RAVAGES DE LA PESTE. 1349. DEMONSTRATIONS DE PÉNI
TENCR DES FLAGELLANTS ; EXTERMINATION DES JUIFS DANS TOUS LES PAYS DE l'eUROPE EXCEPTÉ A AVIGNON ET SUR LE TERRITOIRE papal' (§ 330).
En ce temps éclate une peste qui fait mourir le tiers de la population''. Pour apaiser la colère de Dieu, il surgit alors en Alle
1. D'après Robert de Avesbury (p. 185), les Espagnols perdirent vingt-quatre vaisseaux à la bataille navale de Winchelsea.
2. Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur -Mer, c. Calais. Geoffroi de Charny était encore prisonnier en Angleterre le 20 décembre 1350 (Rymer, vol. Ill, p. 212); et le parfait payement de sa rançon dut être réglé uu mois d'août 1351 au pUis tôt (v. plus haut, p. xxxiv, note 1) D'un autre côté, ce chevalier, après sa mise en liberté, ne fut envoyé de nouveau sur la frontière de Calais qu'en février 1352 (Bibl. nat.. Titres scellés, vol. 29). Par conséquent, si ce fut Geoffroi qui surprit à Frctbun Aimeri de Pavie, cet événement eut lieu sans doute au commencement de 1352.
4. La peste de 1348 fut un de ces nombreux cas de peste asiatique qui sont venus à diverses reprises fondre sur l'Europe. « Dicta autem mortalitas, dit Jean deVenette, inter incrediilos inchoavit, deinde ad Italiam venit; posteu montes pertransiens ad Avinionem accessit.... » [G. de Nangis, ('dit. Géraud, t. II, p. 212.) Simon de Covins, astronome du temps, attribua cette peste à l'influence des astres (voyez un article
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, § 330. xxxix
magne * une secte dont les adeptes se fouettent le dos et les e'paules jusqu'au sang avec des courroies garnies d'aiguillons de fer ; d'où on les appelle flagellants. Ils chantent des complaintes ^ sur la Passion, et vont de ville en\dlle, en faisant pénitence, pendant trente-trois jours , parce que Jésus-Christ alla sur terre pendant trente-trois ans. Ces pénitences font cesser les ravages de la peste en beaucoup d'endroits ; mais le roi de France interdit aux flagellants l'entrée de son royaume , et le pape lance des bulles d'excommunication contre eux. — On arrête alors les Juifs par toute l'Europe , on les brûle et on confisque leurs biens , excepté à Avignon et en la terre de l'Eglise, sous les ailes du pape. Une prédiction avait annoncé aux Juifs, cent ans auparavant, qu'ils seraient détruits quand on verrait apparaître des gens armés de verges de fer. L'apparition des flagellants explique le sens de cette prédiction. P. 100, 101, 330 à 332.
de M. Littré, Bibl. de P École des Chartes, t. II, p. 208 et suiv.). Dans le nord de la France, la peste sévit d'abord à Roissy (Seine-et-Oise, arr. Pontoise, c. Gonesse); elle fit périr cinquante raille personnes à Paris et seize mille à Saint-Denis, et continua ses ravages pendant un an et demi [^Grandes Cfiro/iit/ues ^ t. V, p. 485 et 486). En Angleterre comme en France, la peste commença par le sud; elle éclata d'abord vers le l^"" août 1348 dans le comté de Dorset ; elle exerça ensuite de tels ravages à Londres que, de la Purification à Pâques 1349, on enterra deux cents cadavres par jour dans un nouveau cimetière près de Smietlifield sur l'emplacement duquel s'élève aujourd'bui l'école-hospice, jadis couvent, de Chartcrhouse. De Londres, la peste gagna le nord de l'Angleterre et l'Ecosse où elle ne cessa ses ravages que vers la Saint-Michel 1349 (Robert de Avcsbury, Hist. Ed. III, p. 177 à 179). Comme il arrive toujours, la peste de 1348 frappa surtout les classes nécessiteuses. La plupart des ouvriers et domestiques étant morts de la peste, ceux qui avalent survécu eurent l'idc'e de profiter de leur petit nombre pour se faire donner des gages et des salaires plus élevés. Edouard III mit bon ordre à ce qu'il considérait comme un abus, par ordonnance du 18 novembre 1350 (Rymer, vol. III, ]). 210 et 211). La Faculté de Médecine de Paris rédigea en 1349 un mémoire sur la peste de 1348 ; il est conservé au dép. des mss. de la BihI. nat., fonds latin, n° 11227. M. le docteur Michon a publié en 1860 sur cette épidémie un travail capital intitulé : Documents inédits sur In grande pcstf de 1348 {considlalions de la Faculté de Paris j d^un médecin de Montpellier, description de G. de Macliaut), par L. A. Joseph Michon, in-8", 99 p., Paris, J. B. Baillière.
1. La Hollande, la Flandre et le Brabant furent le berceau de la secte des flagellants. Cf. Robert de Avesbury, p. 179; Grandes Chroniques, t. V, p. 492 et 493; G. de Nangis, t. Il, p. 216 à 218.
2. Voyez deux chansons des flagellants dans Le Houx de Lincy, Recueil des chants historiques français, première st'rie, }). 237 et suiv.