DE BUFFALO
Par le temps qui court tous les chemins mènent à Buffalo, l'essentiel est de s'y rendre.
Toutefois la route des Mille- Isles est de beaucoup la plus pittoresque. Je la conseillerais aux poètes et aux rêveurs. Ces
îles, en effet, véritables corbeilles de verdures, peuplées de villas et de résidences princières, offrent un refug-e idéal contre la chaleur pour y passer la belle saison.* Les forts William, Henry et Niag-ara, sur les lacs, semblent, avec leurs vieilles redoutes françaises, défier l'ennemi dans une g-uerre future. L'avenir en ce monde est si incertain !
Enfin, un dernier coup de sifldet et nous sommes en face de Buffalo, un pied sur le terrain de la fameuse Exposition.
Cette ** chère " Pan-Américaine, elle a déjà fait verser beaucoup d'encre. Elle bat toujours son plein, confiante en sa destinée éphémère. L'illumination le soir, dessinant sous le ciel noir l'harmonie de ses lig'nes artistiques: coupoles, chapiteaux, colonnes, statues et fontaines.
prennent des formes exquises et font merveilleusement ressortir le féerique décors du plan archi> tectural, si habilement conçu.
, La tour électrique modèle de tous les g^enres d'architecture, symbolise' l'art américain tendant à unifier dans un style original la hardiesse de ses conceptions.
Chez nos voisins cette marche constante vers un idéal artistique, se perçoit à. chaque pas.
Ce sentiment d'unité nationale, commence à se faire jour en Canada ; cultivons-le, entretenons-le au cœur des jeunes : c'est un sig'ne des temps et de prédestination.
Cette préoccupation d'un excelcia artistique à atteindre, se lit sur toutes les toiles et statties de la galerie de peinture et d'architecture. Les médailles d'or et d'argent, de bronze et mentions hono-
rables sont la preuve saisissante du succès qu'elle a remporté.
Les artistes Canadiens (pour le talent) luttent d'égal à égal avec leurs confrères américains, si j'en juge par le nombre de récompenses et prix décernés.
Le "Pavillon Canadien," qui eut ma première visite après le coup d'œil général, personnifie l'idée d'un peuple agriculteur, et les magnifiques spécimens de la ferme expérimentale d'Ottawa redisent, en termes éloquents, l'avenir prospère de notre pays.
Si l'agriculture, l'industrie et les arts sont bien représentés, il n'en est pas de même de la **littérature canadienne " par les œuvres de nos poètes et de nos prosateurs.
Après notre succès pédagogique à Paris, l'an dernier, c'eût été complet ; cependant les lettrés d'ici commencent à nous con-
naître, si j'en jug^e par les questions dont ils nous assièg-ent en voyag-e.
Le Canada et les Canadiens des Etats-Unis, commencent à compter. Puissions-nous communiquer à nos prosaïques voisins un peu de cet idéal français, de cette hauteur de vues dont nous avons hérité ; cela leur exempterait probablement quelques voyages au vieux monde et entretiendrait les bonnes relations entre les deux pays. Le génie et la "Beauté" en tout ordre d'idées est un héritage commun aux nations civilisées.
Parlant de la beauté dans l'art :
les concerts d'orgues et de fanfares civiques ou militaires, attirent beaucoup de monde. Il me semblait encore entendre les éloges, dont retentissait il y a quelques jours la presse amé-
LAX'RENTIENNES I33
ricaine sur le compte de nos artistes canadiens de Montréal, de Québec et d'ailleurs.
En flânant aux abords des palais et des lieux d'attractions, il y a pour l'observateur toute une psychologie des foules à faire. D'ordinaire ce monde de visiteurs est flegmatique : il ne s'extasie guère. Aussi, pas de grandes exclamations ; on se contente de regarder : un mot, une remarque soulignée d'un sourire ** that is the fact. " Passe-t-il des Français, Irlandais et des Canadiens. Oh !
alors la scène change : c'est la joie, c'est le geste expressif.
Qu'il fait bon de vivre, c'est tout nouveau tout beau ! On fait des rencontres étonnantes, dans cette cohue humaine, allant pour voir et être vue. En somme, et pour flnir ces quelques lignes, écrites
à la hâte : les Américains ont bien du méritei et leur exposition, sans être marquée du cachet des œuvres qui durent, fera époque et devra marquer un g-rand pas dans la voie du progrès économique, social et artistique.
Buffalo, 4 Septembre 1901.