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Ro Q
: Pour étudier les mœurs des bêtes, il faut les avoir libres sous les yeux, L'animal prisonnier se dénature, l'animal féroce surtout. Qu'est-ce qu'un aigle su: un perchoir ? L'immensité en prison, c’est la chose la plus triste, et j'ajoute la moins instructive qui soit, Cette énorme poésie des solitudes vastes prise au piège par l’homme, le hérisse. ment orageux de la crinière du lion se heurtant aux planches d’une boîte de six pieds carrés, n'est-ce pas odieux ?
Quel sombre supplice pour le lion superbe, toujours in. dompté, que la canne d’un passant qui le taquine à travers les barreaux de sa cage! Le désert en proie aux curieux, quelle ironie lugubre! La prison pour les malfaiteurs, ça n’est pas déjà Lien attrayant, mais que dire d’une prison qui collectionne! En voyant ces grands muets effarés, qu'aucun dompteur ne parvient jamais à abrutir complètement, je me sens pris d’un attendrissement réel, et j'ai envie de consoler le tigre, d’embrasser le léopard.
Puisqu’il faut absolument des collections vivantes à la curiosité bête et cruelle, pourquoi ne pas les rendre instructives en plaçant l’animal enfermé dans un milieu où il puisse se ressembler davantage à lui-même ? Pourquoi ne pas lui creuser de vastes fosses, des antres profonds, un simulacre de solitude, à il puisse trouver la nuit qu’il aime au lieu de la foule qui l’ahurit ? Ce lion, candamné au soleil forcé, qu’on lui rende au moins son droit à l'ombre. Alors, vous le verrez moins peut-être, mais vous l'étudieres mieux. Il reprendra en partie sa vie et ses mœurs. Üe sera toujours
J’ mon mille de nr le co notoi tout à Cor près soleil sur n ayee derm heure
jusqu barra
un peu cruel, mais au moins ce ne sera pas tout-à-fait inutile, Mais à quoi bon s'étendre là-dessus et que dire? L'éducation de l’homme vis-à-vis de l’homme est à peine com-
bres mencée, comment veut-on que l'éducation de l’homme vis-
imal à-v:s de la bête soit faite ?
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avers
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He J'étais arrivé à San Francisco un samedi soir. C'est là
Farés, mon sort; le dimanche m'attend partout; que je fasse cent plè- milles ou douze cents lieues, je le trouve toujours au bout
it j'ai de ma route. Mais pour le moment je n’y songeais guère;
le contentement physique d’avoir enfin terminé le plus mo-
Lu notone et le plus fatigant des voyages mo faisait oublier
nes tout le reste. Revenu de ma première émotion, je me mis
se à contempler l'état de ma personne ; je ressemblais d'assez
je près aux Indiens que j'avais vus Je long de la route. Le
Que soleil vif, la suie, la poussière avaient imprimé sur moi et leu sur mes habits toute espèce de couleurs qui étaient devenues
avec le temps comme des couches superposées sur mon épi-
té derme. Je courus me jeter Jans un bain où je restai deux cu heures à me frotter avec rage, mais c’est à peine si j'arrivais jours jusqu’à moi-même; ce n’est pas en deux heures qu'on se dé-
barrasse de neuf jours de poussière accumulée. Mes che-
veux surtout étaient imprégnés jusque dans leurs racines, et j'avais beau plonger et replonger ma tête, je ne faisais que délayer sans enlever. Toutefois je sortis du bain réconforté et rafraîchi, maïs encore loin du résultat voulu; c'était à recommencer pius d’une fois. Il était alors onze heures du soir.
Je sortis; les théâtres, les cafés, les restaurants vomissaisnt sur les rues leur élégante clientèle. Une troupe d'opéra française (1) faisait alors fureur et attirait la population de toutes les races. L’atmosphère était fraîche et la lumière joyeuse; de tous les saloons, de tous les hôtels, on sortait ct on y entrait à chaque instant ; c'était un va-ctvient bruyant et divers. Je regardais passer et repasser à mes côtés ce flot incessant ; j'allais jusqu’au bout d’une rue, puis je revenais. Je m'arrêtais et j'écoutais; je cherchais auelque visage connu, quelque voix qui me rappelât un souvenir, Fât-il au fond d’un désert, l’homme prête ainsi l'oreille instinctivement : il ne pent pas se croire seul dans la solitude même, tant est poignante et répugnante la pensée de l'isolement absolu.
J'entrai dans plusieurs saioons et pris un verre chaque fois, j’allumai quatre à cinq cigares; la marche ne pouvait me lasser, j'en étais au contraire insatiable; mes membres roidis par neuf jours de chemin de fer se délassaient avec bonheur. Enfin, bien après minuit, le mouvement commença de s’apaiser, bon nombre de lumières s'étel-
gnirent, les musiques des cafés-concert et des basements se |
turent, la foule s’amincit, puis se dispersa, et il y eut comme un silence pénible, semblable au rêve d’un sommeil agité.
à APS troupe Aimfe ; celle qui a joué quatre mois plus tard à ontréa),
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Je songeai à rentrer chez moi. Chez mor, c'était chez tout le monde. Ce qui m'’attendait au bout de ma course, c'était l'hôtel où deux à trois cents personnes, toutes étrangères, toutes indifférentes, avaient pris comme moi un domicile d’un jour, J'avais déjà vu beaucoup de choses dans ces deux heures passées sur les trottoirs. J'entrai, mais je ne sais quel froid me saisit subitement au cœur ; l'excitation fébrile avait disparu; il me sembla en mettant le pied sur le marbre froid du vestibule de l'hôtel que je foulais les dailes d’une vaste tombe. Et, en effet, qu’étaitce pour moi que ce splendide édifice, sinon comme un décors somptueux à mon abandon ?
Je montai. JLes vastes corridors étaient silencieux ; ça et là un bec de gaz affaibli jetait une lumière mélancolique à l'angle d’une allée ; presque tous les hôtes avaient regagné leurs chambres ; quelques fenêtres brillaient bien encore, mais aucun bruit ne se faisait entendre. J’arrivai au uuméro 65 ; ce numéro, c'était chez moi. MJ'’entrai, je ne savais pas au juste ce que je venais faire là. Une espèce de terreur vague, pleine de fantômes et d'images où se confondaient l'angoisse et les souvenirs, avait soudain envabi mon cerveau, J'allumai le gaz de ma chambre et j'attendis..….....quoi ? que pouvais-je attendre ? Je ne sais. Il est des heures d’une angoisse telle que l’hallucination est irrésistible. Il me sembla que ma sœur était près de moi et qu’elle allait ouvrir ma porte pour se précipiter dans mes bras; il me sembla que ma mère, que je n'avais jamais connue, écartait le plafond de ma chambre et venait doument vers moi pour me prendre dans ses ailes : je revis la patrie absente, les amis perdus pour toujours, je prononçai quelques noms chers entre tous, des noms que ma pensée
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190 | VOZAGES.
retenait quan même, et que mes lèvres ne peuvent désapprendre, et puis............je ne sais, je ne me rappelle pas.......un bourdonnement subit. emplit mes orcilles et la nuit tomba sur mes yeux. Mou corps épuisé et mon cœur brisé succombaient : quand je revins à la vie, lentement, il me sembla que tout oscillait autour de moi, je me sentuis porté comme sur un navire flottant ; puis quand j’eus recouvré tout-à-fait connaissance, je me trouvai étendu sur le parquet de ma chambre avec des filets de sang déjà caillé le long de mes joues. Je regardai avec peine ma montre ; il était deux heures. J'avais froid, un tremble. ment convulsif m’agitait des pieds À la tête et mon cœur battait à me sortir de la poitrine. J'étais pris d'une attaque formidable de la maladie qui m'avait inspiré à son début de si mortelles angoisses, et qui revenait subitement avec une violence rendue terrible par tant d'émotions répétées. |
Ah! quelle nuit affreuse ! Pendant deux heures je sentis les soulèvements répétés et violents de ma poitrine, que rien ne pouvait calmer; je crus que j'allais mourir, mourir À seu], loin de tous les miens, sans un ami pour entendre ma dernière parole |
Alors, je pris rapidement une feuille de papier et j'écrivis quelques mots; mais ma main tremblante ne pouvait tenir la plume ; j'essayai de me mettre au lit, et l'instant d’après je me relevai ; aucune posture ne m'était supportable, Enfin vers le jour seulement, brisé, anéanti, je m’assoupis sur une chaise et trouvai quelques heures de sommeil, Quand jo m'éveillai, la matinée étai: déjà avancée ; le soleil glissait de longues franges d’or sur les murs de l'hôtel ct tombai, comme une pluie sur les toits scintillants, La ville était
peuvent > ne mé plit mes rps épuisé s à la vie, r de moi, ant ; puis 1e trouvai ts de sang peine ma | tremble.
mon cœur une attaà son déubitement otions ré-
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Quand je glissait de bt tombai, ville était
pleine de murmures et semblait me convier à la fête éternelle de l’activité humaine, Je m’habillai à la hôte et je sortis.
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Toute la journée du dimanche, je la passai à battre la ville ; chemin faisant, à droite et à gauche, et dans un café français que je venais d’adopter, je pris des renseignements,
J'avais cinq à six lettres de recommandation extrêmement flatteuses et qui m’eûssent beaucoup servi, je n’en doute pas, mais déjà je commençais à ne plus me soucier de leur utilité,
Quand j'étais parti du Canada, je m'étais dit machinalement, et comme pour avoir une raison, que je tirerais au moins le plus grand parti possible de mon voyage et que je me caserais aisément au Courrier de San-F'rancisco, un journal qui a fait gagner quelques centaines de mille dollars à son propriétaire. Mais maintenant, une fois arrivé, après vingt heures à peine passées dans cette ville étrangère, sans un ami, sans même un compagnon de circonstance, j'en avais déjà horreur ; j'essayai toutefois pour la for. ne, et sans la moindre intention d’en tirer parti, de préseuter mes lettres de recommandation.
Après trois jours de démarches, d’allées et venues de toute sorte, j'en étais arrivé à découvrir que sur cinq personnes à qui je devais m'adresser, deux demeuraicnt bien loin de San- Francisco, une troisième voyageait dans le Pérou et les deux autres étaient en tournée dans l’intérieur du pays.
Restait le propriétaire du Courrier; mais il était auss absent. Je parvins à m’ahoucher aves un des rédacteurs qui me mit complaisamment au courant de ce que j'aurais dû savoir plus {ôt, c'est-à-dire que ce journal n'avait guère besoin de rédaction proprement dite, qu’il n’était à peu près
qu’un résumé de faits et de nouvelles, un écho d'articles de
France et une feuille d'annonces. Les français de San-Fran: cisco le soutenaicnt libéralement, parce qu’ilstenaient à avoir un journal de leur langue, et surtout parce qu'il y a, dans l'intérieur de la Californie, un certain nombre de leurs compatriotes absolument sans nouvelles de la patrie et encore étrangers à la langue anglaise. (C’est un besoin pour ces derniers qu’un journal français, mais ça n’en est plus un pour les résidants de la ville.
Au reste, il faut remarquer ceci. Les français, en quel. que nombre qu’ils soient, qui habitent les villes américaines, ne constituent pas un groupe national. Ils se considèrent toujours comme à l'étranger, avec intention de retour, et ceux, bien rares, qui s’y fixent permanemment, s’américanisent, et n'ont plus guère souci que des deux grands journaux français de New-York, le Courrier des Etats-Unis ct le Messager Franco- Américain.
Nous, en Caruda, nous formons au contraire une véritable nationalité avec ses traditions et son histoire, possédant le sol,
it auss acteurs j'aurais it guère peu près ticles de an-Fran° it à avoir y à, dans surs COM:
et encore pour ces t plus un
, en queléricaines; bnsidèrent etour, et s'américaands jour- Unis et le
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, nous tiennent étroitement liés.
| qui j'étais entré en relations.
remontant à bien des générations en arrière ; nous avons la famille et le foyer, celui de nos ancêtres; nous avons une littérature propre, qui nous est chère, qui exprime l’ensemble de nos idées, de nos habitudes, qui recueille et représente nos traditions ; nos journaux sont des organes et non pas seulement les échos d’une patrie lointaine ; enfin, nous sommes un peuple avec son caractère essentiellement distinct, un passé qui lui est propre, des affections et des aspirations qui C’est pour cela que, chez nous, la littérature française a sa place marquée et même large parmi les autres éléments intellectuels ; elle remplit un rôle et elle a un avenir vers lequel elle marche en étendant de plus en plus ses ailes ; mais dans tout le reste de l’'Amérique, il n’y a pas de nationalité française, ni peut-il y avoir par conséquent de littérature française.
Je m'étais donc trompé du tout au tout en croyant me faire une carrière littéraire à San-Francisco. C'est ce q te me démontra du reste surabondamment le rédacteur avec Assurément, je n’allais pas me faire chercheur de nouvelles ou traducteur de dépêches. Toute chance de ce côté s'était donc évanouie pour moi en un clin-d’œil ; et, d'autre part, je ne voulais me faire ni garçon épicier ni commis à six piastres par semaine, ni mineur, ni mitron, ni blanchisseur dans une boutique de Chi-
imois, Avec un capital de quelques cents dollars, j’aurais
pu attendre peut-être, nouer des relations et arriver... à quoi ? je me le demande encore et je ne vois rien.
Heureusement, je n'avais pas même cent piastres. Un ami d'enfance, établi à la Californie depuis des années,
Lriche, et chez qui j'avais compté me rendre et passer quel-
ques semaines, était précisément alors en Europe. Je me
trouvai donc, au bout de trois où quaire jours, dégarni de toutes mes espérances et ne voyant devant moi ni perspec. tive, ni amis à faire, ni possibilité même d'arriver à quoi que ce fût.
Cependant j'avais fait, pour ma propre satisfaction, toutes les démarches et toutes les tentatives, mais sans au cun désir, je l’avoucrai, de les voir réussir. A mes autres chagrins, la sombre nostaigie, ce mal poignant auquel il n'y a pas de remède et qui rend tout ce que l’on voit à l’étranger amer, douloureux, insupportable, était venue s'ajouter, et grandissait d'heure en heure dans mon cerveau déjà en proie à tant d’autres tourmente.
La nostalgie, c’est comme le mal d'amour, A celui qui en est atteint, il faut la patrie absolument, de même qu'à l’amoureux il faut la femme qu’il aime, Tous les raisonnements sont puérils et tous les remèdes impuissants de. vant cette douleur que tout alimente et qu’une seule chose peut guérir instantanément, la patrie ou Ja femme. Ah! qui pourrait dire jamais tout ce qu’il y à dans ces deux mots? L'un ct l’autre sont un monde et chacun d'eux suffit à remplir le cœur le plus infini dins ses désirs, La patrie, c’est l'ensemble de tout ce qui se rattache à l’homme depuis le berceau jusqu'à la tombe; c’est lo foyer, la ir: mille, les amis, les douces haoitudes de casque jour, cette multitude de petites choses qui font comme partie de soi, et qu’on ne peut remplacer ailleurs. Dans Ja patrie,
arbre, un rocher, une rivière, un bocage, n'ont plus le mêne gp,
orag rètr
les p exp les ad n'est.
gret, rempl cesse ( L'ho qui fa ses fib1 deman Patrie Plissan
Jour Pouvoir
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A celui qui même qu'à 8 les raisonhigsants deseule chose mme. Al!
g ces deux hacun d'eux désirs. La je à l'homme foyer, la fi e jour, cette artie de soi
Lite le nus
sens qu’à l'étranger; ils voue parlent ; ce sont de vieilles connaissances intimes, habituées à vos rêverices et à vos confidences. ” Ainsi, les bois qu’on a vus dès l'enfance gardent comme un parfum de notre âme ; en eux nous nous sentons vivre et ils prennént de nous tous les jours quelque chose ; chaque rue de la ville natale est pleine de souvenirs aimés ; les pierres e!es-mêmes nous parlent; il n’y a rien qui soit indifférent et presque tout nous y est cher. Les amis sont
“un trésor dès longtemps acquis, que les circonstances et les
orages de la vie peuvent nous dérober parfois, mais qu’on retrouve toujours tôt ou tard, A l'étranger, au contraire, les plus belles choses restent mucttes, sans couleur, sans expression, sans une pensée pour soi; on les regarde et on lsadmire peut-être, maïs on ne les sent pas; notre cœur n'est pas avec elles ct on les quitte sans len: donner un regret, sans même songer qu'on les a vues. Rien ne peut remplir le vide qui s’2st fait dans l'âme, qui grandit sans cesse et qui enlève le goût des choses les plus attrayantes, L'homme n'existe en vérité que par le cœur ; c’est le cœur qui fait la vie complète, cette vie que l’on sent avec toutes es fibres, toutes ses veines et tous ses nerfs, sans plus rien demander à Dieu ni à Ja nature ; et c’est pour cela que la trie ou la femme seules rat le satisfaire en le remplissant tout enticr.
Jour et nuit j'errais de par les rues de San-Francisco sans Pouvoir rester en place une heure ni m’arrêter à quoi que ce ft, sans pouvoir lire une ligne, devenu étranger à toutes
jes choses de ce monde, ne trouvant aucun intérêt aux plus grands événements, rongé d’ennui et cependant fuyant les distractions avec une sorte de terreur, regardant la foule çe porter aux théâtres, à l’opére aux cafés, mais sans aucune envie de l’y suivre, mangean: à mon hôtel afin de dérober au temps vingt minutes deux ou trois fois par jour, puis répartant aussitôt, seul comme j'étais arrivé, sans dire une parole à qui que ce fût. Pour moi les hommes qui m'en. touraient n'étaient plus des hommes, et ce que j’entendais dire regardait un autre monde. On m'a demandé depuis si les femmes de San-Francisco sont belles ; je n’en sais rien, je ne me rappelle pas même en avoir vues, mais ce que je sais, c’est qu'au bout de quatre jours passés de la sorte, la fièvre de mon cerveau était devenue si intense, si brûlante, qu’il me fut impossible de résister plus longtemps. En un clin-d'œil je résolus de retourner au Canada, comme une heure m'avait sufñi pour me décider à en partir.
Je courus à mon hôtel frémissant d'impatience. Jene me contenais plus. J'’allais donc revoir mon Canada, mon beau St. Laurent qui n’a pas son égal au monde—je le suis maintenant que j'ai vu le Mississipi qui n’est qu'une gue nille serpentante et le Missouri qui n’est qu’un grand égoût boueux.—J’allais retrouver ma famille, mes places d'eau, mes amis qui me riraient au nez en me serrant dans leurs bras, j'allais revoir tout cela, et avant deux semaines peut être, moi qui n'étais parti que depuis quinze jours! Etait ce croyable ? Je sautais dans ma chambre en préparantis
aux plus fuyant les la foule se n$ aucune de dérober jour, puis ns dire une s qui m'en.
j'entendais indé depuis en sais rien, js ce que je la sorte, la si brûlante, ps. Enun comime une
ence, dJene
qu’une gutgrand égoût
malle que j'avais dépaquetée seulement quatre jours auparavant.…..., Mais tout-à coup uno question terrible so dressa devant moi, question à laquelle je n'avais pas songé dans le premier transport, fantôme menaçant qui me suit toujours en voyage et même souvent me harcèle au repos.
Rapide comme l'éclair, ce fontôme fondit sur moi.....J'’avais seulement 90 dollars en greenbacks, et il en fallait 150 en or, rien que pour payer le chemin de fer, et une cinquantaine de plus pour pouvoir partir de. San-Francisco et me nourrir en route. Déficit net, $130, et j'allais partir ! Alors, je rentrai profondément en moi-même ; c’est toujours comme cela qu’on fait lorsque l'argent manque. Il me fallait des ressources immédiates et je ne connaissais personne, Chaque jour de plus passé à San-Francisco m'aurait épuisé davantage. Je m'arrêtai à ce plan-ci, qui n’est pas absolument neuf, mais qu’il faut toujours répéter dans des circonstances semblables.
J'avais emporté en quittant le Canada, avec l’idée que je n’y reviendrais pas de sitôt, toute une malle supplémentaire sonteneut les restes d’une prospérité relative. Il y avait :à des trésors d’habillement et de chaussures, peutêtre modestes en Canada, mais d’un prix réel dans la Californie où tout est si cher à l’exception des vivres et des liquides. Pour la première fois depuis mon départ, j'entr’ouvris cette malle respectable où s’étageaient chaudement les plus nobles pièces de ma garde-robe, surmontées d’nne rangée de talons qui avaient l'air de vouloir les protéger.
Je contemplai longtemps cet ensembie de tant de souvenirs, qui m'apparaïssait tout-à-coup avec une éloquence muette, plus vive que celle de la parole ; il me fallsit faire un sacrifice parmi ces seuls compagnons de mon voyage qui ne m'avaient pas quitté, et dont quelques-uns me rappelaient des heures ineffaçgables. Ma pauvre malle m'avait suivi partout, et j'allais la dépouiller afin de revenir sans elle! Je pouvais faire un choix peut-être, mais je n’en eus pas le courage; je la fis porter tout entière chez un marchand de vêtement: d'occasion, et la débattis was par pas, pouce par pouce, avant de pouvoir la livrer.
Elle me rapporta quarante dollars. (C'était bien peu, mais cela renrésentait sept cent milles de chemin de fcr; cela me rapprochait de la patrie de près de deux cent cinquante lieues. Pour me retrouver avec les miens, pour entendre une parole amie, pour revoir les lieux où mon âme
était restée tout entière et que la distance ne pouvait arracher au souvenir, j'aurais sacrifié les objets les plus chers, j'aurais vendu ma liberté, je me serais fait misérable et j'aurais accepté toutes les hontes.
À vingt ans on est chez soi partout. La patrie est un mom qu’on ne connait que par les livres; l'avenir est st long devant soi ! et l’on brûle d'envie de voir, de connaître, de courir de par le monde. On se fait aisément de nouvelles habitudes ; le passé n’a pas de traces, les souvenirs n'ont pas eu le temps de prendre racine, d’envabhir, de dominer le cœur qui a gardé toute son indénendance et toute
souvenirs, e muette, n sacrifice m'avaient les heures irtout, et e pouvais courage ; vêtement:
ar pouce,
bien peu, a de fer; cent cinens, pour mon âme uvait ar.
lus chers, sérable et
e est un ir est 81 onnaître,
de nousouvenirs ir, de doe et toute
sa force. Mais à trente-cinq ans, on a atteint l’âge où l’on n'oublie plus, où l’avenir est déjà à moitié entamé, et où ce qu’il en reste ne suffit pas à rien effacer, encore moins à. édifier à neuf, L'avenir, à cet âge, ne présente que des: images décolorées et des illusions sans vigueur où l'âme n'apporte plus ni foi, ni ardeur, à peine un vulgaire intérét qui a pris la place des sentiments élevés.
Je revins à mon hôtel et j'obtins du propriétaire une réduction de moitié eur msn compte en ma qualité de journaliste, Il me restait assez d'argent pour me rendre jusqu’à Cheyenne, dans un wagon de première classe, pius une trentaine de dollars d'argent de poche pour les besoins de la route. Arrivé à Cheyenne, j'aurais fait exactement la moitié du chemin qui me séparait de Montréal, et cela me paraissait à cette heure une perspective délicieuse. J’adressai immédiatement un télégramme à un ami dévoué de Montréal pour le prévenir de mon retour et lui demander de m'envoyer cent dollars à Omaha. Je calculais que cet argent arriverait avant moi, et qu'une fois parvenu à Omaha, je n'aurais qu’à aller le toucher et continuer ma route sans retard. Omaha, on se le rappelle, est à une journée de Cheyenne ; maïs pour faire le trajet entre ces deux villes, je comptais prendre un train d'émigrants à prix réduit, La fatigue ne m'importait plus; j'allais revoir la patrie et cela me donnait une force surhumaine ! Je méprisais d'avance la lassitude du corps, et les privations et les humiliations mêmes,
200 VOYAOEES.
Le lendemain matin, à six heures, je prenais le ferry, je traversais à Oakland, et à sept heures, je montais de nouveau dans le “ Central Pacific,” qui, cette fois, me rame. nait dans mon cher vieux Canada qu’il me semblait avoir quitté depuis déjà longtemps.
Je fis ‘es premières cent lieues sans presque m’apercevoir que j'étais parti; j'avais en dedans de moi des ailes qui m'emportaient bien plus vite que la vapeur. Je traversai comme une flèche les beaux champs de la Californie en leur donnant à peine un regard ; je revis les Sierras-Nevada et je n’eus pas une émotion; je me serais trouvé n'importe où avec la même indifférence, la même incons. cience de ce qui m’entourait; je ne pouvais regarder que devant moi, à huit jours de distance, la patrie qui semblait m'attendre; tout le reste ne me paraissait qu’un mirage,
J'avais dû cette fois faire des provisions d'avance et j'avais mis dans une petite malle à la main du fromage, du saucisson, un morceau de langue, un pain et une bouteille de cognac. Cela devait me suffire jusqu’à Cheyenne. En ai-je mangé de ce ratafias! Le deuxième jour j'en étais déjà malade; il me semblait que je tournais rapidement en boudin, et que je ne verrais plus le Canada que sous la forme d’une tourtière. Mais jetins bon. Cependant ce n’était pas amusant que ces repas faits dans le coin le plus obscur que je pouvais trouver, à la dérobée, car j'étais réellement honteux, et comme j’avais oublié de m'acheter une fourchette et un couteau, j'étais obligé de mordre à
le ferry, je ais de noune rameblait avoir
apercevoir 3 ailes qui e traversai lifornie en Sierras-Neais trouvé me inconsgarder que
i semblait mirage,
ance et j'aomage, du e bouteille enne, En à étais déjà dement en ue sous la pendant ce oin le plus ar j'étais m'acheter
mordre à
même mon gros saucisson qui me rentrait jusque dans le nez et mon morceau de langue qui avait fini par ne plus avoir de forme, C'était ma bouteille de cognac qui en souffrait ! En effet, pour pouvoir digérer tant de carton mâché, il me fallait l’arroser violemment; aussi, dès la fin du deuxième jour, ma bouteille était-elle évaporée et je dûs la renouveler à un prix fabuleux. Le côté moral de la question n'était guère plus réjouissant, Un homme qui voyage dans des conditions pareilles ne se fait pas d'amis ; en effet, il est difficile de traiter les gens avec du saucisson, et quand on a fait plusieurs repas de cette victuaille compacte, on devient tellement farouche et avide de viande fraîche qu’on prendrait volontiers une bouchée de son voisin.
Done, le saucisson est antipathique aux relations sociales
Nous avions fait environ deux cent cinquante lieues et n'étions plus qu’à quelques heures d'Ogden, Le train s'arrêtait à un village dont jet verdu le nom, et qui est, parait-il, le centre d'opération des joueurs de fonte, des dévaliseurs de toute espèce, de ces rowdies terribles des régions minières, dont il reste encore un certain nombre aujourd'hui, quoique l’exercice de leur profession devienne de plus en plus difficile.
202 VOYAGBS.
Je descendais du train, suivant mon invariable habitude à chaque station, lorsque je me vis abcrder avec une courtoisic particulière par un homme qui descendait, aussi lui, d’un des cars, et qui me demanda si je connaissais la localité et s’il pourrait s’y procurer une bonne bouteille de cognac. Z don't even know the name of the place, lui ré. pondis-je : je suis aussi étranger ici que vous le seriez peutêtre à Kamouraska ou à Lévis.—Lévis! Lévis! reprit mon personnage dont les manières me plaisaient réellement, quoique j'en fûsse un peu surpris, Lévis, c’est un nom canadien, cela, est-ce que vous seriez du Canada par hasard ?—Ma foi, repris-je, oui, un peu, beaucoup même, passionnément ; à ce point que j'en arrive et que j'y retourne... —“ Oh! alors, faites-moi le plaisir de venir essayer le cognac avec moi; nous allons causer cinq minutes de votre pays.”
Je m'exécutai avec grâce et suivis mon individu qui entra, indifféremment en apparence, dans le premier sa/oon qui se trouvait devant nous. Nous nous fîmes servir chacan un verre, Ce saloon n'avait pas une physionomie trèsrespectable, et j'en avais été frappé un instant, mais qu’estce que sela me faisait après tout? Dans un petit village perdu de J'Utah, on aurait mauvaise grâce à s'occuper beaucoup des apparences. A une table près de la bar, était assis un homme presque déguenillé, qui remuait un tas d’or et laissait tomber en outre, à droite et à gauche autour de lui, à même une liasse de greenbacks, quelques billets de vingt et de dix dollars. Il semblait complètement ivre ; il parlait à tort et à travers avec une langue épaisse et roulait des yeux cailles en demandant à tout le monde de tirer aux cartes avec lui,
> habitude une Couraussi lui, sais la louteille de ce, lui ré.
riez peut.
is! reprit
éellement,
un nom a par haême, pastourne...
yer le code votre
vidu qui er saloon rvir chaymie trèsis qu'estt village s'occuper > la bar, nuait un À gauche quelques lètement e épaisse e monde
“Je me moque bien de perdre, s’écriait-il ; prenez, ra. massez mon argeut, je vous le donne.....Quand je boïs, je bois pour six mois, vive Jupiter! Je viens de faire cent lieues, Give me a glass of gin......” Et il allongeait ses longues jambes, se renversait en arrière, bavant, frappant le plancher de ses talons boueux. Mon compagnon, comme fatigué de ses irstances, me dit à l'oreille : “ Voici un gaillard qui va se faire dévaliser ici, c’est sûr. J'aime autant le soulager de quelques centaines de dollars en un tour de main, vous allez voir cela.” Et, sans prendre la peine de regarder l'effet de ses paroles sur ma physionomie, il prit les cartes. En moins d’une minute il avait gagné plus de trois cents dollars. Chaque carte tirée sur trois lui donnait raison, Je restais, malgré moi, cloué sur place, comme ahuri, A qui donc avais-je affaire ? Ce malheureux diable d’ivrogne allait perdre jusqu’à son dernier sou, si le train restait seulement cinq minutes de plus!
En ce moment, deux ou trois autres individus débouchè. rent d’une pièce voisine. ‘ Jouez-vous ? me dirent-ils. Venez, venez donc, vous allez gagner toutes vos dépenses de voyage.” Et ils m'entouraient, me pressaient, me sollicitaient de mettre qui dix dollars, qui vingt, qui trente.…....ete.…..…. j'étais abasourdi ct je cherchais à me dégager. Mais le cercle se resserrait autour de moi. ‘By God, you must play,” dit lan des hommes en me tirant violemment par le bras. Le prétendu ivrogne venait de se raffermir sur ses jambes et me lançait un regard clair, net et menaçant, ‘ Je suis dans
un coupe-gorge, pensais-je en moi-même ; je ne pourrai pas même prendre le train. Le temps d’arrêt expirait et je sentais une angoisse mortelle me serrer le cœur. J'étais en effet dans un de ces bouges terribles où se réunissent à certains jours et pour certains desseins les Desperadoes de cette région dangereuse. Je n'avais pas une arme sur moi, ct puis, qu’en aurais-je fait contre cinq à six gaillards qui jouent tous les jours avec leur propre vie ? Heureusement, qu’en ce mo. ment même, le conducteur du train passa devant nous, ac. <ompagné de deux voyageurs: il rejoignait le train qui allait partir, Je l’appelai vivement ; il se retourna, comprit sans doute, et s’avança jusqu’à la porte. J'étais sauvé ! Par un mouvement rapide, je me précipitai en dehors du bouge avec des jambes d’orignal et le cœur me battant comme une cloche.
Mon compagnon m'avait suivi ct montait en même temps que moi dans le char-fumoir. Il avait repris ses manières affables et son langage agréable. Je voulus avoir le cœur net à son endroit et je pris un siége près de lui pour le faire causer. Il me parla de tous les pays du monde, m'interpella en allemand, en italien, en espagnol, pour voir si je connaissais ces diverses langues, écarta avec une habileté prodivicuse toutes mes questions, me ramenant toujours à quelque sujet nouveau, et me fit:imême la politesse d'un magnifique cigare que j’acceptai tout ahuri.
KT
Une demi-houre après, le train arrêtait de nouveau pour dix minutes. Mon individu prit congé de moi sous un prétexte quelconque et descendit. J'allai dans le Pull man car prendre une bouchée et revins aussi vite que pos
pourrai pas et je sentais en effet dans rtains jours ette région b puis, qu'en ent tous les u’en ce mo.
& nous, ac.
in qui allait omprit sans é! Paru bouge avec une cloche, ême temps 8 manières le cœur net Jur le faire e, m'interr voir si je ne habileté toujours à itesse d'un
veau pour il sous un
8 Je Pull > que pos:
sible; mais le compagnon avait filé; il n’était plus trouva-
ble, Alors, comme saisi d’une pensée subite et par je ne
sais quel instinct monitoire, je portai la main à la poche
de mon gilet, Elle était vide! Vingt-cinq dollars,
toute, toute ma fortune, s'étaient envolés! Il me restait seulement cinq piastres que, par hasard, j'avais laissées
dans ma »etite malle. Pour atteindre Cheyenne il fallait
encore trente heures de marche, d’où vingt-quatre heures
de plus pour atteindre Omaha. Je n'avais un billet que pour Cheyenne, et de lit que jusqu'à Ogden où nous allions arriver dans quatre ou cinq heures. Pour aller de Cheyenne À Omaha, je m'étais pourvu heureusement d'un
ticket d’émigrant ; maïs les trains d’émigrants mettent
deux jours à faire ce trajet que le train de la malle fait en vingt-six heures, Je me trouvais donc n'avoir que cinq dollars À neuf cents licues de mon pays, et cela en plein désert, avec la perspective de trois jours de chemin de fer avant d'arriver à l’endroit où je comptais toucher de l’argent pour continuer ma route.
Dire que mille pensées poignantes se précipitèrent à la fois dans mon cerveau, serait inexact. Pour le moment, je restai froid comme un bloc de pierre. Je savais d'avance que si quelqu'un devait être volé sur le train, ce serait moi. 1e guignon ne m'offre plus rien d’imprévu ; j'ai reçu tant de coups dans ma vie que j'en ai pris l'habitude. Quand je sors sain et sauf des circonstances les plus ordinaires, j'ai toutes les peines du monde à me romettre de mon étonnement, Sans doute il y avait là des millionnaires qui eûssent pu perdre vingt-cinq dollars comme moi j'aurais perdu une épingle ; mais ça n'eût pas été dans les règles, et je n'aurais. pu reconnaître le sort qui m’eût épargné seulement une fois
Contre ce coup de massuc j'essayai de faire bon cœur ; je
me dis que je me nourrirais de pain, de fromage et de lait pendant trois jours, et qu’une fois arcivé à Omaha, je serais sauvé. Le conducteur du truin vint à moi; “$S VEz-VOUs, me dit-il, quel est l’homme avec qui vous êics 2!6 prendre un verre à la dernière station ? C’est le chef de toate une bande de joueurs organisée pour dévaliser les voyageurs sur la route du Pacifique. Depuis un an nous essayons de le prendre en quelque délit flagraut qui le mette à notre merci, mais il nous échappe toujours. Voyez l’effrontcrie de cet homme. Il a été jusqu'à offrir à la compagnie du chemin de fer de lui payer trente mille dollars par an, à la condition qu’elle lui laisse exercer son industrie dans le train même; mais comme il a été remercié, il en est réduit à attirer les voyageurs, comme il l’a fait de vous, dans quelqu'un des repaires qui sont sur Ja 1oute. Il se fait de cette facon pet être cent mille dollars par an; il n’y a pas plus d’un mois, il à pincé un européen à qui il a fait perdre vingt mille dollars cn une heure. Vous n'avez donc pas remarqué les placards affichés dans chaque wagon et qui prémunissent les passagers contre le péril qui les attend ?” …….. .€til me montrait des pancartes où était écrit en gros caractères cet avertissement que je n'avais guère remarqué, parce qu'il ne me semblait propre qu'aux gens qui ont de l'argent à perdre: ‘“ Beware of the card monté players, you will surely be robled if you don't” —Gardezvous des joueurs de monte; sinon, vous serez volé pour sûr””.—Mais je n'ai pas joué, m'écriui-je, je me suis trouvé pris inopinément dans une caverne de voleurs et ils ont vidé mes poches. Comment? Je n’en sais rien; mais toujours est-il que je suis rasé à net.”
tua
e et de lait a, je serais S -VEz-Vous, 16 prendre e toute une
€ à notre effrontcrie agnie du r an, à la e dans le est réduit us, dans se fait de n'y à pas it perdre Jonc pas on et qui ttend ?” écrit en uère re- IX gens | monté Fardez- $ pour trouvé ils ont Mais
R Cœur ; je l
VOYAGEX, 207
div Si. Li Et je racontai mon histoire, j'expliquai à peu près ma tuation.
LA . ve i Déjà bon nombre de passagers avaient appris ce ça éjà : pau. ol Sn { ivé ; mais quand ils surenë qu'il avait fallu site FSU dépouiller complètement, ils commencèrent, < , e chose pour me \ | D ie pour quelques-uns d’entrc-eux, à me regarde n " . de défiance. Je vis bien qu’ils me soupçonnaient vague Me : â ; andi ui ent d’être de connivence, peut-être, avec les bandits a” ui i t que toute cette affaire, \petite en app m'avaient pillé, et q ee ence, n'était qu’une comédie montée pou ce ï ti 1 dans le train. ‘“ Est-ce qu'il va nous or à : victim .* js l'argent ? avaient-ils l’air de penser. Il faut sé défier il, Ces brigauds de l'Ouest ont et de tous dans un pays pareil. Ces brig ee toutes les manières possibles de prendre les gens, et c ee a nest peut-être un, plus habile que les autres, qui é illé à CCUUTS, semblant d’être dépouillé afin qu'on vienne à son dé La ete...” Tels étaient les soupçons, je le sentais presq ue VLUssoes : a :
certitude, qui s’agitaient sur la figure de a re â ‘ A ns 6 ompagnons ds voyage ; et ceite pensée de la réproba us c ; sb à de la délancs outrageante s’ojoutant à tant À ie de 1 j à subis et à craindre, fut pour moi bien plus cruel : ien p Fons | ê ue J'avais essuyée.
douloureuse que la perte même que j
% On peut supporter Je malheur, on ne supporte FE mépris. Le premier n'est après tout qu'un A : sort; le second est toujours une humiliation, qu'il soit o ?
non mérité, En me voyant l’objet non avoué, mais pres que évident de soupçons aussi injustes, je sentis comme une diminution de moi-même. A la série des regrets cuisants, des déceptions de toute nature allait succéder la série des humiliations, c'était trop sur une seule tête, Pendant plusieurs heures je restai silencieux, réfugié dans un coin du car, dévorant avec un serrement de poitrine ce nouveau souci qui m'atteignait jusque dans ma fierté la plus légi. time, dans ce qu’il y a de plus sacré et de plus digne, l'in. fortune. Peut-être ceux qui me regardaient de cct œil oblique étaient-ils de tristes aventuriers enrichis par tous les moyens; je Je crois maintenant. TL'honnête homme, l'homme de cœur réserve toujours son mépris, qui n’est souvent qu'une pitié hautaine, et qu’il considère comme un châtiment déjà trop grand pour l’objet qui l'inspire : le parvenu malhonnête ne peut avoir que des soupçons, mais c'est la première chose qui lui vient à l'esprit. J'aurais pu regarder du haut en bas ces écus vivants qui essayaient du superbe ; mais j'étais pauvre, j'étais absolument inconnu, je mangeais presque honteusement un morceau de pain quand eux ne se refusaient aucune des jouissances du voyage, et la première connaissance que j'avais faite, le seul homme à qui j'eûsse :.rlé, était précisément un bandit!
Je sentis et je mesurai toute la portée de circonstances pareilles, et, ne pouvant les dominer, je parvins à trouver juste assez de force pour m’y soumettre.
KT x
En passant à Ogden, je fis quelques provisions, et surtout de tabac; j'en étais arrivé à un énervement tel qu'il
, Mais pres.
comme une ts Cuisants, la série des * Pendant ans un coin ce nouveau à plus léoi.
digne, l'inde cct œil is par tous te homme, , Qui n'est conime un re : le parçons, mais aurais pu \yaient du inconnu, de pain sances du s faite, le ment un
onstances à trouver
et sur-
el qu'il
me fallait fumer à outrance pour m’engourdir et trouver œtte espèce de calme plein d’agitations sourdes qui degiennent fiévreuses au moment de la réaction. J’essayai de vendre quelques menus objets afin de me procurer un lit dans le Pullman jusqu’à Cheyenne, mais je n’en eus pas letemps, et je repartis de nouveau avec la perspective de passer trois nuits debout ou assis avant d'arriver à Omaha.
La première nuit, je la supportai tant bien que mal; j'étais encore heureusement dans un wagon de première classe; je dormis à peu près trois heures dans des postures que je dus changer dix fois, et le matin je m’éveillai bien avant tous les coqs de l’ouest, A deux heures de l’aprèsmidi, nous devions être à Cheyenne. Je ne dirai rien de œtte partie de la route qui n’offrit du reste aucun incident, et pas d’autres désagréments que de me rencontrer à toutes ls stations avec mes anciens compagnons du Pullman car, et de les éviter de mon côté aussi réellement qu'ils avaient l'air de le faire du leur.
A Cheyenne, le train de la malle resta une demi-heure et me laissa, Quatre heures plus tard je prenais un convoi d'émigrants qui devait me rendre jusqu’à Omaha en un
peu moins de deux jours.
ke
Un train d’émigrants n’est pas précisément un train spé. cal. Ilne faut pas s’en exagérer la splendeur ni les agré. ments, encore moins la rapidité, Le train d'émigrants met quarante heures à faire le trajet que le train de la malle fait en vingt-six ; ainsi donc, le train que j'avais laissé allait ar-
river à Omaha quatorze heures avant moi. Et puis, je pan. sais que si, au lieu de me faire voler vingt dollars, je les avais
encore en ma possession, j'aurais pu me rendre jusqu'a Chi. À
cago et me rapprocher ainsi de cinq cents milles de plus On va voir par la suite de ce récit qu’elle différence énorme cela aurait fait, mais je ne m’en doutais pas alors .. ..] allait que j'épuisasse toutes les fatalités ennemies dans ce voyage qui, même en le supposant le plus heureux du monde, restait dépourvu pour moi de tout attrait et de tout conten. tement moral.
Le convoi que je montais ne contenait pas moins de cinq wagons remplis d’allemands ct d’allemandes en cherche d'une nouvelle patrie, plus deux wagons pour les bœufs, un wagon de fret quelconque et un car à bagages. Je pris place entre les allemands ct les bœufs, à l’extrémité du cinquième wagon
Quand mes compagnons de voyage se furent installés comme moi, ils commencèrent, les uns à défaire leurs paquets, les autres à semer sur les banquettes de bois toute espèce d’effets mêlés de comestibles ; d’autres se déchaussèrent, dé. pouillèrent leurs épaules d’épais gilets pour les mettre sous leurs têtes, d’autres enfin se firent un oreiller de leurs femmes en allongeant les jambes sur leurs voisins, Les têtes et les pieds formaient une ligne à peu près horizontale, un niveau remarquablement uniforme, avec peu de différence d'aspect; ces têtes carrées d’alleman ls sont, en effet, comme des talons de bottes.
Deux heures environ se passèrent au miiieu d’un tobu
ES
t puis, je pan, ars, je les avais
re jusqu'a Chi. À
nilles de plus!
érence énorme alors .. ,.]] 1emies dans ce ux du monde, > tout conten.
moins de cinq cherche d’une fs, un wagon is place entre uième wagon
ent installés -urs paquets, toute espèce ussèrent, dé.
mettre sous eurs femmes s têtes et les è, un niveau ce d'aspect:
e des talons
d’un tobu
bohu bizarre où s’accomplirent tous les actes ordinaires de la vie ; j'omettrai des détails pour le lecteur qui n’est pas trop avide. Déjà quelques-uns ronflaient, d’autres étaient littéralement encaissés dans des échafaudages de paquets, de boîtes et de paniers de provisions. [ls fumaient, ils crachaient ; ils suaient, ce qui était bien pire. Ces bons alle. wands étaient tous vêtus, sous une température de cent degrés, comme nous le sommes en hiver, avec des pantalons, des vestes et des gilets de grosse laine, et jusqu’à des cacheuez, oui, de véritables cache-nez roulés deux ou trois fois autour du cou, et dont aucun de ceux qui les portaient u’avait encore songé à se défaire. Tout cet amas de laine, entassé sur des corps fondants, s’en était rapidement pénétré et se disslvait dans l'atmosphère du car avec une liberté que rien ne gênait, si ce n’est la concurrence que faisaient les émanations de bottes, de soucissons et de jambons presque confondus ensemble, Il y avait là un parfum que Dante n’eût pas dédaigné pour un des cercles de son enfer ; et remarquez bien qu'il yen avait pour quarante heures de ces émanations teutonnes sans autre remède que de s'établir sur la plateforme du car, ce qui était se mettre entre deux courants égalem:nt chargés ; les bœufs en arrière et les allemands devant, il n’y avait pas d’échappatoire possible et l'on était fatalemement asphixié. :
Ah! je la connais aujourd'hui, l'odeur tudesque, et je m'explique bien des désastres de l'armée française dans sa dernière guerre. Combien de canons ‘ Krupp ” ont dû être chargés de bottes de fantassins! C’est là une statistique qu'il serait curieux de relever et qui amènerait peutêtre d'étonnantes révélations.
‘Je ne suis pas mort, non, c’est évident, mais ce n'est
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guère expliquable. On ne pourrait jamais dire ce qu'il y a d’élasticité dans un poumon d'homme, il faut des épreuves pareïlies pour être révélé complétement à soi-même: mais, grand Dieu! combien il est préférable d’avoir une constitution délicate et de succomber plutôt que de résister à une telle expérience |
Tout à l'arrière du train il y avait un petit car que je n'avais pas remarqué, grand environ comme la moitié des autres wagons, et où, pour soixante-quinze cents de plus par nuit, on avait droit de s’allonger sur une espèce de banquette bourrée et couverte en cuir de rhinocéros. Il y avait huit banquettes semblibles, probablemer:: toutes plus dures les unes que les autres; je ne voulus pas en essayer une seconde nuit; je craignais qu’il ne me rentrât dans le corps quelque mâchoire de crocodile ou quelque tibia d’élé. phant, Dans ce petit car, réservé à l’aristocratie des émigrants, il y avait pour boire une eau tiède, couleur de vase, et pour se laver une petite terrine en ferblanc, dans laqueïle tour à tour cinq ou six allemands de haute origine vinrent se plonger le museau en se servant de la même serviette, qui n’était autre chose, je crois, qu’un restant de voile de navire désemparé. Je n'étais pas encore parvenu à ce degré de communisme ct, du reste, À raisonner juste, je ne voyais pas pourquoi je me fûsse sali davantage.
Vous ne savez pas, lecteur, ce que c’est que de passer près de deux jours dans un état pareil. Je ne pouvais
e ce qu'il y des épreu-
soi-même :
d’avoir une > de résister
car que je moitié des nts de plus èce de banéros. Ily toutes plus en essayer rât dans le tibia d’élé ie des émicouleur de blanc, dans ute origine même serrestant de core par-
raisonner sali davan-
de passer ne pourais
toucher à rien qui ne fût crasseux ou graisseux, et, par suite, j'en étais arrivé, à force de dégoût, à ne plus vouloir n'asseoir nulle part. Pas de nettoyage ni de toilette possible; la suie, la poussière et la sueur se mêlaient avec une heureuse aisance sur ma figure et y dessinaient toute sorte de couleurs qu’eût enviées un chef sauvage se ta. tuant pour la guerre; je rôdais d’un wagon à l’autre, cherchant partout quelque petit coin moins souillé où je
pûsse au moins me reposer une heure; c’est ainsi que je
passai toute une journée eb une nuit; mes forces étaient à bout, ma tête pleine de bruits et de vapeurs, et je commençais à ne plus pouvoir distinguer les objets. En outre, les stations étaient innombrables et interminables ; on dirait que ce maudit train d’émigrants les crée au fur et à mesure qu'il avance, Si un sentier se dessinait furtivement en travers de la route ou s’il apparaissait quelque misérable cabane perdue, vite la locomotive siffait et le train arrétait; il fallait tenir le temps réglementaire, c'est-à-dire ne pas arriver à Omaha avant qu'il se fût écoulé quarante-huit heures exactement depuis le départ de Cheyenne,
Enfin, le samedi, vers trois heures de l'après-midi, nous touchions au terme du grand désert américain que je venais de traverser pour la deuxième fois en quinze jours, et nous atteignions Omaha situé au commencement des belles prairies de l'Ouest. Le pire du voyage était fait, mais restait encore le pire des épreuves. (C’est maintenant que j'ai besoin de forces pour continuer ce récit; heureusement que j'en ai repris beaucoup depuis mon retour, et que je vais tenter un effort, le dernier afin de finir, ce qui me délivrera moi-même encore plus que le lecteur.
2i4 VOYAGES,
Omaha est une petite ville de dix-huit mille âmes environ, aussi ennuyeuse qu’on peut le désirer lorsqu'on veut faire quelque temps de pénitence pour inériter le ciel, Pour moi, il me semblait que si j'avais commis beaucoup de fautes dans ma vie, l’expiation terrible que je subissais depuis mon départ du Canada suffisait amplement à me les faire pardonner. Sous ce rapport dono, il me semblait superflu d'arrêter à Omaha, mais la nécessité est une marâtre qui ne s’arrête à aucune considération.
En arrivant, voici de quoi j'étais nanti: deux petites malles qui contenaient les objets les nlus rigoureurement indispensables, parmi lesquels figurait un pistolet acheté dans les circonstances les plus terribles et dont je n’aurais voulu me défaire à aucun prix, plus trois cents américains qui avaient survécu à toutes les extravagances de mon voyage, Pour me transporter à l'hôtel, il fallait payer cinquante cents à l’'omnibus. Je montai dedans sans hésiter. Mais avant de descendre, le conducteur me demanda le prix de la course ; je lui dis qu'il fallait absolument que je me rendisse à l'hôtel, que je n’avais pas de monnaie sur moi, et, qu’aussitôt arrivé, je le paierais avec enthousiasme. Il s’inclina. Rendu à l'hôtel, je m'adressai directement au manager qui me donna de suite cinquante cents ; le moyen pour lui de s’imaginer qu'un homme arrivant de Californie, et s’arrêtant en route, n'avait pas le sou! J'avais pris à dessein le premier hôtel d'Omaha, une maison presque fastueuse ; dans ces sortes
e âmes enqu’on veut r le ciel, beaucoup e subissais nent } me > semblait st une ma-
1X ptites rement inheté dans voulu me ui avaient B, Pour 8 cents à avant de Course ; à l'hôtel, b arrivé, Rendu à e donna naginer n route, r hôtel 3 Sortes
d'endroits, on cache mieux son dénûment, ou du moins, on ne le laisse pas autant soupçonner. Avec les pauvres il est dificile de ne pas passer pour pauvre; avec les riches, le tupet peut remplacer l’argent, et l'apparence est toujours victorieuse, pourvu qu'on sache s’en parer avec art.
Je montai à ma chambre où je passai trois heures à me laver; je fis la toilette la plus imposante possible avec les débris de vêtements qui re restaient, puis je descendis,
. superbe, avec l'intention de prendre le train le lendemain
dimanche, pour me rendre en droite ligne à Montréal.—Re-
marquons en passant que, dans :’Ouest, le dimanche est à peu
près inconnu, et que les chemivs de fer y circulent ce jour là
absolument comme tous les autres jours de la semaine.
Je n'avais pas le moindre doute qu’une lettre de change
m'attendît au bureau de poste, et j'y courus avec toute la
vitesse de l’impatience. En arrivant, je trouvai les portes closes ; le bureau venait de fermer depuis cinq minutes. Bon, me dis-je, comme je ne puis toujours bien pas partir avant demain après-midi, à trois heures, il sera toujours temps d’avoir mon arger: dans la matinée.” Mais je ne songeais pas que le lendemain étant le dimanche, je ne pourrais pas faire négocier ma lettre de change, au cas où elle fût arrivée, et que j'en aurais nécessairement pour une journée de plus à Omaha. Chemin faisant, j'appris que le bureau de poste ne serait ouvert le lendemain qu'entre midi et une heure; cela m'était à peu près égal pourvu que mon argent y fût, mais ce qui ne m'était pas indifférent, ce qui était même absolument impossible, c’était de passer deux grandes journées à Omaha sans un sou dans ma poche,
ke
Comment les passerais-je, ces deux grandes journées ? Comment surtout passer le dimanche, ce jour fatal toujours à l'affût, pour ainsi dire, de mes stations forcées sur la route, avec l'impatience fiévreuse qui bouillonnait dans mon sang, la hâte, la hâte brûlante d’en finir Je cet exécrable voyage dont le terme venait encore d’être reculé? La chaleur intense et le sable, suc lequel Omaha est bâti, m'envoyaient à la gorge comme des bouffées suffocantes qui me desséchaient le gosier. Il était, cependant, plus de six heures du soir; j'avais une soif ardente, mais quoi boire ? De l’eau à la glace ? Il m’en aurait fallu un pot, et c'était peut-être mortel. Du reste, l’eau à la glace ne désaltère pas; depuis Noé, tous les hommes savent à quoi s’en. tenir là. dessus. Sur mon chemin, de minute en minute. paraissaient des sa/oons dont l’odeur me provoquait et m’attirait; j'étais devenu -comme furieux de soif; le besoin le plus pressant était de la satisfaire...….J’avais gardé avec amour, avec religion, une pauvre petite montre bien modeste, mais pour moi d’un prix inestimable : je songeai que je pouvais la mettre en gage et que j'en retirerais quelques dollars qui me mettraient en mesure d'attendre le lundi. (C'était un temps bien court, et, du reste, je pourrais la racheter si facilement !.........Je vis devant moi l'enseigne d’un prêteur sur gages: je m’arrêtai ; allais-je offrir à ce juif le dernier objet qui me rappelait des heures ineffagables, pour toujours consacrées dans mon souvenir ? [l le fallait, c'était la seule ressource dont je pusse disposer ; j'entrai en pâlissant dans cette boutique cruelle où j'allais laisser ce qui me
ne Lancet mme
s journées ?
jour fatal, ions forcées bouillonnait finir de cet être reculé?
ha est bâti, focantes qui plus de six quoi boire ?
6, et c'était
saltère pas;
en. tenir [àte. paris.
m'attirait; pin le plus vec amour, deste, mais pouvais la dollars qui C'était un acheter si d’un préuif le der:
bles, pour ait, c'était en pâlise qui me
restait à cette heure de plus cher; je marchandaiï, je débattis et je touchai quatre dollars.
C'était là ce que me rapportait toute ma bijouterie, quatre dollars ! J'avais gardé ma chaîne de montre pour entretenir l'illusion, et aussi un peu parce que je n’en aurais pas retiré trente cents. Après avoir avalé un pot de bière, je me rendis à l'hôtel. Rien, dans les temps modernes, n’égala le mouvement superbe avec lequel je remis au manager les cinquante cents qu'il m'avait prêtés. J'étais si confiant, si convaincu d’avoir une lettre de change le lendemain, que je me sentais d’humeur à faire des extravagances, Quatre cent soixante lieues seulement me séparaient désormais de Montréal, une enjambée ! J'avais envie de mépriser l’espace; il me semblait que la moitié des Etats-Unis était à moi ct que je faisais un grand honneur aux citoyens d'Omaha que de daigner rester deux jours au milieu d’eux.—Avec trois piastres dans sa poche... et l'espérance, c’est à devenir fou!
J'entrai dans la salle à dîner d’un pas olympien; il y avait à une dizaine de filles qui passaient et repassaient avec des plateaux contenant tous les petits plats qu'on mange d'ordinaire dans l’ouest; celles qui, pour le moment, n'avaient rien à faire, se tenaient à l’écart, un journal à la main et lisant: c’est comme ça. D’autres se promenaient autour des tables avec un éventail et chassaient les mouches; celles-ci étaient de beaucoup les plus occupées. Nous croyons communément qu’il y a des mouches dans le
Canada, notre pays; c’est À un préjugé qui a parfois sa mc raison d'être; mais, grands dieux! qu'est-ce donc en com. #9 » paraison d'Omaha? Là, les mouches naissent d'elles. l'er
mêmes: c’est la génération spontanée dans toute sa liberté de
et sa puissance. Sous un soleil qui marque cent degrés et d'O Ni plus à l'ombre, au milieu de sables qui brûlent les pieds, cap {il | dans une atmosphère que n’agîte aucun souffle, elles s’épa. verc
nouissent ct flottent comme ces milliards de grains de cons poussière que fait apercevoir un rayon de soleil glissant sent tout à coup à travers les persiennes d’une croisée. Chaque voie hôte a devant lui, à table, un éventail qu'il secoue d’une ing main, tandis qu’il essaie de manger avec l’autre ; s’il s’ou. sable blie ou s’arrête un instant, les mouches auront couvert son ruis assiette ct bouché ses narines et ses oreilles. Les portes aban et fenêtres sont doublées de treillis extrêmement fins pour sente les empêcher de pénétrer dans les maisons, mais elies se forment d’elles-mêmes à l’intérieur et naissent pour ainsi Ne dire sous les yeux. La nuit, l'obscurité les tranquillise; di mais dès qu'apparaît le premier raycn d’aurore, elles s’éveil- Lo lent comme électrisées, dansent sur vos paupières, sur vos
lèvres, dans vos cheveux, et commencent un bourdonne- au ment qui, répété de chambre en chambre, de corridor en de corridor, suffit à réveiller tous les hôtes à la fois. Ajoutez ee à cela que les nuits sont suffocantes et qu'il est impossible dun d'établir le plus léger courant d’air, même en tenant toutes Te les issues ouvertes. bus
neuse + | es pe Au sortir de tablo, je me demandai ce que je pourrais js omp
bien faire pour tuer le temps; j’allai me faire raser et couper les cheveux, puis je repartis, en marchant droit devant
parfois sa nc en comnt d'elles.
sa liberté : degrés et : les picds, elles s’épagrains de il glissant Chaque coue d’une ; s’il s’ou.
ouvert s0n Les portes it fins pour ais elies se pour ainsi anquillise ; les s'éveil- 8, sur VOS bourdonneorridor en s, Ajoutez impossible ant toutcs
moi. Onest bientôt sorti d’une ville comme Omaha et l'on ne tarde pas à se trouver au milieu des habitations qui l'entourent comme une ville nouvelle, parsemée de villas et de cottages noyés dans les bosquets. Toute la banlieue d'Omaha est délicieuse; ce sont des collines qui s'élèvent eapricieusement dans toutes les directions, couvertes d’une verdure luxuriante, des ravins et des petites vallées qui conservent un ombrage humide, et d'où s’échappent des sentiers pleins de mystères aboutissant aux prairies qui envoient les mille parfums de leur sol exubérant. (C'est un singulier contraste que cette ville bâtie absolument sur lesable, sans un arbre et sans ombres, avec cette ceinture ruisselante de fraîcheur embaumée, répandant avec un abandon plein de tendresse et une prodigalité délicate ses senteurs vivifiantes.
Devant, coule le Missouri, longue artère vaseuse, tortueuse, aux bords insipides et plats, qui, seul, alimente la ville d’une
eau impossible à clarifier. Au loin flottent et s’enflent, sous:
la fermentation du sol, les longues prairies, semblables à de grosses vaches laitières, aux mamelles toujours gonflées. Du haut des collines les plus élevées, on découvre une vaste éten. due dans laquelle percent cà et là, vaguement, quelques villges perdus dans la mer des plaines ; c’est un spectacle d'une grandeur calme et assouvie ; on dirait que la nature, satisfaite et replète, entr'ouvre mollement ses seins où s’abreuvent ses innombrables nourrissons, Les routes sablonneuses s'étendent à perte de vue, et l’on voit fumer, à tous ls points de l'horizon, les locomotives des chemins de fer gagnanb les villes, grandes et petites, qui, désormais, ne se: compteront plus jusqu'aux rivages de l'Atlantique.
Après une heure d’une marche contemplative, je revins à la ville et me mis à parcourir les deux ou trois rues principales. À part les magasins, les banques et quelques hôtels, il était impossible de trouver là autre chose que des saloons où entraicnt et d’où sortaient tour-à-tour des consommateurs flegmatiques, à la figure ennuyée. Je me rendis à l'hôtel et me dirigeai vers la salle de billard; là, même spectacle, mêm2s physionomies : évidemment, Omaha n’était pas une ville d’une gaité étourdissante. Vers minuit, je songeai que j’avais à peu près tout vu, et que je pourrais bien aller me coucher, en attendant le lende. main qui serait mon jour de délivrance.
A midi précis, dimanche, je me trouvais au bureau de poste et je demandais ma lettre de change, tout prêtà signer mon nom dans le livre des lettres enregistrées: There is no registered letter for Mr. A. Buies, me répondit un des commis du bureau de poste, Cette parole tomba sur moi comme une douche d’eau froide sur un corps baigné de sueurs. Je n’avais pas de lettre! Pendant quelques minutes je restai comme abasourdi, cloué sur place ; puis je songeai qu'il pouvait bien y avoir un retard d’un jour et que, sans doute, le lendemain, ma lettre m'arriverait. Je repartis : chemin faisant, j'entrai dans un bureau de télégraphe et envoyai une dépêche pressante à Montréal, pour demander au moins des nouvelles de mon argent et savoir s’il était en route. Co télégramme me coûta deux dollars et me laissa de nouveau complètement
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àsee. Je comptais avoir une réponse au bout de quelvues heures. Dans la soirée je me rendis au burcsu du télégraphe ; on n'avait encore rien reçu pour moi; je me rendis à deux autres bureaux où la réponse à ma dépêche pouvait peut-être se trouver ; même néant, Jusqu'à deux beures du matin, j'allai ainsi d’un bureau à l’autre sans être plus avancé. Une inquiétude mortelle commençait à me serrer le cœur; je me faisais toute espèce de consolations: ‘C’est un peu cher qu'un télégramme de deux dollars, me disais-je, et mon ami considère qu'il est inutile de m'envoyer un message, puisque mon argent est sur le point de m’arriver.”
Je passai un bout de nuit fiévreuse, sans sommeil, per. dant lequel j’avalai cinq à six verres d'eau à la glace. Au matin, à huit heures, j'avais déjà parcouru les trois bureaux de télégraphe. Pas une réponse encore. J’attendis l'ouverture de la malle: ‘ Nous ne recevons pas de lettre enregistrée le lundi,” me répondit le comumis à qui j'avais parlé la veille. J'en avais donc 2ncore pour une journée de plus. Cette journée, je la passai à aller d’un bureau de télégraphe à l’autre ; que pouvais-je faire et qu'avais-je à faire ? Mon inquiétude était telle que je ne pouvais pas rester assis un instant pour lire une ligue, pas même les nouvelles des journaux. Le mardi, pas encore de lettre, pas encore de message. Le lecteur ne peut pas comprendre, et, moi, je ne saurais lui dépeindre ce que c’est qu’une pareille situation.
Il faudrait au’il eût vu Omaha, qu’il sût l'ennui acea-blant qui règne dans cette petite ville peuplée uniquement
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