieurs autres, lesquels cou* durent que le pape serait desdîtes choses averti y et de la déloyauté d'ioeuxBolonote, et comment au moyen des feux tours et appointements par eux enfreints , le lieutenant du roi avoit juste cause et bonne querelle contre eux, parquoi étoit délibéré de leur faire mortelle guerre. Toutes ces choses furent mises par lettres , pour i celle» démontrer au pape. Ledit cardinal de Narbonne s'en» retourna par-rdevers lui, et lui bailla lesdites lettres que
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lui envoyoit ledit lieutenant du roi , desquelles choses fut très-mal content et très-animé contre les Bolonois, disant qu'il les détruira, s'il faut qu'en arme» aille sur le lieu , et que à bon droit avoient desservi cruelle punition.
Aucuns des principaux de Bologne, lesquels s'étaient jà rendus au pape, mirent si bonne diligence à rapaiser le défaut, que la chose fut adoucie, .moyennant ce que ceux de Bologne lui mandèrent que , quand lui plairoit d'entrer dedans la ville , toutes les portes lut serment ouvertes, et au lieutenant du roi pareillement : ce qui pacifia tout.
Le pape , sachant Bologne avoir dit le mot, manda à messire Charles d'Àmboise, lieutenant du roi , que dedans* trois jours après ce , qui étoit le huitième du mois de novembre , il iroit faire son entrée à Bologne, en le priant que avec tous ses gens d'armes de cheval lui voulut tenir compagnie : ce qu'il fit, car lors qu'il sut que le pape mar choit, et qu'il approchoit Bologne , avec toute son armée fut au-devant. Et là lui fit, le pape, joyeux recueil et très-bonne chère, en remerciant le roi de son bon secours, et lui, de la peine que pour lui avoit prise , soi offrant à lui faire tout le plaisir de quoi le voudrait requérir.
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Comment U pape entra irrtan* &olo$tu avec mt atvxée, et Vaxvxie ïnvou
Ainsi s'en alla le Père-Saint à Bologne avec ses gens de cheval , et ledit lieutenant du roi, aussi avec ses gens d'armes ; et ainsi accompagné, entra dedans ladite ville de Bologne, à grand triomphe. Après qu'il fut ainsi entré, et qu'il se vit maître de la ville , il fit commander, à peine de la hart , que tout le harnois de la ville fût apporté et # mis dedans une maison ordonnée à ce faire : ce qui fut fait, et puis commit gens de par le pape pour ladite maison garder, et disposer des armes, comme plairoit à sa Sainteté. Là dedans fut festié et entretenu le pape, par les citadins et seigneurs de la ville, honorablement. Et ainsi plusieurs jours durant , il festia et traita ledit lieutenant du roi , tellement que toujours le fit seoir à sa table, et servir tout à souhait, en lui faisant tant familière chère, que à toute heure parloit à lui ; et lors qu'il s'en voulut aller, lui fit grands dons et présents, et contenta à la raison , et fit en manière que lui et les capitaines de l'armée du roi tout amplement se contentèrent de sa bénédiction.
Ce fait, ledit lieutenant du roi et les capi-
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taines de l'armée prirent congé du Saint-Père, puis s'en retournèrent en la duché de Milan, chacun à sa garnison.
Comment m la mil* îe 6£iu*, en cetnx timp*, U penpte et le* twble* Vicelie entent îritusiait emembte i et comment ceux in penpte Remirent le* nable* et ïaxmkent eontxe te toi.
La superbe cité de Gênes, qui lors étoit entre les mains du roi, et sous son pouvoir gouvernée par messire Philippe de Clèves, seigneur de Ravestain, ayant paix à tous ses voisins et vie prospère en son état; tout ainsi que grand'aise foule le trop séjourné, non pouvant endurer le bien de félicité, à soi même, comme forcenée, se voulut prendre, et mutiner, par guerres civiles et plus que civiles : car citoyen contre citoyen , et parent contre parent, furent commus, en manière que les nobles et le peuple de ladite ville eurent division mortelle entre eux; et ce, pource que les nobles voulurent suppéditer le peuple , et le peuple se faire égal aux nobles et iceux mépriser.
Or est à savoir que ladite ville de Gênes , entre les autres villes du monde, est excellente estimée, tant en état de noblesse qu'en fait
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de marchandise ; «n laquelle sont grandes et anciennes maisons , desquelles sont les principales, comme je l'ai su étant sur le lieu : (lesquelles, pour vérifier mon histoire, j'ai voulu nommer , et partie des noms des seigneurs desdites maisons qui en ce temps étaient, ) et premièrement la maison noble de Flisco , qui lors étoit ht plus renommée de Gênes, de laquelle etotent messire Jean-Louis de Flwoo , seigneur «ficelle , Paul de Flisoo, Paris de Flisco, Francus de Flisco et Manuel de Flisco; puis étoit la noble maison Doria , dont étaient HtéronymeDoria, Stéphan us Doria, Marcus Doria, Constantin Doria -et ftaphus Doria ; *essi étoit l'autre noble maison de Spinula , de laquelle étaient Lucas Spinula , Baptiste Spinula , Jean Spinula , Stéphanus Spknria , Obertus Spinula, Carolus Spinula, Christophorus Spinula et Jean-Jacques Spinula; la quarte maison des nobles de Gènes était de Grimaldi , dont portaient le nom messire Jean de Grimaldi , Àmsaldus de Grimaldi , Georges de Grimaldi et Jean de Grimaldi. Autres «misons riches étaient du peuple de Gênes , qui se ntatemiè te peuple gras , c'est à savoir ceux qui tenaient p&us d'avoir : entre lesquelles étoit la maison des Justinian, de laquelle étaient Sylvestre Justinian , Stéphanus Justinian , Lucas Justinian , Sricrus Justinian , Paul -Baptiste Jmtiman, Simon Justinia*»*
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Démétrius Justinian; de la maison de Fur* nariis, étaient Manfrédus deFurnarîis, Pascal de Furnariis et Raphaël de Furaariis$ de Francis, aussi étoient Lazarus de Francis, Joannes-Raptis&a de Francis et Berparclos de Francis. Plusieurs autnes grasses maisons des nobles et .du peuple gras étaient dedans Gènes , comme la maison de Sauli, des Lo~ mellins, des Cathanées, de Nigrono , de Usus- Maris, .des Centurions, et plusieurs autres ; sur toutes lesquelles étoient prééminentes et de renom les maisons <T Adourne et de Campefurgose, desquelles étoient Augustinus Adourne, le plus grand de tous lesdits Adournes , lequel avoàt été gouverneur de Cènes sous le duc Ludovic, -lors qu'il te n oit la duché de Milan ; Jean "Baptiste Adourne, Bernardus Adourne et Balihazar Adourne. De la maison de Campe furgose, étoit seuleoibent un nommé Petrus de Campefurgose , duquel le père a voit été km duc de Gênes, et se tenoient ioeux hors la ville , dedans grosses places et forts châteaux qu'ils a voient; et oorobien qu'ils fussent du peuple gras , si vivoient-ils noblement, sans user de marchandise que par leurs facteurs.
Qr étoient iceux Adournes et Furgoses UM autorisé* m ladite ville de Gênes , que toutes les autres maisons dessvs nommées, tant des nobles que du peuple, voire et toute la «o©^ Bwne de la ville , tenoient , les uns pour Fur*
gose et les autres pour Adourne, tellement que par ci-devant s'étoient plusieurs fois mis en armes Génois contre Génois , et fait meurtres et occisions, avec grands tumultes et séditions populaires , l'un contre l'autre ; et tenoient à Gênes leurs cris : Adourne et Fur gose, comme à Rome : Colonne et Ursin, ou à Milan : Guelphe et Jubellin : sur quoi avoit le roi mis telle police , et si bon ordre , que de son temps n'a voient eu , iceux eris concursoires , lieu autorisé en manière que nouvelles en fût, à peine de la hart.
Pour entrer en propos historial sur le révoltement de la ville de Gênes, est à réciter que iceux Génevois , ayant le temps à plaisir et l'heure à souhait, ne purent longuement souffrir l'aise de la paix, ne soutenir la dureté de la guerre , comme sera dit par après. Car, au premier, le peuple gras tout énoint de richesses et boursoufflé d'orgueil , avec le populaire effréné qui ne demande que mutation de seigneurie et cas de nouvelleté, voyant les nobles vouloir seigneurier et prendre autorité sur eux, dirent que telle injure ne souffriroient. Les nobles, de leur part, disant que à eux appartenoit honneur et prééminence sur marchands et mécaniques, se tinrent fermes, et tant que là où ils trouvoient ceux du peuple mal apparentés, les souffletaient à toutes mains et outrageoient à leur pouvoir. Ceux
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du peuple pareillement leur faisoientde même, et eussent plus; mais autres que les nobles n'avoient loi de porter épées ou armes par la ville : parquoi, iceux nobles se trouvoient là, plus de fois , les plus forts ; dont s'échauffèrent de plus, et firent, iceux nobles, forger épées et dagues , où firent engraver et mettre sur les manches et lumelles de leurs glaives en écrit : Castigue-vilain. Le peuple gras et la commune se mirent à gronder contre les nobles, et à grosses bandes cheminèrent par les rues, et marchèrent devant eux en les méprisant, et voulurent prendre les honneurs, et eux autoriser par tout, devant lesdits nobles. Et ainsi chacun d'eux fàisoit commencement de mutin. Et pour continjuer, un Genevois du peuple gras, nommé Manuel de Can aile, durant ce temps, rencontra par la ville un des gentilshommes de Gênes, nommé Martin Spinula, auquel demanda quelque chose qu'il lui devoit, comme il disoit: lequel gentilhomme, en lieu d'autre paiement, haussa la main, et donna à celui de Canalle tel soufflet sur la joue , que le sang lui en vint au nez et à la bouche; puis passa outre, sans dire mot. Celui qui avoit eu la buffe étoit mal accompagné et sans bâton, dont ne se put revancher; si s'en va avec cela, disant entre les dents : « Vous m'avez prêté votre mitaine, gentilhomme de bran, que de fièvre quartàine
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soyez-vous épousé , et moi * si à quelque heure ne la vous rend* ! » Toutefois , pou? l'heure n'en fut autre chose. Dedans peu de jour* après ce, advint qu'un autre des gentilshom-* mes de Gênes, fils d'un nommé Dominique de Nigrono, fut à La maison d'un notaire nommé Bernard Ragius ; et là celui gentilhomme pria la femme dudit Ragius de déshonneur, laquelle ne voulut par amour à son désordonné vouloir obéir : dont se voulut celui prendre à elle par force. Si *e prit à crier, et à défendre sa pièce , tant qu'elle échappa de ses mains , et lors que son mari fut venu de quelque lieu, où il étoit ce jour allé, elle lui dit,enplorajit, comment ledit gentilhomme s'étoit pris à elle et l'avoit voulu forcer. Dont celui notaire s'en alla plaindre à messire Philippe de Glèves, gouverneur de Gênes pour le roi , lequel s'e»~ quit de l'affaire; -et sachant la vérité du fait, voulut faire prendre et punir ledit de Ni~ grono, mais il s'ota du chemin et s'absenta de la ville pour un temps, et demeura hors, jusque son père et aucuns autres «es ,amis eussent adouci le forfait et apaisé partie : 4e qu'ils firent. Ce fait , ledit gentilhomme s'en revint à la ville, lequel n'eut Jà été guère de jours qu'il joe se trouvât à un autre bruit, tel qu'il eut paroles injurieuses avec un du peuple, nommé Peregrum de Leonardis; et tellement que de paroles à pataos vint la chose.
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en manière que ledit gentilhomme, qui a voit un poignard au coté, occit ledit Peregrum :
dcmtt s*en alla , et avec le secours d'aucuns autres gentilshommes aes amts, fut mis bore la ville. Ce fait, voyant le peuple que à toute heure étoient les nobles de Gênes en querelle contre eux, s'assemblèrent à grosses troupes le long des rues , et la ou ils reneontroient les gentilshommes , ils leur couraient sus; et de là en avant , forent délibérer que la première fiais qu'icenx gentilshommes feraient bruit, que tout 3e peuple s'élèverait, et avec grand tumulte ooeiroient tous les gentilshommes «de Gènes. Messire Philippe de Clèves, comte de Ravestain, <et gouverneur de Gênes pourje roi, voyant le différend et la division des nobles et du peuple , adressa .sur ce fia parole à l'un et à l'autre, en leur disant ; « Messeigneurs* la division eivile d'entre vous, qui vient dune chose de petite «occasion, vous pourra, porter dommage irréparable et perte sans reeœuvre.. En tendez que toutes les plus grandes et plus renommées cités du monde sont tombées en ruine et demeurées en désertion* parles seules divisions et guerres intestines «t civiles de leurs mêmes citoyens ; et sachez que, par le lien de concorde , petites choses Vaaagmentent grandement; mais par l'effort de discorde, les grandes seigneuries sont anéanties : et vous sôuvienne que tous royaumes , ou pays
divisés, choient sans ressource, et viennent à ruineuse désolation. Ne faites donc que, par vous-même , vous et votre cité soyez détruits et exilés ; car c'est la fin du paiement du salaire de division. » Plusieurs autres remontrances et avertissements de profit leur, fit ledit seigneur de Ravestain; mais pour ce, ne se rapaisèrent : dont voyant leur obstination , s'en alla devers le roi, pour l'avertir desdites choses. Et ce pendant, iceux tant suivirent leur malheur, que le quinzième jour de juin, en l'an susdit mil cinq cent et six, advint qu'un des gentilshommes de Gênes, nommé Viscomte Doria , se trouva en la place Doria , où se vendoient la fruité et les herbes , de quoi se repaissent souvent les Genevois ; et là fut un autre Génevois nommé Guillon , de ceux du peuple, lequel marchanda à quelqu'un . qui là étoit, des potirons, que les aucuns appellent champignons, et iceux voulut emporter; ce que vouloit avoir aussi ledit gentilhomme , et mit la main au panier où étoient lesdits potirons. Celui Guillon, qui encore ne les avoit payés, les voulut emporter, disant que premier les avoit marchandés et qu'il les auroit. Et voyant ce, ledit gentilhomme hausse la main et donne un grand coup de poing au travers du visage dudit Guillon, en disant : « Emporte cela, vilain, et j'emporterai les potirons! » Et ce fait, tira une dague qu'il avoit, et vou-
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lut frapper ledit Guillon, qui tantôt quitta le gage, et comme outragé d'avoir été battu, tout plein d'ire et de courroux, commence à crier : Pople ! pople ! sur les gentilshommes. Dont tout à coup se mut le peuple, et mêmement ( comme j'ai su audit lieu de Gênes), lurent trois du peuple nommés Paul-Baptiste Justinian, Bricius Justinian, et Manuel de Canalle, qui premier firent le bruit, et mutinèrent le peuple contre les nobles, tant que, au cri dudit Guillon , chacun courut aux armes, si que, en moins d'une heure, plus de dix mille vilains furent armés par les rues, criant tous : Pople ! pople! à haute voix , adressant aux maisons des gentilshommes , dont plusieurs en tuèrent. Les autres, voyant ainsi contre eux le peuple ému , abandonnèrent leurs maisons et s'enfuirent hors la ville. Or étoit demeuré celui Viscomte Doria en ladite place, où se trouvèrent aucuns marchands , et lui dirent :
ce Otez-vous d'ici , Doria : ne voyez-vous le peuple en armes contre vous autres gentilshommes ? sachez que, s'il vous trouve ici, votre vie est hasardée au plus périlleux danger qu'elle fat onc, et pour ce, avisez à votre affaire, car le plus tôt ne sera pas assez. » Desquelles paroles ne fit compte ledit Doria , mais dit qu'il necraignoit les vilains ne toute leur puissance , et les attendit en l'heure que son malheur ne lui fuit; car iceux vilains sans
nul répit le taillèrent en pièce*, et tous ceux qu'ils en purent rencontrer.
Le seigneur Jean-Louis de Ftiseo , oyant ce bruit, se fortifia en sa maison, où mît grand nombre de gens armés, pour le garder ; mais nul de ses gens osait aller par la Tille quérir vivres et ce qu'il lui étoit nécessaire, parquoi lui fallut à la parfin déloger et laisser sa maison ; et le plus secrètement qu'il put, issit de de la ville. Si s'en alla à un château sien nommé Montauby ou, à douze milles de Gène*y où demeura quelque peu de temps, en attendant si le peuple ce pendant se paeifieroit ; ce que ne fit, car lors que lesdits gentilshommes eurent abandonné la ville, ceux du peuple entrèrent dedans les maisons d'iceux, et comme si de bonne guerre tout leur lût abandonné , mirent la main au pillage , et emportèrent tout ce que dedans trouvèrent, et d'aucunes d'icelles s'emparèrent. Dont ledit seigneur Jean-Louis, de ce averti, ne s'en osa retourner, mais s'en alla à une petite ville nommée Gavi , terre des nobles de Gênes , ou illec s'assemblèrent tous les chassés, et tinrent conseil sur leur affaire : dont la conclusion fut d'envoyer devers le roi , pour l'avertir de l'insurrection du peuple , qui avoit ainsi tué et chassé les nobles de sa ville de Gênes, et lui prier qu'il lui plut y mettre bonne paix et douce union , ou autrement sadite ville, pleine
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de peuple effréné, se pourroit par elle-même détruire, oti faire quelque rébellion contre sa majesté ; k quoi était besoin de mettre ordre sommairement. Et pour leddites choses rapporter, envoyèrent iceax gentilshommes un des nobles de leur parti, docteur, nommé mes* sire Êtienne. Ceux du peuple sachant que les* dits gentilshommes envoyoient devers le roi pour faire plainte d'eux , pareillement y envoyèrent de leur part un autre docteur, nommé messire Nicolas, pour lui dire et remontrer le&grièves injures et continuelles extorsions que les nobles par ci*-devant leur avoient faites j disant que , deleur part, ils s'en vouloient du tout soumettre à son bon vouloir et arrêtée ordonnance. Lesdit* messagers ouïs par le roi , et mise la chose en conseil , fut appointé, par ledit seigneur, que messire Philippe de Clèyes, comte de Ravestain , retourueroit audit lieu de Gênes; et pour assister avec lui , deux docteurs lui furent baillés , nommés messire Étienne Olivier de Vienne, seigneur en parlement de Grenoble, et messire Falque d'Àurillac, pour ouïr et ordonner du différend d'iceux Génevois. Et sur ce, furent par le roi iceux dépêchés, lesquels s'en retournèrent à Gênes. Et ën tirant celle part, ledit comte de Ravestain , prit pour sa sûreté mille hommes , pour le conduire audit lieu ; et aussi, afin que ladite chose fut toujours
mieux éelaircie et consultée, envoya à Seine quérir un docteur qui là étoit conseiller de justice, nommé, ledit docteur, messire Étienne de Gernerieu , lequel se trouva audit lieu de Gênes avec les autres. Et là tous ensemble commencèrent à faire inquisition de ce qui leur étoit enchargé , et consulter leur affaire.
Messire Jean-Louis , qui étoit à Gavi , sachant la venue du comte de Ravestain et de ceux que le roi avoit là transmis , pensant que sûrement pourrait aller à Gênes, se mit à chemin pour tirer celle part, et, à toutes aventures, prit cinq cents hommes de pied pour le conduire et mener plus sûrement. Si s'en entra avec son infanterie dedans la ville , et s'en alla à sa maison. Le peuple de ladite ville, qui ne l'avoit pas agréable , voyant que à grosse bande étoit entré, et aussi que le seigneur de Ravestain avoit là amené grand nombre de gens, se doutant que quelque force lui pourrait être faite, à ce moyen ne voulut entendre au conseil; mais comme suspectionneux d'iceux gens d'armes, commencèrent à crier pople! poplel et s'armèrent à grosse route , et firent un concurse tumultuaire contre ledit seigneur Jean- Louis , en le voulant assiéger en sa maison. Et voyant ce bruit, le comte de Ravestain fut devers le peuple ému, pour le cuider adoucir, en disant ^«Messieurs, voulez-vous faire contre ce que vous avez mandé au roi , votre sou-
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verain seigneur , qui en voulant obtempérer à votre prière et remontrance , ci fait assembler tout plein de sages hommes et gens de conseil, pour vous faire droit et justice contre ceux qui tort vous auront fait, et remettre votre cité en paisible état et tenir en franche liberté? Ne lui avez-vous mandé que à son vouloir étiez prêts d'obéir, et faire ce qu'il lui plaira aviser sur le différend de vous et des nobles de cette cité? Quel rapport lui pourrai-je faire de vous et de votre obéissance, que je vois contrarier du tout à raison , vu que, en lieu de traiter de la paix, vous mettez la main aux armes? Je vous prie, Messieurs, que, pour le bien de vous et de votredite cité , toutes vos divisions soient dorénavant assoupies et anéanties , et que par l'avis du conseil du roi, et du vôtre qui ci est, toute la rumeur et dissension d'entre vous soient amendées. » Autres remontrances raisonnables leur mit devant les yeux, mais tout fut pour néant ; car ladite commune , toute pleine de premier motif, tout à une voix fit réponse, que jà ne laisseraient ceux du peuple leurs armes, ne n'entendroient à propos de conseil, que premièrement ledit messire Jean-Louis avec ses piétons ne fût hors la ville, et que jamais gentilshommes n'auroient pouvoir sur eux.
Sur quoi ne sut ledit seigneur de Raves tain de quel moyen savoir user, si n'est qu'il s'en m. , 14
alla devers ledit seigneur Jean-Louis, et lui dit qu'il étoit besoin que hors la ville s'en allât , autrement le peuple ne laisserait les armes et n'obéiroit à raison; cé qui pourrait être cause de convertir division civile en rebeilion publique; disant : « Parce que celui peuple, jà presque révolté , pourrait penser quèè l'aide des gens d'armes, que Vous et taoi avons ci ametrcs , on leur Voudrait faire quelque force, et que le rdi donnèrent Contre eux faveur aux nobtes , à ce moyen se pourrait toute la ville rebeller : ee qui serait tant difficile à ramender, que pour le moins ennui ou dommage s'en ensuivrait pour le rai , et pour la cité, servitude ou désertion. Parquoi, ; dit-il, me semble pour le mieux, en obviamt à ces dangers, que devez désemparêr pour un temps.
Et ce pendant, le roi pourvoira à l'affaire, en manière que les nobles seront remis et maintenus en leurs autorités , et le peuple gardé et ténu en son droit. » Oyant ledit seigneur Jean- Louis celle remontrance raisonnable, dit : «Il m'ennuie bien que , pour la menace des vilains et le danger d'un peuple ému, je sois contraint d'abandonner ma maison ; mais poùrce que c'est ores pour le mieux , foire le me faut! » Et ce dit -, fit trousser ses bagues , et se mit à chemin pour sortir hors la ville; lequel fut en passant menacé des vilains , et en danger d'être d'eux assailli. Mais il sortit , et s'en alla
à sondit château de Montaubyou , où fit faire à ses gens le guet toute la nuit ,, comme celui qui se doutoit d'avoir suite : ce qu'il eut, car celle même nuit saillirent de Gênes plus de dix mille hommes en armes, et le suivirent jusques à un lieu nommé Carie, une place sienne, à six milles près de Gênes, le pensant là trouver. Mais il avoit passé outre , et étoit allé à Montaubyou, comme j'ai dit, dont bien lui en fut; car ils avoient délibéré et juré, tous ensemble de l'assiéger et préndre d'assaut , et tuer lui et tous ses igens , sans en répiter un seul. Advint qu'ioeux Génevois ainsi mutinés, voyant que ledit seigneur Jean-Louis étoit à Montaubyou , dirent que là l'iroient assaillir, et proposèrent d'y aller mettre le siège.
Le comte de Ravestain , gouverneur de Gênes, sachant la saillie et l'exploit d'iceux Génevois , et le vouloir qu'ils avoient d'aller mettre le siège devant le seigneur Jean-Louis , prit quant et lui aucuns des conseillers qui avec lui étoient, quelques marchands aussi et citadiitë de la ville, et s'en alla au-devant desdits Genevois, qui jà tiraient vers ledit lieu de Montaubyou,, délibérés de l'assiéger; et iceux, par douces paroles et belles remontrances, quelque peu adoucit , les voulant faire retour- $er à Gênes : ce que ne voulurent , vmais s'en allèrent à on lieu nommé Ghabéri, au port de Lêspece, et aux autres appartenances des-
dites places que tenoit ledit messire Jean-Louis, et icelles prirent par force , et mirent gens dedans pour les garder. Sachant le seigneur de Ravestain la prise desdites places, fut sommer les gens de ladite commune d'icelles rendre et mettre entre les mains et à l'obéissance du roi , à qui elles appartenoient : ce que ne voulurent, mais dirent qu'ils les garderaient à qui elles appartenoient , et ne voulurent par commandement, ni autrement, rendre au roi lesdites places. Dont le seigneur de Ravestain en avertit le roi , et de tout le bruit qu'avoient fait iceux Genevois , et comment ils n'avoient voulu entendre au conseil , ni ouïr parler de l'appointement d'eux et des gentilshommes; et qu'il ne pouvoit plus donner ordre en leur affaire : car ils étoient presque tous révoltés et en voie de faire quelque rebellitm, et que, s'il plaisoit au roi qu'il s'en allât par-devers lui , qu'il l'avertirait du tout. Le roi, oyant ces nouvelles, manda audit seigneur de Ravestain qu'il s'en retournât par-devers lui : ce qu'il fit; et premier que partir, voulant au mieux pourvoir, laissa son lieutenant audit lieu de Gênes, un nommé Philippe de Roquebertin , gouverneur de Plaisance , et avec lui un autre , nommé messire Étienne de Cernerieu, docteur, lesquels, au mieux qu'ils purent, mirent peine de rapaiser le peuple, et les citadins entretenir, en manière qu'il h 'y
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eût plus de bruit dedans Gênes. Mais toujours tenoient, ceux de la commune, les places par eux prises, sans les vouloir rendre, et pour chose du monde ne vouloient que les gentilshommes chassés tournassent dedans la ville.
Parquoi messire Jean-Louis et grand nombre des autres se retirèrent vers le roi , et le prièrent, comme ses pauvres sujets exilés, de les vouloir recevoir en sa garde, et leur aider à les remettre en leurs maisons, dont étoient, par la force du peuple de Gênes , sans raison déchassés et mis hors. Le roi , voyant ces pauvres gentilshommes plaintifs et chassés de leurs maisons, les accueillit doucement, et les traita en sa maison , comme prince humain doit faire, en leur promettant de leur secourir en leur affaire , en sorte que si par douceur n'y pouvoit pourvoir, que par force y mettroit la main ; vu aussi que le peuple de Gênes avoit jà commencé contre lui-même le hutin, en prenant et détenant aucunes places de sa seigneurie de Gênes , comme avoit été averti par messire Philippe de Clèves.
Et ainsi passa le temps sans bruit, jusques entour la fête de Noël , que derechef lesdits. Géne vois s'émurent, disant que le roi avoit retiré les gentilhommes de Gênes , et contre eux les vouloit défendre et soutenir. Sur quoi tinrent leur tourbe populaire, où furent appelés Paul-Baptiste Justinian , Demetri Justi-
niai*, Manuel de Caàalle, Antoine de Chili, Brieius Jtistinian , Benedict Pohsono , Marc de Tçrilli* Bernard de Topolliy et plusieurs autrès mutins. Et par ideux fut dit et allégué, devant le peuple, comment jadis la eité de Gênes avoit été en si hàute réputation, et de tant estimée^ que empereurs et rois, et tous princes dii monde, la redoutèrent j et coin-» mént tant de vidtoires et triomphes avoit obtenus par nier et par terre, qu'il n'y aVoit au monde si puissant qui contre elle osât pour la guerroyer lever la main) et que tant heureuse avoit été eh ses entreprises i que ohc n'avoit , m nier ni.en terre été domptée , vaincue, ne soumarehée : et vu donc ses titres tant pleins de glorieuse renommée, en ensuivant les louables œuvres de leurs vertueux devanciers, pour augmenter les honorables gestes d'iceux> et acquérir à éux nouveaux titres d'immortel los, dévoient contre tous défendre leur querelle, et abandonner leur vie à tous dangers, pour soutenir; la réputation excelse de leur superbe cité de Gênes, voire contre le pouvoir immodéré du plus redouté roi > le roi de France , si contre eux vouloit guerre entreprendre > ou iceux fouler, pour soutenir les nobles, Tant d'autres propos d'avis inconsulté furent là mis en avant, que tout le peuplé gras et maigre, c'est à savoir, marchands, mécaniques et gens de bras, tous
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ensemble levèrent les mains, disant que pour mourir ne fa udr oient à tel besoin, mais étoient prêts et appareillés de non-seulement défendre leur ville, «mais de saillir aux champs et tenir bataille contre tout venant. Or étoient là, Genevois, de leurs principaux, nommés Paul-Baptiste Justipian, Manuel de Ganalle et Antoine de Ciuli, lesquels voyant le vouloir du peuple, dirent, oyant tous : « Messieurs, vous savez comment les gentilshommes, par nous chassés et exilés de cette terre, se sont retirés, vers le roi de. France ; que trèsi-bënignement a retirés et long-temps jà entretenus; et est à penser que contre nous leur donnera quelque secours, et qu'il se voudra efforcer de nous soumettre, et lier à quelque nouvelle servitude , ce: que ne fumes onc, ni notre cité domptée. Parquoi et pour obvier à ce danger, nous est besoin d'y pourvoir; et la façon, nous avons jà le port de Lespèce, et d'autres fortes places entre les mains, qui nous pouvoient nuire. Et pour amender notre affaire, besoin nous est d'en avoir une qui sur toutes autres nous est nécessaire et propice, sans laquelle ne pouvons tenir en sûreté notre cité de (rênes, et nos ennemis en crainte : c'est la place de Monigue , qui est assise sur la mer, et marchissant à nos terres, entre la comté de Nice et nos fins, tirant vers la Provence, forte à mer-
veille, et tellement, que si une fois pou voit être entre nos mains , le roi de France, par sonditpays de Provence, ne pourroit avoir entrée sur nous, ne prendre mer par ce côté, que à nos dangers ne se soumît. Parquoi nous est besoin, si nous voulons contre lui tenir et ses ennemis nous déclarer, d'avoir ladite place, et pour ce, mander nos alliés et amis, afin que à cet affaire nous veuillent donner aide et secours. Et pour mieux faire sûrement notre cas, et que en ce ne soyons par le roi de France empêchés, nous faut dissimuler notre intention , en portant l'enseigne de France et la livrée du roi, et criant : France l France ! disant que nous sommes tous bons et loyaux François, et que sous la main et seigneurie du roi nous voulons réduire et mettre ladite place de Monigue, et ses appartenances à la seigneurie de Gênes : et ainsi le roi n'aura occasion de nous empêcher notre entreprise , vu que ses ennemis ne nous serons déclarés»
tiommnt U% Kbéntm* furent mettvt U %\t%t an c^àtiau î>* Moment.
Toutes ces choses dites, le peuple de Gênes, tout à une voix, dit que tout prêt étoit d'y
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aller, et jusques à la mort employer son pouvoir pour prendre ladite place. Lorsque la commune et le peuple gras furent unis en cet affaire , transmirent à Pise , qui lors étoit alliée et confédérée de Gênes, pour avoir secours des Fisains , lesquels sachant l'affaire de Gênes, comme alliés d'icelle; y envoyèrent deux mille cinq cents hommes levés à Pise , à Lucques, et par leurs autres pays alliés, sous la charge de deux capitaines pisains, nommés l'un Ternatin, et l'autre Gambecourte, et deux grosses pièces d'artillerie, nommées le Buffle et le Lizard. Les nouvelles de cette entreprise furent tôt semées par les Itales , et en Lombardie , et tellement que plusieurs villes mutines et mêmement de la duché de Milan, pensant que Gênes dût tout confondre, y envoyèrent soldats à grand nombre : desquels me voulus enquérir (étant à Gênes après la prise d'icelle), et pour en savoir et donner à connoître desquels on se doit défier, en demandai à plusieurs, qui diversement m'en parlèrent; et à la fin tant y besognai, que j'en sus à Gênes, par un mien hôte et familier nommé Antonius de Luzardo , lequel m'en parla et dit, comme celui qui pou voit avoir été à toutes les consultations et vu tout l'affaire : car il étoit du peuple gras, et bien autorisé en ladite ville de Gênes. A tant m'éclaircit la chose , qu'il me bailla par écrit les
noms des premiers mutina, la manière de la division des noblqs et du peuple , F occasion de l'insurrection de la commune, les noms des capitaines et commissaires de leur armée, le nombre des gens qu!il y avoit, d'où et de quelles villes ils étaient, les noms, des maisons nobles et du peuple gras . et dç ceux qui lors en étaient, et en somme de tout l'affaire de Gênes. Pour rentrer donc et parler de ceux qui furent avec lesdi ta* Genevois, est vrai que grand'route de Plaisantins, Alexandrins et Bosquins de la duché dç Milan, s assemblèrent avec les Pisains, lesquels étaient en nombre de trois à quatre mille , et tous ensemble s'en allèrent à Gênes. Et eux là venus, le peuple de Gênes, pour renforcer ladite armée , mit sus trois mille gommes de guerre génevois , et pour iceux mener, élurent entre» eux, pour commissaires de la guerre, Paul Justinian, Manuel de Canalle et Antoine de Ciuli, et les capitaines génevois; Jean de Las, Basque; Manuel du Castellas , Lombard ; un marquis de la maison de Sforze, parent du seigneur Ludovic, et un autre nommé René Guyton , de Tours, lesquels furent ordonnés ppur gouverner et conduire ladite armée des Génevois, et aller audit lieu de Monigue ; et pour battre la place, pource que par terre , au moyen de l'empêchement des montagnes , ne pourraient aisé-
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ment charrier, mirent sur mer leur artillerie, c'est à savoir vingt et deux grosses pièces d'artillerie, toutes jetant boulets de fer avec force d'émerillons et autre menue artillerie ; et aussi armèrent et avitaillèrent en mer une caraque, deux galères, deux grosses barques et cinq brigàntins , avec tout plein de petits luz à douze rames, pour aller assiéger ladite place du côte de la mer. Et tout cela prêt , huit mille hommes paysans des. environs se mirent sus, pour eux assembler avec ladite armée de Gênes , où pouvoit avoir de douze à quatorze mille hommes, que gens de guerre que paysans. Aussi élurent les Génevois un duc du peuple, lequel étoit teinturier, et nommé Paul de Nove, auquel baillèrent gens et état, et à lui du tout soumirent leur affaire, pour ce que à leur mutin s'é toit montré toujours pour la querelle populaire. Et combien que sa femme , qui sage et avisée étoit , lui défendît et détournât la charge de l'office qu'on luibailloit, toutefois il l'accepta, dont lui en advint ce qu'il devoit, comme sera dit par après. .
Ainsi, comme cesdites choses s'exploitoient en la manière dite , messire Lucien de Grimaulx, seigneur de Monigue, fut, par aucuns de ses amis, de l'entreprise averti : dont à toute diligence fit avitailler et fortifier sa place, et manda quérir soldats en ses pays,
et ailleurs , et aussi en avertit messire Charles d'Amboise, lieutenant dû roi delà les monts, en lui demandant secours pour le ^roi, de qui se disoit serviteur, et sadite place avec tous ses biens être à lui et de sa seigneurie. Tant fit ledit seigneur de Monigue, qu'il eut, par le commandement dudit lieutenant du roi, dix hommes d'armes et vingt archers de ceux de la compagnie de messire Yves d'Alègre , lors gouverneur de Savone; lesdits gens d'armes menés par un nommé Jean de Sainte- Colombe, lieutenant de ladite compagnie.
Aussi y fut un autre nommé Arigoys , Basque, qui portoit leur enseigne; pareillement y furent envoyés dix archers de ceux du seigneur Jean-Jacques. Plusieurs gentilshommes, parents , et autres amis et sujets dudit seigneur de Monigue, sachant son affaire, le furent secourir et servir à leurs dépens, et se trouvèrent en nombre de deux cents hommes des siens bien armés audit lieu. Deux cent cinquante autres soldats françois , biscaiens , piémontois , pisains et lombards, mit le seigneur de Monigue dedans sadite place, où pouvoient être en tout environ de cinq à six cents hommes. Or étoit celle place moult bien artillée : car il y avoit dedans vingt et deux grosses pièces d'artillerie, toutes à roues, et pour battre murailles, d'autres moyennes et petites y avoit trois cent et dix-huit; comme j'ai su
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par un des frères dudit seigneur de Monigue, qui dedans ladite place étoit durant le siège ; et me dit celui , que telle munition de poudre y avoit, que c'étoit pour un an à tirer de chacune desdites pièces six coups le jour. Pour ladite artillerie exploiter, étoient dedans ladite place trente et deux bons canonniers et soixante hacquebuttiers. Ainsi ètoit la place de Monigue garnie, et si très-forte, qtte pour y entrer n'y avoit qu'une passée d'étroite avenue. Dont des quatre parts d'icelle, étoient les trois environnées de mer, et l'autre ceinte de haut rocher encis d'amont jusques en bas; laquelle attendoit en cette manière la venue du siège desdits Génevois.
Le roi fut de ces choses averti par Philippe de Roquebertin , qui lors étoit au Palais de Gênes , lieutenant dudit seigneur de Ravestain, où n etoit pas à grande sûreté. Car, de jour en autre, n'attendoit que l'assaut d'iceux vilains; mais il adoucissoit au plus qu'il pouvoit , et à belles paroles, dont savoit assez bien jouer, comme besoin étoit, les entretenoit, et tant, que toujours entre eux avoit sûreté d'aller et de venir. Toutefois le roi, après avoir su lesdites nouvelles, lui manda que si plus grand bruit survenoit à Gênes, que lui et ses gens se retirassent au château , le plus doucement qu'ils pourraient , et que là attendissent de ses nouvelles : ce que encore ne
firent, doutant que, s'ils se retiroient, les Genevois, suspectionneux de ce, ne se retournassent du tout, et aussi qu'ils crioient toujours France! France ! et ne se déclaraient ennemis. Aussi manda le roi à messire Charles d'Àmboise, son lieutenant delà les monts , et à messire Yves d'Alègre, gouverneur de Savons , que si lesdits Genevois alloient assiéger Monigue, que quelque bon nombre de gens d'armes , étant lors en garnison vers le coté duditlieu de Savone plus près de Monigue, avec un autre nombre de gens de pied / fassent mis sus et envoyés audit lieu de Monigue, pour lever le siège , s'il venoit à tant. Ce qui fut fait , comme sera dit après.
Mais faut ores continuer propos sur l'entreprise des Génevois, qui par .mer et par terre avoient leur armée prête, pour aller mettre le siège à Monigue : dont advint que, sur la fin du mois de novembre , ladite armée se mit en voie , et ;prit son chemin la côte de la mer, et au plus droit qu'elle sut. Et sitôt qu'elle fut aux champs ; sept ou huit mille paysans des marchissans et confins de Gênes s'assemblèrent la, et tous ensemble marchèrent vers Monigue., criant toujours France et populo. Et adressèrent iceux Génevois à Menton et à Roquebrune, deux petites places, lesquelles 41s jprirent légèrement: car elles n'étoient fortes, ni fournies
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de gardes; et aussi en tenoit le seigneur de Monigue *peu d'estime : mais qu'il pût bien garder Monigue , laquelle étoit forte à merveilles et bien armée, étant à six vingt milles de Gêhe&, qu'elle tenoit en sujétion, et à l'avenue de Provence. Parqpoi avbtent iceux Génevois moult grande envie de la soumettre à leur seigneurie. Si firent tant par leurs erres, qu'ils approchèrent ladite place de Monigue. Et 'voyant la venue, un nommé Barthélémy de Grîmaulx ', capitaine de ladite place , fit artiller grande force d'artillerie à leur passée; et pour les vouloir attraire, fit sortir cent hommes, et iceux contre eux marcher trois à trois /comme pour leur vouloir donner la bataille. Les Génevois , voyant la sàillie de ceux de la place , s'adressèrent à eux à grosse route ; et , là-, commencèrent une bonne escarmouche, et s'entremêlèrent si à point, que de quinze à vingt d'iceux Génevois demeurèrent morts sur le champ, et trois du château fort blessés. Et en escar mouchant , ceux de la place se retiroient toujours, pensant que les Génevois les suivroient , pour lèur donner une meute d'artillerie. Mais quand fut à l'approcher, jusques à la portée de l'artillerie , ils se doutèrent de l'amorce; parquoi s'arrêtèrent , et laissèrent les autres se retirer. Ce fait, avisèrent les lieux plus à main, pour mettre leur siège; ét tout bien avise,
premier qu'asseoir leurdit siège, sommèrent le seigneur de Monigue de rendre la place , en lui promettant tant d'argent qu'il voudroit demander, si le trésor de Gênes pouvoit suffire à ce. Lequel fit réponse qu'elle étoit au roi et à lui, et que si bien la garderoit, que jà vilain par force n'y mettroitle pied dedans. Ce dit, lesGénevois bien marris firent crier à son de trompe devant ladite place , que celui du dedans qui voudroit tuer ledit seigneur de Monigue auroit trois mille écus, et celui qui mettroit le feu dedans les munitions de l'artillerie, en auroit cinq cents. Et ainsi s'essayèrent par argent d'avoir icelle place, mais ce fut pour néant. Dont assirent leur siège , et mirent leur artillerie en onze lieux , tant sur les montagnes, qui autour de là étoient, que sur les côtés, et au plain , où firent onze remparts.
Hto w$t et îr* la battmi îm rfyâtiau îr* Monique par U$ <8t>èntvoi$.
Du côté de la marine assiégèrent aussi ladite place, en manière que de leurs barques, caraques et galères pouvoient tirer contre les murailles et tours dudit château de Monigue; et tant commença ladite artillerie à
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bruire et tempêter, qu'il sembloit que les rochers éclatassent. Les canonniers du dedans leur rabattoient tellement leurs coups , que homme d'eux n'osoit montrer le nez, qu'il ne fût mouché jusques au sang. Somme , la batterie fut tant mortelle, que à toute heure sans cesser dura plus de six jours, si que les coups du dehors furent estimés plus de six mille. Et tant ruèrent gros boulets , que en trois parts abattirent cent toises de muraille, ou plus, tant du côté de la mer que <le l'avenue de la place.
Durant cette batterie, messire Yves d'Alègre, gouverneur de Savone, transmit Jacques d'Alègre, son fils, avec six cents laquais , à une ville près d'illec , nommée La Turbie , pour icelle garder et secourir ceux de Monigue , pour empêcher les vivres par terre , et ennuyer le siège par alarmes : ce qu'il fit souvent, et tant, que un jour, durant ledit siège, neuf enseignes de Génevois se mirent aux champs pour ruer sur ses gens , lesquels mit pareillement aux champs, et donna au travers, en sorte qu'il les mit en roupte et les défit. Plusieurs y demeurèrent, les autres furent pris, et les autres s'enfuirent. Audessus, et près de La Turbie, avoit une forte tour du duc de Savoie , où pareillement étoit grosse garnison de Savoisiens, lesquels aussi donnèrent souvent alarmes aux Génevois :
ainsi étoient ennuyés de tous cotés ; toutefois battoieut par terre et par mer la place de Monigue, et à tout pouvoir s'efforçoient de l'attérer. Et ce durant, le second jour du mois de janvier, ceux de la place firent une saillie sur ceux qui étoient à la garde de l'artillerie des Genevois , et se mirent hors jusques au nombre de vingt-cinq hommes armés > lesquels soudainement chargèrent sur lesdits gardes, qui étoient deux cents ou plus, et donnèrent si rudement, qu'iceux Genevois, pensant être surpris, abandonnèrent leur artillerie et s'enr fuirent tout le cours. Et ce voyant, les soudards du château sortirent environ quatre-vingts, et se joignirent aux autres, lesquels tous ensemble approchèrent l'artillerie de leurs ennemis; et voyant qu'ils étoient foibles pour l'emmener, et que les Genevois à toute puissance les approchoient, ce nonobstant, avec $ro$ clous de fer étoupèrent les trous par où se met le feu en l'artillerie, et en enclouèrent quatre des plus grosses pièces, en ma* nière que un mois durant ne tirèrent plus, Durant ledit siège , plusieurs assauts y don*nèrent les Genevois , mais toujours furent rchpoussés et battus; et pour ce, ne ceçsoient de ruer coups à toutes mains. Si étoient-ils souvent réveillés par ceux du dedans ; car, le plus souvent des jours, faisoient courses et saillies, et en altéraient toujours quelqu'un.
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Jacques d'Alègre , seigneur de Millau , étant lors à La Turbie, voulut aller pour quelque affaire à Nice, et prit avec lui partie de ses gens de pied et laissa le surplus pour garder le logis. Mais tantôt qu'il eut désemparé le lieu , les Génevois à grosse puissance , sachant le chef être absent , assaillirent La Turbie ; et combien que bien fût par les gens dudit seigneur de Millau défendue, si fut-elle emportée , et les gardes prises et mises à sac.
Messire Yves d'Alègre, sachant toutes cas choses, et que le siège de Monigue s^voit jà duré plus de trois mois, délibéra d'y aller pour vouloir lever le siège; 6i prit avec lui huit vingts hommes d'armes des siens, de ceux du marquis de Moutferrat, de ceux de Montoison, et de ceux du capitaine Foutrailles, avec deux mille hpmme$ de pied, sous la charge des capitaines Péralte, Espagnol; Hiérome Barnabo; Cossains, Estrejjn; et quelques autres qui là étoient, et messire Mercure, Grec, avec cent Albanois; et ainsi se mit à la route, tirant vers Monigue, qui toujours étoit battue et assaillie des Génevois : ce qui moult ennuyoit à messire Lucien de Grimaulx, seigneur dudit Monigue, lequel leur faisoit souvent alarmes et ennuis. ^
Sur le commencement du mois de mars, iUA j^^^l ledit seigneur de Monigue fit une saillie de deux cents hommes sur le camp des Génevois;
et premièrement adressa sur le plus proche rempart, auquel étoient environ cent hommes des Genevois, lesquels furent surpris; car ils ne se doutoient de ladite saillie , pensant ceux de ladite place assez embesognés pour garder leurs murailles , et remparer les brèches d'icelles , qui étoient moult grandes. Si advint que le seigneur de Monigue avec sa bande se trouva contre ledit rempart, où Genevois sortirent garnis de leurs armes; et là s'entremêlèrent tellement, que lesdits Genevois furent outrés ; et après assez long combat , tournèrent le côté, et se retirèrent à un autre rempart, delà près un jet de pierre, lequel rempart étoit fort, et gardé par aucuns des François qui s'étoient mis à la solde des Génevois.
Aussi y avoit audit rempart Pisains à force, lesquels pouvoient être en nombre de trois à quatre cents. Avec le seigneur de Monigue étoit un homme d'armes basque , nommé Arigoys /porteur de l'enseigne de messire Yves d'Alègre, lequel Arigoysétoit hardi homme, et là se mit des premiers. La noise fut grosse , car ceux du dedans ne faillirent à charger à grands coups de pique et de hallebarde. Le seigneur de Monigue, qui étoit en la mêlée, enhardissoit ses gens, en donnant à tour de bras. Quoi plus? Si à point se battirent, que cinq de ceux du seigneur de Monigue furent là pris, et un tué, et le capitaine Arigoys
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blessé. Du parti des Genevois moururent de vingt à vingt-cinq, et plusieurs blessés. Ce fait, après qu'alarmes furent faits par tout le camp, ledit seigneur de Monigue, avec tous ses gens, se retira le petit pas , et fut suivi des Génevois ; mais furent iceux repoussés à coups d'artillerie et de trait , tant que sans autre dommage entra dedans sa place , à toute sa brigade.
Les Génevois, qui espies et découvreurs avoient par tout le pays , surent pour vrai que messire Yves d'Alêgre , avec grosse roûte de gens d'armes étoit jà sur les champs, pour aller secourir Monigue et leur lever le siège. Lors furent envoyés de Gênes à Monigue deux commissaires nouveaux , c'est à savoir, Paul de Nove, leur duc, et un nommé Silvestre Justinian; et dirent tous les Génevois audit Paul de Nove, leur duc , que s'il pou voit prendre Monigue , que à sa venue seroit reçu en curre triomphal, à la manière antique de Rome. Iceux arrivés audit lieu de Monigue, sachant la venue dudit seigneur d'Alègre , et que besoin étoit de mettre briève fin à leur entreprise, dirent: « Seigneurs Génevois, vous voyez que jà quatre mois entiers sont, que tenons ici le siège, où n'avons exploité chose à nous honorable , ni profitable à la chose publique; et tant plus y demeurerons, et moins y acquêterons, si, de meilleur vouloir et plus
haut courage ; ne mettons mains en besogne.
Assez êtes avertis de la venue du seigneur d'Alègre , qui à toute grosse puissance vient pour lever notre siège; s'ilestleplusfbrt. Mais, pour obvier à tout ihconvénient, nous est surtout métier de prendre cette place : ce que en bref nous faut exploiter, ou demeurer frustrés de notre intention, de laquelle est jà le roi de France assavanté. Parquoi donnons-y telle provision , que de plein assaut soit par nous ladite place emportée» Et ce fait , soyons «sûrs de demeurer tout temps seigneurs en terre, et rois en la mer. » A chef de ces mots, chacun desdits Genevois reprit cœur, disant qu'ils mourraient tous ou qu'ils auraient la place ; et firent recommencer une batterie, qui dura trois jours et trois nuits, sans cesser, du côté de Serranal , un lieu ainsi nommé dedans Mo nigue î et là attirèrent plus de cent toises de murailles; et à la ruine et chute d'icelles , les défenses basses furent étoupées , en manière que l'artillerie du dedans ne pou voit nuire aux ennemis , et ne s'osoient montrer ceux de la place à la défense de la brèche : car elle étoit sujette aux montagnes où les Genevois avoient fait leurs remparts , et là leur artillerie atîtrée ; et si étoient ceux de Monigue devers le côté de la mer tout à découvert : dont, des caraques et galères, tiroient les Géne- Vois sur eux , en manière que homme ne s'o-
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soit là arrêter, sans sa vie trop hasardèr. Toutefois le seigneur de Monigue délibéra de mourir là avec tous ses gens, ou repousser ses ennemis. Voyant les Génevois que brèche à suffire avoient, pour devoir donner l'assaut, ordonnèrent le lendemain icelui être donné par quatre mille hommes, lesquels Paul de Nove, duc des Génevois, voulut mener et conduire'; ayant souvenance du triomphe que les Génevois lui ont promis, s'il gagne la place. Or vint le jour que lesdits Génevois, avec leurs échelles et crampons , s'apprêtent de donner l'assaut; lesquels sur l'aube du jour font sonner trompettes et gros tabours de Suisses , et sortent en place pour commencer le hutin. Et eux ainsi en camp, Paul de Nove, leur duc, devant tous commença à dire : « A cette fois , se montreront le vouloir vertueux et pouvoir invincible du peuple génevois, qui onc par puissance d'homme vivant ne furent surmontés, ni à servitude soumis. Sus donc, Seigneurs! évertuez vos cœurs, et exploitez vos forces à cet affaire; car à ce fil pend le prix de votre los, l'avancement de votre honneur, et le rabais de votre réputation. Si à ce coup êtes vainqueurs, vie prospère acquêterez et immdrtelle renommée! Si lâchement êtes vaincus, la fin de vous sera reprochable à votre nom et honteuse à vos amis! Si fortune vous est adverse, mieux est
mourir en bataille, que fuir vaincu! « Ces paroles dites , chacun des Genevois , et tous ensemble, levèrent la main, disant que /pour crainte de mort, ne reculeroient un seul pas.
D'un assaut que U* <&éntvo\z îfontùvtnt an château îr* irioniflue, où forait ictnx ripau&r* tl yhmtuï* Vwlx otcit.
Messire Lucien de Grimaulx, voyant que l'assaut étoitprêt à donner, ordonna, pour la défense de la brèche , sept postes , chacune de trente hommes : desquelles il en prit une pour lui , ordonnée à être mise au milieu des autres; à un sien frère, nommé messire Charles de Grimaulx , bailla l'autre; à Barthélémy de Grimaulx , son lieutenant , une autre ; au capitaine Arigoys, à Christophe Royer d'Ast, à AntonyBence, et au commis de ses galères, à chacun d'iceux une desdites postes, ordonnées être mises tout le long de ladite brèche, qui étoit grande à passer cent hommes de front. Et iceux avertit que, au besoin et à relais, ceux desdites postes qui seraient les plus frais secourussent les lassés. Au seigneur de Sainte-Colombe, lieutenant de messire Yves d'Alègre, bailla une brèche près une des portes
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du château à garder, avec trente hommes françois. Et ainsi assit ses postes, pour attendre l'assaut, en disant à ses gens : « Mes bons seigneurs et amis, le temps est venu que chacun de nous doit déplier la force du bras et la vertu du cœur, pour son honneur défendre et sa vie garantir, qui sont les choses entre autres plus dignes de recommandation.
Dont mieux nous est ici mourir à la défense de ce, et en gardant notre place, que nous rendre à la merci des vilains , comme lâches et méchans : qui nous seroità jamais un décri de voix commune et un reproche de vilenie.
Si nous sommes peu de nombre au regard des ennemis, nécessité, qui, à besoin, renforce les craintifs, par vive raison nous doit rendre invincibles. Si nos murailles sont bréchées, il n'est forteresse que de gens vertueux. Et vous souvienne qu'audacieux vouloir est un rempart inexpugnable.» Ce dit, chacun prit cœur, en sorte que la mêlée leur tardoit à venir. Et est à savoir que sur le lieu avoit provision de grosses pierres , pour ruer sur ceux qui voudraient écheller la muraille , huiles bouillantes , lances de feu , chaux vive , poix , et soufre ardent r pour donner à ceux qui approcheraient ladite muraille, et force artillerie dedans les tours et défenses de la place, pour tirer à la traverse.
Et ainsi tout autour de la brèche, atten-
doient ceux de Monigue la venue de l'assaut, lequel fut commencé un matin , sur le point du soleil levant , que Paul de Note , duc du peuple de Gênes, avec quatre mille hommes , Genevois et Pisains , approcha la muraille , à tout grand nombre d'échelles. Et à l'approcher, l'artillerie des deux côtés commença à tonner comme tempête* Des montagnes, et de la mer, tiroient les Genevois sur ceux de la place, dont plusieurs en affolèrent. Mais pour ce, nul désemparait , pour doute de mort. Et tant fut , que main à main se combattirent, le» uns à la brèche, les autres sur les échelles, tant mortellement, qu'on ne voyoit que gens ruer par terre. Ceux du dedans, à grands coups de piques repoussoient ceux qui les approchoient. Les Génevois s'efforçoient à relais de gagner la place ; et là étoit Paul de Nove, qui fit ses efforts , et très-hardiment le fit. Car toujours, combien qu'il fut vieil et ancien, si étoit -il des premiers qui encourageoit moult les autres, et tant qu'un Pisain, du parti des Génevois, monta, l'enseigne au poing, par une échelle, jusque sur le bord de la muraille, laquelle n'étoit du tout mise à bas, et mit un pied dessus voulant entrer, et criant populo! populo ! Là eut merveilleuse foule : car les Génevois de toutes parts échellèrent la muraille , et assaillirent la brèche : à quoi résistèrent les Monigois de telle force, que des
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Génevois plusieurs furent renversés. Celui qui portoit leur enseigne a'efforçoit d'entrer, et donnoit sur le côté , où un nommé Antony Bence, Monigois, tenoit sa poste, lequel se défendit avec force immodérée; ût lui, voyant l'enseigne des Génevois un pied sur la muraille, adressa là si à point, que d'un coup de pique, qu'il rua de toute Sa force , le renversa du haut en bas, lequel fut à la chute tout accravanté. L'enseigne ainsi par terre, ceux de Monigue se ravigourèrent , et s'efforcèrent de nouveau, en jetant huile bouillante et soufre ardent, à tout lances de feu, sur ceux qui assailloient la place, tellement que les Génevois furent repoussés , et abandonnèrent la muraille toute enrougie de leur sang. Dont fut cesse l'assaut, qui plus de cinq heures avoit dure» Leurs échelles demeurèrent là, qui servirent de bières pour emporter les morts, dont il y en avoit de trois à quatre cents. Et ne moururent de ceux de la place que trois seulement , mais grand nombre y eut de blessés.
Durant l'assaut , les Génevois voulant amuser partie des soudards de la place , afin que tant de gens ne fussent à la défense de la grande brèche, prirent barques couvertes, brigandins et autres* bateaux , jusques au nombre de vingt; et dedans mirent quatre cents hommes de guerre, lesquels abordèrent
leurs bateaux à l'entrée du port, vers une tour nommée l'Éperon, et là avec leurs échelles descendirent et prirent terre, comme pour vouloir assaillir ladite place, de celui côté. Dont ceux qui étoient aux défenses de celle part , voyant iceux Génevois descendus , tout soudainement donnèrent coups d'artillerie contre leurs barques et brigandins, si qu'ils les percèrent, en manière que l'eau entra dedans , tant qu'ils allèrent à fond : et ainsi demeurèrent ceux qui étoient descendus, entre la muraille de la place et le bord de la mer, au danger de leurs ennemis. Or avoientils grand nombre d'échelles, lesquelles dressèrent contre la muraille, et s'essayèrent de monter; mais à grands coups de pierre et de hacquebuttes , furent repoussés et battus, en sorte qu'ils furent contraints d'abandonner leurs échelles. Et voyant que leurs barques et brigandins étoient à fond, ne surent où prendre sûreté , si n'est derrière une grosse tour, où se mussèrent pour le danger du trait, et demeurèrent jusques à ce que l'assaut fût du tout fini, que le seigneur de Monigue sut leur piteux affaire ; qui de ce lut bien joyeux; et pour en faire la raison , fit sortir par une poterne, du côté où ils étoient, cent hommes des siens, lesquels les allèrent réveiller, et donner au travers, en manière que, sitôt qu'ils cuidoient prendre plaine, l'artillerie les affo-
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loit : dont en furent aucuns tués > et les autres noyés à la rive de la mer, et tous occis, quatrevingts d'iceux réservés seulement, lesquels furent pris et menés au château de Monigue.
Comment U* <&bxt*m Uxùxtni leur *\i%t tarant le àfiteau Monique.
Durant ce, messire Yves d'Alègre approchoit de tant, que les Génevois surent sa venue; et voyant qu'ils ne prendraient la place de Monigue, deux jours après ledit assaut , brûlèrent leurs loges et barraques ; puis mirent leur artillerie en mer, et s'en allèrent partie par mer et partie par terre. Les uns tirèrent vers une place sur la marine , nommé Port-Morice, l'autre partie des Génevois s'en allèrent droit à une place nommée Vintimille, laquelle ils tenoient, et de là à Gênes. Messire Yves d'Alègre , sachant leur déloger, les suivit avec ses gens d'armes, "et reprit Menton et Roquebrune, qu'ils avoient pris en allant mettre le siège à Monigue, lesquelles places se rendirent sans nulle défense; et aussi prit Pqrt-Morice, laquelle se rendit par composition de dix mille ducats. Ce fait, ledit seigneur d'Alègre s'en retourna à Savone , et ses gens , chacun à sa garnison.
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S>u rtooltemrot î>e ttâitt, et comment meôôire toaita* îie Stolajar prit aucuns «ftenetwi* ait nrttf jjje &e Ôaint- J'raneiôque à dettes* .
Ayant le temps du siège de Monigue, dedans la ville de Gênes, au Palais d'icelle, étoit pour le roi un nommé Philippe de Roquebertin , lequel entretenoit le plus doux qu'il pouvoit le peuple de la ville! qui , durant ledit siège , ne setoit encore déclaré contre le roi, mais crioit toujours France et populo.
Or advint lors que le huitième de février, à un jour de quelque fête, grand nombre de Génevois furent à Saint-Francisque , un collège de cordeliers, assis au pied de la citadelle du château de Gênes, où illec ouïrent le commencement de vêpres. Là fut messire Galéas de Salazar, en voyant iceux Génevois en ses dangers, dit qu'ils étoient de bonne prise, vu que jà ayoient commencé la guerre, et assailli aucunes places du pays du roi , et que encore tenoient le siège à Monigue, terre dudit seigneur : parquoi fit gardçr les portes de l'église , et iceux prit, et envoya dedans le château • prisonniers , lesquels traita rudement , et les enferma dedans un lieu , ou avoit
un moulin à bras ; èsquels faisoit tourner ledit moulin , et moudre le blé à grand'peine et travail, sans leur donner que du pain et de l'eau, ce que n'avoient iceux Genevois accoutumé ; auxquels demandoit grandsomme d argent pour leur rançon, de laquelle ne vouloient finer, disant qu'ils étoient pauvres et que de tant grosse rançon ne sauraient faire paie, parquoi furent pour un temps mal traités. Dont ceux de la ville s'en allèrent plaindre à Philippe de Roquebertin, lieutenant du gouverneur pour le roi , auquel dirent que le capitaine du château n'avoit querelle contre eux, et qu'il ne devoit prendre ni détenir les gens de la ville , qui tenoient pour le roi et étoient ses sujets, et beaucoup d'autres raisons alléguèrent. Dont celui de Roquebertin, pour complaire au peuple, et pour doute de commune insulte , leur promit d'ep parler au capitaine, et de lui remontrer son tort , en façon que lesdits prisonniers seroient rendus , ou pour le moins traités trèsbien et humainement! ce qui adoucit quelque peu le peuple. Si s'en alla ledit Roquebertin au château , et dit au capitaine comme la ville étoit presque révoltée , au moyen des prisonniers qu'il détenoit; parquoi avisât qu'il en devroit faire, en façon que le profit du roi et son honneur y fussent gardés. Sur quoi r&pondit ledit capitaine , qu'ils étoient ses vrais
2/ f CHRONIQUES
prisonniers , et qu'ils étoient de prise, vu qu'ils avoient commencé la guerre et assailli les places du roi : parquoi ne les rendrait, si le roi ne lui mandoit expressément.
Tandis que ces choses s'exploitoient, le roi averti du tout, et sachant la révolte de Gênes, dit qu'il pourvoirait à ce : dont pour vouloir mettre provision de plus à la garde de sondit château de Gênes , qui étoit la principale place et meilleure défense , transmit celle part un nommé Allabre de Saule, son huissier de chambre , par lequel écrivoit et mandoit par créance à messire Charles d'Amboise , son lieutenant-général delà les monts, à Philippe de Roquebertin, lieutenant du gouverneur de Gênes, et à messire Galéas de Salazar , capitaine du château de Gènes , son vouloir touchant son affaire de delà. Lequel Allabre s'en alla en poste , et si tôt , que en moins de six jours fût à Milan devers le ljputenant du roi , auquel, en ensuivant sa charge, bailla ses lettres et dit sa créance. Après que le lieutenant du roi eut vu et ouï ce que mandé lui étoit , au plus tôt qu'il put dépêcha ledit Allabre, auquel bailla gens et moyens pour le guider jusques à Gênes, ainsi que le roi lui mandoit par ses lettres, et lui bailla un chevaucheur d'écuyerie, pour lui rapporter nouvelles de l'exécution de son fait.
Ainsi s'en va ledit Allabre son droit cheminé
DE JEAN d'aUTON. 2^1
tirant à Gênes ; et premier adressa à un lieu , nommé le bourg de Busale , à quinze milles près de Gênés, et là trouva un nommé messire Robert Spinole, frère du seigneur de Sarraval , Genevois. Auquel dit ledit Al labre , que ledit de Sarraval, son frère, l'adressoit à lui, avec un sien serviteur, qu'il lui avoit baillé pour le conduire , et prioit ledit messire Robert que , le plus tôt et le plus droit que possible seroit , le fit adresser et mener à Gênes. Ce qu'il fit par un marchand dudit bourg , qui savoit le plus couvert chemin et sûres adresses pour aller audit lieu. Si le mena celui marchand tout sûrement jusques à l'entrée d'un lieu nommé Poulceuvre, qui est l'avenue des détroits des montagnes de Gênes, et lui dit celui marchand, que là étoit le plus dangereux de leur passage; car delà étoient aucuns des capitaines et chefs des Genevois mutins, et mêmement un nommé Guillon , capitaine de Poulceuvre, par lequel étoit venu le moyen de la première division de Gênes, comme j'ai dit dessus. Toutefois passèrent outre , sans autre danger, et approchèrent la tour de la Lanterne, nommée la tour de Codefa, assise en mer, entre la ville de Gênes et un bourg nommé le bourg de Saint-Pierre- d'Arène, regardant sur le môle. Et eux étant au droit de la Lanterne, pour ce que lors faisoit froid, ledit Allabre enchaperonné pensa que lui m. 16
en cette manière ne passerait, sans être de plusieurs regardé , enquis , et par aventure arrêté de ceux de la ville , ôta son chaperon , et mit une chaîne d'or au col, qu'il avoit baillée à garder à sa guide ; et ainsi passa tout sûrement jusques au Palais, où descendit et en* voya loger ses chevaux. Puis demanda à quelqu'une de$ mortes-paies dudit Palais , où étoit un nommé Philippe de Roquebertin, lieutenant du seigneur de Ravestain, lequel le mena en la chambre de celui Roquebertin , qu'ils ne trouvèrent là ; car il étoit allé ce jour au sermon, et devoit dîner en ville avec aucuns des citadins, lesquels il entretenoit toujours de douces paroles, comme besoin lui étoit. Ledit Àllabre, au plus tôt qu'il put, manda à Roquebertin qu'il étoit là venu de par le roi, et qu'il avoit affaire hâtivement à lui : dont celui Roquebertin à toute diligence s'en alla au Palais , où ledit Allabre lui bailla les lettres que le roi envoyoit, èt celles de messire Charles d'Amboise, et lui dit la créance qu'il avoit à lui dire , contenant que , tout incontinent les lettres vues, ledit Roquebertin s'en allât à Milan devers ledit messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi ; et que premier eût à bailler audit Allabre les mortes -paies du Palais, où pou voient être trois cents hommes, pour les mettre où le roi lui avoit mandé. Lequel Roquebertin dit : « Volontiers aocomplirai-je le
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mandement et vouloir du roi ; mais difficile ehose serait à faire promptement , et sûrement me déloger : car si les mortes-paies abandonnent le Palais , le peuple de Gènes pourra penser que le roi se défie d'eux et que leur machination est clairement découverte , parquoi moi et tous les François qui devant eux nous trouverons, serons en danger de la vie : dont est besoin différer la chose quelque peu de temps. » À quoi ne voulut entendre ledit Allabre, disant : « Non > il est besoin de faire le vouloir du roi , qui est de promptement retirer ses mortes-paies , et les mettre à la garde du château , qui grand besoin en a; et si par aventure ils 6ont défaits ou empêchés par les Génevois , et que guerre soit du tout ouverte , à grande difficulté pourra être ledit château garni de gens d'armes. Et en outre vous devez savoir que, au moyen de la prise d'aucuns Génevois que le capitaine dudit château dé* tient, tout le peuple de Gênes en est mutiné, et prêt à dire le mot contre le roi : dont est métier, au plus tôt que faire se pourra, et avant que plus de bruit se lève , de renforcer le château; et tant y a que jà pensé le roi que vous soyez avec lesdites mortes-paies audit château , ainsi que jà long-temps vous a mandé, comme il m'a dit à mon parlement, et q&e là vous trouverais. Pour ce, n'est heure de plus différer, mais faire le vouloir du
roi. » Oyant celui Roquebertin ce que dit est, pria ledit Âllabre , que au moins voulsit premier demeurer illec deux ou trois jours, et que ce pendant il trouveroit moyen de sôrtir de la ville et échever le danger des vilains : ce que ne voulut ledit Allabre , mais dit que plus ne demeurerait au Palais. « Car j'ai, dit-il, lettres adressant à messire Galéas , capitaine du château , lesquelles faut à toute diligence à lui présenter ; car j'ai, de ce, commandement exprès du roi , auquel me faut, toutes choses laissées, obéir. » Ce dit, voyant celui Roquebertin que aut^e chose ne pou voit, et qu'il étoit force que ledit Allabre s'en allât au château, dit: «Or allez en la garde de Dieu; je vous baillerai une mule et un gentilhomme, pour vous conduire et accompagner jusques au château , afin que la ville ne se doute de notre affaire. Allez le plus celément que pourrez, et par voies obliques, que la guide que je vous baille vous saura mener. Et au surplus , je vous transmettrai toutes les mortespaies du Palais, de nuit, afin que par les vilains ne soient avisées ou arrêtées. » Ce dit, ledit Allabre avec sa guide monta à cheval , et dit à sa guide qu'il le menât vers la marine à l'opposite de là où il vouloit aller, afin que les Génevois ne sussent où il tiroit. Et ainsi s'en alla vers la marine à quartier, et retourna par rues secrètes et foraines, tant que sans
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empêchement se rendit au château, où trouva messire Galéas de Salazar, capitaine de ladite place ", auquel bailla les lettres du roi , et lui montra mandement dudit seigneur, comme il faisoit et ordonnoit ledit Allabre capitaine de Saint -Francisque, qui est un collège de cordeliers, assis au pied de, la citadelle du château, bien renfermé et fort à merveilles, lequel peut secourir le château , et être du château secouru contre la ville : dont étoit besoin mettre garnison dedans ledit collège. Aussi mandoit le roi, par lettres auxdits soudards du Palais, qu'ils eussent à obéir audit Allabre en cet affaire, comme à sa personne, après le département de Roquebertin.
Celui messire Galéas, capitaine du château de Gênes, voyant les lettres que le roi lui écrivoit, et le mandement susdit, reçut joyeusement ledit Allabre. Et sommairement tous deux ensemble parlèrent sur leur affaire , disant, pour conclusion , que métier étoit que Philippe de Roquebertin, lieutenant du Palais, montât jusques au château, pour parler plus amplement de leurs besognes, et savoir à lui de l'état et manière des vilains de Gênes, et quel vouloir ils avoientj pour y pourvoir selon leur possible. Ainsi transmirent message secrètement devers ledit Roquebertin , le priant qu'il voulsit aller par-devers eux, pour parler d'aucunes choses, touchant les.
affaires du roi ; et que le capitaine du château fût allé parler à lut , mais il n'osoit abandonner le château, parquoi le prioit bien fort qu'il lui plût monter jusques audit lieu : ce que ne voulut ledit Roquebertin , disant que , pour la doute de la commune qui grandement étpit émue, n'dseroit, et que s'il faisoit semblant d'y aller, le peuple l'assommeroit, car il étoit tout effréné, et en branle d'ouvrir la guerre aux François. Quoi plus? Si n'est que ledit Allabre manda à Roquebertin, s'il ne pouvoit monter au château , qu'il lui envoyât les mortes-paies du Palais , comme le roi lui avoit mandé: ce que promit de faire celui Roquebertin, dedans quatre jours après; pendant lequel temps , il pratiqua aucuns des plus autorisés de Gênes , par douces paroles et moyens exquis, pour envoyer à Milan ambassadeurs par-devers messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, lequel avoit puissance sur touts affaires, et que avec lui pourraient telle chose traiter, que ce serait au profit de la ville et bien de la chose publique ; et que , de sa part, il y besognerait en manière, que Gênes pourrait connoître qu'elle auroit un ami* en lui. Toutefois ces belles choses leur disoit ledit Roquebertin , pour trouver moyen de sortir de la ville avec eux, et se retirer à Milan, pour la sûreté de sa personne : auxquelles choses s'accordèrent les
Genevois, et à chef de quatre jours, lui baillèrent ambassades, pour aller avec lui à Milan devers ledit lieutenant du roi. Et sur ce propos, se mettent en avant lesdits de Gênes, accompagnés de trente chevaux , et prennent leur chemin vers le bourg de Busale* Or avoit ledit Roquebertin, premier que partir de Gênes, dépêché une poste, et icelle envoyé à Milan , pour avertir le lieutenant du roi comment il menoit les ambassades de Gêne* par-devers lui. A quoi fit réponse ledit lieutenant du roi, que de lui il n'avoit commission ni puissance aucune de faire avec lesdits Géifevois quelque traite , ni de les ouïr : à celle fin, leur renvoya la même poste pour de ce les avertir* Lesquels Génevois oyant ladite réponse, très-mal contents s'en retournèrent à Gênes, et ledit Roquebertin avec son train prit son chemin droit à Milan.
Le même jour que celui Roquebertin partit de Gênes, dit à un nommé Maubouvier, et à un autre nommé François de la Fuste , des soudards du Palais de Gênes, que, la nuit ensuivant de son partement, eussent à mener et conduire les autres soudards dudit Palais à Saint-Francisque, dont étoit capitaine ledit Allabre , car ainsi l'avoit màhdé le roi. Dont icelle nuit se rendirent lesdits Maubouvier et François de la Fuste à Saint - Francisque , avec six vingt et sept d'iceux soudards. Lee au-
très, qui étoient en nombre deux cents ou environ , demeurèrent avec un nommé Averluch, Allemand, qui portait l'enseigne du seigneur de Ravestain, leur capitaine, lequel Averluch ne voulut servir le roi , ains fit mutiner lesdits compagnons, dont y avoit plusieurs François , lesquels se mirent au service et à la solde des Génevois.
Dedans le Palais de Gènes, étoit demeuré un nommé messire Étienne de Cernerieu, docteur, lequel avoit là laissé Philippe de Roquebertin, pour être son lieutenant. Mais voyant la retraite des soudards dudit Palais, et le peuple de Gênes ému , dit q«*il s'ôteroit du chemin, comme les autres : ce qu'il fit; car la nuit ensuivant, il délogea sans trompette! et s'en alla d'emblée devers le lieutenant du roi , qui lors étoit à une petite ville nommée Gamallo, terre de Milan. Et de là s'en alla audit lieu de Milan, pour être plus à sûr.
Lorsque lesdits Maubouvier et de la Fuste eurent mené ce qu'ils purent de leurs geng devers l'huissier, Allabre, au matin, dedans ledit collège de Saint-Francisque, reçut le serment d'iceux, de bien et loyaument sous sa charge servir le roi.
Le même jour que les soudards eurent fait le serment, comme dit est, ledit Allabre, capitaine de Saint-Francisque, voyant grand nombre de frères être léans, doutant long
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siège, et que, au moyen de trop de gens, les vivres se pussent diminuer et défaillir, et venir autres inconvénients, appela le gardien, auquel dit que pour les causes susdites étoit requis d'en envoyer partie, et retenir ceux seulement qui métier faisoient pour le service divin : parquoi ledit gardien en envoya touslesdits frères, réservés cinq, et lui sixième.
Tout cela fait, ledit capitaine se prit garde de sa place, et l'environna de tous- côtés, pour icelle aviser; et aux lieux qu'il vit besogneux d'aide fit faire forts et remparts, où lui et ses gens mirent la main à l'œuvre, en manière qu'ils n'eurent doute de la force des Génevois, ni crainte de leur siège.
Comment l& tofatwm *t mirent m* contu it toi, A amènent U CoeUllat ïrt 611110, tt prirent par compotitiow tt comme sur ladite composition, ils occxxmt tnljumaituttinit les Jranrots qui îtbam étoimt
Tantôt que les ambassadeurs de Gênes furent retournés du bourg de Busale audit lieu de Gênes, sans avoir été ouïs du lieutenant du roi ; et sachant aussi les Génevois comment le capitaine du château de Gênes avoit pris aucuns de leurs citoyens, que encore te-
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noit prisonniers et iceux traitait très - rudement ; connoissant aussi par l'absentement des soudards du Palais, qui s'étaient retirés au château, que les François ne se fioient plus en eux, et que de tous points leur entreprise étoit découverte, tinrent entre eux une tourbe commune ou conseil populaire, ou plusieurs propos écartés et raisons inconsultes furent mi* ses sus. À ce conseil, furent appelés Paul de Nove, duc du peuple de Gênes, Manuel de Canale, Demetrius Justinian , Antoine de Ciuli , le capitaine Ternatin, Guillon, capitaine de Poulceuvre, et autres de ceux qui étoient venus du siège de Monigue, et grand nombre d'autres , tant du peuple gras que de la commune; lesquels, après plusieurs allégations désordonnées, conclurent de déclarer eux et la ville de Gênes contre le roi, et dès-lors commencer leur rébellion, et tuer tous les François qu'ils pourraient trouver et prendre dedans leurs pays j tant que, pour commencer, tqus à une voix crièrent : Populo 1 populo 1 taisant leur cri de : France! France l que jusques à celle heure avoient toujours crié.
Avec leurs cris impétueux et bruit de peuple effréné , s'en allèrent assiéger une petite place nommée le Castellat, étant assise audessus du château de Gênes , dedans les montagnes, en laquelle étoient vingt François et trois femmes, sous la charge d'un nommé Re-
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gnault de Nouaille, capitaine de ladite place; et un jour de vendredi, lendemain de la micarême , sur l'heure du point du jour, approchèrent lesdits Genevois le Castellat, et commencèrent à tirer encontre leur artillerie , sans cesser, depuis le matin jusques au soif sur le vêpre. Les François qui dedans étoient se défendirent au mieux qu'ils purent; mais pource que la place étoit mal avitaillée et dépourvue de secours , les soudards par lamentèrent, disant aux Genevois : w Nous rendrons la place, nos vies et bagues sauves, ou sinon sommes délibérés de vivre et mourir ici à la défense de nous et de notre place. » Les Génevois , voyant qu'ils ne les auroient par force , sans avoir partie à la perte, combien qu'ils eussent juré la mort de tous les François qui là étoient , toutefois jurèrent et promirent ladite composition, touchant la vie et bagues sauves desdits soudards : ce que ne tinrent les traîtres; car tantôt que la place fut rendue et mise entre leurs mains, la commune forcenée ne voulut tenir ladite composition, mais, malgré aucuns des principaux de leur armée, qui avoient entre les mains lesdits soudards françois , leur ôtèrent et occirent cruellement. Car aux uns encroisèrent les bras et attachèrent, et leur fendirent le ventre et l'estomac, en leur arrachant le cœur et les entrailles du corps ; puis piquèrent les cœurs d'iceux contre poteaux, et se
souillèrent les mains dedans le sang des morts inhumainement; les autres taillèrent en pièces sans pitié, avec les femmes qui là étoient, lesquelles firent mourir de tant cruelle et étrange mort , que l'horreur du fait me défend d'en dire la manière. Somme, de tous ceux n'en échappa qu'un tout seul, nommé. Nicolas de Noyers , Laonnois , lequel , après la prise de la place, et ainsi qu'on tuoit ses compagnons , fut pris par aucuns marchands de Gènes étant là, qui le connoissoient et avoient eu avec lui quelquefois paroles familières :
dont celément firent tant qu'ils le m tissèrent et déguisèrent , puis lui baillèrent de l'argent, et tellement firent qu'il se sauva et se retira au château de Gènes, où depuis me trouvai et parlai à lui, par lequel je sus lesdites choses, et les noms d'aucuns de ses compagnons morts, nommés Regnault de Nouaille, leur capitaine, Nicolas d'Angu , le bâtard du Chillou , Guillaume du Croq , Pied-d'Argent , Jean de Saint -Ouyn , Gounon et un sien fils, Artus, Morterre, Claude du Pin, Grand- Jean, d'Ozillac, Jannot, le canonnier, . un nommé Robert, et trois autres, avec trois femmes, qui furçnt tous mis à sac.
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€mvmt les <&tntvois amé$tvenl U colline ï>t ÔaixA-Jxariti*yat îrr tibêne* ti U c^àttan îruîrit Uni.
Après qu'iceux Genevois eurent pris le Castellat de Gênes, et occis les François qui là étoient, dirent qu'il falloit faire encore plus ; et conclurent (Fassiéger le château , qui étoit fort à merveille, bien avi taillé, et garni de bons soudards, avec grand nombre de grosse et bonne artillerie, étant assis entre le sommet de la montagne et la ville de Gênes, comme à mi-chemin desdits lieux. Entre lequel château et ladite ville, avoit deux forts, c'est à savoir: la citadelle, dont l'issue regardoit devant la grande porte de l'église de Saint-Francisque devers la ville, tout en pendant, et de mal-aisée advenue ; laquelle citadelle étoit fortifiée de bastilles et remparts, force gens, et bonne artillerie; l'autre fort étoit le collège de Saint- Francisque, par lequel on descendoit en la ville par diverses rues , tirant au Dôme et au Palais de Gênes ; lequel collège étoit enceint et fermé , du côté de la ville ,de bonnes et grosses murailles, bien tournellées, et garniès de bonne artillerie, avec bons soudards prêts d'attendre le siège et les assauts desdits
Genevois, qui étoient tous en armes par les rues de Gênes, et tant émus, que tous d'une voix dirent qu'ils prendraient le château de Gènes d assaut, ou que tous y demeureraient.
Mais premier s'en entrèrent au Palais , d'où s'étoient retirés les François, comme sages ; et là dedans ne trouvèrent à qui méfaire, si n'est qu'iceux vilains f voyant les armes du roi là partout semées, avec lances et piques les égratignèrent et effacèrent de tous points.
Et, ce fait, fermèrent et barrèrent toutes les rues, mettes, chemins, passées, et avenues, pour aller du château à la ville ; et avisèrent de tous côtés l'assiette du château, pour y mettre le siège , qui leur sembla mal à main de tous côtés, fors devers Saint-Francisque, pource que de celle part ils pourraient faire, dedans aucunes maisons qui près de là étoient, leurs taudis et remparts, et être toujours au eouvert, et avoir à tout besoin gens à relais. Et pour mieux à sûreté approcher , ils percèrent les rues et maisons de lieu à lieu, pour aller à couvert hors le danger de l'artillerie du château, jusques encontre les murailles dudit collège de Saint-Francisque ; et assirent leur artillerie en divers lieux : entre autres , firent un rempart devers Besagne, touchant à un lieu nommé Pavie , près d'un collège de non*nains; et làatitrèrent un gros canon, nommé le Lizard , qu'iceux Génevois avôient em-
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prunté de la seigneurie de Pise ; près un autre lieu, où autrefois a voit eu un château, du côté devers Saint-Roch, atîtrèrent une autre grosse pièce d'artillerie, nommée le Buffle, laquelle aussi avoient eue des Pisains. En plusieurs autres lieux de la ville, et du coté de Besagne, avoient fait boulevards et forts, pour mettre leur artillerie grosse et menue , pour tirer contre le château et Saint -Francisque, aux lieux plus à main pour leur siège. Et ordonnèrent entre eux gens pour tenir ledit siège nuit et jour, et y obéir à relais, sans jamais cesser de tirer artillerie et donner assauts, jusque la place fût prise, et les soudards, morts ou affamés,
Messire Galéas de Salazar, capitaine du château , voyant le siège d'iceux Génevois assis devant lui, fit emboucher plus de cent pièces d artillerie grosse et menue droit à la venue du siège ; et en fit mettre hors le château, à l'entrée de la citadelle, au sommet d'un haut terrier, une grosse serpentine, la bouche dessus la ville, et au droit du môle de Gênes , pour défendre le passage aux ennemis, et ruer sur les maisons et au travers des rues de Gênes. La citadelle et le collège de Saint-Francisque furent pareillement garnis de soudards, de vivreset d'artillerie, et chacun prêt d'exploiter la guerre, laquelle fut commencée par les Génevois, qui, de première
avenue, chargèrent sur ledit collège de Saint- Francisque, et là ruèrent coups d'artillerie, à toutes mains. Ceux du château, qui étoient au-dessus, commencèrent à rendre leur meute d'artillerie aux Genevois, et tirer droit à leurs remparts, et au travers des rues et maisons de la ville, tellement qu'il sembloit que tout tremblât. Les femmes et petits enfants abandonnèrent les haute étages de leurs maisons, pour l'horrible bruit et dangereux coups que l'artillerie des François donnoit autour d'eux , et se mirent sous les chambres basses voûtées de leursdits logis. Pareillement les Genevois ruoient coups, sans cesser, contre les tours et murailles du château, et le plus souvent contre les défenses de Saint-Francisque et au travers de l'église, pource que les soudards et les frères dudit collège tiroient aux ennemis par grands trous et larges pertuis, qu'ils avoient faits au travers de la muraille de ladite église , dont endommageoient fort les Génevois. Parquoi n'épargnoient icelle église , mais tiroient au travers, de tous côtés ; et tant , que tantôt après ce , je étant, dedans ladite église, vis partie du chœur et piliers d'icelle par terre, et les voûtes percées en plusieurs lieux , et entre autres coups étranges, vis une image de crucifix , étant sur la porte du chœur dudit collège, ayant le bras dextre percé près du coude d'un coup d'une pièce
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d'artillerie, et plusieurs autres images brisées et rompues. Somme, la batterie étoit merveilleuse de tous côtés; car nuit et jour, duroit le bruit.
Lorsque les Genevois eurent battu longuement ledit collège , dirent qu'il y felloit donner un assaut, pour voir la résistance des François et leur manière de défendre; et eux à tout grosse brigade > un lundi après la micarême /garnis de crampons et échelles, avec grand bruit de peuple et son de gros tabours de Suisses, approchèrent la muraille dudit collège, du côté d'un fort jardin qui là étoit à main senestre, au-dessous dudit collège, près d'un lieu nommé Fontaine-Amoureuse; et là commencèrent à dresser leurs échelles , et donnèrent le combat main à main aux François, lesquels à tour de bras, reçurent les Genevois, tellement que du haut en bas plusieurs furent renversés et à grands coups de piques et hallebardes furent renvoyés; et deux de leurs échelles sur eux, gagnées, et vingt hommes d'iceux, morts au pied de la muraille, avec grand nombre de blessés. Des François y moururent deux hommes seulement , et huit y furent blessés.
Ce fait, voyant, lesdits Génevois, que à ce lieu ne pouvoient rien faire de leur avantage, dirent que par un autre côté assaudroient le fort : dont furent quérir, par les maisons delà m. 17
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près y gros monceaux de fagots secs, et autre» fustes graissées d'huile et de soufre; et à grosse foule approchèrent la première porte de Fentrée dudit collège, laquelle fut défendue des François , et la herse abattue , qui fut incontinent environnée de fagots , pleins de soufre parmi, tellement que ladite herse fut à coup brûlée et en flammes. Ce fait , là eut combat à outrance ; car les Genevois mirent tout leur effort de gagner celle entrée, et les François tout leur pouvoir pour la défendre , comme ceux qui à ce hasard voyoient leur honneur branler, et aventurer leur vie: ce qui tant les hardi a, que à coups immodérés repoussèrent les Genevois, et malgré eux refortifièrent leur entrée. Jusques à temps ferai silence de ce siège , pour toucher d'aucunes choses que le roi lors exploitait en son royaume de France.