F ET
Sverige
Son parfnm vole encor parmi les noirs rochers,
J'entends gémir sa voix au sein des flots amers
Et.son souffle qui passe, et l'oiseau sur la branche Qui chante ses douleurs.
Et la brise, en fuyant sur l’herbe qui se penche, Y recueille ses pleurs.
Que j'étais jeune alors ! le temps n’avait pas d’aile ; Sans vieillir je vivais, et la nuit et le jour
Lorsque j'étais près d'elle, Se confondaient ensemble, et c'était un amour Qui toujours renaissait ; je vivais dans un rêve, Oublieux de cette heure où tout songe s'achève, : Le mien était trop beau!
Soudain je m'éveillai, j'étais près d’un tombeau!
HF
Elle est morte, emportant mon rêve dans son âme,
Le destin prit son souffle à ma lèvre flottant Comme un baiser de flamme,
Je la tenais encore! et son œil expirant
S'éteignait dans le mien; elle n’eut qu'un instant
Pour mourir, et qu’un jour pour aimer et le dire,
Comme la fleur naissante au vent qui la déchire S’effeuille sans effort,
Elle effeuilla sa vie au souffle de la mort.
Tadoussac, 10 août 1871.
Voi clinent votre 1 seignet change le pré) mais i bon ser invoqu n’ex ti
Let aucune homme liens, monde et vén d'aussi d'aussi Il est pocrisi l’empo:
sentim
Voici le roi de l’univers. Devant lui tous les fronts s’inclinent. Souverains de tous les pays, chapeau bas! voici votre maître à tous ; c’est le roi des rois, le seigneur des seigneurs. Justice, lois, institutions, tout cela passe ou change avec le temps, les mœurs ou les pays : lui seul, le préjugé, est universel, toujours absurde, souvent odieux, mais impérissable. Il y a bien quelque chose, comme le bon sens, pour lequel les hommes ont un culte idéal, qu'ils invoquent à chaque instant, mais, dans la pratique, ils n’er tiennent aucun compte.
Le préjugé ne connait aucun obstacle, aucune résistance, aucune froideur ; les plus sages et les plus vertueux des hommes lui obéissent; il a plus de prix que tous les liens, que tous les devoirs. (C’est qu'il n'existe rien au monde, parmi toutes les choses qui portent des noms chers et vénérés, d'aussi profondément humain, je veux dire d'aussi contradictoire, d'aussi capricieux, d'aussi égoiste, d'aussi déraisonnable, d'aussi despotique que le prejugé. Il est le résumé de toutes les petitesses, de toutes les bypocrisies et de toutes les lâchetés, et voilà pourquoi il
l'emporte sur les conseils de la raison, du devoir et du
sentiment,
dll ste à daté
Anomalie, contresens, dérèglement monstrueux, d'où vient qu'il est irrésistible ? Comment naît-il ? quelle est sa raison d'être et surtout de durer? Pourquoi, lorsque la vérité est si facile, si accessible, à la portée de tous, pourquoi, lorsque le bonsens serait si commode, a-t'on recours à ce tissu de fictions, d’inégalités et d’injustices qui constituent le fond de toutes les sociétés humaines ? Pourquoi, lorsque la pente naturelle s'offre d'elle-même, ouverte devant tous, sûre et facile, préfère-t’on prendre mille détours, s'égarer dars toute espèce de sentiers épineux et pleins d’embûches ? C'est que l’homme, ce petit sot ridicule, ce fat incorrigible, veut toujours faire exception. Suivre la loi naturelle, ce serait être comme tout le monde devrait être, et il suffit que tout le monde doive être ainsi pour que personne ne le veuille,
Sortir du commun, c'est là la source de tous les travers, de tous les ridicules, disons le mot, de tous les préjugés. D'un homme seul, le préjugé gagne souvent un groupe, une classe, un reuple, un pays, des pays tout entiers. De là viennent une foule d’usages, de manières de faire, de juger, de se conduire, qui sont aussi détestables qu’insensés. Eh bien! le croirait-on ? Sans toutes ces bêtises, érigées en autant de maximes sociales, en code d’habitudes et de rapports mutuels, l’homme ne serait pas gouvernable,
C'est la convention qui est la règle commune. On la met en axiôme, en proverbe, et, une fois devenue proverbe: qui oserait l’attaquer ? Un proverbe! n'est-ce pas le ré-
d'où est sa que la pour- Cour $ | conrquci, te detours, pleins le, ce vre la evrait Ir que
averss jugés, oupe, s. De e, de Pnsés.
igées ot de
n la brbe; ré-
sumé en quelques mots de la sagesse et de l'expérience des nations ? Ce qu'on prend la peine de formuler avec une concision et une-netteté dogmatiques, ce qui se transmet de bouche en bouche et d'âge en âge pendant des siècles, ce qui semble faire partie du fonds de vérités élémentaires commun aux hommes de tous les pays, les plus distants comme les plus différents entre eux, évidemment cela est incontestable, fondé en droit et en raison, appuyé de l’assentiment de tous. Ilest convenu qu'il n’y a plus à en discuter, de même que de ces bonnes expériences physiques qui, répétées dans des lieux et des temps divers, produisent toujours les mêmes résultats.
Hélas! et dire que ce sont précisément les choses les plus anciennes, les mieux établies, qui sont presque toujours les plus fausses et souvent les plus injustes. Montrez-moi une grosse erreur, quelque grande iniquité, et je vous dirai qu’elle a l’âge du genre humain, C’est la vérité aui est récente ; et la vérité, chose très-claire, très-évidente, très-facile à découvrir pour des êtres qui sauraient conduire leur raison, devient introuvable par l’homme, si ce n’est à force d’études et de labeurs. (C’est sa simplicité même qui la rend difficile à établir ; il y a tant de choses insensées et injustes, qui sont nécessaires, que le pauvre bon sens ne peut plus se faire une place.
Avant que les hommes se füssent décidés, il y a guère plus de trois siècles, à diriger l'étude scientifique par la méthode et par l’expérience renouvelée sur la matière, le préjugé avait envahi jusqu’à la science même.
314 LE PRÉJUaÉ.
- La recherche assidue de la cause, l’examen persistant du fait semblaient être trop audacieux pour l’homme. Il de. vait s'incliner devant un pouvoir supérieur sans chercher à comprendre les lois qu’il avait établies, comme si elles étaient en dehors de son atteinte, Une nuit noire enveloppait le monde qui s’en rapportait au préjugé, c’està-dire à l'erreur érigée en doctrine, Il était convenu que le soleil tournait et non pas la terre ; il était convenu av’il ne fallait pas disséquer un cadavre, et de même, dans toutes les branches possibles des connaissances humaines. L’expérience semblait interdite comme une profanation de la nature, C'était le secret de Dieu et l’homme n’y devait pas pénétrer. On ne savait rien de la chimie et la physique était pleine de tâtonnements puérils ; la géologie était encore à naître, et personne n’eüt même osé soupçonner la
paléontologie qui a refait des mondes disparus.
Il en était de même dans l’ordre moral. [L'histoire n’était guère qu’une suite de fictions et de légendes, et les plus ridicules récits étaient admis sur la foi d'auteurs qui se copiaient les uns les autres. On suivait dans cette branche importante les mêmes errements que dans tout le reste: dès qu’une chose était affirmée et écrite, elle prenait cours et personne ne se fût avisé de la contester, De là tant d'absurdités régnantes. Mais vint la critique, qui apporta dans l’histoire la méthode scientifique; elle y introduisit l'expérience, sans se soucier de la croyance générale et des opinions reques; elle analysa le fait, le plaça en face des témoignages indépendants, l’étudia sur les licux, appela à son secours la lumière des probabilités et des circonstances environnantes ; elle le confronta avec la raison, et, non rassurée encore, elle s’aida de toutes les découvertes
int du Il de.
cher à | elles | envec’estu que qu’il toutes 'expéde la levait sique it ener la
toire et leg S qui cette ut le enait
de la scicice,. Ce fut comme une révélation, et l'histono légendaire dut s'enfuir avec un cortége énorme d’enfantillages, qui avaient été jusqu'alors autant de choses reconnues, incontestées et incontestables.
Lorsque le grand Bacon, fatigué des incertitudes et des incohérences grossières au milieu desquelles se traînait péniblement la science, affirma qu’elle n’avancerait à rien sans la méthode et sans soumettre la nature entière À une expérience illiraitée ; lorsque Newton, se plaçant résolûment en face d’un simple fait, peut-être le plus ordinaire d’entre tous, eut l’audace d’en rechercher la cause et qu’il y découvrit la grande loi universelle, celle de l'attraction ; lorsque Galilée, faisant, aussi lui, de l’expérience indépendante des textes et du préjugé commun, trouva la marche de notre planète en arrêtant pour toujours le soleil, ils ne savaient peut-être pas, tous ces grands hommes, qu’ils enfantaient un monde infini, qu’ils donnaient naissance à une humanité nouvelle pour qui le merveilleux et la fiction, c-à-d. le préjugé dans la science, allaient disparaître pour toujours; ils ne savaient pas quelle impulsion ils donnaient tout-à-coup à l’homme lancé librement dans l’immensité, pouvant fouiller à son gré tous les mystères de la nature. Ils avaient révélé une loi; cette loi appliquée a fait découvrir un monde de choses qui épouvantent l'imagination : ainsi, le soleii, que l’on regardait comme le satellite de la terre et qui est douze cent mille fois plus gros qu’elle, le soleil, avec son énormo cortége de planètes, dont une, Uranus, roule à 732 millions
de lieues de lui, sans compter les comètes qui se meuvent aussi dans sa sphère d'attraction et qui mettent des siècles à parcourir leur orbite (celle de 1680 n’achève sa révolution qu’au bout de 88 siècles et s'éloigne à trente-deux milliards de lieues), eh bien! le soleil, avec tout son système qui nous paraît à nous, pauvres humains, l’immensité même, n’occupe qu’un tout petit coin de l’espace ; il n’est rien en comparaison d’une multitude infinie d’autres astres tous des milliers et des millions de fois plus grands que lui et dont la lumière, celle de certaines nébuleuses par exemple, mettrait, en parcourant 77 mille lieues par seconde, cinq millions d'années à parvenir jusqu’à nous !.........
P: ur révéler à l’homme un pareil infini, pour lui faire comprendre et admirer la création, pour donner une idée exacte de la puissance et de l’immensité de Dieu, on voit qu’il valait bien la peine de détruire quelques préjugés, de placer la science daris sa voie véritable et de lui donner en. suite libre carrière,
Depuis lors, il est tombé une foule de choses, et l’échafaudage de puérilités arrogantes sur lequel la plupart des sociétés se basaient, a été ébranlé de toutes parts. Les peuples, encore à l’état d'enfance, quoique les arts ct Îles lettres eûssent brillé d’un vif éclat chez quelques uns d’entre eux—l’âge mûr de l'humanité étant celui de la science—les peuples, dis-je, avaient besoin du merveilleux pour être dirigés et contenus; ils ne se fûssent soumis à aucune loi purement humaine ; aussi les législateurs et les
‘uvent cles à lution liards e qui nême, en en
tous lui et mple, cinq
faire idée voit s, de en.
LE PRÉJUG$. 317
souverains se donnaient-ils presque tous une origine divine ; les uns, même, se disaient fils de dieux et l’obéissance qu'ils réclamaient tenait du culte; d'autres prétendaient simplement exercer leur autorité en vertu d’un droit divin, d’une délégation directe de la divinité qui avait fait choix pour chaque peuple d’un homme unique et lui avait départi, à lui et à ses descendants, la possession absolue et éternelle de ce peuple.
Il ne reste plus rien aujourd’hui de ces tristes enfantillages qui ont coûté tant de larmes et de sang à bien des peuples ; et le préjugé, banni de la science, de la philosophie et de l’histoire, s’est réfugié dans les mœurs, dans les habitudes, dans les goûts, dans la conduite, gardant encore un empire considérable dans les lois. Son domaine est partout dans les actes de la vie et dans les usages de chaque peuple, et tant que les hommes auront de l’imagination, le préjugé sera souverain. Sans lui, que de choses. déraisonnables, mais charmantes, que d’absurdités délicieuses disparaîtraient ! C’est à lui qu’on doit la plus. grande quantité de poésie qui reste encore à la pauvre humanité: c’est à lui qu’on doit bien des héroïsmes et bien des dévouements qui font sourire la raison, mais qui exaltent et embrasent le cœur. Toutes les sublimes folies, qui produisent souvent de très-grandes choses, viennent du préjugé, et c’est pour cela qu’il se maintient, malgré tout. le mal qu’il a pu faire en revanche.
Le préjugé, c’est l'illusion; de Ïà son charme, de là sa
vertu, de là son empire universel. IL est plus nombreux que les sables de la mer, attendu qu'il se multiplie dans
chaque homme qui est un membre de la postérité d'Abra.*
ham, Aussi, comment passer en revue cette armée innombrable ? Il y a quelques préjugés pourtant que j'aimerais bien à attaquer de front, là, de suite, hardiment, puisque nous y sommes, et parce qu'ils sont bêtes, raison de plus pour être tout puissants :
“ Il faut toujours prendre un juste milieu dans les choses ”’, disent..…...toute espèce de gens. Ah! et indiquez-moi, s’il vous plaît, où. vous en arriverez avec cela, La vérité est absolue; elle ne comporte pas de juste milieu, elle est à l’un ou à l’autre des extrêmes; tout le reste n’est que tolérance et convention, Pour vous former une idée exacte, une opinion que vous croyez saine, entre deux opinions diamétralement opposées, vous prenez un juste milieu ! Vraiment, ceci dépasse toute sottise! De ces deux opinions, à coup sûr, l’une est juste et basée sur le fait tel qu'il s’est réellement passé. Votre juste milieu, tout arbritraire, tout idéal, n’est basé sur rien. Que diriez-vous d’un homme qui, placé entre deux chemins dont l’un mène directement à l'endroit où il veut se rendre, et dont l’autre conduit exactement à l'opposé, prendrait un troisième chemin entre les deux afin d’arriver plus sûrement ? C’est là le juste milieu, la plus sotte erreur qui ait jamais été imaginée, et l’une des plus dangereuses surtout, parce qu’elle se présente avec un caractère de modération et de conciliation qui attire et en impose. Le tout, dans la vie, est de savoir lequel des deux chemins mène au but qu’on veut atteindre; pour cela, il faut bien des recherches, bien des obstacles renversés avant que l'évidence
mbreux lie dans d'Abra.* ‘innomimerais puisque de plus
ans les b indi.
2C cela, milieu, > n’est le idée deux juste le ces sur le rilieu, Que emins ndre, it un sûreui ait tout, ation dans L but cherence
éclate; mais on arrive presque toujours en se mr vaut de sa raison, tandis que, par le juste milieu, on n'arrive ja- | mais à rien, ù 1 Cet axiôme, cependant, tout stupide qu'il ent, a “ pré- |] tention d’être sage; être sage, c-à-d. être oi l’un ni 4 [1 Il est surtout en grand honneur parmi nous, peuple e gens modérés, s’il en est. Et en quoi, je vous PUS |) lieu est-il plus juste que les extrêmes ? Je voudrais savoir comment, flottant entre deux crreurs, je les recti . rais et je trouverais la vérité en me plagant pue: j entre elles deux. Ayez horreur du juste milieu Wu e Hi l'eau tiède; royez extrêmes; il vaut mieux être a tement dans l'erreur que de traiter la vérité comme si elle # partageait, Ceux qui la traitent ainsi ne | aiment pes és a cherchent pas, et ne peuvent ni la trouver ni la défendre,
Il y a un autre préjugé passablement ridicule et injuste, familier surtout aux gens de collége, ce qui n a pes qu'il se répande aussi beaucoup dans le monde: Un e a beaucoup d'esprit, ou d'imagination, où de mémoire, donc il n’a pas de jugement.” Cette manière d’exclure la raison chez les hommes brillants me paraît un peu péremptoire. Parce que bc avez des dons agréables, il faut absolument que vous n'en ayez aucuns de sérieux! C’est bizarre et c’est ons que de vouloir réformer ainsi l’œuvre de la ie : je sache pas, pour moi, que les facultés de | AE 8 rs entre elles, je ne vois pas qu'un homme d’un bon juge-
ment soit fatalomont jourd et obtus, ni qu'un autre, ayant l'esprit, l'imagination ou la mémoire en partage, soit un écervelé, un exalté, et qu'on ne puisse reposer aucune foi dans son bon sens. Il en est ainsi cependant, et vous vous trouverez invariablement victime de l’une ou de l’autre défiance, suivant que vous avez l’un ou l’autre de ces dons.
Je m'arrête ici dès le commencement de cette revue des trazers humains, pour ne pas me laisser entraîner sur une pente sans fin. Que de choses il y aurait à dire sur les préjugés de race, de secte, de classe !......ete.........Beaucoup, beaucoup de choses......pour et contre: car si les préjugés soni des écarts de la raison, certaines conditions sociales étant données, ces écarts sont nécessaires, légitimes, louables même. Sans eux, les hommes ne s’attacheraient ni ne se dévoueraient à ‘rien; il n’y aurait plus ni patriotisme, ni conviction, ni amour, la plupart des vertus mêmes disparaîtraient, et l'humanité serait tirée au cordeau, scientifiquement dressée, mais tout prestige, toute illusion, tout charme en seraient bannis. St. Paul disait: ‘(Il est nécessaire qu’il y ait des hérésies”; de même pouvons-nous dire : ‘ Il est nécessaire qu'il y ait des préjugés.” Bien des erreurs sont douces et chères; et bien des travers, bien des ridicules apportent plus de joies et de consolations au pauvre genre humain qu'ils ne lui causent de souci.
Tant que nous ne serons pas parfaits, ayons des préjugés; mais efforçons-nous de les borner exclusivement au domaine des mœurs, des vsuges, des habitudes, et banissons-les de celui de l'intelligence ; attaquons surtout ceux qui se parent de la raison elle-même pour la défigurer et défions-nous bien des proverbes.
e, ayant soit un cune foi JUS Vous l'autre de ces
vue des sur une sur les Beaur si les ditions lépitittacheplus ni vertus Au Cortoute iul di- LE] } de y ait 1ères ; s de ils ne
prétau aniseux br et.
Pourquoi voit-on tant de bassesses tous les jours et qui peut rabaisser ainsi le caractère des hommes ? C’est la faiblesse de penser que les autres sont meilleurs que nousmêmes et de croire leur estime au dessus de notre mérite, C’est la lâcheté de vouloir paraître non pas ce que nous sommes, mais ce que d'autres veulent que nous soyons, nous effaçant ainsi sans cesse au point de nous croire indignes du bien même que nous faisons.
Ce n’est pas notre propre fonds que nous cultivons, ce sont les jugements d'autrui; ce sont ses erreurs, ce sont ses préjugés, ses jalousies et ses envies.
Nous r’avons plus même de vertus qui soient à nous en propre et nous ne voulons que celles qu’on nous reconnaît ou qu'on nous prête,
Le propre du respect humain, c’est de vouloir paraître vertueux au prix de la vertu elle-même, Il faut qu’on soit loué, et dès lors on se croit homme de bien; mais ce ne sont pas les hommes qui font la vertu, c'est la vertu qui fait les hommes,
te
mg ion eue eme gente ess = me
Un peuple est toujours jeune tant qu’il conserve l'esprit de progrès. L'homme qui.est sur le retour de l’âge s'affai. blit de jour en jour ; mais les peuples, qui se composent de générations, se renouvellent sans cesse. Seules, les nations qui interdisent la critique eur les choses qui les intéressent le plus, comme la religion, le gouvernement et les lois, ne peuvent échapper à la décadence.
Il se peut qu’un peuple diminue ou des à mais il se retrouve toujours plus tard chez le peuple qui lui succède ct qui fait une étape de plus en avant.
C'est nous qui sommes les vieux, et ce sont les anciens qui étaient les jeunes, Il ne faut pas se renfermer dans le sens de nation, mais se mettre au point de vue de l’humanité, pour être dans le vrai.
Sylla fit voir aux Romains qui commençaient à être énervés tout ce que peut iaire celui qui ose. Plus tard, Auguste montra aux Romains devenus esclaves tout ce qu'on peut faire sans rien oscr.
Quand on veut établir la tyrannie, c’est du peuple qu’on se sert. On a toujours vu les ambitieux commencer par attaquer ou par corrompre les lois établies dans les états qui ont perdu leur liberté; puis plonger le peuple dans une licence sans bornes, état qui ne peut durer à cause de son excès même: et comme on ne peut rendre à un peuple corrompu le respect des lois, il n'y a plus que la tyrannie
qui puisse faire cesser la licence.
La Liberté consiste dans le pouvoir de faire tout ce
qu'autorisent les lois qui ne peuvent avoir d’autre but que de la garantir. Dans les états asiatiques, les lois semblent
tinu hom cons
l'esprit
s’affai.
m posent , les nales intéit et les
aig il ge succède
anciens r dans le l’huma-
tre énerard, Auce qu'on
ble qu'on bncer par les états ple dans cause de n peuple tyrannie
tout co but que semblent
destinées à fortifier le :despotisme ; c'est pourquoi elles y sont si peu respectées, On y voit un pouvoir qui peut tout entreprendre, et un troupeau d’hommes qui ne peut jamais assez s’abaisser, Nul pouvoir intermédiaire pour protéger les uns et pour réprimer l’autre. En effet, si vous ne savez pas employer le seul moyen propre à vous défendre, si vous n'avez jamais connu l’exercice des lois, vous n'êtes bons qu’à servir.
C'est le respect aveugle de l'autorité qui fait le soutien et la force du despotisme. On n'ose contester ce qui est établi depuis si longtemps: l’usurpation, l'arbitraire, les excès de tout genre deviennent des droits ; car le despotisme ne peut se soutenir sans créer toute espèce d'abus, sans violenter la pensée, les instincts, sans diriger sans cesse les hommes vers l’obscurcissement et sans porter incessament la corruption dans les mœurs; il l’engendre comme l’eau stagnante produit la boue.
Le mobile des progrès modernes, c’est la liberté individuclle. Cette liberté, sans les associations, est inféconde. Les associations, sans la liberté, sont des engins de tyrannie.
Les républiques ont besoin de progrès et d'activité continuels; car rien n’est ardent comme les passions des hommes libres. La liberté est comme le volcan qui se consume lui-même quand il ne peut éclater au dehors.
Les sciences positives naissent des rapports qu'il y a entre les choses ; c’est parce que ces rapports sont absolus que les sciences positives présentent un objet sûr à étudier,
L'espace étant infini, la durée doit l'être, L'un implique nécessairement l’autre, On ne conçoit pas un espace qui n’a pas de bornes sans une durée corrélative qui s'étend à tout ce qu'il renferme.
La vie ne se mesure pas au nombre de jours qu’on a vécus, car cela, ce n’est rien, rien, mais à la quantité et à la valeur des choses qu’on a faites.
Ce qui est divin ne peut se démontrer par des moyens humains ; cela s'impose, éclate par l'évidence. Dieu se marifest: et ne se démontre pas. Si l’on pouvait le disceuter, il n’existerait plus.
La marche lente du progrès est sans doute celle qui convient le mieux, car les intérêts qu’elle blesse ne sont que passagers ct se confondent bientôt dans les résultats généraux, Il en coûte trop de détruire brusquement tout un système; les rc'olutions violentes ne peuvent naître qu'à la suite de nécessités impérieuses trop longtemps méconnues.
y a solus dier.
lique è qui end à
31 Décembre 1874.
Lorsque je fis mes adieux à l’année “737”, je ne savais pas que cet adieu dût commencer un volume et bien des mois encore après, j'étais loin d’y penser. C'était par une nuit douce, étoilée, mélancolique. J'étais rentré Lien tard dans ma chambre solitaire, après avoir essayé en vain de secouer un pressentiment sinistre qui m'étreignait comme l'angoisse serre le cœur au sentiment d'un danger invisible, mais qui plane sur soi, qui enveloppe et menace de toutes parts. Je ne savais si c'était la mort ou quelque chose de pis qui s’avançait avec cette nouvelle année dont je franchissais tant à regret le seuil; au prix de toutes les joies à venir jaurais voulu arrêter le temps; j'attendais avec épouvante la première heure de ‘ 74” comme on regarde venir, dans un navire sans défense, un orage plein de ténèbres. :
Et maintenant, voilà que cette année tant redoutée a déjà disparu ! Que reste-t-il de ce souffle qui a passé dans l'infini de la durée ? Pas la plus petite trace, pas même un souvenir, puisque les hommes sont tout entiers à l’année nouvelle, On croit vivre, on compte pour quelque chose ette miette du temps qui est donnée à notre globe, l’un
des plus petits parmi les milliards d’astres qui peuplent l’espace ; dans sa prétention enfantine, l’homme a divisé cet atôme en années, en mois, en jours, en heures et jusqu’en secondes, comme si la vie tout entière de l'humanité était seulement une seconde même pour le reste du temps!
Sait-cn bien ce que c’est que notre histoire? Soixante siècles! Prenez soixante hommes qui ont vécu chacun cent ans, et chaque siècle en produit d’assez nombreux, mettez-les côte-à-côte et vous aurez là toute l'humanité; à un bout, “75; à l’autre bout, Adam et le paradis terrestre. L'homme d’aujourd’hui, l’homme moderne qui croit en savoir long, parce qu’il a trouve la vapeur, l’électricité, le par-à-foudre et quelques secrets des autres mondes, pourrait parler au père commun de tous les hommes ; un espace de soixante-quinze pieds seulement l’en séparerait, en donnant au buste de chaque homme une moyenne d’un pied et quart. Adam entendrait ia voix du dernier centenaire et chacun d'eux aurait vu la soixantième partie de tout ce qui s’est passé dans le monde !
Qu’'auraient-ils à se dire? Résumez toute l'histoire et voyez si cela vaut la peine d’être raconté. Des folies, des guerres, des massacres, des impostures puériles et séculaires imposées à l'imagination ceffrayée, des persécutions, des atrocités de toute nature, la haine continuelle, toutes les plus mauvaises passions à peine mitigées par quelques correctifs, s’il est vrai que nos vertus elles-mêmes sont faites de vices et de bassesses, si l’orgueii joint à l'avarice engendre l'ambition, si l'amour vient de la concupiscence, si l'amitié naît de l’égoïsme, si la prudence vient de la peur, et si la folie ou l’arrogance enfantent le courage.
uplent
divisé et jusmanité temps |
ixante hacun ibreux, aanité ; paradis ne qui l’élecautres us les lement ne une oix du
oixan- |
bire et s, des laires , des s les lques sont parice ce, si peur,
Maintenant, combien d'hommes en chaque siècle ont été les flambeaux de l’humanité, l'ont dirigée dans une voie sûre, portée vers de nouvelles connaissances, ont agrandi et éclairé ses horizons? Comptez-les, Reportez ensuite vos yeux sur cette masse confuse, épaisse, énorme, qui se déhat dans les ténèbres de la vie, en augmentant tous les siècles par dizaines de millions, et voyez tout ce qui reste à faire et qu’on aurait fait si l’homme n’était pas le triste jouet de toutes les erreurs et de toutes les petitesses,
Et cependant on s’agite, on prépare, on dispose à l’avance, à l'avance ! quel mot illusoire ! on se bat, on se tue, on aime, on espère. Quoi! est-ce que l’homme a le temps d'espérer ? Entre la conception du vœu et l'instant de sa réalisation, qu'est-ce qui s'écoule et cela vaut-il la peine d’être compté? On avance péniblement, douloureusement. Chaque conquête de la science est débattue, contestée, rca poussée souvent et condamnée. On ne peut faire un pas de l'avant sans des luttes mortelles, et ainsi, en supposant que l’homme, par des transformations multipliées indéfiiniment, arrive à la perfection, ce ne serait qu’au prix d’une souffrance incessante.
Voilà notre lot. Il faut le prendre et vivre. Vivre! que dis-je là? Eh quoi! nous mourons à toute heure, à chaque instant de ce que nous appelons la vie. L'homme commence à mourir du moment où il naît à la lumière ; chaque jour, il perd quelque chose de lui-même et chaque
instant est une souffrance, souvent inconsciente, mais tou-
jours réelle, qui hâte pour lui l'heure solennel où il doit devenir un être tout différent, tout nouveau. Il lui suffit de sept années pour se renouveler entièrement, après quoi il ne reste plus une seule fibre, une seule molécule de ce qui constituait auparavant son organisme, À chaque instant il a perdu et gagné de la matière; pas une seconde de la vie où il ait été absolument lui-même, si ce n’est par la pensée, par la conscience individuelle qui le sépare du reste des hommes,
Eh bien! qu'est-ce que c’est que la pensée? C'est la seule chose grande qu’il y ait en nous. Par la pensée J’'homme est au dessus et plus grand que tous les mondes réunis, et il y en a des milliards de milliards auprès desquels la terre n’est pas même comme un grain de sable: Par la pensée l’homme embrasse en un instant tous les astres qui parcourent des millions de lieues par seconde dans l’univers infini, Si l’immensité n’a pas de bornes, il n’en existe pas non plus pour la pensée humaine qui la conçoit et qui peut s'élever à toutes les hauteurs, se répandre dans toute l'étendue. Que dans un être qui n’est rien, il y ait une chose qui soit plus grande que tout ce qui existe, voilà la merveille! On reste confondu, éperdu, devant l’inanité de tout le reste.
Sait-on bien qu’il meurt par semaine trente-cinq millions de créatures humaines ? Calculez le total que cela fait au bout de trois cent-soixante jours, et voyez la folie des hommes qui saluent la nouvelle année. Le tour de chacun
viendra, ct ce qui serait risible si ce n’était lugubre, c'est:
le mal que chacun se donne pour échapper à ce qui est inévitable. Tout passe, et l’immortalité même du génie repose sur la plus fragile des bases, sur le souvenir des
hor
ob) rer cor on lev po vis ho:
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doit suffit quoi e C6 e inonde b par e du
st la engée ndes desable + s les onde es, il ui la épanrien, > qui L, de-
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1 est pénie
des
hommes, Cinquante, cent hommes de génie ne sont rien, parce que le torrent du temps passe et emporte tout,
Alexandre, Platon, Cicéron, César sont morts, il y a déjà vingt siècles et plus. Ces hommes là en général vivent moins longtemps que les autres, mais ils vivent plus longtemps après leur mort, Qu'est-ce qui fait les hommes grands? (C’est le souvenir plus long qu’ils laissent ; ils prennent plus de place dans le vide. On mesure et on pèse le crâne de chacun d'eux; il contient plus de poussière que celui de la plupart des humains ; cet excédant de poussière fait l’immortalité.
Diogène fut le plus sage des hommes, “Je ne demande qu'une chose, ” disait-il à Alexandre, ‘“ c'est que tu t'ôtes de devant mon soleil.” Et ce philosophe chrétien à un grand empereur: ‘ De tout ce que vous m'offrez, je ne désire qu’une chose, le salut de votre âme.” Ces deux hommes comprenaient que tout est rien.
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Ah! penser, espérer, aimer, dévouer toute sa vie à un objet ou à une affection, jeter les germes de choses qui dureront des siècles, avoir des aspirations infinies, rêver constamment des cieux, de l'éternité, de l’immensité, quand on est un pauvre petit être qui ne peut seulement pas s’élever à un pied de terre, sentir le monde comme trop petit pour le bonheur qu’on peut avoir dans une minute de ravissement, avoir des désirs qui, réalisés, feraient de chaque homme un dieu éternel, omniscient, omnipotent; tout concevoir, tout embrasser, tout vouloir, tout espérer, et savoir
qu’un jour on sera sous six pieds de terre, pourrissant, et de sa mort même donnant la vie à des milliers de vers hideux !...,Allez done maintenant, tristes mortels, allez vous embrasser, vous serrer l’un à l’autre les mains, vous faire tous les souhaits possibles de succès, de félicité et de longue vie.........malheureux ! vous avez déjà sur les traits les reflets anticipés de la tombe, Vous faites un jour d’allégresse, de bruit, de mouvement animé ‘et joyeux de celui-là même qui devrait être un jour de regrets et de tristesse, Tous ces dehors de fête, toutes ces réjouissances par lesquels ou salue le nouvel an ne sont qu’une lamentable imposture : chacun, en effet, a perdu là une année, une anhée qu'il ne retrouvera jamais, dont le deuil est éternel, et que gagne-t'il? que peut-il attendre ? Ce com plaisant mensonge ne saurait attendrir le temps, et l’on a beau parer un jour la vicillesse qui s’avance, il lui reste trois cent soixante-quatre jours pour faire son œuvre et pour détruire tous les souhaits, toutes les illusions qui l'ont saluée à son aurore.
L'année qui vient de finir est pavée de jeunes tombes encore à peine fermées, et les fleurs qu’on eût déposées peut-être au jour de l’an sur des fronts pleins de fraîcheur et d'espérance, on va les mettre tristement sur des linceuls ! Ab, oui, certes ! pour beaucoup de ceux et de celles qui ne sont plus, on n'eût jamais songé à faire des souhaits ; ils semblaient porter une vie pleine de force autant que de jeunesse et pouvoir tout attendre de l'avenir. La mort elle-même ne se doutait pas de ce qu'elle allait accomplir ; elle n’avait pas marqué d'avance ces victimes égarées sur son chemin ; sa moisson de têtes blanchies et de cœurs usés lui semblait suffisante, et lorsqu'elle emporta dans
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son noir manteau tant d’existences de vingt ans frappées à l'improviste, ce fut comme l'orage détourné brusquement de sa course dans les forêts et s’abattant sur les parterres pleins d'éclat et de rosée.
Maintenant, il en reste encore à atteindre et la mort peut choisir. Cette année aussi il y aura bien plus de deuils que de joies, et les hommes se lasseront peut-être enfin de se féliciter pour tous les chagrins qui les attendent. Oui, je n'ose en calculer le nombre de ceux qui tomberont cette année comme les épis verts sous une faulx avide; il me semble que, maintenant, plus on a de jeunesse, plus on brille, plus on s'offre aux coups de la mort jusqu’à présent aveugle et indifférente. Ce qu’il faut désormais à ce bourreau blanchi par les siècles, ce sont les printemps ; il est las d’une œuvre monotone et de ramasser sans passion des victimes signalées d'avance : à sa fantaisie lugubre il faut se soumettre ; l’homme, le maître de la nature, ne l’est pas d’un soufle de vie, et toutes les prières, toutes les supplications, tous les soins et toutes les résistances ne sont rien pour cette ombre qui passe, insaisissable, inexorable, toujours fuyante cet jamais disparue, Fantôme éternel, il promène son énorme faulx sur la terre entière dans le même moment, abat tout ce qui se trouve sur son passage, et l'instant d’après il recommence ; il moissonne, moissonne sans cesse, sans jamais rien semer, si ce n’est la pâture qu’il offre de nos corps à la terre qui les a nourris et qu’ils vont nourrir à leur tour. Ainsi, plus de cent générations onten vain rempli la terre de leurs ossemens ; elle en a rendu la poussière à l’espace ; il ne reste plus rien de palpable de ce qui a vécu, aimé, joui pendant soixante siècles. Que sommes-nous, chacun pris à part, dans cet épouvantable
effacement, et à quoi bon nourrir des projets, des ambitions, des espérances? Cette protestation éternelle des aspirations de l'humanité contre le néant a quelque chose qui échappe à l'analyse et qui est au dessus de la science, Nous savons que nous ne sommes rien, que notre vie n’est pas même une minute dans la durée, et, cependant, nous aspirons à l'infini, Rien ne prouve davantege la certitude nour l'esprit d’une vie sans limites.
Non, je ne croirai jamais mourir tout entier, si cela était, je n'aurais plus ni bonheur, ni transports, ni élans, ni dévouement, ni rien de ce qui exalte l’homme dans l’abnégation, dans le témoignage de la conscience et du de-
voir accompli. Or, si le devoir, la conscience ot le sentiment existent, il faut qu’ils servent à quelque chose en dehors de cette vie qui ne leur offre aucune compensation valable. Que me donnent l'estime, l’affection ou le respecd’un être périssable, aussi chétif, aussi fragile que moit même, dont la vie est moindre que ec le de la plupart des choses animées ? La considération d’une créature que je sais n'être rien, puisque le néant l'attend, qui n’est qu'une illusion, qui revêt quelques instants une forme afin d'accomplir certains actes qui sont autant de fivtions, ne vaut pas beaucoup la peine d’être recherchée; et, ainsi, toutes nos vertus, dépouillées de ce qui seul fait leur grandeur et leur mérite, ne conservent plus même les mesquins et vulgaires mobiles du respect humain et de l’amour-propre.
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La mort, qui n'ouvre pas une vie future, est terrible, épouvantable, pleine d’horreurs et d’angoisses. Quel courage, quelle force d'âme peut la faire regarder de sangfroid, si elle doit être suivie du néant? Avoir été tout, du moins par la pensée, avoir été créé pour l'infini, l'éternel, puisque l’esprit l’embrasse toutes les fois qu’il s’y porte, avoir été un dieu par les aspirations et le sentiment invincible de l’immortalité, et savoir que dans un instant on ne sera rien, qu'il suffit pour cela d’un souffle de moins... non, non, il n’y a pas un homme qui se soumette à un pareil destin, et le blasphème naît immédiatement sur les lèvres. Il n’y a plus de Dieu possible; on ne pourrait plus supposer que l'existence éternelle d’un génie du mal procréant sans raison, sans objet, des êtres à qui il ferait sans cesse tout espérer afin de tout leur enlever, à qui il donnerait des aspirations infinies qui ne seraient que des déceptions et des chimères, des êtres faits uniquement pour souffrir, sans compensation après en avoir espéré une toute leur vie, d’une souffrance stérile parce qu’elle maurait ni objet ni récompense. Si cela était, l’homme maudirait sans cesse le jour de sa naissance ; il en voudrait à la vie qui ne lui donne que des jouissances factices, et il serait sans force contre les dernières douleurs parce qu'il serait sans espoir, Son agonie serait horrible, inexprimable, Si cela était, la vie serait le plus grand des fléaux, et de la donner le plus grand des crimes.
Matérialistes insensés ! Quand bien même votre système serait irréfutable, démontré À l'évidence, de le prêcher vous ferait encore les plus odieux, les plus aboininables des
hommes, Vous enlevez à la pauvre humanité le seul bien qu’elle possède, et encore ce bien n’est-il qu’une espérance ; vous lui ‘enlevez la source de toutes les belles et grandes choses, l’aiguillon, le mobile le plus certain des bonnes œuvres. En effet, du jour où je n’ai plus aucune raison d’être honnête, dévoué, vertueux, de croire enfin ! il ne me reste plus rien.
Mais non, ron, vous n’atteindrez jamais jusqu'au fond des âmes, vous ne saisirez jamais ce qui échappe à l’analyse, ce qui me fait vivre en dehors et dans une autre vie, bien plus qu'en moi-même. Votre science monstrucuse, qui mettrait fin du coup à toutes les sociétés humaines et renverrait l'homme à un état plus hideux que celui de la brute, s'arrête au seuil de la conscience, devant la même aspiration, universelle et inébranlable, de l'humanité entière, Que tous les hommes soient convaincus qu’ils n'ont plus rien à attendre en dehors de leur existence présente, et de suite l'amour entre eux disparait, l'amour qui est le fond même, l’unique source de tout bien. Un désir effréné de jouissances exclusives s’empare de chacun: et, pour y parvenir, tous les crimes deviennent permis et légitimes ; car dès lors qu’il n’y a plus de conscience, il n’y a plus de crimes.
Voyez les pays où l’on remarque un développement excessif des choses matérielles. Un appétit féroce de richesse qui absorbe et consume toute la vie, le lucre violent ci sauvage, une soif brûlante de plaisirs grossiers, aucun frein à la nature bestiale qui a déjà une si grande part de
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nous-mêmes ; l’homme y perd rapidement toute conscience, tout sens moral, jusqu’à la plus vulgaire honnêteté ; on n’est plus sûr de qui que ce soit; la confiance réciproque dispa-
raît avec les autres vertus; et, si des lois antérieures n’ex-
istaient encore qui préservent la société d’une barbarie complète, on y verrait tous les crimes impunis. Le niveau général des sciences et des qualités morales diminue: dans ces pays ii ne saurait y avoir de penseurs ni de grands hommes en aucun genre, car on n’y apprend que ce qu’il faut pour n’être inférieur à personne, savoir protéger ses intérêts et atteindre à cette hauteur commune où s'arrêtent également tous les fronts, où battent également tous les cœurs.
Hélas! hélas! les hommes n’avaient donc pas enccre assez de moyens d’abréger et de souiller leur vie, ils n’avaient pas fait assez encore pour effacer en eux tout vestige
de l'empreinte divine, de ce caractère glorieux qui les sépare du reste de la nature et leur donne quelque chose de Dieu même, il fallait qu’une école maudite vint leur démontrer savamment qu’ils n'ont pas même de pensée, que tout en eux est une fonction, que leur libre arbitre n’est qu’un mot chimérique, qu’ils ne veulent pas ce qu’ils font, que le système comyict de l’univers n’est qu'une machine aveugle, inconsciente, dont l’homme est une des innombrables molécules. Ah! périsse la création entière s’il en est ainsi, si nous n’avons pas d'âme, nous qui aimons, nous qui espérons, et dont les désirs s'élèvent vers une perfecti. bilité indéfinie, Alors mettons au plus vite un terme à cette existence pleine d’horreurs, de craintes et de souffrances, ne la propageons pas, ne la transmettons pas à d'autres, rentrons au plus vite et de nous-mêmes dans Je
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néant d'où nous sommes sortis par un cruel mystère, rendons à la nature son perfide cadeau, et, afin de ne plus être quelque chose au prix de toutes les douleurs, ne soyons plus rien : voilà la seule solution conséquente et sensée du matérialisme. (Ce système est l'ennemi de tout ce qui gonstitue l’homme spirituel, eh bien! qu’il le détruise, et, avec lui, l’homme physique qui en est inséparable,. Quand notre pauvre planète sera ainsi dépeuplée, soyons tranquilles ; l'humanité a encore bien d’autres lieux de refuge, à part ce petit morceau de l'univers froid, dur, noir et stérile, qu’elle arrose de ses sueurs depuis des milliers d'années.