‹ Chroniques [microform]Chapitre 41 sur 74 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

©u jubili ie Rame par pape 3llejranîrr^, et ttautjellee guerres snv le iWilanafe par Tetupereur illajrimilten et Sforje»

Mais le pape Alexandre, au lieu d*un pont de pierre, en voulut construire un céleste, induisantcejubilé: par lemoyen duquel arriva un si grand peuple à Rome , que à peine la ville le put recevoir ; et y eût été encore plus grande affluence, n'eût été que Sforze, ayant obtenu de Tempereur Maximilien un grand exercite et armée, après trois diverses assemblées pour cet effet faites des princes allemands, vint troubler tout l'état de Milan , et y mit en frayeur toute l'Italie, et fit infinies cruautés contre ceux qui alloient aux pardons , et donnoit, pour chacun François qu'on lui remettoit , un écu. Les Milanois n'eurent point de honte, méprisant le doux traitement qu'ils recevoient de leur roi, de recevoir leur tyran; ayant, par aventure, opinion qu'il les traiteroit plus gracieusement qu'il n'avoit fait par le passé. Mais tout aussitôt qu'il fut entré en la ville comme un loup famélique, il rançonna et travailla, proscrit et fit mourir les citoyens ou confisqua tous leurs biens et moyens.

(Kpouoante ie Yiomve par les itançois.

Mais il est impossible qu'un tyran puisse en une ville libre longuement régner. Il apprint que les Milanois commençoient en secret à machiner contre lui quelque sédition, et entendit comme les François assembloient toutes leurs forces à Novare : il en eut grand'peur et lui sembla être plus assuré d'aller audevant de son ennemi que de l'attendre en la ville, en laquelle il étoit malvoulu et grandement haï. Pour cette cause, ayant délaissé en ladite ville le cardinal Ascaigne, son frère, il conduisit son armée à Novare ; ce que , au même instant , firent , de la part des François, les seigneurs de la Trimoille et de Trivolce et autres seigneurs et capitaines françois; lesquels comme ils furent aperçus par les Sforze, lesdits Sforze entrèrent avec peur et crainte en ladite ville, de laquelle peu auparavant étoient sorties les forces françoises et garnisons qui y étoient , et entrèrent dans une si grande frayeur que les compagniesdes Bourguignons les délaissèrent et se mirent du parti françois. Les Sforze, de grand'couardise, s'enfuirent à Milan devers le cardinal Ascaigne.

DE «UMBEKT VELLAY.

Crt prier ie ïiovave, ic €oim ô{ov}c et in miimi

2l6caiflne, son {vm.

Ce qu'ayant su ledit Sforze , persuadé de son frère , et afin qu'il ne fût dit qu'il étoit déserteur et abandonnoit son entreprinse et guerre , il retourna à Novare , là où appelés les principaux capitaines et conducteurs de son armée, et leur fit une harangue : par laquelle , il leur remontroit qu'il étoit issu de race invincible; que à tort et sans raison il avoit été travaillé par le roi Louis; qu'il a prins des justes armes pour se défendre de l'injure; protestoit que, abonne et juste cause, et pour se défendre, il étoit entré en guerre, les priant à ce que à toutes forces ils eussent à combattre son ennemi. Ils obéirent et, les enseignes déployées, sortirent de la ville: mais comme ils eussent considéré les François, rangés prêts à bailler la bataille, et leur contenance; ou de leur propre perfidie ou de la pusillanimité et faute de cœur qu'ils remarquèrent en leur duc, ils se tournèrent du côté françois. Ce qu'étant advenu, ledit Sforze , comme forcené et hors de soi , s'enfuit et déguisé, et en habit de cordelier fut prins par les François et conduit à Novare.

i rf '

aSo CHRONIQUE

Un courrier fut sur-le-champ envoyé devers le cardinal d'Amboise, à Verceil, et de là en France, devers le roi Louis. Et de même, cette mauvaise nouvelle fut mandée à Milan au cardinal Ascaigne, lequel, étant fort ému, s'étant accompagné de cinq cents hommes d'armes et des premiers et principaux de la faction sforzesque, s'achemine devers le Bentivole, occupateur de la ville et comté de Bologne ; mais lui vinrent au rencontre le seigneur de Monteson et une armée de Vénitiens : desquels étant vaincu après un âpre conflit, ledit cardinal se retira à Hauterive, où, ayant été assiégé , enfin il se rendit au providador des Vénitiens , lequel rechercha de le conduire à Venise, ce qu'empêchèrent les François ; et de fait , l'affaire débattue au conseil de Venise, il fut adjugé au roi Louis.

2lrrb/e >u rarîrinûl îr'Slmbatse a Milan ^ et parion par lui ocixo^i à Miian an nom in roû

Comme les Milanois connurent la ruine duditSforze, qui étoit entièrement failli de courage, et consentant avoir grandement mépri. par leur pervicacité, renièrent toute leur espérance de pouvoir apaiser le cardinal d'Am-

boise, par le conseil duquel le roi entièrement se gouvernoit, et duquel, par leurs ambassadeurs (car il étoit très-humain), ils impétrèrent qu'il eût à se transporter à Milan , pour de lui recevoir telles lois et conditions que bon lui sembleroit. Étant donc arrivé et logé au Palais, il ouït Michel Touse, qui, d'une faconde r'céronienne, s'essayoit d'excuser et purger ses concitoyens de la faute qu'ils avoient commise, et duquel les révérences et de tous les citoyens, étant vêtus de linge blanc, têtes nues et à genoux au-devant de lui , firent tant, que, les ayant légèrement mulctés, il leur remit leur faute. Ce fait, s'employant de nouveau à régler et policer la république, il restitua le parlement, constitua des magistrats par chacune ville ; et l'université de Pavie , dont n'y avoit rien de plus grand en toute l'Italie, fut par lui remise et restaurée, ayant fait venir des docteurs et lecteurs en toutes sciences, recherchés par toutes les parties du monde.

jprieon in caviinai Slscaigne à piewe-Bcise , et iélmance Vicdni fat le caviinal Îr'2lmb0t0£.

Cependant Sforze arriva à Lyon, lequel y fut reçu par les courtisans et officiers de la

justice, et le firent traverser par toute la ville(que fut un spectacle ridicule), et conduit prisonnier à Pierre-Scise, où, ayant fait bien peu de séjour, fut par commandement du roi conduit à Loches, pour y demeurer en perpétuelle prison. Par ce temps, la fille de Frédéric, tyran et occupateur du royaume de Naples, fut mariée à Rochebaron, l'un des princes de la Bretagne. Le seigneur de Ligny, fort aimé et agréable au roi, vint à Lyon, du Milanois; et fut conduit aussi le cardinal Ascaigne en la même prison de Pierre- Scise, audit Lyon, de laquelle toutefois le cardinal d'Amboise le fit sortir et mettre en liberté, qui ne pouvoit permettre que son confrère de même ordre demeurât prisonnier. Mais la fortune avoit vexé et travaillé le pape Alexandre , et ébranlé les gonds et soutenemens de TÈglise, non pas parle foudre de la guerre, mais bien par icelui du ciel , menacé, intimidé et épouvanté: duquel il fut trouvé à demi mort; dont il advint qu'étant revenu à soi-même et ayant fait plusieurs supplications et processions solennelles et publiques , accompagné de tout le peuple , il recouvra la santé.

^x\)ovtaixon ^u pape à faire la qhcwc am 3nfiickô, ci îrrfaitc îrrg Siimcs ({ni hoicni vcnm ravager la Oourjjaflnf.

Notre Saint-Père le pape avisa d'induire et exhorter tous les rois et princes chrétiens,

d'eux, d'un communzèle,avisetconsentement, s'armer contre les ennemis de la foi et religion catholique, et par ce moyen, jurer la paix et confédération entre eux: à ces fins, envoie de toutes parts les bulles, dont invités et exhortés plusieurs princes d'Allemagne par prières poussèrent et induirent l'empereur Maximilien et le roi Louis à prendre, d'un commun vœu et accord, les armes. Le roi s'accorda de venir à Bologne où il entendroit sur ce fait les ambassadeurs d'Allemagne; et de fait, il vint accompagné de la reine Anne, sa femme. Mais les Suisses furent d'autre avis, estimant que ce commun accord des princes chrétiens leur apporteroit leur ruine et totale perte; et pour troubler et empêcher ce dessein, ils coururent en armes la Bourgogne, fourrageant et saccageant les sujets du roi sur les confins et limites desdits pays, de sorte que bonne part des Suisses de la garde du roi retournèrent en leur pays. On dressa

promptement une armqe contre la téméraire audace et entreprinse de ces barbares, lesquels, sans beaucoup de peine , comme leur entreprinse avoit été légèrement et témérairement poursuivie, furent défaits et repoussés.

3lrforîr fait par le rot anx !2lllrmanîï9 îre faire la j^nnxc anx 3nfiî>Hrô, et passade ie Tarrljiîïuc par paris aux pags-Oas.

Donc, le roi Louis donna audience aux ambassadeurs d'Allemagne , et ne les assura seulement pas de mettre , pour son regard , à exécution la sainte volonté et intention du pape , mais aussi leur accorda le passage par son royaume , à Philippe , l'archiduc, fils de Maximilien , pour aller aux Pays-Bas : désirant le roi embrasser et entretenir Tamitié dec princes, ayant fait des présents aux ambassadeurs et iceux renvoyés chacun en son quartier, il attendit à Paris ledit Philippe, lequel, y étant arrivé, avec un grand appareil et magnificence, y fut reçu en la première et principale ville de son royaume. 11 fiança sa fille unique , Madame Claude , à Charles , fils dudit Philippe, et ayant pris congé les uns des autres, le roi s'achemina à Lyon, où il avoit fait dresser son armée.

necomxemeni in rogaume ie Haplee, et ronïuttir in xûi Miévic, sa fmmf et enfante, en Jxance,

Et encore que le roi Louis eût délibéré conduire droit son armée contre les Turcs, toutefois lui sembla être fort à propos qu'en passant il recouvrât son royaume de Naples, qui lui étoit détenu par Frédéric d'Aragon. A cette cause, il y dépêcha le seigneur d'Aubigny, avec ses forces , lequel , sans aucune retardation, passa les Alpes et traversa toute l'Italie, et vint assiéger Frédéric, qui étoit dans la ville de Naples : lequel aima mieux se conserver en la bonne grâce du roi, que tenter son indignation ; et ainsi se rendit et la ville et tout le royaume audit seigneur d'Aubigny, lequel fit conduire sous sûre garde ledit Frédéric, sa femme et enfants, en France; et lequel fut reçu et embrassé par le roi fort humainement, qui lui assigna et constitua de beaux revenus et présents pour leur entretenement.

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ClinOMQUE

:Hrmc<: tVancoiôe contre les êurcô. iifaitc ie iUctclm , n affection ies \)én\ium.

Avec cette heureuse victoire, le pape Alexandre augmenta lecœurauroi, et, afin de Tinviter à la guerre contre les Infidèles , il fit le cardinal d'Amboise son légat en France : auquel ayant été faite une solennelle entrée kLyon, il persuada au roi de convertir ses forces contre les ennemis de la foi. Les Vénitiens et autres princes lui avoient promis des aides et de lui assister : sur laquelle fiance, le roi manda le seigneur de Ravestain avec une bien grande armée navale , auquel les Vénitiens ne voulurent fournir de vivres , ni les autres princes, d'aucunes aides; et, ce qui fut plus aigre et à déplaisir au roi, les Vénitiens donnèrent passage à Tarmée lurquesque contre la chrétienne : dont il advint que , en la bataille donnée à Métélin , les François furent vaincus et défaits. Et craignant, le roi Louis, que cette perte n'élevât le cœur à ses envieux et ennemis, il résolut de visiter son duché de Milan et letat de Gênes : ce qu'ayant fait, il retourna en France où il treuva à Grenoble René , fils donné de feu Phihppe, duc de Savoie; duquel il apprit

que Philibert, lors duc de Savoie, par l'instigation de Marguerite d^Autriche, sa femme , machinoit beaucoup de choses contre lui et à son préjudice. Mais ledit Philibert et Marguerite qui en furent avertis, pour ôter cette opinion et soupçon au roi Louis, vinrent trouver à Lyon la reine Anne, de laquelle ayant été reçus et magnifiquement traités, ils s'en retournèrent en Savoie.

Kifllment sur le fait it la relinm.

Il fut avisé par le roi, puisque Dieu lui avoit donné (ainsi qu'il estimoit) de tous côtés la paix, de régler ce qu'il estimoit appartenir aux affaires de la religion : ce qu'il fit à l'instigation du légat d' Amboise et (du) général des cordehers; ce qui fut fort agréable à tout son peuple, car il leva et abolit certaines fâcheuses impositions qui avoient, puis cent années, été levées sans aucune ordonnance des rois. Et ceux qui furent en ce fait employés furent rémunérés de leurs peines.

ni'

ly.

noutJelU fonféiiratian nttr^ JJlajrimilifn, levii" mrib , roi b'îlrûigon, et le rot Couie , confirmée ei \\ixie a ffgon.

Et, comme il s'étudioit à la paix, survint une nouvelle tempête de guerre; car Ferdinand , roi d'Aragon et des Espagnes , craignant et redoutant la puissance du roi Louis, et portant envie à sa prospérité, prit conseil et résolution de lui enlever le royaume de Naples, et non par vertu, mais par vol et fraude : il commença à exécuter ses desseins , et dressa une grande armée navale , feignant et faisant entendre que c'étoit pour aller contre les Infidèles et ennemis communs de la chrétienté , et envoya l'archiduc d'Autriche devers le roi Louis, pour de nouveau jurer et confirmer la paix et confédération perpétuelle. L'archiduc, ou qu'il fût coupable et consentant à la perfidie de Ferdinand, ou qu'il doutât que le roi Louis eût appris quelque chose des menées dudit Ferdinand et l'eût en quelque suspicion, demanda des otages, qu'il obtint, et vint à Lyon , où il fut reçu avec triomphe et pompe, et où , au nom de Maximilien son père et de Ferdinand son beau-père, il jura l'ai-

DE HUMBERT VELLAY. aSg

liance et paix perpétuelle, et après s'en alla en Savoie devers madame Marguerite , sa sœur, et son beau-frère, duc de Savoie.

JJrfec îru xo^auvxe ie ïlapUs par l'armée îre mer

eapaignole»

Ce pendant que le roi Louis est hors de toute crainte et doute , Ferrand , général de l'armée de mer de Ferdinand , conduisit icelle armée au royaume de Naples , où il assaillit les François étant sans aucuns soucis , se confiant en la paix jurée; et, d'abordée, s'étant mis en défense, les mit en fuite, y ayant tué Louis d'Armagnac, duc de Nemours; et après, assiégèrent la ville de Naples, laquelle, étant gardée par fort petite garnison, fut prinse, et après, bonne partie du royaume. Le seigneur d'Aubigny demeuré seul, ayant assemblé ce peu de forces qui restoient, se jeta en quelques forts principaux de la Calabre, et les retmt et contraignit à demeurer en la foi et obéissance des François. Le roi ne différa de incontinent rechercher de prendre sa revanche et vengeance, et, ayant fait nouvelle levée de gens de guerre, les envoya à la conduite du seigneur de la Trimoille pour

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donner aide et secours audit. seigneur d'Aubigny ; mais comme il se hâtoit pour se trouver à temps, il demeura malade en chemin, et envoya ses gens de guerre, lesquels il suivoit de plus près qu'il lui fut possible.

2lf te miexc fait par un icoliev a la Saint c-€l)apeUe.

Advint que cette année, que fut i5o5, le jour et fête de Saint-Louis, fut commi^^ un détestableet indigne excès et crime que j 'ai horreur de référer, et qui fut perpétré en la Sainte- Chapelle du Palais. Un écolier, natif d'Abbeville, ayant été imbu de fausse doctrine par des Espagnols, enleva, des mains du prêtre célébrant la messe, la sainte hostie; et comme tous les assistants empêchoient qu'il ne l'emportât , il la rompit , brisa et jeta par terre, conculqua et marcha dessus , et fut tellement obstiné en son méfait , que , ni par les prières de ses parens, ni par admonition des théologiens et toutes sortes de personnes, il ne pût être détourné desapertinacite.il fut, au Marché-aux-pourceaux, brûlé vif, et les fragments du pavé sur lequel il avoit foulé et conculqué la sainte hostie furent enlevés et colligés et mis parmi les autres saintes reliques de ladite Sainte-Chapelle.

MXovt in pape aiejeanîrre et élection ie JJie troimme; et apm^ ie Jnlien ie la 1Xor>eve.

Pendant que la nouvelle armée du roi Louis s'acheminoit en Italie , le roi eut avis comme le pape Alexandre était décédé ; il avisa de procurer qu'on procédât à l'élection d^un nouveau pape qui fût homme de bien, et, pour cet effet, il envoya à Rome le légat d'Amboise, le cardinal Ascanio Sforze, et autres cardinaux de laFrance ; où étant arrivés. César Borgia, duc de Valentinois par le bienfait du roi Louis, rechercha de persuader audit légat de parvenir à cette dignité pontificale par présents et corruptions : à quoi il ne voulut entendre, comme estimant et tenant une telle simonie très-méchante et détestable, et ne se donnant aucune peine et même se reculant de telle dignité. Fut fait pape le cardinal senois, neveu de Pie second, qui fut appelé Pie tiers, lequel ne tint le siège que dix jours. Icelui décédé, Julien delaRovere, cardinal sous le titre de Saint-Pierre-aux-Liens , par la faction et menée du cardinal Ascaigne, avec lequel H avait contracté amitié; des Liens fut ravi à la siège de Saint-Pierre : lequel , afin qu'il ne fût

censé et tenu pour ennemi des François, confirma la légation au cardinal d' Amboise , et fit cardinal Tévêque de Narbonne son neveu.

Slnnif envoyée ancomii ie tlou$6iUon; Bxijii ic

L'armée étoit arrivée saine et entière au royaume de Naples. Mais le roi Louis, craignant que Ferdinand y mandât de nouvelles forces, envoya une armée au comté de Roussillon , sous la charge et conduite du maréchal de Rieux, qui mit le siège devant la ville de Saulse; et comme ladite ville se préparoit à composition, ledit de Rieux, favorisant l'Espagnol, feignant d'être malade, s'en retourna à Narbonne. Cependant , comme les François poursuivoient ce siège assez négligemment, survint un grand renfort d'hommes aux Espagnols, par le moyen duquel les nôtres en furent chassés, et le siège levé , avec toutefois fort peu de perte. De cette victoire, Ferdinand, élevé, demanda au roi Louis trêve pour le fait de la guerre de Roussillon , laquelle il obtint sous l'espérance d'une ferme et entière paix; mais sous main il entreprenoit une guerre mortelle et exitiale ; car , après que le

soudard françois fut hors du comté de Roussillon, la même armée qu'il y avoit , avec d'autres forces, furent par lui envoyées , à Naples , à Ferrand : lequel étant augmenté de forces, et n'y ayant aucun chef principal à la conduite des François , étant dissipés en diverses factions, avis et volontés, furent par ledit Ferrand assaillis et vaincus, non pas sans note et infamie d'aucuns des principaux François de s'y être négligemment portés , voire favorisé le parti contraire.

Pe^U; cï^tné ie bli^ mon îr^ |)l)ilibm, W îr^ Savoie^ eiie Jviiivic^vùiitXlaple^*^ maiatfie îru roi ffauie»

Mais les astres ne furent en ladite année i5o4 seulement contraires aux François; car encore il fit une si grande chaleur par toute la France, que les blés, à faute de pluie, furent entièrement perdus et desséchés, et davantage en plusieurs lieux fut la peste; et outre ce que dessus, n'advint rien de plus sinistre et mal à propos que le décès de Philibert, lors bon duc de Savoie, qui mourut au mois de septembre. Et de malheur , l'an suivant, i5o5, ne fut en rien meilleur, car il y

a64 CHRONIQUE

eut extrêmement cherté de blé; et Jeanne, duchesse de Berry, décéda; et le roi fut si grièvement malade , que Ton douta grandemen t de sa vie, et demeura comme déploré, et enfin, par les prières et supplications à Dieu , de tout son peuple, il recouvrala santé. Frédéric, aussi roi de Naples, alla de vie à trépas cette même année.

Mwci ie pluôûurô prince et princirgô^s, et tnariag^ ie /rançoie, îrur i'^lnjoulme , avec Maiame €laud^ ^ fille îru r0t C0ui$.

Encore ne fut l'ire de Dieu du tout apaisée ladite année , car la suivante fut encore plus notable par la mort d'aucuns très -illustres princes : car Elisabeth , reine de Castille , femme de Ferdinand, et Philippe, archiduc d'Autriche, qui, par le décès de sa belle-mère était venu en Espagne pour prendre possession dudit royaume de Castille , délaissèrent cette vie fragile pour aller en l'autre. Toutefpis, cette année ne fut pas en tout et partout malheureuse, car la sœur du comte de Foix fut mariée avec Ferdinand : par le moyen de quoi, on jugeoit qu'il y auroit amitié et paix stable entre le roi Louis et ledit Ferdinand; mais le jour fut tenu et estimé très-clair et

heureux , auquel François , duc de Valois et prince d'Angoulême, fiança Madame Claude, fille aînée du roi Louis.

Kebdlion ie^ (èénemB , et reprise Vieeux par le

roi Couis,

C'est merveille que les Genevois , selon leur accoutumée légèreté avec eux ingénérée, se rebellèrent et délaissèrent le parti françois, et créèrent pour leur duc, Paul Nove, un des infimes du peuple ; ayant déchassé de leur ville toute la noblesse et ayant dressé une grande armée , assiégèrent le fort de Monèce. Plusieurs estiment que pape Jules , qui avoit galères rière la rivière de Gênes, les avoit persuadés de faire cette trahison et menée. Le roi Louis fut fort déplaisant de leur folie, et ayant passé les Alpes avec un fort et terrible exercite, leur fit la guerre, et (contre son espérance) les vainquit et debella plus tôt qu'il n'avoit estimé. Après laquelle vic^toire , il fut si clément, qu'étant entré dans Gênes et fait exécuter Paul Nove, il pardonna à tout Iç reste.

Secours envoyés par U roi à pope 3uk6 : par U mogm iuqud il iic\]asea Uô 6f nliool^g &e Oologne ; et romme oprès^ le pape inî^uiôit le roi à mouooir jguerre am ÎJéniliene ; et le colloque îre Cambrag,

Encore que Ton eût grande opinion que le pape Jules favorisât les Genevois et fut l'auteur de leur rébellion, néanmoins le roi Louis ne délaissa de lui envoyer des forces sous la conduite de Charles d'Amboise , contre les Bentivoles,occupateursdelaville et comté de Bologne : par le moyen desquelles , les Bentivoles expulsés de Bologne, elle fut faite et mise sous l'obéissance de l'Église. Retournant le roi Louis aux Gaules, s'osoit promettre un repos d'esprit pour l'avenir; mais par la pratique de pape Jules, Maximilien et Ferdinand, Marguerite d'Autriche, d'iceux instruite, ayant obtenu un colloque à Cambray avec le cardinal d'Amboise pour le roi Louis , elle obtint que le roi mouvroit la guerre contre les Vénitiens, parce qu'ils savent tous que cela étoit la vraie et seule ruine dudit roi Louis.

xxxin.

Dietoire contre les tJénitiens»

Se fiant donc aux paroles de cette femme, qui avoit, au nom de son père et de Ferdinand, juré alliance et confédération, le roi Louis ayant passé les Alpes et la Lombardie mut la guerre aux Vénitiens , lesquels il vainquit avec une grande leur perte; et, ayant fait prisonniers Barthélémy d'Alviane , leur principal conducteur et capitaine, et plusieurs autres des plus notables, non-seulement leur ôta les villes qu'ils détenoient de la duché de Milan , mais encore les contraignit à rendre tout ce qu'ils détenoient de l'Église à pape Jules, et le semblable de ce qu'ils tenoientde Maximilien et Ferdinand; et victorieux, retourna à Milan, et de là, en France.

JPerfiîrie îre pape 3ule6.

Une fort nouvelle et non plus ouïe ingratitude toucha pape Jules et ses confédérés, car étant envieux de la gloire et prospérité du roi Louis, afin de le chasser du tout de

ritaîîe, ils prînrent en amitié et confédération les Vénitiens, et obtinrent de Ferdinand qu'il fourniroit d'aides et forces contre le duc de Ferrare , ami et compagnon, en la guerre précédente, du roi Louis ; sachant assez que le roi le porteroit impatiemment. Ayant donc, pape Jules, levé une forte armée, vint contre les Ferrarois. Le duc de Ferrare mande au roi de fâcheuses querelles et entreprinses que machinoit le pape. Le roi ne voulut témérairement entreprendre aucunes choses contre le pape; mais, avec douces lettres, prières, remontrances et admonitions , recherchoit de le détourner de sa témérité; et quand il connut que pour cela il n'avoit rien su gagner, il fit appeler etconvoquer à Tours tous les évêques, abbés et autres prélats de l'Église de France (étant lors décédé le légat d' Amboise), auxquels il exposa la perfidie du pape : et ayant quelque peu discouru sur cet affaire , ils s'acheminèrent en la ville de Lyon, où avoit été ordonné et convoqué un synode de l'Eglise universelle; et d'ailleurs, du consentement de l'empereur MaximiHen , plusieurs cardinaux et prélats avoient été convoqués à Pise, qui décrétèrent d'y faire citer le pape , lequel, comme il connut qu'on lui vouloit faire rendre ccmpte de sa vie passée avec les autres cardinaux ses complices qui étoient à Rome, il fit un contraire synode, et le leur fit signifier

pour s'y trouver à jour assigné, en l'église de Saint-Jean-de-Latran, et se préparoit à défendre sa cause par les armes.

2lrmé^ îr^ô Suisse gi mmiée par le pûpe rontr^ iîlilûti, ^t vemoi VicdU m0gennant îr'arfifnt^ et prise îre Qûlo^nc par le vol

Cependant Charles d'Amboise, vice-roi de Milan, décéda; et fut, en son lieu, constitué en cet état, le comte Gaston de Foix, duc de Nemours par le bénéfice du roi. Étant pape Jules épouvanté par la venue de ce nouveau vice-roi, il recherche par argent de gagner les Suisses, afin de leur faire assaillir la duché de Milan : ils s'accordent avec lui , et avec une grosse armée viennent jusques à Milan; mais par le même moyen qu'ils avoient été gagnés, ils ont été réprimés; car ayant reçu une notable somme d'or et d'argent, ils s'en retournèrent. Étant d'iceux dépêché, le comte de Foix s'achemine droit à Bologne qu'il assiège, étant ladite ville gardée par le cardinal de Pavie avec la garnison du pape, et la print. Le cardinal de Pavie s'enfuyant fut pris et fait prisonnier par François de laRovere, ducd'Urbin, neveu du pape, et auquel, devant le logis du pape, fut la tête tranchée.

|Jriô^ ie&vce^e^ ^avieet Harxnne; vidoive î>es

SI

Du Bolonois, le comte de Foix alla à Bresse, qui s'é toit pareillement rebellée et délaissé l'obéissance du roi; et par le château auquel étoit encore la garnison françoise, il entra en la ville, laquelle fut donnée au pillage des soldats. Ce qu'ayant entendu ceux de Bergame qui avoient pareillement rebellé, ayant chassé la garnison des Vénitiens , ils retournèrent en l'obéissance du roi. Mais, pour tout cela, le pape ne fut aucunement mitigé; car, par l'aide et secours qu'il eut des Espagnols et Vénitiens, il devint plus furieux, et fit conduire son armée à Ra venue, où firent plusieurs rencontres et batailles sans reconnoître de quel côté la victoire tourneroit; mais à la parfin, les François, ayant mis en fuite ou à mort une infinie multitude de populace, obtinrent la victoire; et comme Gaston de Foix retournoit victorieux, il aperçut, du côté de ses ennemis, assemblés en une escadre environ cinq cents chevaux, contre lesquels, contre l'avis et conseil de ses amis, seul il se jeta : ceux de sa compa-

(Il

DE HUMBERT VELLAY. 2Jl

gnie, qui à peine étoient dix, eurent honte d'abandonner un si vaillant et audacieux chef, et se ruèrent sur les ennemis, desquels ils furent incontinent attournés, et par eux, non sans grandissim.e perte des leurs, rompus et défaits. Surquoi survint le seigneur de LaPalice, qui vengea cette perte et occision, et lesquels, jusques à un, il défit. Les corps du comte de Foix, d'Yves d'Alègreetde son fils, furent diligemment recherchés et rapportés, et depuis conduits (même celui dudit Gaston de Foix , avec solennelle funèbre pompe) en la ville de Milan, avec les prisonniers et les enseignes prises : lesquels, tous les autres seigneurs et capitaines habillés de deuil, sui voient avec tous les serviteurs et officiers, et furent faites les funérailles.

IlouDflU amie ie Jlajeimilien ^t Ôforje, ^t retraite ïree Jvancois.

Étant pape Jules fort fâché, travaillé et en crainte d'une si grande perte, délibéra de s'enfuira Naples; mais le cardinal qu'il avoit de nouveau fait, ayant tiré à son parti l'empereur Maximilien, parle territoire du Véronois fit passer l'armée de Maximilien,

Sforze et des Suisses , pour venir sur les terres du roi, de sa duché de Milan. Le seigneur de La Palice ne pouvoit combattre une si grande armée , de ce que lui étoit resté des précédentes défaites, parce même que les trésoriers avoient cassé une bonne partie des soldats de l'armée ; pour cette cause, ayant mis ensemble tout ce qu'il put rassembler de ses gens, il en mit bonne partie, es lieux les plus importants et mieux munis , en garnison , et, avec le reste, se retira et occupa Pavie, dont, étant pressé par l'armée étrangère et pressé par la perfidie des citoyens de ladite ville, il fut contraint se retirer.

^ il

IRtconvxtnuni^ par ^for^e^ du2)uct)i ie Miian.

Déjà, le sénat de Milan et tous les prélats qui,dePise, s'y étoient retirés en grand'hâte et avec peur, s'en étoient retirés , et avec une si grande trépidation , que le cardinal de Médicis, lequel avoit été fait prisonnier aux conflits de Ravenne , se sauva et recouvra sa liberté par faute de bonne et assurée garde. Depuis, les François n'ayant moyen de se défendre, Maximilien Sforze, par l'aide des Suisses et gens du pape, recouvra tout le Mi-

lanois, et les François s'en retournèrent à sauveté en France.

pvm, pat r^epaignol, bu rogaume îr^ Xlamm, et If menu îrr6 îlniglms m aquitaine.

La mauvaise Fortune se devoit bien con-^ tenter de tant de maux et traverses qu'elle avoit faits au roi Louis; mais, au contraire, elle lui en amena de plus grands : car, comme il proposoit de prendre sa revanche de tant d'injures, survinrent le seigneur d'Albret et avec lui l'ambassadeur de Jean, roi de Na^ varre, qui lui portent lettres et avis que Ferdinand avec une armée étoit entré dans le royaume de Navarre et qu'il couroit toute cette province; le priant de secourir ce roi son intime ami. Le roi Louis montra d'en avoir grand deuil, et à l'instant, avec une forte armée, y envoya au secours le comte de Dunois: et, comme il s'y acheminoit, advint une autre nouvelle qui rapporta que du côté d'Aquitaine les Anglois étoient avec une puissante armée de mer ; dont craignant que , si laissoit l'Aquitaine sans armes et garnisons, TAnglois, non -seulement la surprendroit, mais encore pourroit empêcher le chemin

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2n^ CHRONIQUE

à son retour, il treuva plus à propos démarcher à petites journées, et mettre garnison par toutes les villes et forteresses, jusqu'à ce que le roi eût moyen de lui envoyer davantage de forces. Mais ce pendant qu'il diffère et retarde son voyage, l'Espagnol se saisit de Pampelune, principale ville de Navarre étant au pied des monts Pyrénées. Environ ce même temps, François, duc de Valois, et le duc de Bourbon, arrivent en Aquitaine avec nouvelles forces dont la renommée donna tant de crainte à l'Anglois et Espagnol, et les troubla tellement, que l'Anglois se retira du côté de Bretagne, et l'Espagnol, avec grande instance , demanda trêves au roi : lesquelles il lui sembla ne devoir refuser, étant travaillé et circonvenu de tant d'ennemis; lesquelles accordées et jurées, il manda auxdits ducs de Valois, de Bourbonnois et comte de Dunois, de retourner devers lui.

€0mbttt ie la flalhr ie Svance avec cdU îr'2ln-

jjjieitxït.

L'armée angloise étoit vaguante en la mer Britannique, au-devant et à l'aspect de la françoise : ce que mal volontiers pouvoit

souffrir le capitaine de la galère royale, à laquelle la reine Anne avoit mis nom la Cordelière; il étoit un très-vaillant conducteur et capitaine ; et de fait, il fit droit voile contre la royale d'Angleterre , à laquelle commandoit l'amiral d'Angleterre. Par contre, ledit amiral fait voile et s'avance et non avec moindre volonté et délibération de combattre. Et premièrement combattirent de traits; et après, étant les vaisseaux joints, vinrent aux mains, et ceux qui étoient en la poupe de la françoise jetèrent en l'angloise des grenats de feu, et y fut si ardent, que, avant qu'elle se séparât d'avec la françoise, le même feu se print à la Cordelière, et lequel feu consuma l'une et l'autre au milieu de la mer. Mais le capitaine françois , à la forme d'Horatius Coclès, se jeta tout armé dans la mer.

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MXovi ie pape 3uU$, et atmit ietsi iSnmeû

conive )&i\on.

Ce pendant, pape Jules rendit l'âme à Dieu , laquelle il avoit refusé, vivant, de purger par les fréquens conciles ; auquel succéda au pontificat le cardinal Médicis , d'une commune voix et consentement , et fut surnommé Léon.

Étant lé roi Louis délivré d'un si grand ennemi , comme lui avoit été pape Jules , il délibéra de recouvrer sa duché de Milan, et pour chef y ordonna le seigneur de la Trimoille, lequel, avec ses forces y étant allé, fut près de Novare mis en fuite par les Suisses. De là augmentèrent leur courage, Maximilien César et Marguerite d'Autriche , lesquels estimant que le roi Louis et ses états fussent perdus si les Suisses en la Bourgogne et les Anglois en Picardie passoient, ils sollicitent l'un et l'autre d'y aller, comme étant la voie ouverte à la ruine et fin dudit seigneur. Et encore que le roi eût envoyé le seigneur de la Trimoille devers les Suisses pour les apaiser, il ne put mitiger leur courroux, qu'ils ne vinssent avec une armée ennemie en Bourgogne, et furent assiéger Dijon, où le seigneur de la Trimoille avoit soudain jeté ce qu'il avoit pu de garnison. Mais ceux qu'à peine il eût su gagner par les armes, il les vainquit avec de l'or, et , leur en ayant baillé une bien grande quantité , ils délaissèrent le siège et retournèrent en leur pays.

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|)rbe it ^ironenn((i tonvm^ par l'atiflloig, n prison in iuc ie ffonflueutlk.

Cependant l'Anglois avoit traversé la mer et étoit à Calais, et avoit envoyé le capitaine Talbot ravager les terres du roi, et avoit assiégé Thérouenne. Le prince de Longueville rechercha et tenta d'envitailler ladite ville; et, comme moins avisé il revenoit des approches, il fut fait prisonnier des Anglois avec grand nombre de noblesse , et menés à Calais, et de là en Angleterre , pour fournir au roi d'Angleterre de gages de sa victoire : toutefois, ayant entendu que François, duc de Valois , approchoit, avant que le chemin lui fût coupé , il se hâta de venir de Calais à Thérouenne, et ce, avec tant peu de sagesse et providence, que, si le seigneur de Piennes n'eût empêché les François , facilement il fût venu prisonnier entre leurs mains. Étant donc échappé d'un si grand péril , il fut reçu en son camp; mais on lui présenta un messager qui apportoit nouvelles comme le roi d'Ecosse s'étoit jeté avec armée dedans ses terres : il se repentit de la folie qu'il avoit faite, et, comme il étoit en quelque désespoir, il reçut

lettres de la reine sa femme, par lesquelles elle mandoit comme le roi d'Ecosse avoit mis en fuite les Anglois ; mais , comme il combattoit inconsidérément et avec trop d'ardeur, il y avoit été tué. A peine avoit-il achevé de lire ces lettres, que l'empereur Maximilien lui manda qu'il lui envoyoit du secours, qui fut cause que , pour faire plaisir a l'empereur, il commanda de continuer plus fort le siège de Thérouenne ; mais comme , à sa grand'perte et dommage, il eut, par plusieurs et diverses fois, essayé de la prendre , par le conseil et à l'induction de Maximilien, il se résolut, par un long siège (ce qu'il ne pouvoit par assaut et escalades), de les avoir; et enfin, comme les assiégés n'avoient pas aucuns vivres, Pons de Saint- Reniy, capitaine de ladite ville, se rendit et la ville , à condition qu'il sortiroit en armes , le tambour battant et enseigne déployée, avec tout le bagage; et ainsi, par le milieu des ennemis , il se retira avec ses gens devers le roi Louis. Mais les soudards de Maximilien , encore que l'Anglois eût promis que la ville et habitants ne seroient aucunement endommagés, la pillèrent et saccagèrent , et mirent le feu en une bonne partie d'icelle. De là, l'Anglois et Maximilien allèrent devant Tournay, où ayant été mis par des traîtres , ils prirent ja ville.

ÎDmanî»^, par inarflueriteï>'2lutrirl)e, ie tournag, et vt(m a élit fait par l'angloie.

Ce qu'ayant été entendu par Marguerite d'Autriche , elle estimant que facilement le roi d'Angleterre feroit présent de Tournay à Charles son neveu, elle rechercha les plus belles filles et damoiselles qu'elle put en Pays- Bas , et les amena à Maximilien son père et au roi d'Angleterre : où ayant été reçue et festoyée par allégresses publiques , elle mania tellement le roi d'Angleterre , qu'il sembloit qu'il ne lui oseroit rien dénier. Ayant donc recherché le temps et heure propre, en présence de l'empereur , elle offre à l'Anglois sondit neveu, et lui demande en présent ladite ville de Tournay. Et sembloit que l'Anglois s'y accordoit , n'eût été que le capitaine Talbot s'en courrouça et le remontra au roi, lequel à la parfin répondit qu'elle ne lui demandât pas chose, laquelle, ayant donnée, lui viendroit à honte et vergogne. Étant indignés de ce refus, ils se séparèrent, et le roi d'Angleterre, craignant que si François de Valois étoit averti de cette menée il en fût davantage animé contrelui, en secretilsedérobaet s'en retourna

aSo CHRONIQUE

à Calais , ayant délaissé suffisante garnison à Tournay.

ttoup^lU motion ie^ Sixme^^ et accord fait ao^c enx^ et viconàiiaixon avec les tJinilirns.

Le roi d'Angleterre s'étant retiré, le roi Louis ayant mis garnison en ses villes de Picardie, s'en retourna à Paris et de là à Blois : où, ayant été bien reçu de la reine, étant en espérance de quelque repos et paix, on lui fit entendre que les Suisses de nouveau armoient contre lui. 11 commanda incontinent au duc de Bourbon d'aller contre eux: iceux redoutant la vertu et valeur dudit duc , accordèrent d'entretenir les conventions qu'ils avoient faites avec le seigneur de laTrimoille, si par même moyen le roi levoit les garnisons qu'il avoit de reste en Lombardie. Cette condition acceptée par le roi, il leva les garnisons des lieux où, en toutes sortes, elles ne pouvoient plus tenir à cause de la faim. Et comme la garnison françoise se retiroit de la ville de Bresse , les Espagnols l'occupèrent : ce que les Vénitiens eurent à grand déplaisir; depuis, ont toujours tenu pour suspecte la foi des Espagnols , et firent, par le moyen de Barthélémy d'Alviane et André Gritti qui étoient détenus prisonniers

à Loches, qu 'ils retournèrent en grâce et amitié avec le roi Louis. Ce même firent les Genevois', se fâchant infiniment de la tyrannie des Sforze.

Ufim &e la reine 2lnnf , et noce^ îru roi Jranroiô atee Mabame Clauîr^ ♦

En ce temps, le roi Louis devenoit formidable à ses ennemis, quand la reine Anne alla de vie à trépas , au grand regret et avec infinis pleurs et lamentations de tout le peuple; et avec royal appareil le corps fut porté de Blois à Saint-Denis en France. Mais sa mélancolie croissant d'un jour à autre , il prit à contre-cœur l'habitation de Blois et s'en alla à Paris, et de là à Saint-Germain-en-Laye, où étant fort sollicité de tous les seigneurs de la cour, furent célébrées les noces de Madame Claude de France, sa fille aînée, avec François de Valois.

iWûriûge it illarU, 6oeur îru roi îr*2lnijleterrr , ûtJ^c U roi Couis , ti îïich î>uî>it roi.

Mais comme tout cela ne lui enleva point la tristesse qu'il avoit conçue du décès de la reine Anne, ayant appris que Marie, sœur du roi d'Angleterre , étoit fort belle et de bonne grâce, il la fit demander par ses ambassadeurs; et futaccordée, et après, à lui conduite à Abbeville, où avec unegrandejoie il Tépousa; après, conduite en grand'pompe et allégresse, vint à Saint-Denis, où elle fut couronnée, et de là, fit son entrée a Paris , à la mode des reines de France. Mais, comme le roi eut congédié les Anglois qui avoient fait compagnie à la reine, et se fut retiré à Saint-Germain-en-Laye et après retourné à Paris, il prit la maladie de laquelle il décéda, et fut inhumé en 1 église de Saint-Denis, à côté du sépulcre de la reine Anne, sa femme, aux calendes de janvier i5i4, et de son règne le dix-septième.

JPu roi Sxancm premier, et &on mcvc , et aprb,

son mitée à |îûrtgi.

Au roi Louis, surnommé père du peuple, succéda François, premier de ce nom, qui lui appartenoit de parenté au troisième degré et étoit son bien-aimé gendre. Ce fut le premier qui entre les hommes a excellé de vertu, procérité, faconde, magnanimité et bonne grâce; et tellementpremier, que, si vousy ajoutez et comparez le second, il se trouvera bien loin du premier. Il s'acheminadeParisàReims, où il fut sacré comme les rois ses prédécesseurs; et delà, retourna à Paris, où lui fut faite une très-belle et magnifique entrée.

te roi ronîronna à CI)arUâi &'2lutrirl)e tout ce que, îru Ditmnt ie ittariguerite, il atJoit fait eontre lui et le rojJûume, et lui fut areorïrée iWaîrame Henée, îreujrième fille îru roi ffouiô.

Il commença par la clémence ; car tout ce qui avoit contre lui été faitetle royaume, par Charles d'Autriche étant sous la tutelle de

Marguerite d'Autriche, sa tante , lui fut condonné et oublié. Et sur le traité que fit le comte de Nassau, suivant sa charge et procuration , il promit à femme audit Charles d'Autriche Madame Renée , seconde fille du roi Louis. Et quant à Marie d'Angleterre , relaissée du roi Louis , elle fut traitée avec tout honneur, bénignité et révérence, tellement que l'on tenoit pour assuré qu'il avoit entièrement gagné et possédoit le roi d'Angleterre ; car, par sa volonté, elle fut promise en mariage au duc de SufTolk, et lui fut constituée sa pension dotale; et, en apparat et pompe royale, avec fort grand'dépense , fut conduite et accompagnée jusques à Calais.

WiîaiU îrtô iSuissirô.

11 rechercha aussi de fléchir les esprits et volontés des Suisses ; mais quand il reconnut qu'il s'y travailloit en vain , avec une grande armée il passa les monts. Et étant, par aucuns d'entre eux , trompé et déçu , qui , ayant dissimulé une paix , amitié et confédération , recherchoient de le surprendre en chemin, et que l'or et argent qu'il leur avoit envoyé par l'entreprinse de Charles , duc de Savoie , son oncle , et

René , le grand bâtard de Savoie, et le seigneur de Lautrec; lequel ils prétendoient surprendre avec les porteurs : par une bataille de deux jours il les rompit et vainquit, en ayant mis à mort vingt-deux mille, et des siens y étant demeuré seulement deux mille , entre lesquels fut François de Bourbon , duc de Châtelleraut , et Imbert, prince deTallemont, et le seigneur de Bussy , avec encore aucuns autres de la noblesse francoise.

IReTfxm îru rl)dtfau rt miU îre iîlilan, et prier

ie iSfarje.

Ayant méritoirement été affligés, les Suisses, de la perte de cette bataille , le roi François bailla audience aux ambassadeurs de Milan , plus bénigne qu'ils n'avoient espérée, et envoya en la ville de Milan le seigneur d'Aubigny, et, pour assiéger le château auquel étoit caché Maximilien Sforze, manda le roi de Navarre, et, cependant, se retira à Pa vie. Mais le Sforze perdant cœur, voyant que le château étoit fort travaillé par l'artillerie francoise, se rendit avec ledit château au roi : lequel ayant été par lui bénignement reçu, et lui ayant assigné une bien grande pension, il envoya en France, et

ainsi en triomphe entra en la ville et château.

Réconciliûltott in roi atjec papeCron, à0ol0flne, tt ac(0rî)f ïre la pragmatique

Une soudaine renommée courut devers pape Léon , des victoires et vertus héroïques du roi François ; et partout ci-devant il s etoit démontré ennemi des François : ayant changé cette volonté, il lui écrivit le priant de le venir trouver à Bologne. Le roi François lui voulut bien satisfaire , et avec une grand'multitude de noblesse Françoise , il vint prêter l'obéissance due à notre Saint-Père. Le pape, de ce fort content , lui donna la bénédiction , et lui fit démonstration d'une si grande amitié , qu'il passoit toutes choses par son avis , conseil et volonté , et firent accord sur le fait de la Pragmatique-sanction. Et sur la requête du roi, fut fait cardinal Adrien de Boisy .

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