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DANS LE PARC

Le Parc î Que de souvenirs pleins de poésie, d'ombrag'e et de fraîcheur, ce mot d'une syllabe n'évoque-t-il pas ? Citadins, c'est là, que durant la belle saison vous vous donniez rendezvous ; que vous aimiez à vous rëfug-ier à demi perdus dans le

feuillage vert; laissant vos pensées un instant affranchieSi s'envoler à tire d'ailes, aux régions sereines de l'idéal et du mystère.

Le parc, à la fois bosquet, jardin et promenade, n'est-il pas un véritable coin du paradis terrestre, où les pauvres mortels harassés : fuyant les ardeurs du soleil et le brouhaha des affaires, le frôlement des foules et la poussière des grandes rues, trouvent, assoiffés d'air et d'espace* un instant de repos et de recueillement.

En effet, dans cet asile ombragé et de parterres en fleurs, qu'il est bon de s'y laisser vivre ! Pour leurs habitués, quels charmes poétiques ont en leur rustique philosophie, ces jardins publics.

Ah ! si les branches longues et touffues des grands arbres, si leurs feuilles qu'agitent la brise.

nous laissaient dans leur lég'er bruissement deviner ce qui se passe en bas ; quelle étrang-c et terrible leçon des choses humaines, ces témoins impassibles de nos rêves, de nos plaisirs, de nos lang-ueurs, ne nous apprendraient-elles pas !

L'été dernier, par une fin d'après-midi de grande chaleur, l'idée me vient d'aller visiter le nouveau parc Victoria : affaire de respirer l'air frais et changer les idées comme disent les gens.

Sous un soleil brûlant, je dus presqu'en arrivant, chercher un siège au fond d'une allée ombragée de ce jardin, d'où je pouvais voir tout ce qui se passait autour de moi.

Combien y avait-il de temps que j'étais là assis sur un banc, à l'écart, songeant h mille choses ?

Je ne saurais le dire. Lorsqu'une

balle de caoutchouc, lancée par des enfants qui prenaient leurs ébats sur la verte pelouse, tomba à mes pieds. En un clin d'œil, la joyeuse bande s'était portée de mon côté ; courant, riant, criant à tue-tête, cherchant leur jouet perdu que j'eus vite fait de rendre à ses légitimes petits propriétaires.

Une bordée de sourires fut la récompense de ma bonne action, qui m'avait fait participer à leur jeu et partag'er leur gaieté enfantine; dont retentissaient les échos des bocages d'alentours. C'était vraiment joli de les voir, ces chers petits, si bien s'amuser :

leurs cris, leurs éclats de voix avaient quelque chose de réconfortant, de rajeunissant I

Je pouvais, en voyant le teint rose et la robe blanche des uns, le visag'e pâle et la robe de toile

g-rossière des autres, facilement deviner quel écart social les séparait. Heureusement qu'ils ne le savent pas encore ; puissent' ils plus tard en s'en rendant compte ne pas cesser d'être bons camarades*

Le silence s'étant fait peu à peu autour de moi, j'avais repris le cours de Qies rêveries, quand près de moi passa un jeune homme et une jeune fille, deux amoureux je suppose, à qui semblait sourire l'aurore de leurs vingt ans. Ils marchaient lentement, laissant parler leur âme. Etait- ce là une vision de bonheur entrevue ? Ils disparurent bientôt au tournant d'une tillée-

Mes pensées av^it repris leur course vag-abonde un moment interrompue, quand non loin de ma retraite improvisée vinrent s'asseoir quatre individus à mine

rébarbative : miséreux en loques, des sans-travail dont les discours et les jurements, qui soulignaient chaque phrase, n'avaient rien d'attirant ni de très t'difiant. A les entendre ils avaient tout contre eux : la Providence, la société et l'administration leur tournaient le dos.

Se trouver tout à coup en pareille compag-nie, après la scène d'amour dont je venais d'être témoins ; le changement de décors d'idéal bonheur à la réalité miséreuse et démoralisée, était vraiment trop brusque et me vite sur terre, expier un moment de passagère illusion.

Comme je me levais pour partir, j'entendis des cris, des lamentations auxquelles répondaient les jurons et les dégradantes injures d'un pauvre diable ivre.

C'était une pauvre femme venue

là, chercher son homme ; car à la maison, il faut du pain pour vivre.

Mais lui, le mari, une brute, sur l'herbe ëtendu, cuvait son vin ; ne répond aux sollicitations de sa femme éplorée que par de sourds gTOg"nements entrecoupés de menaces injurieuses et blessantes.

Je la vois encore cette pauvre mère s'en retourner seule vers ses petits enfants laissée au logis pleurant et demandant à mang-er.

"Chaque jour subit sa peine !" C'est ainsi dans nos villes modernes que les choses se passent. Toute l'humanité : hommes, femmes, enfants, jeunes ou vieux, pauvres et riches, heureux et malheureux, s'y donnent rendezvous, ont leur place au soleil de la bienveillance publique. Là, ils sont chez eux et peuvent, à l'ombre des grands arbres, humer l'air, se promener, jouer,

courir, lire, y rêver tout à leur aise.

En face de ces réalités de la vie, à ciel ouvert, que de multiples émotions, que de sentiments étrang-ement contraires, envahissent l'âme, attendrissent le cœur ! Oubliant alors la jeunesse, le bonheur, la joie, la g-aieté des uns ; on a pitié de tous ces, malheureux, de tous ces déshérités de la fortune, dont la misère perce à travers les habits rapiécés : trop heureux encore d'avoir un remède à leurs maux :

l'assistance publique !

O charité ! ** que de belles et g-randes choses dans ce temps s'accomplissent en ton nom !

*' Jamais plus qu'en notre siècle d'action, cette fleur des vertus chrétiennes n'a répandu sur le monde civilisé de plus bienfaisants parfums.

" DonneZ) riches ! l'auniône est sœur de la prière !

Donnez !.... **afin d'être meilleurs ; afin de voir les anges passer dans vos rêves, la nuit î "

10 Sept. 1901.

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