M». d'Amiens, f" b
INTRODUCTION. lxv
ment à Jean le Bel. Froissart a supprimé seulement ce qui est relatif au viol de la comtesse par le roi d'Angleterre. Il est vrai que notre chroniqueur n'en nomme pas moins le chanoine de Liège dans la seconde rédaction, mais il ne le nomme que pour le critiquer et le redresser. D'ailleurs, par les détails tout nouveaux qui embellissent ici le récit primitif, notamment par la délicieuse partie d'échecs, Froissart a trouvé le moyen de surpasser un modèle qu'on eût pu croire inimitable : il peut donc cette fois évoquer le souvenir de son devancier sans que son originalité ait rien à soulfrir, sa gloire rien à redouter du parallèle. « .... voirs est que messire Jehans li Biaux maintient par ses cronickes que li roys englès assés villainement usa de ceste damme et eult, ce dist, ses vollentez si comme par forche : dont je vous di, se Dieux m'ait, que j'ai moult repairiet etconverssé en Engieterre , en l'ostel dou roy principaument et des grans seigneurs de celui pays, mes oncques je n'en oy parler en nul villain cas'. »
La conclusion à tirer de ces citations, c'est que si l'auteur des Chroniques mentionne plus souvent Jean le Bel dans la seconde rédaction, ce n'est point parce qu'il a plus d'obligations au chanoine de Liège dans cette rédaction que dans les autres, c'est, au contraire, parce qu'il y est plus original que dans la première, et se croit, par conséquent, plus en état de soutenir avantageusement la comparaison avec son devancier : on ne cite jamais si volontiers ses prédécesseurs et ses émules que lorsqu'on est sûr de le* avoir surpassés.