‹ Chroniques (volume 5)Chapitre 34 sur 91 · En Navarre · texte numérisé non relu

En Navarre

3. C'est dans le courant de 1378, sans doute en mai (Kervyn, t. XXIII, p. 445), que le duc de Bretagne dut passer en Flandre, après l'expédition dont il est parlé plus haut, p. xi.iii, note 1.

4. Parmi les chevaliers que Froissart ne nomme pas, il faut citer Philippe et Pierre de Courtenai, Thomas de Percy, ce dernier retenu depuis le 30 janvier 1378 {Rec. Off., Issue Rolls, \ Ridi. 11^ m. 20; Ihid.y Queens Rem., Mise, A'avy ^) et Buckingham, qui emmenait 500 hommes d'armes et 50 archers [llnd., Treus. of the Rec, Mise. ^, n° 126). La flotte quitte l'ile de Wight, le 17 juin (lùid., Lord Treas. Rem., For. Âcc. 4, m. 38 r").

5. C'est sans doute pendant cette exjjédition, au commencement de juillet, que le comte Richard d'Aroiulel et Pierre de Courtenai subirent en mer la défaite sanglante a laquelle fait allusion le marquis Terrier de Loray [Jean de f'ieitne^ p. 125-127).

IX — d

ëtait à Harfleur^ Les Anglais continuent à naviguer vers la Bretagne jusqu'à Saint-Malo, où ils prennent terrée Le capitaine de la ville, un Breton du nom de Morfouace% s'apprête à soutenir le siège, avec l'aide de deux cents hommes d'armes que lui amenèrent le vicomte de la Bellière, Henri de Malestroit et le seigneur de Combourg. P. 70 à 72, 306.

Jean d'Arondel, apprenant que la mer est libre, part de Southampton avec ses 200 hommes d'armes et ses 400 archers, arrive à Cherbourg, où il est bien accueilli, et remplace la garnison navarraise par une garnison anglaise*. Pierre le Basque, l'ancien capitaine, reste seul avec les Anglais. Au bout de quinze jours Jean d'Arondel retourne à Southampton, dont il e'iait capitaine; et la garnison de Cherbourg, bien établie dans la place, n'a qu'à plus guerroyer contre les gens d'armes français de Valognes. P. 72, 73, 306.

Les Anglais avaient mis le siège devant Saint-Malo, et ravageaient le pays tout à l'entour. Les vivres ne leur manquaient pas : ils avaient près de 400 canons à leur disposition. Les assauts étaient fréquents et dans l'un d'eux succomba un chevalier anglais, nommé Pierre l'Estrange, ce qui mécontenta fort le duc de Lancastre. P. 73, 74, 306.

Revenons à Owen de Galles : depuis un an et demi, il assiégeait la ville de Mortagne^, commandée par le syndic de Latrau,

1. En septembre 1378, le capitaine de Harfleur était le sire de Torcy, qui avait fait fermer le havre par des chaînes {Arch. Nat.^ JJ 113, fol. 112 v").

2. Leduc de Lancastre était devant Saint-.Malo en août 1378 [Chr. des Quatre Fnlois^ p. 274-275).

3. Guillaume Morfouace, écuyer, que nous retrouverons plus tard, lieutenant du capitaine de Saint-Malo en janvier 1374 {Bihl. Nat., Pièces orig.^ vol. 2050) est en Bretagne sous les ordres de Bertrand du Guesclin en juillet, septembre et décembre 1379, ayant 10 écuyers avec lui {Bibl. Nat., Clair., vol. 78, n°' 6139-6141).

4. Le voyage de Jean d'Arondel eut lieu du \" au 16 septembre 1378; il transportait avec lui, non seulement des hommes d'armes, mais encore des chevaux et des vivres {^Rcc. Off., Treas. of the Rec, Mise. ^).

5. Owen de Galles n'était guère arrivé sous les murs de Mortagne qu'à la lin de l'année 1377 ; et c'est à la fin de juillet 1378 que Robert Plister, écuyer, vint au siège de Mortagne s'entendre avec Jean (et non pas Jacques) Lamb au sujet du meurtre d'Owen de Galles [Rcc. Ojf., Queen's Rem., Mise, Rcalm. of Fr. ^). Jean Lamb était arrivé avec deux valets et avait reçu 522 livres pour son harnais de guerre (lèid.).

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quand il reçut la visite d'un gentilhomme gallois nommé Jacques Lamb, venu secrètement d'Angleterre pour venger sur lui la mort du captai de Buch, mort tristement dans la prison du Temple à Paris. Ce gentilhomme se fit si bien venir d'Owen, en lui parlant la langue de son pays et en l'assurant que les Gallois de'siraient toujours le voir revenir comme leur seigneur, qu'il le nomma son chambellan et lui accorda toute sa confiance. On sait que Owen était le fds d'un prince de Galles que le roi d'Angleterre avait fait mettre à mort. L'enfant dépouillé de ses terres et chassé de son pays, s'était réfugié à la cour du roi Philippe de France qui l'éleva avec ses neveux d'Alençon et autres. Owen assista à la bataille de Poitiers, puis alla guerroyer en Lombardie, et en France de nouveau, où le roi et tous les barons l'estimaient fort. Nous allons dire comment il mourut. P. 74 à 77, 306, 307.

Owen avait l'habitude pendant le siège de Mortagne de venir le matin, quand le temps était beau, s'asseoir dehors en face du château et de se faire peigner. Jacques Lamb l'accompagnait souvent et l'aidait à s'habiller. Un matin qu'Owen avait envoyé Jacques Lamb lui chercher son peigne, celui-ci revint avec une petite dague et le poignarda. Cela fait, il courut ù la porte du château, se fit reconnaître et fut conduit devant le syndic de Latrau, qui accueillit fort mal le traître*. P. 77, 78, 307.

Owen fut enseveli dans l'église Saint-Léger. Cette mort, que déplora le roi de France, ne mit pas fin au siège de Mortagne; car, désireux de venger leur capitaine, les chevaliers bretons, poitevins et français, comptaient sur le manque de vivres pour faire un jour ou l'autre capituler la place*. Parlons maintenant du siège d'Evreux, poussé vivement par les seigneurs de Couci et de la Rivière. P. 78, 79, 307.

1. D'après un compte cité par M. Ker\yn (t. XXII, p. 25-26) le meurtre d'Owen de Galles fut payé 20 livres, à la date du k décembre 1378. Le même compte nous apprend que Jean Lamb était écossais, et non gallois. Quelques mois plus tard, en octobre 1379, Jean Lamb part de Plynioutli pour la Guyenne avec 10 hommes d'armes (Rec. O/f-, Queen''s licm.^ Mise., ^rmy ^). Il vit encore en 1381, et reçoit à cette époque pour ses gages et ceux de sept hommes d'armes dans les guerres d'Aquitaine 105 fr. (Ilymer, t. VII, p. 325).

2. La ville de Mortagne avait été ravitaillée à plusieurs reprises par les soins du conseil royal de Guyenne à Bordeaux, le 31 mars 1378 (Rec. O//"., Queen's Rem., Mise, Realm of Fr. iH) et le 23 juillet \lbid., il^).

Le roi de France, qui était alors à Rouen*, désirait que la ville fût prise le plus tôt possible, car il avait besoin de tous ses gens d'armes pour combattre les Anglais en Bretagne. Aussi les assauts étaient-ils fréquents, et les assiégeants ne manquaient pas non plus de faire savoir aux habitants qu'ils avaient tort d'écouter les conseils du Navarrais Ferrando et qu'ils feraient beaucoup mieux de se rendre à leur seigneur naturel Charles de Navarre, héritier légal de sa mère. Menaces et raisonnements agirent si bien que les bourgeois traitèrent avec le seigneur de Couci*. Ferrando, retiré dans le château, essaie de résister; mais bientôt il se rend, et obtient de se retirer à Cherbourg avec tous ses gens et ses bagages. L'armée française reste en Normandie, et le seigneur de Couci et autres chefs vont à Rouen conférer avec le roi au sujet du siège de Saint-Malo. P. 79 à 81 , 307, 308.

La perte de Saint-Malo, c'était l'affaiblissement de la Bretagne. Aussi le roi de France rassemble-t-il sous les murs de la ville nombreuse armée : il mande auprès de lui les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin d'Auvergne, le comte de Genève, Jean de Boulogne, le connétable Bertrand du Guescliii^ et ses routiers angevins, poitevins et tourangeaux, les maréchaux de Blainville et de Sancerre, Olivier de CHsson, le vicomte de Rohan*, les seigneurs de Laval,

1. Charles V, qui était resté à Senlis jusqu'au 8 avril 1378, n'était pas à Rouen, mais à Paris du 10 au 28 (E. Petit, Séjours de Charles F, p. 65).

2. La ville d'Evreux se rend le 17 avril 1378 (Arch. Nat., JJ 113, fol. 8 v° à 9 r°), grâce à la complicité de Barradaco de Barrante, navarrais [ihid.^ fol. 1 1 v° et JJ 120, fol. 78 V), Un nouveau capitaine, Jean de Meudon, est nommé, que nous voyons apparaître dès le 2k avril [Arck. Nat., JJ 112, fol. 111 v°). Quant à Ferrando, qui était alors prisonnier du roi de France, sa présence à Évreux et à Gavray, dont il était capitaine, doit être reportée au moment où, avant l'arrivée de Charles de Navarre en Normandie, il cherchait à préparer contre Charles V la défense des places du roi de Navarre. C'est à la même époque que nous retrouvons aussi sa trace à Gavray [Arch. Nat., JJ 118, fol. 52 v").

3. Le connétable était présent au siège de Saint-Malo en août et septembre 1378, au moins du 26 aoiit au 16 septembre, et correspondait à cette époque avec le duc de Berry, en ce moment à Bourges {Arch. Nat., KK 252, fol. 181 v°).

k. Le 15 octobre 1378 le seigneur de Rohan figure dans une montre, sous le gouvernement d'Olivier de Clisson, passée à la bastille

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de Retz, de Rochefort, de Dinan, de Léon et autres barons bretons. Jamais si grande assemblée n'eut lieu en Bretagne : dix mille hommes d'armes et cent mille chevaux. Anglais et Français sont séparés par la rivière, et demandent la bataille; mais le roi de France, craignant un échec, retarde toujours. P. 81 à 83, 308.

Une fois le connétable essaie d'attirer le duc de Cambridge de l'autre côté de la rivière qu'on pouvait traverser à marée basse, mais la mer montante empêche le combat. P. 83, 84, 308.

Voyant qu'ils ne peuvent surprendre les Français et que la campagne s'éternise en escarmouches de fourrageurs, les Anglais se décident à creuser une mine pour entrer dans Saint-Malo. P. 84, 83, 308.

Tandis que Jacques de Montmaur, Perceval d'Esneval, Guillaume de Moncontour et Jacques de Surgières, à la tête de leurs Bretons et Poitevins, assiègent Mortagne, voulant venger la mort d'Owen de Galles, une grande flotte anglaise se rassemble à Plymouth, composée de 120 vaisseaux et de 40 barques, portant mille hommes d'armes et deux mille archers. Ce sont d'une part les quatre capitaines Thomas TrivetS Guillaume le Scrop, Thomas Abingdon et Guillaume Cendrin, qui doivent porter secours à la garnison de Mortagne, et à Mathieu de Gournai, défendant Rayonne; de l'autre, le seigneur de Neuville*, qui, nommé sénéchal de Bordeaux, va soutenir le roi de Navarre contre les Espagnols. La flotte, profitant du vent, part et entre à Bordeaux, la nuit de la nativité de Notre-Dame, le 8 septembre 1378. P. 83, 86, 308, 309.

de Gouesnou près de Brest (Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. II, p. 578).

1. L'engagement de Thomas Trivet de servir en Guyenne sous Mathieu de Gournai, sénéchal de Guyenne, avec 80 hommes d'armes et 80 arcliers, est du 10 mars 1378 (lîec. Off., Tiras, of tlie Bec, Mise. ^, n° 30); il emmenait avec lui Geolfioi d'Argentan [lùiJ., Issue Bolls, 1 Bich. II, m. 21). Ils partirent de Plymouth au commencement de juillet, sur 10 nefs de Zélande retenues à cet effet (IbicL, Treas. oft/ie Bec, Mise i^, n"' 51 et 127).

2. Jean de Neuville, qui j)ortait depuis peu le titre de lieutenant <lu roi en Guyenne, était accom])agné du captai de Buch (Ffc Off'., Fasc Bolls, 1 Bic/i. II, m. 2), et apportait à Bordeaux des fonds et des munitions [Ibid., Treas. of tlie Bec, Mise. ^, n" 115; Ibid., Lord Treas. Rem. y For. Ace. 4, m. 31 V).

tiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.

Quand les Bretons et Poitevins qui assiègent Mortagne, voient passer cette flotte, ils se décident à accepter les conditions du traité que précédemment leur avait faites le syndic de Latrau ; mais celui-ci, comptant être secouru, refuse à son tour.

Aussitôt installé à Bordeaux, le seigneur de Neuville fait un mandement de chevaliers et écuyers gascons et en rassemble quatre mille, avec lesquels il part pour faire le siège de Mortagne. Les Bretons et Poitevins ne les attendent pas, et se retirent en Poitou, laissant seulement dans le fort Saint-Léger' une route de Bretons et de Gallois, du parti d'Owen de Galles. P. 87, 88, 309.

Les barons d'Angleterre et les Gascons descendent la Garonne, et viennent assaillir le fort de Saint-Léger ; mais ce premier assaut ne réussit pas. P. 88, 89, 309.

Le lendemain, le seigneur de Neuville fait remplir de terre les fossés qui entourent le fort. Les Bretons se voient perdus et entrent en pourparlers : ils rendent le fort et peuvent se retirer où ils veulent. Le syndic de Latrau est alors ravitaillé dans Mortagne, la garnison est augmentée, et l'armée du seigneur de Neuville retourne à Bordeaux par la Garonne. P. 89, 90, 309.

Après leur retour, i's aj)prennent qu'à six lieues de là, en Médoc, les Bretons occupent le fort de Saint-Lambert- et ravagent le pays. Le seigneur de Neuville, accompagné d'Archambaud de Grailly, de Pierre de Rauzan, du seigneur de Duras et de Thomas de Curton, part aussitôt avec trois cents lances gasconnes, pour assiéger le château défendu par un écuyer breton, nommé Virelion. Après trois jours de siège, les Bretons traitent et se retirent en Poitou. Le seigneur de Neuville remet le château en état et y laisse pour le garder un écuyer gascon nommé Pierre de Pressac^, puis retourne à Bordeaux, pour attendre des nouvelles du roi de Navarre, dont la capitale, Pampelune, était assiégée par l'infant de Castille. P. 90 à 92, 309, 310.

Le siège de Saint-Malo durait toujours, et le capitaine Morfouace résistait vaillamment aux 400 canons anglais qui tiraient

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