‹ Chroniques (volume 3)Chapitre 52 sur 94 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

1332 et 1333. préliminaires de la reprise des hostilités

ENTRE LES ANGLAIS ET LES ECOSSAIS ( §§ 49 et SO) .

Première et seconde rédaction. 1332. — Un an environ après l'expiration de la trêve conclue pour trois ans entre Edouard III et Robert Bruce , le roi d'Angleterre envoie des ambassadeurs auprès de David Bruce, fils et successeur de Robert, sommer ce prince de lui livrer Berwick et de reconnaître sa suzeraineté sur le royaume d'Ecosse. David Bruce, après avoir consulté sou conseil, répond aux envoyés d'Edouard III que les rois ses prédécesseurs n'ont jamais fait hommage aux rois d'Angleterre, et, quant à Berwick, que Robert Bruce son père, après l'avoir loyalement conquise, la lui a léguée comme légitime héritage, et qu'il est bien résolu à ne s'en point dessaisir. Le roi d'Ecosse ajoute qu'il a lieu d'être surpris de voir son beau-frère d'Angleterre, en qui il devrait trouver un défenseur, vouloir ainsi s'approprier injustement le bien d'autrui. Une telle réponse est loin de satisfaire Edouard III qui convoque à un parlement à Londres, pour déhbérer sur cette question, tous les barons, chevaliers et conseillers des bonnes villes de son royaume. P. 103 à lOo, 313.

Première rédaction. 1333. — Edouard III fait exposer de-

cLXVi CHRONIQUES DE J. FROISSART.

vant les représentants des trois Ordres la réponse négative rapportée par les ambassadeurs qu'il ^^e^t d'envoyer vers David Bruce. L'avis unanime du parlement est qu'il faut contraindre par la force des armes le roi d'Ecosse à faire hommage et à donner satisfaction au roi d'Angleterre, son légitime suzerain. P. 105-

et i06.

Edouard III, ravi de trouver ses gens aussi bien disposés, les invite à faire leurs préparatifs pour entrer en campagne et lem* donne rendez-vous, au jour fixé, à Newcastle. En même temps, il députe encore une fois des ambassadeurs auprès de son beaufrère pour le sommer de nouveau et ensuite pour le défier, si David Bruce persiste dans ses premières dispositions. P. 106 et 107.

Seconde rédaction. — 1333. Edouard III, quoique mécontent de la réponse faite à ses ambassadeurs par son beau-frère, est assez disposé à en rester là, mais ses conseillers ne lui épargnent aucune remontrance pour le pousser à la guerre. Us lui représentent surtout que les Ecossais ne cessent de menacer Newcastle, Brancepeth, Percy, Arcot et les autres châteaux voisins. P. 316 et 317.

Grandes fêtes et joutes magnifiques à Londi'es ; Jean de Ilaiuaut y vient assister en compagnie de douze chevaliers du continent. Le prix des chevaliers étrangers est décerné au sire de Fagnolles, et le prix des écuyers à Frank de Halle qui fut fait chevalier cette même année en Ecosse aux côtés du roi d'Angleterre. Ces fêtes et ces j(*ites, (jni durent huit join-s, allirent un grand concours de dames et de damoisclles. Après ces fêtes, Edouard III convoque un parlement. L'évêque de IJncoln y expose au imin du roi le rcfu.s fait par David Bruce de livrer la cité de Berwick, la forleresse de Roxburgh et de faire hommage pour s«»n royaume d'Ecosse. P. 317.

Le parleintMit cousultt- est unanime à dc'darcr que tous les torts soûl du côté- de David IJrucc. Il est évident, disent les ccmseillers anglais, que les rois d'Ecosse faisaient autrefois hommage à nos rois, car leur pays n'a jamais formé une province distincte : ce n'est qu'une enclav<î de la province d'York (|iii est un ai'chevêchc- d'Angleterre. De plus, ils fal)ri(|Ment Irins monnaies d'après nos iis.'iges et ordonnauees, ils ont les mêmes lois et les mêmes coutumes (pie les Anglais, et ils parlent la même langue. D'où il appert que le royaume d'Ecosse est iuk dépendance de Celui

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, g§ 49, 50. clxvii

d'Angleterre. Il convient d'envoyer une nouvelle ambassade à David Bruce, et, s'il s'obstine, de le délier et de lui déclarer la guerre. P. 318.

L'évêque de Durluim, les seigneurs de Percy, de Mowbray, de Felton sont chargés de cette ambassade. Edouard III ne s'en prépare pas moins à entrer en campagne et il fixe le rendez-vous général de son armée à Newcastle. Retour de Jean de Beaumont en Hainaut. P. 318 et 319.

Troisième rédaction. — Les Anglais n'aiment pas, n'ont jamais aimé et n'aimeront jamais les Ecossais : ils ont vu avec un profond déplaisir le mariage de la sœur de leur roi avec le jeune David Bruce; et quand la trêve conclue pour trois ans avec l'Ecosse est expirée, ils ne souffrent pas qu'on la renouvelle, car ils veulent avoir la guerre. Telle est la nature des Anglais : ils ne savent pas, ils ne peuvent pas, ils ne veulent pas rester longtemps sans guerroyer; ils demandent à se battre, peu leur importe sous quel prétexte, et ils n'ont que trop la passion et le génie des combats. Ils ne pardonnent pas aux Ecossais de leur avoir pris et d'avoir gardé Berwick, et c'est pour cela surtout que le comte de Kent s'est rendu naguère si impopulaire en consentant au mariage de la princesse [Jeanne] d'Angleterre avec le roi d'Ecosse. P. 311 et 312.

A l'expiration de la trêve, les Ecossais députent à T^ondres, pour renouveler cette trêve, une ambassade composée des évêques de Saint-Andrews et d'Aberdeen, de Robert de Vescy, d'Archibald' de Douglas, de Simon Fraser et d'Alexandre de Ramsay. Edouard III et la reine Plûlippe tenaient à cette époque leur cour, tantôt à Windsor, tantôt à Eltham. Les ambassadeurs d'Ecosse se rendent à Eltham où la cour se trouvait alors, désireux de conclure une longue trêve ou même un traité de paix, car c'en est fait de la puissance de l'Ecosse, depuis que Piobert Bruce, [Jacques] de Douglas et le comte de Murray sont morts. P. 312.

Edouard III fait aux seigneurs écossais l'accueil courtois qui est dû à des ambassadeurs de son beau- frère. Il leur promet de soumettre leur demande aux délibérations de son parlement, et d'user de toute son influence en faveur de la paix. Sur ce, les envoyés du roi d'Ecosse retournent à Londres. P. 312 et 313.

1. Ce prénom est encore porté aujourd'hui et s'est conservé dans l'onomastique française sous la forme Archambaud ou Arcliambauld ,

cLXviii CIIRO.MQUES DE J. FROISSART.

Le parlement est convoqué à Westminster, car rien ne peut ni ne doit se faire sans son concours. L'évêque de Saint-Andi'ews y porte la parole au nom du roi d'Ecosse. L'archevêque de Canterbury répond au nom du roi d'Angleterre en demandant du temps pour délibérer sur les propositions de DaAàd Bruce. Sur ces entrefaites, Edouard III s'en vient demeurer en son hôtel de Sheen sur la Tamise, à peu de distance de Westminster, et les Écossais passent plus d'un mois à Londres avant de pouvoir obtenir une réponse. P. 319 et 320.

La crainte de voir le jeune Edouard III s'amollir dans l'oisiveté comme son ])ère Edouard II jointe au désir de reprendre Bcrwick, Duiibar, Dalkeith, Edimbourg, Stirling et tout le pays jusqu'au détroit de Queensferry, détermine le parlement à refuser de renouveler les trêves et de conclure la paix avec l'Ecosse tant qu'elle n'aura pas restitué les dites villes à r.4ngleterre. Les envoyés de David Bruce quittent le j)alais de Westminster aussitôt qu'ils ont reçu cette réponse qui est une déclaration de guerre déguisée ; ils cheminent au long de Londres et viennent à Saint- Johu's-lano en Gracechurch où ils sont descendus, et de là ils retournent en Ecosse. P. 320.

Les plus sages entre les Ecossais disent en apprenant les nouvelles ap|)ortées à Edimbourg par l'évêque de Saint-, \ndrews : « Nous aurcms la guerre, et nous ne sommes pas jirêts. Cette fois-ci, les Anglais nous abattront, ou nous les abattrons euxmêmes. Notre roi est jeune, et aussi le leur. 11 faut qu'ils s'essayent. Il n'y a pas sous le soleil de peuple j)!iis orgueilleux et plus présomptueux que le peuple anglais. » Les jeunes chevaliers et écuyers d'Ecosse, au contraiie, qui aiment les armes et ont à cœur de s'avancer, sont au comble delà joie. P. 321.

ClUriTRE XIV.

COEBRK d'^.COSSE; CAMPAGNE DK 1333 : SIKGE KT PRISB DE REMVICK

(SS ^1 et 52).

Prcniirrc rrilaction. — Edouai'd II i vient avec le gros de son armée ù Newcastle )ù il reste quatre jours, attendant ceux de SCS gf-ns r|iii ne l'ont pas encore ivjoiiil. Le (|Malrirm<' joiu', il se dirige du côté de Bcrwick, <'n ti'avcrsaut les len'es des seigneurs

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 51, S2. clxix

de Percy et de Nevill, deux grands barons de Northumberland, qui, comme les seigneurs de Ross, de Lucy et de Mowbrav, font frontière aux Ecossais. P. 107.

Edouard III passe la Tweed qui sépare l'Angleterre de l'Ecosse et, sans s'arrêter devant Berwck, il ravage et incendie quantité de villes du plat pays entourées seulement de fossés et de palissades, il s'empare du fort château d'Edimbourg et y met garnison. Puis, il passe la seconde rivière d'Ecosse sous Stirling [le Forth]. Les Anglais courent tout le plat pays des environs et s'avancent jusqu'à Saint -Johnston (Perth) et Aberdeen. Ils brûlent et pillent Dunfermline ; l'abbaye seule est épargnée sur l'ordre exprès du roi. Ils poussent leurs incursions jusqu'à Dundee et Dumbarton où le roi et la reine d'Ecosse se sont réfugiés. Les Ecossais fuient devant les envahissem^s sans leur opposer de résistance et mettent leurs personnes et leurs biens en sûreté dans les forêts de Jedburgh impraticables pour quiconque ne connaît pas le pays. P. 107 et 108.

Le roi David Bruce et Guillaume de Douglas, neveu de [Jacques] de Douglas mort en Espagne, ont quinze ou seize ans; le comte de Murray est encore plus jeune : l'Ecosse, privée de ses plus braves et de ses plus habiles capitaines, est livrée sans défense aux attaques victorieuses des Anglais. P. 108.

Après avoir pris le château de Dalkeith, à cinq lieues d'Edimbourg, qui appartient au comte de Douglas, le roi d'Angleterre vient mettre le siège devant Berwick, cité bien fortifiée, située aux confins de l'Ecosse et du royaume de Northumberland, environnée d'un bras de mer et pourvue d'une bonne garnison. Ce n'est tous les jours, pendant la durée du siège, qu'assauts, butins, escarmouches et apertises d'armes. Les Ecossais font plusieurs fois des sorties, soit de jour, soit de nuit, pour réveiller et surprendre les assiégeants ; mais chaque fois ils ti^ouvent les Anglais prêts à les recevoir et ils sont repoussés après avoir essuyé des pertes plus ou moins graves. Les assiégés, menacés de famine, demandent et obtiennent une trêve d'un mois, promettant de se rendre si le roi d'Ecosse ne leur envoie aucun secours dans cet intervalle, Robert d'Artois, qui voudrait voir Edouard III tourner tout l'effort de ses armes contre la France, contribue beaucoup à décider le roi d'Angleterre à accorder cette trêve. P. 109 à 111.

Reddition de la ville et du château de Berwick. Les bourgeois

cLxx CHRONIQUES DE J. FROISSART.

se soumettent à Edouard III auquel ils prêtent serment de foi et honmiage. Le roi d" Angleterre fait son entrée solennelle à Berwick au son des trompes et des nacaires ; il quitte cette ville après V avoir séjourné quinze jours, y laissant une garnison de jeunes chevaliers et écuyers sous les ordres d'Edouard Baillol. A|)rès quoi, il donne congé à ses gens et retourne à Windsor. Robert d'Artois, qui l'accompagne partout, ne cesse de l'exhorter à faire valoir ses droits à la couronne de France. P. III et 112.

Seconde rédaction. — Edouard III, arrivé avec le gros de son armée à Newcastle, y reçoit la nouvelle que ses prétentions sont repoussées par les Ecossais ; il se met aussitôt en marche pour assiéger Berwick. Précédé de ses maréchaux, le comte de Suffolk et Thomas Wager, il va coucher à Arcot', château et ville qui appartient au seigneur de Percy : les Ecossais avaient pillé la ville sans pouvoir prendre le château. Le lendemain, le roi d'Angleterre vient dîner à Percy (Alnwick). P. 321 et 322.

L'armée anglaise ne compte pas moins de dix mille hommes à cheval et de vingt mille hommes à pied, archers et gallois, sans compter la ribaudaille. Siège de Berwick. Les machines et pierriers des assiégeants abattent les officines et même les combles des salles et des chambres, et bientôt il ne reste })lus aux assiégés que deux grosses tours où ils se réfugient. Les Ecossais demandent et obtiennent une trêve de quinze jours, promettant de se rendre et de vider le château, sauf leur vie et leurs biens, s'ils ne reçoivent pas de secours dans l'intervalle. En même temps, ils dépêchent un écuyer, chargé de réclamer ce secours, à Saint- Johnston fPerthi, une bonne ville située sur un bras de mer, où se tiennent alors auprès de leur roi et de leur reine le jeune comte de Murray, le jeune Guillaume de Douglas, neveu de [Jacques] de Douglas, Robort de Vcscy, Simon Fraser et une foule d'écuyers i-t d<> ba<:helicrs d'Erosso. Daviil Brure maixhe au secours de Berwick en |>assant par son château il'Kdiuibourg. Le lendeinuin de son départ de cette dernière ville, à une heure

1. F'Voissarl apjii'ih' cette iocaliti' Urcol. AiT(»t , «vcc l«'(|ue! nous idriitifioiis L'rcoi, rst un viHaj^c sitiK- riani le mi»1 du NoiiliUMilx-rland, au nord de Nrwcastic, à peu d»- distuiicr df raiiciriuif route dr \,uniJrPt à Kdimhourg, (|ui passait par Newcastle rt par l'i-rcy ou Alnwick. C<ftl<- id<Mitili( ation Hrruil à piii près sûre, s'il «'lait rlalili (pt'il y a\ait à Arcol un château au «piatoi /.ièine sièclir. il apjiarlieul aux .Havunts anglais de nous renseigner sur ce point.

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 51, 52. clxxi

d'après-midi, le roi d'Ecosse vient camper avec son armée près d'une grande abbaye de moines noirs (bénédictins), nommée au temps du roi Arthur la Noire Combe, à cause de sa situation dans une vallée et sur le bord d'une Noire * Rivière qui sépare l'Ecosse de l'Angleterre. Cette abbaye jouit du privilège d'immunité dans les guerres entre les deux pays en vertu de chartes et de bulles qui lui ont été conférées. Elle est située à neuf lieues anglaises de Roxburgh et à dix-huit de Rerwick. P. 329 et 330.

La nuit même qui suit leur arrivée près de cette abbaye, au coucher du soleil, le jeune Guillaume de Douglas, le jeune comte de Murray, Robert de Vescy et Simon Fraser partent avec quatre cents armures de fer pour réveiller les Anglais. Ils chevauchent à travers des landes désertes et arrivent vers minuit assez près de BerAnck, à une petite lieue de l'armée anglaise. Ils tombent à l'improviste sur leurs ennemis qui ont à peine le temps de se reconnaître, en tuent ou blessent plus de deux cents, en font prisonniers plus de quarante, puis ils regagnent sains et saufs le camp écossais en traversant les bois par ofi ils sont venus. P. 331 et 332.

Deux jours après cette escarmouche dont le succès l'enhardit, le roi d'Ecosse prend la résolution de joindre les Anglais. Son armée se compose d'environ seize mille hommes tous à cheval selon l'usage, les chevaliers et écuyers montés sur bons coursiers et gros roncins, les autres sur haquenées bien disposes et endurcies à la fatigue. Parvenus à deux lieues anglaises de Rerwick, les Ecossais se divisent en deux batailles : la plus petite bataille doit prendre les devants pour réveiller et escarmoucher les Anglais, tandis que la bataille la plus nombreuse formera la réserve en s' étendant sur les ailes, pour se porter où besoin sera. Les Anglais, avertis par leurs sentinelles, s'arment en toute hâte et conviennent de laisser l'ennemi s'avancer jusque dans leur camp, sans avoir l'air de se douter de rien et sans opposer tout d'abord aucune résistance. Les Ecossais, témoins de cette immobilité, soupçonnent quelque ruse, ils ne tardent pas à s'apercevoir que les Anglais se sont mis à l'abri d'une surprise. Ils se postent alors sur une petite montagne à côté d'un bois qui sert de pâtu-

1 . Ces mots de Noire Rivière désignent sans doute la Blackadder, un des affluents de la Tweed. L'abbaye de béne'dictins dont parle Froissant était peut-être l'un des deux monastères dont on voit encore aujourd'hui les ruines sur le Herril's Dykke près de Greenlaw.

cLxxii CriROMOUES DE J. FROISSART.

rage à leurs chevaux. L'escarpement de cette montagne en défend l'abord d'un cote, et les Ecossais, après avoir fortifié le seul côté par où elle reste accessible à l'aide de troncs d'arbres abattus, en font garder l'entrée par leurs maréchaux. P 333 et 334. Le roi d'Angleterre envoie un de ses hérauts offrir la bataille au roi d'Ecosse ou, à défaut de bataille, un combat partiel entre un nombre limité de chevaliers pris dans les deux armées. David Bruce, après avoir consulté son conseil, refuse d'accepter cette proposition. P. 334.

Un détachement, composé de cinq cents hommes d'armes au centre avec cinq cents archers sur chaque aile, va par l'ordre d'Edouard III escarmoucher les Ecossais, qui sont chauds et bf)uillants, pour les exciter et les décider à accepter la bataille. Les seigneurs de Willoughbv, de Bradeston, de la Ware, Edouard Spenser, fils du favori d'Edouard II, le seigneur de Greystock, Gautier de Mauny et Guillaume de Montagu, les deux frères d'armes, sont faits chevaliers à cette occasion de la main du roi d'Angleterre; mais l'escarmouche reste sans résultat, et l'on ne réussit pas à entraîner l'ennemi hors de ses positions. P. 335.

Les Ecossais veulent jirendre leur revanche en réveillant vers minuit les Anglais, ils sont repoussés à leur tour. Ils voient bien qu'ils ne sont pas de force à engager la lutte contre un ennemi très-supérieur en nombre, ils aiment mieux perdre Berwick que de tenter l'aventure, et ils effectuent leur retraite i)endant la nuit. Le loiidcniain matin , les Anglais s'aperçoivent que les Ecossais ont d('camp('. Depuis la veille, la trêve accordée aux habitants de Berwick est expirée. Edouard III envoie quatre chevaliers sommer les assiégés de tenir leur parole. Les clefs de Berwick sont apportées au roi d'Angleterre, qui fait son entrée dans la ville et le cliàtcau le 7 juiilot 1333. P. 33(5.

Truisirinf rvdaclion. Vers la Saint .lean-Maplisle [1333J, le l'ni et la reine d'Angleterre viennent à York chasser aux cerfs, daims et chevreuils. Le rendez-vous général de l'année qui doit marcher contre l'Ecosse est lixé* pour le I"a<)i1t. D'Yoï-k Edouard III se rend à Durliain, puis à \('H(astl(' oi'i il attend les lutintius d'armes des lointaines marches (|ui ne l'ont pas encore rejoint. P. 322. A cette noMvell(.-, les Kcossais s'empresscnl di- nx-ltre leurs villes et cliAtoaux en état de dc'fense, surtout la cit*'- de Berwick dont la garnison a pour capitaine Alexandre de ilamsay. David Bruce et la reine sa femme se tiennent en la marche d'Edimbrjurg. Les

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 51, o2. clxxiii

Ecossais, qui ne se sentent pas en force |)oiu' soutenir une lutte ouverte contre les Anglais, se décident à faire une guerre de partisans. P. 322.

Sur ces entrefaites, Robert d'Artois, traqué de tous côtés par le roi de France, vient implorer l'appui du roi d'Angleterre qui l'accueille avec bienveillance comme son proche parent. P. 323.

Edouard III, après avoir passé douze jours à Newcastle où il réunit sous ses ordres six mille hommes d'armes, chevaliers et écujers, et cinquante mille archers, passe la Tyne sur le pont de cette ville, et, prenant la direction, non de Rerwick, mais de Roxburgh, il arrive à Alnwich dans la terre du seigneur de Percy. P. 323.

A Alnwich, un héraut d'Ecosse nommé Dundee sollicite et obtient du roi d'Angleterre des lettres de sauf-conduit pour sept ambassadeurs envoyés par David Rruce, deux prélats et cinq chevaliers. Ces ambassadeurs partent de Moreham et viennent trouver le beau-frère de lem' roi à Alnwich. Edouard III leur souhaite la bienvenue dans sa propre langue qui diffère très-peu de la langue écossaise. P. 323 et 324.

Ces sept ambassadeurs sont les évêques de Saint-Andrews et d'Aberdeen, le frère de [Jacques] de Douglas qui porta le cœur de Robert Bruce en Grenade où il mourut, Archibald de Douglas son fils, le comte de Carrick, Robert de Vescy et Simon Fraser. L'évêque de Saint-Andrews prie le roi d'Angleterre, au nom des liens d'étroite parenté qui l'unissent au roi d'Ecosse, son beaufrère, de vouloir bien nommer quatre prélats et autant de barons de son royaume chargés de s'entendre avec un égal nombre de prélats et de barons écossais pour renouveler les trêves et conclure une paix durable. P. 324 et 32 o.

Edouard III consulte son conseil. Renaud de Cobham, père du chevalier du même nom qui se rendit depuis si fameux par ses prouesses, conseille de n'accorder la paix aux Ecossais qu'à deux conditions. La première est la prestation de l'hommage dû par David Bruce au roi d'Angleterre pour tout le royaume d'Ecosse, excepté certaines îles situées du côté de l'Irlande et de la TVorvége, dites les Sauvages Escos, dont le seigneur a nom Jean des Adultilles* et n'est tributaire que du roi d'Ecosse. La seconde

1. Peut-être Jean des Atliol-iles ou Jeand'Athol, suivant une conjecture un peu hardie, mais ingénieuse, de Buchon.

cLxxiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.

condition est la reddition de Berwick et de tout le pays jusqu'à la mer d'Ecosse. P. 32o.

Les ambassadeurs écossais, à la demande desquels Renaud de Cobham est chargé de répondre , déclarent qu'ils ne peuvent prendre sur eux d'accepter de pareilles conditions. P. 326.

Ils quittent Alnwich et retournent vers le roi d'Ecosse auquel ils transmettent la réponse hautaine et orgueilleuse des Anglais. Ils font remarquer que le roi d'Angleterre n'a nulle puissance en toutes ces choses et que c'est le peuple anglais lui-même qui prend fait et cause pour la revendication d'hommage et le recours à la force; ils ont bien vu que, quand même Edouard III voudrait renoncer à cette revendication , ses gens n'y consentiraient pas. La guerre est inévital)le : il ne reste plus qu'à s'y préparer. P. 327.

Le roi d'Angleterre quitte Alnwich à la tête de cent mille chevaux, y compris les sommiers qui portent les provisions et les bagages. Les Anglais prennent le chemin de Roxburgh et de Mclrose. Mclrose est une abbaye de Saint-Benoît, située sur une petite rivière qui sépare l'Ecosse de l'Angleterre. Us laissent pour le moment Berwick à leur droite sans s'y arrêter et passent outre, car ils ne cherchent que la bataille et ils veulent voir s'ils trouveront à qui parler. Ils portent le ravage et l'incendie [)ar tout le plat pays d'Ecosse. P. 327.

Il y a très-peu de villes fortifiées en Ecosse ; en revanche, les châteaux y abondent, quoiqu'ils soient dix fois moins nombreux qu'en Angleterre. Les Ecossais ont pour principe , dans leurs guerres contre les Anglais, de .se tenir en rase campagne. Les seigneurs eux-mêmes ne s'enferment point dans leurs châteaux ; ils disent qu'un chevalier, dès lors qu'il est ainsi enfermé, cesse de valoir plus que le premier venu. Les envahis.seurs, contre leur attente, ne trouvent pas à Edimbourg , (|ui est le Paris de l'Ecosse, le roi David Bruce ; celui-ci s'est retire avec la reine sa femme dans la partie la plus sauvage de son royaume. Ainsi ont fait les chevaliers et é(;u\ers du pays dont les meubles, les objets précieux et l'immense bi'-tail ont été mis en sûreté dans les inaccessibles forêts de Jedbiirgh'. I*. 328.

1. L'ancien nuin de Jiilliurfjli est Jrdweorlli ini .ledwnrth. Ou voit oncore Hiir le» hordft de la Jed, rivière qui n doniii' 8(tn nom « Jedliiirgli, «les f^idltes i"i Iroi'* ('(iiii|i;irtiniei)lH i|ir«)ti suppose .Mvoir servi dc rcfugi- iiu\ liiil)it;iiilit du p-iys diiriiiil 1rs iiivanions tie:* Anf^lai^i,

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 51, S2. clxxv

Edouard III fait son entrée dans Edimbourg, ville grande, plantureuse et dépourvue de fortifications. II va se loger à l'abbaye de Sainte-Croix. Prise du cbâteau d'Edimbourg après quinze jours de siège. Prise de Dalkeitb, château des Douglas, situé à cinq petites lieues d'Edimbourg. Les Anglais ravagent et brûlent toute l'Ecosse jusqu'à Saint-Johnston (Perth.) P. 328.

Le roi d'Angleterre occupe une belle petite ville qu'on appelle Dunfermline. Il y a dans cette ville une abbaye de moines noirs (bénédictins) qui est très-grande et belle ; cette abbaye contient les sépultures de la plupart des rois d'Ecosse. Les Anglais mettent le feu à la ville, mais Edouard III leur défend de toucher à l'abbaye où il est logé. Le roi, voyant que la mauvaise saison s'approche , se dispose à retourner en Angleterre ; il suit un autre chemin que celui par lequel il est venu en Ecosse. II côtoie le rivage de la mer, car il veut aller mettre le siège devant Berwick. C'est en vain que sur la route il essaye de prendre Dunbar ; cette ville maritime résiste pendant cinq jours à tous les assauts des Anglais. P. '^29.

Edouard III assiège Berwick dont la garnison a pour capitaine Alexandre de Ramsay. Les Anglais posent leur camp le long de la Tweed , rivière qui se jette dans la mer sous Berwck ; il s'y trouve un port par où ils reçoivent des approvisionnements. Le pays des environs est fertile et bien pourvu de toute sorte de grains et de fourrages ; et l'on y trouve du gibier et des volailles en abondance. Le roi d'Angleterre s'y livre au pkùsir de la chasse avec ses chiens et ses oiseaux; et pendant qu'il prend ainsi ses ébats, le comte de Northampton, connétable d'Angleterre, surveille l'ennemi à la tête de cinq cents lances et de mille archers. P. 337.

Certes, ce n'est pas du temps de Robert Bruce ni de [Jacques] de Douglas mort en Grenade, ni de Jean de Murray, que le roi d'Angleterre eût ainsi osé prendre ses ébats en Ecosse avec ses chiens et ses oiseaux. Mais les Ecossais commencent à redouter Edouard III et disent qu'il a la mine et les allures d'un brave. Les Anglais excitent et entretiennent la bravoure de leur roi , et ils font bien, car qui veut tenir terre et régir peuple doit être de hardies et grandes emprises. Les Ecossais conviennent entr'eux que le roi d'Angleterre, beau-frère de David Bruce, est tenu de faire en toutes choses les volontés du peuple anglais , sous peine d'avoir le sort de son père Edouard II, P. 337 et 338.

cLxxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Cette opinion des Écossais est partagée par tous ceux qui connaissent le caractère des Anglais, car il n'y a pas sous le soleil de peuple plus difficile à gouverner et plus révolutionnaire : ils sont de bonne compagnie et ils ont de beaux dehors ; mais il ne faut pas trop s'y fier, si l'on est sage. P. 338.

Alexandre de Ranisay, capitaine de Berwick, craignant de se voir bientôt contraint de livrer cette ville aux Anglais, sollicite et obtient des assiégeants une trêve de quinze jours ; il promet de se rendre s'il ne reçoit pas de secours dans cet intervalle. En même temps, il fait demander des renforts à David Bruce par deux chevaliers qu'il expédie à Aberdeen où se tient alors le roi d'Ecosse. Da\'id Bruce répond qu'il est dans l'impossibilité de secourir Berwick. Ce que voyant, Alexandre de Ramsay prend le parti de se rendre. Edouard III fait son entrée en grande pompe dans la ville et le château de Berwick et il y tient sa cour en compagnie de la reine Philippe alors enceinte. Il établit garnison dans le château dont il confie la gaide au seigneur de Pcrcy. Puis il revient à -NeMcastle dont il fait le seigneur de Nevill capit.iine, et il va passer deux jours au château de Brancepeth qui appartieut au seigneur de Percy ' . Robert d'Artois acconi[)agne partout le roi et la reine d'Angleterre qui, après s'être arrêtés trois jours à Durhani, arrivent à York où ils restent jusqu'à la Pâque de l'année suivante [1334]. P. 338 à 341.

CIIAIMTRI:: XV.

cuEunE d'kcosse; campagnes de 1334 a 1336 : siège et phisb de

ROXBURGH,DE PALREITH ET Olî STIRLI.VG. (5^3-)

Pn'mirre rrdnctinn. — (luillaiiinc de Monlagu et Gautier do M.uju), chargés de gartler la frimlièro d'AugIflorrc du côté de l'Ecosse, se couvrent «le gloire. Gnillatnne de Montagu fait de Rrtxburgh, (pii u'clait auparavant <|u'unc bastille, une fortcres.sc de premier ordre. Édouaid III le crée comte de Salisbury en récompense de ses services et lui procure le mariage le plus bril-

1 . FI y a lieu «le croire i\w Kroissarl ajoute ici une confusion de iinin aux anire» emiirH «lonl ce rëcit abonde : Brancrpelli , |)rès «le Dnrhaia, M-nihle avoir toujonr» appart» nu au\ N«\ill. non aux Perey.

SO^DIAIRE DU PREMIER LIVRE, § 53. clxxvii

lant. Gautier de Mauny, de son côté, est fait chevalier et devient un des conseillers intimes du roi d'Angleterre. Ces deux chevaliers sont en butte aux incursions continuelles des ennemis réfugiés dans les forêts marécageuses de la sauvage Ecosse, et Guillaume de Montagu perd un œil dans une de ces escarmouches, P. 112 et M3.

1306. C'est aussi dans ces marais et ces forêts que Robert Bruce, père de David, avait jadis cherché un refuge lorsqu'il avait été contraint de fuir devant les armes victorieuses d'Edouard I ; et c'est de là qu'il s'était élancé pour reconquérir par cinq fois sou royaume. P. 113 et 114.

1307. Edouard I, à la nouvelle de l'un de ces retours offensifs, s'était mis en marche pour combattre le roi d'Ecosse ; mais il avait été surpris par la mort à Berwick. Avant de mourir, il fit appeler en présence de toute sa cour son fils aîné qui lui succéda sous le nom d'Edouard II et lui fit jurer sur des reliques que, sitôt qu'il serait mort, on mettrait son corps à bouillir dans une chaudière jusqu'à ce qu'il ne restât que les os ; et, toutes les fois que son fils irait en guerre contre les Ecossais, il devrait emporter ces os : tant qu'il les aurait avec lui , il battrait toujours ses ennemis. Edouard II ne tint pas la promesse qu'il avait Alite à son père : aussi fut-il défait à Stirling et dans une foule d'autres rencontres. P. 114.

Seconde rédaction. — Après la prise de Berwick, Edouard III va mettre le siège devant le château de Roxburgh, situé à douze lieues de là aux confms de l'Angleterre et de l'Ecosse ; la garnison de ce château a pour capitaine un écuyer écossais nommé Alexandre de Ramsay. P. 341.

Pendant ce temps, l'armée écossaise , qui s'est retirée devant l'armée anglaise, prend position sur luie petite rivière appelée dans le pays la £oée^.Lk, on décide que le jeune roi d'Ecosse se mettra en sûreté dans Dumbarton, un très-fort château de la sauvage Ecosse, tandis que Guillaume de Douglas , les comtes de Murray et de Sutherland, Robert de Vescy et Simon Fraser met-

1. Peut-être, puisque Froissart avertit qu'il donne le nom local, la Wfiite ou la Blanche, aujourd'hui JFliiteadder , petite rivière situe'e au N. O. de Berwick, qui, après avoir fait sa jonction avec la Blackadder, vient se jeter dans la Tweed. Froissart a dû écrire le nom de cette rivière , tel qu'il l'a entendu prononcer par les habitants du pays : roée ou Boée, f^etlie ou Belhe.

cLXXvin CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Iront à profit les retraites impénétrables des forêts de Jedburgh pour faire aux Anglais une guerre de partisans. Les Ecossais se contentent de mettre des garnisons à Edimbourg, à Saint-Johnston (Perth), à Aberdeen, à Dundee, à Dalkeith, à Sa int- Andrews ; et, après avoir ravagé eux-mêmes le plat pays pour n'y rien laisser à prendre aux envahisseurs, ils se retirent dans les profondeurs inaccessibles de leui's forêts. P. 342.

Le siège du château de Roxburgh est signalé par un combat singulier entre Alexandre de Ramsay, capitaine du dit château et Guillaume de Montagu , gentilhomme anglais fait nouvellement chevalier. Cet exploit d'armes n'est point consigné dans les Chroniques de Jean le Bel, mais il fut raconté à Froissart par les seigneurs du pays pendant son voyage en Ecosse. Guillaume de Montagu propose ce combat singulier, et, pour être plus sûr de le faire agréer, il promet de se racheter au prix de mille nobles si Alexandre de Ramsay est vainqueur. Le capitaine de Roxburgh accepte la proposition. P. 343.

Le roi d'Angleterre accorde à cette occasion une trêve à la garnison de Roxburgh pendant tout le jour que le combat doit avoir lieu et le lendemain jusqu'à soleil levant. Ce combat singulier se livre en plaine, à peu de distance du château, en présence d'Edouard III et des gens d'armes tant anglais qu'écossais. Les deux champions, monti's sur leurs clievaux, après avoir rompu d'ab(;rd leurs glaives, puis leurs épées, en échangeant des coups, finissent par se j)rendre à bras le corps, sans parvenir à se désarçonner l'im l'autre. Ce que voyant, le roi d'Angleterre fidt cesser le combat. P. 344.

La garnison de Roxbtii'gh se rend , après avoir soutenu un siège qui dure depuis l'ciitn'e d'août jus(|u'à la Toussaint. Les gens d'armes qui composent cette gai-nison, libres d'aller où bon leur semblt.', se retirent , les uns à Dumbarton , les autres dans les forêts de Jedburgh avec Guillaume de Douglas, le comte de Murray et autres chevaliers d'Éco.ssc qui réveillent et harcèlent les Anglais. I'. 34.').

Après avoir passé huit jours à Iloxbiu'gh et y avoir fêté la Toussaint, Edouard lli clu.'vaurhe vers Edinilxturg, très-beau château et fort situé près de la mer au sommet tl'un rocher d'où l'on df'couvrc tout le pays environnant. Ix's maré-chaux de l'arraée anglaise font des incursions par tout le comté de Màrcli et lo long (In rivage de la mer, au sud, jusqu'à Dinihar ol Ramsay,

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, g 53. clxxix

au nord, jusqu'à Saint-Andrews ; ils pillent et brûlent la ville de Queensferry sur le détroit de ce nom et ils viennent attaquer Dunfermline. Le comte de SufFolk, Edouard Spenser, Thomas Biset et Eudes de Pontchardon sont blesses au sie'ge de cette ville qui, grâce au seigneur de Lindsay, résiste à tous les assauts des Anglais. Les maréchaux , ainsi repoussés de Dunfermline , vont rejoindre Edouard III qui a mis le siège devant Dalkeith, un château des Douglas, situé à cinq lieues d'Edimbourg. P. 34o et 346.

Ce château de Dalkeith n'est pas très-grand, mais il est bien aménagé et il a une grosse tour carrée et voûtée à l'épreuve des machines ; il est bâti sur un petit rocher à pic entouré d'une rivière [Esk] qui ne devient un peu forte que quand il tombe des pluies en abondance. La garnison de Dalkeith se compose de trente-six compagnons dont le capitaine, nommé Patinck d'Oi'kney, s'arme d'argent à trois clefs de sable. P. 346.

Le siège de Dalkeith dure tout l'hiver. Au printemps, une ruse de guerre livre ce château aux Anglais. Les comtes de Lancastre, de Pembroke, de Hereford, de Warwick, les seigneurs de Percy, de Greystock , de Nevill et de Felton s'avisent de faire endosser leurs armures à huit de leurs valets et de les envoyer à l'assaut ; et pendant que les assiégés, qui ont fait une sortie, sont occupés à repousser ces valets, les chevaliers anglais, auteurs du stratagème, pénètrent dans le château par le pont-levis qui reste abaissé et se rendent ainsi maîtres de Dalkeith. P. 346 et 347.

Après la prise de Dalkeith, Edouard III attaque le château d'Edimbourg. Il se loge dans une abbaye de moines noirs (bénédictins) voisine de la ville et à laquelle les Ecossais ont mis le feu, afin que l'ennemi ne puisse s'en servir. Edimbourg résiste aux efforts et aux machines des assiégeants, mais le pays des environs a été tellement dévasté, soit par les habitants, soit par les envahisseurs, que les Anglais sont réduits à faire venir leurs vivres d'Angleterre, par mer. P. 348.

Le roi d'Angleterre va mettre alors le siège devant Stirling. Stirling est un beau et fort château assis au sommet d'un rocher escarpé de tous côtés sauf un seul, à vingt lieues d'Edimbourg, à douze de Dunfermline, à trente de Saint-Johnston (Perth). Cette forteresse était appelée Smandon au temps du roi Arthur ; et c'est là que se réunissaient les chevaUers de la Table- Ronde, ainsi qu'il fut dit à Froissart sur les lieux mêmes, lorsqu'il alla passer trois jours au château de Stirling en compagnie du

cLxxx CHRONIQUES DE J. FROISS-AilT.

roi David d'Ecosse. A l'époque de ce voyage, le château de Stirling appartenait à Robert de Vescy qui avait aidé à le reprendre aux Anglais. P. 348 et 349.

Le siège de Stirling est poussé avec vigueur malgré les conseils de Robert d'Artois qui ne cesse de dire à Edouard III : (i Laissez ce pauvre pays; que le feu d'enfer le brûle, et ne songez qu'à revendiquer le trône de France, votre légitime héritage ! » Pendant ce temps, la reine Philippe, qui réside à York, met au monde un fils qui reçoit le nom d'Edouard comme son père et son parrain Edouard Baillol. C'est ce fils qui dev"int depuis si fameux sous le titre de prince de Galles*, mais il mourut du vivant de son père, comme on le verra ci-après. P. 349.

La garnison de Stii'ling demande et obtient une trêve de quinze jours pendant lesquels elle attend en vain des renforts; elle rend le château à l'expiration de cette trêve. P. 349 et 330.

Après la reddition de Stirling, Robert d'Artois exhorte plus que jamais le roi d'Angleterre à revendiquer le trùne de France. Les comtes de Lancastre, de March, de Suffolk, de Hereford, de Warwick et le seigneur de Percy conseillent à Edouard III de se rendre à Londres et de soumettre la question, soulevée par Robert d'Artois, aux délibérations du parlement. Avant de quitter l'Ecosse, le roi d'Angleterre met de bonnes garnisons à Berwick, à Dalkeith, à Roxburgh, à Dundee, à Jslrebourch^ à la bastide de March, au fort Saint-Pierre, à Edimbourg et ;i Stirling; en même temps, il place tout le pays conquis sous le commandement ei sous la garde de Guillaume de Montagu et de Gautier de Mauny. Apres quoi, il congédie ses barons à Roxburgh, en leur assignant rendez-vous à un parlement qui doit se réunir prochainement à Londres. Puis il va rejoindre la reine sa femme à York, en passant par Arcot. Percy (Alnwich), .Newcastle-on-Tyne et Diu-liam. De retour à Londres, il fait célébrer aux Augustins de cette ville un office solennel pour l'âme de Jean d'Eltham son frère, ré-

1. Oii.iiqiir la rrctifiration drs orroiirs liisloiif|iiPS do Ftois'înrt doive Tnirc rolijci rrunc i>ul)lic.'iti(iii six'riair, lu iii('|irisc cniiitiiisc ici est trllrmrnl groMirrp qu'il rst impossihlc- d«' ne In pas rrlever. Notre rlironlr|ii(-iir paraii avoir ronfoiuiii dans ce passade la naissance d'I'.douard, (M-|Miis prince de (iallcs, rpii eut lini le 16 juin 1330. a\ec r<'!le de (iuiilautne, que la reine Philippe mit au monde à Ilatlîeld en 1336, pen<lai)t la gui-ne fl'F.rosse.

SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 54, 5d. clxxxi

cemment mort, et il tient sa cour tantôt à Westminster, tantôt à Sheen, tantôt à Eltham. P. 3S0 et 3S1 .

Les Ecossais profitent du départ d'Edouard III pour faire aux gens d'armes anglais qu'il a laissés dans le pays conquis une guerre de partisans. Les chevaliers des deux royaumes se livrent des escarmouches dont l'honneur revient principalement, du côté des Écossais, à Guillaume de Douglas, à Robert de Vescy, au comte de Murray, à Simon Fraser, et, du côté des Anglais, à Gautier de Mauny et à Guillaume de Montagu. Ce dernier devint dans la suite comte de Salisbury par son mariage avec Alix, héritière de ce comté, qui dans sa jeunesse avait fait partie de la maison de Philippe, reine d'Angleterre. P. 351 et 352.

Page 1