‹ Chroniques [microform]Chapitre 12 sur 74 · XX · texte numérisé non relu

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€ommni mtmxe flerauU ôtuart, m^nenr VHnbiflnj) , iéCii flranft nombre i'iÉôpaflnole ^n la €aiabve.

En la Calabre étoit le sire d'Aubiffny avec deux cents hommes d'armes et huit cents piétons, lequel, au commencement de ses faits, employa ce qu'il avoit d'argent pour la délivrance des prisonniers françois qui, à la défaite du seigneur de Grigny, avoient été pris; et, pour avoir Adrien de Brimeu, seigneur de Humbercourt, lequel tenoit à grosse rançon, lui fallut vendre toute sa vaisselle d'argent. Et ainsi le bon chevalier mit ce qu'il avoit encore en avant pour le rachat des détenus , et son corps à l'exploit des armes pour servir le roi; et, sitôt que les prisonniers furent au délivre , les fit armer et remonter au mieux qu'il put. Et ce fait, se mit aux champs, et là cherchoit

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de jour en autre ses ennemis , et tant les pouisuivit que, avec ses gens, le propre jour de Noël, devant la ville de Terrenove en Calabre, les approcha d'un mille près; et eux, sachant sa venue si prochaine, et qu'il tenoit les champs pour les combattre, et que jà étoit en leur vue, bien ordonné et à grosse puissance, prirent la fuite : auxquels donna la chasse jusque devant une ville nommée Girache-Condiane , où l'une partie d'iceux se retirèrent; les autres furent pris en eux défendant , et les autres en fuyant. Et est à noter que ledit seigneur d'Aubigny leur élargit tant de pardon que , à nul d'iceux , à la défense ou à la fuite par lui vaincus , ne voulut être fait mortelle force; mais, tant à la prise et à la prison humainement les traita , que , par après , eux confiants en la douceur des François, n'eurent crainte de faire avec eux mêlée, disantque: «Si des François sommes vaincus en bataille, piteux nous seront, au détenir gracieux, et au rançonner traitables ; » cequi leur ôta la crainte du glaive et la peur de la peine de la gêne , dont les François à la parfin se trouvèrent mal , comme sera dit. Quoi que ce soit , le sire d'Aubigny prit la plupart d'iceux et fut assiéger les autres qui s'étoient retirés à Girache- Condiane et à la Rochelle en Calabre , lesquels ne put avoir, par défaut d'artillerie , dont étoit trop mal garni : parquoi se mit aux champs à

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la conquête, et tant fit, que plus de soixante villes se rendirent à lui et apportèrent les clefs, voire jusques aux portes de Rhége fut gagner pays. Et là, devant par tant de fois transmit coureurs, et mêmement un nommé Yves de Malherbe, à tous ses gens, que ceux de la ville abandonnèrent leurs maisons et s'enfuirent tous en Sicile. Le sire d'Aubigny, voyant que les Espagnols, qui tenoient Girache-Condiane et la Rochelle, ne pouvoit prendre d'assaut, s'en alla à la Mo tte-Bou véline, près de là, et ses gens mit tout autour des ennemis pour les cuider affamer, et là fut long-temps. Ce pendant mandèrent les Espagnols au roi d'Espagne que secours leur étoit tant nécessaire, que, sans cela, toute la Calabre seroit en bref entre les mains des François, lesquels avoient jà la plupart des Espagnols, qui làétoient, défait, les autres tenoient assiégés, et presque toutes les villes et châteaux avoient conquête, et prenoient tout. Le roi d'Espagne, sachant cet affaire, mit diligence en avant, qui est une telle aide au fait de la guerre, que les vainqueurs fait toujours prospérer et les vaincus souvent ressourdre. Donc celui roi d'Espagne sommairement mit sus trois cents hommes d'armes, quatre cents genétaircs et quatre mille hommes de pied, nommés Galliègues , lesquels mit en mer sous la charge d'un nommé Portocarrero, Espa-

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gnol, lesquels cinglèrent à voile tendue vers le port de Rhége en Calabre.

La fête de Noël passée, le roi partit de Loches, et s'en alla à Blois dedans son château , que lors faisoit faire tout de neuf, et tant somptueux, que bien sembloit œuvre de roi ; et là, avec la reine et madame Claude, sa fille, demeura jusques à la fin du mois de février.

En celle même année, mil cinq cent deux, la peste eut cours par le royaume de France, et mêmement en Bourbonnois, Berry, Saintonge, Poitou, Touraine, Anjou, et au pays de France, comme à Paris, à Orléans et en plusieurs autres Heux; et tant, que les aucunes villes et villages demeuroient inhabités , et s'enfuyoit le peuple par les bois et déserts, pour illec se loger et garantir leurs vies , où souvent se mouroient sans secours, sans adjutour, et déconfès, comme bêtes brutes, demeurant étendus sur la dure, au danger des chiens et des loups, qui souvent à panse pleine en faisoient leur pâture : tellement que, après que acharnés et curés en furent, se prirent aux petits enfants par les champs , et à la parfin aux hommes; si que plusieurs en dévorèrent, et eussent plus à plein, si le roi et les seigneurs de France n'y eussent pourvu par

chasses continuelles, dont ils nettoyèrent le pays.

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€ammenl |)l)ilippc, arfl)iïacîï'2lutricl)e, retourna îi'Côpaigne m i^'rûnre, ri îird àtagre qui lui lurrnl baillrd*

Entour la fête Saint-llilaire, l'archiduc Philippe d'Autriche, qui lors étoit en Espagne, voulut retourner en ses pays; lequel manda au roi que, jK)ur le bien et amitié de lui et dudit roi d'Espagne , avoit charge et procuration expresse pour traiter de la paix entre eux, et d'icelle jurer et accorder, comme il montreroit par sadite procuration, signée du roi et de la reine d'Espagne, et pour ce vouloit passer en France pour traiter de cet affaire. Mais, premier que vouloir entrer es pays du roi , demandoit pour sa sûreté avoir otages; ce que le roi trouva assez étrange, vu Talliance qui , entre lui et ledit archiduc étoit , et le bon traitement que, à son allée d'Espagne, avoit eu en France, dont plusieurs y pensèrent ce qu'ils voulurent. Toutefois pour otages lui furent baillés René , duc d'Alençon; le comte de Foix, Charles de Bourbon, comte de Vendôme, et Louis de Bourbon , comte de Montpensier, lesquels furent menés à Valenciennesen Ilainault ; et là au-devant desdits otages fut, pour les recevoir, le comte de Chimay ,

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avec grande noblesse de Flandre, lesquels les emmenèrent audit lieu et les traitèrent honorablement. Ce fait, l'archiduc partit d'Espagne et se mit en voie pour revenir devers le roi, qui lors étoit à Blois, et , sachant le parlement dudit archiduc, prit le chemin de Lyon, et la reine quand et lui , avec leur train , tirèrent celle part. Ici me faut rentrer aux faits de Naples qui , durant ce temps , furent exploités.

Commrnl mrssirr Marques îrr €l)ûbûnnc0 , seiflurur ic €a palirr, rtanl m la pouillc avec quatre crntô l)ommrô îï'armru, prmnta la bataille par pluôieurs fois à (Ê^onealee J^erranîr et à toute ôon armée étant iùam fiarlette, et î>e pluôieure eoureee et priées que les JFrauçois firent lors sur lesbits espagnols»

L'armée de France étoit lors tout autour de Barlette en la Fouille, où le capitaine Gonsales Ferrand et grosse armée d'Espagnols , étant là , sans cesser se donnoient , les uns aux autres , alarmes et assauts , et se battoient à bras étendus. Le duc de Nemours, vice-roi au royaume de Naples , après la prise de Canose, dont j'ai ci-dessus parlé, bailla à messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice, quatre cents hommes d'armes et deux

mille hommes de pied , pour tenir frontière aux Espagnols qui ctoient à Barlette et à André ; lequel, avec ses gens, fut plusieurs fois chercher ses ennemis, et, pour la première, jusque devant les portes de Barlette, leur fut présenter la bataille. Et là se tint si longuement, que bon loisir leur donna de courir aux armes, de monter sur leurs chevaux et saillir aux champs; car, plus de quatre heures durant, la lance sur la cuisse, là les attendit. Mais trop long attendre lui fit à connoître que les Espagnols pour Theure n'en vouloient manger. Dont avec ses gens s'en alla prendre garnison dedans trois villes assez près de là : c'est à savoir : à Rouvre, où lui , avec ses gens d'armes et ceux du duc de Savoie , qui étoient cent cinquante hommes d'armes, prirent logis; A Corastre mit ceux de messire François de La Trimoille, seigneur de Mauléon, et ceux de messire Aimar de Prye; et à TreilUs ceux de François d'Urfé , seigneur d'Orose , et ceux de Aimar de Villars , dit Pocquedenare ; et étoient en tout quatre cents hommes d'armes. Les piétons départit, àchacune desdites garnisons huit cents et peu plus. Quelques temps après ce, la peste se mit à Corastre, dont ceux de messire Aimar de Prye, qui là étoient, délogèrent et s'en allèrent à une autre ville, pas trop loin de là, nommée Castellanet.

Et ces jours durant, celui mes&irc Jacquesde

Chabannes, tenant lors garnison à Rouvre, à quatre milles près de Barlette, étoit de jour en jour devant ladite ville , où souvent trouvoit à qui parler; car dedans étoit le capitaine Gonsales, lieutenant -général du roi d'Espagne; don Diego de Mendoze, le dispenser-major; Pètre de Pas, et autres bons capitaines espagnols en grand nombre , et force bons soldats, lesquels étoient souvent dehors. Ainsi étoit bien à point la guerre mise au réveil. A la fois le seigneur de La Palice, avec grosse compagnie les alloit voir, et à la fois petite escouade sur chevau- légers, pour diversifier la guerre. Et aucunes fois leur envoyoit peu de nombre de coureurs , pour les retirer aux champs, et si d'aventure ils éloignoient la ville pour chasser les coureurs , jamais ne failloit de leur donner une amorce et de les surprendre par embûche , et rembarrer à leur mortelle perte. Ainsi à divers tours de vieille guerre les endommageoit, et tellement conduisoit ses entreprises , que sur ses ennemis avoit toujours l'avantageux échec. Sou ventes fois les ramenoit des champs battant et tuant jusque devant les portes de la ville, sans faire que bien peu de perte; et, quand venoit à l'assembler, de son côté faisoit tel chapplis (comme j'ai su par ceux qui souvent l'ont vu aux coups départir), que nul des ennemis, s'il ne vouloit être mis à outrance, l'osoit at-

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tendre. Qu'en dirai-je plus? Tant fut lors , par l'exeessifexploit de ses continuelles armes, redouté de ses ennennis, que, pour magnifier son los, le chevaleureux titre de second Hec-tor lui attribuèrent, et tous ainsi à voix commune le nommèrent. Dont lui et les siens qui ses faits ensuivront, auront à jamais , au spectacle des vertueux , un arc triomphal de recommandée mémoire. Ce néanmoins, le capitaine Gonsales, envieux de ses bien-faits, comme son mortel ennemi sur tous les autres François, Tavoit en continuelle haine, et à toute heure pensoit la manière de le défaire , et comment il le pourroit surprendre.

Un jour entre les autres , avec quatre cents hommes d'armes, fut derechef devant Barlette, et là présenta la bataille à toute la puissance des Espagnols qui là étoient. Et ainsi que depuis un capitaine espagnol, nommé Pètre de Pas, récita et dit en la présence de plusieurs François, ledit seigneur de La Palice étant devant Barlette en armes, comme j'ai dit, et comme il présenta le combat aux Espagnols, qui là étoient à grand effort, et que nul d'iceux s'émut pour y répondre, là fut un capitaine espagnol , nommé don Diego de Mendoze , qui, en la présence de plusieurs Espagnols, dit à Gonsales Ferrand , quegrand'honte et peu de vertu leur étoit de ce que ledit seigneur de La Palice, ainsi mal accompagné qu'ils le

voyoient, n'étoit par eux combattu; vu que tant de fois les avoit appelés en bataille, et qu'on ne Talloit combattre ; vu aussi la puissance avantageuse que sur lui avoient, qui à double nombre étoient. Ce que ne voulut permettre ledit Gonsales, disant que à la requête et entreprise de son ennemi ne se doit nul aventurer au combat, quelque pouvoir qu'il ait, si nécessité ne le contraint. Et voyant celui don Diego de Mendoze les Espagnols refroidis, dit : « Certes j'aimerois mieux être le seigneur de La Palice, doué du prix desa louable renommée, que roi d'Espagne paisible de tous les pays , ni Gonsales Ferrand avec son bruit florissant.» Et ce conte fit ledit Pètre de Pas, étant en otage dedans la grand' carraque du roi, la Charente, pour la composition de Gayette, comme sera dit après, en la présence du neveu de Gonsales , qui là étoit avec lui , du seigneur de Saint-Amadour, de Pierre de Bayard/, et de plusieurs autres qui là étoient, desquels je l'ai su. Toutefois, pour mettre à chef ce propos, le seigneur de La Palice, qui devant Barlette attendoit la venue des Espagnols pour les combattre , voyant que nul ne sortoit , s'en retourna sans coup frapper, lui et les siens, et s'en allèrent chacun à sa garnison.

Wme course que fit iovs mmivc Kobert Stuatt, tfcoseoisi ^ iemnt OûrUtte , où il prit plusieurs (Espagnols atïec peu ïe nombre ie J^rançois,

Devant Barlette faisoient les François courses à déroi, et tant, que dès que les uns y étoient allés un jour, les autres y étoient le lendemain, où les Espagnols à pareil relais faisoient leurs courses et saillies, et souvent escarmouchoient. Ainsi les François avoient peu de séjour, et les Espagnols moins de repos. Que fut-ce? un jour messire Robert Stuart, capitaine écossois, fit une saillie de Cérignoles, où il tenoit garnison, et avec soixante hommes d'armes fit une course vers Barlette, dont à toutes heures sortoient Espagnols. Ses avant-coureurs furent découvrir, et lui se mit à leur queue pour les recueillir au besoin. Tant allèrent , que, à un mille près , les premiers coureurs rencontrèrent deux cents genétaires, lesquels de première pointe adressèrent aux François, et à bride abattue les commencèrent à chasser droit par où venoit le surplus des François. Messire Robert Stuart vit de loin la poussière des chevaux, et ses coureurs mis à la chasse.Dont fit arrêter tous ses gens, et près du chemin tous au couvert em-

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busquer près du chemin. Les genétaires chassèrent tant lesdits avant-coureurs, que rembûche outrepassèrent, sans rien aviser : et sitôt qu'ils furent outre, trompettes sonnèrent, et l'embûche sort. Les avant-coureurs , oyant leurs trompettes, soudainement tournèrent bride, et adressèrent aux genétaires, qui jà avoient l'embûche au dos. Là y avoit haies et fossés , et chemins encombreux , parquoi iceux genétaires ne pouvoient fuir; si furent devant et derrière chargés si lourdement pour eux , que au premier choc allèrent plus de vingt-cinq par terre. Les François derechef les rechargèrent , et mirent à bas plusieurs , et en tuèrent aucuns. Les autres cuidèrent fuir ; mais les chevaux étoient las de la longue traite que après les coureurs avoient faite, dont furent tous pris, sans que bien peu s'en sauvât. Somme , de deux cents qu'ils furent aux champs , ne s'en alla que dix, lesquels étoient montés à l'avantage; les autres furent menés prisonniers à Cérignoles, et payèrent leur rançon : c'est à savoir chacun un quartier de leurs gages, avec leur defferre et monture, ainsi que par les capitaines françois et espagnols avoit été dit et ordonné. Toutefois Gonsales Ferrand ne voulut tenir ce traité, mais tous les François que depuis eut entre ses mains ne voulut rendre par rançon , comme vous pourrez ouïr ci-après.

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Gaspard de Coligny, lieutenant du duc de Nemours, fit pareillement courses et prises sur les Espagnols de Barlette et d'André , lesquels garda bien souvent de dormir. Un autre capitaine franeois, nommé Louis de Saint-Bonnet , avec cinquante hommes d'armes, fit une course devant André, où ëtoit grand nombre d'Espagnols ; lesquels à la venue des François ne faillirent de sortir, mais à tout grand nombre de genétaires et gens de pied se trouvèrent aux champs, et là se commencèrent à charger à tour de bras, et tant que les Espagnols furent repousses jusque contre leurs portes, et lii moult pressés; et n'eût été une saillie que un autre nombre à cheval d'Espagnols firent sur nos gens, la retraite leur eût été tarde; mais grand force de secours leur survint au besoin ; et tellement que les François furent rechassés et aucuns d'iceux pris, et des Es|>agnols aussi. Et ainsi que les François se retiroient le petit pas, et les Espagnols pareillement , chacun avec son butin , là fut des derniers à la retraite un homme d'armes, nommé François Morin , de ceux de Louis de Saint-Bonnet , lequel avisa un Espagnol un peu à l'écart de ses gens , qui derrière lui sur son cheval emmenoit un Albanois françois. Et, sans dire mot, s'en part tout seul , et se mit au cours après cet Espagnol, tant qu'il ratteignil;et, lorsqu'il se

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vit assez près pour donner, baissa sa lance, et en asséna ledit Espagnol au travers du corps ; dont alla par terre. Et, ce fait, à la vue de plusieurs Espagnols et des François qui ce regardoient, fit descendre ledit Albanois, et audit Espagnol lui fit devant lui trancher la tête , et emmena ledit Albanois , et le cheval de l'Espagnol. Et, ce fait, chacun se retira en son quartier.

Le capitaine Louis d'Ars n'avoit lors heure de repos, mais, sans cesser, gagnoit pays sur les ennemis, et, à toutes rencontres, les détroussoit. François d'Urfé , le seigneur de Chandée, Poquedenare , la Lande, et, en somme, tous les capitaines françois, étoient nuit et jour aux champs. Et un temps fut, comme chacun à son tour a le sien , que les François eurent bonne fortune contre leurs ennemis, tant à gré , que chemin ne tenoient devant eux, et, tant mal furent menés, qu'ils ne savoient à quel saint faire offrande. Les vivres leur furent si chers, que ailleurs que par la mer n'en avoient, dont souvent en étoient sou ffreteuxjusques à l'extrémité. Toutefois , comme gens de cœur, pour ce ne laissoient à défendre leurs forts et saillir aux champs.

B^un r0mbal à outrance fait lore par onjê Ixan- (o'iB contre on^ Êspacinolô ieoant la miie ie trane , en la jpouille.

Bien souvent, comme j'ai dit, alloient les François courir devant Barlette, et à André; aussi , à la fois sortoient les Espagnols , et alloient courir sur leurs adversaires; et, souvent furent à l'estrade les uns et les autres , sans eux rencontrer. Dont les Espagnols dirent que à eux ne tenoit. Aussi faisoient les François; et vrai étoit, car, lorsque les Espagnols faisoient d'un côté leur course , les François étoient de l'autre. Et ce nonobstant que paravant se fussent plusieurs fois essayés aux armes, si étoient les Espagnols, qui avoient été foulés, envieux de recouvrer. De quoi furent les François avertis , et , pour leur en vouloir donner sans faillir, un capitaine nommé François d'Urfé , étant en garnison à Treillis, leur envoya une trompette, pour leur dire que , si bonne volonté avoient de rencontrer les François , afin que à ce ne faillissent , s'ils étoient dix Espagnols contre dix François, ou onze contre onze, que , en champ clos, les trouveroient à tel jour que par eux seroit avisé. Ce que ne refusèrent les Espa-

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gnols , mais acceptèrent ce parti , et dirent qu'ils se trouveroient onze d'eux contre autant de François. Or alla la chose tant en avant, que d'un côté et d'autre fut accepté le combat, et dit entre eux que le champ seroit fait devant la ville de Trane , terre des Vénitiens. Ce qui fut fait , et tant près de ladite ville de Trane , que d'un côté les fossés du champ de bataille étoient joignant les fossés de la ville , le chemin seulement entre deux. Or avoit celui champ , en carrure , de coin à autre, huit vingts pas , et étoit fossoyé d'un côté et d'autre , clos à pierre sur pierre d'un pied de haut , ou peu plus , pour connoître seulement les mètes de la lice. François d'Urfé , qui avoit mis les armes en jeu , envoya par-devers le seigneur de La Palice pour l'avertir de la besogne , et pour, selon son avis , y ouvrer à l'honneur et profit des François; lequel choisit par les garnisons près de lui les hommes d'armes qui lui sem^ bloient mieux à droit pour devoir faire bon exploit d'armes, et soutenir grand labeur : desquels il eut premièrement celui François d'Urfé , seigneur d'Orose ; Pierre de Bayard , Pierre de Pocquière , dit Belabre ; Hector de la Rivière, Pierre GuifTray, Noël du Fahis , Louis de Saint-Bonnet , René de La Chesnaye, Clermont , Mondragon , et Bouvant. Je n'ai point su le nom des Espagnols, que d'un

seulement , que je nommerai à heure due. Quoi que ce soit, fuient, entre les autres, choisis iceux pour les mieux montés , et plus avantageux aux armes. Le jour assigné pour combattre vint , et les champions au lieu se trouvèrent. Les François avoient leurs chevaux bardés, réservé trois, et tous ceux des Espagnols Tétoient. Pour défendre et garder le champ, furent ordonnés, d'un et d'autre côté , nombre pareil et grande puissance de gens d'armes , lesquels se tinrent près des hces , tous la lance sur la cuisse. Sur les murailles de la ville de Trane étoient plus de dix mille hommes pour voir celui combat, lequel commença sur les dix heures du matin , que les François premiers entrèrent au champ , la lance sur la cuisse et la visière baissée. Après entrèrent les Espagnols en même arroi que étoient les François. Lors- ([ue tous furent en ordre, et prêts de donner, les trompettes et clairons commencèrent à bonner à toute force , et gens d'armes tous en foule donnèrent des éperons, et baissèrent leurs lances. Au partir des chevaux, sembloit que terre sous leurs pieds tremblât , et alloient si rudement , que , au choquer des lances , trois Espagnols furent par terre , et ([uatre chevaux des François tués : dont les maîtres demeurèrent à pied , les uns sous leurs chevaux, les autres affolés. Toutefois»

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deux se relevèrent sur bout, Tépée au poing. A cette première venue, Pierre de Pocquière, seigneur de Belabre , et un Espagnol nommé Gonsales d'Ales , se rencontrèrent de tant rude force , que les lances allèrent par éclats, et celui d'Ales , homme et cheval, tombèrent par terre. Dont se releva ledit d'Ales , et comme très-hardi qu'il étoit, revint contre son homme l'épée au poing, et se voulut revenger : mais à l'approcher, celui Belabre, à la pointe de l'estoc et à poulx de cheval, mena son És|)agnol si tôt , que à vive force lui fit vider le champ, et l'en mit hors , dont fut vaincu. A ce même heurt, un François se trouva sous son cheval , qui lui mourut entre les jambes, et fut pris par un Espagnol qui le voulut tuer : mais il se rendit, et fut emmené. Lequel , après la foi baillée , échappa à son homme , et reprit une lance au poing , puis s'en alla ranger avec les François , en vouloir délibéré de ne se feindre. Et ce voyant, les Espagnols demandèrent leur prisonnier, disant que plus n'étoit recevable au combat, et que sa foi avoit baillée. Dont le seigneur de Belabre , l'un des champions françois, à qui premier s'adressèrent ces paroles, voyant la juste demande d'iceux, nonobstant que le François, dont question étoit, fut sain et entier, et cpie grand secours pouvoit donner à ses compagnons, qui besoin en avoient , et

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aussi que écliappë leur fut, tout ce mis arrière, leur renvoya. Un autre François nommé Clermont, à cette première charge, fut mis par terre, lequel , à la chute, se rompit un bras. Ainsi ne demeurèrent plus des François à cheval que sept, et deux à pied, qui défendre se pussent : desquels les uns de ceux de che-val avoient lances , les autres , épées. Les Espagnols, à cette première venue, avoient donné sur les chevaux des François , disant : If S'ils sont une fois démontés, peu de résistance feront après; » et en ce faisant, n'avoient rompu que peu de leurs bois; parquoi avoient commencement d'avantage. Les François , qui à cheval étoient , et qui leurs bois avoient rompu, voyant leurs ennemis entiers et garnis de lances , pour leur vouloir rompre leur cours , et les embesogner tous en foule , s'entremêlèrent avec eux; et à coups d'épée leur donnèrent tant âpre et si long combat , que les uns et les autres furent plusieurs fois à mettre leurs chevaux en haleine , et eux reposer; et ce fait, recommençoient de plus en plus fort. Et voyant les Espagnols , que savoir et pouvoir leur falloit avancer, durant le combat des épées , aucuns d'eux sortirent de la mêlée, et se tirèrent à quartier, en avisant les chevaux des François au découvert, et donnèrent à travers tant de fois , et si à point, que peu à peu les démontèrent

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presque tous. Les François , qui encore aucunes lances avoient, ne chargeoient nulle fois sur les chevaux des Espagnols , mais sur les hommes , qui , si bien armés étoient , que, au choquer, ne demeura auxdits François lance qui n'allât par éclats, et eux à bas, ou que le valoit, si la merveilleuse résistance qu'ils faisoient ne les eût ressours. Car, quand l'un d'eux éloit à pied, aux autres se retiroit l'épée au poing, et autour de leurs chevaux morts , et entre le surplus de leurs gens de cheval se garantissoient. Leurs ennemis, voyant la plupart d'eux être à pied, dirent que à cens: là falloit parler , où à lance baissée adressèrent. Les aucuns des François étoient encore montés , et entre autres Pierre de Bayard et François d'Urfé , lesquels avoient mis entre eux les démontés , pour supporter la charge des chevaux. Et eux voyant venir la route de leurs ennemis , s'élargirent , et ainsi qu'à leurs compagnons voulurent approcher pour les cuider rompre, celui d'Urfé et Bayard croisèrent sur eux , et leur rabattirent le choc ; si , passèrent outre les Espagnols sans rien méfaire. Et, à la passée, François d'Urfé leur montra un tour dont peu de gens se savent bien aider : aussi en étoit-il métier, car, à la traverse et en courant, saisit la lance d'un desdits Espagnols, et par force la lui ôia du poing, et

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la bailla à un François nommé Pierre Guiffray, l'un de ceux qui étoient à pied. A cette rencontre , fut tué le cheval de René de La Cliesnaye, lequel , le voyant sous lui chanceler, mit une jambe hors de la selle , et cuidant mettre pied à terre, en dévalant, tira sondit cheval de manière que tout mort tomba sur lui, dont ses comparerions, qui, pour mourir , ne l'eussent abandonné , eurent grand'peine à le relever; car les Espagnols, qui vis-à-vis d'eux étoient à cheval , la lance sur la cuisse, leur coururent moult rudement, et n'eût été l'aide que leur faisoient les deux François à cheval , qui toujours rompoient le coup des Espagnols, ils eussent été affolés. A cette course , François d'Urfé désarma derechef un autre Espagnol de la lance, et icelle bailla à ses compagnons de pied , lesquels en avoient jà deux. Une autre course tirent coup sur coup les Espagnols sur les François , mais, à la traverse, avoient en barrière les deux François de cheval, dont Pierre de Bayard , à celle fois , empoigna une lance d'un des Espagnols, et, malgré lui, la lui mit hors de l'arrêt ; tant qu'elle lui demeura , et la bailla à un des siens. Ce fut bien délier prouesse, moult élargir vertu, fort renforcer ses amis , et trop afToiblir ses ennemis , lesquels pourtant adressèrent sur les piétons de tant, que un François, nommé Pierre Gui<-

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fray, à ([ui François d'Urfé avoit devant baillé une lance , asséna d'icelle un Espagnol au défaut de la cuirasse, en telle manière, que plus d'un pied dedans le corps lui mit le fer, dont fut celui Espagnol emporté hors du champ comme mort. Ainsi, y avoit deux Espagnols vaincus , et un François de pris , et l'autre affolé. Toutefois , encore n'y avoit jeu parti. Car sept Espagnols étoient à cheval , et deux à pied, et sept François à pied, et deux à cheval , dont les Espagnols avoient cinq lances, et les François quatre, que à diverses fois avoient ôtées aux Espagnols. Or, avoient iceux Espagnols, qui étoient à cheval, un extrême dépit d'avoir ainsi perdu leurs lances , et les François étoient comme enragés d'être démontés par les Espagnols , et si malement traités. Parquoi chacun d'eux avoit le cœur engrossi de haine mortelle contre son ennemi. Que fut-ce, derechef recommencèrent les Espagnols leurs courses sur les gens de cheval, qui toujours à la traverse les ennuyoient; et si lesdits Espagnols approchoient jusques à pouvoir saisir leurs lances , cela étoit croqué. Et de fait, à cette fois, furent • tant malheureux , que deux de leurs lances perdirent. Car Pierre de Bayard, à la passée, saisit la sienne ; et , ainsi que sur ceux de pied Guidèrent chai*ger, un François , nommé Noël du Fahis, étant à pied, à tout un tronçon

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2G8 CHROMQUES

de lance , à un Espagnol qui lui couroit , rua un coup le lonjj du bras et sur 1 épaule , de telle vertu , que la lance lui fit voler du poing , et mit son cheval du eu , lequel fut puissant, et se releva.

De nouveau recommencèrent le hutin sur les François , sans rien plus y savoir gagner, et tant y perdirent, que, de neuf d'iceux qui après le premier choc eurent tous lances en main , à la parfin ne demeura que deux qui en eussent; et, de tous les François qui au commencement du combat rompirent tous les leurs, à la fin s'en trouvèrent sept sur leurs ennemis conquêtèes , comme dit est; ce qui fut vigoureusement ressours la perte de leur malheureux affaire, et vertueusement abattu la chance prospère de leurs parties adverses. Somme , les Espagnols ne voulurent plus assaillir les François, mais se tinrent tous d'un côte , sans faire bruit. Les deux François qui restoient à cheval , voyant leurs ennemis, qui tout le jour avoient eu le haut parler, sur la fin du jeu tenir silence , leur dirent que deux contre deux se trouvassent en champ, ou qu'ils descendissent à pied pour acliever leur bataille; par tel parti, que les vaincus seroient prisonniers aux autres; et se truffoient d'eux en disant : « Vous avez tué les chevaux ; mais les hommes vous ont ôté vos lances. Quel avanlage avez- vous d'être à cheval , désarmés de la

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meilleure de vos pièces, contre ceux qui sont à pied, garnis de leurs glaives et des vôtres.^ Avisez si , en cette manière , vous voulez mettre à chef les armes encommencées. » Les Espagnols ne voulurent plus en nulle façon combattre , mais se tinrent ensemble sur le champ jusques à deux heures de nuit. Les François, de leur part , tous amoncelés , chacun la lance au poing, leur présentèrent la joute. Finalement, les Espagnols, ennuyés de la longue attente de leur désavantageux combat, demandèrent aux François s'ils s'en vouloient sortir ne vaincus ne vainqueurs , et que ainsi le feroient de leur part; dont les François, voyant le parti humain et non à leur perte et déshonneur, furent de ce contents ; mais à l'aller devant, fut question , et là se cuidèrent battre. Toutefois, d'un commun accord , les uns quand et les autres marchèrent jusques au milieu du champ, et là se firent bonne chère et s'entr'embrassèrent l'un l'autre , et un [)ied quand et l'autre sortirent hors , et les pris et vaincus fuient remis à leur parti , et ainsi s'en allèrent à leurs garnisons.

Depuis le matin jusques à deux heures de nuit dura le combat , à la vue des gardes et de ceux de Trane , et de plusieurs Vénitiens, qui tenoient ladite ville : et là, sur leurs murailles, furent plus de dix mille hommes pour aviser des coups; dont, après que tout fut

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2«0 CIIKONIQUES

fait, iceux Vénitiens voulurent avoir les noms des combattants; et tout ce qu ils en avoient vu et pu connoître, par écrit rédigèrent, et amassèrent les éclats et fers des lances rompues, et les portèrent dedans ladite ville de Trane. Et tout ce ai-je su par aucuns de ceux qui étoient à Taffaire , et autres présents audit

combat.

Avec ledit capitaine Gonsales étoit lors un nommé le seigneur Alphonse de Saint-Severin, frère du cardinal de Saint-Severin, du comte de Gayas et du prince de Melphe , lesquels tenoient pour le roi , et pour ce, avec lettres closes et messagers secrets , trouvèrent moyen de lui faire prendre le parti du roi; et tant fut, que le vingt-quatrième jour du mois de janvier, en Tan susdit mil cinq cent deux, celui Alphonse de Saint - Severin se rendit françois au duc de Nemours avec cinquante hommes d'armes que ledit Gonsales lui avoit baillés.

xxvni.

Wnn ûulre combût fuit l0r6 a outrance par un ^ançaiô, nommé pierre ïe fiagarï, contre un «epagnol nommé îron îllonee îreôotomagor, fait entre Wounre et 2lnî»re, en la fouille»

Long-temps devant ce, avoient eu querelle et combat un Espagnol, nommé don Alonse

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de Sotomayor, et un François nommé Pierre de Bayard, dont j ai parlé ci-dessus, et, sur ce, jeté et levé gages de bataille. Mais, pour l'empêchement des guerres continuelles lors en la Fouille faites par les François et Espagnols, où chacun Irouvoit assez de quoi exploiter les armes, ne purent ou ne voulurent vaquer à parachever leurdit combat mis en en avant , jusques à la vigile de la Purification de Notre-Dame , six mois ou enlour après les gages levés , que les champions dessusnommés se trouvèrent au champ, comme sera dit. Le seigneur don Alonse de Sotomayor, Espagnol , étant alors à Barlette avec le capitaine Gonsales, manda à Pierre de Bayard, François, qu'il vouloit que la querelle dont entre eux deux étoit question , fût mise à chef, et que heure en étoit , vu le long temps qu'elle avoit été en suspens; et, avec ce, pria par lettres, celui don Alonse, ledit de Bayard, qu'il voulût bien être, sur ce, demandeur, et souffrir que,

lui,fùtdéfendeur,supposéquecettequerelleeut réveillée et mise sus ; et ce faisoit-il pour avoir loi de choisir et ordonner la manière du combat, et bailler les glaives; ce que doit faire tout défendeur en querelle d'outrance. Quoi que œ soit, celui Pierre de Bayard , voyant ce que par l'Espagnol lui étoit mandé , octroya tout, disant : (( Sur bonne querrelle, ne me chault d'être défendeur ou demandeur; >; et ainsi fut

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content d'être le demandeur. Parquoi ledit Espafïnol , sachant celui François être à cheval Tun des plus adroits qu on sût, et comment au combat devant Trane avoit à cheval fait merveilles d'armes , ne le voulut combattre autrement que à pied , armé de toutes armes , réservé d'armet et de bavière , à visage découvert, avec Testoc et le poignard ; dont lui envoya deux estocs et deux poignards, pour choisir les meilleurs, selon son avis. Si prit celui François les quatre glaives bien acérés , beaux , et dorés richement , desquels regarda la pointe , le tranchant , la poignée et la croisée , et les essaya tout à son plaisir ; lesquels il vit tous d'une forge, d'une grandeur et d'une même façon. Dont il prit les deux qui plus lui furent à gré , et d'iceux baisa la croix , puis les ceignit et porta pour s'en aider à temps. Or avoit -il les fièvres , dont se sentoit un peu affoibli ; toutefois , ne voulut pourtant éloigner l'afiaire; mais, d'un accord , lui et son querelleur ordonnèrent que , un jour bien tôt après , qui étoit la vigile de la Purification Notre-Dame , se trouveroient en champ clos , ainsi armés , comme j'ai dit , pour voir qui Temporteroit.

Messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice, qui là avoit toute charge pour le duc de Nemours , vice-roi , donna le champ, pour combattre entre Rouvre et Trane, et

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congé à celui Pierre de Bayard de faire ses armes. Don Alonse de Sotomayor s'en alla parler au capitaine Gonsales, auquel raconta de sa querelle ce qu'il voulut , en lui demandant congé de sur ce faire son devoir, et de parachever les armes. Lequel Gonsales, qui par quelques autres avoit su quelque chose de son tort, ne lui voulut octroyer le champ, disant que à bon droit, ne ajuste querelle, n'avoit entrepris ses armes, dont lui en pourroit mal advenir, ce qui ne seroit seulement pour lui dommageable, mais au rabais de l'honneur d'Espagne. Parquoi il lui défendit qu'il ne se mît en ce dangereux hasard , vu aussi que affaire avoit à l'un des plus renommés ïVançois qui fût en toute leur armée. Toutefois, pour ce, n'amollit son propos égaré celui don Alonse, mais, de belle nuit, dont le lendemain devoit combattre, sortit pardessus les murailles de Barlette , et s'en alla à André, où étoient deux mille Biscaïens et Navarrois, sous la charge d'un capitaine espagnol nommé Ascalade, et là trouva ledit Alonse, qui lui bailla harnois pour faire ses armes. Le champ fut fait de soixante pas en largeur, et en longueur d'autant, ou environ. Quand le jour fut venu pour devoir combattre, les champions se trouvèrent sur le lieu, armés et accoutrés , le glaive au poing. Le parrain de Pierre de Bayard étoit Pierre de Pocquière ,

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2y^ CHRONIQUES

seigneur de Beiabre, et le juge François René de La Chesnaye. Le parrain de don Alonse étoit le capitaine Ascalade , et le juge étoitun autre Espagnol. Le seigneur de La Palice, avec cent hommes d'armes, se tint près de là, afin de garder que par les Espagnols ne fût au champ fait quelque force au champion françois. Après le serment et autres cérémonies à gage de bataille appartenant, faites, Pierre de Bayard , demandeur, comme j'ai dit , entra en la lice tout allègrement , sans muer couleur, ne changer contenance , armé de toutes pièces , le visage seulement découvert, Testoc tout nu en la main dextre , et le poignard en l'autre , les fautes attachées entre les jambes, en manière de braies. Don Alonse de Sotomayor entra après, armé à la façon de l'autre , si n'est que ses fautes dévaloient en bas, l'estoc en main, et le poignard à la ceinture; et lui ainsi entré , avisa que les fautes €le Pierre de Bayard étoient liées entre les cuisses , dont lui dit , que à l'avantage étoit armé. Parquoi celui de Bayard , sans attendre , avec le poignard trancha l'aiguillette qui tenoit ses fautes serrées , et icelles mit bas. Ce fait , ledit Espagnol s'adressa au François , en lui disant en langage espagnol : Senor Petro de Bayard, que me quievcs? Auquel fit cette réponse : w Don Alonse de Sotomayor, je quiers contre toi défendre mon

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honneur, dont faussement et mauvaisement m'as accusé. » Et ce dit, approchèrent l'un de l'autre, et à grands estocs se cherchoient partout, et plusieurs fois faillirent l'un et l'autre à se rencontrer au visage , qu'ils avoient tout à nu. L'Espagnol, qui moult puissant et allègre étoit , toujours avoit l'œil au guet , pour cuider asséner son homme à droit , et le vouloir saisir; et à cette cause tenoit la main senestre au déhvre. Mais, à tous ses efforts, lui étoient ses coups par le François rabattus : et lui souvent tâté de bien près. Comme deux lions échauffés s'entre-battoient ces deux champions, lesquels écumoient comme sangliers aux abois. Que fût-ce, long-temps combattirent, sans pouvoir savoir qui des deux avoit le meilleur, et n'y avoit celui d'iceux qui en mortel danger ne fût. Les François qui là étoient avoient grand doute de leur homme, qui encore n'étoitpas bien guéri des fièvres : mais pour ce, ne perdoit coup à ruer. Les Espagnols aussi n'étoient si assurés de leur champion , qu'il n'y avoit celui de ses amis qui ne l'eût voulu pour son profit en Saragosse. Chacun d'eux côtoyoit son ennemi , et approchoit de la longueur du glaive, pour le cuider trouver au découvert , et donner dedans. Et à l'une des fois , Pierre de Bayard , au rabattre d'un des coups de l'Espagnol, l'approcha de tant, que, en lui cuidant donner

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de toute puissance de Testoc au travers du visage, comme celui Espagnol flanchit la tête en arrière, le coup fut asséné en sa gorgerette , de telle force , que , au travers des mailles , lui entra en la gorge plus de quatre doigts, tant que, au tirer de l'estoc , grande abondance de sang commença à ruisseler pardessus le harnois, jusques à terre. Dont celui Espagnol , comme forcené de cet outrage , à toute force se voulut revenger; et, pour ce faire, approcha tant de son homme, que chacun pensoit qu'il le voulût saisir au collet, et là s'essaya souvent et menu de lui rendre autant qu'il lui avoit baillé. Mais, tant perdoit de sang, que la terre où ils étoient en étoit toute enrougie , et de moult s'affoiblissoit. Toutefois, pour ce , ne démarchoit un seul pas ; mais , plus que devant , se serroit contre le François, et tant, que à la parfin se joignit à lui. Et ainsi , à belle pointe d'estoc , se tâtèrent longuement l'un l'autre, et comme si près l'un de l'autre fussent, que de la main au visage se pussent toucher, ledit Pierre de Bayard, François, avisant son coup, lui rua soudainement , de toute sa force , contre le visage, le poignard qu'il tenoit à la main senestre, et entre l'œil senestre et le bout du nez lui mit jusques à la poignée, tant que dedans le cerveau lui entra. Dont pour l'anroisse de la mort , dont étoit celui Espagnol

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atteint, tomba à la renverse, et ledit Pierre de Bayard dessus , sans lui tirer le glaive de la tête. Et voyant que assez en avoit , ne lui voulut donner autre coup, mais demanda aux juges qui là étoient s'ils le tenoient pour vaincu, lesquels dirent tous que oui, et que métier ne lui étoit de plus en avoir. Et ce dit, lui arracha le poignard de la plaie, dont sang et cervelle entremêlés sortirent hors , et l'âme du pauvre méchant corps s'en alla à qui elle étoit. Or avoit icelui cherché ce péril comme fol , dont en encourut mortelle peine comme malheureux. Après ce que il fut mort, le François le prit par les jambes, et à grand'peine, comme las et en mauvais point que il étoit, le traîna hors de la lice. Les trompettes voulurent là sonner, pour donner louange au vainqueur, lequel ne voulut onc que, pour ce , en trompette ne en clairon fût soufflé : mais mit les genoux bas , et alla baiser la terre , en louant Dieu de la victoire que par son aide avoit obtenue. Ce fait , les François s'en retournèrent joyeusement, et les Espagnols bien courroucés, et firent le corps mort enterrer où bon leur sembla.

CHROISIQUES

Wme ttutu querelle eteombat fait par trei-^ir Ixancoxs , contre ixei}t lialitmt t Combûriô*

En ce même temps , fut fait un autre combat de treize François contre autant d'Italiens et Lombards : dont la querelle fut telle , que un homme d'armes françois nommé Charles de La Motte en Bourbonnoïs, de ceux du seigneur de La Palice , à une course qu'il fit devant Barlette , fut pris par don Diego de Mendoze , Espagnol , et mené prisonnier audit lieu de Barlette ; et lui étant un jour au logis du capitaine Gonsales Ferrand , en soupant à sa table , en la présence de lui , de don Diego de Mendoze , à qui il étoit prisonnier; et de plusieurs autres capitaines lombards et italiens , qui là étoient au service du roi d'Espagne , mit la langue tant à l'écart , que , après plusieurs propos de guerre , dit que si les François , qui avoient à Trane combattu avec les Espagnols, eussent eu à besogner avec Lombards et Italiens , que la bataille n'eût guère duré à l'avantage desdits Lombards, mais bientôt eussent été vaincus et mis à la raison. A quoi fit réponse un Italien nommé Hector de Fierramosque , de Capoue, que en Itahe et en Lombardie y avoit d'aussi

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gens de bien pour la guerre qu'il y en avoit en France, et qui ne voudroient, pour mourir, leur honneur mettre en arrière non plus que François. Dont celui de La Motte dit que non , et avec ce, que les Lombards et Italiens étoient tous traîtres , et empoisonneurs de gens , et bougrons. Parquoi ledit Hector de Fierramosque, mal content de ces paroles mises au vent , dit tout froidement que c'étoit à lui très-mal dit , et que s'il vouloit soutenir son propos, que dix, vingt ou trente Italiens et Lombards, contre autant de François, jusques à la mort soutiendroient le contraire, et que lui-même seroit un des combattants italiens. Tant allèrent les paroles en jeu, que ledit de La Motte promit, lui hors de prison, faire nombre de François pour soutenir sa querelle , et se trouver en champ de bataille au jour que avisé seroit. Dont ledit Italien pria don Diego de Mendoze élargir le François , pour chercher ses gens et faire les armes. Pour ce , fut celui François délivré , jusques à temps, lequel s'en alla en plusieurs compagnies de là autour, où fit conte de sa querelle, sans toutefois dire tout le vrai du propos dont sortoit la question; mais dit que les Lombards et Italiens se vantoient qu'en leur pays y avoit plus de gens de bien et meilleurs gens d'armes qu'il n'y en avoit en France. Dont tout à coup se trouvèrent

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prou François pour dire du contraire, et sur ce combattre à outrance. Et tant ftit, que treize hommes d'armes François se présentèrent pour faire ledit combat , lesquels étoient Charles de La Motte, premier querelleur; Marc du Fresne, Bourbonnois ; Chastelart, Bourguignon; Pierre de Chais, Savoisien; La Fontaine, François; Bartault, Gascon; Forsais , Savoisien ; Jean , d'Ast ; Richebourg ; La Fraxe , Savoisien ; Casset , Savoisien ; et Le Landais. De l'autre côté étoient Hector de Fierramosque, de Capoue ; Hector de Papacode, de Naples ; Troyen Mormie , de Naples ; et dix autres dont je n'ai su les noms. Toutefois, il y en avoit trois Napolitains, trois Romains, trois Calabrois , et quatre Lombards ; lesquels , d'un côté et d'autre , s'apprêtèrent pour la joute , laquelle ils ordonnèrent être faite entre Barlette et Corastre, près l'une de l'autre de cinq milles , ou environ , et assignèrent leur combat au seizième jour de février, où là furent tous montés et armés. Leur camp étoit fait de pierres l'une sur l'autre, et de fagots d'un pied de haut, ou environ , en la manière de celui de Trane , un peu plus long que large. Quatre François conducteurs et juges étoient là ordonnés, c'est à savoir : Aimar de Villars, Lionnet du Breuil ; Claude de Montrambert, Bourguignon ; et un nommé Le Meuble. Et un Es-

DE JEAN d'aUïOA.

pagnol nommé Pètre de Pas, petit et contrefait , mais bien avisé aux armes , avec trois autres, conduisoient les Lombards et Italiens. Tous ensemble donc se trouvèrent au jour assigné pour combattre : où, entre eux, premier que entrer en hce, fut fait convention , et promis que les perdants bailleroient cent écus chacun , et perdroient harnois et chevaux. Là fut dit aux François , par leurs parties , la querelle du combat , tout ainsi que Charles de La Motte et Hector de Fierramosque l'avoient eue devant Gonsales et autres, comme est écrit, dont les conduiseurs des François, et eux ensemble, dirent que en cette manière ne leur avoit été déclarée leurdite querelle , mais leur avoit été simplement dit que les Lombards et Italiens vouloient maintenir que aussi gens de bien , ou plus pour la guerre étoient que les François. Et ainsi les François et Espagnols tournèrent le camp, et entrèrent les uns d'un côté et les autres d'autre. Dont les Espagnols entrèrent du côté de Barlette , et les François du côté de Corastre , armets abattus , et la lance sur la cuisse. Or, avoient dit les Lombards entre eux que, pour plus aisément vaincre les François, leur donneroient un stratagème tel , que quand ce seroit au choquer, ils se tiendroient près du bord du camp, pour laisser passer putre quelque nombre d^ceux , afin qu'ils

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fussent d'autant afToiblis : ce qu'ils firent. Et ainsi que les trompettes sonnèrent , les François donnèrent des éperons , courant de droit fd , voulant rencontrer leurs gens, qui firent semblant aussi de courir; lesquels s'arrêtèrent court, et au choquer, se ouvrirent tellement, que , de la roideur du cours , nombre de François sortirent hors le camp, qui plus ne furent reçus au combat. Les autres se mirent à la foule , et à bride abattue , et à lance baissée, coururent les uns contre les autres, et si rudement se choquèrent, que toutes leurs lances, ou presque toutes, à ce heurt, furent brisées et mises par pièces : dont mirent la main aux épées, et eux entremêlés, se donnèrent coups à tour de bras. Plus de deux grosses heures dura ce dur chapplis, sans savoir qui en avoit du meilleur. Si bien armés étoient les uns et les autres, que, à coups d'estoc et de tranchant , ne se pouvoient entamer : dont se donnèrent des pommeaux des épées sur les armets et contre les visières. Après que bien trois heures ou plus eurent ainsi combattu , un Calabrois et un Italien se mirent à pied , chacun un épieu de chasse au poing , et ainsi à pied furent couverts de leurs gens de cheval, pour les garder de choquer, et en approchant , donnèrent de leurs épieux sous le ventre des chevaux des François dessous les bardes ; et là où au découvert les voyoient ,

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les atteignoient à grands estocs, et tant, que à la parfin la plupart de leurs chevaux moururent entre leurs jambes, et eux allèrent à bas. Dont furent pressés par la foule de leurs ennemis à cheval , et tenus si à détroit, que l'un après l'autre, en eux défendant, furent outrés et pris. Et le dernier d'eux qui demeura au champ fut un Savoisien nommé Pierre de Chais, qui, à grands coups d'épée, tout seul contre tous ses ennemis, tint le combat moult longuement, et tant, que les juges furent contraints lui dire qu'il cessât, et qu'il fie pourroit contre tant de gens avoir durée. A quoi ne vouloit entendre , mais à ruer coups au désespéré, et tant , que Lionnet du Breuil, l'un des juges françois , lui dit : u Mon compagnon, assez en avez fait pour donner à connoître à chacun que, si vos compagnons eussent été de votre vouloir, l'affaire fût autrement allé ; mais mieux vous vaut rendre par bon avis, que vous faire tuer par outrecuidance. » Un des juges, même des ennemis, dit que trop grand dommage seroit de perdre un tant gaillard homme d'armes. Parquoi celui Lionnet du Breuil le fit cesser, et, malgré lui , le mit hors du camp. Les François, comme j'ai dit, furent vaincus et emmenés, sur petits courtauds, à Barlette, et détenusjusquesà ce qu'ils eussent fait finance de leur rançon. Ainsi furent, ces effrénés, vaincus par loyales.

284 CHROMQUES

armes , qui , sous la foi de rapport mensonger, voulurent soutenir fausse querelle; ce qui fut à eux commencement de malheureuse chance, et entrée de bonne fortune pour leurs ennemis.

Jiynne couvre qne^ îrurûut ce rombût, memxe Marques ïe €l)ttbûnnfô , 6f iflnr ur ie €a palw^ , fit itmni la mlU îrt 6an^ (tt la fouille.

A rheure que ledit combat commença, messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice , sortit de Rouvre avec vingt-cinq hommes d'armes des siens , et deux autres , c'est à savoir, François d'Urfé, seigneur d'Orose, et le seigneur de la Couture , lieutenant du seigneur de Mauléon ; et , d'iceux accompagné , s'en alla faire une course devant une ville que tenoient les Espagnols , nommé Modôigne, à quatre milles près de Bari , où étoit la duchesse. Devant Modôigne ne trouva à qui parler, dont avec ses gens passa outre , tirant vers la ville de Bari, et devant envoya dix hommes d'armes, puis se mit avec le surplus des siens sur leur queue. Ses avant-coureurs rencontrèrent à un mille près de Bari deux cents chevau- légers, lesquels ne voulurent attendre le choc, mais se retirèrent dedans un chemin bas, près de la ville d'un jet d'arc ,

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où étoient embûches cinq ou six cents hommes de pied, aux deux côtés du passage, la pique au poing. Ces coureurs s'arrêtèrent tout court, pour l'embûche que bien voyaient devant eux , et lorsque ledit seigneur de La Palice les approcha, et les vit arrêter, il leur demanda pourquoi ils ne marchoient : lesquels l'avertirent de l'embûche qui près de là étoit ; mais pourtant ne se voulut arrêter, et dit au seigneur d'Orose, qui ce conte m'a fait : « Jà ne plaise à Dieu que au seigneur de La Palice soit reproché d'être venu si près de Bari, que la duchesse qui est dedans ne soit par lui visitée jusque devant ses fenêtres. » Et, ce dit, se mit au travers de l'embûche avec ses gens tant rudement, que parmi les gens de pied passa tout outre, et mena les gens de cheval battant jusque devant et encontre les fossés de Bari. Et , ce fait, s'en revint par même chemin qu'il avait tenu , et en s'en retournant , retrouva encore les gens de pied , et quelques genétaires, horsiceux piétonsqui, sur les deux côtés duditchemin, avec force trait et longues piques, étoient arrangés, lesquels lui voulurent empêcher le passage; mais avec ses gens se mit à la traverse des premiers, où reçut maintes venues de pique et de trait, et fut blessé en deux lieux ; car il étoit légèrementarmé et en coureur. Lui et tous ses gens, sans rien perdre, malgré leurs ennemis pas-

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sèrent outre, où au passage eurent plus de cent coups de trait et autant de pique à leur devant : toutefois ils passèrent outre, où ils tuèrent deux genétaires et en prirent un. Et, ce fait, s'en retournèrent chacun à son quartier.

Comment 1rs $cm b'armcô ie memu l^imax ic |)r|[e furent prid au Caeteilanrt , par les nilaind iuïit lifu.

Dedans la ville du Castellanet ètoient lors les cinquante hommes d'armes de messire Aimar de Prye , sous la charge d'un nommé Louis de Saint-Bonnet, lieutenant dudit de Prye. Lesquels gens d'armes avoient des villages de là près qui étoient ordonnés pour les approvisionner , et si prenoient en la ville ce qui métier leur faisoit, et tout en taille , par défaut d'argent : dont furent, ainsi que par aucuns d'eux j'ai su, plus de dix mois sans être payés , et ce par le défaut de ceux qui leur argent avoient , et la charge pour le roi de faire le paiement. Ce qui du tout dénué et décourage les gens d'armes et mutine les pays contre eux, et fait le peuple rebeller; comme en advint audit lieu du Castellanet , où avoit lors quatre ou cinq des plus notables des habitans

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de là , lesquels ne se purent contenter de la manière de vivre des François, qui nepayoient qu'en promesses ou en papier, ce que ne demandent ceux de par-delà. Quoi que ce soit , iceux mal contents s'en allèrent aux Espagnols, et leur promirent de les mettre dedans leur ville du Castellanet, et leur livrer les François qui dedans étoient, et que par une porte, qui étoit droit à l'avenue deTarente, les feroient entrer. Dont les François par quelque voix en surent nouvelles; ce qui les avisa de faire la nuit bon guet à ladite porte; ce que firent, et le jour se tinrent tous ensemble et toujours armés; et pour avoir renfort, mandèrent au duc de Nemours leur dangereux affaire. Lequel, pour ce, ne fit autre chose, mais leur manda que, sur leur vie, ne fissent bruit ne chose dont la ville eût cause de faire plainte. Ainsi demeurèrent nos pauvres gens d'armes sans argent pour payer leur écot, et sans secours pour obvier aux ennemis. Dont en advint que le vingt et troisième jour de février , ainsi qu'ils étoient au dîner, chacun à son logis, les vilains, tous armés, avec grand bruit, se mirent par grosses bandes, et tous à la fois donnèrent sur les loms des François et par force entrèrent sur eux, et les prirent tous, puis les mirent entre les mains des Espagnols , lesquels les emprisonnèrent étroitement, sans plus les vouloir rendre pour quel-

que rançon , mais les gardèrent long-temps, comme après pourrez ouïr.

Comment mesôire Jacques ïe €l)abûnnfô, eeiflncuv îre Ca palice, fut pris ^c^anô Koutïre par (&anôalfô JT^rranîr, ft î»e la mcvmllcmt xémtana qu'il fit, et î>e$ eKeôôiueô armée»

La prise de ceux du Castellanet venue à la connoissance du duc de Nemours, vice-roi à Naples, incontinent manda les gens d'armes (|ui étoientii Treillis et àCorastre, pour aller audit Castellanet, et, en ce faisant, dénua de gens le seigneur de La Palice, qui ëtoit à Rouvre, quatre milles près de Barlette, où étoit Gonsales Fcrrand avec grosse armée. Parquoi celui seigneur de La Palice s'en alla à une ville nommée Gravine , où étoit lors le duc de Nemours , et là lui remontra comment les Espagnols de Barlette à grande puissance lui pourroient donner le siège , et par aventure le prendre, comme ceux qui avoient la dent sur lui, et étoient puissants à l'avantage; et ainsi demeurer tout seul à Rouvre n'étoit pas bonne sûreté pour lui et pour ceux qui là étoient, qui ne pourroient résister; car artillerie ne trait n'y avoit, ni muraille qui rien valût; parquoi le pria ne le laisser ainsi i m pourvu.

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Le vice-roi lui dit que il s'en retournât à sa garnison , et que, pour l'heure, ne lui bailleroit autre renfort, disant : « Si les Espagnols vous mettent le siège , faites-le-moi savoh^, et je vous assure de bon et bref secours vous envoyer. » Tout ce dit , ledit seigneur de La Palice, voyant que autre aide n'en auroit, tout à l'heure dépêcha une poste, laquelle envoya de Gravine devers le roi , auquel écrivit tout l'affaire, et que, si par défaut de ce, mal en advenoit, que à lui ne s'en prît , car il obéiroit au vice-roi en toutes choses, comme lui étoit commandé , et demeureroit là au danger de fortune. Ainsi entroient, et dès longtemps, en division les capitaines de l'armée des François; ce qui est un tant dommageux détourbier, et mêmement quand l'ambition d'états , convoite d'avoir, et envie de gouverner, s'entremêlent du faitde la guerre, que, là où ces vices ont lieu autorisé , n'advient que désolation de royaumes, rébellions de peuples, confuses entreprises , désordre de gens d'armes, pertes de batailles et finales ruines. Mais, pour revenir au propos, le vice-roi ne voulut donner autre renfort au seigneur de La Palice; dont advint que, après que ledit vice-roi avec ses gens fut devant le Castellanet, pour le cuider réduire pour le roi, le seigneur de La Palice s'en alla à Rouvre , où n'eut demeuré deux jours, que le capitaine

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2C)0 CHKOWIQUES

Gonsales, qui bien savoit que les garnisons étoient délogées d'autour de Rouvre, fut là devant avec grosse puissance de bonne artillerie , et y mit le siège tout au plus près, et à toute force fit battre la muraille de trois côtés assez près l'un de Tautre; et tant que, en moins de quatre heures, y eut brèche large de plus de deux cents pas. Et est à savoir que la garde de la ville étoit mise en trois, dont le seigneur de La Palice, avec ses gens, en gardoit Tune, où étoient les brèches, et les Savoisiens gardoient les autres deux ; dont y avoit trois chefs , c'est à savoir : Pierre de Couldrez, Lionnet du Breuil et Jacques de Monsenains ; lesquels avoient chacun vingt hommes d'armes pour gai der le quartier àeux ordonné. A la plus grande passée, du côté du seigneur de La Palice , s'adressèrent les Espagnols à moult grand'foule. Le seigneur de La Palice , armé de toutes pièces et monté sur un courtaut pour courir aux défenses de lieu à lieu , avoit mis ses gens à la garde des brèches; mais ceux qui étoient à la passée plus ample, furent , par les Espagnols , tant chargés , que , malgré leur défense, un enseigne des ennemis, avec grosse route d'ieeux , entra. Et ce voyant ledit seigneur de La Palice , et que ses gens perdoient place, soudainement mit pied à terre, et à tout une hallebarde au poing, adressa à l'enseigne des Espagnols, et à tour

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de bras lui asséna tant à point, que par terre, le mit à ses pieds contremont; et ce fait, recouvre force, et, à coups désespérés, commença à charger et recharger sur les autres, tant, que hors la brèche les repoussa, tuant et battant. Et ses gens, qui, devant sa venue, étoient comme vaincus, reprirent vigueur, et là, à cette brèche, tinrent pied ferme longuement, si que les Espagnols n'eurent pas un temps du meilleur. Le seigneur de La Palice, voyant les Espagnols hors la brèche, mit des gens frais pour icelle garder, et puis se retira un peu pour prendre haleine. Le seigneur de Cornon, lieutenant des Savoisiens, voyant l'affaire, transmit dix hommes d'armes de ceux qu'il avoit mis aux défenses de la muraille pour résister à l'assaut. Derechef recommencèrent les Espagnols leur assaut plus dur que devant, si que nos gens à force repoussèrent et leur firent perdre place. Dont le seigneur de La Palice , qui était bas contre le rempart , remonta à mont par une échelle , et lui monté, comme tout forcené, au premier des siens mêmes qu'il rencontra arracha une lance au poing, et comme un sanglier se mit a la défense , et là fit ce que onc homme de notre temps ne fit ; car tout seul , les ennemis , qui à grand nombre étoient entrés , derechef repoussa et mit hors, et fit tel effort d'armes, que nul Espagnol, tant fût hardi,

ne Tosoit approcher pour le combattre, nî attendre pour ses coups soutenir; car autour de lui n'y avoit qu'Espagnols étendus. Contre lui firent un tiers renfort, et lui baillèrent gens à relais qui , à coups de pique et de lance, le blessèrent en plusieurs lieux, et tirèrent force coups d'artillerie contre lui , sans le grever, de tant que un seul pas le fissent démarcher. Et voyant iceux Espagnols que sur lui ne pouvoient rien gagner, et que, tant que à la défense seroit, ne pourroient entrer, furent quérir un caque plein de poudre à canon et de feu, et à la foule l'approchèrent de si près, que sur la tête le lui jetèrent, de telle roideur, que lui , le caque de poudre et le feu , tout ensemble churent du rempart à bas, où se trouva tout foulé et tellement en feu, que, par la visière de sa salade, par le dessus de sa cuirasse et par tous les lieux découverts de son harnois, lui entra la poudre et le feu sur lui , tant que , aux enseignes de la fumée qui par son harnois sortoit hors, apparoissoit clairement que dedans y avoit du feu : si y avoit-il , voire du feu de vertu qui , par force de fortune, ne pouvoit être éteint, et du feu ensoufré, que ses gens, à flacs de vin et d'eau que sur lui épandirent, à toute peine amortirent. Oh ! le très - heureux et louable labeur, digne de florissant renom et recommandable mémoire ! C'étoit bien vouer son

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corps atix saints du temple d'honneur, et abandonner sa vie pour la défense de la chose publique. Que fut ce , après que , à foison de lavage qui dedans les yeux lui fut jeté, put regarder, il avisa les Espagnols de tous côtés entrer en la ville, et, voyant que plus ne pouvoit nuire à iceux , ni aider aux siens , comme blessé et las qu'il étoit , s'appiiya sur deux François qui là étoient, nommés, l'un Jean Pin, et l'autre Le Meuble, de sa compagnie, et l'épée au poing, le petit pas , en la vue des Espagnols , sans que nul d'eux fût si hardi de l'approcher, s'en alla jusque devant le château. En ce faisant, les Espagnols entrèrent à foule de tous côtés , et à l'entrer, du côté des Savoisiens , en prirent aucuns, et les autres se retirèrent au château, qui près de là étoit; et à celle entrée, l'un des bandouliers françois, nommé Jacques de Monsenains, après avoir baillé la foi à un Espagnol, pour la division qu'il y eut à sa prise, fiit tué par les Espagnols. Le seigneur de La Palice avoit jà marché jusque devant le château, où jà s'étoient retirés une partie des Savoisiens et la plupart de ses gens, que là fut assailli de plus de trois cents hommes espagnols; lequel recouvra une hallebarde et mit le dos contre un rempart , près dudit château , et là derechef, comme sanglier aboyé , se mit en défense telle , que , tant que son glaive tenoit de

tour, iry avoit que gens morts et affolés. Aucuns de ses ennemis , voyant le merveilleux exploit de ses armes , disoient que toute noblesse seroit intéressée de la mort d'un si vaillant chevalier, et ne s'efforçoient de le vouloir tuer, mais lui crioient : « Rends-toi , François, pour ta vie garantir, ou vaincu seras pour encourir la mort ! » Mais à ce ne à autre chose , n'entendoit que à charger à bras déplié. Entre lui et l'host des Espagnols, qui hors la ville étoient, au droit de lui y avoit un fossé qui venoit joindre à celui du château, et, sur le bord d'icelui, étoit grand nombre d'Espagnols qui regardoient comment un homme seul tenoit contre tant d'autres, dont eurent merveilles de ses armes et pitié de son labeur ; entre autres un capitaine de genétaires, lequel cria à ceux qui mortellement l'assailloient, que ils ne le tuassent, dont cessèrent un peu, et tant, qu'il parla à lui et lui demanda s'il se vouloit rendre à lui : lequel de La Palice dit que non; et l'autre dit derechef qu'il se rendît, et qu'il étoit gentilhomme, capitaine de genétaires, en lui promettant de le sauver et traiter bien à point. Lequel, voyant que gentilhomme et capitaine étoit, fut content; dont celui Espagnol se mit à courir vers la porte de la ville, qui plus d'un jet d'arc étoit loin de lui , dont ne put être à temps pour l'aypii', comme vous orrez ; car les gens de

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pied , voyant que à eux ne se vouloit rendre, dirent qu'ils le tueroient , et à tous efforts l'assaiHirent, toutefois ne le pou voient joindre, pour les horribles coups qu'il donnoit, et bien cher leur vendoit le prix de sa mort, à laquelle à toute force ils tendoient ; et tant, que l'un d'iceux lui donna d'une hallebarde sur la sienne , auprès du poing , si grand coup, qu'elle lui chut à terre; dont un autre Espagnol lui rua sur le coin de la salade si pesant coup , comme celui qui le vouloit assommer, que plus d'un empan lui fit de plaie en 1 tête, et le fit tomber des mains à terre. Oh! voici merveilles! car, à la chute, il rencontra la hallebarde qui lui étoit tombée, et, comme un autre Anteus , fils de la Terre, qui, pour l'avoir baisée , redoubloit sa force , reprit vertueux vouloir et vigoureux courage , et , ainsi armé de ses nécessaires pièces et de sa hallebarde, soudainement se releva, et, tout couvert de sang , recommença à frapper et ruer coups à l'enragé, et faire carrière autour de lui plus que onc-mais; et tant, que ses ennemis n'osèrent mettre le pied sur son ombre, à peine de la mort. Que dirai-je de cettui pour dûment honorer ses vertus, amplement louer ses gestes, dignement perpétuer son renom, et àjamais recommander sa mémoire? Sous le poids de celte charge plie mon pouvoir, mon savoir défaut, mon sens s'y égare, ma plume

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ne peut, et mou œil n'y voit. Quelle chose plus digne de los firent jadis le duc Scaeva , le constant Scévola, le preux Régulus, le loyal Attilius, ni le ferme Curtius, dont les Romains ont fait écrits de merveilles , spectacles d'honneur, exemples de vertu , et arcs de triomphe ? Or, soit donc cettui mis au nombre des preux, au rang de la Table-Ronde, au siège de la salle d'honneur et en curre triomphant.

Autre chose ne veux à cette conclusion ajouter, si n'est que le bruit de ses œuvres méritoires doit avoir lieu en la bouche des meilleurs. Si sais-je bien que les ambitieux, qui le loyer de vertu souvent possèdent , sont envieux sur la louange d'autrui et sur les bienfaits de chacun ; parquoi doutant les ennuyer, et aussi que Sénèque me défend le trop louer, de cettui ne dirai plus, fors que, ainsi qu'il étoit environné de ses mortels ennemis, jà las et affoibli pour le sang qu'il avoit perdu tout le jour à la peine des assauts, et du combat que sans cesser avoit soutenu, comme ses ennemis missent toute force à le vouloir défaire, un homme d'armes espagnol , de ceux de don Diego de Mendoze , regardant ses coups immodérés, et la merveille de ses armes, dit que trop grande perte seroit de la mort d'un tel chevalier , se prit à dire tout haut que on ne le tuât. Aussi mettoit-il bonne peine d'y obvier; mais en grand danger étoit ,

quand ledit homme d*armes se mit à percer la presse. Si le vint approcher, et fit cesser ceux qui l'assailloient, puis lui demanda s'il lui vouloit bailler la foi et se rendre à lui. Auquel ne se voulut rendre ; mais lui demanda qui il étoit ? Si lui dit que à don Diego de Mendoze. Et ainsi audit capitaine don Diego se rendit , ne onc audit homme d'armes , ne à autre ne voulut bailler son épée. Mais, voyant que pressé étoit de la bailler, la jeta loin, en disant : a Ne toi ne autre ne l'aura jamais de> ma main ! >j Toutefois , premier que l'autre capitaine des genétaires à qui il avoit promis se rendre fût là venu , il fut entre les mains de plusieurs gens d'armes qui le menèrent au capitaine Gonsales, qui étoit devant la place, lequel en fut plus joyeux que d'avoir pris la plus forte place du royaume de Naples; car c'étoit la crainte des Espagnols et la sûreté des François. Quoi plus? Celui Gonsales lui dit qu'il falloit sur sa vie , que , le château où s'étoient retirés une partie de ceux du duc de Savoie , et ceux qui gardoient ladite place , et aucuns des siens, fît rendre; et pour ce, le mena tout ainsi aflblé qu'il étoit devant ledit château pour le faire mettre entre ses mains. Dont ledit seigneur de La Palice appela un nommé Cornon , heutenant du duc de Savoie, et lui dit r « Vous voyez le malheureux affaire où nous sommes, et comment cette ville

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avons perdue. Au regard de moi , je vois bien ([ue je suis mort ou qui le vaut. Je suis enchargé de par Gonsales Ferrand , que voici , de vous dire que , la place où vous êtes , vidiez , et la lui rendiez. Mais toutefois, si vous voyez que tenir la puissiez et faire service au roi , ne la rendez, mais tenez bon ! » Or avoit-il bien cœur de lion, or étoit-il bien gloutd'honneur, quand pour crainte de mourir ne voulut changer son propos, ne son vouloir amollir. Que fut-ce, le capitaine Gonsales Ferrand, voyant son vertueux courage, ne lui voulut plus mal faire , mais le fit mener tout doucement à Barlette , et là lui bailla médecins et chirurgiens pour le panser; lesquels visitèrent ses plaies, et lui ôtèrent onze petits os du test de la tête , et si bien le visitèrent , que tout sain et guéri à la parfin le rendirent. Le capitaine Gonsales fit assiéger et battre le château de Rouvre, et tant, que ceux qui dedans etoient se rendirent. Si furent pris, et tous menés à don Diego de Mendoze, lequel eut leur déferre, et ce qu'ils avoient, et les tint en prison dedans Barlette, sans que jamais ne eux ne les autres pris au Castellanet, pour quelque rançon qu'ils voulussent bailler , voulût rendre , ne le seigneur de La Palice , qui vouloit bailler grosse rançon. Les Abruzziens, dont il étoit vice-roi, sachant sa prise, comme ceux qui moult Faimoient, mandèrent à Gon-

sales que , s'il le vouloit délivrer, que outre sa propre rançon , lui donneroient quinze mille ducats. Mais ce nonobstant, ne le voulut élargir ne délivrer ; toutefois le traitoit assez bien, comme j'ai su par aucuns de ceux qui étoient avec lui. Et voilà comment se continuoit le malheur des François. Durant celui affaire, Aymar de Villars, qui lors étoit à Treillis, un mille près de Rouvre, avec ses gens se mit aux champs, et approcha près d'un hôpital entre Rouvre et TreiUis, cuidant donner secours à Rouvre; mais pour la puissance grande des Espagnols il ne put passer outre. Le duc de Nemours, vice-roi, sachant la prise de Rouvre et de ceux qui dedans étoient, avec tous ses gens hâtivement marcha là, où jà trouva ladite ville prise et le château; dont s'en alla à Canose tenir garnison , et mit ses gens dedans les villes près de lui. Ainsi en advint par le défaut du renfort que ledit duc de Nemours ne voulut laisser; lequel, ainsi que depuis plusieurs m'ont dit, étoit des capitaines mal obéi , et eux, de lui mal secourus. Ce qui fut le moyen de leur perte, et le remède de l'avancement de leurs ennemis.

Après la prise du seigneur de La Palice, ses gens et ceux du duc de Savoie, qui furent pris à Rouvre , furent mis les uns à Manfredone , et les autres au mont Saint-Ange, fortes places, desquels vingt-six furent mis en

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