J'. 253. — 3. p. 277. — k. Ms. de Yalenciennes, f" 12 v
— 5. Ihid., fo 18 vo. 6. P. kkÇ>. — 7. p. 485 et 490. — 8. p. kkb.
Il- r. 221 : • .... aripierre et pourcliachicr omis <'t confortans »
Pourcltachirr est une immc wallonne <lu fnuiçais actuel pourchasser. 1 2. IV 333 :«.... il cliouchièrent grunl foison d'arbres cl de bois. ...»
INTRODUCTION. xlvii
lions, ainsi que le prouvent d'autres passages où les mots cités figurent sous la forme ordinaire , et ces exceptions doivent sans doute être mises sur le compte de l'allitération \
La seconde rédaction présente deux particularités par où elle se rapproche tour à tour des deux branches de celle qui l'a précédée : ainsi les onze paragraphes du commencement dupremier livre jusqu'au départ d'Isabelle pour l'Angleterre en 1 326 sont semblables dans les manuscrits d'Amiens et de Valenciennes et dans ceux de la première rédaction proprement dite, tandis que de 1372 à 1377 le texte plus ample qui caractérise les exemplah'es de la première rédaction revisée est reproduit dans le ms. d'Amiens. Cette dernière ressemblance est importante au plus haut point et mérite une attention spéciale : elle tend à prouver tout à la fois, pour le dire en passant, que la première rédaction revisée et la seconde rédaction sont l'une et l'autre postérieures à la première rédaction proprement dite.
Pour toute la partie du premier livre, comprise entre le retour d'Isabelle en Angleterre en 1 326 et la reddition de la Rochelle en 1372, les première et seconde rédactions offrent encore çà et là des pai^ties communes; on peut dire néanmoins qu'entre ces deux dates la seconde rédaction est profondément
Ckouchier est une forme vraiment étrange qui pourrait bien être l'équivalent de concilier.
1. En attendant le glossaire qui doit être joint à cette édition, c'est ici l'occasion de signaler aux philologues le mot kecke dans le passage
suivant du ms. d'Amiens : « chiaux de se kecke ensanglantés — »
Voyez page 26'i. M. Kervyn a lu : sieiite. OEuvres de Froissart, Chroniques., t. II, p. 123- C'est bien le sens, mais sieute n'est pas dans le manuscrit.
xLviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
distincte de la première dans le fond aussi bien que dans la forme.
On a vn clans le chapitre précédent que la première rédaction s'est formée successivement et par parties. Il ne sem]3le pas qu'il en ait été ainsi de la seconde; du moins on ne distingue dans le ms. d'.Amiens aucune (race de ces lacunes, de ces sutures si visUjles dans les exemplaires de la première.
A quelle date a été composée la seconde rédaction? La réponse à cette question a été faite plus haut*, mais il importe de reproduire ici textuellement les deux passages des manuscrits d'Amiens et de Valenciennes qni ont dicté cette réponse. On lit dans le ms. d'Amiens : <c Et puis fu chils enfez prinche de Gallez et très bons, hardis et enlreprendans chevaliers et qui durement et , fièrement guerria tant qu'il vesqui; mes il mourut dès le vivant le roy son père, ensi comme vous orez en ceste histoire*. » F" 20. Ce passage se retrouve en abrégé dans le ms. de Valen-
ciennes : « et fist en France et ailleurs moult de
beaux fais d'armes, et mourut josne du vivant son père '. » F" 4*2. Ainsi dès les premiers feuillets des manuscrits d'Amiens et de Yalenciennes il est fait menlir)n de la mort du prince de Galles qui eut lieu en 1370 : on est forcé d'en conclure que la seconde rédaction n'a pu être composée qu'après cette date.
Rien n'autorise à supposer que le passage dont il s'agit est le résultai d'une interpolation; outre que cette sup|)osilion serait gratuite, un détail matériel du manuscrit d'Amiens la rend tout à fait inadmis-
1 Voyrx cliap. i, S 1. J» ^" « '". — 2. P. 349- 3 P. 3'é9, t-n noie.
INTUODUCTION. xlix
sible. Les premiers feuillets de ce ms. présentent un caractère particulier qui frappe le lecteur : la plupart des noms propres y sont laissés en blanc ^ ou bien ils sont affreusement estropiés. On y lit, par exemple : « Phelippes de Valeur'^ » pour « Phelippes de Valois. » Ces lacunes ou ces erreurs grossières sont d'autant plus étranges qu'on les rencontre seulement dans les premiers feuillets et que le manuscrit est du reste exécuté avec beaucoup de soin. On parvient à les expliquer en supposant que le copiste avait sous les yeux un brouillon en écriture cursive plus ou moins illisible dont il n'avait pas encore l'babitude quand il a écrit ces premiers feuillets: il a deviné d'abord plutôt qu'il n'a lu les mots ordinaires; les noms propres sont les seuls que le contexte n'aide pas à déchiffrer, c'est pourquoi il les a estropiés ou laissés en blanc; puis, il s'est vite accoutumé à ce grimoire, il en a trouvé la clef, et alors les lacunes et les bévues monstrueuses ont disparu presque entièrement de sa copie. En même temps que ces lacunes attestent chez le copiste le désir de reproduire servilement et scrupuleusement le modèle, elles font supposer que ce modèle était un autographe ou du moins un original en caractères tracés à la hâte sous la dictée de Froissart, car l'écriture des manuscrits de cette époque exécutés à loisir par des scribes proprement dits est généralement plus ou moins posée et dans tous les cas très-lisible.
Cette explication est trop naturelle pour ne s'être
1. Voyez nos variantes, p. 211, 213, 217, etc. Les lacunes du manuscrit d'Amiens ont été comblées à l'aide du texte de Valen-^ ciennes.
pas déjà présentée à l'esprit des érudits qui ont examiné le manuscrit d'.\miens. << Le manuscrit d'Amiens, dit M. RigoUot, a été copié ai^ec beaucoup de scrupule, peut-être sur un manuscrit autographe; on remarque sur le premier feuillet que plusieurs mots sont restés en blanc, probablement pai'ce que le copiste n'avait pu les lire sur les premières pages de l'original qui auront été plus usées que les autres'. » On ne saurait donc attribuer à une interpolation le passage qui mentionne dès les premiers feuillets des manuscrits d'.\miens et de Valenciennes la mort du Prince Noir ; d'où il suit, pour le répéter encore une fois, que la seconde rédaction est dans toutes ses parties postérieure à 1376.
Cette date de 1376 nous amène à l'époque où les liens les plus étroits qui unissaient Froissiu^t au pays adoptif de Philippe de Hainaut, à la patrie du Prince Noir, sont désormais rompus; c'est aussi le temps où la France se relève grâce à la sagesse de Charles V, à l'épée de Duguesclin et fait reculer de jour en jour ses envahisseurs. Lorsque l'auteur des Chroniques composa de 1369 à 1373 la partie de sa première rédaction antérieure à ces deux dates, il venait de passer Imit années à la cour d'Angleterre; il avait entendu raconter par des chevaliers de cette nation les victoires qui avaient porté si haut la gloire d'Ldouard 111, notamment celles de Crécy et de Poitiers : enlin le récit même qu'il entreprenait lui était commandé, il a soin de nous le dire dans le prologue, par ce Robert de Namur qui, entré au service
] . Mrinoirc sur le manuscrit d<' Kroissart d«' la ville (l'Amlf-nH «*t en [larliruliir »ur l<; rrcit de la liatailU- di- Crécy, jiar M. Hif;<)lli>t, dans le t. m des Mcmoiret de la sociétii des antiifuairet de l'icardie, ji. 133, CD noie.
INTRODUCTION. li
du roi son beau-frère depuis le siège de Calais en 1346;, combattait encore dans les rangs des Anglais à la clievaucliëe de Tourneliem en 1369. Qui s'étonnerait après cela que Froissart ayant vécu si longtemps dans un pareil milieu et resté soumis à la même influence nous ait donné presque toujom^s dans sa première rédaction la version anglaise des grands événements de cette période et entre autres du siège de Calais, des batailles de Crécy et de Poitiers ! Qui ne comprend que le peintre a pu sans parti pris faire prédominer la couleur anglaise dans ses tableaux ! Comme cette couleur se présentait seule sous sa palette, elle est venue pour ainsi dire d'ellemême s'empreindre sur la toile.
Mais après 1376 nous trouvons le curé des Estinnes, le poëte de Wenceslas, le chapelain du comte de Blois placé dans un tout autre milieu, soumis à des influences bien différentes. Wenceslas de Luxembourg, duc de Brabant, était fils de cet héroïque roi de Bohême qui avait voulu, quoique aveugle , se faire tuer à Crécy en combattant pom' la France. « Wenceslas, dit excellemment M. Pinchart, quoique d'origine allemande, avait reçu, comme ses prédécesseurs, une éducation toute fî^ançaise. Il introduisit au palais de Bruxelles bien des changements calqués sur la cour des rois de France qu'il avait souvent visitée : entre autres voyages qu'il y fit, Jeanne et lui furent présents au sacre de Charles V à Reims en 1364; ils avaient même pour ce prince une affection telle cjuils 'portèrent le deuil à sa mort^. »
1. Études sur C histoire des arts au moyen d^e, par Pinchart, p. 17 et 18-
La cour de Gui II de Châtillon était encore plus propre que celle de Wenceslas à dépayser les affections, les préventions de l'ancien clerc de la reine Philippe et à diminuer l'ascendant de ses souvenirs anglais. Chamjîenoise d'origine et chevaleresque entre toutes, l'illustre maison de Châtillon à laquelle appartenait Gui était vraiment deux fois française. Le père de Gui, Louis de Châtillon avait succombé à Crécy sous les coups des Anglais; et sa mère, Jeanne de Hainaut était la fille unique de Jean de Hainaut qui, rallié à la France, s'était tenu constamment aux côtés de Philippe de Valois dans la désastreuse journée du 26 août 1346. Gui lui-même avait été donné en otage au roi d'Angleterre à l'occasion de la mise en liberté du roi Jean; et pour se racheter il avait dû céder par un contrat passé à Londres le 15 juillet 1367 son comté de Soissons à Enguerrand, sire de Coucy. Fait plus tard chevalier pendant une croisade contre les païens de la Prusse, Gui s'était joint en 1370 aux ducs de Berry et d'Anjou et avait pris part en Guyenne à la guerre contre les Anglais; en 1382 enfin il commandait l'arrière-garde de l'armée française à Roosebecke. Ecrite certainement a[)rès 1376 et probablement de 1376 à la fin de 1383, époque où mourut Wenceslas et où Froissart l'ut altuclié définitivement au service de Gui de Blois, la seconde rédaction a été composée dans le miUeu, sous la double influence que nous venons d'indiquer; et si l'auteur ne l'a pas lait précéder d'une dédicace comme il en avait mis une dans le j^rologue de la première, ne serait-ce point parce qu'il lui répugnait de manifester une préférence entre deux puissants protecteurs dont il avait également à se louer et qui
INTRODUCTION. i.i„
avaient prodigué l'un et l'autre à son œu\Te leurs encouragements • ?
Toutefois, c'est la veine poétique du rimeur du Méliador que le romanesque Wenceslas semble avoir surtout favorisée et récompensée, tandis que Gui de Blois mieux inspiré encouragea avec une prédilection singulière le génie narratif et historique du chroniqueur. Une foule de passages de la seconde rédaction que l'on chercherait vainement dans la première trahissent la sympathie de Froissart pour la maison de Blois. Ainsi, dès les premières lignes du prologue des manuscrits d'Amiens et de Valenciennes, notre chroniqueur cite parmi les plus A^aillants chevaliers de France « messires Car /es de Blois * » dont il n'avait fait nulle mention dans la rédaction dédiée à Robert de Namur. Il dira plus loin en parlant de ce même Charles de Blois qu'il était « le mieux et le plus grandement enlinagiés en Franche et qui le plus y avoit de prochains de tous costés et de bons amis, » et l'on voit en comparant les deux rédactions que cette phrase a été ajoutée dans le récit composé après 1376.
Est-ce à dire que l'auteur des Chroniques soit allé jusqu'à altérer la vérité par dévouement pour une famille qu'il aimait? Ce serait ne pas rendre
1. Un extrait des comptes dii receveur de Binclie, publié par M. Pinchart, constate que, le 25 juillet 1382, le duc de Brabant fit don d'une somme de dix francs valant douze livres dix sous « à messire Jelian Froissard, curet de Lestinnez ou Mont, pour un l'ivre qii'il fist pour monseigneur. » Qui sait si ce li\Te n'e'tait pas un exemplaire de la seconde rédaction du premier li\Te?
2. Les mots : Caries de Blois que le copiste n'avait sans doute pas pu Jire ont été laissés en blanc dans le manuscrit d'Amiens , mais nous les avons restitués à l'aide du manuscrit de Valenciennes.
tiv CHROXIQUES DE J. FROISSART.
justice à l'inspiration vraiment large et chevaleresque qui a dicté les récits de Froissart : il a protesté d'avance contre une telle supposition. » [Qu'on ne dise pas que je aye eu la noble histoire] corrompue par la fa^ cm- que je aye eu au conte Gui de Blois qui le me fist faire et qui bien m'en a payé tant que je m'en contempte, pour ce qu'il fut nepveu et si prouchains que filz au conte Loys de Blois, frère germain à saint Charles de Blois qui, tant qu'il vesqui, fut duc de Bretaigne. Nennil wayement ! Car je n'en vueil parler fors que de la vérité et aler parmy le Irenchant, sans coulourer l'un ne l'autre. Et aussi le gentil sire et conte, qui l'istoire me fist mettre sus et ediffier, ne le voulsist point que je la feisse autrement que vraye'. » Il y a, si nous ne nous trompons, dans ces paroles plus et mieux qu'une simple affirmation, il y a l'accent profond de la sincérité.
Froissart ne prend le litre de prêtre que dans la seconde rédaction, et l'on sait par un compte du receveur de Binche qu'il était curé des Estinnes dès 1373; mais ce que personne n'a fait encore remarquer jusqu'à ce jour, c'est qu'un fief important situé aux Estinnes ou à Lestinnes*, suivant l'orthographe du (jualor/ième siècle, localité dont le nom s'est conservé dans les deux villages des Estinnes-au- Mont et des Estinnes-au-Val, appaileiiait, lorsque Froissart en fut curé, à Gui de Blois. En eflèt, nous voyons par un acte daté du fî novembre 1330' que
1. Mh. fie llcHiinroii , t. II, f" 333. Les premiers mots omis (l;ms le m», elc IJesanron ont M restitués A l'aide de» mss. de notre Bibliotltèqiic impériale, cpii appartieiiin'iil » la mi^me famille.
2. La forme I^rsliiiiies, (|iii pnrait /^tre une al)rrviali<m de les K.flinnc», e»t Hculc usitée dans \i-> dociiuiiiits du (pialor/.ième siiVIe.
3. Nou» devou» l'indicntiou détaillée <lc cet acte, conservé aux Ar-
INTRODUCTION. lv
Jean de Hainaut se dessaisit en faveur de Jeanne sa fille unique, à roccasion du mariage de celle-ci avec Louis de Châtillon, seigneur d'Avesnes, fils aîné du comte de Blois, de plusieurs parties de la terre de Chimay, et notamment « de tout chou entirement qu'il a à Lestinnes, ou tierroit et es appartenances. » Ov, Lestinnes dont il s'agit ici ne peut être que les Estinnes et non Lessines*, car la terre et seigneurie de Lessines avait été cédée depuis quelques mois seulement à Guillaume j comte de Hainaut, en faveur duquel Willaume de Mortagne, sire de Dossemer, ber ou baron de Flandre, s'était déshérité de la dite seigneurie au mois d'avril 1336^ On sait, d'un autre côté, qu'après la mort de Louis de Châtillon, frère aîné de Gui, en 1 372, la seigneurie de Chimay et ses dépendances échurent à ce dernier, déjà pourvu de la terre de Beaumont en vertu d'un acte de partage du 27 avril 1361 entre lui et ses deux frères, Louis et Jean'. Il faut donc prendre à la lettre les vers suivants du Buisson de Jonèce écrit en 1373 où Froissart énumérant ses protecteurs dit au sujet de Gui de Blois :
Et ossi mi signeur de Blois Loys, Jehan et Gui; des trois Moult acointés jà un tamps fui Et especiaument de Gui
chives du Nord, dans le fonds de la Chambre des Comptes, carton ^Ikk., à l'obligeance de MM. Desplanqiie, Mannier et Losfeld. Voyez Vlrtveritaire sommaire des archives du Nord, 1. 1, p. 130 et 131.
1. Lessines, Belgique, prov. Hainaut, arr. Thuin, chef-lieu de canton.
2. En vertu d'une transaction datée du 13 mai 1363, une rente de deux mille livres fut donnée par le comte de Hainaut à titre d'apports d'Elisabeth de Hainaut, mariée à Robert de Namur en IZbk; et cette rente fut constituée « sur les terres d'Estrew (EstreuxJ, de Chiè\Te et de Lessine. » Hist. gcnéai., par le P. Anselme, t. II, p. Ik8.
3. Histoire de la maison de C/iastilîon-sur-Marne, par André du Chesne, p. 166 et 167. Paris, 1621, in-fol.
Et encor le sut tous les jours ; Car dalès U gist mes séjours :
C'est li bons sires de Biaumont Qui m amonneste et me semont '.
On a dit que Froissart obtint le bénéfice des Eslinnes grâce à l'appui dévoué d'un de ses amis, Gérard d'Obies, prévôt de Binche, qui était en même temps le confident le plus intime du due Wenceslas*. Mais si la collation de ce bénéfice était réservée au chapitre de Caml^rai, Cxui, en sa qualité de seigneur de Cliimay et probablement de Lestinnes ou des Estinnes, devait avoir le droit de présentation : il est donc naturel de voir dans la nomination de Froissart à une cure alors importante le premier gage de cette faveur dont le comte Gui ne cessa de de l'entourer, et il ne faut pas s'étonner si la seconde rédaction où se révèle l'infiucnce toute française de la maison de Blois, a été composée pendant le séjour du chroniqueur aux Estinnes.
Cette influence est manifeste dans le récit des gi'andes affaires entre Français et Anglais telles que les journées de Crécy et de Poitiers. Dans sa premièie lédaction écrite immédiatement après son retour- d'Angleterre avec des matériaux recueillis en grande partie dans ce j)ays, dédiée en outre à Robert de Namur alors engagé dans le j)arti d'Edouard 111, Froissart avait raconti'? les mémoiables journc'cs des 20 août Ili'iG et 19 septembre \WA\ surtout d'aj)rès le témoignage des chevaliers anglais; il a j)ris soin d'en prévenir loyalement le lecteur. Mais lorsque
). Hil.l. imp., m», fr. 831, f^ 157 v".
2. /:/Mf/r iilléraire sur frulssarl, par M. Kcrvyn, t. I, p. 101.
INTRODUCTION. lvii
l'auteur des Chroniques entreprit et acheva la seconde rédaction, il vivait depuis longtemps, par ses relations avec Wenceslas et surtout avec Gui de Châtillon, dans un milieu essentiellement français. Comme nous le disions tout à l'heure, Jean de Bohème, père de Wenceslas , et Louis de Châtillon , père du comte de Blois, étaient morts tous les deux à Crécy pour les fleurs de lis; le grand-père maternel de Gui, Jean de Hainaut avait marché dans cette journée aux côtés du roi de France, et Froissart dans sa seconde rédaction rappelle à plusieurs reprises cette circonstance : « Et cils qui se tenoit che jour le plus prochains dou roy, c'estoit messires Jelians de Haynnau, car li dis roys l'avoit retenu dallez lui pom^ deviser et ordonner par son conseil en partie de ses ennemis \ » Et plus loin : « Adonc estoit dallez le roy messires Jehans de Haynnau^ » Une
fois curé des Estinnes, Froissart, invité à la table du duc de Brabant et du comte de Blois son seigneur, dut se trouver presque tous les jours en compagnie de chevaliers qui avaient combattu à Crécy sous la bannière de Jean de Bohême, de Louis de Châtillon ou de Jean de Hainaut, mais tous dans les rangs français ; il leur entendit raconter avec cette conviction chaleureuse propre aux témoins oculaires une version de la bataille à laquelle ils avaient assisté qui différait pour certains détails de sa première narration : *sans prendre garde à ces différences, il rapporta dans la seconde rédaction le récit des chevaliers du parti français avec la même fidélité qu'il avait reproduit dans la première le témoignage