AVÈNEMENT DU ROI JEAN. 1331. VICTOIRE DES ANGLAIS PRÈS
DE TAILLEBOURG; siège et prise de saint -JEAN-d'anGÉLY PAR I-ES FRANÇAIS. COMBAT DES TRENTE. ESCARMOUCHE d'ardRES
ET MORT d'Edouard de beaujeu. — 4332. avènement d'innocent VI. — 13S0. exécution de raoul, comte d'eu et de guines — d352. vente du château de guines aux anglais. — • 1351. fondation de l'ordre de l'étoile* (§^ 331 à 342).
Mort de Philippe de Valois, avènement du roi Jean^, Le nouveau roi ', aussitôt après son couronnement à Reims, fait mettre
1. Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, chap. lxxxv à lxxxvii, lxxxix,
2. Philippe de Valois mourut le dimanche 22 août 1350 à Nogentle-Roi près Coulombs (auj. Nogent-Eure-et-Loir, ar. Dreux). Jean II fut couronné à Reims le dimanche 26 septembre suivant (p. 400 de ce volume). Le château de Nogent-le-Roi appartenait au roi de Navarre, mais Philippe de Valois mourut sans doute à l'abbaye de Coulombs d'ovi le roi Jean a daté des lettres de rémission du mois d'août 1350 (JJ80, p. 31).
3. Quelques-uns de nos lecteurs s'étonneront peui-être des développements que nous donnons à ces notes. C'est que malheureusement beaucoup des erreurs, même grossières, que nous relevons dans les Chroniques de Froissart se retrouvent dans les ouvrages les plus estimés. Il faut bien le dire, l'histoire du quatorzième siècle, dans ses deux parties essentielles, la chronologie et la géographie, reste encore en grande partie à faire. Il n'entre pas dans notre plan de signaler les erreurs qui ont pu échapper à nos prédécesseurs ; nous croyons seulement qu'il importe de donner une fois pour toutes l'idée de ces lacunes dont nous, parlons ; à ce titre, nous citerons les lignes suivantes que les auteurs de VArt de vérifier les dates (t. I, p. 598) ont consacrées aux deux premières années du règne du roi Jean : « Nos armes n'avaient aucun succès contre les Anglais. Cette même année (1351), ils se rendirent mïiitres de Guines au mois de septembre par la trahison de Beaucaurroy, lieutenant de la place, qui expia ce crime par une mort honteuse. Aimeri de Pavie, commandant de Calais, qui avait séduit Beaucaurroy, voulut surprendre l'année suivante Saint-Omer o\i commandait Charny. Il est pris lui-même dans une embuscade, et Charny le fait écarteler. Le roi d'Angleterre n'avait pas ainsi traité Charny, comme on l'a vu, lorsqu'ayant engagé l'an 1348 ce même Aimeri à lui livrer Calais, il fut surpris au moment où il allait s'emparer de la place. Edouard lui ayant pardonné généreusement.
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en liberté ses cousins Jean et Charles d'Artois, fils de Robert d'Artois, détenus en prison, et comble de faveurs ses deux cousins germains, Pierre, duc de Bourbon, et Jacques de Bourbon, comte de la jMarche. Il quitte Paris avec un train magnifique, prend le chemin de la Bourgogne, et se rend à Avignon ^ où le pape Clément VI et le sacré collège donnent des fêtes en son honneur. D'Avignon, il va passer une quinzaine de jours à Montpellier^ d'où il se dirige vers le Poitou^. Il convoque à Poitiers ses gens d'armes placés sous les ordres de Charles d'Espagne, connétable, d'Edouard de Beaujeu et d'Arnoul d'Audrehem^, ma-
Charny, par reconnaissance, devait user delà même générosité. » Les Bénédictins ont commis dans ce peu de lignes presque autant d'erreurs qu'ils ont avancé de faits. Ce n'est pas au mois de septembre 1351, mais en 1352, entre le 6 et le 22 janvier, que les Anglais s'emparèrent par surprise du château de Guines. C'est Robert de Herle, et non Aimerl de Pavie, qui était capitaine de Calais lorsque le Lombard, devenu simple châtelain de Frethun, fut surpris à son tour par Geoffroi de Charny. Enfin, la tentative de ce dernier contre Calais eut lieu, non en 1348, mais dans la nuit du 31 décembre 13iè9 au l" janvier 1350.
1. Le roi Jean se mit en route pour Avignon dans les derniers jours de novembre 1350- Le dernier jour de novembre, il passait à Châteauneuf-sur- Loire (Loiret, ar. Orléans); il était arrivé à Villcneuve-lès- Avignon (Gard, arr. Uzès, sur la droite du llhône) le 23 décembre (JJ80, p. 867 ; JJ81, p. 166, 167, 237, 760, 203, 460).
2. Le roi de France, arrivé de Beaucaire à IMontpellier le 7 janvier 1351, tint le lendemain 8 dans cette ville les états généraux de la province où avaient été convoqués les prélats, barons et communes des sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire et Roiiergue, les évêques d'Agde, Béziers, Lodève, Saint-Papoul, Lombez et Comminges (dom Vaissette, Hht. du Languedoc, t. IV, p. 272). La présence de Jean à Montpellier du 9 au 21 janvier est attestée par divers actes (JJ80, p. 466, 761, 149, 759, 269, 532, 763, 356, 456, 457, 458 . Le roi de France fit une excursion à Aigues-Mortes le 22 janvier et jours suivants (JJ80, p. 463, 459, 749, 771); il était le 26 (JJ80, p. 318, 455, 476) de retour à Villeneuve, où il donnait un tournoi magnifique et st-journait de nouveau jusque vers les premiers jours de février (JJ80, ]). 476, 472, 587,568).
3. Le roi Jean ne se dirigea pas vers le Poitou, mais il regagna directement Paris, où le rappelaient les états généraux de la Laugucdoil et de la Langiieiloc convoqués pour le 16 février 1351, convocation qui fut, il est vrai, prorogée au 15 mars suivant. Au retour, il passa par Lyon, où il se trouvait le 7 février (JJ80, p. 216, 372); il était rentré â Paris le 19 février au plus tard (JJ80,p. 2l2\
4. Froissart a commis une erreur en donnant dès cette époque à Arnoul d'Audrehem le titre de man'chal de France. Le sire irAiulrehem prit en effet, comme le dit notre chroniqueur, une part active à la campagne des Français enSaintonge pendant la première moitié de 1351,
xLii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
réchaux de France, et vient mettre le siège devant Saint- Jeand'Angély, dont les habitants appellent à leur secours le roi d'Angleterre. P. 100 à 103, 332 à 334.
Jean de Beauchamp ^ et quarante autres chevaliers anglais, envoye's au secours de Saint-Jean-d'Angély, débarquent à Bordeaux à la tête de trois cents hommes d'armes et de six cents archers. Ces forces, réunies à celles des seigneurs d'Albret, de Mussidan et des autres chevaliers gascons du parti anglais, s'élèvent à cinq ^ cents lances, quinze cents archers et trois mille brigands à pied. Gascons et Anglais franchissent la Garonne, passent à Blaye et arrivent à une journée de distance de la Charente, en vue du pont de Taillebourg. Les Français, qui assiègent Saint-Jeand'Angély, ont envoyé un détachement garder ce pont sous les ordres de Jean de Saintré, de Guichard d'Angle, de Boucicaut et de Gui de Nesle '. A la vue de ce détachement, les Anglais veu-
mais il n'était alors que capitaine du comté d'Angoulêmepour Charles d'Espagne. Nous avons des lettres données à Angoulême le 6 janvier 1350 par Arnoul d'Audrehem, chevalier du roi et capitaine souverain député ou comté d' Angoulesme (JJ78, p. 87), et le 24 avril 1351 par le même Arnoul d'Audrehem, capitaine et gouverneur du comté cC Angoulesme pour Charles d'Espagne (JJ84, p. 224). Fait prisonnier au combat de Saintes, Arnoul d'Audrehem fut nommé maréchal de France après Ja mort d'Edouard de Beaujeu, entre le 21 et le 30 juin 1351. Il aAait été mis en liberté et se trouvait à Paris dès le 25 mai, jour où dans l'hôtel des hoirs feu Vincent du Castel, près la porte Saint-Honoré, lui et Jeanne de Hamelincourt sa femme se firent une donation entre vifs de tous leurs biens meubles et immeubles ; il n'est encore qualifié dans cet acte que noble homme et puissant 319'' Arnoul d'Odeneham, chevalier, seigneur du dit lieu, et dans la confirmation, en date du 21 juin suivant, de la dite donation, on l'appelle simplement dilectum et fidelem militemet consiliarhim nostrum (JJ80, p. 495). Mais dans une donation que le roi Jean lui fit à Saint-Ouen au mois de juin 1351 de la ville et du château de Wassigny (Aisne, ar. Vcrvins), on donne déjà à Arnoul d'Audrehem le titre de maréchal de France (JJ81, p. 110). Le P. Anselme s'est donc trompé en faisant dater la promotion d'Arnoul d'Audrehem comme maréchal de France du mois d'août 1351. V. Hist. généal., t. VL p. 751 ei 752.
1 . D'après Robert de Avesbury, les forces anglo-gasconnes, envoyées au secours de Saint-Jean-d'Angélv, étaient commandées par le sire d'Albret. Hist. Ed. IIJ, p. 186.
2. L'historien du règne d'Edouard III, qui tend à diminuer l'effectif des forces anglaises, toutes les fois qu'il s'agit d'une affaire où elles ont donné, ne prête que six cents hommes d'armes au sire d'Albret. Ihid.
3. Nous avons des lettres de Gui de Nesle, sire de Mello, maréchal de France, lieutenant du roi en Poitou, Limousin, Saintonge, An-
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ent rebrousser chemin, mais les Français s'élancent à leur poursuite. Un combat s'engage qui tourne à l'avantage des Anglo- Gascons. Tous les Français sont tués ou pris*. Les Anglais qui ne se sentent pas en mesure, malgré ce succès, de faire lever le siège de Saint-Jean-d'Angély, retournent à Bordeaux avec leur butin et de bons prisonniers tels que Gui de Nesle , dont par la suite ils ne tirèrent pas moins de cent mille moutons. P. 103 à 108, 334 à 336.
Le roi Jean apprend à Poitiers- la déconfiture de Taillebourg;
goumois et Périgord par deçà Dordogne, datées de Niort le 4 novembre 1349 (JJ78, p. 87), le 18 décembre 1350 (JJ80, 577), de Chizé (Deux-Sèvres, arr. 3Ielle, c. Brioux) le 19 février 1351 (JJ81, p. 118). Par acte daté de Paris le 16 mars 1351 (C présente domino constabulario » (Charles d'Espagne), le roi Jean donne à son amé et féal cli^"" et c''"' Gui de Nesle , maréchal de France, mille livres tournois de rente annuelle sur les forfaitures qui viendront à échoir ,JJ83, p. 3k^).
1. D'après Robert d'Avesbury, ce combat se livra près de Saintes, le 8 avril 1351, et trois cents chevaliers français y furent faits prisonniers [Hist. Ed. JII.^ p. 186 et 187). D'après les Grandes Chroniques de France (v. p. 401 de ce volume), cette affaire eut lieu le 1"" avril 1351 ; et Gui de Nesle, maréchal de France, Guillaume son frère, Arnoul d'Audrehem tombèrent an pouvoir des Anglais. Ce qui est certain, c'est que le combat de Saintes eut lieu avant le mois de juin 1351, puisque Gui de Nesle avait déjà recouvré sa liberté, sons caution ou autrement, à cette date, comme on le voit par des lettres du roi Jean données à Paris en juin 1351, présente Gttidone de N'igella marescallo Francie (JJ80, p. 552). On lit dans d'autres lettres datées du Val Coquatrix le 15 juillet 1351 que le roi Jean donne à Gui de Beaumont, pour l'aider à payer sa rançon, trente huit arpents de bois dans la forêt de Halate c cum praedictus miles nuper cum dilecto et fîdeli milite et marescallo nostro Guldone de Nigella , cujus dictus Guido de Bellomonte marescallns erat , in nostro servicio in partibus Xantonensibus per regni nostri inimicos captus fuerit et adhuc eornm prisonarius existât » (JJ80, p. 719). D'un autre côté, ce combat se livra, comme le dit Robert d'Avesbury, près de Saintes, car nous lisons dans des lettres de rémission accordées par Gui de Nesle le 24 septembre 1351 à Renoul de Saint-Pardoulf, écuyer, que le dit Renoul avait élé pris darrainement en la bataille de Sainctes (JJ81, p. 62). Sismondi, M. H. Martin et tous
es historiens contemporains se trompent donc à la suite de Froissart en plaçant l'affaire de Saintes à l'époque où le roi Jean vint en Poitou et en Saintonge pour renforcer le siège de Saint-Jean-d'Angély, c'està-dire an mois fl'août 1351. V. Sismondi, t. X, p. 392 et" 393, et M. II. Martin, éd. de 1839, t. V, p. 450.
2. L'affaire de Saintes ent lien, comme nous venons de le voir, dans les premiers jonrs d'avril 1351 , et le roi Jean n'('tait pas alors à Poitiers. Il est même fort douteux que le siège fnt déjà mis devant Saint- Jean-d'Angély à celte date. La noblesse de la sénéchaussée de Beau-
XLiV CHRONIQUES DE J. FROISSART.
il est fort irrité à cette nouvelle et vient en personne devant Saint- Jean-d'Angély pour renforcer le siège. Les assiégés sollicitent et obtiennent une trêve de quinze jours, à la condition qu'ils se rendi'ont, s'ils ne sont pas secourus dans cet intervalle. A l'expiration de cette trêve, le 7 août* 1351, Saint-Jean-d'Angély ouvi^e ses portes au roi de France. P, 108, 109, 337.
Après la reddition de Saint-Jean-d'Angély, le roi Jean retourne à Paris, tandis que Jean de Beauchamp et les siens repassent en Angleterre où ils emmènent leurs prisonniers. De retour à Londres , Jean de Beauchamp ^ est nommé , en récompense du succès qu'il a remporté près de Taillebourg, capitaine et gouverneur de Calais. Le roi de France, de son côté, envoie à Saint- Omer Edouard, seigneur de Beaujeu *, pour garder la frontière contre les Anglais. P. 110, 337,
Caire, placée sous les ordres de Guillaume Rolland, sénéchal de ce pays, ne servit en Poitou, sous Charles d'Espagne, connétable de France, que de la mi-juillet à la mi-septembre 1351 (dom Vaissette, Hist. du Languedoc , t. IV, p. 274). Nous avons des lettres de Charles d'Espagne, connétable de France, lieutenant du roi entre Loire et Dordogne, datées de ses tentes devant Saint-Jean-d'Angély^ le 26 juillet 1361 (JJ81, p. 575), du siège devant Saint-Jean-d'Angély ^ le 30 août 1351 (JJ82, p. 202).
1. La dernière pièce, citée dans la note précédente, prouve que la reddition de Saint-Jean-d'Angély n'a pu avoir lieu le 7 août, puisque Charles d'Espagne assiégeait encore cette ville le 30 août 1351. Dans tous les cas, cette reddition n'aurait pu être faite au roi Jean, qui était encore à Chanteloup (auj. hameau de Saint-Germain-lès-Arpajon , Seine -et-Oise, ar. Corbeil, c. Arpajon) le 10 août 1351 (JJ81, p. 160). Le roi de France ne dut arriver devant Saint-Jean-d'Angély qu'à la fin d'août; il délivra des lettres de rémission le 29 août 1351 à Jean dePontallier, chevallier, in tentis nostris ante Sanctum Johannem Angeliacensem (JJSl, p. 917). D'après les Grandes Chroniques (v. p. 401 de ce volume), Saint-Jean-d'Angély se rendit au mois de septembre. La reddition de cette ville dut avoir lieu entre le 29 août et le 5 septembre ; à cette dernière date, le roi de France avait déjà repris le chemin de Paris, comme on le voit par des lettres datées de Niort le 5 septembre 1351, auxquelles Jean ht apposer le sceau de son cousin Charles d'Espagne in nostrorum magni et secreti absencia (JJ81, p. 145). Jean était de retour à Paris au plus tard le 17 septembre (JJ81, p. 935).
2. Jean de Beauchamp était capitaine du château de Calais dès le 19 juillet 1348 (Rymer, vol. III, p. 165). Fait prisonnier à l'affaire d'Ardres, au commencement de juin 1351, il fut remplacé le 20 de ce mois j)ar Robert de Herle {Ibid.^ p. 222).
3. Edouard, sire de Beaujeu, maréchal de France depuis 1347 par la démission de Charles, sire de Montmorency, ne fut pas envoyé à Saint-Omer après la reddition de Saint-Jean-d'Angély, puisque, comme nous le verrons, il était certainement mort avant le 30 juin 1351.
SOjMMAIRE du premier livre, §§ 331-342. xlv
Combat des Trente. Trente gens d'armes, bretons et français, partisans de Charles de Blois, sous les ordres de R.obert de Beaumanoir, châtelain de Josselin, se battent en vertu d'une convention et dans des conditions réglées à l'avance contre trente soudoyers anglais, allemands et bretons, partisans de la comtesse de Montfort, commandés par Bramboi'ough, châtelain de Ploêrmel * . A la première passe , quatre Français et deux Anglais sont tués. On suspend la lutte pour prendre quelques instants de repos; puis le combat recommence. A la seconde passe, les Français prennent le dessus : Bramborough est tué avec huit de ses compagnons; les autres se rendent. Robert de BeaumanoLr et les Français survivants emmènent leurs prisonniers à Josselin et les mettent à rançon courtoise, dès que leurs blessures sont guéries, car il n'y a personne, d'un côté comme de l'autre, qui n'ait été blessé. P. 110 à 115, 338 à 340.
«Vingt-deux ans^ après le combat des Trente, ajoute Froissart, je vis assis à la table du roi Charles de France un chevalier qu'on appelait Yvain Charnel. Comme il avait pris part à ce combat, on l'honorait par-dessus tous les autres. On voyait bien du reste,
1. Ce combat passe pour s'être livr^ le 27 mars, quatri("'me dimanche de carême 1351, sur le territoire de la commune de la Croix-Hellean (Morbihan, ar. Ploërmel, c. Josselin, à 10 kil. de Ploërmel). Une pyramide de granit a été élevée en 1823 en remplacement du Chêne de M'ivoie, à 150 mètres environ de l'endroit où se livra le combat. Une croix, reconstruite après la Révolution avec les débris d'une croix plus ancienne, porte une vieille inscription commémorative de ce fait d'armes (art. de M. Rosenzweig dans le Dictionnaire de la France de M. A. Joanne). Le combat des Trente a donné lieu à un curieux poëme, publié en 1819 par Fréminvilie, en 1827 par Crapelet, et enfin par Buchon V. l'ouvrage intitulé : Le Combat de trente Bretons contre trente Anglais, d'' après les documents originaux des quatorzième et quinzième siècles, suivi de la biographie et des armes des combattants, par Pol de Courcy. Saint-Brieiic , 1857, impr. Prud'homme, in-4", 76 p., 3 pi.
2. Ce curieux passage est emprunté au ms. B6 dont le texte est trèscorrompu. Peut-être le copiste a-t-il mis un X de trop, et faut-il lire : « XII ans puissedy » au lieu de : « XXII ans puisserly, -a ce qui jilacerait ce st'jour de Froissart à Paris vers 136^ , au lieu de 1374. C'est précisément en cette année 1364 que, d'après un fragment de compte découvert par M. Caftiaux, Froissart rapporta de Paris des nouvelles d'un procès de la ville de Valenciennes pendant devant le Parlement « — pour yaus moustrer les nouvielles que Froisars avoit rapportées au prouvost et as jurés don plait que li ville a à Paris à l'encontrc Monseigneur. » Compte de 1364. V. Aicole de Dury, par H. Caflîaux, Vaenciennes, 1866, in-12, p. 34 et 100.
xLvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
à son visage, qu'il savait ce que valent coups d'épées, de haches et de dagues; car il était très-balafre'. Il me fut dit vers ce même temps que messire Enguerrand de Hesdin avait été lui aussi l'un des Trente, et que c'était là l'origine de la faveur dont il jouissait auprès du roi de France, Ce glorieux fait d'armes se livra entre Ploérmel et Josselin le 27 juillet 4351. » P. 341.
Escarmouche d'Ardres*. Edouard, sh^e de Beaujeu, maréchal de France , envoyé à Saint-Omer après la reddition de Saint- Jean-d'Angély ^, est tué entre Ausques' et Ardres en poursuivant les Anglais de Calais, qui sont venus un matin faire une incursion et recueillir du butin jusqu'aux portes de Saint-Omer. En revanche, Jean de Beauchamp, gouverneur de Calais, et vingt
1. Sismondi (t. X, p. 398), M. Henri Martin (édit. de 1839, t. V, p, 457) et tous les historiens placent l'affaire d'Ardres en 1352; c'est une erreur qu'ils ont empruntée à Froissart (v. p. 115 de ce volume). Un érudit distingué, M. René de Belleval, s'écarte un peu moins de la vérité en disant que ce combat suivit immédiatement la reddition de Saint-Jean-d'Angély {La grande guerre, Paris, Durand, 1862, in-8, p. 48, note 1). Le sire de Beaujeu était certainement mort avant le 30 juin 1351, puisqu'à cette date l'ofBcial de Lyon et le juge ordinaire de Beaujeu font citer les témoins qui ont souscrit le testament d'Edouard , sire de Beaujeu , ainsi que les principaux parents et amis du défunt , à comparaître , le lundi après l'octave de Saint-Pierre et Saint-Paul, à Vilîefranclie, pour assister à la publication et à l'ouverture du testament dudit Edouard (Arch. nat., orig. lat. sur parchemin jadis scellé, sect. adm., Pi 362'*, cote 1498. y. Huillard-BréhoUes , Titres de la maison de Bourbon, t. I, p. 4^*9). Edouard, sire de Beaujeu, est mentionné comme décédé dans un acte du 8 juillet 1351 : ce dilectum et fîdelem nostrum Eduardum , dominum de Bellojoco, tune vhentem. » (JJ80, p. 504). Le combat d'Ardres dut même se livrer avant le 20 juin 1351, car Robert de Herle fut nommé à cette date capitaine du château de Calais en remplacement de Jean de Beauchamp, fait prisonnier dans cette rencontre (Rymer, vol. III, p. 222).
2. Edouard de Beaujeu était mort depuis trois mois enviion lorsque Saint-Jean-d'Angély se rendit aux Français. Le sire de Beaujeu n'avait d'ailleurs pris aucune part, quoi qu'en dise Froissart, à la campagne des Français en Saintonge pendant la première moitié de 1351. Il se tenait pendant ce temps à Saint-Omer et à Guines en qualité de gardien de la frontière et de lieutenant du roi es parties de Picardie, tandis que Pierre, duc de Bourbon, comte de Clermont et de la 3Iarche, chambrier de France, résidait au même titre à Arras (JJ80, p. 607).
3. Auj. Nordausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Ardres et Zudausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Lumbres, au nord-ouest de Saint-Omer et au sud-est d'Ardres, sur la route de Saint-Omer à Calais, passant par Ardres.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 331-342. xlvii
autres chevaliers anglais sont faits prisonniers par les Français, grâce à un renfort de cinq cents brigands de la garnison de Saint-Omer, qui surviennent vers la fin de l'action. En même temps, le butin fait par les Anglais est repris par le sii^e de Bouvelinghem, les trois frères de Hames * et les garnisons françaises de Hames , de la Montoire ^ et de Guines '. — Arnoul d'Audrehem* est envoyé à Saint-Omer, et succède à Edouard de Beaujeu comme gardien de la frontière contre les Anglais. D'un autre côté, le comte de Warwick ^ est nommé par Edouard III gouverneur de Calais en remplacement de Jean de Beauchamp qui vient d'être fait prisonnier ; celui-ci , toutefois , ne tarde pas à recouvrer sa liberté : les Français l'échangent contre Gui de Nesle ^ pris par les Anglais à l'affaire de Taillebourg. P. 115 à 122, 341 à 346.
Mort de Clément VI; avènement d'Innocent VI'. Grâce a la médiation du cardinal Gui de Boulogne, légat du nouveau pape, une trêve * est conclue pour deux ans entre les rois de France et d'Angleterre. P. 122, 123, 346.
1. Hames fut cédé aux Anglais en 1360 par le traité de Brétigny; et le roi Jean, par acte daté de Hesdin en novembre 1360, pour indemniser ses amés et féaux Guillaume, seigneur de Hames, et Enguerrand son frère, leur assigna cinq cents livrées de terre eu rente perpétuelle sur sa recette d'Amiens. JJ118, p. 92.