SOMMAIRE DU DEUXIÈME LIVRE, §§ 209-227. XXXI
Le soir, les insurgés campent sur la place Sainte-Catherine * , devant la Tour et le château de Londres; ils veulent, disent-ils, que le roi écoute leurs doléances et que le chancelier rende compte de tout l'argent qui, depuis cinq ans, a été levé dans le pays.
Le roi et son conseil, se tenant dans la Tour de Londres, sont prêts à écouter l'avis de Walworth, qui veut à minuit tomber sur tout ce monde et le massacrer. Robert Knolles a plus de 120 compagnons sous ses ordres ; de même Perducat d'Albret. Avec ses chevaliers, les notables de la ville et leurs valets, le roi peut opposer au moins 7 ou 8,000 hommes aux 60,000 émeutiers. Mais le peuple de Londres n'est pas sûr; mieux vaut, comme le conseillent le comte de Salisbury et d'autres, accorder ce que demandent ces gens. On n'attaque donc point. P. 108 à iiO, 334, 335.
Le vendredi matin, le peuple demande à parler au roi; il menace d'assiéger le château. Le roi leur fait dire par le maire d'aller hors de Londres, à Mile-End 2, oîi il ira les trouver et leur accordera ce qu'ils réclament.
Les émeutiers quittent donc peu à peu la ville, mais non pas tous. Aussitôt que le roi, ses deux frères et les barons de sa suite sont sortis, 400 bandits, conduits par Jean Bail, Jack Straw et Wat Tyler, pénètrent dans les chambres du château' et massacrent l'archevêque de Cantorbéry, Simond de Sudbui'y, chancelier d'Angleterre; de même sont tués le grand prieur des Hospitaliers', un frère mineur, médecin du duc de Lancastre^, et Jean Leg'', sergent d'armes du
1. En aval de la Tour de Londres; le nom est resté aux Saint Katherine's Docks.
2. Ce nom, donné alors à une grande plaine, a été conservé à une rue située à l'extréinité est de Londres.
3. Walsingham dit que le roi avait permis aux insurgés d'entrer dans la Tour (t. I, p. 458).
i. Robert de Haies, trésorier du roi, dont le palais de Hybery, situé à deux lieues de Londres, fut détruit compli>tement (KnygUton, col. 2636).
5. Ce friTe mineur se nommait Guillaume Appelton [Guildhall Records, Lelier Book H, fol. 133).
6. Jean Leg, chargé, en 1380, de lever l'impôt de la poll-tax, était, en 1370, sergent d'armes du roi; il avait dii, à celte époque, s'occuper de rassembler des bateaux pour l'expédition de Robert Knolles en France (Rymer, t. VI, p. 659). En 1373, on lui avait confié la garde des deux fils de Charles de Blois (Ibid., t. VII, p. 26).
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roi; les quatre têtes sont placées sur le pont de Londres'.
Les misérables entrent aussi dans la chambre de la mère du roi, dont ils mettent le lit en pièces; la malheureuse femme, à demi morte de peur, est transportée en bateau à la Tour royale, à la Garde-robe de la reine-, où elle reste toute la journée et la nuit suivante^. P. 110 à 112, 335, 336.
Le roi s'avance avec une faible escorte sur la place de Mile-End, où l'abandonnent ses deux frères et Jean de Gommegnies. 11 s'adresse alors au peuple, et, après des pourparlers, il promet l'abolition du servage; chaque village aura sa charte d'affranchissement et sa bannière; tout est pardonné. L'apaisement se fait, les insurgés rentrent à Londres, et, à mesure que sont écrites les chartes'', ils les emportent et rentrent dans leurs pays. Tous cependant ne partent pas; près de 30,000 restent à Londres avec Wat Tyler, Jack Straw et Jean Bail, attendant une occasion de pillage^.
Le roi, voyant la rébellion un moment apaisée, se rend à la Tour royale pour rassurer sa mère : il y passe la nuit du vendredi. P. 112 à 114, 336.
Les mêmes scènes de désordre se présentent ailleurs, à Norwich*, entre autres, où les bandes de Lynn, de Cambridge et de Yarmouth, conduites par Guillaume Lister^, ne pouvant
1. A ces noms, il faut ajouter un certain Richard Sompnour, qui, avec les autres, fut (U'capité sur le Tower hill, où avaicnl lieu les exécutions pour crime de haute trahison {Guililhall Records. Letler flook U, fol. 133).
2. La Tour royale, où était la Garde-robe de la reine, était située sur la rive gauche de la Tamise, non loin du pont actuel des lîlackfriars.
3. Le procès-verbal des GuUdhall Records, qui semble ici incomplet intentionnellement (il ne parle pas des chartes octroyées par le roi à Mile-End), reste muet aussi sur les outrages faits à la reine mère, qui se serait rendue de la Tour à la Garde-robe non pas en bateau, mais en suivant le roi en char.
4. Ces lettres, dont la teneur est donnée par Walsinj^ham (t. I, p. 467), sont datées du 15 juin : non seulement elles affranchissent les serfs, mais encore leur pardonnent tous leurs crimes et délits.
5. Sous le prétexte de discuter les termes des chartes d'atfranchissement (Walsingham, t. I, ]i. 463).
6. D'après k. Réville, c'est le 17 juin (|uc la bande de Geoffrey Lisière, (( recrutée dans la région de lloll cl de North Walsham, » marcha sur Norwic.li (l'ositions de thèses..., p. 145). Au dire de Walsingham (t. II, p. 5), le nombre des chevaliers entraînés par les insurgés fut considérable en Norfolk.
7. Geoffroy Listere, un teinturier de Norwich, (|ui « apud North Wal-
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persuader au capitaine de la ville, Robert Sali', de venir avec elles, le tuent lâchement, le jour même de la Fête-Dieu, alors qu'à Londres on brûle l'hôtel de Savoie et qu'on brise les portes de la prison de Newgate^. P. 114 à 116, 336, 337.
Le samedi matin, 15 juin, le roi quitte la Tour royale, va à Westminster faire ses dévotions, mais n'ose entrer à Londres; arrivé pi'ès de l'abbaye de Saint -Barthélemi^, il tombe, à Smithfield '', au milieu des partisans de Wat Tyler, qui, au nombre de 20,000, munis de leurs nouvelles bannières, s'apprêtent à piller la ville, avant que les autres bandes, conduites par Guillaume Lister et Thomas Baker-*, ne soient arrivées des autres comtés.
Wat Tyler s'avance au-devant du roi, se prend de querelle avec un des écuyers et est frappé par le maire de Londres, Jean Walworth : un écuyer, Jean Standish", descend de cheval et l'achève. La foule se montre hostile et va faire un mauvais parti au roi, quand des renforts lui arrivent, 7 à 8,000 hommes, amenés par Robert Knolles, Perducat d'Albret,
<( sham et noineii et potestatem regiani exercebat » [Çhr. a monacho Sancti Albani, p. 310), était réellement de Feliningbam (Powell, The Rising in Easl Anglia in 1381, p. 27).
1. C'est en refusant de suivre les insurgés que Robert Sali fut tué (Chr. a monacho Sancti Albani, \i. 305). Frappé tout d'abord par Henry Rise, il fut acbevé par Adam Blak, William Broorn, etc. (Communication de M. Petit-Dutaillis, d'après les papiers d'André Réville). Les rôles municipaux de Norwicb consultés par A. Réville ne disent nullement i|ui; Robert Sali fut capitaine de la ville. Fait chevalier par Edouard III, Robert Sali représentait au Parlement le comté de Norfolk (Powell, The Rising in East Anglia in 1381, p. 29).
2. La principale prison de Londres porte encore aujourd'hui ce nom.
3. Il ne resle aujourd'hui du prieuré de Saint-Barthélemi (jue l'église, bien modiliée au xvi° siècle.
4. Sur la place de Smithfield se donnaient autrefois les tournois et se tenait la foire de Saint-Barthélemi ; on y faisait aussi les exécutions capitales.
5. Ce Thomas Baker n'est autre sans doute que Roger Bacon, lieutenant de G. Listere, qui « déchire la charte des privilèges de Yarmouth, « vide la jjrison, massacre trois prisonniers, pille les collecteurs des couci tûmes royales » (A. Réville, Positions des thèses... de 1890, p. 145). Ce Bacon était chevalier (Powell, The Rising in East Anglia in 1381, p. 26).
6. Ce jeune écuyer du roi ne peut sans doute pas être le même tpie le Jean Standisch, qui était chargé, en 1340, de conduire à la Tour de Londres un prisonnier écossais (Rymer, t. V, p. 534), d'autant que son vrai prénom esl Raoul et non Jeatt (voy. la note suivante).
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les neuf échevins fidèles et Nicolas Brembre. Fort de cet appui, le roi crée trois nouveaux chevaliers^ : Jean Walworth, Jean Standish et Nicolas Brembre^, et fait redemander aux insurgés, par ces trois chevaliers, les bannières qui leur avaient été distribuées. Les bannières sont rendues, déchirées sur place, et la foule rentre sans résistance dans Londres, au grand déplaisir de Robert Knolles, qui eût voulu tuer tout ce monde'. Le roi rentre à la Tour royale pour revoir sa mère. Défense est faite à quiconque n'est pas natif de Londres ou n'y demeure pas depuis un an d'y séjourner plus tard que le dimanche suivant, sous peine de mort. Chacun s'en retourne donc dans son pays'*. Jean BalP et Jack Straw*, découverts dans leur cachette,
1. Les noms ne sont pas les mi^mcs dans le procès-verbal, où il est dit que le roi o dicUnn inajorem et doniiniini NichoUunn Brembre et domi- <( num Johannem Phelipot, pridem majores dictte civilatis, dominum « Robertum Launde ordine militari suis propriis manibus decoravit » [Guildhall Records, Letter Book H, fol. 133). On lit dans Knyghton (col. 2637) : (c Tune rex dicto Johanni de Wahvorth el Radulpho de Stan- « diche vicem rependens, ipsos cum aliis .iiii. burgensibus de civitate « militari cingulo sublimavit, scilicet dominos Johannem Philipote, « Nicholaum de Brembre, et Johannem Lande, Nicholauni Tv^7ford. »
2. Nous voyons Nicolas Brembre ]ir(?ter de l'argent au roi « in magnis « et urgentibus necessitatibus, » probablement en 138! (Rymer, t. VH, p. 459); il est membre du conseil du roi en 1388 {Ibid., p. 566).
3. Dans la compagnie du roi se trouvait encore un jeune chevalier de Hainaut, compagnon de Robert de Namur, Henri de Sansselles, que Johnes cite dans une addition à notre texte (t. 1, p. G63, en note). Froissait l'a nommé plus haut p. 103.
4. Le roi, qui avait, le jour m(*me du 15 juin, ajourné le Parlement (Rymer, t. VU, p. 311), donne la garde de la cité de Londres à Guill. Walworth, le maire, Robert Knolles, Jean Phili]iot, Nicolas Brembre et Robert Launde (Rec. Ojf., Patent Rolls 311, m. 5), auxquels il adjoint, le 20 juin, Robert Bealknapp et Guillaume Cheyne {Ibid., m. 4 v°). A cette date, de nombreuses arrestations sont faites à Londres et ordre est donné à Robert d'Asbeton, capitaine de Douvres et garde des Cinq-Ports, à Jean de Clynton, à Thomas Trivet et à Et. de Valence de s'armer contre les rebelles {Ibid.).
5. Arrêté, non pas à Londres, le 15 juin, mais plus tard à Coventry, Jean Bail fut jugé à Saint-Albans, vers le 15 juillet, par Robert Tresilian et condamné à être écartelé, puis pendu; son corps, coupé en (juatre morceaux, fut cxpo.sé en diflérents quartiers de la ville (Walsingham, t. H, p. 34; Knyghton, col. 2644). Il avait avoué qu'il avait été |)oussé à la rébellion par des personnes « of the highest rank and power » (Johnes, t. I, p. 664, en note).
6. Jack Stravv fut pris ;\ Londres : amené devant le maire, il fit sa confession, oii il indiqua que son projet était de supprimer le roi, les nobles et les ordres religieux, sauf les frères mendiants, et de s'emparer
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sont décapités, ainsi que Wat Tyler'. Ces exécutions arrêtent la marche des bandes qui, appelées par les gens du Kent, se disposaient à venir à Londres. P. 116 à 124, 337 à 340.
En Ecosse, le duc de Lancastre a conclu une trêve de trois ans^; muni d'un sauf-conduit donné par les barons écossais, il veut entrer à Berwick, mais l'entrée de la ville lui est interdite par le capitaine Matthieu Redman ', au nom du duc de Northumberland, qui a donné ordre de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans les villes'.
Le duc dissimule la colère qu'il ressent de cet affront et se retire à Roxburgh, dont le châtelain lui appartient. P. 124 à 127, 340, 341.
Ignorant de ce qui se passe exactement en Angleterre, le duc demande alors aux barons d'Ecosse de le recevoir dans leur pays ; ils viennent le chercher avec 500 lances et l'accompagnent à Edimbourg, où, logé au château, il attend de meilleures nouvelles d'Angleterre.
Le bruit court cependant que le duc a trahi le roi et a embrassé le parti écossais; propos haineux et mensongers propagés par les mêmes hommes qui, à Londres, brûlent l'hôtel de Savoie, propriété du duc\ P. 127 à 129, 341, 342.
du pouvoir en nommant un roi à la tiîte de chaque comté (Walsingham, t. I, p. 9-10; Chr. a monacho Sancti Albani, p. 308-310). Il fut décapité.
1. Wat Tyler avait été tué à SmitMeld, par Guillaume Walworth, le 15 juin.
2. C'est le 18 juin 1381 que la nouvelle trêve fut signée entre le duc de Lancastre et Jean, comte de Carrick, Uls aine du roi; elle devait prendre lin le jour de la Purilication (2 février 1383), et fut proclamée le 10 février 1382 (Rymer, t. VII, p. 312 et 344).
3. En 1373, Matthieu Redman intervenait au traité d'alliance entre l'Angleterre et le Portugal, et, en 1375, négociait une trêve en Bretagne (Rymer, t. VII, p. 19 et 78).
4. D'après Kn3'ghton (col. 2641), qui est très sensiblement partial en sa faveur, le duc de Lancastre reçut du duc de Northumberland un envoyé jiar lequel il lui lit dire qu'il ne pouvait le recevoir dans le château de Bamborough , avant de savoir si le roi était bien disposé pour lui. Le duc de Northumberland avait du reste été chargé de la garde des frontières d'Ecosse, au sujet desquelles Thomas Seyvill lui était envoyé en juillet 1381 [Rec. O/f., Lord Treas. Rem., For. Rolls, n° 2). Une addition de Johnes (t. I, p. 664, en note) montre que cette interdiction était spéciale au duc de Lancastre, compromis par les révélations de Jean Bail et de ses complices.
5. Les châteaux du duc à Leicester et à Tutbury avaient été saccagés; sa femme, la duchesse Constance, fuyant l'émeute, s'était vu refuser
Quand le calme est rétabli, que Baker à Saint -Albans*, Lister à StafTord-, Tyler, Bail et Straw à Londres ont payé de leurs vies leur rébellion, le roi décide qu'il parcourra son royaume pour punir les coupables et reprendre les lettres d'affranchissement qu'il n'avait accordées que contraint et forcé. Il part pour le comté de Kent avec 500 lances^, et arrive à Ospringe^ : sept des coupables sont pendus, les lettres sont déchirées. Les mômes exécutions (plus de 1,500) ont lieu à Cantorbéry, à Sandwich, à Yarmouth, à Orwell^ et ailleurs*.
l'entrée de son châteavi de Pontefract et avait été contrainte de se réfugier à Knaresborougli. Knvgblon prétend (col. 26V2) qu'ému par tous ces désastres, où il voyait un châllment de Dieu, le duc aurait à ce moment fait vœu de renoncer à sa vie de désordre et d'éloigner sa maîtresse Catherine de Swinford. Il l'épousait néanmoins en 1396, deux ans après la mort de la duchesse Constance.
1 . Froissart parle à i)eine de la révolte de Saint-Albans, où la lutte fut vive entre les rebelles commandés par "William Grindecob et l'abbé Thomas de la Mare (Walsingham, t. I, p. 'iG7-47'J). Roger Bacon, qui fut un des chefs de l'insurrection en Norfolk, fut jugé et emprisonné à la Tour de Londres; finalement, il fut amnistié à l'occasion du mariage du roi (Powell, The Rising in East Aiiglia m 1381, p. 39).
2. Fait i)risonuier jiar l'évéque de Norwich, Henri Spencer, qui s'était rais à la tête des chevaliers de son comté. Lister fut pondu (Walsingham, t. II, p. 8) avec douze complices (Johnes, t. 1, p. 064, en note).
3. Dans cette armée figurait Thomas Trivet « et certains hommes « d'armes et archiers chivalchant en sa comjiaignie » {Rec. 0/f., Issue Rolls 30 i, m. 2; WaiT. for issues, bundle 5).