HISTOIRE
DE LOUIS XIL
€omment foms, inc ^©rlcûns, 6umîra à la
f0ur0nne ie Stance,
Étant décédé Charles huitième en la fleur de son âge et de ses prouesses et victoires, lui auroit succédé au royaume Louis douzième , duc d'Orléans, en tout heureux présage et acclamation de tous les sujets; et lequel, à son événement, se démontra tant bénin et clé« ment, qu'il ne mit hors de charge, office et dignité, aucun de ceux qu'il y trouva, et qui en avoient été honorés par son prédécesseur; encore que, du vivant de sondit prédécesseur, ils lui eussent fait plusieurs outrages, de sorte qu'on ne trouvoit rien changé en l'état des alTaires et du royaume, fors que à un prince très^libérai étoit succédé un roi très-prudent.
Maviûjit et mae in toi tmiii.
Etant donc parvenu à la couronne, il répudia Jeanne, fille du roi Louis onzième, (laquelle, comme contraint , il avoit épousée par exprès coinmandement de son père, et laquelle néanmoins étoit princesse accomplie de tout honneur et vertu, mais difforme en ce qu'elle étoit bossue) , le tout toutefois par permission et avec induit du pape; et épousa Anne, duchesse de Bretagne, relaissée de Charles huitième, et donna à ladite Jeanne en récompense le duché de Berry : ce fait, alla à son sacre à Reims , à la manière accoutumée , et après , retourna à Paris avec grand'joie et applaudissements des citoyens et habitants de ladite ville.
i&iwrre, et ûpm,;trm (aiie avec Vempevenv Maximiiien^ et condiévation avec Uô tJénitiem.
Le premier qui le travailla et qui exerça contre lui ses inimitiés fut l'empereur Maximihen, lequel, ayant levé une soudaine ar-
mée y commença à ravager et détruire la Bourgogne : contre lequel le roi envoya ses forces, et avec de légères courses et rencontres fut combattu , non toutefois sans grand dommage d'une part et d'autre; enfin, tombant sur rhiver, Maximilien demanda la trêve, qui lui fut accordée. Par contre, les Vénitiens, estimant que l'amitié de ce roi leur seroit grandement utile et profitable , lui envoyèrent leurs ambassadeurs pour le congratuler et féliciter de son nouveau événement à la couronne, et lui offrant plaisir et service et toute aide et faveur même à rencontre de Louis Sforze, occupateur de son duché de Milan : ce que le roi accepta de bonne volonté , estimant n'être à mépriser l'amitié et confédération avec une république si puissante; et partant, ayant libéralement gratifié de présents les ambassadeurs, les Vénitiens furent reçus en amitié , et avec eux , faite confédération.
Comme le roi réforma la juetice et lee prioilegeô îre riHnioereité , qui s'opposa are qui s'ensuioit.
Mais le roi, estimant qu'il ne pouvoit assez sûrement entreprendre cette guerre, qu'il n'eût au préalable réformé son état, s'em-
ploya à corriger les ordonnances de ses prédécesseurs et la forme de la justice, et donna règlement et interprétation aux privilèges de rUniversité ; et commença par la religion, où il fit de très-bonnes et saintes constitutions qu'il fit publier en son parlement et partout ailleurs par son royaume; et pour l'exécution d'icelles, il commit l'évêque d'Alby et l'envoya à sondit parlement, où aucuns de ladite Université s'efforcèrent de bailler empêchement et formèrent opposition : et leur fut permis d'icelle déduire et pour cet effet députer d'aucuns d'entre eux qui furent ouïs en pleine audience , et lesquels protestèrent qu'ils tenoient le roi pour père et protecteur de l'Uni- , versité; qu'il. ne devoit attenter aucune chose ni entreprendre contre icelle comme étant sa fille aînée; que son principal but doit être d'aviser de n'aliéner de sa bonne volonté, par la pratique et sollicitation d'aucuns ignorants, un si grand nombre de gens, docteurs et savants , dont est toute la chrétienté éclairée et bonifiée; que c'étoit aux rois de conserver, et non abroger, innover ou abolir les sanctions juridiques , lesquelles non-seulement ont été confirmées par les rois, mais par une longue et comme immémoriale observation ont été consolidées et rendues incorruptibles; que si on y ordonnoit aucunes choses préjudiciables, adviendroit que l'union et concorde de l'aca-
demie seroient dissolues , et que chacun chercheroit parti et pays où il pourroit être avec plus de tranquilité.
Le parlement répondit à cette séditieuse harangue, que l'autorité et grandeur du roi s'étendoit à faire et créer les lois, les abroger, modifier et interpréter ; que plusieurs choses ont été par eux ordonnées en aucuns temps, selon qu'il étoit pour lors requis et expédient, lesquelles en autres temps se peuvent treuver très-dangereuses et pernicieuses; que, comme un privilège octroyé se trouve nuisible et de mauvais exemple, il le faut tollir et du tout anéantir; mais, que ce ne fut onc l'intention du roi de se contreposer et abolir les saintes constitutions et oracles de ses prédécesseurs, mais de tout son pouvoir de les confirmer et autoriser; que le parlement avisera, avec toute diligence et de bonne volonté, lesdits privilèges, afin que l'Université ne puisse prétendre qu'on ne voulût attenter aucune chose à son préjudice, et aux privilèges à elle ci-devant accordés, et dont elle a été gratifiée; qu'elle se doit contenter qu'ils lui seront conservés par Sa Majesté, qui a le pouvoir et de les bailler et de les ôter; qu'elle les eût à remettre à Cour, afin de la confirmation et corroboration d'iceux avec toute justice et équité. Donc, suivant le jugement du parlement, dans deux jours , le syndic de l'Université
ÉlMHilNiÉlBlii
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remit ses prétendus privilèges au greffier de la Cour; mais comme ils connurent que, par leurs remontrances, on n'étoitpas délibéréde rien démordre des ordonnances nouvelles; les auteurs de cette sédition , ayant fait une grande assemblée d'écoliers, font entreprise de délaisser les études et exercices accoutumés; et l'ayant ainsi résolu , fut par eux ordonné que ceux qui avoient coutume de prêcher et annoncer la parole de Dieu en chacune paroisse, dèclareroient le lendemain, jour de la Fête- Dieu, que ci -après ils s'en abstiendroient, jusqu'à ce qu'on leur eût restitué et confirmé leurs privilèges.
Ce téméraire mandement fut exécuté et prononcé assez imprudemment par tous ces prêcheurs, et parlèrent assez plus librement qu'ils ne dévoient, et mirent plusieurs propos en avant, tendant à sédition; et davantage, avec une assemblée tumultuaire d'écoliers, apposèrent contre messire Guy de Rochefort , chancelier de France, parles carrefours, des écrits et libeaux diffamatoires.
De là advint que le prévôt de Paris, craignant une sédition des écoliers , mit corps-degarde par toutes les places et carrefours de la ville, et le prévôt du guet marcha en armes, la nuit, par toute la ville : ils firent l'un et l'autre diligentes recherches et inquisition , et ne fut trouvé ni rencontré aucun écolier de
toute FUniversité qui s'entremît de cette faction. Mais pour cela, n'en fut levée la suspicion et doute; car plusieurs firent lettres au roi qu'il y avoit en divers lieux des écoliers en armes cachés , qui attiroient et sollicitoient le peuple à rébellion, et étoit à craindre que toute la cité ne s'émût à sédition ; et disoient qu'il falloit éteindre ce feu avant qu'il fût davantage allumé. Par ces lettres, le roi, plein d'indignation , délibéra , comme on disoit , envoyer des forces contre les écoliers; sur lequel avertissement qui courut par toute la ville , les séminateurs de cette zizanie perdirent cœur et délaissèrent leur poursuite et entreprise, et ceux qui avoient été contraires ou qui n'avoient voulu adhérer à l'avis de ces malavisés qu'ils connurent être faillis de cœur, avisèrent et résolurent d'envoyer devers Sa Majesté personnages pour la très -humblement supplier , ou de confirmer leurs anciens privilèges, ou en tout événement, qu'il lui plAt de n'être courroucé et se tenir offensé d'eux. Furent donc élus aucuns des principaux, qui vinrent treuver le roi à Corbeil, où il étoit jà arrivé, et apprirent de ceux de sa suite, qu'il étoit grandement irrité contre eux : de quoi émus, par une fort douce et humble oraison délibérèrent de l'apaiser, sans faire mention de leurs privilèges; et comme ils eurent obtenu audience, dirent qu'ils s'é-
merveilloient, mais encore que toute l'Université étoit en peine et trémeur de langueur, de ce qu'elle avoit entendu que Sa Majesté étoit contre eux irritée; qu'il étoit indigne que , par les folies et jeunesses d'aucuns écoliers , les chefs et le public en endurassent, et falloit soudain aviser que, par l'insipience d'un bien petit nombre, les sages et mieux avisés n'en souffrissent ; que le roi doit être comme le prince et chef des abeilles , qui est de n'avoir point d'aiguillon ou qu'il ne le mette point dehors; que sa plus grande louange étoit, ou de ne se mettre jamais en colère, ou, comme bénin, débonnaire ou mansuète, tempérer ou remettre son courroux et indignation ; et qu'il désirât plus d'être aimé que haï, même de cette Université, qui a fait toujours profession de l'honorer et révérer comme étant tenue pour sa fille aînée; que faussement avoit été controuvée, par leurs adversaires, cette prétendue sédition ; que ce n'est pas cette fille qui put avoir en haine son très-bon père; mais bien ^ que, avec une bien grande modestie, attend les commandements; que les écoliers du roi sont indignés de l'indignation de Sa Majesté, lesquels ne possèdent autre chose en ce monde que leur liberté et leurs livres : contre lesquels s'émouvoir seroit autant comme de poursuivre un fétu de blé. Ayant fait fin à leur dire, messire Georges d'Amboise, archevêque
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de Rouen, par commandement du roi, répondit en cette sorte : <( Encore que ci-devant Sa Majesté eût été offensée par ceux qui, sous prétexte de vos privilèges et libertés avoient introduit infinis abus: toutefois, elle avoit été grandement enaigrie par la pertinacité de sa fille aînée (ainsi que vous l'appelez) , ce que ne devoit jamais advenir, si elle eût été obéissante et débonnaire. Je confesse que Sa Majesté a corrigé, réprimé et restreint la trop grande bride qui avoit été lâchée de vos prétendues libertés qui vous conduisoient tous à perdition ; et ce , afin que vous appliquiez vos vues et vos esprits aux hautes vertus célestes, et non pas aux folies et tentations de ce monde terrien. Mais les chats-huants haïssent la lumière; vous avez eu à déplaisir d'être retirés du précipice des vices. Vous avez voulu bailler du pied contre la pierre et avez taxé et contumélieusement abusé de la bonté de votre roi; et comme avec décence et bon ordre on vous a voulu émender, tant s'en faut que vous ayez attendu la censure, quelque juste et raisonnable qu'elle fût; que vous n'ayez point eu de honte contumatieusement de la rejeter, et avez peu estimé de parler sinistrement et avantageusement, non - seulement contre le nom de votre roi , mais encore avez voulu faire des violences et forcer le bien public , et empêcher et dénier la parole de
Dieu au peuple. Sont-ce des menées et façons de faire dignes d'hommes sages et philosophes? Par ce moyen, estimez-vous pouvoir tirer et extorquer de Sa royale Majesté des privilèges? Sa prudence est assez avertie et informée comme ses très-chrétiens progéniteurs vous ont chéris et aimés , tant que avec une bonne volonté et sincère affection vous avez poursuivi vos études; mais maintenant, la plupart d'entre vous se déguisent et feignent d'être curieux et vivent en tous débordements et manières désordonnées : ils sont vêtus de peaux de brebis et au-dedans sont loups ravissants, et lesquels on ne peut assez remplir ni assouvir de bénéfices; qui, par le moyen de vos prétendus privilèges , troublent toute la république et la remplissent de querelles et procès. Donc, Sa Majesté a trouvé très-bon, utile et nécessaire, non pas de vous ôt^r vos privilèges, ainsi que vous voudriez faire entendre, mais bien de mettre une fin aux abus. Délaissez donc de vous plaindre; composez votre vie et vos mœurs afin que, la tête levée, il ne semble que vous veuillez bailler un obstacle aux constitutions du roi, et faites que votre bonne vie et sagesse, pour raison de quoi elles sont faites , les acquièrent, et par ce moyen vous acquerrez et la grâce du prince et les privilèges de votre communauté. »
Comme leditarchevêque eut prononcé ce que dessus, ils demandèrent si le roi vouloit autre chose d'eux : à quoi Sadite Majesté répondit: « Allez, et les écoliers qui sont dignes de ce nom soient salués de ma part, car je n'ai aucune cure ni souci des mauvais ! » Et s'étant frappé sur la poitrine, dit : (( Ils m'ont blâmé par leurs prédications, je les enverrai bien ailleurs prêcher! » Par ce mot, ils reconnurent le roi être courroucé; et, étant retournés en la ville, ils firent entendre comme la chose avoit passé : que fut cause que le recteur de l'Université commanda qu'on eût à faire les lectures accoutumées, et permit aux prédicateurs de prêcher comme auparavant.
Le roi Louis entra dans la ville avec un fort grand nombre de princes et de sa noblesse , et un grand nombre de gendarmerie ; et, le lendemain , tint au Palais son lit d'honneur, et y fit publier les nouvelles ordonnances et constitutions. Aucuns des séditieux absentèrent la ville.
J^ommaige, Tfxht au roi par |Jl)iUppe arrl)iîruc î>'2lutrûl)e, ÎTfô romtéô it Jianive aV^xtoi^.
Les choses ainsi passées, on négocia avec Philippe, archiduc d'Autriche, fort libérale-r
ment sur la foi et hommage qu'il avoit à prêter au roi; car, étant venu ledit archiduc à Arras, où messire Guy de Rochefort, chancelier, et Louis de Luxembourg, comte de Ligny, s'étoient transportés de la part du roi, icelui Philippe, séant le chancelier au siège royal, fit le serment, foi, et hommage pour les comtés de Flandre et d'Artois, et, par ce moyen , les villes que le roi tenoit au comté d'Artois jusqu'à ce qu'il fût pubère , lui furent rendues.
ièncvxe mixcVtmpnmx Maxmiiicnct icQ Snme%
et la fin yiceiie.
Les Suisses ayant couru et gâté avec leur armée les champs voisins des Allemands , Maximilien ayant dressé une armée alla valeureusement contre eux : et s'eslimoit qu'il se donneroit une bataille; mais ayant fait quelques rencontres et escarmouches, comme la victoire inclinoit du côté des Suisses, sous l'espérance d'une paix, ils retirèrent leurs armées. Il y en a qui tiennent que Maximilien l'avoit pratiquée , afin que les Allemands , devenus faibles par leurs guerres civiles , ne pussent, par après, assister au roi de France , car ledit Maximilien a toujours eu suspecte la puissance du roi Louis.
2lrmc^ irtmit pour le rerimtîremeni îru iucl)é
ie illilan.
Mais le roi, aux fins d'avoir raison et prendre vengeance des injures supportées à Novare, de Sforze, et pour recouvrer son duché de Milan, mit sus une grande armée , laquelle Favoit devancé à Lyon, où il lalla treuver; auquel lieu la reine étoit demeurée enceinte. Les Lyonnois, fort joyeux, et avec toute démonstration de singulier contentement, lui firent entrée : les magistrats et citoyens, disposés en fort bon ordre , ayant eu à plaisir que le roi eut entrepris la guerre contre l'ennemi commun de la vertu, nom et renommée des François. Et à ce qu'il ne semble que, sans cause et bonne raison, le roi ait entrepris cette guerre, en peu de paroles je vous réciterai les occasiohs.
Caufifô ie labiit flumre , et îrroits îru rai €oni^
an î»url)é it Mxian*
L'Insubrie et état de Milan , après que les rois lombards en furent chassés, (demeuré^
DE HUMBERT VELLAY. 25g
rent ) asservis à plusieurs et divers princes : car y a régné, et Charlemagne, et, par longues années, sa postérité; mais par succession de de temps, étant l'élection des empereurs déférée aux Allemands, cette prééminence fut par lesdits empereurs ou leurs vicaires tenue et possédée, les François s'en souciant bien peu ou s'y gouvernant nonchalamment, et sur la fin, devint aux Visconte premièrement comme lieutenants et vicaires de l'Empire, et depuis comme comtes, et à la parfin, érigée en duché, furent reçus à la reconnoître comme fief impérial.
Le dernier de ces Visconte fut Philippe, qui décéda sans enfants mâles; à lui survivant sa sœur unique et très -illustre Valentine, qui avoit été mariée à Louis, duc d'Orléans, frère de Charles sixième, roi de France, et Blanche-Marie, qu'il avoit eue d'Agnès Mayne, sa concubine ; laquelle Blanche, François Sforze avoit épousée, et sous ce prétexte, fut, par René, ducd'Anjou,qui alloitavec une armée en Sicile, aidé à occuper, comme de fait il fit, la principauté de Milan, lorsque les Milanois recherchèrent en vain de se mettre et vendiquer en liberté.
François Sforze décéda et délaissa quatre fils mâles. Galéas, l'aîné d'iceux, usurpa la domination ; mais comme il se portoit fort incontinement et dissoluement, fut tué par
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André Lampognan, en l'église Saint-Étienne de ladite ville ; auquel succéda Jean-Galéas , son fils impubère, sous l'administration de Bonne de Savoie , sa mère et tutrice. Mais Louis Sforze, qui, d'un esprit jugurthin, aspiroit à la tyrannie, avec belles paroles, circonvint et trompa ladite Bonne: celle , encore qu'elle fût autrement conseillée par Circo-Simonète , son domestique et familier, remit l'administration dudit état audit Louis ; lequel par après disoit qu'elle Tavoit fait, afin qu'elle pût plus à son aise jouir de ses lubricités. Et comme ledit Louis eut toute ladite administration, le château, que François Sforze, son père, avoit fortifié et muni, fut par lui occupé, mais encore il treuva moyen de se saisir de la personne de Jean-Galéas, son neveu, et lequel, peuaprès, ainsi qu'est le commun bruit, il fit mourir par prison; et lequel Louis, encore qu'il y eût un enfant dudit Galéas , n'eut point de honte de prendra et usurper le nom et titre de duc. De ce que dessus, il appert assez que Louis, roi de France, à bon et légitime moyen, prétend ledit duché comme issu de Valentine, en laquelle la lignée des Visconte légitime étoit faillie; et comme son petit-fils juridiquement prétendoit ledit duché , et que , par contre , Louis Sforze, provenu d'une illégitime conception et procréation, et par dol et le parricide
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commis en son neveu, en étoit indigne et l'avoit usurpé.
jpriôe î>'2llejranï>rif et ie pavit^ et fuite î>e B(ox}e icvaB jnûjrimilûn.
A ces justes causes et moyens, Louis, roi de France, ayant au mois d'août traversé les monts, vint à Ast; et après, ayant mis le siège devant Non, et après, devant Roque, et les ayant prises d'assaut, en donna aux gens de guerre le pillage, et lesquelles étant saccagées et rasées, il vint camper devant Alexandrie, à la conduite et adresse de Jean-Jacques, Milanois, lequel, par les mauvais traitements que lui avoit faits ledit Louis Sforze quelque temps auparavant, étoit venu en France au service de Charles VIII et depuis dudit Louis XII; mais ceux de ladite ville étoient bien défendus d'une bonne troupe de soldats dudit Sforze, et sembloit qu'il y eût peu d'espérance de les avoir , jusqu'à ce que Galéas de Saint-Severin, capitaine-général en ladite ville, se descendit par la muraille et s'enfuit devers ledit Sforze : ce quebailla grand' crainte auxassiégés. Toutefois l'ancienne haine et malveillance qu'ils avoient aux François les rendoient plus obstinés et opiniâtres à leur défense ; et comme ils délibéroient, quasi déses-
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pérés, de mieux résister, les François, non sans grand danger et discommodité, prennent d'assaut la ville avec grand meurtre et occision des citoyens , et la pillèrent.
La renommée encourut incontinent à ceux de Pavie et à SForze : lesquels , encore qu'ils n'eussent point moins de mauvaise volonté et haine contre les François, craignant qu'il ne leur
advînt encore pjs qu'aux Alexandrins, se rendirent au roi ; et lequel Sforze, soit qu'il fût failli de cœur , ou qu'il eût peu de fiance aux siens , ayant mis au château de Milan une forte garnison à laquelle il bailla pour chef et capitaine Ambroise Cour, avec grand'somme de deniers, il s'enfuit et emmena ses enfants devers l'empereur Maximilien.
Rrtî>iti0n >e la DilU et c\)àUa\x îre iWilan, et icB
Louis Sforze fuyant, les Milanois tout aussitôt reçurent le roi. Le capitaine du château se faisoit entendre qu'il le garderoit sincèrement et fidèlement à Sforze; mais, comme il entendit l'artillerie francoise tonner contre ledit château, en partie de peur, en partie d'avarice dont il étoit fort entêté, il parlementa pour le rendre, pourvu que le roi lui accordât et don-
nât la vaisselle d'argent que Sforze, à son partement, 1 ui avoit donnée en garde. La condition fut en partie acceptée; de fait, lui fut la moitié de ladite vaisselle délaissée, et outre, le roi lui donna dix mille écus. Milan donc et le château rendus , toutes les autres villes dudit état en firent de même. Davantage, les Genevois avec toute leur dition se rendirent au roi.
IDe Vatmée turquegque vmnt an BeconviS^ ie Sforjf , (i ié(aiU par leB Jxancoi^ ei \)éniium.
Mais l'armée turquesque, laquelle Sforze avoit appelée à son aide, fut en bonne partie par le roi et par les Vénitiens défaite. De l'armée des volontaires étoit chef Antoine Grimani, lequel , encore qu'il eût la victoire en sa main , toutefois il s'y porta fort négligemment. Gaguin attribue cela à sa pusillanimité ;jecroirois plutôt que ce Vénitien , à leur accoutumée , avoit fait voie et baillé chemin à l'ennemi des chrétiens. Il prit Naupacte , que les Vénitiens appellent Lépante , feignant de lui être bien ennemi, et la démolit et ruina. Les François, ayant pour suspecte cette armée vénitienne, assaillirent Salamine, et par feu et par fer gâtoientet ravageoient tout. Les Vénitiens, pour couvrir cette nuée , prinrent Céphalonie. Le
Turc, par contre, où il passoit, prcnoit et bail loit en proie tout ce qu'il rencontroit , même Fiurli; mais, étantassiéjîé par lesIIon{îreset par
Bernardin, comte deFrancpan; étant pressés de la faim , se sauvèrent par les montagnes , ayant perdu la plupart deleurs chevaux, qu'ils avoient enlevés aux chrétiens, se traînant plutôt que cheminant par lesdites montagnes.
Vft Viiai &fô iHilanoiô et (&ciirô.
D'une si prospère victoire et si peu sanguinolente,touslesprincesdltalie,étantconservés
et en crainte, envoyèrentdeversSaMajcslé leurs ambassadeurs, pour la congratuler, lui offrant toute aide et secours : lesquels ayant reçus benignement et magnifiquement traités de présents, il s'employa h régleret composer son état de Milan; car, devant (lu'il fût parti de France, il avoit pour le semblable érigé en parlement réchiquier de Normandie; et lui sembla trèssalutaire que ses pays et autres qu'il avoit reconquis fussent réglés et administrés par bonnes et saintes lois et constitutions, et commença par sa libéralité ; car, au lieu que Sforze levoit chacun an de gabelles sur le Milanois un million six cent huitante-six mille livres tournois, il se contenta d'en prendre seule-
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ment six cent vingt-deux mille cinquante livres, et leur remit tout le reste. Il y constitua son parlement, et y fit son chancelier le premier président, le seigneur évêque de Lucien. 11 délaissa gouverneur du duché le seigneur Jean-Jacques Trivolce, et voulut qu'il habitât au Palais. 11 commit la Roquette du château au capitaine Quentin, Écossois, et lui donna deux cents soldats françois , et autant d écossois, et commit la garde du château au seigneur de Scepey avec quatre cents soldats françois. Il donna pour gouverneur aux Genevois le seigneur Ravestain; aux Savonois, Yves d'Alègre; au château de ladite ville , il commit la garde à Jean de Saint-Simon ; au château qui est au-dessus de ladite ville, Guyon Roy, amiral, et à ceux de Pavie, il remit leur université, et la dota de gages ordinaires du revenu de son fisc.
piuie, pfôlc àpûrie, et cljuteîru J^ioni-ïient
Durant le temps que le roi pourvoyoit par ses garnisons à la sûreté du Milanois , et par ses saintes constitutions à la police et ornement de la justice, (que fut en l'année mil quatre centnonante-neuf), le troisième des ides d'octobre , la reine Anne enfanta d'une fille , qui fut nommée Claude. Mais, à cet heureux évé-
nement, survint à Paris une mauvaise fortune : car il y continua une si grand'pluie , que le raisin ne put mûrir; et aussi, il y survint la peste par quelque temps , et encore , ce que sembloit avoir apporté quelque augure et prédiction de malheur à venir et infélicité, le Pont-Neuf, qu'avoit été construit y avoit seulement nonante-deux ans, avec toutes les maisons sur icelui bâties en fort bel ordre et d'une élégante structure, sur le matin, heure de neuf heures , tomba et entièrement fut ruiné et démoli, par la faute (ainsi qu'il se disoit) et négligence du prévôt des marchands etéchevins , contre lesquels fut procédé et justice faite, tellement que par arrêt du parlement ils furent condamnés en amendes pécuniaires.
Le roi Louis revenant d'Italie arriva à Trecas, où il trouva Guillaume, duc de Juliers, et Charles, duc de Gueldres, qui étoient en différend de leurs dignités et préférences, et lesquels il cofliposa et mit d'accord ; de là, il vint à Loches, et dudit lieu à Paris, fort joyeux du succès de ses affaires et nativité de sa fille : où il fit rebâtir le pont, depierre, avec beaucoup de curiosité, et le rendit plus beau et compiode qu'il n'avoit été auparavant.