Ms. d'Amiens, f" 83 vo
Lxvi CHROMQUES DE J. FROISSART.
Du reste, Froissart avait marqué avec tant de force dans le prologue de la première rédaction, toute l'étendue de ses obligations envers Jean le Bel, qu'il a cru sans doute pouvoir se dispenser d'y revenir dans le cours de cette rédaction : « .... ]ev[ie\ue\\ fonder et or^o/zw^r sur les vraies chroniques jadis faites et rassemblées par veneralile homme et discret monseigneur Jehan le Bel, chanoine de Saint Lambert du Liège, qui grant cure et toute bonne diligence misten ceste matière et la continua tout son vivant au plus justement qu'il pot, et moult lui cousta à acquerre et à l'avoir. Mais quelque fraiz qu'il y eust ne fist, riens ne plaingnv, car il estoit riches et puissans, si les povoitbien porter, et de soy mesme larges, honnourables et courtois, et qui le sien voulentiers despendoit*. »
Combien est différent le langage que tient l'auteur des Chroniques dans la seconde rédaction! Au lieu du bel éloge qu'on vient de lire, c'est à peine s'il accorde ici à son prédécesseur une mention de deux lignes dont la sécheresse a quelque chose d'un peu dédaigneux : « Voirs est que messires Jehansli Biaux, jadis canonnes de Saint Lambert de Liège, en croniza à son temps auqune cose*. » Froissart fait ensuite ressortir avec une insistance marquée tout ce qu'il lui en a coûte'; pour donner à son œuvre un caractère original : « Or ay je che livre et ceste histoire aiti^niente par juste enqueslc que j'en ay fait en travaillant par le monde et en demandant as vaillans hommes, ciicvullers et escuyers, qui les ont aidiés à acrois- Irc, le vérité des avenues, et ossi à aucuns rois d'armes et leurs mareschaus, tant en Franche comme
INTRODUCTION. lxvii
en Engleterre où j'ay travillié apriès yaux pour avoir
la vérité de la matère moût de paine et de travail
en euch en pluiseurs mannierres ainchois que je ïeuisse compillé ne acompli^ tant que de le labeur de ma teste et de l'exil de mon co/y>j;mais touttes coses seacomplissent par plaisance et le bonne dilligence que on y a, ensi comme il apparra avant en cest livre. »