‹ Chroniques [microform]Chapitre 10 sur 74 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Comment it roi s'en alla ie |)ari6 à 0loi$ , et du parlement be la reine îre Hongrie.

Pour recommencer à dire des faits louables de très-chrétien roi Louis douzième , et les œuvres des François de Tan i5o2 publier, j'ai voulu, en continuant propos sur lesdites choses, mettre en œuvre historial ce que j'en ai pu voir réellement , et au vrai savoir, et dire que , en l'an mil cinq cent deux, le huitième jour du mois d'avril, le roi partit de Paris pour aller à Orléans et à Blois, auquel lieu de Blois séjourna le surplus des jours dudit mois d'avril et tout le mois de mai. Et lors vint en cour le roi de Navarre , accompagné de grands seigneurs et gentilshommes de son pays, pour

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voir le roi, et lui ofïrir tout secours, plaisir et service, lequel fut joyeusement reçu du roi et de la reine, et traité à souhait.

Or, vint le temps que madame Anne de Foix, reine de Hongrie, partit de Blois pour s'en aller en son pays, laquelle, nonobstant les titres royaux dont elle étoit douée, elle se voyant séparer de ses parens , éloigner de ses amis, et étranger de sa naissance, fit à son partement tant piteux lament et deuil si excessif, que tous ceux qui départir la virent en eurent amère douleur et ennuyeuse peine, et tant, que tels François y eut, qui pour la riche valeur et louée bonté dont elle étoit comblée, la regrettèrent jusques au dégoût d'un torrent de chaudes larmes. Le roi lui bailla un de ses maîtres d'hôtel , nommé Louis Herpin , et plusieurs gentilshommes des siens, pour la conduire et défrayer, elle et tout son train, qui étoit grand, jusques à Venise. La reine pareillement lui bailla plusieurs de ses damoiselles, pou r l'accompagner j usques en Hongrie . Et ainsi prit pays la bonne dame , regrettée des François et désirée des Hongres. Au partir de Blois, elle eut telle suite de prélats, princes et gentilshommes , que à la vue des présens étoit objet délectable. Entre autres y étoient le légat, cardinal d'Amboise , Engilbert, comte de Nevers , Louis de Luxembourg , comte de Ligny, et François d'Orléans, comte de Dunois,

auquel n'étoit cettui départ agréable, mais tant ennuyeux , que à peu près le cœur lui partoit de deuil et de regret. Car, pour les titres de vertus et louables grâces qui étoient en icelle dame, ledit comte de Dunois l'avoit tant à gré , que, jaçoit ce que de moult grand avoir ne fût enrichie, toutefois toutes autres oubliées, elle seule avoit pour recommandée, en tant que autre ne désiroit avoir en mariage, ne d'autre n'eut voulu , si le plaisir du roi l'eût permis : ce que ne fit, mais l'envoya reine de Hongrie, avec compagnie solennelle.

Comment le roi partit ie 61oid pont alUr Ma

Uâitnontd

Ayant le roi disposé de ses affaires, et en iceux mis police ordonnée, il, sur la fin du mois de mai, partit de Blois pour aller en son voyage de delà les monts. La reine l'accompagna jusques à Lyon. Le roi de Navarre le convoya trois journées, et puis s'en alla en son pays. Le roi Frédéric le suivit tout le voyage; et le cardinal d'Amboise, légat, ne demeura , mais audit voyage le suivit , sans l'éloigner de tant que à tout besoin n'eût loi ne loisir de parler à lui, et lui ses affaires communiquer. Ledit légat, à toute heure, sur

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la dépêche de toutes choses survenans, mettoit les mains à l'œuvre si à droit, que , au plaisir du roi, à l'honneur et au profit commun, mettoit fin à l'effet de la besogne. Le cardinal Ascaigne fut avec le roi jusques à Lyon. Aussi le suivirent audit voyage Louis de Luxembourg, comte de Ligny, Engilbert de Clèves , comte de Ne vers, le comte François de Dunois, le sire de la Trimoille, messire Pierre de Rohan, maréchal de France, le prince de Tallemont et plusieurs autres. D'archevêques, évêques, abbés et protonotaires y avoit grand nombre. Les deux cents gentilshommes de sa maison, ses pensionnaires, les quatre cents archers, et les Cent-Suisses de sa garde, et en somme tous ceux qui avoient de lui pension ou gagies, sauf ceux qu'il lui plut, firent ledit voyage, à peine d'être cassés. Par quoi tellement et en si noble état était accompagné, que onc prince ne le fut mieux. Que dirai-je? Tant chevaucha avec ses gens , que le huitième jour du mois de juin fut à Lyon. Et de là s'en alla à Grenoble au Dauphiné , auquel lieu fut par l'espace de quinze jours, ou environ, et cependant le duc Philibert de Savoie s'en alla devers lui à Grenoble.

Le bâtard René de Savoie, qui par la malveillance du duc, son maître, et accusation d'aucuns ses haineux, avoit, peu de jours devant ce, du pays de Savoie été chassé, étoil lors

en cour, et s'étoit retiré à refuge devers le roi, qui l'avoit volontiers reçu et appointé de sa maison pour ce qu'il avoit renom d'être bien sage et très-habile. Et alors ce dit bâtard se montra au duc de Savoie, dont en la présence du roi eurent ensemble paroles haineuses, et mêmement le duc de Savoie usa de menaces audit bâtard, lequel se mit en la sauvegarde du roi. Par quoi le roi soutint cettui bâtard; dont le duc de Savoie se mal contenta, et tôt après se retira à Chambéry, où étoit lors la duchesse Marguerite de Flandre, sa femme.

Peu de jours après, le roi prit pays par le Dauphiné , et tira droit en Lombardie, et tant marcha, que le troisième jour du mois de juillet fut dedans Saluées, et là très-honorablement reçu par le marquis François de Saluées , lequel étoit très-bon François , loyal serviteur et bon ami du roi.

La reine de Hongrie, un jour devant la venue du roi, étoit partie de Saluées, et avec tout son train étoit allée à Ast, et de là en une ville du marquisat de Montferrat, nommée Félissan , en laquelle arriva le septième jour du mois de juillet. Et là étoient lors en garnison vingt-cinq hommes d'armes de messire Louis de Hédouville, seigneur de Sandricourt, lesquels pour sa venue furent délogés et lui donnèrent lieu. Avec elle étoit lors le comte

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Stéphane ; levêque de Cei eniye , Hongre ; la marquise de Saluées , sa tante; messire Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont; messire Guyon d'Amboise, seigneur de Ravel; Pierre Dos, bailli de la Montagne; le seigneur de Puras, en Gascogne, et autres gentilshommes de la maison du roi en grand nombre, qui là l'avoient accompagnée au logis d'un gentilhomme François nommé Jean de Fontenay, lieutenant du seigneur de Sandricourt; tint son état, pour un jour seulement. Moult étoit bien voulue de chacun , et tant que, pour l'extrême los de sa valeur, à son départ de Lombardie regrets en furent faits , soupirs jetés et larmes répandues. Dont je, qui lors étois audit lieu de Félissan , pour voir et savoir ce qui de nouveau se feroit , et le tout par écrit rédiger, voyant l'apprêt de l'éloing , et l'heure du départ de cette noble dame, aimée de chacun, et de tous regrettée, à Tissue de table de son dîner, ce peu d'écrit qui s'ensuit lui présentai :

Elle s'en va , François , à cette fois , Celle reine d'Hongrie, Anne de Foix, Qui , dès le temps de sa première enfance , A fait honneur au royaume de France , Comme avez pu connoître maintes fois.

Petits et grands , voire princes et rois , La regrettent et pleurent à dérois ; Mais il n'y faut plus avoir d'espérance : Elle s'en va.

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Elle vous dit : Mes amis , je m'en vois ! Hélas doncques , dites à haute voix :

Adieu la fleur du monde et l'excellence î Si nos corps sont loin de votre présence , Nos dolents cœurs vous suivront toutefois : Elle s'en va.

Après avoir reçu et vu l'écrit susdit, et connu le bon vouloir que envers elle avoient les François, du profond du cœur jusques au bord de ses yeux lui montèrent les larmes. Toutefois, sous le tapis de joyeuse simulation , elle sut bien celer la cause de son deuil, tellement que peu de gens s'en aperçurent. Ce fait, elle se retira dedans sa chambre avec ses damoiselles , et là se tint jusques au temps ^ du souper; où plusieurs gentilshommes de l'hôtel du roi la fureut voir, et avec elle deviser. Et ce fait, les aucuns prirent congé d'elle, pour aller où le roi étoit, et les autres demeurèrent là, pour tout le jour. Que dirai-je? Elle séjourna illec jusques au lendemain, qu'elle se mit en voie pour s'en aller droit à Venise.

Le huitième jour du mois de juillet, le roi arriva à sa ville d'Ast, en laquelle fut là tant bien venu,. que grands et petits, de sa venue, firent fête solennelle. Dedans l'hôtel d'un nommé messire Alexandre Malbelle fut logé , et là demeura onze jours entiers, pour ordonner au surplus de ses affaires. Et là vin-

rent vers lui le marquis Francisque de Gonzague, marquis de Mantoue, le duc deFerrare, et plusieurs autres, comme je dirai à temps. Et à cettui marquis de Mantoue donna cent hommes d'armes, et fit son lieutenant un gentilhomme de sa maison, nommé Adrien de Brimeu, seigneur dellumbercourt en Picardie; lesquels gens d'armes envoya à Naples, où furent tantôt après.

Ces jours durant furent les chaleurs tant excessives, que plusieurs de ce moururent. Et avec ce, la maladie de fièvres eut là cours tel que bien peu de François qui là étoient s'exemptèrent de leur accès.

Premier que de ce plus élargir propos , dirai d'aucunes choses, qui lors furent faites au royaume de Naples par les François et les Espagnols.

€omnunt,apm la (onqu^t^&e lîûpUe, faite par ie toi , la nuexxe se mût mixe Uô Jxancm ei itB (Espagnole.

Tantôt après que par les efforts de l'armée du roi le royaume de Naples fut conquête, et la terre de Labour et de l'Abruzze entre les mains des François, comme j'ai dit, et le roi paisible desdits pays; le capitaine Gonzales Ferrand, lieutenant du roi d'Espagne, étoit

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lors sur les marches de Calabre et de la Fouille, lesquels pays appartenoient au roi d Espagne, par l'appointement du roi et dudit roi d'Espagne. Ledit Gonsales se voyant foible pour conquêter iceux pays, et sachant les François avoir fait leur conquête, et que de gens n'a voient pour l'heure à besogner, envoya prier les lieutenants du roi , que sur son affaire leur plut donner quelques secours, vu que aussi pour lors n'en avoient métier, et que lui en avoit grand défaut, pour mettre son entreprise à fin. Sur ce avisèrent les heutenants du roi , et conclurent d'en casser quelque nombre, pensant que de long-temps n'en seroient besogneux, et de fait, en cassèrent trois mille de piétons, lesquels furent menés audit Gonsales Ferrand par le capitaine Louis d'Ars , qui lors étoit à Venouse, lieutenant de Louis, monseigneur de Luxembourg, comte de Ligny, et prince d'AItemore, à cause de sa femme. Iceux piétons reçut ledit Gonsales, et les fit soudoyer et payer, et en fit depuis son profit; de tant, que ce fut jusques à la perte dommageuse des François, comme je dirai ciaprès. Pour rentrer donc, le roi jouissoit lors tout à désir des terres de Labour et de l'A- Wze , où sont maintes bonnes villes et riches cités, pays fertiles, et fortes places : comme Naples, Verse, Capoue, Gayete, Saint-Germain, Sesse, Noie, Métalon, Venafre, Poz- II. g

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zuolo, Troie , Oitone en l'Abruzze, et plusieurs

autres.

Toutefois étoit question, entre les François et les Espagnols , de la division des terres situées citra le Phare de Messine, qui est un bras de mer, dont le ultra est l'île de Sicile , et le dira Faro sont la Calabre et la Basilicate , où sont plusieurs autres bonnes villes : c'est à savoir, Rhége, qui est un bon port de mer; Terrenove, Girace , Condiane , La Rochelle , Séminare, Saint -Martin , Rossane , et maintes autres. Aussi sont du citra Faro la terre du Capitanat, celle de Bari et celle d'Otrante, et en ces trois provinces est contenue toute la Fouille. Du citra est aussi une autre province, nommée le Principat citra et ultra , dont le delà sont hautes montagnes inhabitées, et le deçà est plat pays bien fertile et plantureux. Esquels pays de la Pouille et du Principat, sont les villes qui ensuivent : c'est à savoir, Tarente, Otrante, Bari , Trane , Venouse , Canose, Andrie,Barl€tte, Rouvre, Manfrédone, Castellanet, Biseilles , Corastre, Minervine , La Tripaulde, Cérignoles, Troie, Cavalle, Saint- Barthélémy de Gors, Melphe , Montepellouse, Castel del Mont, Montescaioux, Villemagne, et grand nombre d'autres que je laisse, pour dire que la terre de Labour et l'Abruzze sont de deçà le Phare de Messine , et en ces deux provinces est compris l'honneur royal , la fleur

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des nobles, la force des places, et la crème des terres de tout le royaume de Naples : ce que le roi possédoit , et le roi d'Espagne chalengeoit Calabre et la Pouille. Mais, sur le Capitanat et le Principat, qui confins étoient de la terre de Labour et de la Pouille , fut querelle entre les François et les Espagnols, disant les François , que iceux pays ou la plupart étoient du ressort de Naples , et pour ce appartenoient au roi. Les Espagnols les disoient aussi du ressort de la Pouille, et à eux appartenir. Et ainsi entre le tien et le mien , dont surviennent tous discords , ne put par les contendants être trouvée union paisible , ains entre eux se mut haineuse division. Et mêmement par la convoitise du profit de la douane , qui est un devoir pris sur le tribut des ports de mer , et de la paisson des herbes desdits pays, où les brebis et j uments et autre bestial , de plus de cent lieues loin , viennent là prendre l'hiver leur pâture : car en ce temps les herbes y sont en verdure et puissance , et la saison en vigueur tempérée, et en temps d'été les terres sèches et arides et sans fruit, à cause de la chaleur excessive qui alors tient son cours. Quoi que ce soit, de cette douane se recueille par an plus de deux cent mille ducats au profit du roi de Naples. Mais je mets ce propos arrière , pour dire que Louis d'Armagnac, duc de Nemours et vice-roi au royaume

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(le Naples , étant lois à Naples, voyant que pour Funion des divisés étoit heure de besogner, s'en alla en Pouille, pour donner ordre à la division d'iceux pays et les départir selon le vouloir du roi et Tavis de son conseil : desquels étoient messire Raoul de Lannoy, bailli d'Amiens, messire Michel Richs, le seigneur de Maubranche et plusieurs autres , tous gens experts en savoir. Et pour ce faire, se trouva le vice-roi à Melphe, en Pouille, voulant vaquer à ce. Le capitaine Gonsales étoit lors à Atelle , ville du prince de Melphe , lequel aussi avec son conseil vouloit bien entendre à départir iceux pays : dont plusieurs fois, à Melphe et à Atelle, le vice-roi et lui se trouvèrent ensemble. Et là souventesfois parlèrent de leur affaire amiablement par semblant , et leur différend mirent en conseil, tellement que entre eux fut appointé que la douane seroit partie à l'un, et partie à l'autre, et par moitié, et que les villes et places prises demeureroient à qui les tenoit, jusques à ce que final appointement sur ce fût arrêté : ainsi demeurèrent par aucun temps , mais non en paix ; car les Espagnols qui tenoient Atelle et Manfrédone et quelques autres places, se mirent à courir sur la douane et prendre le bestial. Les François aussi voulurent partir au butin, et mirent la main au pillage , tant que souvent détroussèrent les Espagnols , et souvent furent dé-

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troussés. Toutefois , pour ce , le défi de la guerre n'étoit encore publié; mais ce faisoient pour ce que le paiement d'un et d'autre parti étoit long au venir, et leur falloit en prendre où il y en avoit; ce qui est une force de tel poison envenimée, que par son attoucher elle met le peuple en murmure et rébellion , et fait révolter les pays conquis : de ce me tais et dis que , en ce temps , le capitaine Louis d'Ars étoit en Pouille, comme j'ai dit, où Louis, monseigneur comte de Ligny, l'avoitenvoyé pour garder ses pays et tenir les places qui lui appartenoient , à cause de dame Aliénor de Baulx , sa femme, princesse d'Altemore , duchesse d'Andrie et de Venouse , comtesse de Montepellouse , dame de Minervine , Montescaioux, Biseilles, et plusieurs autres places en la Pouille et es environs. Avec le capitaine Louis d'Ars étoient allés des gentilshommes (lu comte de Ligny, Pierre de Bayard, seigneur dudit lieu ; Pierre dePocquières, seigneur de Bellabre; Jean de Montieux , seigneur de Tary ; Gilbert, seigneur de Chaux; Jean de Tardiou, Arnauld de Barbiane, Napohtain, et quelques autres, qui telle aide lui firent, avec le secours et faveur des gens desdits pays , qu'il conquêta et soumit , plusieurs bonnes villes et fortes places, et mit sûres garnisons dedans; et ce , malgré le vouloir du capitaine Gonsales , qui de ce n'étoit content, mais autre chose

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n'en pouvoit pour Theure. Ainsi , peu à [)eu se réveilloit la guerre d'un côté et d'autre, et tant, que après que la douane eut été courue comme j m dit, et que, sur le partage du Capitanat du a et ultra , le vice-roi et Gonsales , ne se purent accorder , et mémement , que ledit Gonsales ne vouloit venir à fin résolue , mais vouloit toujours avoir droit selon son vouloir, chaude guerre entre eux fut éveillée, et par les Espagnols premièrement déliée; les- (piels d'emblée et de nuit se mirent sus et en armes, et tirèrent droit à Troie, pensant prendre la ville soudainement et d'emblée , en laquelle étoit messire Yves d'Alègre, avec cin- (juante hommes d'armes.

Comment l^ Côpûflnols faillirent à prenîrrf la DilU îre trau en la |)ouille dur Us i'raucoiô qui étoient îreians , et y aucunes courerô quHle firent auîrit paye.

Sur l'heure de minuit, furent les Espagnols devant Troie , en la Pouille , et là , devant l'une des portes de la ville , à grands efforts, donnèrent l'assaut, et, avec coignées et hallebardes et gros maillets, commencèrent à éclater la porte et faire rupture , dont le guet des François, qui étoit en pied et debout sur

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les murailles, ouït le bruit, et tout-à-coup se mit à courir vers le château, où étoit le seigneur d'Alègre, lequel avertit de la venue d'iceux Espagnols : dont en soudain sursaut se lève tout en chemise, et tout en hâte jette son harnois dessus , et prend la hallebarde au poing , et très-hardiment , avec aucuns des siens qui là étoient courus. Et à ce hutin, soudainement l'alarme sonna par la ville , dont tous les François qui là étoient , mirent la main aux armes et coururent, à ce bruit, où étoit le seigneur d'Alègre , et avoit trouvé les Espagnols en besogne; lesquels avoient jà moitié de la porte empiécée et fait grande ouverture. Mais , a sa venue , il mit de telle sorte coups de hallebarde , à tour de bras, à la défense du pas, que sur le cul furent iceux Espagnols arrêtés. Durant ce combat, les autres François de la garnison de la ville arrivèrent là au secours, et à cheval, la lance sur la cuisse, accompagnés des autres hommes et des femmes de la ville, qui portaient torches , lanternes et falots , tant que par les rues faisoit clair comme si le soleil y eût jeté ses rais. Que fut-ce? la porte fut ouverte par les François, et la chasse donnée aux Espagnols , et eux suivis longuement , et plusieurs d'iceux tués et assommés par les haies et buissons. Et eussent tous été

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tués , n'eût été l'obscurité de la nuit , qui leur servit de couverture.

Ce même jour, les Espagnols, qui étoient à Atelle, sortirent aux champs en armes, et, à deux milles près de leur garnison, trouvèrent un Italien nommé Jean Biblia , l'un des secrétaires du roi , lequel détroussèrent de deux mille écus, et lui ôtèrent bagues et chevaux, et tout, jusques à la chemise, puis l'attachèrent à un arbre, dont, après leur départ, se déUa comme il put, et s'en alla en cet état jusques à Melphe , où était le duc de Nemours , auquel fit le conte de son malheureux affaire.

Le lendemain , firent iceux Espagnols derechef un autie vacarme, à tout grand nombre de gens armés, et, jusque devant la ville de Melphe, furent prendre et détrousser les muletiers du duc de Nemours , dont les aucuns d'iceux tuèrent et les autres blessèrent; et ainsi donnèrent assez aux François d'ennuyeux réveils pour les devoir mettre aux champs.

Messire Berault Stuart, seigneur d'Aubigny, qui étoit lors à Naples pour les affaires du roi, avoit eu contre - signes du roi Frédéric pour bailler au marquis de Pescare, capitaine de nie d'Isque, pour icelle rendre et mettre entre les mains du roi ; lesquelles contre-signes avoit envoyées à icelui marquis, et le sommer de vider. Mais de tout ce, ne fit réponse que

de délai, et ne voulut rendre la place. Aussi avoit-il intelligence avec les Espagnols , au moyen d'une promesse de grosse somme d'argent qui lui fut faite par les Espagnols : qui est un engin de guerre de telle force, que souvent il abat les cœurs des hommes convoiteux, voire et efféminé maints corps virils. Quoi plus? Voyant le sire d'Aubigny la réponse d'icelui marquis ne signifier que dilation et prolongement de temps , et se doutant de la composition faite entre lui et les Espagnols, transmit en poste un sien secrétaire, nommé Hiéronyme Payonnet, devers le viceroi , qui lors était à Melphe en la Pouille , pour l'avertir de l'affaire d'Isque et du refus que le marquis de Pescare avoit fait de la rendre , et aussi pour consulter la chose au mieux, et sur ce, prendre avis de remède. Et sachant ce, le vice-roi dépêcha la poste pour envoyer devers le roi et l'avertir des courses et alarmes qu'a voient faites les Espagnols en la Pouille , et de l'intelligence que le capitaine d'Isque avoit avec eux, et de ce que ladite île ne vouloit rendre ; et aussi de ses autres affaires du royaume de Naples.

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Comment (ôomaU& Scvvani fit prniivf ei iitrauôscr un lourrur ïr poôtc que le uicr-roi envo\)o'\i î>epfrô U roi, ftîr^ûucunre outrée rourseô que firrnt Us Êspaignolô.

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Lorsque le messager qui de voit aller devers le roi fut dépéché par le vice-roi , le capitaine Gonsales, qui partout avoit épies, le sut. Lequel fit guetter icelui par les lieux où lui falloit passer, et prendre à la Garde lombarde, terre du Capitanat, et icelui pris, fit détrousser, retenir ses lettres, et lui sûrement garder et étroitement détenir ; sans ce que de sa prise fut nouvelles aux François, jusques à ce que le messager du seigneur d'Aubigny fut par le vice-roi dépéché et mis à retour pour aller à Naples, devers sondit maître, comme il lui étoit commis. Par la terre du Capitanat chevaucha celui messager, où il arriva devant une ville nommée Villemagne , terre indivise , et à l'entrée d'une des portes, rencontra six Espagnols piétons qui étoient là allés pour faire le logis pour une bande des leurs qui jà étoient sur les champs, voulant gagner pays et approcher Naples. Les six Espagnols que j'ai dit s'étoient arrêtés devant le portail de la ville , auquel étoient les armes

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du roi attachées , que iceux Espagnols , avec le fer de leurs piques , commencèrent à égratigner et effacer ; dont ledit Hiéronyme , messager françois , eut question avec eux , disant que à eux n'étoit de toucher ainsi les fleurs-de-lis , ni de les ôter de là où elles étoient. Iceux Espagnols pour ce ne cessèrent, mais dirent que Villemagne étoit terre indivise , et que les armes d'Espagne y dévoient avoir aussi bien lieu que celles de France, et que à ce moyen les ôtoient; dont grosses paroles furent d'un et d'autre lez mises au vent. Toutefois , le François adoucit , pour ce que mal apparenté se voyoit, et se retira au logis, où s'enquit si la poste qui couroit vers le roi étoit passée par là , car c'étoit son droit chemin. Les gens de la ville lui diluent qu'elle n'étoit outre , et que sans faillir les Espagnols l'auroient retenue et détroussée à la Garde lombarde : et que bien le savoient à la vérité, et par le rapport d'aucuns , même de ceux qui l'avoient vu. Dont celui Hiéronyme, François, le fit hâtivement savoir au vice-roi, pour y pourvoir. Ce qu'il fit ; car, derechef, mit un autre coureur en voie , et icelui fit guider sûrement et mener à couvert hors les dangers des embûches des ennemis , et par lui savoir au roi de toutes choses. Ainsi s'en va la poste devers le roi en Lombardie, et le messager du seigneur d'Aubigny à Naples, où

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riin d'eux fit dignement son message , et Tautre, rapport de vérité.

Et , au surplus , savoir faut que la Fouille étoit querellée par le roi, au moyen des terres enclavées et ressortissant deNaples; et par le roi d'Espagne défendue, disant le Capitanat et Principat, dont question étoit , être de la Fouille , qui lui appartenoit par appointement fait entre le roi et lui, comme j'ai dit. Et pour ce , en défaut du cordeau de loyal partage et de la ligne d'égale distribution , le tranchant de l'épée fut pour ce faire autorisé ; auquel furent, sont et seront tous les royaumes au monde divisés. Au revenir, les François occupoient partie du pays de la Fouille , et les Espagnols l'autre : et eux , comme deux chiens à un os paisibles , se mordoient et égratignoient , voire se battoient et tuoient souvent à qui l'emporteroit. Et tant se pincèrent , que guerre mortelle s'en ensuivit , qui , tant fut enaigrie , que , pour continuer le jeu encommencé , un capitaine espagnol nommé Ascalade prit les champs vers La Tripaulde, que les François tenoient à peu de force. Et avoit cettui capitaine espagnol avec lui trois mille soldats espagnols , allemands , biscaïens et gascons , dont une partie d'iceux avoient été par ci-devant pour le roi , et cassés , comme j'ai dit ci -dessus. Quoi que ce soit, le capitaine Ascalade avoit

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intelligence avec ceux de La Tripaulde , telle , que , sitôt qu'ils surent que lui et ses gens furent aux champs, ouvrirent les portes, malgré les François du dedans, qui peu de gens étoient, et quelque résistance qu'ils fissent, comme assaillis de grand'force d'Espagnols ' et abandonnés de tous ceux delà ville, furent chassés, et la ville prise.

Devant Avelline, terre du roi, donnèrent les Espagnols une autre alarme, et à grand pouvoir l'assaillirent, et de première avenue à la prendre efforcèrent leur possible : tant que de vive force l'eussent emportée, n'eût été un François, capitaine de gens de pied, nommé LeFamilh , qui, avec cinquante laquais seulement, soutint leur assaut, et les recueillit si à point que , à la mortelle perte de plusieurs d'eux, furent attendus, et, à la honte dt^mmageuse de tous, reboutés. Ce fait, le seigneur d'Aubigny tantôt après sut cet effort!" Sur quoi appela le conseil , où maître Jean Nicolaï, chancelier de Naples pouF le roi, les trésoriers des guerres et les autres sages en fait de guerre qui là étoient pour servir le roi , se trouvèrent pour aviser sur ce. Et toutes opinions ouïes, fut dit que les cent hommes d'armes écossois, qui lors étoient à Verse, à séjour, seroient là transmis, et aussi que le sire d'Aubigny, avec François de Daillon, Yves de Malherbe, et un autre, nommé Le Gor-

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lier , capitaine des fjens de pied , et autres soldats faits par ceux de Naples, qui tous ensemble étoient de douze à treize cents piétons , se mettroient aux champs.

Ce temps durant , nouvelles furent à Naples, que ceux de Noie avoient quelque promesse celée et secrète alliance aux Espagnols, si que besoin étoit d'y envoyer renfort , pour rompre le coup et garder la ville. Le seigneur d'Aubigny , donc , y transmit de Verse messire Robert Stuart, son lieutenant, à tout quarante hommes d'armes; et les surplus de ses gens manda venir à Naples, par-devers lui, pour le conduire à Avelline et à La Tripaulde, au renfort des François qui en avoient métier. Le capitaine Robert Stuart , avec ses quarante hommes d'armes , s'en alla à Noie ; laquelle trouva bien fermée , et gardée de ceux de la ville, lesquels ne savoient à qui devoir bailler la main. Toutefois, celui capitaine pour ce ne s'arrêta, mais connut bien que , pour l'heure, la force n'étoit pas pour lui; dont lui fallut à autre moyen chercher remède, et, pour le meilleur, à ceux de la ville montrer courtoise manière , visage riant et douce parole, en leur faisant promesse de bien les traiter, amiablement entretenir et vigoureusement défendre. Et après autres afférens propos et attrayantes paroles , ceux de Noie ouvrirent leurs portes, et mirent les François

dedans; lesquels se logèrent et tirent bon guet.

Durant ces jours, un Espagnol nommé Don Alonse de Sotomayor se malcontenta du traitement du capitaine Gonsales, disant que d'assez bon lieu étoit, bien expert k la guerre, et prou avisé en savoir, pour devoir avoir conduite de gens d'armes; demandant sur ce augmentation d'état et autorité d'honneur. Sur quoi Gonsales ne le voulut ouïr, ne parfournir sa demande. Dont le mutin, plein de colère, se mit en fil de voler, et tout soudain délibéra s'en aller chercher autre parti : ce qu'il fit , et prit ce qu'il avoit de gens, et, avec le congé de son capitaine, se mit en voie pour aller à Rome, au service du duc de Valentinois, qui lors faisoit grosse armée. Et comme celui Alonse passoit pays près des garnisons des François, un capitaine d'aventuriers, nommé Gaspard, du pays de Gascogne , l'arrêta et prit, disant qu'il étoit de guerre, et que les Espagnols avoient rompu la trêve : par quoi l'emmena prisonnier à sa garnison , et lui fit tenir prison étroite, et rudement le traita. Un gentilhomme françois, nommé Pierre de Bayard , étant lors en garnison près de là, sut la rudesse faite à l'Espagnol, et sachant qu'il étoit gentilhomme , voire et parent du roi d'Espagne, comme on disoit, le demanda au capitaine Gaspard, pour lui faire

quelque courtois passe- temps. Lequel le lui bailla, en prenant la promesse de le ravoir à temps, ou la rançon due. Ceiait, le prisonnier fut joyeusement mené en la garnison où se tenoit ledit Pierre de Bayard , qui le traita non pas comme prisonnier, mais comme frère et compagnon ; car avec lui eut part en la chambre, portion au lit, place à la table, déduit aux jeux, et plaisir des dames. En telle manière fut cettui prisonnier longuement traité. Et pour saillir du propos, ledit Pierre de Bayard eut à besogner autre part, dont lui fallut rendre le prisonnier à son maître; lequel celui malpiteux Gascon tint derechef à détroit. Si joua le prisonnier au mal content, et dit que Pierre de Bayard étoit cause de la dure prison qu'il tenoit, et que si jamais en étoit hors , que à cettui Bayard auroit querelle sur ce, ainsi qu'il eut, comme à temps sera dit.

Wnne course (\\xc fit U sei^mm b'îlubiflng iemni €a ^ripaullre en la {)outllc, où grand nombre îr'Csipaijnob furent îréfaitô.

MessireBerault Stuart , seigneur d'Aubigny, partit de Naples, et avec soixante hommes d'armes des siens et douze cents piétons , prit le chemin de Noie. Et là trouva messire Ro-

de JEAN d'auton. 129

bert Stuart, son lieutenant, avec ses gens , où tous ensemble séjournèrent quatre jours, et ce pendant, parlèrent de la guerre, et manièrent les armes , et regardèrent aux chevaux. Et tout ce mis à point , les gens d'armes se mirent en route vers Avelline, où encore étoit le capitaine Le Familh, avec peu de nombre de gens, et de toutes parts environné d'Espagnols. Le sire d'Aubigny ne voulut entrer dedans Avelline , que premier n'eût couru devant La Tripaulde, où étoit le capitaine Ascalade , Espagnol , grossement accompagné, et fortifié à l'avantage. Mais non pourtant, là s'en va la troupe des François, bien serrée, ordonnée à droit, et en vouloir de combattre ; si furent près des ennemis , jusques à la vue de leur ville , et en résolution de besogner. Le seigneur d'Aubigny, qui, au métier de la guerre, étoit un maître sur les autres , pour découvrir le pays et rencontre des embûches , mit les chevau - légers en voie; et, pour attirer les ennemis hors leur fort , leur transmit soixante laquais gascons , sous la conduite d'un nommé Bertrand de Bouchède, et ne leur voulut bailler nulles gens de cheval , pour ce que iceux Espagnols étoient presque tous piétons, et que pour doute des chevaucheurs ne saillissent aux champs. Que fut-ce? les soixante coureurs françois allèrent tant , que dedans et autour de la maladerie de la ville trouvèrent cent ou six vingts Espa- II. I9

j5o chroniques

gnols à pied , en embûche; et, à l'approcher, les Espagnols sortirent à grands cris et donnèrent à tour de bras; les François les recueillirent au mieux qu'ils purent, et à coups de traits et de piques percèrent leurs longues robes , et, en somme, si bien les servirent, que la retraite leur fut de saison. Et en eux défendant, reculèrent , et furent suivis , et chassés jusquesàleurs barrières, où derechef recommencèrent lesdits Espagnols à prendre cœur et défendre leur fort. Les Espagnols qui étoient sur les murailles, et aux portes de la ville, en armes , ne sortirent pour l'heure , se doutant que ce fût un appât pour les attraire. Ils laissèrent donc durer le combat plus d'une grosse heure, qui main à main se faisoit à la barrière. Et est vrai , que tant près étoit la ville , de là où les coups se donnoient, que jusque là se pouvoit de visée tirer un trait. Et ce qui est de merveilles, durant ce bruit, au lieu seulement où étoit le débat , plut à l'heure tant efforcément, sans pleuvoir ailleurs, que par la force du fait de l'eau , qui là tomboit, les coups d'artillerie et de trait ne pouvoient nuire ne mal faire aux François , qui là combattoient. Et ce, ai-je su par le rapport d'aucuns de ceux qui là avoient été. Voyant les Espagnols , qui étoient dedans la ville , que autre nombre de François n'apparoissoit , les voulurent surprendre et leur couper chemin;

DE JEAN d'aUTOJN. i5,

et, pour ce, firent une secrète saillie par derrière , où passèrent à gué une petite rivière qui ceinturoit la ville, et étoient en nombre, huit cents hommes de pied ou environ. Si se mirent secrètement en avant par un chemin bas et couvert, cuidant bien enclore leurs gens. Mais furent avisés par un découvreur françois, qui, à bride abattue, courut vers le seigneur d'Aubigny , de ce l'avertir, dont il fit hâter ses gens d'approcher la ville jusques à la maladerie; et là assit son embûche, et envoya tout courant un nommé Jannot de Sai ut- Martin, dire aux escarmoucheurs, que tout bellement se retirassent. Si se hâta tellement ledit de Saint-Martin, que son message eut fait, premier que les Espagnols qui étoient sortis de la ville l'avisassent. Toutefois, ils furent incontinent prêts à donner sur nos coureurs, lesquels se mirent à reculer, faisant fuite de loup. Les Espagnols , à coup de main, les chassèrent jusques à la maladerie, où ils furent recueillis par les embûches, qui commencèrent à saillir de tous côtés et charger sur les pèlerins. Là y eut grosse noise. Car bien fut assailli, et bien défendu, et longuement dura la mêlée ; et tellement, que les Espagnols gagnèrent un chemin assez étroit, et là s'amoncelèrent, les piques croisées , pour le choc des chevaux, qui peu de mal leur pouvoit faire. Les piétons françois joignirent à eux,

!li

et , a grands coups de traits et de piques , les délogèrent , mais non sans dommage mortel d'un côté et d'autre; car plus de deux cents hommes des deux partis moururent sur-lechamp. A chef de fait, les Espagnols furent outrés et mis en fuite, tuant et battant jusques à la ville de La Tripaulde , et chassés jusque dedans les portes , à Tentrée desquelles , sur un pont étroit qui là étoit , fut faite piteuse tuerie d'Espagnols. Car, à l'entrée d'icelui pont, y avoit si grande foule des suivans, que l'un emi^echoit le pas à l'autre, tant, que les François , qui les chassoient à poulx de piques et de lances , en occirent et plongèrent dedans une rivière , qui là passoit, plus de deux cents. Et sitôt qu'ils étoient renversés en l'eau , les piétons françois, qui volontiers exécutoient tel œuvre, les faisoient noyer et tuoient à la vue de ceux de la ville , qui ne les pouvoient secourir. Un laquais françois, nommé Jean Loignon , meurtrier et mauvais garçon entre tous les autres , se trouva si à point à cette besogne, que, de sa main, il mit à sac plus de vingt Espagnols : dont le sire d'Aubigny , qui , pour ses démérites, devant ce, le vouloit faire percher, voyant l'exploit de ses armes, pour ce , lui pardonna son méfait, et depuis l'eut en bonne estime. Ainsi furent les Espagnols escarmouches. Plusieurs des gens de pied françois y furent blessés et tués, et entre autres y mourut

DE JEAN d'aUTON. i55

un de leurs capitaines, nommé Le Gorrier. Quoi que ce soit , les François eurent tout l'honneur et la plupart du profit de la besogne. Et cette course faite, le sire d'Aubigny, avec ses ^ens d'armes, s'en allaà Avelline, et de là ma^'nda au duc de Nemours, vice-roi, qu'il lui envoyât des gens d'armes, pour tenir les champs, et courir sur les Espagnols, qui avoient rompu la trêve, ouvert la guerre et commencé le hutin. Le capitaine Gonsales Ferrand , sachant la défaite des Espagnols de La Tripaulde, et ladite ville mal garnie de gens d'armes et d'artillerie, envoya là leducdeTerme, italien, à tout cent hommes d'armes et grande force d'artillerie , pour icelle garder.

En ce même temps, don Ferrand, fils aîné du roi Frédéric, rendit Tarente aux Espagnols, lequel l'avoit tenu plus d'un an, et, n'eût été défaut de victuailles, moult longuement Teût pu garder. Mais avec cet ennui, le roi d'Espagne lui écrivit d'amiables lettres, disant que s'il vouloit rendre ladite place et la mettre entre ses mains, et s'en aller devers lui, que tout à souhait le traiteroit. Par quoi icelui Ferrand vida la place et &'en alla en Espagne.

Le duc de Nemours , vice-roi , par Tavertissement du seigneur d'Aubigny, transmit en

l'Abruzze quérir messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice , qui là étoit vice-roi , auquel manda incontinent venir vers La Tri-

l54 CHRONIQUES

paulde , avec ce qu'il a voit de gens. Lequel , ces nouvelles sues, se mit à chemin avec six vingts hommes d'armes, que conduisoient sous lui Aimer de Villars, le seigneur de Grigny, et un autre , nommé La Lande ; et avec lui furent quatre mille Abruzziens, qui, pour Tamour qu'ils lui portoient, le suivirent, et tout ce voyage servirent le roi à ses dépens.

Comment (a ^xipanïife (ut viiie ded (f spagnob ^ ti mis ms appointement tourl)ant la dtPieion îreô terres Iront itoii question.

Après que messireBerault Stuart et messire Jacques de Chabannes , avec quelques autres capitaines et grand nombre de François, furent assemblés, ils s'en allèrent devant La Tri paulde, où firent courses et alarmes bien souvent, et la ville environnèrent, pour connoître les lieux propices et mettre là le siège, et y donner l'assaut. Ceux de la ville ne s'émurent de tant , que saillie , escarmouche, ou meute de guerre fissent sur les François, mais se tinrent là . tous cois sans faire autre chose, et finalement furent tant pressés, que une paix fourrée cornèrent, et envoyèrent un héros par-devers le duc de Nemours, vice-roi , qui lors étoit à Melphe, requérant iceux avoir amitié paisible

DE JEAN d'aUTON. i55

avec les François, promettant vider La Tripaulde et la rendre , pourvu toutefois que nombre égal des deux partis demeureroit dedans la trêve , jusques à ce que le partage des terres dont étoit question fut fait ou failli. Ce qui fut promis, juré et accordé entre le duc de Nemours , vice-roi , et le capitaine Gonsales, lieutenant du roi d'Espagne ; et La Tripaulde vidée et mise en main neutre jusques à temps. A cri public furent semées les nouvelles de l'appointement qui guère ne dura , et prisonniers délivrés sans rançon. Quoi que ce soit, après ce , se retirèrent les François à leur garnison. Messire Berault Stuart, seigneur d'Aubigny , prit de sa suite le seigneur de Grigny et La Lande , et , avec tous leurs gens et les siens , qui pouvoient être huit vingts hommes d'armes en nombre, s'en allaàDiaoulle, ville près de Melphe de quatre milles ou environ , où furent départis les logis, et mis gens d'armes par les villes et places des environs de Melphe , où étoit le vice-roi, duc de Nemours. En ce temps, Gonsales Ferrand fit dire au capitaineLouisd'Ars, qu'il cessât de guerroyer en la Fouille et sommer de rendre les villes qu'il tenoit audit pays : ce qu'il ne voulut , disant que juste querelle avoit de prendre et garder ce qui appartenoit à son maître le comte de Ligny; et que les terres qu'il querelloit étoient tenues nuement de Naples, dont

l56 CHRONIQUES

le roi étoit seigneur propriétaire, et que autre que lui seul n'en auroit obéissance, mais, sous la souveraineté du roi, les garderoit à qui elles étoient : ce qu'il fit longuement comme orez ci-après.

Pour le propos déduire, durant temps du partage des terres contentieuses , Louis d'Armagnac, duc de Nemours, etGonsales Ferrand, s'assemblèrent souvent pour cet affaire avec leur conseil, et grand nombre de leurs capitaines et gens bien estimés. Et un jour entre autres^ se trouva aux champs, ledit duc de Nemours, avec lui messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, le capitaine Louis d'Ars, le seigneur de Chandée, Gaspard de Coligny, seigneur de Fremente , Pierre de Bavard , Pierre de Pocquière , et tout plein d'autres. Aussi fut à la campagne le capitaine Gonsales bien à point accompagné, et là mirent leur différend en avis et parlèrent de plusieurs choses.

Un Espagnol entre autres fut là , et étoit cettui Alonse de Sotomayor, dont j'ai dessus tenu propos, lequel s'étoit plaint souvent de Pierre de Bayard : disant que, autrefois, lui étant prisonnier à un capitaine de laquais, nommé Gaspard, lui avoit fait de mauvais tours, et traité autrement que à gentilhomme n appartenoit, et que lâchement et vilainement s'étoit acquitté envers lui; par quoi, le

DE JEAN d'aUTON. i 5y

quéroit rencontrer et avoir à lui querelle. Cettui Pierre de Bayard en fut averti par aucuns , et , comme celui qui attendoit l'heure , se tint saisi de ses armes et pourvu d'un cheval bien avantageux , et très à la main , sur lequel il étoit lors en propos d'exploiter l'épée et embesogner le cheval simétier en étoit : ce , de quoi tant à point se savoit aider, que le bruit commun le disoit l'un des meilleurs chevaucheurs et des plus adroits hommes d'armes de France , comme depuis le montra par effet. Quoi que ce soit , celui don Alonse de Sotomayor, sitôt qu'il le vit, s'adressa à lui, et, en l'approchant , appela don Diego de Mendoze, Pètre de Pas, et quelques autres Espagnols qui là étoient, auxquels dit qu'il vouloit, en leur présence, parler à cettui de Bayard, et iceux pria de ouïr son dire. Et voyant le seigneur de Bayard, que don Alonse, Espagnol, vouloit avec solennité parler à lui, appela aussi de sa part Pierre de Pocquière , seigneur de Bellabre , et quelques autres François qui près de lui furent lors, pour ouïr aussi le propos de don Alonse, lequel, en présence de tous ceux qui là étoient, dit : (( Signor Pètre de Bayard, pour ce que moi étant autrefois prisonnier des François, m'avez de votre part si maltraité, que la cause de ce me mut plaindre de vous ICI, à la vue de ceux qui sont présens, pour le grief que m'avez fait , je vous accuse de vou-

l38 CHRONIQUES

loir méchant, de lâcheté de courage, et de vicieux effet , et veux dire et maintenir que tel envers moi vous êtes montré, et tout ce veux-je soutenir et prouver à la force de mon corps contre le vôtre, si le contraire voulez dire et accepter le combat. » Oyant ledit Pierre de Bayard ainsi parler l'Espagnol , et le charger des choses dites, fit cette réponse ou telle, en disant : a J'ai bien assez ouï vos paroles, et entendu tout ce qu'avez dit, don Alonse de Sotomayor, et connu, par votre dire , que de choses touchant le rabais de mon honneur me donnez charge, disant que envers vous me suis porté pour tel, que devez avoir à moi querelle de guerre jusques à mortel combat, où à ce m'avez appelé ; à quoi je réponds , puisque ainsi à moi en voulez, que de tout ce que ores avez dit, que faussement et mauvaisement avez menti par la gorge, et le contraire veux-je tenir et défendre contre votre pouvoir à la force du glaive, jusques à la mort ; disant que onc ne vous fis chose, dont me dussiez par estrif mortel appeler aux armes, comme bien le savez. Par quoi j'accepte le combat que me présentez. » Ce dit, gage de bataille fut sur ce jeté par l'Espagnol, levé par le François, et pris jour pour ordonner du lieu du champ, et de la manière des armes des deux champions.

€ommrnt le roi, ctûnt ûu tiogaige ie fombarîrie, mania à ses capitaines , qui lorô cioimi au rogûume îrr Itaplcs, qu'il nevonloii paiiT atî^cl^ Cfipaignolô, uu que la fenêtre aDoieni ouverte^ rauru ges page et îritrousgé bc 0 flenô»

Par les postes du duc de Nemours , fut le roi averti des courses que les Espagnols avoient faites au royaume de Naples , sur ses terres et ses gens , et de l'appointement fait sur la division des terres contentieuses , et comment le duc de Nemours et Gonsales Ferrand sur ce besognoient paisiblement; et mêmement sachant, le roi, que les Espagnols ne tenoient la paix , si n'est pour eux renforcer et attendre secours , pour mieux à leur avantage guerroyer les François, toutes ces choses considérées , et la guerre par eux ouverte , manda au duc de Nemours et à ses autres capitaines que paix ne vouloit avec lesdits Espagnols, vu la rupture de la trêve et enfreinte de la paix par eux faite; et que incontinent ledit Gonsales fût sommé de rendre ce qu'il tenoit du Capitanat et duPrincipat, où se recueilloit la douane, qui est le tribut des ports de mer, et le devoir de la paisson de la terre d'iceux pays; et que.

l4^ CHRONIQUES

sur ce, ne lui fût donné temps, pour répondre, que vingt-quatre heures seulement.

Les lettres du roi vues, et son vouloir entendu par les capitaines François, laflaire sommairement consultèrent, où fut arrêté que le mandement du roi seroit exécuté : dont mandèrent au capitaine Gonsales que le roi vouloit les Capitanat et Principat être mis entre ses mains, et ce, dedans vingt-quatre heures après la semonce; ou sinon lui signifier le défi de la guerre, qui fut un terme si bref, que ledit Gonsales n eut loisir d'opiner la chose à la raison, ne la difficulté dûment débattre; mais, pour tout arrêt, fit réponse que, au regard desdits pays , ils appartenoient au roi d'Espagne , son maître , et que jà au roi ne à autre ne les rendroit , mais de tout son effort les défendroit, et mettroit telle diligence de les garder, que, par défaut de ce , n'auroit reproche. Cette réponse faite et sue par les François, chacun d'eux se mit en armes et à la course sur les ennemis.

Messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice , qui étoit lors à Licite en la Fouille, ne voulut se trouver des derniers aux champs ; mais, avec cinquante hommes d'armes des siens , fut incontinent devant Fauges , que tenoient les Espagnols , et là , par plusieurs fois, leur donna la charge , et par tant de fois les

DE JEAN d'aUTON. i^i

rembarra, que nul étoit si hardi de se trouver aux champs en son chemin.

Comment (feaepûvîr ie Coli^ng , Ur utnmnt ^u îruc ie lîmoure, prit Viocexe mv le» Côpagnolg,

Un autre capitaine françois , nommé Gaspard de Coligny, seigneur de Fremente , lieutenant du duc de Nemours, pareillement fit des premiers une saiUie avec soixante hommes d'armes et deux cents chevau-légers , et fut courir devant Nocère , ville dudit pays ; et là, de première pointe , lui et ses gens approchèrent la ville de tant , que jusque dedans les fossés d'icelle furent prendre le bestial , qui là étoit à grosse troupe. Les Espagnols du dedans ne firent nulle résistance, mais comme peureux s'enfuirent par un autre quartier, et abandonnèrent la ville; et, ce fait, les portes furent ouvertes aux François , lesquels entrèrent dedans doucement , sans mal faire à nulli. Là mit le capitaine Gaspard bonne garnison et gardes sûres; puis s'en retourna à Melphe, où étoit le duc de Nemours, vice-roi. Plusieurs jours durant, escarmouches et courses furent faites sur les Espagnols , et tant, que tous les capitaines françois, l'un d'un côté, l'autre d'autre , marchèrent le pays du Capitanat et le

l42 CHROINIQUES

Principal , et là prirent bonnes villes et fortes places , et souvent détroussèrent leurs ennemis, qui, ce temps durant, n'avoient tenu ni pouvoient tenir devant les François, lesquels, pour lors , avoient Theur et la chance. Toutes ces choses finies, fut question de faire plus.

Comment Uô J^rançois, qui iioimi an ragaumr îre Ilûpleô, s'a^emhihcni ions à froie en Pouillf pour faire camp, et mardjer en pagô contre lee Cepagnold qui là étotent.

Aux premiers jours du mois de juillet, en Fan mil cinq cent deux , Louis d'Armagnac, duc de Nemours et vice-roi à Naples pour le roi, voulant, selon le mandement royal , mettre les armes en besogne, manda venir à Troie , en la Fouille , tous les capitaines et gens d'armes françois qui étoient en celui pays , et que toute l'armée marchât vers lui , lequel étoit jà audit lieu de Troie, pour là vouloir commencer à tenir camp et guerroyer les ennemis. Ce qui fut fait , et là se rendit en arroi moult somptueux Tarmée de France. Le capitaine Gonsales Ferrand , sachant les François être assemblés à Troie, pour tenir les champs, se retira avec ses gens sur la marine , dedans une forte ville nommée Bar-

Di: JEAN d'aUTON. 145

lette, où là dispersa autour de lui son armée, où étoient six cents hommes d'armes , trois mille Allemands , quatre mille piétons espagnols et biscaïens et sept cents genétaires , avec force artillerie ; Tune partie de ses gens retint avec lui à Barlette, et Tautre transmit à Cérignoles , à Andrie , à Canose , et à quelques autres villes champêtres qu'il tenoit. Et étoient sous lui les capitaines don Diego de Mendoze, le dispenser Majour, le prieur de Messine ; le duc de Terme, Italien; Pètre de Pas, petit et contrefait; Alfonse de Saint- Severin , don Diego d'Ariglane , don Alonse de Sotomayor , Peralte , Pedro de Navarre , et plusieurs autres bons chefs de guerre. Toute l'armée de France étoit assemblée à Troie , en la Pouille, pour aller en avant et prendre pays. Conseil fut tenu entre les capitaines françois sur l'affaire de leur emprise , et, après diverses opinions , conclu de marcher contre les ennemis. Si furent mis cspies par chemin , coureurs par la campagne , charrois en voie, piétons en marche , hommes d'armes en la route , et les vivres en air. Les capitaines et ducteursde l'armée étoient : Louis d'Armagnac , duc de Nemours et lieutenantgénéral pour le roi ; messire Berault Stuart , Ecossois, seigneur d'Aubigny; messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice; messire Yves d'Alègre , le capitaine Louis d'Ars;

l44 CHRONIQUES

Adrien de Brimeu ; le seigneur de Chandée; François d'Urfé ; Aimer de Coursinge , Savoisien; Aimer deVillars, Dauphinois; Jean de la Lande , et grand nombre d'autres capitaines italiens et lombards , qui avoient charge de gens d'armes , sous lesquels susdits étoient environ mille hommes d'armes François et italiens ; et aussi étoient là trois mille cinq cents piétons François, dauphinois et lombards, sous la conduite des capitaines François Daillon, seigneur de la Crote, Yves de Malherbe , Jannot de Montauban , Pierre-Louis de Constance, le capitaine Esprit, et quelques autres dont je n'ai su les noms. Sous la main aussi d'un nommé Regnauld de Saman, y avoit d'artillerie quatre canons, deux grosses couleuvrines , six moyennes, nommées les Sacres , et quatorze faucons , avec poudres et pierres à canon à suffire. Et ainsi, le douzième jour de juillet , en l'an susdit , commença notre armée françoise à marcher en pays. Dont l'ordre fut tel , que le duc de Nemours, général chef de l'ost, pour vouloir avoir la première vue sur les affaires du roi, prit la conduite de l'avant-garde , où étoient trois cent cinquante hommes d'armes françois , et deux cents chevau - légers , lesquels deux cents menoient le marquis de Licite, Italien, et un François nommé Thibauld de Mauléon , à chacun cent.

DE JEAIS d'aUTON. 1^5

Messire Berault Stuart, seigneur d'Aubigny, gouvernoit la bataille, où étoient quatre cents hommes d'armes et tous les gens de pied, avec l'artillerie , laquelle se charrioit comme les piétons marchoient. Messire Yves , seigneur d'Alègre, avoit en main l'arrière-garde , qui étoit munie de deux cent cinquante hommes d'armes : le tout ordonné si à point, que par compassée mesure alloit l'œuvre militaire. En ce point branlèrent les François , et prirent les champs.

Les avant-coureurs furent envoyés pour découvrir, et prendre logis à un Heu nommé TEncouronnade, chambre du roi de Naples, en la plaine de la Fouille , où auprès d'illec est un buisson , peuplé de bêtes rousses à grand nombre, et en toute la plaine de la Fouille n'y a buisson que celui seul. Pour rentrer, l'armée de France fut en ce lieu, à séjour, trois jours entiers , où , ce pendant , fut avisé quelles villes se dévoient, pour le plus aisé et profit de l'armée, assiéger et assaillir. Et pour savoir de la manière du résister des ennemis , par le lieutenant du roi fut envoyé à Cérignoles le capitaine Gaspard de Coligny , pour là faire une course, et voir la contenance des Espagnols. Dont celui Gaspard de Coligny , avec soixante hommes d'armes, se mit en voie, droit audit Cérignoles , où étoient trois cents hommes de pied espagnols et six vingt genétaires , pour

l/6 CHRONIQUES

garder la place ; et là devant envoya, pour découvrir le pays, vingt-cinq archers , que inenoit un gendarme nommé François de Rocquebidault, et sur leurs traces leur mit douze hommes d'armes, sous l'adresse du guidon du duc de Nemours. J'en veux nommer une partie, pource que par vrai rapport j'ai su que moult bons et gaillards gens d'armes étoient, et dignes de recommandation : desquels étoient Bernardon de Toyouse, le jeune baron deBéarn, Bertrand de Bouchède, gascons , le seigneur d'Arqués, Masqueron, et le bâtard des Hanches. Quoi que ce soit, les archers, qui devant étoient allés pour découvrir, furent mal guidés et écartés , tellement que les douze hommes d'armes furent les premiers devant la ville, et là hors les barrières, trouvèrent deux cents hommes de pied et soixante genétaires en bon ordre. Toutefois, pour ce, ni pour leur nombre avantageux, ne s'arrêtèrent les douze hommes d'armes françois, mais tous ensemble à la foule, et d'un vouloir déUbéré, à bride abattue, la lance baissée, donnèrent sur les gens de pied si rudement, que par sur le ventre leur passèrent. Les genétaires , voyant leurs piétons en route, s'ébranlèreot , et sans attendre le choc, pour doute des horions, tournèrent le dos au lieu où par honneur dévoient avoir le visage , et se retirèrent vers le fort , chassés par les François jusque dedans leurs

DE JEAN d'aUTON. i^fj

boulevards. Les gens de pied, tandis que la fuite de leurs genétaires se faisoit, se rallièrent , et tous en pleine marche approchèrent la ville de tant, que les François les virent venir, et à l'entrée des barrières leur donnèrent une charge telle, que à la première pointe s'épartirent et firent voie : mais plusieurs furent renversés et mis à terre, les autres fuirent vers les fossés et sans ordre ne défense : ce qui tel dommage leur porta, que, sur le bord desdits fossés , furent tués à grands tas, et tous eussent été défaits, si ceux de la ville, à coups d'artillerie et de trait et puissance de gens qui sortirent, n'eussent ennuyé les François; mais tant firent, que partie de leurs gens recouvrèrent , et se retirèrent tous en la ville. Après celle retraite, les hommes d'armes françois, voyant que des vingt-cinq archers, qui devant eux étoient partis du camp, n'étoit nouvelles, pensèrent que par embûche d'ennemis étoient encombrés, ou par mal avisées guides écartés: toutefois autour de la ville firent une course, pour en cuider savoir nouvelles , et tant allèrent , que devant une des portes les trouvèrent en besogne et bien empêchés. Car plus de cent Espagnols étoient, à pied et à cheval, mêlés avec eux , et s'entre-battoieni; à tour de bras. A la vernie de ce renfort, les Espagnols furent repoussés, et les François recous, lesquels se mirent tout bellement à la retraite ;

mais guère n'eurent marché, que de toutes parts genétaires et piétons espagnols ne fussent à leur queue, dont se tinrent serrés, et, en eux défendant, faisoient leur chemin. Ainsi comme ces escarmouches s'exploitoient , le capitaine Gaspard de Coligny , avec ses gens, étoit approché à un mille près de la ville, jusques à une vallée couverte, et là avoit fait son embûche, dont il avoit averti ses coureurs, pour donner une amorce à ceux qui les suivroient , ce qu'ils firent; car tant les attirèrent , que jusques au lieu où étoit leur embûche les conduirent, et tout soudain furent chargés de toutes parts; là furent tués trois genétaires, et un pris, les autres gagnèrent à fuir. Les pauvres piétons payèrent tout Técot; car la plupart d'eux furent atterrés sur-le-champ , et les autres gagnèrent les haies et buissons, et se sauvèrent comme ils purent. Et ce fait, les François s'en retournèrent à l'Encouronnade, où étoit toute leur armée.

Les Espagnols de Cérignoles, connoissant que trop mal apparantés étoient pour attendre le siège des François , et leur armée être sur les champs , et près de leurs dangers , par une belle nuit troussèrent leur bagage, et pour le plus sûr abandonnèrent la ville, puis s'en allèrent àCanose, sept milles près dudit lieu.

Premier que l'armée de France voulût marcher outre , entre les capitaines fut dit que le

DE JEAN d'aUTON. I/JC)

siège seroit mis à Canose, bien forte ville, et garnie de gens d'armes ; et que , si elle étoit prise , ce seroit pour donner crainte aux ennemis et évertuer les autres, et que, en ce faisant, on sauroit le vouloir de chacun. Ce propos arrêté, l'armée prit les champs, et fit un logis à un lieu nommé les Fontaines , et approchant de Canose, et là n'arrêta qu'une seule nuit. Au plus matin , les gens d'armes françois se mirent aux champs devers Canose, en laquelle y avoit douze cents hommes espagnols, sous deux capitaines, nommés l'un Péralte, homme bien expert au métier de la guerre , et l'autre Pèdre de Navarre , habile à merveilles en fait de mines. Et étoit cette ville fortifiée de gros boulevards bien percés, et de fossés larges et profonds , et d'épaisses murailles bien crénelées et percées, et de bonne artillerie , avec gens de cœur , et prou de victuailles; somme , c'étoit une des villes de la Fouille la mieux défensable, et est celle dont les histoires romaines font mention au temps que le consul Marc Varron, Romain, perdit près de là la grande bataille de Cannes, contre Annibal , duc de Carthage,

CHRO]\IQU£S

Du situe it Canode en la {louilU^ ^t comment clU fut pxm pat leô Stancoi^ mv les espagnole^ tfoi là firent ié(eme merue illeuee.

Le seizième jour du mois de juillet, en l'an susdit mil cinq cent deux, Tarmée de France fut devant la ville de Canose , en la Fouille , pour y m/ettre le siège. Là , à l'approcher, se trouva grosse escadre de genétaires, pour escarmoucher avec les François, et commencèrent chacun de sa part à mettre les armes à Fessai et donner coups. Les genétaires pour l'heure n'eurent du meilleur. Aussi étoient-ils peu de gens pour y devoir profiter : si furent chassés et menés battant jusques dedans leur fort, et aucuns d'eux tués sur-le-champ.

Tous les gens de cheval et piétons approchèrent, et se tinrent en bataille près de la ville, en attendant que l'artillerie fût assise, laquelle , à beau plein midi , à la vue de ceux de la ville, fut approchée à un jet d'arc près des murailles, et en même heure le siège assis. Les hommes d'armes se logèrent dedans les maisons et églises rompues, que là trouvèrent à un trait d'arbalète près de la place. Les piétons prirent quartier d'autre part vis-à-vis de leurs gens. Et ainsi que logis se faisoit, sans

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séjour, trait et artillerie venoient de la ville sur les François, et tant, que plusieurs y furent étendus et morts. Mais pour ce, ne demeura que chacun n'eût logis arrêté, et que, la nuit ensuivant, l'artillerie ne fût approchée jusques encontre les fossés de la ville , et là les tranchées faites, et toute l'artillerie chargée et attitrée. Dès l'aube du jour, commença l'orage bruyant de l'artillerie de France à péter comme foudre, et donner contre les murailles de Canose, sans cesser quatre jours durant, tant horriblement , que créneaux , repaires et défenses furent mis à terre , et plusieurs des soldats espagnols crevés et meurtris. Grande défense faisoient iceux Espagnols ; car, pour crainte des coups mortels , ne désemparoient la muraille, où nuit et jour étoient à faire remparts et repaires; dont tiroient à toutes heures sur nos gens, et grand abattis en faisoient. Mais à chef de quatre jours, tant ftirent murailles rouptes et atterrées , que, par les capitaines et maîtres canonniers françois, fut dit que passée suffisante y avoit pour y donner un assaut. Ce qui fut fait, et pour ce, ordonnés de chacune compagnie de cent hommes d'armes , vingt, et de cinquante, dix, qui se trouvèrent par nombre cent cinquante ou environ , avec leurs capitaines ou lieutenants, prêts d'assaillir la brèche ou écheler la muraille.

Aussi furent mis, pour l'exploit de cet af-

Hr,

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faire, douze cents hommes de pied , dont un, nommé Jannot de Montauban, conduisoit trois cents Gascons , le capitaine Esprit cinq cents Dauphinois, et Pierre-Louis de Constance quatre cents Lombards; lesquels furent tous en armes , et délibérés de mettre la main en besogne. Pipes et tonneaux pleins de vin furent là mis sur le cul et défoncés, pour attinter les têtes de ceux qui dévoient aller à l'assaut. Si commencèrent , à bel envi , à mettre le nez aux bouteilles et à trinquer à qui mieux mieux , tant que en peu d'heures les fûts furent vides et les têtes pleines , et gens d'armes échauffés comme lions querant leur proie, et prêts de commencer la noise. Les Espagnols , voyant l'heure que défense leur étoit propice pour sauver leur vie et acquérir honneur, s'arrangèrent en bel ordre autour de la brèche, le glaive au poing; et, sur le point de commencer, leurs capitaines les enhortèrent de mettre corps et vies à l'aventure pour leur querelle, disant que, si à celle fois pouvoient honorablement résister, ce seroit pour amollir le haut vouloir des François et rabaisser leurs cornes , et dorénavant gagner sur eux la chance heureuse, qui souvent, par un seul hasard de malheur, en fortune contraire se tourne. A chef de ces paroles , les Espagnols se ravigourèrent , et prirent audacieux courage , qui est la plus forte muraille qui soit; et ainsi, comme

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ceux qui, entre autres, savent bien garder les places , environnèrent la passée à grand'foule de gens bien en point pour icelle garder, et là eurent propos de tous mourir, premier que désemparer, et attendre le dernier coup des assauts des François. Tant alla le cas en avant , que l'assaut fut commandé et sonné; dont les capitaines et les plus estimés François se mirent des premiers, et les piétons avec, lesquels coururent les uns à la brèche , et les autres échelèrent la muraille , et , de première advenue, donnèrent tant rudement, que les Espagnols du dedans furent si mal menés , nonobstant merveilleuse défense qu'ils faisoient, que, après long combat, perdirent place et reculèrent ; et , de fait , eût été la ville prise à ce premier assaut, n'eût été un de leurs capitaines nommé Péralte , lequel, voyant ses gens abandonner leur garde et les François entrer sur eux , leur vint au-devant , Tépée au poing, en frappant sur eux à tour de bras , en leur disant : « Tournez , maranes , infâmes , recrus ! que pezar de dioux ! tournez , et tenez pied ferme et vouloir vertueux contre vos ennemis ! Si vous fuyez , croyez que ne perdrez seulement les vies, mais l'honneur, qui de mille morts se doit racheter plutôt que de le laisser périr. Avant , compagnons , avant! ne faisons que^ pour notre lâcheté, toutes les Espagnes , d'où nous sommes , en-

courent reproche. » Par cette remontrance enhardia ses gens, le vaillant capitaine, et les ramena battant jusques à la brèche, que les François avoient jà gagnée et entroient. Toutefois celui capitaine Péralte mit ses gens en telle force , et de lui-même fit telle défense , que les François furent reboutés , lesquels rapprochèrent de plus belle , et de leur pouvoir assaillirent la ville; mais les Espagnols , à lances de feu , de soufre et de chaux vive , avec pleins pots d'huile , affolèrent ceux qui étoient des premiers, desquels étoient le capitaine Louis d'Ars , Aimer de Villars , Pierre de la Lande, le seigneur de Cornon, Châtellart , Pierre de Bayard , Pierre de Pocquière , Luc de Groing, Marc du Fresne, et plusieurs autres bons hommes d'armes , qui , sans cesser, ruoient coups à toutes mains : dont aucuns d'eux furent blessés , les autres brûlés et leurs visages échaudés, et furent plusieurs laquais morts et affolés. Mais pourtant ils ne reculèrent ; car l'assaut étoit tel , que , pour mourir, les François n'abandonnèrent le passage ni les Espagnols la défense. Et dura cettui assaut plus de trois heures, auquel furent morts et blessés grand nombre d'Espagnols ; mais , pour ce , ne furent les autres ébahis , ains tinrent toujours pied ferme, eurent Foeil au guet, la main à la défense et le cœur vertueux , qui de tant leur servit, que , à la parfin , la place

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leur demeura pour celle fois , et l'assaut cessa au désavantage des François, lesquels se retirèrent au logis. Ce fait, n'eurent pourtant le courage affoibli , ni vouloir de lever leur siège ; mais derechef, plus aigrement que devant, d'un autre côté , devers le château , battirent la ville un jour et demi; et là, sans arrêt, nuit et jour furent tirés coups , et la muraille effondrée et mise à bas , tant, que l'assaut fut derechef commandé , et plus de gens d'armes qu'au premier, et grand nombre d'Allemands ordonnés, lesquels marchèrent vers la muraille bréchée, et tant efforcèrent leur pouvoir, que, malgré les ennemis, contre l'abattis plantèrent l'étendard. Là y eut merveilleuse noise : car les François , à grosse foule et des mieux armés , assaillirent le pas , et , comme envieux de recouvrer leur première perte, n'épargnèrent leurs glaives, mais contre ceux de la défense les exploitèrent jusques à la vue du sang d'Espagne, qui fut là eflTus à grands ruisseaux. Le bon capitaine Péralte, Espagnol, à cet affaire ne s'oublia de réconforter ses gens , les mettre en bon ordre , et tenir en vouloir assuré ; et, pour leur montrer le che^ min de vertu , le premier se trouva au besoin , et faisoit merveilles d'armes , et toujours avoit l'avis et défense de ses gens et le glaive au-devant des ennemis : et est à penser que sans lui la place eût été emportée d'assaut ; car

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chacun des François y efForçoit le comble de sa puissance. Mais lesdits Espagnols, au moyen de son avis, firent telle résistance, que tout honneur y acquirent ; et puisque vérité en tels faits ne se doit celer, je dis que , sur ce, furent les Espagnols k recommander : car, sans faillir, nul d'eux débranloit de sa place pour mort encourir, dont étoient assurés s'ils eussent été pris. Que dirai-je? l'assaut fut tant mortel, que, depuis onze heures du matin jusques à vêpre, sans repos dura le combat main à main , sans que l'artillerie cessât de tirer et les glaives de trancher et piquer de tous côtés. Moult firent les François vertueux devoir d'assaillir, et les Espagnols grandes merveilles de défendre; car ils avoient , à l'heure, à besogner à l'une partie des plus hardis hommes de tout Tost des François. Messire Jacques de Chabannes étoit là à la brèche , qui , sans séjour, donnoit coups immodérés, comme celui qui étoit loué d'excessives armes. Le capitaine Louis d'Ars , à tout une lance au poing , y assaillit un pan de mur ébranlé , étant auprès du passage où la foule se faisoit , et là y eut plusieurs coups de trait et de piques, tant que le sang lui dégouttoit jusques à terre; mais ce ne l'arrêta qu'il n'approchât jusques à combattre main à main dessus celui mur, qui tomboit presque , où , joignant , étoit grand nombre d'Espagnols , dont les uns chargeoient

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sur lui, et les autres poussoient celui mur pour le vouloir acravanter : ce qui eût été , quand un François des siens, nommé Luc de Groing , qui étoit près de lui , l'avisa de ce danger, dont s'approcha d'un autre lieu pour combattre , et là fut j usques à la fin de l'assaut, sans cesser de charger les ennemis. Aussi étoient là Aimer de Villars, le seigneur de Cornon , la Lande , Châtellart , Pierre de Bayard , lequel ne cessa , durant l'assaut, de ruer patacs sur les Espagnols, et tant s'approcha , que en plusieurs lieux fut atteint et blessé à coups de piques. Pierre de Pocquière , seigneur de Bellabre, se mit là si avant, que , après maints coups par lui donnés, fut, à lances de feu et de soufre, brûlé le visage et tout affolé. Aussi fut Luc de Groing blessé d'un coup de pique , et atteint de telle sorte, que de la montée de la brèche fut renversé dedans les fossés, et emporté comme mort. Marc du Fresne fut pareillement, à celui assaut, blessé en plusieurs lieux, lequel, au rapport de ceux qui là étoient, fit tant d'armes, que ses ennemis , à leur perte, surent bien à quoi s'en devoir tenir. Plusieurs autres bons gendarmes , comme Gilbert de Chaux, Jean de Montieux , Louis de Brandon et assez d'autres , furent là des premiers à l'assaut et des derniers à la retraite , lesquels demeurèrent au combat jusques à ce qu'ils fussent tous blessés , et tant

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lassés, que sang, pouls et haleine leur faillirent. Et faut entendre que les Espagnols , qui n'étoient que douze cents ou environ, n'étoient reposés ; car plus de cinq heures , comme j'ai dit, soutinrent les heurts de plus de deux mille hommes françois , forts et vigoureux. Je ne veux donc , par ma chronique, mettre les bienfaits des Espagnols en oubli , mais dire que , pour vertueuse défense, louange honorable doivent avoir. Quoi plus? L'assaut fut tel, que les François, celui durant, à grands pouls de lances chargeoient leurs ennemis jusques au vif, lesquels aussi, à toutes longues piques avantageuses, se garantissoient, et blessoient nos gens, sans que grand dommage on leur pût faire , ne toucher à plein coup, pour l'avantage de la grandeur de leursdites piques, qui de moult leur profita ; et, avec ce , les aucuns d'eux avoient en main grands pots pleins de graisse , de feu et de soufre , qu'ik jetoient à la volée sur ceux qiii s'approchoient pour gagner la brèche ; les autres, huiles bouillantes et lances à feu; de quoi , si grand ennui et empêchement firent acixdit» François , que, après avoir si longuement combattu, comme j'ai dit, cessèrent l'assaut à leur perte et dommage , auquel furent brûlés et ensoufrés plus de trente hommes d'armes», et d'autres plus de cinquante morts et mutilés. Des Espagnols fiirent aussi mis à sac et bfessés plus de qua-

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rante ; et ainsi fut par les François donné le second assaut à la ville de Canose. Moult furent dépits et malcontents les François de ce que si peu de gens, comme étoîent les Espagnols qui là dedans tenoient , résistassent ainsi devant leur puissance , qui maintesfois avoit soumis moult de forts pays et conquête villes imprenables. Que fut-ce? si n'est que, pour ce , n'amollirent leur vouloir, ni n'abaissèrent leur courage , mais proposèrent de tous mourir là, ou de vive force prendre ladite ville de Canose; et voulurent le lendemain icelle derechef assaillir et de tous côtés écheler, sans que nul fût exempt du labeur : dont les soldats du dedans, nonobstant la résistance des deux assauts par eux vigoureusement faite, ne se voulurent tant tenir forts de leurs armes, ne eux fier en fortune, que , avec messire Berault Stuart , capitaine de la bataille de l'armée des François , ne parlementassent , et promirent de rendre la place et icelle vider, si , par composition sûre , leurs bagues leur demeuroient sauves. Aucuns des capitaines françois ne furent d'opinion de les laisser ainsi aller, vu que plus n'en pouvoient , et que tant de dommage leur avoient fait. Les gens de pied , desquels plusieurs étoient demeurés , ne furent d'avis que ainsi dussent échapper, mais dirent que, s'ils sortoient, tous les tueroient, à qui en dût déplaire. Quoi que ce soit, la

composition fut par le vice-roi et le seigneur d'Aubigny arrêtée et fiancée par ledit seigneur d'Aubigny; et, pour ce qu'iceux Espagnols se doutoient de la menace des piétons , demandèrent otages, auxquels furent baillés Jannot d'Arbouville, seigneur de Bimo, et François Daillon , seigneur de la Crote, lesquels furent menés à Andrie , que tenoient les Espagnols. Et doutant le seigneur d'Aubigny que les gens de pied voulussent faire quelque force, comme avoient dit , voulant acquitter sa foi et résister à leurs motifs, lui en personne, avec deux cents hommes d'armes , se mit devant les portes de la ville pour faire là passer lesdits Espagnols, comme étoit promis, lesquels, avec toutes leurs bagues, sortirent : desquels, de douze cents qu'ils furent au-dedans devant le siège , n'en sortit que neuf cents; car le surplus , à coups d'artillerie , durant la batterie et aux assauts , à coups de main fut tué. Sitôt que tous furent hors de la ville , le seigneur d'Aubigny, avec ses gens, les conduisit jusques en sûreté ; lesquels , après ce, furent par le capitaine Gonsales mis sur mer, et envoyés renforcer la ville de Tarente , où n'avoit lors que soixante Espagnols. Ainsi fut réduite la ville de Canose , et mise entre les mains des gens du roi , avec le château , qui étoit assez fort , où fut mise bonne sûreté et grosse garnison ; et là dedans fut l'armée trois jours à repos.

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(Eommmi (èomaleô Jnxantf , apm la pvm ie <S.anoBe^ tïoulut détenir U0 otafles ftancm^ qui pont la BÛveté ie ses BolUis avoient été

Le capitaine Gonsales Ferrand, sachant la perte de Canose , et ses gens en être hors à sûreté, et pour ce avoir encore entre ses mains les susdits otages françois, comme taché de vicieux vouloir, dit qu'il les vouloit détenir, pour les mettre au service du roi d'Espagne , et au cas qu'ils refuseroient ce parti , qu'il les feroit mettre en galère, ou en basse-fosse, comme prisonniers atteints de méfaits. Et ce propos oyant le capitaine Peralte, pour la sûreté duquel , et des Espagnols qui avoient tenu Canose , étoient lesdits otages françois détenus ; et sachant le loyal tour de guerre que le seigeur d'Aubigny leur avoit fait, en reprenant la faute de l'intention du seigneur Gonsales, présens plusieurs, luidit :(( Seigneur capitaine, vous savez que vous-même avez consenti et voulu la composition par moi faite avec les François, touchant la reddition de Canose, et la bonne police et loyale manière de guerre dont ils ont usé envers nous; et aussi comme, en composant pour la sûreté de vos gens, qui

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autrement eussent été tous tués, ont baillé bons otages, lesquels j'ai promis, et vous, pour autant que l'appointement avez consenti, faire mener à Andrie, sauf les faire ramener tous en sûreté jusques où se roi t leur armée. A quoi, à la peine de ma foi soumettre à vilain reproche, je suis tenu de faire , et vous obligé de tenir. En outre, ne savez-vous comment le seigneur d'Aubigny, l'un des lieutenants-généraux du roi de France, malgré les piétons françois, qui courir sur nous vouloient, avec grosse puissance de gens d'armes, nous mit hors de Canose et du danger où étions? Parquoi me semble, si retenez lesdits otages, que ne ferez loyal devoir, et me garderez d'acquitter due promesse, et donnerez loi aux ennemis d'enfreindre votre sauf-conduit, et aux autres, cause de n'ajouter foi à votre dire, et que de même en pourront faire les François à quelqu'un des vôtres, dont en pourrez douleur et dommage recevoir. Avisez que, en fait d'armes, otages sont baillés pour moyenner entre paix et discorde et pour plus assurer la chose promise; lesquels se doivent amiablement recevoir, soigneusement garder, doucement traiter, et à heure due rendre. Ce sont les cérémonies de la guerre , qui , selon les statuts de l'art militaire, se doivent tant étroitement observer, que qui présume feire le contraire est digne de punition mortelle encourir. Par-

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quoi, seigneur, à ce devez avoir l'œil ouvert, et, par avis de consulte, en ouvrer, ou au moins à l'honneur de votre florissante renommée, que, sur toutes choses, pour recommandée devez avoir. » Ce dit, le capitaine Gonsales, nonobstant la raisonnable remontrance, ne mua son égaré propos , mais mit gens en avant, pour aller à Andrie quérir lesdits otages françois qui là étoient , et iceux faire amener à Barlette, pour les traiter selon son avis. De cette entreprise fut averti le capitaine Peralte, lequel dit en lui-même que à son pouvoir y pourvoiroit, en sorte que son honneur y seroit gardé, et le profit des otages maintenu. Et comme celui qui, par crainte de perdre vie ou état , ne voulut son los rabaisser, prit un genèton des siens, vite , adroit et léger, et par chemin couvert se mit en poste, et tira vers Andrie, où fut plus tôt que ceux qui alloient pour quérir les otages, et, sans séjourner, fit iceux monter à cheval, et le plus tôt qu'il put, les emmena à l'ost des François, qui étoit à Canose; et ce fait, s'en retourna à Barlette.

Le capitaine Gonsales fut averti comment les otages françois, par le moyen de Peralte, étoient hors de ses mains; dont tant fut épris de courroux, que celui Peralte voulut faire pendre, disant qu'il avoit intelligence avec les François, et tellement le guerdonna, que, pour les

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bons services qu'il avoit faits au roi d'Espagne, le fit prendre , et mettre en galère , où demeura long-temps. Et puis, par le secours d'aucuns ses amis, fut mis en liberté, et échappa; dont s'en alla rendre François, et fit depuis, comme j'ai su, bonne guerre aux Espagnols : parquoi fut appointé du roi , et en son service bien à point entretenu.

Comment le caifiiaint Coûte îï'2lr6 prit fliôrilUe , m la pouilU, ôur Us (Kôpagnols*

Le jour ensuivant que Canose fut rendue aux François, le capitaine Louis d'Ars, averti que les Espagnols chassés dudit Canose alloient renforcer Tarente, pria le duc de Nemours, vice-roi, qu'il lui plût bailler des gens d'armes, pour aller couper le chemin à iceux Espagnols, à la descente de la mer, où ne faudroit point de les rencontrer et iceux défaire. Et ce faisoit , pour ce que jà avoit été semond, par ceux de Tarente, de se mettre dedans, et avisé que six cents hommes d'armes françois se montroient là - devant , que les Espagnols de la garnison tueroient , qui peu de nombre étoient , et dedans mettroient les François. Et de tout ce fit compteauducde Nemours, en lui remontrant que , par deux moyens ,

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celle ville de Tarente se pourroit prendre sans faillir : ou pour défaire le renfort qui par la meryalloit, lequel étoit foible pour soutenir foule de bon nombre de François ; ou pour se montrer devant la ville, qui étoit forte, pour chasser petite compagnie d'Espagnols. Le duc de Nemours ne voulut prêter l'oreille à celui Louis d'Ars, pour ouïr son profitable propos, ne lui bailler renfort pour exécuter sa louable entreprise; mais différa tant, que pour l'heure autre chose n'en fut, si n'est celui bon capitaine Louis d'Ars, qui la charge, comme j'ai dit, avoit des places qui là appartenoient au comte de Ligny , voulant à son pouvoir servir le roi son maître, se mit aux champs avec soixante chevau - légers , et adressa vers Biseilles, terre du comte de Ligny , à cause de sa femme. Et est celle ville sur la mer, et forte à l'avantage. Le peuple de laquelle, sachant la venue du capitaine Louis d'Ars, lieutenant dudit comte de Ligny, leur seigneur, et sitôt que devant eux le virent avec ses gens, France ! France! fut là-dedans à voix commune mise en cri , et les portes de la ville , malgré les Espagnols , ouvertes aux François , et à grand tumulte toute la commune insultée contre les Espagnols. Là entrèrent les François, et, avec les Biseilliens, chargèrent sur les Espagnols, et les assainirent de toutes parts, et tant, que jusque dedans le château, qu'ils tenoient.

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tuant et battant les repoussèrent. Et eux retirés, commencèrent à tirer artillerie au travers de la ville et contre les François, tellement que, de Canose, à quatre milles delà, où étoit l'armée de France, le bruit des coups fut ouï. Dont un gentilhomme, nommé Luc de Groing, de ceux dudit Louis d'Ars, qui là étoit demeuré pour les ad'aires de sondit maître, sachant que besoin étoit de lui faire secours, avertit le duc de Nemours de son affaire, en lui disant : u Monseigneur, n'oyezvous comment Tartillerie tire de Biseilles? Je suis sûr, et vous avertis, que le capitaine Louis d'Ars est à cet affaire. Et pour ce le sais -je, car, à son départ , me dit que là s'en alloit pour voir la manière et puissance des Espagnols qui sont dedans, et pour connoître le vouloir de ceux de la ville, qui avec lui ont intelligence. A ce moyen pouvez connoître qu'il y a mêlée ou assaut. Parquoi, monseigneur, en faisant service au roi, amitié à monseigneur de Ligny, et secours audit capitaine d'Ars, plaise -vous lui envoyer quelque renfort; car métier en est. » La prière et semonce de celui gentilhomme fut pour l'heure non ouïe par le duc de Nemours, et différée jusques à temps. Parquoi celui s'adressa à messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice, qui là étoit, et lui dit que, s'il lui plaisait secourir le capitaine Louis d'Ars, ce seroit servir le roi et acquitter son

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honneur; et de ce le pria bien fort. Ledit seigneur de La Palice , délibéré à tous propos d'exploiter son pouvoir pour les affaires du roi, s'offrit de prendre celle charge, avec le vouloir d'y besogner à toute force; mais, au parfaire, le congé ne lui fut octroyé. Dont celui gentilhomme, voyant que ailleurs lui falloit pour son maître chercher aide, sachant qu'à Rouvre, ville à quartier, près de Biseilles, à quatre milles, étoient cent hommes d'armes françois , dont les cinquante étoient à François de la Trimoille, seigneur de Mauléon, et les autres cinquante , à messire Aimar de Prye , pensant de ceux-là avoir quelque secours , droit là courut en poste, et hâtivement avertit les capitaines de gens d'armes qui là étoient, de l'affaire qui étoit à Biseilles, et comment le capitaineLouis d'Ars, avec peu d'effort, soutenoit là grand'charge ; et que, si par défaut de secours il étoit outré, ceux qui secourir lui pouvoient en auroient reproche : dont ceux de Rouvre, auxquels il s'adressoit, n'en seroienl ignorés, vu la proximité du lieu, qui n'étoit que de quatre milles ; et sur ce les pria envoyer des gens à la recousse. Lesquels dirent que peu de force étoient pour sûrement garder la ville de Rouvre, et à l'avantage secourir le capitaine Louis d'Ars. Et ce dit, celui bon messager à tant ne demeura au pourchas , mais leur dit : «Vous avez cent hommes d'armes; baillez-moi

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cinquante d'iceux pour tenir votre ville, et cinquante pour \e renfort de Louis d'Ars, et je prends sur ma vie de, sur ce, faire tel devoir, que la ville sera gardée à profit , et ledit capitaine secouru honorablement.» A cette remontrance et jeu parti ne différèrent plus; mais promirent à grosse bande aller à Biseilles. Et des premiers fut à la voie un nommé Pierre de Bayard, qui n'attendit la conclusion du propos ; mais sitôt qu'il sut l'affaire dudit Louis d'Ars, sans regarder qui le suivroit, lui , avec trois de ses gens montés et armés , se mit à la course; et tantôt après lui fut Louis de Saint- Bonnet, lieutenant de messire Aimar de Prye, avec trente hommes d'armes et quarante archers, courant tous à bride abattue. Pendant que au pourchas de ce renfort besognoit Luc de Groing, sur ce avoit pensé le duc de Nemours, au moyen de l'avertissement qui lui avoit été fait par ci-devant, et avoit envoyé à Biseilles un capitaine picard, nommé messire Pierre de Bellefourrière, lieutenant de César Borgia, duc de Valentinois, avec cent hommes d'armes : lesquels , pensant le long travail des François qui étoient à Biseilles, et la grande course qu'ils avoient à faire, qui étoitde plus de six milles, aventurèrent tout pour être d'heure à ce besoin ; et là coururent si tôt, que plusieurs d'eux tuèrent leurs chevaux. Ainsi comme ceux étoient à chemin, Pierre de

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Bayard , qui de Rouvre étoit des premiers délogé pour aller à ce hutin , avec ses trois hommes arriva à Biseilles, et à l'entrée de la ville, lui et ses gens , commencèrent à crier : France ! France ! à haute voix, et tout le cours le long des rues s'en alla vers le château, où le bruit se faisoit , et là se rangea avec Louis d'Ars, l'épée au poing, où commença à frappera bras déployés, et à grands efforts secourir les François, qui grand besoin avoient d'aide ; car, leur combat durant, un écumeur de mer espagnol , nommé Villemarin , avec trois galères armées de trois cents hommes , étoit venu au secours de ceux du château, et à sa venue furent les François foulés, mais eux et ceux de la ville leur tinrent longuement pied à ferrer. Toutefois, à la longue tenue, voyant les Espagnols que peu de secours venoit aux François, s'évertuèrent, dont le capitaineLouis d'Ars et ses gens furent à force repoussés, et chassés jusques à la porte de la ville; et à la fin eussent été forcés et mis hors, n'eût été la merveilleuse résistance que celui capitaine d'Ars faisoit de sa main : car à tour de bras gardoit l'issue de la ville et assailloit l'entrée ; tellement que ses ennemis ne pouvoient sortir pour chasser les siens, ne les siens désemparer pour abandonner la ville. Que fut-ce? si n'est qu'Espagnol ne l'osoit approcher de tant que son glaive tenoit d'ombré, que ne fût

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assommé. Là écamoit comme un sanglier aux abois, et disoit à ses gens : « Sus, messieurs, sus à ce besoin extrême se doit montrer la perfection de vertu. Gardons, sur nos vies, que l'honneur de la défense du pas que nous tenons ne perdions en peu d'heures, qui tout le jour avons emporté le prix de l'assaut; et que le fruit de nos labeurs ne soit perdu par défaut de le garder. Mieux vaut mourir ici à honneur sous reçu de vertu, que vivre à reproche sous ombre de lâcheté. Ne soyons pour travail arrecrus ; car, pour nous soulager, le secours nous est [)rêt. » A ces mots chacun reprit vigueur et courage. Là étoit Pierre de Bavard , comme j'ai dit, qui n'entendoit qu'à frapper au désespéré. Aussi y étoient Gilbert de Chaux, sieur dudit lieu; Jean de Montieux , seigneur de Tary; Arnaud de Barbiane, Napolitain; Louis de Brandon, et peu d'autres, lesquels pour mourir ne reculèrent l'issue de la porte. Durant ce bruit , le capitaine Louis de Saint- Bonnet, et messire Pierre de Bellefourrière, et Luc de Groing, qui les amenoit, avec six vingts et dix hommes d'armes et deux cents archers, arrivèrent; et eux, étant à deux jets d'arc près, commencèrent à sonner les trompettes et clairons, si haut, qu'il sembloit autour de Biseilles que l'air éclatât ; et tant alloient tôt, que la poussière des chevaux obscurcissoit le temps. Le capitaine Louis d'Ars,

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qui plus de six heures avoit soutenu la charge du combat des Espagnols avec ses gens, et tant, que de Canose, dont y avoit plus de six milles, et de Rouvre, avoit cependant donné loisir au secours de venir là, sachant approcher

le renfortdes François, reprit vigoureuse force, assuré vouloir et vertueux courage; et, à force de coups immodérés, commença à outrer les ennemis, et sur eux gagner place; lesquels, oyant le bruit du renfort , et pressés dudit Louis d'Ars et de ses gens, se voulurent retirer vers le château; mais, ainsi qu'ils faisoient leur retraite, Louis de Saint -Bonnet et messire Pierre de Bellefourrière, avec grosse route de gens d'armes françois, entrèrent en la ville, et tant hâtèrent leur train , que entre la marine et le château coupèrent le chemin aux

Espagnols, lesquels se vouloientmettreenmer; et là sur eux fut fait tel chapplis, que plus de trois cents d'iceux furent dégoillés. Les autres, qui pouvoient être deux cents, ou peu moins, gagnèrent le château; dedans lequel , un peu de temps devant ce, avoient mis, iceux Espagnols, en prison huit ou dix des seigneurs et marchands de la ville, pource qu'ils tenoient aucunement pour le roi. Lesquels prisonniers ne virent sitôt les François maîtres de la ville , et les Espagnols défaits, que au plus haut d'une grosse tour ne montassent , en laquelle étoient détenus, et de là commencèrent à ruer grosses

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pierres du haut eu bas sur ceux du château , en manière qu'Espagnol qui là fût ne s'osoit montrer qu'il ne fût assommé. Et tant alla Touvrage en plus, que le capitaine Louis d'Ars fit soudainement écheler et assaillir le château , lequel fut pris d'assaut, et tous les Espagnols qui étoient dedans mis à 1 epée. Ce fait , grosse garnison de François fut mise là-dedans. Et après ce , ledit capitaine Louis d'Ars fit bailler force argent et bonne monture à plusieurs hommes d armes et archers françois qui de Canose étoient venus à ce besoin, ou auroient, par force de courir et trop se hâter , tué leurs chevaux , dont les aucuns étoient à pied; dont fut aimé de chacun, comme requéroit le mérite de ses louables faits. Après toutes ces choses, chacun se retira à Canose, où étoit l'armée de France.

Camment Itù Ivancm itloçjiveni ie €anoe(^ ei coaxuxeni U pagô ie la fouille.

L'armée de France , qui à Canose avait demeuré trois jours , fut mise aux champs pour gagner pays ; laquelle fut de Canose à Corastre , terre du comte de Ligny, étant assise en plaine, et à cinq milles près de la marine : qui , peu de jours devant ce , avoit été prise sur les

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Espagnols par le capitaine Louis d'Ars; et là séjournèrent les François trois jours, pour aviser à leur surplus ; et, ce faisant, eurent grand défaut d'eau douce pour les chevaux , et tant, que de soif cuidèrent tous mourir; et, de fait, pour ce détour, leur convint retourner vers Canose. Si prirent leur chemin droit à Barlette , où étoient Gonsales et toute l'armée d'Espagne , et approchèrent la ville si près , que les Espagnols les purent voir. Le capitaine Gonsales fit mettre aux champs deux cents genétaires escarmoucheurs , et entre les boulevards et barrières de la ville fit asseoir son artillerie et tenir trois cents hommes d'armes en bataille , la lance sur la cuisse, pour donner , à la passée , quelque venue sur les François, s'ils voyoient leur avantage de ce faire , ou pour, au besoin, recueillir leurs coureurs, si par force étoient chassés. Les capitaines françois , qui , en approchant , virent la manière des ennemis, se serrèrent, et eurent conseil sur ce qu'est-il de faire, tel, que ordonné fut leur donner une escarmouche pour voir leur effort ; et , pour ce , le duc de Nemours appela un François, seigneur de Sainte- Colombe , auquel bailla quatre-vingts chevaulégers pour aller charger sur les coureurs de Barlette , en lui disant que trop ne se mît avant sans propos : car, pour souvent trop avancer folle hardiesse, honteuse perte s'en ensuit.

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Mais à ce pourvut cettui de Sainte - Colombe : car très-hardiment donna sur les ennemis , et à temps se retira, comme sage; car avec ses gens les approcha vis-à-vis , et point ne s'oublia de prier les siens que si pour honneur firent onc chose , que à celle fois le montrassent, et que temps en étoit. Là mirent les François les chevaux au cours, et tous ensemble s'entremêlèrent avec les genétaires d'Espagne, lesquels étoient deux cents ou plus; et bien à point s'en tre-bat tirent , et tant, que, à plusieurs courses et recharges, les François, armés à l'avantage , mirent les Espagnols en fuite, et les suivirent jusque contre leurs barrières, le glaive au dos. Le duc de Nemours , qui de tout ce avait vue, doutant que, par embûches ou renfort d'ennemis , ou par trop aller avant, ses coureurs n'eussent du pis, pour obvier à ce , leur transmit un nommé Hiéronyme Payonnet , serviteur du sire d'Aubigny , pour leur dire qu'ils se retirassent ; lesquels , pour ce , ne laissèrent à charger les genétaires , mais jusque dedans leur fort les chassèrent , où furent recueillis par les hommes d'armes espagnols qui là étoient , sans ce que nul d'eux fît semblant de vouloir sortir de leurs barrières. Parquoi s'en retournèrent ieeux coureurs françois à leur armée , laquelle , durant Tescarmouche , passoit devant la ville , à la vue des Espagnols , en bon ordre

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et bataille rangée, et tira outre jusques au pont de Canne, trois milles loin de Barlette.

L'armée de France, étant à celui pont de Canne , eut à secours trois mille Suisses , que le roi , qui lors étoit en Lombardie , lui transmit , sous la cliarge de deux capitaines des leurs, nommés , l'un le capitaine Ambrois, et l'autre Ance. Lesdits Suisses furent par le vice-roi baillés sous la main du sire d'Aubigny, lequel étoit ducteur des gens de pied et d'une partie de ceux de cheval.

Pour rafraîchir iceux Suisses, qui las étoient du branle de la mer, dont étoient venus de Gênes jusque là , et aussi pour voir au demeurant du fait de la guerre , quatre jours furent là les François et les Suisses en repos; et cependant aucuns d'iceux Suisses nouveauvenus eurent envie de prendre l'air, et virent que les raisins étoient déjà bons : car, en celui pays, à la Saint-Jean ou tôt après, sont mûrs ; et ainsi , pour la nouvelleté, soixante d'iceux , sans le congé de leur capitaine, mirent leurs piques au col , et prirent les champs entre le camp des François et Barlette , où étoient les Espagnols ; et là furent chercher leur proie , dont mal leur en prit ; car ils furent aperçus par aucuns genétaires coureurs , lesquels , sitôt qu'ils les avisèrent, leur coururent, et donnèrent sur eux ; et comme ceux qui , sans guet, par les vignes, s'étoient amusés à la

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vendange, l'un deçà, l'autre là, en désarroi furent tous tués, sans que l'un tout seul en sût rapporter nouvelles à ceux de leur camp , ni à leurs ennemis porter dommage que la mort d'un genétaire seulement, qui depuis fut avec eux trouvé mort sous le cep de la vigne.

Comment ani Ijomm^s tr'arm^e (xantm ei sept cents ï)omvx(s îre pieîr furent en Calûbre, ponx guerroya: mcnm Cdpagnolê qui là convoient le pa;)0.

Le duc de Nemours , vice-roi , et les autres capitaines , furent là assavantés que en la Calabre étoient descendus grand nombre d'Espagnols , qui pilloient et gâtoient le pays ; et mêmement Emmanuel de Benavide , don Hugues de Cardonne , et un autre , nommé Salazar, capitaines espagnols, avec trois cents hommes d'armes et onze cents piétons ; lesquels, par force, occupoient partie de celle terre : parquoi fut avisé que là seroit envoyé quelque effort de François , pour là gagner pays et rabattre les coups des ennemis ; et , pour ce , y furent transmis Adrien de Brimcu , seigneur de Humbercourt , et le seigneur de Grigny , a tout cent hommes d'armes, et Yves de Malherbe, avec quatre cents hommes de

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pied, et d'autres jusques au nombre de sept cents, lesquels s'en allèrent en Calabre, comme leur étoit enchargé. Du pont de Canne fut l'armée de France à Canose, et là furent dispersées les garnisons , et mises par les villes et places dudit pays tout autour de Barlette, pour tenir les Espagnols, qui là étoient toujours enserrés ; et furent les garnisons des François mises si près l'une de l'autre , que l'armée d'Espagne n'eût sitôt su assiéger ou courir Tune, que tout à l'heure l'autre ou toutes ensemble ne se fussent pu assembler et donner secours. Les gens d'armes françois, qui en la Calabre étoient allés, ne furent sitôt à chemin , que les Espagnols , qui là étoient, ne fussent, par espies , de ce avertis ; dont se mirent tous ensemble , et au-devant des François se trouvèrent , à l'entrée de la Calabre, bien ordonnés. Les François pareillement leur firent barbe , et plusieurs escarmouches eurent les uns contre les autres; et tant, que à la parfin se mêlèrent tellement , que les Espagnols, qui à plus du double étoient contre les François, furent vainqueurs , et les défirent tellement , que le seigneur de Grigny mourut sur-le-champ, en se défendant par tel effort, que à ses ennemis laissa la victoire sanglante et luctueuse , et lui perdit la vie transitoire pour acqiierre honneur immortel. A cette défaite, Adrien

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d'Humbercouit, qui entre ses ennemis s etoit longuement combattu , après son cheval mort entre ses jambes, et lui blessé en plusieurs lieux, fut pris et mis à rançon. Plusieurs autres François furent occis et blessés , et les autres se sauvèrent comme ils purent , et se rassemblèrent derechef pour eux garantir; et, ce fait , avertirent le vice-roi de leur affaire , et comment, sans secours, ne pouvoient là encourir que dommage, et déshonneur acquérir. Sur quoi fut tenu conseil entre les chefs françois , et par eux dit que messire Berault Stuart, seigneur d'Aubigny , avec cent hommes d'armes et quelques gens de pied , feroit le voyage ; lequel fut tantôt prêt pour y vouloir aller. Toutefois, au partir, entre le duc de Nemours et lui y eut différend par aucuns de ceux du vice-roi, disant que celui voyage seroit de tel avantage , que en la Calabre ce seroit le profit du gain et en la Fouille la peine du labeur; dont le vice-roi se disposa de se mettre en pays : ce qu'il fit avec cent hommes d'armes et peu d'autres , sans artillerie ; et tant fit , que , en allant, trouva quelques villes rebelles à lui, lesquelles voulut assiéger et prendre, mais mal accompagné se trouva pour ce faire : aussi n'avoit-il artillerie, ne gens à suffire pour tenir siège , ne donner assauts. Ainsi s'ennuya sur ce défaut, et pensa que plus convenable chose étoit à lui de se tenir avec l'armée, dont

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il étoit chef, ou auprès d^icelle, pour garder honneur, que icelui , comme convoiteux d'avoir, éloigner, pour autre part profit incertain chercher; ce qui le mit au retour, et s'en alla à Canose, honteux de son improuvue entreprise, et mal content d'avoir usé de volonté, au lieu de raison , à la remontrance de tel qui devoit être peu ouï sur ce, et moins obéi. Quoi que ce soit , au sire d'Aubigny manda qu'il allât audit voyage de Calabre , comme, paravant avoit été appointé : ce qu'il fit volontiers, et prit cent hommes d'armes écossois des siens , et six cents hommes de pied , et ainsi , avec ses gens , s'en alla en Calabre, où fit comme ci- après sera dit.

Comment Uroi, ftant lors à 3l6t, futpar-iteprrs lui plueifure printfs rt sriignfurs îi'3tolif , rt d'aucunes plaintes à lui faites ï>u îiuc îie Dalentinois, qui lors aooit fait à Home grosse «rmée.

Le roi étant en sa ville d'Ast , comme dessus a été dit , devers lui furent le duc Hercule de Ferrare ; le duc d'Urbin , Romain ; le marquis Francisque de Gonzague, marquis de Mantoue ; Louis, marquis de Saluées ; Antoine , marquis de Montferrat ; les ambassadeurs du roi des

Romains , ceux de Venise et de Florence , de Bologne , de Pise , de Gênes, et plusieurs prélats et seigneurs des villes , seigneuries et communautés des Itales : desquelles les uns vinrent là pour offrir service au roi et lui faire obéissance ; les autres pour avoir amitié avec lui et alliance confédérée; les autres pour avoir de lui quelque charge ou pension , et les autres pour se plaindre à lui du duc César Borgia , duc de Valentinois , lequel étoit lors sorti de Rome avec grosse gendarmerie , et assailloit leurs places, et couroit leur pays, et prenoit à toutes mains ce que par force pouvoit conquêter et ravir ; et , entre autres, se plaignit de lui le duc d'Urbin , disant que, à fausses enseignes , et feignant faire la guerre par Taveu et vouloir du roi , avoit l'artillerie de celui duc d'Urbin empruntée , et que , après ce , de sa même artillerie avoit battu et pris ses places, lesquelles il tenoit par force et occupoit sans autre droit y avoir ,• de quoi demandoit celui duc d'Urbin avoir restitution , et requéroit au roi que, en son affaire, lui plût donner aide et secours , vu que, pour lui cuider faire service et plaisir, avoit perdu sesdites places; et aussi que son plaisir fût mander au duc de Valentinois , que entre ses mains remît lesdites places, comme raison le vouloit.

Ainsi firent plainte au roi les ambassades de Florence , et dirent que celui duc de Valenti-

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nois avoit par force pris et pillé plusieurs villes et châteaux de leur seigneurie , et que sans juste querelle guerroyoit les Florentins, lesquels pareillement demandoient contre lui secours au roi , comme ses serviteurs , amis et confédérés. La seigneurie de Bologne disoit aussi que , à main hostile et sans autre droit, couroit ses terres , et faisoit aux Bolonois mortelle guerre et durs assauts , dont requéroient aussi au roi , comme ses humbles sujets et bons alliés , avoir aide. Le duc de Ferrare, le marquis de Mantoue et tout plein d'autres , firent leur plainte de celui duc de Valentinois, et dirent que toutes crudélités, tyrannies, forces et violences exerçoit, et faisoit toutes les inhumanités dont se pouvoit aviser ; et que si le roi ne mettoit sur ce brève provision , que les seigneuries des Itales, ses sujettes et alliées , voire ses pays mêmes de Naples et de Milan , en pourroient ennui , perte et dommage encourir : ce qui totalement seroit au désavantage du roi et au rabais de la louable réputation des François , vu que le roi même et son armée étant delà les monts , celui duc de Valentinois osoit présumer guerroyer ses alliés et amis , et faire près de lui hostile assemblée , et telle , que de plus de vingt mille hommes étoit renforcée , et tous les jours multiplioit d'effort; et jà étoit celui tyran tant boursoufflé d'orgueil , que en armes ne cuidoit

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à lui premier ne second; et, pour monter au sommet de présomption, en son étendard fit attacher en grosses lettres d'or son titre , disant : Cœsar aut nihil : ce qui se pouvoit imaginer ou entendre que , à l'exemple du preux César, subjugueroit le monde, ou, par la main d'adverse fortune , mourroit à la poursuite. Quoi que ce soit, oyant le roi le cri des plaintes et rapport des violences que chacun faisoit d'icelui , lui transmit la poste ; et vues les lettres par lesquelles lui mandoit qu'il cessât de plus guerroyer ses amis et alliés , et que , s'il avoit sur eux fait surprise , que , sans plus le lui faire dire , le mal acquis rendît , et aussi qu'il lui mandât à l'occasion de quoi si grosse armée il avoit mise sus.

Après que le duc de Valentinois eut reçu et vu les lettres du roi , par la même poste lui fit réponse , disant que , au regard de lui , n'entendoit faire chose qui fût contre son vouloir, et que son très-humble et très-obéissant serviteur étoit; et au surplus, toutes les villes, places et pays qu'il avoit pris , quand il lui plairoit, les mettroit entre ses mains; et la cause pourquoi il les avoit prises , étoit pour les remettre en l'obéissance du pape , lesquelles étoient à foi et hommage de lui tenues , ce que n'avoient voulu faire ceux qui les tenoient, ni reconnoître leur souverain seigneur; et quant étoit de son armée , pour autre chose

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ne l'avoit faite que pour, au besoin , l'exploiter au service du pape et l'employer aux affaires du roi.

Plusieurs autres excuses et raisons mit en ses lettres , lesquelles le roi lut et avisa d'un mot à autre , et icelles montra à ceux qui de lui se plaignoient; lesquels prièrent le roi derechef qu'il ne souffrît ainsi molester les siens , et que si quelque hommage et temporelle reconnoissance, à cause desdites places surprises, étoient dus au Saint -Père le pape, que tout au vouloir et plaisir du roi en feroient la raison ; et sur ce leur promit le roi de les rendre contens. Toutefois , exécution de guerre faisoit toujours le duc de Valentinois, et en prenoit où en trouver pouvoit : dont le roi fut délibéré lui envoyer au-devant grosse armée , pour savoir qu'il vouloit dire, et lui rabattre ses coups ; et sur celle disposition demeura la chose pour un temps.

Le roi fut lors averti comme au royaume de Naples, entre lesFrançoisetlès Espagnols, étoit la guerre exercée , et de tout ce qui là avoit été fait assavanté : parquoi , doutant le rapport des espies, commanda à faire vider de cour tous les Espagnols, et mêmement un chevalier nommé messire Angraille, ambassadeur pour le roi d'Espagne , lequel avec tous ses gens fut sommé de désemparer les terres du roi , et ce dedans vingt-quatre heures; dont en même

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heure partit avec tous ses Espagnols , et prit pays vers son quartier.

Par les Genevois furent lors envovés en Ast messire Philippe de Ravestain, gouverneur de Gênes pour le roi ; le comte de Gênçs ; messire Jean-Louis de Flisco, comte deLavaigne, et plusieurs autres , pour prier le roi qu'il lui plût aller voir et visiter sa superbe cité de Gênes , et lui dire que ses sujets , les seigneurs et le peuple de la ville, sur toutes choses le désiroient voir, et lui faire service et bien le traiter. A la prière desquels promit que de Lombardie ne s'en iroit que premier ne les eût vus €t visités; de quoi furent moult joyeux, et très-humblement l'en remercièrent.

Comment une taamn fut bxnlie en 2lôt Jurant que le rat g était, rt lui-même fut an bruit, acr rampajné îre tauô e^s flene.

En la ville d'Ast avoit lors tant de François, Lombards et Italiens , et autres étrangers, que ladite ville , qui bien logée et moult spacieuse étoit, ne pouvoit suffire pour tout mettre à couvert la nuit, ni le jour pour donner à chacun aisée passée par les rues. Or, advint un de ces jours, ainsi que le roi fut couché, que quelque bon valet d'étable, par défaut de mettre de

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Teau en son vin, s'endormit en sa litière sans souffler sa chandelle, et là se prit à ronfler, et la chandelle à brûler ; tellement que , à la chute, ou ne sait comment, les flammèches s'épandirent par la paille , et feu de courir partout , et tant , que soudainement toute la maison fut enflammée : dont ceux à qui plus le cas touchoit coururent aux cloches de la ville , comme , en semblable cas , on a de coutume , et ce fut sur les onze heures de nuit , que chacun étoit à repos. Les cloches sonnèrent à toutes parts comme en manière de tocsin , dont plus de vingt mille hommes de la ville , au son du feu , furent soudainement par les rues, et à tous grands cris coururent où étoit le feu.

Le roi, qui lors étoit couché en son lit, oyant le son des cloches et le bruit du peuple , tout hâtivement se mit en pieds , habillé légèrement et la hache au poing , et avec un valet de chambre sortit en la cour de son logis , où là trouva son guet tout debout , et ainsi se mit en rue pour aller où étoit le bruit. Qui eût là vu les gentilshommes et pensionnaires du roi , les archers de la garde, les Allemands, et tous les François qui là étoient, sortir en place , les uns armés , la hache en main , les autres en pourpoint , la hallebarde ou la pique au poing, c'étoit assez pour dire ou penser que en la ville y avoit quelque hutin : car, en moins d'un quart d'heure , devant et autour

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du logis du roi furent plus de six mille François en armes, et es rues plus de douze cents torches allumées; et ainsi marcha le roi le long d'une rue qui duroit plus d'un jet d'arc de long ; le comte de Ligny , le seigneur de Ravestain , le sire de la Trimoille , le maréchal de Gyé , et les autres seigneurs de France qui là étoient en Ast, se trouvèrent tous autour de lui ; lequel fut pour l'heure si bien accompagné , que tout le long de la rue où il étoit n'apparoissoit que haches, piques et hallebardes. Ainsi se tenoit le roi saisi de ses armes; et aussi le cas le requerroit assez , vu le son tumultuaire, l'heure intempestive, la multitude des étrangers , et la sûreté non fiable du pays , qui là à chacun étoit en vue; et en ce point s'en alla le roi jusques au lieu où étoit le bruit, comme celui qui hardiment se vouloit trouver où besoin étoit; et, lorsqu^il vit que c'étoit à cause du feu, commanda à chacun que la main fût mise à cet affaire : dont tant de gens y besognèrent, que la maison fut tantôt brisée, et le feu éteint ; puis le roi se retira à son logis , et chacun s'en alla reposer.

Le cardinal d'Amboise étoit en ce temps en Ast , grièvement atteint de fièvre continue , qui lors avoit le cours de par-delà , lequel fut par les médecins du roi vu à toutes heures , et souvent par lui-même visité et fait soigneusement panser ; tellement , que en peu de temps fut sai-

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nement guéri : lequel, pour changer l'air, s'en alla à Lumel, une comté près Vigève, que le roi lui avoit autrefois donnée ; et là séjourna , en attendant le roi aller à Milan , toujours vaquant à la dépêche des ambassades et aux autres affaires survenants.

Le dix-neuvième jour du mois de juillet, le roi partit d'Ast pour s'en aller à Milan , et fut celui jour coucher à Félissan , ville du marquisat de Montferrat, à huit milles près d'Ast ; le lendemain à Valence , terre de Milan ; puis à Vigève , où fut l'espace de six jours ; de Vigève à Biagras, petite ville à quatorze milles près de Milan , assise sur un petit fleuve procédant de la rivière du Tésin , lequel fleuve tire tout droit à la ligne de Biagras à Milan , et est fait artificieusement pour aller par bateaux d'une ville à l'autre , à deux lés duquel sont les grands aubiers feuillus pour ombroyer les passans, et encontre des deux côtés, la belle et grande prairie verdoyante , pleine d'arbres fruitiers , de petits ruisseaux courant en plusieurs endroits. Sur le bord de l'eau sont les belles maisons de plaisance et les grosses hôtelleries , et au travers de celui fleuve , les pontslevis pour aller d'un côté à l'autre, et entre les aubiers et le bord de l'eau , aux deux côtés , sont les chemins sablonneux faits exprès pour passer les gens de cheval et de pied ; et là dedans se pêche force menu poisson, et même-

ment écrcvisses sans nombre : et me dit-on là même que le seigneur Ludovic, pour son plaisir, avait ainsi le lieu approprié, lequel est tant amène et plaisant, que plus semble paradisique que terrestre. Par là sur bateaux s'en alla le roi de Biagras à Milan, où il arriva le vingthuitième jour du mois de juillet, sur le point de huit heures du matin. Au-devant de lui furent les seigneurs et potestats de la ville , avec plus de mille chevaux lombards , lesquels l'accompagnèrent jusques à l'entrée du château , où s'en alla descendre ; et à sa venue firent les capitaines de la place décharger et tirer plus de cent coups d'artillerie, et icelle bruire par sur la ville. Là-dedans trompettes, clairons et tabours de Suisses retentissoient, si qu'on n'eût pas ouï tempêter. Au-devant du roi marchoient les deux cents gentilshommes de sa maison , tous à cheval , la hache au poing , desquels étoient les capitaines le vidame de Chartres et messire Guyon d'Amboise; puis alloient les cent-suisses de la garde , lesquels cheminoient tous en flotte, la pique au col, Sious la conduite de messire Guillaume de la Marche, leur capitaine ; en après, les vingtquatre archers du corps, lesquels étoient tous ' Écossois.

Le roi alloit après, monté sur un coursier bayard , et vêtu d'une robe de drap d'or, et avec un bonnet de velours noir à deux rebras

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sur son chef. Avec lui et tout joignant étoient le cardinal d'Amboise et le cardinal de Trévolce; et après étoient le duc de Ferrare , le comte de Ligny , le seigneur de Ravestain , le seigneur de la Trimoille, le marquis de Mantoue, le marquis de Saluées , le marquis de Montferrat, le maréchal de Gyé , le seigneur Jean-Jacques, le seigneur de Chaumont et plusieurs autres grands seigneurs. Après, étoient les quatre cents archers de la garde , tous à cheval et en armes; et à leur queue plus de douze cents Lombards à cheval , moult richement accoutrés. En cet état entra le roi dedans son fort château de Milan. Les mortes-paies de la place , qui en nombre étoient cent cinquante hommes d'armes et trois cents archers , furent là tous en armes , c'est à savoir les hommes d'armes armés à blanc , et tous la hache au poing; et les archers en brigandines , la salade sur la tête et l'arc tendu ; et étoient tous à pied et à deux rangs , en moult bel ordre , depuis l'entrée du pont du château jusque devant la porte de la salle du roi : ce qui duroit presque un jet d'arc de chemin , entre lesquels passa le roi avec ses gentilshommes et toute sa garde ; et puis entra en la salle pour reposer.

Dedans la ville de Milan demeura le roi l'espace de onze jours, et là fit droit à chacun et contenta tous , en manière que tout son pays de Lombardie , sous sa main , fut en tran-

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([uille repos et union paisible. De Rome vinrent lors vers le roi les cardinaux Pétri ad /^7/icw/n, Saint-Georges , Saint-Severin, évêque de Maillezais en Poitou; le cardinal Ursin , le cardinal d'Albret, et grand nombre d'archevêques, ëvéques, abbés et protonotaires, lesquels lui firent offre de le servir à Rome, à leur possible, de tout ce que métier seroit; et, pource que le pape Alexandre sixième étoit lors perclus et mal de sa personne , dirent iceux cardinaux au roi que , s'il venoit tôt à mourir, que la main tiendroient tous pour quelque cardinal qui voudroit être pape ; et est à penser que si le cas fut lors advenu , que maître Georges , cardinal d'Amboise , étoit en voie d'en avoir les clefs apostoliques pendues à sa ceinture.

Pour dire donc plus , fut vrai que en ces jours le roi eut , derechef, force plaintes des excès que par armes faisoit le duc de Valentinois^ nonobstant la défense que autrefois lui en avoit faite. Dont fit marcher en avant sept cents hommes d'armes, et mit sus six mille Suisses ; avec ce , fit mettre au charroi dix -sept pièces de son artillerie, prises dedans le château de Milan ; c'est à savoir : deux gros canons, quatre coulevrines et onze faucons; et les fit mener à Turin en Piémont, pour aller les faire mettre sur la rivière du Pô, et les conduire par eau jusqu'à

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Parme; de laquelle artillerie étoit conducteur un nommé Guillaume Legier, prévôt d'icelle. Et avoit le roi fait chef d'icelle armée le sire de la Trimoille, lequel étoit jà prêt de partir pour aller mettre les gens d'armes en besogne, lesquels avoient marché jusques à Parme et à Plaisance , pour aller au secours de la seigneurie de Florence, confédérée du roi, contre celui duc de Valentinois, quia tous efforts assailloit les Florentins et couroit leurs terres.

Tantôt qu'il sut que l'armée des François étoit sur les champs contre lui , et qu'elle marchoit, ne voulut attendre sa venue, mais fit tenir ses gens d'armes cois sans plus guerroyer, et dit à ses capitaines, que nuls bruits pour lors ne fissent, et qu'il s'en alloit devers le roi , pour aucuns de ses affaires; et que jusques à ce qu'ils ouïssent de ses nouvelles, que homme des siens ne désemparât son camp, qui lors étoit dedans les terres de Florence. Et ce dit, avec trois hommes seulement se mit en poste, et courut devers le roi à Milan, où il arriva le sixième jour d'août, sur les neuf heures de nuit, où trouva le roi en la rue, qui à la clarté des torches, avec toute sa garde et plusieurs des seigneurs de France, venoit d'une des maisons de la ville et s'en alloit au château. Et je, qui lors étois logé en cette même rue, ainsi que le bruit des chevaux se

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faisoit, sortis pour les voir passer, où je choisis entre les autres auprès du roi le duc de Valentinois , qui encore étoit monté sur le cheval de poste , et étoit icelui vêtu d'une robe de velours noir, troussée à la turque, et toute poudreuse; sur la tête un chapeau d'Allemand, et en cet état fit la révérence au roi , et le suivit jusque devant la porte du château, en parlant de plusieurs choses. Là étoient le marquis de Mantoue , le duc d'Urbin et force autres qui le haïoient de mort. Pourquoi se doutant de fausse compagnie, requit au roi qu'il lui plût bailler sûre conduite. Dont lui bailla cent de ses Allemands, qui , la hallebarde au poing, le menèrent jusqu'à son logis. Le lendemain, le roi fut ouïr messe en l'église de Saint-Étienne de Milan , où autrefois un duc de Milan, nommé le duc Marie, fut tué par un des seigneurs de la ville, pource que la femme d'icelui Milanois entretenoit à son plaisir, ainsi que médirent plusieurs. Quoi que ce soit , le roi , après la messe ouïe , fut dîner chez le cardinal de Côme , qui très-honorablement le festoya de viandes exquises et de plusieurs sortes d'entremets, avec bons vins. Et après dîner transmit quérir le duc de Valentinois, lequel n'étoit encore issu de la chambre, mais s'étoit reposé jusques entour le midi , comme celui qui las étoit de courir la poste; toutefois sitôt qu'il sût que le roi le

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mandoit, se hâta de s'habiller, et puis se mit à chemin pour aller où lui étoit mandé. Et lui arrivé au logis du roi , après la révérence faite, dîna là. Et après ce, le roi eut avec lui plusieurs propos , et diverses paroles, en lui demandant pourquoi il avoit fait armée, et couru le pays de ses sujets et alliés. Dont'aucuns étoient là présens, lesquels persistoient toujours en leurs plaintes contre celui duc de Valeritinois. Lequel s'excusa en la manière que au roi en avoit écrit, disant, que les terres, desquelles par force s'étoit emparé, étoient tenues du Saint-Siège , et que par défaut de devoir non fait, conune gonfalonier de l'Église, et par le commandement du pape, les avoit prises , et remisesen la main et obéissance du Saint-Père le pape, comme chose à lui appartenant par droit propriétaire. Plusieurs autres choses , sur ce propos , furent d'un côté et d'autre alléguées et débattues, lesquelles oyant le roi différentes, voulant chacun à son pouvoir contenter, ordonna que sur ce fût vu à la raison, justement appointé, et à tous fait bon droit. Ainsi les foulés à tort eurent espérance de recouvrer le leur , les paisibles possesseurs , sauvegarde de sûreté , et les violents usurpateurs, défense craintive d'user de force. De là en avant le duc de Valentinois se maintint SI à point devers le roi , que à la parfin eut très-bonne chère, et tant prochain se trouva

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