CHAPITRE XXII
4337. VICTOIRE DE CADSAND REMPORTÉE PAR LES ANGLAIS SUR LES FLAMANDS (§§ 61 à 64).
Deux cents chevaliers ou écuyers et quatre ou cinq mille combattants vont, par l'ordre du comte de Flandre, occuper l'île de Cadsand'^ d'où ils capturent les navires et infestent les côtes d'Angleterre. Cette garnison de Cadsand tient à sa discrétion l'entrée du port de l'Ecluse et intercepte les communications entre l'Angleterre et la Flandre. Elle rend impossible toute exportation de laines anglaises sur le continent, ce dont l'industrie flamande souffre beaucoup, et spécialement la draperie. La situation devient
1. Philippe de Valois, ayant vu ses propositions d'alliance repoussées par les Flamands, fit défense d'exporter hors du royaume « vivres, armeures ne quelconques autres choses des quelles no/, ancmis pourroient estre confortez, par les hailliages d'Amiens, de Vermendois, de Vitry et de Chaumont. o Le 22 janvier 1340, une enquête fut ordonnée contre Jehan de Kie\Tesis et Jehan de Tiergeville, députés à la garde des dits bailliages et accusés « d'avoir laissé [)asser par corruption, faveurs ou negligance, vins, blés et autres choses hors de nostre royaume, les quèies choses nous desplaisent moult forment. » (Arch. de l'Empire, JJ 72, p. 285, f" 207.)
2. Ile située entre la ville de l'Écluse et l'ile de Walcheren en Zélande.
ccxiv CHROMQUES DE J. FROISSART.
bientôt intolérable et soulève des plaintes par toute la Flandre. Jacques d'Arteveld et les Gantois, alliés du roi d'Angleterre, s'associent de grand cœur au mécontentement des villes de l'Écluse, de Damme, de Bruges, du Franc de Bruges, d'Ypres , de Courtrai ; et l'habile Jacques d'Arteveld, heureux de trouver une occasion d'entraîner les habitants de ces villes dans le parti anglais, presse Edouard III de venir au secours des Flamands et de les déli\Ter de la piraterie des gens d'armes à la solde de Louis de Nevers. Cet appel est entendu , et un corps d'armée de cinq ou six cents lances et de deux mille archers est envoyé contre la garnison de Cadsand sous les ordres du comte de Derby'. Les principaux seigneurs qui prennent part à cette expédition sont le comte de Suffolk, le sire de Berkeley , Guillaume Fitz-Waren, Louis et Roger de Beauchamp, Renaud de Cobham , Richard de Stafford, Gautier de Mauny nouvellement revenu d'Ecosse et fait conseiller du roi en récompense de ses services. Les Anglais s'embarquent sur la Tamise; et après deux sUitions à Gravesend et ù Margate, ils viennent jeter l'ancre de nuit devant Cadsand, la veille de la Saint-Martin d'iùver (10 novembre) 1337. P. 132 à 135, 398 à 400, 407 à 409.
Les gens d'armes de Cadsand reconnaissent les Anglais aux léopards des bannières qui flottent sur les navires. La garnison de l'île se compose d'environ cinq mille hommes choisis entre les plus braves. Gui, bâtard de Flandre, frère du comte Louis, Jean dit le duckere (seigneur), de llalluin, Jean de Rhode, Gilles de Le Trief, Simon et Jean de Brigdamme, Pierre d'Englemousticr, Pierre d'Ypres, Louis Vilain, Baudouin Barnage , Robert Maréchal, Arnoul de Vorst combattent à la tête des chevaliers flamands, ils se rangent en ordre de bataille sur le rivage pour s'opposer au tli-barcjnemont des Anglais. Ils font très-bonne contenance et df'ploii.iit tin grand courage; mais leurs arbalétriers ne peuvent riposter an tir bcaucouj) plus rapide des archers d'Angleterre (jui lancent sur l'ennemi, de l'avant de leurs navires, une grêle de flèches. Les assaillants réussissent à prendre terre à la suite d'une lutte acharnée, et alors on en vient à combattre
1. L'ini|)<irt.'iiil<- .isscniMi'e de; j,'cii8 d'armes qui jul lieu à Boiilogiiesur-Mcr a l;t fin «l'ocloliic 1337, fut siiiis (Iciiilc |)r(>\(>(|i)<'e par rc\|)i'dilioii anglaise dirigée conUe Cudsaiul. Ue Caiiijis, puilef. b3, f" iJU \-«à 217.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 63-67. ccxv
corps à corps et à se disputer le terrain pied à pied . Après quatre heures de résistance , les Flamands sont mis en pleine déroute ; ils perdent environ trois mille desleui's, dontime douzaine de chevaliers et une trentaine d'écuyers de Flandre ou d'Artois; le duckere de Halluin*, Jean de Rhode, les deux frères de Brigdamme et Gilles de Le Trief restent parmi les morts. Les Anglais mettent le feu à la ville , et l'île tout entière est livrée au pillage, à la grande satisfaction des habitants de Bruges , de Damme et de l'Ecluse. Gui de Flandre, fait prisonnier, est amené à Londres où, séduit par les offres d'Edouard III , il passe cette année même dans le parti anglais. Henri de Lancastre le Jeune, comte de Derby, cousin germain du roi, inaugirre dignement par cette victoh'e sa nouvelle chevalerie, et Gautier de Mauny se signale aux. côtés de ce prince par des prodiges de valeur. P. 135 à 138, 409 à 411.