CHRONIQUE ABRÉGÉE
DE
Hi
! il
PRÉFACE
On possède encore moins de détails sur Hnmbert Vellay que sur Jean d'Auton. Ce chroniqueur, dont le nom manque à toutes les biographies anciennes et modernes , ne nous est connu que par ce passage du prologue de Nicolas de Langes , son traducteur : « Etant le mois d'octobre dernier aux champs en ma maison de Laval, j'y trouvis, de reste du ravage qui y a été fait nonobstant votre sauvegarde, un livre pérégrin de l'histoire du roi Louis douzième, compose par père Humbert Vellay, et le nomme Épitome ou Abrégé (je l'appelle pérégrin parce c[ue l'auteur et son histoire ont été fort peu connus) ; et d'autant que je savois qu'il étoit natif de Savoie et avoit continuellement servi ce bon prince, dès sa jeunesse, et fait un Diaireou Éphémère de tout ce que son maître faisoit et exploitoit par chacun jour (lequel j'ai vu écrit à la main), et qu'il étoit tenu pour fort homme de bien, père spirituel de ce bon roi, ne l'avoit jamais abandonné en ses voyages , et étoit de son conseil plus étroit -, j'estimai , attendu ses rares qualités , que foi lui devoit être ajoutée autant ou plus qu'à aucun autre... »
On ne sait rien de plus sur la personne et sur la
216 PRÉFACE
vie de cet auteur, que Nicolas de Langes nous représente comme un prélre , confesseur du roi , et qui ne s'intitule qu'avocat au parlement de Paris dans le supplément latin imprimé à la fin du Compendium de Robert Gaguin dans les éditions de i52i, i522, iS'iS, i534 et i554.
L'édition de 162 1, que nous avons sous les yeux, commence par cette note en forme d'avis au lecteur : « Ilabes, candide lector, R. patris RobertiGaguini, quas deFrancorum regum gestisscripsit, Annales; nec non Huberti Velleii, senatorii advocati , consertum aggerem, qiio ea, quœ ille falo preventus minime expleverat, ad tempora nostra nectuntur ; quœ si benigno legeris oculo, non adspernanda judicabis. »
Au verso de ce titre se trouve un privilège extrait des registres du Parlement, danslequel la Courpermet à Pierre Viart, marchand libraire demeurant à Paris, d'imprimer /a nouvelle addition et ampliationde ïhistoire de Gaguin depuis le temps dudit Gaguin jusques à présent , composée par maître Hubert Fellieiy avocat en ladite cour.
L'addition commence au folio 3o5 et finit au verso du folio 345; elle est précédée d'une épître dédicatoire à François Poncher, évéqiie de Paris après la mort de son oncle Etienne, et ne remonte pas au-delà de l'année i5oo. Le lieu de la naissance de Humbert ou Hubert Vellay ou Velay ou Felliei estconsignéentéte de ce supplément dansle mot ^d^quarice, c'est-à-dire d'Ivoire (^^^quaria), en Savoie., Sa devise, suivant le goût des gens de lettres de
PREFACE. 217
cette époque, termine la dédicace et paraît convenir à un docteur en l'un et l'autre droit , si l'on peut traduire ainsi utriusque peritiœ discipulus : VELLE JUS , GLORIA MEA. Ccs jcux de mots étaient fort goûtés en devises, et les anagrammes avaient bouche en cour , bien avant le poète Daurat , leur prétendu inventeur.
On peut garantir que le père Humbert Vellay, confesseur du roi , est le même que maître Hubert Velliei, avocat au parlement, comme le supplément de Gaguin doit être l'original de la traduction ou plutôt de l'imitation très-abrégée faite par Nicolas de Langes, qui dit: «Je trouvois son style latin, encore que grossier^ sans fard. )> En effet le style de Vellay est plus mauvais que celui de Gaguin, plus obscur, plus contourné, plus bizarre , plus hérissé d'images ampoulées. On en jugera d'après ce curieux échantillon tiré de l'épître à l'évéque de Paris, quoique le français n'approche pas de l'étrangeté du latin , qu'on ne peut traduire littéralement : « Voici que l'habileté de Gaguin a ressuscité la mémoire presque ensevelie des anciens rois ; voici que notre Paul-^Emile, un autre Tite-Live, accroît et enrichit cette histoire : que désirer, qu'attendre, que demander de plus ? 0 dieux immortels! aurai -je donc en moi la force de me comparer à ces rivaux, moi qui ne rougis pas d'ajouter un nouveau supplément à Gaguin , sous le règne d'un prince ami des bonnes lettres et illustre auteur de grandes choses I Mais si quelqu'un condamne mon audace, en disant qu'il ne
'' fltli
Il r
2l8 PRÉFACE.
convient pas au hibou de voler en plein jour, je répondrai que, pauvre hibou, j'ai pris cette licence au couchant de Gaguin avant que l'étoile de PaulvEmile se soit levée à l'horizon de Louis douze et de François premier. J'avoue que Gaguin, s'il eut vécu, écriroit plus élégamment , et qu'iEmile donneroit plus de lustre à ses écrits, quel que soit d'ailleurs le mérite des miens ; mais je ne me repentirai pas d'avoir voulu briller un moment entre deux soleils. Bien plus, si ces deux lumières s'éteignent, l'éclat des deux rois que j'ai choisis pour héros est ineffaçable, de sorte qu'ils dissiperont les ténèbres de mon travail. Enfin, si les rayons de ton astre luisent sur cette œuvre, très-excdlent prélat, pour supporter d'un œil fixe le reflet qui en jaillira , il me faudra imiter l'aigle et non plus l'oiseau de nuit, m
Cet e/?/^owe latin est entièrement oublié, après avoir joui d'une sorte de célébrité , après avoir été reproduit presque mot à mot dans les suites de Monstrelet : mais les historiens ont beaucoup cité et citent encore la traduction de Nicolas de Langes comme s'ils partageaient l'enlhousiasme du traducteur pour son original ; cependant, à l'exception de la révolte des écoliers, qui se trouve aussi dans Gaguin avec le discours des suppôts de l'université et la réponse du cardinal d'Amboise, ce n'est qu'un abrégé fort aride, fort inexact. Le préambule du traducteur nous fait mieux apprécier le caractère de Louis XII que la chronique contemporaine ; car le Dicùre, dont parle Nicolas de Langes, n'existe nulle part ^ en ou^re , la traduction a l'avantage de
PRÉFACE. 2ig
renfermer plusieurs chapitres, les premiers surtout, qui ne sont pas dans le latin, plus explicite en certains autres endroits, et non divisé par chapitres. C'est donc en faveur de l'importance qu'on lui a donnée mal à propos , c'est surtout à cause de l'intéressant chapitre relatif aux troubles universitaires, que nous publions pour la première fois la chronique de Humbert Vellay , laquelle pourtant n'est pas sans intérêt : on y remarque même deux ou trois faits qui ne sont que là. Telle est la trahison du capitaine du château de Milan , qui vendit cette place aux François, pour avoir moitié de la vaisselle d'argent de Ludovic Sforze.
Au reste, ce petit ouvrage n'avait pas été jugé défavorablement par les personnes qui en eurent connaissance, car les copies de la traduction s'étaient beaucoup multipliées au dix-septième siècle. On ne saurait dire au juste quel est le manuscrit original , bien que celui in-4% coté sous le numéro 10887, auquel nous avons donné la préférence, paraisse le plus ancien à l'écriture et à l'orthographe : le texte est aussi meilleur dans ce manuscrit, où l'on reconnaît les tracés d'une révision plus moderne. Les manuscrits de Saint-Germain , cotés 628, 977 et 980, ne sont pas corrects : on y rencontre des phrases dénuées de sens, des noms mutilés et quelques variantes 5 le manuscrit de Béthune, coté 8461 , ne vaut guère plus que la mauvaise copie de la collection Fontanieu.
Nous avons supprimé seulement dans Tépître préliminaire une généalogie delà maison de Savoie,
Itt
220 PREFACE
que le traducteur envoyait au duc de Nemours, et qui est imprimée mieux faite et plus chronologique dans beaucoup de livres; mais nous reproduisons lextuellemenl le manuscrit , hormis Torthographe et les fautes du copiste : fidèles à notre système de réimpression qui facilite la lecture sans altérer le moins du monde le langage de Fauteur , nous ne sanctionnons pas des erreurs matérielles , sous prétexte que le manuscrit doit servir d'autorité même contre la raison. Pourquoi ne pas alors conserver religieusement les ratures et les pâtés
d encre ?
Quant au traducteur Nicolas de Langes , on a son ëloge par Papy re Masson et sa notice dans les Lyonnois dignes de mémoire par Pernetti. La Biographie universelle ne Ta pas omis aussi injustement que Humbert Vellay.
Cette traduction, écrite avec naïveté, mais sans les premières notions de la grammaire et de la langue, ne procurera pas une gloire posthume à son auteur, qui n'a laissé qu'une renommée d'antiquaire fondée sur l'histoire de Lyon de Paradin, lequel a profité dit-on , des recherches et des notes de son savant compatriote. 11 fut surnommé le père des pauvres et des gens de lettres : sans lui , en effet, Humbert Vellay serait à jamais enterré dans le Compendium de Robert Gagu in.