‹ Chroniques [microform]Chapitre 11 sur 74 · W II · texte numérisé non relu

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pour rheure de son heur, que le roi u alloit nulle part que près de lui ne fût. Et s'il advenoit que , en chevauchant , le roi mît pied à terre (ainsi que j'ai vu maintes fois), celui duc de Valentinoi», au lieu de Técuyer ou du laquais , au dévaler et au monter, tenoit l etrier, ou la bride de sa mule ou de son cheval. Et ainsi faisoit du bon valet le compagnon.

Après que le roi eut mis ordonnée police , et vu à clair en tous ses affaires du duché de Milan , d'illec s'en partit pour aller à Pavie. Et le huitième jour du mois d'août, se mit à chemin pour aller, ce jour, au gîte à un lieu nommé Binasque , étant à mi-chemin de Milan et dePavie, sur le grand ch/emin. Et là sont les belles grandes hôtelleries , très-bien logées, et en moult beau lieu sur la petite rivière courante , pleine de poissons et écrevisses. Et là coucha le roi cette nuit ; puis le lendemain s en alla à Pavie, et prit son logis au château, qui est une moult belle place, et forte j et là est le grand parc tout plein de betes fauves. Et au dehors , et près de là , est la Chartreuse , qui est un des plus excellents et somptueux collèges de toute la chrétienté. Dedans la cité de Pavie est enclose la florissante université de toutes les Itales, en laquelle est l'exercice de toutes sciences à portes ouvertes. Là repose le glorieux corps de saint Augustin , docteur anagogique, et saint Severin, dit

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Boëce de consolation, lequel fut martyrisé par le roi Théodoric, roi des Goths, arien. Plusieurs autres choses dignes de commémoration sont à Pavie, comme les belles et riches librairies de plusieurs ducs de Milan , les grandes et somptueuses églises, et un millier d'autres choses, dont je me tais, pour dire que Je roi , pour un temps , prit là joyeux séjour.

Le dix- septième jour dudit mois d'août, trois docteurs de l'université de Pavie furent au souper du roi , et là lui firent chacun sa harangue en latin , demandant que son bon vouloir et plaisir fût, que les collèges et écoles de celle université fussent par lui entretenus, et augmentés, comme du temps des autres ducs de Milan avoient été, a celle fin que la melliflue fontaine de science , qui de par là à tout le monde ses hippocrènes ruisseaux répandoit, ne fût par défaut d'entretènement mise à sec et étanchée. Auxquels docteurs fit le roi faire réponse, par un François nommé maître Jean Poncher, seigneur en parlement à Paris , et chancelier de Milan , lequel leur répondit pour le roi , en très-bon et rhétorique latin, jouxte le vouloir du roi, et l'intention de leur demande; dont après ce , s'en allèrent iceux docteurs , bien acquittés de leur office et très contents de leur octroi.

Ledixième jour de celui mois d'août , les ambassades des Suisvses vinrent à Pavie , devers le

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roi; lesquelles furent envoyées au cardinal d'Amboise , qui lors étoit logé auprès du roi , dedans le château , pour là ouïr et dépêcher toutes choses ; lesquels ambassadeurs baillèrent leurs requêtes par articles, et firent leur demande selon leur charge : dont , après que par le conseil sur ce fut arrêté , dépêche leur fut faite, une partie à leur plaisir, l'autre à l'ordonnance du conseil , et le tout au vouloir du roi.

Le dix-neuvième jour dudit mois , le roi fut à la messe à Féglise de Notre-Dame, hors la ville de Pavie, et là toucha les malades des écrouelles , dont il y en avoit deux cents ou plus. Le lendemain fut pareillement ouïr messe au collège de Saint -François, aussi hors la ville, où fut montré le corps de saint Bernardin, lîordelier de l'Observance, lequel avoit été nouvellement et depuis dix ans canonisé ; et étoit celui saint corps en chair et en os, comme je le vis avec plusieurs , et enlevé de terre environ trois pieds de haut, dedans une chapelle étant à Ventrée du chœur, sur la main dextre ; et là y eut grand'presse à le regarder ; car le lieu étoit étroit, et la chapelle petite. Toutefois , par l'ouverture d'unes grilles de fer, qui devant le corps saint faisoient obstacle , chacun le regardoit tout à clair ; et pour ce que ce glorieux saint avoit, en sa vie,

à tous montré exemple de sainteté , après sa mort reluisoit par miracle.

JD'un combat à outrant fait par imx (ombaxiB à ^am ^ en la pxkence in vol

En celui temps furent de par-là deux Lombards, nommés, l'un le comte Marc-Antoine de Gonzague, et l'autre Jean Pero Marc-Antoine , aussi de Gonzague , cousins germains du marquis de Mantoue , lesquels eurent querelle de combat ensemble, sur ce que ledit comte Marc-Antoine de Gonzague disoit qu'icelui Jean Pero Marc-Antoine lui avoit faussement et mauvaisement menti sa foi , et faussé promesse; et, en outre, disoit que, au marquis de Mantoue , étoit faux traître et déloyal ; et que tout ce vouloit maintenir et prouver à la force de son corps contre le sien ; et , sur cette querelle , le combattre en champ de bataille. Au contre de ce , disoit ledit Jean Pero Marc-Antoine , qu'il n'en étoit rien , et que faussement par la gorge avoit menti , et que de son pouvoir jusques à la mort se défendroit. Et est à savoir que, quelque temps devant ce, sur cette querelle avoient été jetés et levés gages de bataille : dont , pour accomplir leurs armes devant la venue du roi, en avoient

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demandé eongé au seigneur de Chauinont , lieutenant-général pour le roi en Lombardie ; lequel les avoit remis à sa venue. Donc , sitôt qu'il fut delà les monts, lesdits querelleurs, avec ledit marquis de Mantoue , lui demandèf ent fe champ , et cofrgé de faite leur cotntrat ; et, ce dit, lui bâtillèreiït leurs articles, lesquels furent , par lui et son conseil , vus et bien visités; et, vu leur querelle, qui toucboit foi faussée et trahison , leur octroya le champ de bataille, et voulut que le combat fut fait dedans le château de Pavie , et là assigné au vingt-unième jour d'août ; ce qui fut fait. Les lices furent dressées, et faites six vingts pas en longueur et de quatre-vingts en largeur, et de cinq pieds de haut , dedans ledit château de Pavie; et, vis-à-vis de l'entrée de la porte , fut faite une des entrées des lices , et de l'autre côté , vers le parc , ati droit de celle même entrée, une autre pour entrer au champ de bataille , et aux deux autres côtés furent tendus les deux pavillons des champions , l'un au droit de l'autre , devers l'entrée du château. Par-dessus les lices furent faits les échafauds, et la place du champ grattée partout et semée de sable, pour mieux soutenir îes chevaux à ferme. Tout autour du château , par te dedans , au-dessus des échafauds, avoit des galeries regardant au bas , où pouvoit avoir lieu pour mettre sept ou huit mille personnes,

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qui de là pourroient voir tout le combat ; et là étoient logés le cardinal d'Amboise , le comte de Ligny, le maréchal de Gyé , le seigneur de Ghaumont , l'évêque d'Alby , l'évêque de Gisteron , confesseur du roi , et plusieurs autres seigneurs d'Église ; dont aucuns d'eux n'eurent point de peur, pour icelui combat , que irrégularité , pour la mort des combattans , s'en ensuivît, et, pour ce, ne se retirèrent, mais regardèrent les armes comme les autres. Pour rentrer donc, grand nombre de dames et de damoiselles de la duché de Milan et des pays prochains se trouvèrent là pour voir la bataille d'iceux deux Lombards ; lesquels entrèrent au château au jour susdit, entre les dix et onze heures du mâtin , et s'en allèrent à leurs pavillons , où furent menés leurs chevaux et portés leurs harnois. A côté dextre étoit le pavillon du comte Jean Marc-Antoine , appelant; au senestre, celui de Jean Pero Marc-Antoine, défendeur : où là furent armés et montés , et leurs harnois et chevaux vus et visités , et leurs glaives pareillement , afin que l'un n'eût avatitage plus ([ue l'autre. Le roi ordonna être leurs parrainset conducteurs six capitaines : desquels les trois premiers, du comte Jean Marc-Antoine, étoient Francisque de Gonzague, marquis de Mantoue , messire Brandelis de Ghampagne et le capitaine Mon toison ; les autres trois , parrains et guides de Jean Pero Marc-Antoine, fa-

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refit messire Robinet de Fremeselles, messire Antoine Marie Palvezin , et Bernard de Ricault. Les gardes et écoutes du champ furent messire Guyon d'Amboise, messire Jacques de Crussol , messire Gabriel de Montfaucon et le capitaine Maunourry; lesquels furent députés pour garder que nul approchât les lices , et pour écouter si quelqu'un parleroit ou feroit signe à l'un des combatteurs , pour en faire le rapport aux juges, et aussi pour écouter si l'un desdits champions , en combattant ou autrement , se rendroit ou diroit sur ce quelque mot, et aussi pour iceux départir, après que le roi auroit jeté le bâton. A l'heure que les champions furent prêts pour devoir combattre , un roi d'armes vint à cheval sur rentrée des lices , et là fit , de par le roi , trois cris et cinq défenses , dont la première fut : Que nul, durant le combat, ne pût porter armes ne glaive quelconques , sur peine de perdre corps et biens , si n'est les gardes du champ et autres qui de ce faire avoient commandement ou congé du roi. La seconde défense fut : Que, la bataille durant, nul, de quelque condition qu'il fût, là ne se trouvât à cheval , excepté seulement les parrains et conducteurs des combatteurs, et gardes du champ ; et ce , sur peine de perdre les chevaux aux gentilshommes , et aux serviteurs d'avoir l'oreille ôtée. La tierce défense fut à tous de non en-

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trer es lices , réservé ceux qui pour ce seroient députés , ni de monter dessus , sur peine de perdre corps et biens. La quatrième fut de non être sur pieds , mais assis sur banc ou à terre , afin que chacun pût voir plus clairement les parties, et leur combat aviser; et ce , sur peine de perdre le poing. La cinquième et dernière défense fut à tous de non parler, toussir, cracher, crier, faire signe ou semblant, quel qu'il fût; et ce, sur peine de perdre corps et biens. Le roi étoit lors en son échafaud avec plusieurs princes et autres grands seigneurs. Les juges étoient Hercule, duc de Ferrare, et Louis , marquis de Saluées , lesquels étoient dedans un échafaud près de celui du roi, duquel pouvoient voir tout à clair tous les coins et endroits du champ, et, sans empêchement , aviser tout l'exploit de la bataille. Les dames et damoiselles qui là étoient venues pour voir celui combat, avoient leur échafaud presque joignant celui du roi, où étoient à grand nombre , et moult richement accoutrées et parées de draps d'or, de soie , et de.pierreries. Après que iceux champions eurent fait les sermens sur ce requis, et toutes les cérémonies de gage de bataille accompli , iceux avec leurs conducteurs sortirent de leurs pavillons, montés et armés, et se mirent au champ, l'un à l'entrée de la lice, et l'autre d'autre côté , la visière baissée, et la lance sur

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la cuisse. Leurs pavillons furent à leur issue niés par sus les lices , et les portes d'icelles fertfiées à grosses barres. Un roi d armes fut lors près de Ventrée desdites lices , lequel cria par trois fois : « Laissez-les aller, laissez-les aller, laissez-les aller faire leur devoir ! » Et à chef de ce cri, trompettes et clairons commencèrent à sonner dedans , dedans , pour recueillir les champions et émouvoir leurs chevaux ; lesquels commencèrent à branler bien a point sous la main de leurs maîtres. Et ainsi donnèretit, les deux champions, des éperons, et adressèrent lun à Tautre la lance baissée, courant de droit fil. Toutefois , quand ce vint ati choquer, ils croisèrent et passèrent outre sans atteinte. Et là mirent lances à terre, et tirèrent leurs estocs, desquels plusieurs coups se donnèrent Ttin à l'autre. Mais si bien furent armés , que la pointe de leurs glaives ne fut point enrougie de sang , si ce n*est que le éomte Marc-Antoine, appelant, donna en combattant, au cheval du défendeur, de Testoc au travers du ôou , dont issit grande force de sang, et tant, qtie le cheval blessé se trouva moult âffoibli ; dont requit cettui défendeur au roi avoir autre monture. Aussi étoit^il dit entre eux , premier que entrer au champ , que si le chèval de Tun d'eux , ou tous deux , étoient blessés au combat , que , pour mettre à fin leurs armés, plus sûrement se pourroient remonter.

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Dont le roi voulut et ordonna que celui défendeur eût nouvelle monture. Et, pour ce faire , furent ouvertes les lices , et horsd'icelles sortît celui Jean Pero Marc-Antoine de Gonzague, et monta à cheval. Sur ce, dire se peut que si le roi n'eût à celui défendeur permis sortir hors des lices , que plus rï'étoit au oonibat recevable, et que dedans lesdites lices ne devoit plus entrer. Car sur ce, en fait de gage de bataille, est une loi ordonnée, disant que après que les champions sont entrés en champ de bataille , et les lices close» pour cofnbattre , que nul d'eux doit sortir que le combat ne soit premier mis à chef. Et que, s'il advient à l'un d'eux, en combattant ou autrement, mettre par sus la lice ou ailleurs hors d'icelle, pied, mafîn , bras , glaive , ou quelque partie de son corps ou de son cheval , si l'autre requiert sur ce justice, le roi ou les juges seront tenus faire couper tout ce qui hors desdites lices aura été mis. Pour revenir à mon propû^s, l« défendeur fut remonté, et rentré aux lices ^ et le combat recommencé de plus belle ; tant que, de leurs estocs , coups à dérois se donnèrent et se chargèrent partout. Toutefois letirs armes ne furent pas si cruelles, que par estoc ne tranchant de glaive en sortît une seule goutte de leur sang. Le roi , voyant leur long combat et le peu d'effet de leurs armes , leur transmit messire Pierre de Ilohan, maréchal

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de Gvé, messire Jean-Jacques de Trivulce, Lombard, et messire Charles d'Amboise, grand-maître de France , pour leur dire que très-bien s etoient acquittés , et que assez en avoient fait pour devoir cesser , et aussi qu'il vouloit que leurs armes n'allassent plus avant, et que de leur question ne fût plus de nouvelles, mais que de là en avant fussent bons et loyaux amis ensemble , comme doivent être parents qu'ils étoient, et que en signe d'amitié ils s'entr'embrassassent, et pardonnassent l'un à l'autre en sa présence. Lesquels pour ce ne voulurent sommairement finir leurs armes , mais encore se combattirent aigrement , et tant , que le roi , qui ne vouloit la mort de nul , pour les faire cesser jeta son bâton à bas , dont furent par les gardes du champ incontinent départis. Et eux, en la présence du roi et de tous ceux qui là étoient, se pardonnèrent, et embrassèrent amiablement par semblant. Et ce fait, furent mis hors du champ l'un quand et l'autre , pour eux aller désarmer ; ce que firent, et chacun se retira à son logis. Le soir après , le roi fit un banquet au château de Pavie, où furent festoyés les chevaliers et gentilshommes, dames et damoiselles du pays , qui la furent pour voir ledit combat. Aussi furent, à celui convi, les deux champions assis l'un devant l'autre, en signe d'amour réconciliée et union paisible.

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La reine de Hongrie, qui s'en alloitdeLombardie en son pays, comme j'ai dit, arriva lors à Padoue, ville de Saint-Marc, à douze milles près de Venise. Et là lui furent au-devant pour la recevoir, un duc de Hongrie, nommé le duc Laurent, et trois évêques, avec bien douze cents chevaux hongrois. Et aussi pour plus honorablement la recueillir, vinrent par eau de Venise très-grand nombre de barques pleines de gens de fête, et solennels, lesquels la conduisirent jusques à Venise. Et ainsi que depuis j'ai su par aucuns gentilshommes de la maison du roi, qui là étoient, illec fut reçue et traitée tant hautement, que le raconter de ce devroit donner merveilles aux oyans. Six semaines fut là en joyeux séjour, où, ce pendant, par le roi de Hongrie lui fut envoyé un collier d'or valant vingt-mille ducats ou plus, auquel collier étoient attachées soixante-douze perles orientales, dix-sept riches pointes de diamant, et dix -sept rubis cabochons. Et elle, voyant l'heure que partir lui falloit, prit avec elle sa tante la marquise de Saluées, et les gentilshommes françois , qui jusque là l'avoient accompagnée, et tout son train , et se mit en mer. Et après avoir fait une journée, avec piteux regrets et larmes épandues, elle et sa tante prirent congé l'une de l'autre. Et à son départ fit dons à mains ouvertes aux gentilshommes françois qui là

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ravoient conduite, et plusieurs emmena avec elle jusques en Hongrie, auxquels promit de les moult avancer, et traiter à profit. Et ainsi sep alla madame Anne de Foix, et les François retournèrent.

Comment U roi partit ï»f pâme pour aller à (&rtifô, avec le triomplje, la ôiluation, et la forée îiHcelle , et la somptueuse entrée î^u roi.

Voulant le roi aquitter sa promesse envers les Genevois , et s'en aller à Gênes , pour là séjournier quinze jours, fut délibéré de déloger de Pavie, pour ajler là. Parquoi les maréchaux djBS logis et les fourriers du roi furent devant, et là marquèrent logis pour vingt mille chevaux , et firent vider aux Genevois les hautes chambres de leurs maisons , pour là loger les gens du roi. Et ce firent, afin que iceux Genevois, (lui autrefois avoient par leurs haut£S fenêtres, et du dessus de leurs maisons, à rx)ups de pierres et de barres de fer, parmi les rues assommé tout plein de François et autres qui là passoient, ne pussent par là leur jouer de pareil cas. Toutefois vouloir n en avoient, comme ils montrèrent depuis; car toutes leurs hautes chambres et basses -boutiques, et lieuîc propices pour loger gens et chevaux , désem-

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péchèrent, et pour la venue du roi et de ses gens firent provision de farines , chairs , vins , bois, et de toute autre provision nécessaire pour le séjour du roi , et de son train. Avec ce, firent là venir vingt mille charges d'avoine, et plus de trente mille quintaux de foin , outre la provision de la ville. La grand'rue, par où le roi devoit passer, firent toute semer de sable, pour la sûreté des chevaux. Dedans le môle de la ville étoient grosses carraques, navires et brigandins chargés d'artillerie et de poudre à canon, pour faire merveilles, et tonner sur la mer, etsaluer le roi àson entrée. Et aussi étoient dedans icelui havre pour le roi la grosse carraque nommée la Charente, la Cordelière, la Louise, la Clermontet plusieurs autres, toutes chargées de grosse artillerie, et dedans, grand nombre de gens d'armes. Le château, qui, sur la croupe d'une haute montagne , étoit à main senestre vers l'entrée de la tour de Codefa, et hors la ville, droit vis-à-vis du môle, étoit fortifié de trois cents mortes-paies françois, pour le roi , et moult bien artillée ; et en étoit lors capitaine un nommé Guyon le Roi , seigneur de Chillou. Et pouvoit-on de là tirer et batti-e sur le havre, et le long de la mer autour de la ville, si besoin en étoit. Entre ledit château et les navires du roi, étoient encloses les carraques et navires de Gênes. Dedans le palais de la ville, lequel est assez fort, et situé

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au milieu de la cité, étoit rnessire Philippe de Ravestain , gouverneur de Gênes, pour le roi, lequel avoit un lieutenant, nommé Guillaume d'Aix, et bonne garnison de François , et force artillerie, pour tenir la ville d'icelle part en sujétion. Et ainsi étoient les gens du roi maîtres, à cause des forts lieux qu'ils tenoient. Ce qui étoit pour les François , qui là sans danger vouloient aller, chose bien requise , et joué au plus sûr, si les Genevois leur eussent voulu de force ou de trahison user.

Si , du pouvoir et de la situation de ladite ville deGênes, voulois faire entière description , ce seroit par trop élargir ma chronique, et ennuyer les écoutants. Toutefois, selon commune voix et cri public , et aussi jouxte ce que j'en ai pu voir et connoître, la ville de Gênes est en force l'une des plus avantageuses du monde. Et pour en faire quelque bref récit, elle est assise entre la grand' mer du Levant, et les monts inaccessibles de Lombardie , desquels monts elle est enclose en manière de demi-cercle jusques au bord de la mer des deux côtés, réservé seulement deux entrées entre la mer et la montagne. Lesquelles entrées sont artificieusement en rocencises, et contre le bord de la mer , pour passer à la fois un charroi, ou deux hommes à cheval de front; dont l'une de ces entrées est du côté de deçà , et commence à l'issue d'un bourg nommé

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Saint-Pierre d'Arène, en montant jusques au droit d'une haute tour assise sur un roc en mer. Et est cette tour nommée la tour de Codefa; et est loin dudit bourg d'Arène d'un grand jet d'arc, ou peu plus : au sommet de laquelle est une grande lanterne de verre , pour éclairer la nuit, et donner lumière d'adresse en mer aux navires qui veulent Gênes approcher, et aussi pour défendre l'entrée de celui côté. De cette tour de Codefa jusque dedans la ville, est une descente entre le rocher encis de la montagne et le bord de la mer flottant au côté du môle , laquelle descente est droite et malaisée, et large de dix à douze pieds seulement, pour la défense de laquelle, entre la ville et la tour , est un portail , nommé le portail de Saint-Thomas, et un autre, bien percés, et garnis d'artillerie et de gens.

A l'entrée de la ville , sont deux portes , l'une pour aller sur le môle , et l'autre pour entrer dedans la ville, le long des grandes rues, lesquelles sont longues, et étroites à passer seulement trois hommes à pied de front ou un sommier chargé de coffres. Les maisons sont toutes à quatre ou à cinq étages de hauteur, fermées et closes de grosses portes de fer et voûtées de pierre, pour obvier au danger du feu, et dessus toutes pavées, de manière que l'on peut aller et cheminer par amont, jusques au bout de la rue , aussi à l'aise comme par

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la nef d'une église bien carrelée de grosse, pierres de faix et de cailloux ; de barres de fer de lances et de dards , et de tous harnois son't icelles maisons garnies à suffire. Les gens de la ville sont tous hommes de mer , et belliqueux i>ar nature. A Vissue delà ville, trrant le chemin de Rome, est un bourg nomme Besaine; et au dehors de celui bourg, et dedans la fermure, au long et au coteau de la montagne , sont quatre ou cinq mille maisons fortes, et^ châteaux imprenables, tous enclos de ladite montagne et de la mer. Et là dedans les seigneurs et marchands de Gênes tiennent leurs trésors et chevances. Et tout autour desdites maisons sont les beaux jardins de plaisance pleins d'orangers et de grenadiers, et autres fruitiers de toutes espèces; somme, c'est un terrien paradis. Au bout de celui bourg de Besaine , pour entier au chemin de Rapale et tirer à Rome, entre la mer et le rocher de la montaffne , est l'autre entrée ou issue , moult étroite et de forte avenue, fermée à grosses portes et bonnes barrières , gardées soigneusement et à grands efforts défendues par les Genevois, lesquels se disent portiers de Ventrée des Itales : aussi sont-ils ; car , quiconque soit seigneur de Gênes , malgré tout le monde , aura son entrée dedans le pays d'Italie. Du môle et havre de celle ville de Gênes, peuvent à la fois sorUr en m«T quatre-vingts ou cent navires, avec dix ou

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douze grosses caraques, pour aller en marchandise, ou conquêter paysjusquesen Grèce, en Turquie, en la Terre-Sainte, et partout le monde. Et autrefois, ainsi que j'ai appris par le dire et rapport d'aucuns marchands et autres gens de Gênes dignes de foi , et comme j'ai lu par les écrits touchant leurs gestes, iceux Genevois , avec grosses armées en mer furent prendre Hiérusalem , Antioche , Négrepont, Métélin, Modon, La Sude en Candie, Scio, que encore tiennent, avec plusieurs autres îles et pays en Grèce, et outre-mer, et plusieurs fois ont assiégé Venise , mise à la raison. En somme, le navigage de Gênes est de tout le monde tenu en telle réputation et si grande estime, que Genevois sont intitulés et approuvés rois de la mer. Or, en est le roi Très- ' Chrétien seigneur, possesseur, et maître paisible, ce que onc autre roi ne prince du monde ne put être longuement. Et si la ville peut sûrement garder, et la gent d'icelle en amour et crainte entretenir, terres lui seront tributaires et mers sujettes.

Et à tant finis ce propos, et dis que tôt après que dedans Gênes furent pour le roi et sa suite marqués tes logis, et la ville approvisionnée de ce qui métier y feisoit, le roi partit de Pavie le vingt-deuxième jour du mois d'août, pour tirer vers ladite ville de Gênes, et prit son chemin à Tortone, à Nove, au Rose, à Cas-

teigneure , au bourg de Busale , et à Saint- Pierre d'Arène, faubourg de Gênes, et arriva le vingt-sixième jouif dudit mois d'août, sur l'heure de midi. Messire Philippe de Ravestain, gouverneur de Gênes, sachant la venue du roi, fit en ladite ville, dedans la place Saint- Laurent, crier par une trompette, que à celle heure que la grosse cloche là sonneroit, que tous les seigneurs et citadins allassent au-devant du roi, qui ce jour -là devoit faire son entrée. Parquoi chacun s'apprêta pour ce faire. Tantôt que celui cri fut fait, et que la cloche commença à branler , toutes les dames , damoiselles et belles filles de la ville de Gênes sortirent en place ; et là aux fenêtres, aux galeries et aux balés de leurs maisons , et partout où à l'aise se pouvoient mettre le long de la grand'rue, à dçux rangs s'emplacèrent. Elles étoient toutes, ou presque toutes, vêtues de draps de soie blanche, ou de fines toiles blanches. Et leurs habillements étoient différents à tous autres; car leurs robes étoient courtes jusques à mi-jambes, ou environ, ceintes sous les aisselles, et au derrière, au droit des épaules avoient un feutre qui tout le dos leur engrossissoit.Enleur coiffure avoient sur le col, et derrière le chef, un petit cercle de linge embourré, et leur blonde chevelure entortillée tout autour en manière d'un diadème. Tout à l'environ de leur front décou-

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vert, y avoit force orfèvrerie et riches pierreries , et au col portoient grosses chaînes d'or et joyaux d'incomparable richesse. Tous les doigts de leurs blanches mains étoient pleins de fins diamans, et garnis de rubis, saphirs et émeraudes; leurs bras vêtus de fines et larges manches de chemises de toile de Hollande, et environnés de riches bracelets d'or et de fines pierreries, ouvrés de divers et somptueux artifices; et avoient des chausses blanches ou rouges bien tirées, et de souliers de même couleur étoient gorrièment accoutrées. Qu'en dirai-je plus ? En qualité sont de moyenne et rondelette stature; en visage, assez bien charnues, moult fraîches, et blanches; en allure, un peu altières et fiérettes; en attraits, bénignes , en accueil gracieuses , en amour ardentes, en vouloir constantes, en parler facondes, et en condition loyales; et avec ce, savent dégaudir si bien leur leçon, que rien ne leur en faut apprendre. Je passerai outre, et laisserai ce propos, pour dire que, au son de la cloche de Gênes, tous les seigneurs et citadins de la ville, ainsi qu'il leur étoit commandé , tous chacun selon son ordre , sortirent hors pour aller audevant du roi : et premièrement douze des plus honorables de Gênes, pour aller faire la joyeuse réception, lesquels furent jusques à l'entrée du bourg de Saint-Pierre d'Arène, où trouvèrent le roi en triomphant état ; et là lui

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firent humbles saluts, douces harangues et gracieux recueil. Iceux douze étoient nommés raessire Lucas Spinula , messire Jean Doria, Francis(|ue Lomehn , Paul de FHsco , Simon Bigna, Stéphanus Justinian, Raphaël Ragius, Raphaël de Furnariis , Ansaldus de Grimaldis, Durand Cathanius, Liquin de Marinis et Julien Centurion , lesquels, par l'ordonnance des seigneurs et du peuple de la ville, reçurent le roi, en quoi très-honorablements'acquittèrent. Avec eux issirent tous les seigneurs de la ville, Tun après l'autre, et en bon ordre : et premièrement un chevalier genevois nommé messire Gourrate , accompagné de cinq à six cents gentilshommes de Gênes, et plusieurs autres citadins et marchands , tous à cheval , et vêtus très-richement , les uns de longues robes de velours cramoisi , les autres de velours noir , et les autres de damas et de camelot. Après celui Gourrate et sa compagnie, sortit un nommé Hiéronyme de Flisco, fils du seigneur Jean-Louis de Flisco , comte de Lavaigne, et l'un des plus grands seigneurs de Gênes. Ledit Hiéronyme étoit accompagné de plusieurs autres gentilshommes de la ville, et de deux cents hommes d'infanterie y avec la plus grande partie du peuple, honorablement arroyés. En après , vint en avant un nommé messire Jean de Grimaldis, et avec lui vingt-cinq autres gentilshommes, vêtus tous d'une livrée : c'est à savoir de

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robes longues de damas gris , lesquels furent tousjusques où étoit le roi. Lequel, après toutes leurs harangues et manières de faire, fit iceux tous marcher devant, tirant vers la ville , et après avec son train se mit à la voie pour approcher. Et ainsi s'en alla j usques à une des entrées de la ville, nommée la porte de Saint-Thomas, devant laquelle trouva les vingt-quatre archers de sa garde du corps , tous à pied , pour illec le recevoir et conduire j usques à son logis. Aussi furent là messii^e François de Giverlay , premier écuyer, et deux écuyers d'écurie, pour le conduire , et servir au descendre et au monter, à l'heure que métier en seroit. Et aussi furent là huit sénateurs des seigneurs anciens, et de l'office de la monnoie de la ville, nommés messires Bricius Justinian, Paul de Nigrato, Ambroise de Prementorio, Baptiste de Passagio , Laodisius Lercarius , Paul de Odono , Hiéronyme de Facio et Hiéronyme Doria; lesquels, comme les plus estimés de la ville, étoient ordonnés à porter le poêle du roi. Et étoit celui poêle mi-parti de drap d'or et de velours violet , à franges de même couleur. Au-devant du pont de la porte de Saint-Thomas, à main senestre , étoit un spectacle de verdure tout garni de pommes, de grenades et d'oranges, tendu en manière d'une chapelle, au milieu duquel en haut étoit attaché l'Écu de France aux armes toutes pleines; de l'autre lez , à main

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dextre, étoient les armes de France et de Bretagne, mi-parties. A la senestre main , un peu plus bas, étoient les armes de messire Philippe de Ravestain , et vis-à-vis, au dextre côté , étoient celles de la ville de Gênes. Et depuis la porte de Saint-Thomas jusques à l'église de Saint-Laurent , qui est le grand-dôme de Gênes , étoient les rues tendues et parées de tapisseries, tissues et ouvrées d'images vives et parlantes; c'est à savoir de dames et daœoiselles, bourgeoises et marchandes, toutes en blanches robes, et tant de belles, et richement ornées , que à nymphes ou déesses mieux ressembloient qu'à humaines femmes. Toute la grand'rue où le roi passa étoit semée et reverdie de rameaux feuillus, et de palmes d'orangers et grenadiers , plantées avec les pommes vertes et pendantes aux branches desdits arbres.

Les seigneurs et le peuple de la ville entrèrent les premiers ; les deux cents gentilshommes de la maison du roi furent après , tous à cheval , la hache au poing , et presque tous vêtus de robes de velours ; et après et joignant eux étoient Jacques de Vendôme , vidame deGhartres, et messire Guyon d' Amboise, seigneur de Ravel , leurs capitaines; puis marchèrent Jean Stuart, duc d'Albanie ; François d'Orléans , comte de Dunois ; le seigneur de Laigle, et messire Guillaume de la Marck ,

DE JEAN DAOTON.

capitaine des cent Allemands du roi; lesquels, tous empanachés , la hallebarde au poing et le halecret devant , trois à trois marchèrent en bel ordre; douze trompettes, couvertes de fleurs-de-lis, furent après et devant le roi, lesquelles, sans cesser, sonnèrent à toute force, si que le tonnerre n'eût été ouï. Les vingtquatre archers écossois de la garde du corps étoient tout autour du roi , et à pied , la hallebarde en main , armés bien à point , très-richement accoutrés : le roi étoit entre eux et au miheu, sur une bonne mule noire, harnachée de velours cramoisi et frangée de fil d'or, et lui vêtu d'une robe de drap d'or, avec un bonnet de velours noir sur son chef, et étoit sous un poêle que portoient huit des seigneurs de Gênes, dessus nommés. Après le roi, étoient le cardinal d'Amboise, le cardinal Pétri ad Vincula^ le cardinal de Saint- Georges, le cardinal d'Albret, l'archevêque de Sens, l'archevêque d'Arles, l'évêque de Bayeux, le duc de Valentinois; Louis, monseigneur de Luxembourg, comte de Ligny; messire Philippe de Ravestain ; Louis, monseigneur de Vendôme ; Louis , sire de la Trimoille, et messire Pierre de Rohan, maréchal de Gyé ; et puis marchèrent les quatre cents archers de la garde, tous à cheval, armés de brigandines et de salades , les arcs bandés , joignant eux ; et derrière étoient leurs capi-

2lS CHROMIQUËS

taines , c'est à savoir : messire Jacques de Crussol , capitaine de deux cents d'iceux ; messire Gabriel de La Châtre, capitaine d'autres cents, et messire Georges Coquebourne, capitaine de cent Écossois ; au derrière d'iceux , y avoit tant d'archevêques , évêques , abbés et protonotaires et autres gens d'éghse, que c'étoit assez pour devoir célébrer un concile. Tel nombre de peuple et de communes suivoit après p que la multitude d'iceux défendit à ma vue n'en estimer autre compte fors une somme de tourbe innombrable. Que dirai-je plus? si n'est que le roi , en tel triomphe , approcha la porte de la ville de Gênes, et jà étoit sur le point de quatre heures après midi , qu'hommes et femmes et petits enfans, tous à haute voix crioient : France ! France ! France ! sans cesser, et menoient une fête tant joyeuse qu'il n'y avoit cœur qui ne frémît , ni poil qui ne dressât. Alors que le roi eut passé le bourg de Saint-Thomas et qu'il fut devant le môle au découvert, grosses caraques et navires commencèrent dedans la mer à tonner et tempêter, et faire péter artillerie tant horriblement, qu'il sembloit là que les vents fussent déliés , les ondes déroyées, les rochers fendus, l'air éclaté , la terre ébranlée , et toute la ville de Gênes dût profonder. Durant ce bruit merveilleux , le roi , tout le petit pas , s'en alla jusque devant la porte de la ville , en laquelle

étoit amont un grand écu semé des armes de France , toutes pleines, et au-dessous de celui écu , en grosses lettres d'or, étoit écrit en latin : Louis douzième , roi des Français , seigneur de Gênes.

Sitôt que le roi fut entré dedans la ville , toutes les cloches commencèrent à sonner et tout le peuple à crier : France ! France ! France ! Ce fut merveilles : non-seulement les grands et les moyens faisoient fête, mais aussi les petits, voire étant entre les bras de leurs nourrices. Quoi plus? One prince ne fut reçu à tel honneur et à joie solennelle , que fut là le roi , de toute la seigneurie et commune de la ville de Gênes. Ainsi donc s'en alla. tout le long de la grand'rue jusques au grand dôme de Saint-Laurent , où étoient l'évêque de Gênes et les chanoines de l'église, avec tous les collèges de la cité, revêtus et tenant les saintes reliques entre les mains.

Devant l'église mit le roi pied à terre, et se mit à monter les degrés pour entrer dedans; à l'entrée de laquelle trouva l'évêque et les collèges de Gênes, et les reliques sacrées , auxquelles fit très -humble révérence, et obsécration là offrit aux saints de Dieu : ce feit , tous les collèges qui là étoient commencèrent à chanter unes divines Laudes , et ainsi convoyèrent le roi jusques au maître-autel de ladite église , où derechef fit à Dieu dévotes

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oraisons, justes prières et dignes offrandes. Là étoit révêque de Gênes en habits pontificaux, lequel bénit le roi en présence de tous les cardinaux, archevêques et évêques, et de tous les princes et seigneurs qui là étoient en moult grand nombre. Ce fait, le roi fit là les sermens accoutumés et promesses dues pour maintenir et garder les droits, franchises et libertés de sa ville de Gênes , comme au seigneur dudit lieu appartient de faire. Toutes ces choses terminées , le roi se mit au retour droit où son poêle étoit demeuré , et là trouva ceux qui Tavoient porté et un nommé Jeannot rÉcuyer, lequel lui bailla sa mule ; et là monta dessus pour tirer vers son logis, lequel étoit hors la ville, tirant au bourg de Besaine, chez un seigneur genevois , nommé messire Louis de Flisco , comte de Lavaigne et de Saint- Valentin, en la terre de Naples, seigneur de la Rivière du levant de Gênes , où sont cinq bons ports de mer, comme : Port -Fin, le gouffre de Rapale , le gouffre de Sextie , le port de Vénère et le port de Lespèce. Quoi que ce soit, le roi, en allant à sondit logis , passa par le travers du palais de Gênes, dedans lequel étoit messire Philippe de Ravestain , capitaine et gouverneur de la ville pour le roi; avec lui étoient pour la garde dudit palais deux cents hommes françois , lesquels étoient là dedans tous en armes et à deux rangs depuis Tentrée

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jusques à l'issue. Par là passa le roi avec sa compagnie , où force trompettes et clairons , gros tabourins de Suisse et autres instrumens divers , bruyoient parmi ce palais , que l'un n'entendoit parler l'autre. En cette manière s'en alla à son logis hors la ville , lequel étoit en haut lieu et pénible à l'approcher : car plus de cent degrés falloit monter pour y aller. A l'entrée d'une large place , devant celui logis, étoit un portail fait de toile , bieii haut et somptueusement ouvré à ronds piliers bien arcelés, et tous faits à feuillages, selon la mode lombarde , tant magistralement composé, qu'il sembloit être réellement de pierre de taille ; et là dedans entra le roi , où fut reçu à grand honneur et traité à son plaisir. Tout joignant son logis , dedans une autre maison que ledit Flisco en peu de jours avoit fait faire, fut logé le cardinal d'Amboise, lequel faisoit dépêche à messagers et ambassadeurs, et sans séjour mettoit la main et avoit l'avis au besoin des affaires qui, au roi, de jour à autre de par-delà survenoient; et moult étoit soigneux de ce, comme celui qui en avoit toute la charge.

Le lendemain fut le roi ouïr messe à un collège de religieux de l'observance de Saint- Dominique , nommé Sainte-Marie-de-Castel , et là fit ses prières et oraisons très-dévotes.

Ce même jour, sur les deux heures après

midi , lin navire marchand d'Espagne, chargé de blés, arriva devant le port de Gênes, à deux milles près en mer ; et, en approchant , ceox qui étoient devant virent sur les tours du château et du môle , et au palais , branler au vent les étendards du roi , dont s'arrêtèrent; et, lorsque à ces enseignes connurent que le roi étoit dedans , sachant la guerre ouverte entre les François et les Espagnols , pensèrent que là n'y avoit bonne sûreté pour eux , parquoi voulurent tourner voiles ; mais tantôt furent avisés de ceux qui étoient aux navires de France au port de Gênes, entre lesquels étoit un nommé le Clermont , bon curson e et léger : si se mit à la poursuite de l'Espagnol avec trois brigantins et deux esquifs. Il alla si tôt, que, en moins de deux heures , eut atteint de vitesse celui navire , et par force le prit et arrêta et détroussa , et le mena à Gênes. Tantôt de ce fut le roi assavanté , et , sachant que c'étoit un navire marchand de vivres , fit tout rendre et à sûreté mettre celui navire en mer. Ce jour, sur le soir, après souper, le roi , pour soi déduire et voir ses galères, navires et caraques, et le navigage de Gènes, fut sur le môle, et là vit plusieurs passe-temps nouveaux et ébattements joyeux : là vit les matelots monter, les pieds amont , du bas des navires jusque dedans les hunes, et descendre la tête contrebas jusques au fond des navires ,

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et les uns soi jeter d'amont les hunes jusques en mer, les autres nager sur l'eau , et les autres dessous moult longuement , tirer artillerie, sonner instrumens, courir esquifs, brigantins et galiotes , de navire à autre, et faire là mille autres algarades et jeux divers, en quoi prit moult grand plaisir; et ce fait, se mit à regarder le môle ^ qui est une chose bien digne de record. Et pour en faire quelque court décrit, c'est une muraille assise en mer sur gros rochers, qui artificiellement sont jetés là dedans l'un sur l'autre à pierre perdue, et tant, que, à l'endroit où la muraille est assise, iceux rochers surmontent l'eau , qui en aucuns endroits a de profondité plus de cent pieds. Toutefois, ainsi que moi-même ai vu faire, tant y mettent les ouvriers de grosses pierres , qu'ils prennent par les montagnes de là près , et mettent dedans leurs navires propices à ce pour jeter là bas, que dessus et à fleur d'eau apparaissent : et là mettent menue pierre et force ciment , pour aplanir leur fondement et pour asseoir leur muraille sur icelui rocher artificiel. Laquelle muraille a d'épais et de largeur au bas quarante pas ou environ , de hau-teup par sus l'eau quinze pieds ou plus. Le dessus de cette muraille est tout pavé à carreaux larges et bien unis. Et là dessus en ptusieiirs endroits sont hautes, grandes et grosses colonnes rondes de marbre, auxquelles

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sont attachés gros câbles et cordages, qui là tiennent les navires à ferme. Et prend celui môle commencement au défaut de maisons de la ville , entrant en mer , et tirant au travers , devers la tour de Codefa , distant d'un lieu à l'autre la portée de trois jets d'arc , ou presque, et jà sont les deux parts ou plus de l'œuvre parfaits. Et toujours y besognent, et feront, ce disent, jusquesàce que leur muraille soit si près de la tour de Codefa, que d'une chaîne devingt toises long puissent toucher de l'un à l'autre. Au dedans de la clôture de celui môle , entour vingt pas en mer est assise une haute et forte tour, au sommet de laquelle est une lanterne comme à l'autre tour , pour donner lumière et adresse aux navires qui la nuit veulent là approcher : et aussi pour défendre le môle si besoin en étoit. Environ le milieu de cette muraille et dessus , est un spectacle élevé haut de quatorze pieds ou de prè.*^ , prenant aux deux bords de ladite muraille , et fait à voûte arcelée par le dessous , et le dessus tout carrelé à large pavé et bien aplani. Et tout autour de celui spectacle , sont murailles crénelées , hautes de trois pieds ou peu plus , pour illec soutenir ceux qui dessus se voudront appuyer et regarder en mer. Tout le long de cette muraille , du côté par où la mer flotte , sur le bord est assise une autre muraille de la hauteur d'un moyen homme , et

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en plusieurs endroits fenêtrée pour regarder la mer et voir approcher les navires, et pour voir heurter les ondes contre la muraille: lesquelles viennent à la fois tant impétueusement, que au choquer des rocs jetés là-dedans , qui de ce lez et au bas défendent ladite muraille , pardessus et par les fenêtres de l'avant-mur sautent outre jusque dedans le môle, et bien souvent tant est en cet endroit la mer enflée , que plus de douze pieds montent encontre. Et ainsi que j'ai ouï dire à ceux de Gênes, et que sur leur môle j'ai vu par écrit et engravé en pierre, depuis dix ans la mer fut tant orgueilleuse, qu'elle monta à fleur de celle muraille , et en rua grande . partie en mer , et tout eût détruit, n'eût été le recours que les Genevois eurent à l'aide du très-glorieux saint et plus que prophète monseigneur saint Jean -Baptiste, leur protecteur, duquel ils ont le corps incinéré : parquoi eux , voyant l'horrible tempête de la mer desroyée, et le danger éminent de perdre leur môle et tous leurs navires , avec

dévotes prières et humbles oraisons furent quérir lâchasse du benoît saint, et avec le clergé

tousen procession l'apportèrent sur la muraille du môle ; si firent leurs prières à jointes mains , et découvrirent la châsse révéremment , et , ce fait, soudainement le bruit impétueux delà mer courroucée fut réduit en douceur de tranquillité paisible : dont au Dieu souverain

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grâces continuelles rendirent , et au bienheureux saint louanges éternes. Et à tant de ce me déporterai , et n'en dirai plus, si ce n'est que j'ai ouï dire aux Genevois que dedans leur môle n'y a pied de muraille , mis en œuvre de perfection , qui à la ville de Gènes ne coûte mille ducats. Je laisserai ce propos, et dirai que , après que le roi eût long-temps été sur celui môle avec ses gentilshommes et sa garde, et plusieurs autres, se mit au retour. L'heure étoit jà tarde, et presque nuit , dont tout le long des rues furent allumées tant de torches, que aussi clair faisoitque de jour. Le peuple de la ville crioit sans cesser : France ! France! Les femmes sortissoient de leurs maisons à grosses compagnies, pour voir le roi et le regarder ; les petits enfants à grandes routes se trouvoient au-devant de lui , avec failles et flambeaux de feu , et couroient par les rues au-devant de lui, et le conduisoient jusque près de son logis, en criant France! France! à haute voix, et faisant fête tant joyeuse , que telle solennité étoit bien digne de mémoire. En cette manière étoit le roi traité dedans la ville de Gènes.

Le lendemain fut à la messe à un collège de Saint-François, où sont cordeliers de l'Observance, et là ouït le divin service dévotement, et y donna grands dons et riches oflrandes. Et puis s'en alla dîner à son château de Gênes ,

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où fut recueilli du capitaine, nommé Guyon Le Roi , et de ses mortes-paies et soldats , lesquels trouva là en bel ordre et bien armés , la place bien remparéeet avitaillée, et garnie de bonne artillerie.

Comment U saint -graûl fut mantré m roi à ^ht^^ ti comment fut là apporte par Uô (fcéneooie.

Le jour ensuivant, qui fut un lundi, vingtneuvième jour du mois d'août, fête de la décollation de saint Jean-Baptiste, le roi fut ouïr la messe dedans une- chapelle dudit Saint-Laurent, qui est le grand dôme et l'église cathédrale de Gênes ; où fut, parles chanoines de là , après la messe , montré le riche vaisseau smaragdin , c'est à savoir le précieux plat auquel notre seigneur Jésus-Christ manp^ea avec ses apôtres, le jour de la Cène Et est celui plat que Ton appelle le sain t-graal , lequel, selon le dire commun de Gênes, et ce que j'en ai vu par lettres , fut là apporté par les Genevois en Tan mil cent un, et fut pris en la sainte cité deHiérusalem , en la manière que vous orrez. En l'an susdit mil cent un, les Pisains , qui lors étoient comme rois en la mer avec les Vénitiens et Genevois, furent outre-mer, à tout grand navigage et grosse

armée, et conquirent sur les Turcs et sur le Soudan plusieurs villes, îles et châteaux; et entre autres, prirent Antioche et Hiérusalem , et occirent tous les Infidèles que là rencontrèrent, où gagnèrent richesses innumérables et incomparables trésors.

Après cette prise de Hiérusalem , question fut , entre les conquérants , du butin. Et fut appointé entre eux , pource que à ce étoient trois contendants, que en trois parties seroit divisé: c'est à savoir, la seigneurie et domaine pour Tun , les trésors , meubles et richesses pour l'autre , et le précieux plat d'émeraude pour le tiers. Lesquelles choses furent ainsi divisées, et parties. Et pource que les Pisains, qui lors étoient les plus forts et avantageux des trois bandes, et aussi que plus avoient travaillé et fait de mises pour lesdites conquêtes, fut accordé entre eux qu'iceux Pisains auroient le choix des parties, et que premiers mettroient la main au butin; lesquels , après avoir sur ce avisé , prirent pour eux la terre et seigneurie de Hiérusalem , comme la plus honorable partie des trois; et, pour montrer de quoi , ils prirent toutes les grandes portes de la sainte cité, et firent ramener à Pise ; lesquelles y sont , réservé deux que les Florentins leur ont depuis tollues et ôtées. Pour revenir, toutes les forteresses , places et châteaux leur furent baillés,

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et la possession de la seigneurie mise entre les mains, laquelle ils gardèrent par force contre le Soudan grand espace de temps, et d'icelle jouirent paisiblement; ce qui leur fut et eût été à jamais un titre d'honorable louange , si les méchants malheureux ne l'eussent, par leur avarice , vendue aux Infidèles ; ce qu'ils firent; dont commirent crime tant damnable, que pour ce forfait furent forclos de toute grâce de bien faire, et de toute cure de profiter en vertus, tant que onc puis ne firent honorables faits pour eux , ne profit à leur seigneurie, mais sont toujours venus en déchéant de bon los et d'heureuse prospérité. Or, après qu'ils eurent ainsi choisi et pris, les Vénitiens suivirent, et comme convoiteux de denare, emboursèrent l'or et l'argent, et prirent pierres précieuses, vaisselle , joyaux, draps d'or, et de soie, et de laine, et, en somme, tout ce qu'ils purent emporter de valeur, réservé seulement le saint vaisseau , lequel demeura pour le partage des Génois , que dedans leur ville de Gênes apportèrent, qui ores y est, comme je sais pour l'avoir vu, ainsi que ci-après raconterai.

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CIIRONIIJUES

anm t»r daint-Caurrnt , ei ie la (t)apeUe l>r ipûint-3f ûii-fîaptiôtf , etî>'aulrrs rhoerô.

Celui très-précieux vaisseau, dont j'ai parlé paravant , est une émeraude faite et entaillée en manière d'un grand plat , en largeur de deux palmes , que nous François appelons espans , de si très-reluisant lustre , et tant vert de couleur, que toute émeraude auprès d'elle est obscurcie et effacée , et de nulle montre, et sans vertu. Et contient en rond, au-dessus du plus large , six palmes en quadrature. Au fond dudit plat, est un autre petit rond fait au compas, selon la proportion de sa grandeur, et, dès le bord d'icelui rond, jusques au haut du plat, sont six carrures faites à la ligne. Et, pour soutenir celui plat, au-dessous , sont deux anses de même pierre, larges assez pour là passer la main d'un homme. Ce qui est un œuvre merveilleux à regarder, et fait par artifice, tant somptueux, que mieux semble miraculeux que manuel ; aussi est -il, selon le dire de plusieurs et l'imaginer de chacun. Car notre Seigneur Dieu, au jour de sa Cène , comme dépourvu de riche vaisselle pour manger l'agneau pas-

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cal , et voulant aux humains magnifier son pouvoir divin , fit miraculeusement de terre vile cette précieuse pierre. 0 bon alchymiste ! onc n'en fut, ne n'en sera de tel. Ores ont les Genevois ce précieux joyau, que plus cher tiennent que tout l'or du monde. Et de vrai , c'est bien un trésor d'incomparable richesse et d'inestimable prix , lequel est , dedans le sacraire du grand dôme de Saint- Laurent de Gênes , soigneusement gardé.

En celui dôme sont maintes autres choses recommandables , comme peuvent avoir vu ceux qui là ont été. Et , pour en avertir les autres, à qui , par défaut de ne l'avoir vu , la chose seroit inconnue , en bref écrit j'en dirai ce que j^en ai pu aviser et rédiger en mémoire. Premièrement , à l'entrée de ladite église de Saint-Laurent de Gênes, est un grand portail fait et entaillé à menue imagerie de marbre blanc et bis, authentiquement ouvré. Aux deux côtés d'icelui , sont enlevés deux grands lions de pierre soutenant deux hauts piliers de marbre blanc. Le tabernacle, étant sur l'entrée des portes , est tout de marbre bis , et d'albâtre , et de porphyre , taillé à menu ouvrage, et peint de fin or et azur. Le dedans de l'église est fait à trois belles nefs assez larges, à l'entrée desquelles, et des deux lez , bien près de la porte , sont

les voûtes , soutenues de deux gros piliers de marbre blanc et bis.

Aux deux côtés de la grand'nef , tirant vers le grand autel, sont seize autres piliers, huit de chacun rang , à dix pas loin Tun de l'autre, lesquels sont de porphyre, semblant chacun être d'une pièce. Les voûtes du chœur sont soutenues à quatre autres piliers de toute sorte de marbre. Tous les petits piliers , soutenant les arceaux de la voûte du chœur, sont tout dorés et azurés , et faits à histoires moult nouvelles. Le dessus de l'autel Notre- Dame est tant richement peint, et de précieux ornements embelli, que c'est plaisante chose à regarder.

La table du grand autel est moult gi-ande et large à l'avenant, et de marbre bis; le devant et au bas, couvert de fin argent; le dessus, de drap d'or; et le tableau, ouvré à imagerie riche et somptueuse.

A la main senestre du grand autel est la chapelle de Saint-Jean-Baptiste , et là-dedans la châsse où reposent les saintes cendres de son précieux corps , lequel l'empereur Julien l'Apostat, dixième persécuteur de l'Église, fit jadis , par sa tyrannie , ardoir et brûler. Toutefois, le chef fut garanti par aucuns religieux chrétiens , et translaté d'outre-mer en France , duquel une partie est en l'abbaye de Saint-Jean-d'Angely, et l'autre à Saint-

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Jean d'Amiens. Aussi fut sauvé le doigt indice duquel il montra au désert le Rédempteur du monde, en disant : Ecce Jgnus Dei ; lequel, pour la dignité de son divin office , fut supernaturel lement exempt de la puissance du feu , et transporté , de delà la mer, à Saint- Jean de Morienne, en Savoie; lequel j'ai vu par maintes fois, et avec celui se tient le moyen doigt, où apparoissent les nerfs , la peau et les ongles. Les saintes cendres furent recueillies par aucuns chrétiens , et portées dedans une ville nommée Mirrée, où, depuis, fut enseveli le digne corps de saint Nicolas, lequel fut de là, par les Vénitiens , emporté en Italie; et par les Genevois , qui venoient d'outre- mer, aussi de Mirrée, transportées les cendres sacrées , à Gênes , en l'église de Saint-Laurent , et là faite une mirifique chapelle ; laquelle est toute de marbre bis et blanc, voûtée de marbre aussi, toute peinte à fin or et riche azur, et partout semée de fleurs-de-lis. La place , pavée de carreau bien uni, et mi-partie de marbre blanc et bis. Pour entrer dedans , sont deux portes aux deux côtés, et, entre mi, venant de l'une à l'autre, est un obstacle de marbre blanc, ouvré à la turque , et percé à jour, pour voir par là le dedans de la chapelle. Au-dessus, ^^ joignant de cettui obstacle, sont dix images

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.-iiifïéliciues tenant entre les mains chacune

un chandelier, et le tout d'alhàtre.

Au-(ledans de celle cha|)elle, contie la muraille, à huit [)ieds de haut ou eutour, aux cotés dextre et senestre, sont six iman;esenlevées, toutes de fin albâtre, dont à la dextre part sont Adam, Zacharie et Abacuc. A la part senestre , est Eve vis-à-vis d'Adam , l'un et Tautre tout nus , et moult bien entaillés; Klisal)eth au droit de Zacharie, et lîalaani vis-à-vis d' Abacuc. Au plus près de l'autel , au rang des autres, sont deux sié{îes vides, pour y mettre (pielques autres images. Au milieu de cette chapelle sont cpiatre candélabres de cuivre pendus; en chacun un cierge toujours ardent. Le tabernacle de l'autel est, dessus et dessous, tout de fin argent. Au derrière et attouchant dudit autel, est la chasse enlevée du glorieux saint Jean-Baptiste , où sont les cendres sanctifiées de son benoît corps, comme dit est. Et est celle chasse soutenue de quatre piliers de marbre blanc richement ouvrés. Tout autour de la chasse , à l'endroit du haut du tabernacle de l'autel, sont enlevés en images Isaïe et Zacharie au devant; au dextre coté , Jérémie et Daniel ; au senestre, David et Ézéchiel ; et au derrière, Siméon et Abacuc. x\u-dessus et autour de celle cliâsse sont quatre anges tenant chacun en la main un cierge de cire vierge.

i)i: JEAN o'auton. 255

ïcelle châsse est de pierre de marbre blanc, dorée et peinte de riche étoffe , et entaillée tout autour de petites images et menus piliers de singulière fabrique, et ouvrages artificieux; laquelle chasse est close et fermée sous le lo- (piet de douze clefs gardées par douze des plus suffisants citoyens de Gènes. Dedans ladite châsse de marbre est enclose une autre petite d'argent, authentiquement ouvrée, et perliiivc richement, en laquelle sont les dignes cendres prophétiques honorablement mises, précieusement gardées et divinement solennisées. Ainsi est ladite église de Saint-Laurent de Gênes, de merveilleuse matière embellie, de précieux joyaux enrichie, et de dignes reliques sanctifiée. Je n'en veux plus autre chose dire, si n'est que, pour magnifier la sainteté du lieu , je dis que , lorsque j'étois en ladite chapelle , à l'heure que la messe du roi là se disoit, d'une passion colique fus atteint et touché jusques à perdre la vue, l'ouïe, l'aller et le parler ; si que je fus contraint laisser le bréviaire, et m'appuyer contre un des piliers qui soutiennent ladite châsse. Et ainsi d'angoisse tressuant, eus mon recours au gtorieux saint plus que prophète saint Jean-Baptiste , duquel étoit ce jour la fête, et les reliques présentes. Et sitôt que de pensée dévote mon oraison eus perfini , et ma prière fait, soudainement santé plénière me revint; dont je

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rendis grâces à Dieu dévotement , et du benoît saint fis solennelle remembrance.

Après que la messe fut dite, et la sainte émeraude montrée, le roi s'en alla à son logis, et par l'espace de dix jours fut là à séjour, où plusieurs messagers, ambassadeurs de lieux divers et nations étrangères , furent envoyés , ouïs et dépêchés, bes grands banquets, et joyeux convisqui, ce temps durant, furent là faits au roi , ne dirai autre chose, si n'est que onc ne fut vu faire meilleure chère, ne prince plus honorablement recueilli. Que fut-ce? grands et petits faisoient la vie aux anges. Les uns après les autres, à qui mieux mieux , s'efforçoient de doucement l'entretenir et le fêtoyer à souhait. A la fois les dames de Gênes se trou voient aux banquets, habillées à la mode milanaise, et à la fois à leur mode. Et, entre autres, fut là une dame genevoise, nommée ThomassineSpi noie, l'une des plus belles de toute Italie, laquelle jeta souvent les yeux sur le roi , qui étoit un beau prince à merveille, très-savant et moult bien emparlé. Tant l'advisa celle dame, que , après plusieurs regards, amour, qui rien ne doute, l'enhardia de parler à lui , et lui dire plusieurs douces paroles ; ce que le roi , comme prince très-humain , prit à gré volontiers , et souvent devisèrent ensemble de plusieurs choses par honneur; et tant, que cette dame

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se voyant familière de lui, une fois entre autres, le pria très-humblement que, par une manière d'accointe, il lui plût qu'elle fût son intendio, et lui le sien , qui est à dire accointance honorable et amiable intelligence. Et tout ce lui octroya le roi; dont la noble dame se tint plus heureuse que d'avoir gagné tout l'or du monde, et eut ce don si cher, que, pour se sentir seulement bien venue du roi , tout autre mit en oubli , voire jusques à ne vouloir plus coucher avec son mari. Ce qui pourroit donner à penser ce qu'on voudroit; mais autre chose , selon le vrai dire de ceux qui ce pouvoient mieux savoir, n'y eut que toute probité. Pour rentrer donc à nos banquets , danses en barboires , nouvelles momeries, sauts et gambades venoient en jeu, et tant d'autres joyeuses nouvelletés, que là n'y avoit cœur qui eût cause d'avoir ennuyeux souci. Les Genevois, contre la nature de leurs mœurs, menoient là leurs femmes et filles, sœurs et parentes, pour donner joyeux passetemps au roi et à ses gens. Et les aucuns d'iceux prenoient les plus belles et les présentoient au roi, en les baisant les premiers, pour faire l'essai; et puis les baisoit le roi volontiers, et dansoit avec elles, et prenoit d'elles tout honorable déduit.

Or se passa le temps en ce plaisant séjour, et le jour vint que le roi voulut déplacer de

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sa ville de Gènes pour retourner en France. Or étoit le roi lors tant recommandé entre les bien voulus de dame Fortune, que toutes les seigneuries des Itales lui éloient tributaires, et les François, tenus en telle réputation , que leur florissante renommée voloitjusques outre mer. Et si n'y avoit place ne cliateau en Lombardie, ni en Toscane, ne en la |)lupart d'Itatalie, où le lis ne fût en spectacle de triompbe, et le nom de France mis en cri commun. Parquoi le roi et les François , à la peine d'être nommés ingrats, et dignes de mallieur encourir, n'en dévoient |)lus haut lever les cornes, mais reconnoître que toute humaine [)r()spérité vient seulement de Dieu qui donne les victoires, triomphes, couronnes, sceptres, diadèmes et richesses, à qui il lui plaît, et les ôte quand il veut.

Pour rentrer en propos, le roi, qui étoit lors en son pays de Lombardie, pour avoir l'amour des seigneurs de delà, et iceux tenir en crainte, prit plusieurs de leurs enfants à sa pension, desquels étoit François-Marie, préfet de Rome; Charles-Marie, fds d'Antoine- Marie de Saint-Severin ; ïliéronyme de Flisco, fds de messire Jean-Louis de Flisco, hôte du roi à Gênes; Sacremolde, vicomte de Milan ; Jean-Louis Palvesin, et plusieurs autres, lesquels mit tous de sa maison.

Les Genevois donc , voyant rapprochement

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du parlement du roi , avant ce lui firent, de leurs terres et seigneuries qu'ils tenoient de lui à cause de sa ville de Gênes, leur foi et hommage, serment de fidélité, et promesses jurées de bien et loyalement le servir envers tous et contre tous. Et avec ce, pour découvrir leur largesse, et magnifier leur libéralité , lui donnèrent au partir quatre plats, quatre coupes et quatre aiguières, le tout d'or, valant douze mille ducats; au cardinal d'Amboise, un plat et une aiguière d'or, du prix de deux mille cinq cents ducats; à messire Pierre de Rohan, maréchal de France, de vaisselle d'argent pour quatre cents ducats ; à l'évêque d'Alby autant; à Florimont Robertet , secrétaire du roi, trois cents ducats; aux maréchaux-des-logis, cent palmes de velours noir, et vingt-cinq decramoisi; aux varlets de chambre, cent palmes ou espans de velours noir; aux portiers , à chacun douze ducats. Somme, il y eut bien peu d'officiers en la maison du roi , qui du don d'iceux Genevois ne fût de prou enrichi. Ainsi montrèrent leur noble vouloir et largesse libérale. Ce fait, le roi, bien voulu de tous et aimé de chacun , partit de Gênes pour s'en retourner en France. Plusieurs de Gênes eurent regret du roi, qui si tôt les laissoit, et entre autres dame Thomassine Spinole , qui montra bien par le dégoût de ses larmes que le cœur en étoit marri, en disant que jamais n'oublieroit son intendio. Ce que ne

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fit, comme je dirai à temps. Or après, grand nombre de seigneurs genevois le convoyèrent long chemin , puis prirent leur congé, et s'en retournèrent à leurs hôtels.

De Gênes, le roi prit son adresse à Pontedême et au bourg de Busale. Et là , le duc Borgia de Valentinois prit congé de lui, en promettant, sur sa foi, de toujours être bon serviteur de la couronne , et loyal François; et ce dit, s'en retourna à Gênes, où se mit en mer, et tira vers Rome : auquel lieu étant arrivé, fit marcher son armée, pour le suivre au besoin. Et tantôt que là fut arrivé , commença à courir sur les Ursins, tant, que plusieurs d'iceux fit cruellement mourir; et, entre autres , le cardinal Ursin , lequel , peu de jours devant , étoit allé devers le roi lui offrir son service ; mais pour ce , ne laissa à le faire prendre, et donner tant d'estrapades, que , dedans celui tourment , mourut attaché à la corde. Aussi fit mourir révê([ue de Caille, bon homme vieil et ancien , lequel il mit entre les mains d'un sien satellite nommé Miquel , exécuteur de toutes ses cruautés. Et prit cettui bon évêque, et le mena sur le sommet d'un haut rocher," et de là le fit précipiter et jeter du haut en bas; dont fut brisé, moulu , et accravanté, et mort à martyre. Pareillement il fit mourir Levro Ursin , Vitelloze, le duc de Gravine, le duc de Faïence,

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et tout plein d'autres qu'il fit, par son Miquel , les uns étrangler avec serviettes, et aux autres trancher les têtes, en parlant avec eux, et en trahison. Plusieurs femmes et filles prit aussi par force dedans la ville et autour de Rome, et fit tant d'autres tyrannies, sacrilèges, et cruelles choses, que de le réciter seroit horreur. Parquoi je les laisse en la vengeance de Celui qui nul forfait délaisse impuni, ni ne défaut à châtier.

Or, suivons propos : droit à Ast s'en alla lors le roi, où illec séjourna seulement deux jours, et puis se mit en voie pour retourner vers Lyon, où là autour étoit la reine sur les champs , qui , de jour en jour, lui mandoit nouvelles pour se hâter, ce qu'il fit. Car d'Ast ne demeura que six jours pour aller à Grenoble, ce qui contient près de cent lieues de montagnes et malaisé pays; où là près trouva la reine, comme je dirai. Par la duché de Savoie ne voulut passer, pour montrer aux Savoisiens, qui lors étoient mauvais François, que par ses pays, malgré leur vouloir, passeroit à son plaisir. Parquoi , fit commander par tout son pays de Dauphiné , que chacun mît la main à l'œuvre pour nettoyer les chemins et amplifier les passées; dont plus de cinquante mille paysans, pour cet affaire, furent embesognés , et tant grattèrent , que les postes y couroient plus tôt, et les autres "• 16

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chevaucheurs et gens de pied , plus aisément y ailoient que par la Savoie. Et ainsi le roi prit son chemin droit à Villeneuve d'Ast , à Pignerol, àPérouse, à Mentous, au Monastère de Briançon , au mont de Genèvre , au mont de l'An , et de là au bourg Duisant , lequel est au comte de Dunois ; puis à un bourg près de Grenoble, de deux lieues ou environ, où trouva la reine qui l'attendoit avec grande compagnie de gentilshommes, de dames et damoiselles. Or, fut le roi le très-bien venu, et moult joyeusement recueiUi , comme celui qui avoit long -temps demeuré dehors, et avoit été à long voyage. Là , donna congé à ses gentilshommes et pensionnaires, et à la plupart des archers de sa garde , pour eux en aller reposer. Et demeura avec la reine huit jours entiers , en passant le temps à la chasse des grosses bêtes , et à la volerie , et à plusieurs autres ébats divers et solacieux déduits. Et puis s'en alla à Lyon sur le Rhône, où il séjourna tout le mois d'octobre. Et ce pendant, vinrent le duc Pierre de Bourbon et madame Anne de France, sa femme, qui furent là bien traités du roi et de la reine. Plusieurs nouvelles furent lors en cour, ambassadeurs , messagers , postes , et chevaucheurs d'Italie, de Naples , et de maintes

terres.

Le vingt-huitième jour de septembre, le

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roi eut lettres du seigneur de La Lande , capitaine en mer, étant lors sur la côte d'Isque, île de Naples, qu'il avoit trouvé sur mer cinq nefs d'Espagne chargées de harnois, de lances et hallebardes, d'artillerie et de poudre à canon ; lesquelles nefs avoit prises et détroussées, et l'une d'icelles mise à fond , et dedans l'une des autres trouvé cinq cents fûts de lances.

De Lyon, délogèrent le roi et la reine, avec tous leurs gens , et se mirent en chemin pour retourner en France, et tant voyagèrent que , entour la Saint-Martin, furent à Loches , où madame Claude , leur fille , étoit, et demeurèrent jusques après la fête de Noël. Où, ces jours durant, le roi tint ses Etats , et dépêcha les ambassades qui lors étoient en cour. Aussi commença à tenir la légation le cardinal d'Amboise , de laquelle n'avoit usé durant le voyage de delà les monts.

ÎD'un nommé maître €t)rarîr, orflantete îru roi, a comment m ce tmpô fut tvam^ovié ie ^on Bem^ et mené à Ôaint-iJlûtl)urin ie ffarci)ant.

Pour faire incident sur cas de nouvelleté advenu en ce temps, est vrai qu'un nommé maître Evrard , trésorier de Saint-Martin de

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Tours et organiste du roi , étoit lors à Cléry; lequel s'en voulut aller devers le roi son maître , et comme il fut prêt à déloger, un de ses gens lui dit que à Saint-Mathurin de Larchant devoit un voyage ; parquoi , vu qu'il en étoit assez près , seroit son profit et s'acquitteroit d'aller audit lieu de Saint-Mathurin , premier que aller en cour devers le roi , et que obéissance étoit première due à Dieu et es saints que es princes et autres humains, dont lui donnoit, par Favisde ce conseil, ouverture du chemin de son voyage. A quoi ne s'arrêta celui maître Evrard , mais dit que une autre foisaccompliroit bien son vœu, et que saint Mathurin n'avoit pour lors si grandhàtc d'être de lui visité, comme il avoit besoin de voir le roi , à qui étoit plus tenu ([ue à saint de paradis. Dont le benoît saint, comme est à penser, mal content de ce parler imprévu et volage propos , pour lui montrer un tour du bâton de quoi il frappe les fous, lui donna sur la tète soudain, et tel coup, que sens lui faillit, esprits lui troublèrent, raison lui fuit, savoir oublia, et mode ne sut. Quoi plus? de tous points fut aux champs, si loin à l'écart, que, pour retourner en propos rassis, ne pouvoit trouver adresse , et , avec ses paroles pleines de risée et rêveries naïves , devint tant furieux, que homme ne l'osoit approcher. Il étoit à son logis, et là, dedans une chambre,

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tout en pourpoint , avoit en une main un épieu , et en l'autre une dague courte pour garder la porte , et ainsi que depuis , moi étant à Lyon sur le Rhône, au logis de maître René de Prye , évêque de Bayeux et maître de la chapelle du roi , en présence de celui de Prye et de plusieurs, je sus, par messire Gabriel de La Châtre , capitaine de cent archers de la garde du roi , qui lui , comme il disoit , étoit lors à Cléry avec cinq ou six de ses archers , lequel , sachant le cas inconvénient , s'en alla avec ses gens au logis de celui maître Evrard , et là le trouva en l'état que j'ai dit, dont fut ébahi et compatient de son piteux affaire. Là voulut parler à lui de sens , mais ce fut pour néant, car il n'entendoità ce; ainsi, tout altéré en regard, étoit au-devant de l'huis, et là vouloit jouer de main mise au premier qui de lui se voudroit approcher; dont celui de La Châtre fit signe à quelqu'un de ceux qui au -dedans de la chambre étoient , qu'il le saisît par-derrière, ce qu'il fit , et en le prenant , ledit maître Evrard faillit à lui donner de la courte da^ue. Toutefois, les archers, avec leurs hallebardes en main, entrèrent, et le capitaine avec eux, lesquels le prirent et saisirent, et lièrent bien à point. Ce fait , fut mené tout enferré à son voyage à Saint-Mathurin, et là fit sa ncuvaine, si à point, que le bon saint oublia le méfait

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du défaiHaiit , et envers Dieu grâce impétra de guérison pour le perçus , son mal reconnoissant, et ainsi reçut don de santé, celui qui , par langage mal avisé, avoit Dieu ofiensé, à qui ne se doit en nulle manière homme jouer ; car trois choses sont , que Tattouchement de jeu ne peuvent souffrir : c'est à savoir, Dieu , Tœil et la renommée.

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