TROISIEME PARTIE
€(XOxie ic ce prfetnt liurr.
Afin que tous les faits de notre temps , Par un décours de mille ou de cent ans, Hors le savoir de mémoire future Ne demeurent, et sous la sépulture, Des vertueux ne soit pas consommée , Comme le corps , Theureuse renommée :
Pour en vouloir mettre en vue et lumière Quelque relief sous l'œuvre coutumièrc Des orateurs qui jadis écrivirent Les dignes faits qu'ils ouïrent et virent ; Voulant aux bons , après la mort des corps , Perpétuer honorables recors^ En ensuivant celle fluant* doctrine Qui ne laisse nul bienfait en ruine , J'ai mis à part tout otieux repos , Et présumé poursuivre le propos Dont j'ai devant touché sur les chroniques De nos François , et œuvres magnifiques Du roi Louis douzième de ce nom , Heureux en faits de louable renom , Où j'ai osé mettre main à la plume
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Pour en faiic quelque abrégé volume , A mon pouvoir, contenant vérité, Louant celui qui los a mérité.
Sans oublier le vicieux méfait D'aucun, s'il est découvert en effet;.
Sachant aussi que rien ne se peut faire Dont plusieurs font un même commentaire, Et ce , pour mieux ouvrir le chemin ample Des vertueux et suivre leur exemple , Et es autres clore les appétits Des réprouvés, en voyant leurs pâtis.
Ainsi se doit dire du bien le bien , Et du défaut, s'il y en a, combien :
La Fortune, maie ou bonne aventure, Ne doit avoir de faveur couverture î Mais tout ainsi qu'elle advient, est notoire Qu'elle se doit réciter par histoire , Comme furent Içs gestes des Romains , Dont la gloire reluit sur les liumaius, Qui à hi fois furent dits les plus forts , Et puis déf;iits par hostiles efibrts , Ores soumis par malheureuses courses.
Ores ayant vertueuses ressources :
Ce qui plus haut fit pendre leurs écus , Que s'ils n'eussent oncques été vaincus ; Car si toujours eussent eu l'avantage Sur les Gaules , sur Numance et Cartbage , Et soumarcbés sans coup leurs ennemis , A Fortune plus toi seroit commis Le triomphe dont leur nom fut vêtu , Qu'il ne seroit aux efforts de vertu : Car homme n'est en los avantageux , S'il n'a vaincu ennemi outrageux , Ou s'il n'a fait en dommageuse perte Sa ressource par vertus recouverte ; • C'est ce qui fait les preux commémorer.
Et leurs bienfaits en gloire demeurer.
Que celui doit encbercher et quérir
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Qui les titres d'honneur veut acquérir.
A tant ferai fin à ces petits vers , Pour commencer autre propos divers Touchant les faits de France mis au large. Ici dedans le long de cette marge.
prolaigiue*
La description des œuvres recommandables et comméiïîorables gestes de très-chrélien roi de France Louis douzième de ce nom , rédigée en écrit et mise en lumière par moi , frère Jean d'Auton , de l'ordre de saint Benoît, historiographe du roi , mondit souverain seigneur. Après avoir, par volumes abrégés, ostension faite des actes gallicanes et ultramontanes, choses encommencées à la fin de Tan mil quatre cent quatre-vingt-dix-huit, et icelles continuées selon les exploits des acteurs et la révolution du temps , en ensuivant le propos susdit par manière de sûre chronique et vraie histoire ; ai , sur ce , entre mes mains voulu recueilUr, et au répertoire de ma mémoire maintes bonnes choses enregistrer, dont la déchue eiit été au royaume très-chrétien de France perte de louable réputation , à plusieurs vertueux amortissement d'heureuse renommée , à maints vicieux couverture de méfaits, et à tous nos historiographes reproche d'odieuse néghgence. Parquoi, et à la fin que il la vue des futurs les faits modernes ne fus-
sent inconnus ne rédigés en ombre , la plume sur ce ai mise en œuvre , et attaché à ce papier ce que j'en ai pu voir à l'œil, et par la voix de vérité savoir.
Comment U toi fut mxitv 0^0 pagô îre fiourflojtw, ei îr'aunine traîtrtô qui furent lare nitnih à Wi\on et a Cgon eur le Rl)âne.
A la fin de ma chronique de l'an i5oo j'ai laissé le roi à Moulins , en Bourbonnois , où avoit ordonné de ses affaires, et grosse armée par terre mise sus, pour aller à Naples, et grand navigage en mer apprêté, pour aller guerroyer les Turcs, qui lors étoient descendus en Grèce et couroient la chrétienté, comme plus au long après sera dit. Pour continuer propos, donc est à dire que le vingt-cinquième jour du mois de mars, en l'an mil cinq cent un, le roi, voulant visiter ses pays, partit de Moulins, en Bourbonnois, et prit le chemin de la Bourgogne, en laquelle séjourna les mois d'avril et de mai, dedans ses villes de Dijon, de Beaune, d'Autun , d'Aussonne, de Tournus et de Mâcon. Durant lequel temps , il mit ordre et police au fait politique de sondit pays, et à la garde d'icelui provision de sûreté. Un gentilhomme fut lors de la Franche-Comté, nom-
mé Jacques de Lay , lequel s'en alla secrètement devers maître Georges, cardinal d'Amboise, et messire Guy de Rochefort, chancelier de France , et iceux avertit que deux marchands de Beaune, nommés Jean Peluchot et Jean Courtois, avoient voulu vendre et livrer ladite ville de Beaune à Maximilien , roi des Romains; et ce avoit su au vrai celui gentilhomme par un homme de la Franche-Comté, nommé Petit-Jean Toetors, dit d'Aspremont, messager d'un capitaine de gens de guerre pour le roi des Romains , nommé ledit capitaine Chantrans, lequel par plusieurs fois avoit envoyé sondit messager à Beaune, pour parler auxdits Peluchot et Courtois , touchant le traité de ladite trahison; et, ce propos mis en avant, pour avérer le fait plus à clair, le roi fut de ce averti , par quoi transmit secrètement le gentilhomme qui la chose avoit découverte, en la Franche-Comté, pour prendre le messager, qui la machination avoit pourchassée; et, pour conduire l'œuvre plus sûrement, adressa ledit gentilhomme au prince d'Orange , qui lors étoit à Lyon-le-Saunier,ès marches de la Franche-Comté, auquel manda par lettres que en cet affaire le voulût servir. Ce qu'il fit : car, au moyen de son secours, et pourchas du gentilhomme , fut ledit messager bourguignon pris , et mené à Dijon prisonnier; et là fiit, par les seigneurs du
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grand-conseil du roi, sur ce cas, interrogé; lequel , après plusieurs négations et excuses, confessa la chose être vraie, et comment lesdits Peluchot et Courtois lui avoient promis, par plusieurs fois, que à leur pouvoir mettroient peine et trouveroient moyen de mettre ladite ville de Beaune entre les mains du roi des Romains, et que, pour ce faire, emploieroient avoir et amis, sans faillir à leur promesse, que par serment solennel avoient ensemble conjurée. La confession de celui messager ouïe, le roi transmit hâtivement le prévôt de son hôtel à Beaune, pour prendre iceux traîtres, et manda au châtelain de ladite ville que en ce lui fit aide et service : en quoi volontiers s'employa. Toutefois un d'iceux traîtres, nommé Peluchot, se douta de Taventure, ou fut par aucuns de ses amis averti du cas , dont hâtivement prit de ses bagues les meilleures et plus portatives, et, après avoir désemparé la ville, s'enfuit en la Franche-Comté pour le plus sûr. Après ce qu'il eut vidé, de la cause de sa fuite fut douté et accusé envers le roi ledit châtelain de Beaune, et de ce lui fut faite question : lequel si à point s'en excusa , que il futtrouvé sans coulpe quitte et déchargé. Jean Courtois fut, parle prévôt de l'hôtel, pris et mené à Dijon , et là avec ledit d'Aspremont, messager, confronté et enquis sur le fait de ladite trahison , lesquels d'Aspremont
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et Courtois, ainsi confrontés, reconnurent le traité plein de trahison par leur confession propre; et eux, ainsi atteints du cas, furent par sentence de justice condamnés d'encourir peine capitale. Si fut ledit d'Aspremont envoyé exécuter à Lyon sur le Rhône , et Jean Courtois écartelé à Dijon , dont les membres furent mis devant les portes de quatre villes de Bourgogne; c'est à savoir : à Aussonne un des bras, à la porte dont l'on va droite Dôle; à Dijon, l'autre des bras et le corps; à Beaune, la tête; et le demeurant, aux faubourgs de Châlonsdedansla Franche-Comté. Ainsi furent les traîtres payés selon la desserte de leurs démérites. A la fin de ce propos me faut commencer à dire de l'armée que le roi avoit ordonnée pour aller conquêter le royaume de Naples , qui lui appartenoit.
Comment le r0i mit ôon avmie 6U0, ti in nombre ie gen$ îr'arnud oxionni^ pour aiUv an i^o^aj^t ie napU$t
Le roi , étant lors en son pays de Bourgogne, comme j'ai dit, en l'entrant du mois de mai, transmit la poste delà les monts , devers messire Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont , et son lieutenant en Lombardie, pour
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mettre ordre en l'affaire de la guerre; et aussi envoya vers messire Berault Stuard , Écossois, capitaine des Cent archers écossois de sa garde, et aux autres capitaines de ses gens de delà les monts, pouriceux avancer de faire leur montre, et eux acheminer au voyage de Naples; lesquels , après avoir eu le mandement du roi , tant exploitèrent, que, le vingt-cinquième jour du mois de mai , chacun à sa garnison , firent leur montre, et furent payés pour trois mois le nombre de gens d'armes qui s'ensuivent : les cent hommes d'armes du duc Philibert de Savoie, sous la charge d'Aimer de Coursinge; cent hommes d'armes , dont étoit chef César Borgia, duc de Valentinois et neveu du frère du pape Alexandre VI ? cent hommes d'armes, sous messire Jean Francisque deSaint-Sévcrin, Italien, comte de Gayace; cent hommes d'armes de messire Berault Stuard, chevalier écossois, seigneur d'Aubigny; cinquante hommes d'armes, sous messire François de la Trimoille , seigneur de Mauléon ; cinquante hommes d'armes, sous messire Pierre d'Urfé, grand-écuyer de France ; cinquante hommes d'armes de messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice; cinquante de ceux de messire Yves d'Alègre; cinquante de ceux de messire Aimar de Prye; cinquante sous le seigneur de Chandée; cinquante sous la charge de Jacques de Silly , bailli de Caen ; cinquante
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sous la charge du seigneur de Saint-Priest; cinquante à messire Antoine Palvesin, en la conduite d'Aimer de Villars, ditPoquedenare; et cinquante de ceux de Jean de la Lande : lesquels étoient par nombre neuf cents hommes d'armes françois ; et pour iceux de plus renforcer, le roi mit sus sept mille hommes de pied Normands, Picards, Gascons et Allemands, lesquels avoit fait payer et envoyer delà les monts, pour servir à ladite conquête, et conduire le charroi de son artillerie , dont il y avoit vingt-quatre faucons et douze gros canons, sous la charge de Jacques de Silly, bailli de Caen. Pour le gouvernement et conduite de tout l'ost et ordonnance de la guerre de Naples, le roi fit son lieutenant-général et grand-capitaine messire Berault Stuard , Écossois, avec lui le duc de Valentinois et le comte de Gayace , lesquels savoient les pays , villes et châteaux du royaume de Naples où premier falloit besogner , et les plus sûres entrées dudit pays ; et ainsi furent les François apprêtés pour prendre les champs. Le vingt- sixième jourduditmoisde mai, gens d'armes sortirent de leurs garnisons, piétons s'acheminèrent, et artillerie fut mise au charroi, pour tirer droit à Parme, à la duché de Milan, ou, le pénultième jourduditmoisde mai tous ensemble se trouvèrent prêts de commencer leur voyage. Jusques à temps je laisserai ce propos, et dirai
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du roi , qui lors étoit parti de Bourgogne, pour tirer à Lyon sur le Rhône , où fut le deuxième jour du mois de juin.
Comment U toi mit sur mer gros mm$a$t pour aller fluerrogcr les turcs qui étoient en (èrère, où la reine îteploga flranîr trésor, et fit plusieurs naoires einigler relie part.
Sitôt que le roi fut à Lyon, comme j ai dit, sans autre séjour faire, voulant donner secours à la chrétienté contre les Infidèles, transmit postes à ses ports de mer , pour hâter son navigage, dont la plupart tira vers le port de Toulon, en Provence; attendant illec nouvelles du bon vouloir du roi, pour mettre, sur ce, mains en besogne, et tendre voiles celle part où son bon plaisir seroit de les envoyer. La reine aussi, madame Anne de Bretagne, comme très-catholique, àraffaire de ce voyage n'eut le vouloir amolli, ne la main close; mais voulant employer le possible de sa force pour exaucer la foi chrétienne , déploya ses trésors et iceux élargit, pour soudoyer grand nombre de gens d'armes et équiper force navires; et entre autres voulut que sa grosse carraque , nommée la Cordelière, et plusieurs autres , fissent le voyage ; et lors que Theure fut de
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tirer au vent, grande flotte de navires de Normandie furent au port de Brest, en Bretagne , quérir icelle Cordelière et les autres de sa suite qui là étoient. Dedans lesdits navires étoient grand nombre de gentilshommes, et entre autres messire Jacques Guybé , messire Guillaume Cadore, messire Guillaume de Boisboissel, Guyon Bertrand, François de rÉpinay, Hervé de Malestroit, Jean Grimault, seigneur de Procex; François de Quellenec, Gilles Meschinot, le vicomte de Rhodez, Pierre Choque, dit Bretagne, premier hérault de la reine, laquelle Ty.avoit envoyé pour lui en faire le rapport. Aussi y furent Jean Bigot, seigneur de Bourgueil ; Pierre de Quosquier et plusieurs autres. Ainsi partirent du port de Brest et furent passer le long de la côte d'Espagne et de Portugal, et par les détroits de Gibraltar, où prirent deux brigantins de juifs et Sarrasins venant de Lisbonne en Portugal , lesquels furent laissés aller, pour ce qu'il y avoit tout plein de petits enfans, qui par aventure eussent été chrétiennes; toutefois leurs biens furent saisis et leurs livres brûlés. En ensuivant, rangèrent les chrétiens la côte de Grenade, et entre le royaume de Tunis et ladite côte de Grenade , emprès d'un havre nommé Carthagène , trouvèrent force navires du roi Frédéric , chargés de salpêtres et poudres à canon , lesquelles furent prises, et par
iceux Bretons déchargées, et les corps seulement rendus; et ce fait, cinglèrent vers le port de Toulon , où les autres étoient. D'icelle armée et navigage fit le roi conducteur et son lieutenant-général messire Philippe de Ravestain, qui lorsétoit à Gênes gouverneur pour le roi , auquel bailla en gouvernement, et sous sa charge, les nefs et galées ci-dessous nommées. C'est à savoir lagrand'nef oucarraque, nommée la Charan te, lune des plus avantageuses pour la guerre de toute la mer. Pour décrire la grandeur , la largeur , la force et équipage d'icelle, ce seroiUpour trop allonger le compte et donner merveille aux oyans. Que que soit, elle étoit armée de douze cents hommes de guerre , sans les aides; de deux cents pièces d'artillerie, desquelles y en avoit quatorze à roues, tirant grosses pierres de fonte et boulets serpentins, avitaillée pour neuf mois, et avoit voile tant à gré, qu'en mer n étoient pirates ne écumeurs qui devant elle tinssent vent. Dedans étoit un gentilhomme de Bretagne, capitaine d'icelle, nommé messire Jean de Porcon , seigneur de Beaumont , et lieutenant du roi en la mer de Normandie. Aussi furent ordonnés pour le roi messire Jacques Guybé, chef de la grand' nef de la reine, nommée Marie-la-Cordelière, et de six autres grosses nefs de Bretagne. Le marquis de Bade étoit capitaine de la nef
nommée le Marais. Le petit Porcon avoit la charge de six navires de Normandie. Jean d'Auzis fut capitaine d'une nef, nommée la Marquise. Émar de Vescq, seigneur de Monjou, fut chef de la nef appelée le Lion; et un gentilhomme gascon nommé messire Prégent de Bidoulx , capitaine de quatre galères, par force moult vites, bien équipées et fort redoutées en mer : et étoient lesdites nefs et galères de soldats et de vivres garnies à suffire, et armées et artillées de gros canons, coulevrines et faucons, poudre à canon, boulets, serpentins, pierres degrés, plomb, fers, barres, piques, pelles, tranches, pinces, têtes de chevrettes , traits, arbalètes, hallebardes, lances, piques et pavois à main, et, en somme, de toutes autres choses requises et nécessaires pour la garde et défense desdites nefs et galères, et conduite d'icelles. Icelles, après avoir reçu le mandement du roi, firent voile et tranchèrent les ondes du Levant, droit au port de Gênes , lequel abordèrent sur la fin du mois de juin, et là s'assemblèrent avec les grosses carraques et navires génoises, qui pareillement étoient armées et équipées, et toutes prêtes pour commencer ledit voyage. Les rois d'Espagne, d'Angleterre et de Portugal, et le grand-maître de Rhodes , nommé frère Pierre d'Aubusson , long-temps devant ce , avoient juré et promis de leur part, chacun à
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son pouvoir, pour secourir la chrétienté , mettre en mer leur navigage , et à la Samt-Barthélemy ensuivant, ou entour ce temps , faire assembler leurs gens au port de Corso , terre de Saint-Marc, es parties de Grèce; lesquels s'en acquittèrent, comme vous orrez, quand l'heure d'en parler en sera. Que que soit, par toute la chrétienté , de ce furent amples nouvelles, dont plusieurs vertueux gentilshommes françois et autres entreprirent ce lointain voyage, et voulurentàtant juste querelle les armes exploiter : desquels furent Jean Stuart, duc d'Albanie, neveu du ro. d'Ecosse, qui lors étoit en France, de la maison du roi; le seigneur infant de Foix, oncle de la reine ; Louis de Bourbon , comte de Rouss.llon; Jacques de Coligny, seigneur de ChatiUon; René d'Anjou, seigneur de Maizières; Jacques Galiot, sénéchal d'Armagnac; messire Jean de TinteviUe , messire Jean de Lavedan , Jean de Saints , échanson du roi ; Jean Chapperon , Aimon deVivonne, seigneur de La Châtaigneraie ; Jean de Mouy ; Gilbert des Serpens , seigneur de Cytain; Philebert de Damas, seipneur de Saint-Amour, en la duché deBourgoene- Gilbert de Château vert, seigneur dudit lieu • le sieur de Gérance , Louis de Castelbayart , et grande compagnie d'autres gentilshommes françois, lesquels , par le congé du roi , s en allèrent delà les monts , par terre, et se rendi-
DE JEAN d'aUTON. sS?
rent à Savone, terre des Génois, assise entre Ast et ladite ville de Gênes , près des montagnes et de la mer de Levant. Aussi furent ordonnés à faire icelui voyage trente hommes d'armes de ceux de la compagnie du seigneur de Chatillon , et vingt-cinq de ceux du sénéchal d'Armagnac, lesquels étoient lors en garnison au duché de Milan; et sitôt qu'ils surent la venue de leurs capitaines, et que avec eux leur falloit voyager, vendirent tous leurs chevaux, réservé à chacun un courtaut, pour les porter jusques à Savone, où là étoient leurs capitaines et les autres François dessus nommés, lesquels tous assemblés montèrent sur mer, et voyagèrent droit au port de Gênes , où trouvèrent l'armée de France et de Gênes prête de tendre voiles.
B'uiie vHoxmaûon faite sur Us Dauïr0i3 bu Hianpl)iné, n (ommcnt x\n nommé {vhe faurent Curmu, conU^smv îru roi, accompanné ie pluôifursi jranîrg rUrcô, fut xcmx ïfanbûis pxcc\]cv et viioxmeu
En celui temps le roi fut par aucuns averti que en son pays du Dauphiné étoient grand nombre d'hérétiques erronés et sectateurs
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258 CHROMQUES
réprouvés , et mêmement en la Vau-Loise , dite la Vau-Pute, en la Vau de la Fraisinière , à Pre^ela, et en rAr{;entière. Parquoi envoya devers le Saint-Père, le pape Alexandre sixième, duquel obtint bulles apostoliques pour iceux Vaudois visiter et réformer. Lesquels Vaudois , au moyen du bruit de leur erreur, par aucuns seigneurs du pays deDauphiné, avoicntété paravant occis à martyre , et cruellement tyrannisés ; et les vouloient iceux seigneurs déposséder de leurs terres, et chasser du pays. Donc, voulant le roi pourvoira ce, transmit sur les lieux frère Laurent Bureau, son confesseur, évêque de Cisteron, et docteur en théologie, et messire Thomas Pascal, docteur régent en Tuniversité d'Orléans , et officiai dudit lieu , pour eux enquérir, et besogner sur ce. Et iceux, ayant bulles expresses du pape et mandement du roi , partirent de Lyon sur le Rhône , le cinquième jour de juillet , Tan susdit; et avec eux, par l'ordonnance du roi, fut un chevaucheur d'écurie, nommé Guy de Villars, pour présenter à Grenoble , à Gap et à Embrun, certaines lettres missives du roi . Si s'en allèrent iceux à Grenoble, où là, aux seigneurs de la cour de parlement dudit lieu , présenta ledit chevaucheur les lettres du roi. Et après la présentation et réception d'icelles lettres, les délégués susdits furent en la Cour, et là montrèrent leurs bul-
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les et mandement, pour avoir, voir et visiter certains procès faits desdits Vaudois , pendants en ladite cour de Grenoble ; ce qui leur fut octroyé ; et furent portés iceux procès au logis desdits délégués, à l'enseigne du Bœuf, où furent mis en un coffre , et bien scellés , pour là demeurer pendant le temps que lesdits délégués iroient à Gap , à Embrun , et sur les lieux susdits, pour iceux procès, au retour, visiter tout à loisir; et ce fait, partirent iceux de Grenoble, et s'en allèrent à Gap , où le chevaucheur présenta les lettres du roi à l'évêque dudit lieu , pour montrer les procès qui là étoient desdits Vaudois ; lesquels procès furent vus et visités par les susdits délégués. De là s'en allèrent à Embrun , et présentèrent leurs lettres à l'archevêque ; lequel , après avoir vu lesdites lettres, s'en alla, à tout son clergé , au logis d'iceux délégués , et là tous ensemble conférèrent de leur affaire, et ordonnèrent que , le lendemain , seroient visités les lieux , et les Vaudois prêches , et sur leur cas information faite par lesdits délégués; lesquels s'en allèrent, comme avait été dit, à la Vau de la Fraisinière et à la Vau-Pute , où furent par eux examinés et ouïs plusieurs témoins , prêtres, laboureurs etpriarchands, sur la vie d'iceux Vaudois ; et là, après ce, frère Laurent Bureau, principal délégué , lequel é toit grand clerc et bon prêcheur, fit devant iceux Vau-
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dois plusieurs beaux sermons , et en leur présence déclara tous les articles de la foi catholique par ordre. Lesquels Vaudois , hommes et femmes , et petits enfants qui pouvoient parler, sur chacun des articles de notre foi, dirent plusieurs fois, tous à haute voix : Credo, Credo, Credo. Quoi plus? En commun et particulier s'enquiticelui prêcheur a ceux Vaudois, de leur foi et créance ; lesquels il trouva fermes en la loi divine, et croyants en la foi catholique. De quoi loua Dieu dévotement, et s'en retourna, avec ledit officiai d'Orléans et ses gens, à Grenoble , où par subtils moyens retira les procès des Vaudois du coffre où avoient été mis, et, par le chevaucheur, les envoyaàLyon devers messire Guy de Rochefort, chancelier de France; et ce fait, lui et ledit officiai, feignant aller àl'ébat horsla ville, voir la Chartreuse, vidèrent parle quartier de laSavoie,ets'en retournèrent à Lyon, où par le chancelier furent vus lesdits procès, informations, et les bons rapports desdits délégués ouïs, en manière que les pauvres Vaudois eurent arrêt contre ceux qui d'erreur les accusoient, et occupoient leurs biens.
Ci^ntmcnt U roi tmo^a mûîtr^ ^corflcg, cardinal îï':7lmboisf, Ma les mants , pour traiter îr^ sfô affaires»
Le roi , voulant de plus pourvoir à ses affaires, après avoir par mer et par terre ses armées acheminé , et le peuple de la Vau- Doute, comme avez ouï, salutairement fait visiter, transmit delà les monts maître Georges, cardinal d'Amboise, en qui avoit parfait amour et singulière fiance , comme en celui qui tous temps à son service avoit dûment plié le dos, et au profit de la chose publique loyaument employé son pouvoir : auquel, delà les monts, donna charge de tous ses affaires, et pouvoir autorisé sur iceux, pour en faire et ordonner comme si par luimême en étoit disposé; et, pour icelui cardinal conduire , lui bailla le roi les deux cents gentilshommes de sa maison, pour l'accompagner et suivre quelque part qu'il iroit , et faire ce que par lui leur seroit commandé. Ainsi se mit ledit cardinal en voie pour tirer en Lombardie , et tant avança , que en moins de douze jours traversa les hauts monts de Savoie et la terre de Piémont, sans un tout seul jour vouloir séjourner, que premier ne
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fût en la ville de Milan ; en laquelle , à sa venue , par le sieur de Chaumont , son neveu , nommé messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi delà les monts, fut, avec toute révérence et joyeuse chère, amiablement recueilli, et des seigneurs et peuple de ladite ville tant honorablement reçu , que ce fut jusques à y efforcer tout l'exploit de leur grand possible. Pour mettre en ordre le rémanent du récit de ma chronique, et suivre le propos des choses selon le décours du temps, ici me faut mettre paille, pour retourner à parler de la gendarmerie ordonnée pour aller au voyage de Naples, laquelle j'ai ci-dessus laissée à Parme, à la fm dudit mois de mai.
9t Tarmée î»e Srance ordonnée pour ûUcr à
De la ville de Parme , en Lombardie , étoit Tarmée de France délogée dès le premier jour du mois de juin, laquelle marchoit en ordre tant assuré, que bien sembloit être conduite par chefs expérimentés aux armes. Le charroi de Fartillerie et la gent de pied furent mis devant; le comte de Gayas, avec quatre cents hommes d'armes françois, faisoitl'avant-garde des gens de cheval ; le seigneur d'Aubigny ,
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lieutenant du roi , avec trois cents hommes d'armes, conduisoit la bataille; et le duc de Valentinois faisoit l'arrière-garde, où étoient trois cents hommes d'armes. Grand nombre d'avant-coureurs etdécouvreurs de pays étoient en voie, alors que l'armée marchoit; aux côtés et au derrière de ladite armée , à deux milles loin , y avoit deux ou trois cents chevau-légers par pays, pour rapporter au besoin ce qui pourroit , par embûches d'ennemis , survenir à ladite armée ; et ainsi se mirent les François à chemin par la Lombardie. Des repues et logis qu'ils firent de Parme jusques à Rome ferai peu de compte, pour ce que je n'ai point su que, ce temps durant, aucune chose de grand effet fût par iceux François exécutée; si n'est que , nonobstant l'empêchement des Alpes et détroits des chemins de Rome, l'armée françoise, avec soigneuse diligence , fut si bien ordonnée , et tant à droit mise en marche, que la conduite d'icelle donna titre d'honneur aux capitaines, sûreté de courage aux soudards, facilité de chemin au charroi, merveilles d'armes aux voyants, et crainte de mort aux ennemis. Quoi plus? L'exercite françois fut de Parme à Fornoue, à Pontrème, à Sienne et à Pise ; et ainsi que l'armée approchoit de Pise à cinq milles près , grand' route de Pisains et Lucquois là se trouvèrent, lesquels moult honorablement reçurent les François, et
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iceux condilîfîrentjusquesàdeux milles près de P^se, entre Lucques et ladite ville de Pise. Là séjourna Farmée par deux jours entiers, aux dépens et frais des Pisains et Lucquois , lesquels de toute leur puissance traitèrent lesdits François, et sans rien y épargner, et iceux fournirent de vivres et toutes autres choses à eux nécessaires. Plusieurs capitaines et ^ens d'armes françois furent dedans Pise et Lucques, et là tant doucement accueillis, que chacun au départir fit bon rapport du traitement. Aussi devoient-ils ; car iceux Pisains et Lucquois s'efforçoient à l'envi à qui mieux festoieroit lesdits François, comme ceux qui, lonfj-temps avoit, désiroient avoir confédérée alliance, pour leur pays tenir en franchise, et qui avoient contre leurs ennemis en eux attente de secours.
Toutes ces choses achevées, l'armée de France prit pays par les Itales , en adressant ses erres vers la cité de Rome , et tant hâta son train , que de Pise à Rome ne fit de demeure que cinq journées, sans ce que le charroi de l'artillerie fit détour ou empêchement au demeurant de ladite armée; et fut faite celle diligence tant extrême , pour approcher les pays contraires premier que de soudards et vivres fussent pourvus , et aussi pour prévenir les ennemis : qui est une stratagème de guerre tant avantageuse, que souvent à petite main
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armée donne pouvoir sur grandes légions , et tant sûrement conduit ceux qui son droit chemin ensuivent , que de louable victoire les fait possesseurs. Tout à clair est la chose exemplifiée par les Romains contre ceux de Carthage, et Léonidas, duc de Lacédémone, contre les Spartains , et par plusieurs autres , dont n'est requis pour le présent faire mention, mais suivre mon propos, et dire que les François, dont j'ai ores écrit, en allant leur voyage droit à Rome, passèrent par la terre des Ursins romains, étant lors du parti du roi et bons François ; au pays desquels trouvèrent le seigneur Jean-Jourdain Ursin , ayant pour le roi charge de gens d'armes delà les monts, lequel reçut à grand honneur l'armée de France, et moult de services fit et de secours donna auxdits François , tant de provisions de vivres , que de renfort de gens, et ouvertures de passages , et de toutes autres aides , dont en cettui pays avoit grand pouvoir, comme celui qui , entre tous ceux de la seigneurieuse partiauté des Ursins, avoit puissance autorisée; et par lui furent les François avertis que messire Fabrice Colonne avec sept mille Colonnois étoit parti de Rome pour aller au secours de don Frédéric contre le roi ; parquoi n'étoit heure de retarder l'entreprise , mais sur ce mettre promptement provision de remède. De jour en autre avoient les lieutenants du roi courriers et nou^
velles du vouloir du roi , qui étoit surtout de hâter l'armée , et le plus tôt que possible seroit ; parquoi ne firent les François parchemin autre demeure , ains à toute diligence tirèrent vers Rome, et tant errèrent , que , un vendredi , vingt-cinquième jour du mois de juin, devant Rome arrivèrent, deux milles près de la ville; et pour eux un peu rafraîchir, et aviser sur l'affaire de leur conquête , et mieux ordonner de leurs besognes, voulurent illec arrêter le camp et prendre logis. Plusieurs grands seigneurs et citoyens de Rome se trouvèrent audevant de l'armée de France, pouricelle doucement recueillir et araiablement traiter, en offrant au roi service de corps, secours de biens , passage ouvert par leur cité de Rome , et par leur pays adresse de chemin de sûreté ; et , pour commencer à montrer de quoi , grand' force de pain , vin , chairs fraîches et salées , foin , paille, et toutes autres choses nécessaires pour soutenir ost , avoient iceux Romains , pour la venue des François, fait illec charroyer. Ainsi fut devant Rome l'ost de France à séjour par l'espace de trois jours seulement; c'est à savoir le vendredi , le samedi et le dimanche. Ces jours durant, plusieurs gens d'armes françois et allemands furent voir Rome , visiter les saints lieux, et là querre ce que besoin leur faisoit. Le duc de Valentinois, avec grosse garnison de gens d'armes , s'en alla
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dedans le château Saint-Ange , lequel il gardoit pour le pape. Ce dimanche , entour les deux heures après midi, grand nombre de François et Allemands se trou vèren t en la place du camp de Flour; aussi firent plusieurs Espagnols , dont à Rome avoit grand nombre ; car le pape Alexandre sixième, qui en ce temps possédoitle saint-siége apostolique, étoit de la nation d'Espagne, lequel en avoit grosse garde et fait grand amas, pour être le plus fort dedans Rome. Sur ladite place du camp de Flour commencèrent iceux Espagnols à gronder et murmurer contre les François, de ce qu'ils vouloient conquêter le royaume de Naples , disant que au roi d'Espagne appartenoit mieux que au roi de France. Les François et Allemands , qui étoient fiers comme lions , dirent que non , et qu'au roi seul appartenoit ledit royaume de Naples ; et ainsi s'en aigrit la querelle de plus en plus fort, laquelle les François et Allemands, la main sur l'épée, soutinrent contre les Espagnols. De cet affaire eurent entre eux contentieux propos , rudes paroles et grosses menaces, et tant, que de mots de langue à coups de main vint la chose ; et ainsi commença la mêlée bien à point. Plusieurs mécaniques et ruffiens de Rome se rallièrent avec les Espagnols , et sortirent en armes sur les François et Allemands, qui bien les recueillirent à grands coups d'épée et de hallebarde.
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Tous les François, qui là étoîent par les rues et en la ville de Home , accoururent à ce bruit; et quand tous furent assemblés, douze cents se trouvèrent du parti de France, et là fut à tous venants convi funéral apprêté; si que, d un côté et d'autre , plusieurs sur le pavé furent morts et étendus. Un Espagnol illec se trouva , qui fit merveilles, à tout une rapière en main , dont il asséna tel coup sur le col d'un Allemand du parti des François , que la tête lui fit voler par terre. Mais de ce fut payé sur-lecbamp; car un autre Allemand lui rua une hallebarde sur la tète de telle force, que jusques à la croisée de Téchine le foudroya. Assez d'autres eurent là sanglante journée, dont autre mention ne ferai , pour passer outre. Mais, quoi que ce soit , le bruit fut si grand par tout Rome , que jusques aux oreilles du pape en furent les nouvelles; lequel , pour rapaiser la noise , là transmit aucuns de ses gens et le comte de Gayas, qui lors étoit avec lui , lesquels, à toute peine , adoucirent le tumulte , et firent cesser le débat.
Cmnmmt Us UeuUnanls î>u r0i ri anctim rapilaiufs i( Vaxmic (iwcnt uoir le pape au palais &e ïlome , ri Vnn banqurl qur Ir rarîrinal ir ôaiwi'^cvmn fil aui'îiitô rapitaines»
Ce propre jour, les lieutenants du roi et plusieurs des capitaines de l'armée de France furent voir le pape dedans le palais de Rome , ou trouvèrent grand nombre de cardinaux et seigneurs de la ville ; et là étoi t lors le seigneur deGrammont, ambassadeur pour le roi. Le pape , nonobstant qu'il fût Espagnol et mauvais François , toutefois dissimula son vouloir, et avec joyeuse chère reçut les capitaines françois de l'armée de France, et de plusieurs choses joyeuses leur tint propos. A messire BeraultStuart, lieutenant-général du roi , donna un coursier gris, bien puissant, moult vite, et très-léger à la main, avec les bardes tant riches et belles, que chacun en fit spectacle de merveilles. En divers passe-temps illec finit ce jour, jusques au soir, que le cardinal de Saint- Severin, évêque de Maillezais, et frère du comte de Gayas , fit auxdits capitaines françois un banquet tant solennel, que de toutes viandes exquises et plaisants déduits furent repus et festoyés. Dedans un jardin qui étoit au
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ayO CHRONIQUES
cardinal Ascaigne fut fait celui banquet, auquel étoient orangers, citronniers et grenadiers, et autres arbres fruitiers de singulière estime , et fleurs odorantes de diverses espèces; et les chantres, ménétriers, tragédiques et comédiens , tous par ordre , y exercèrent leur métier. Celui banquet fini, les François allèrent prendre congé du Saint-Père, et dirent adieu à leur hôte ; et ce fait, retournèrent au camp , qui encore étoit devant Rome à séjour. Dès le vendredi devant celle nuit , conclurent et ordonnèrent que, le lendemain au matin, l'armée délogeroit pour aller en avant, droit à Naples , et que , sans autre séjour faire, jouxte leur possible continueroient Tœuvre encommencé , selon l'entreprise et vouloir du roi , qui étoit surtout de hâter la chose à toute diligence.
Comment Tarmée ïc Jrrûttce partit î>e îr^Dûut Uome pour aller à la conquête in royaume ic Xiapics , et comment elle passa par la oille ie Rome, à jjrani triompl)e et en armes.
Le vingt-huitième jour du mois de juin. Tan susdit, et vigile de Saint-Pierre et Saint- Paul , apôtres, de devant Rome délogèrent les François, et au partir mirent piétons et artil-
lerie devant, avec le train des sommiers et charroi du bagage de l'armée ; ce qui tenoit de long plus de deux milles de pays. Les gens d'armes , en bon ordre et bel arroi , marchèrent après, montés et armés, la lance sur la cuisse et la tête en l'armet , tous en point , comme pour devoir combattre. Ainsi passèrent par la ville de Rome, sonnant trompettes et clairons, et gros tabours de Suisses, si, que tonnerre n'eût là été ouï ; dont aucuns Romains, et autres tenant le parti contraire aux François, comme envieux de la gloire d'iceux, disoient l'un à l'autre : « Oh ! que grand'honte, vergogne et déshonneur est à tous les Italiens, de laisser ainsi passer à main armée les François , lesquels pillent nos biens , désirent nos femmes, occupent nos seigneuries, et à toute heure courent nos pays , et , à la fin , tendent de tous points nous soumarcher ! » Autres alarmes n'eurent d'iceux les François , fors regards haineux, ennuyeuses paroles, et menaces secrètes. Les autres Romains montroient chère joyeuse pour leur venue, louant l'heureuse prospérité des François et leurs recommandables gestes. Devant le château de Saint-Ange, aux créneaux d'une basse galerie, étoit le pape , accompagné de grand nombre de cardinaux , d'archevêques et évêques , et aussi avec lui étoient le duc de Valentinois et plusieurs seigneurs de Rome ; et au passage de
l'armée ledit Saint -Père donna bénédiction apostolique et le jubilé à tous les François et Allemands qui là étoicnt; et après ce , l'armée issit de Rome, et adressa vers le royaume de Naples, en cheminant toujours le grand pas, sans désordre , et de si bon branle , que , par défaut de conduite, nulle chose demeuroit en arrière. Celui jour les François furent au logis, à quatre milles de Rome , en une ville nommée Marin , terre des Colonnois , lesquels étoient dedans Capoue , à grand effort, au secours du roi don Frédéric. Les François, au moyen de ce , prirent ladite ville de Marin sans empêchement ; car dedans n'étoit demeuré homme, ne femme, ne enfant, que tous ne fussent fuis, réservé un vieil homme de l'âge de cent ans, qui, par défaut de ne pouvoir aller, étoit là demeuré. Les François y séjournèrent trois jours et pillèrent tout, puis firent porter ce bon vieillard hors la ville , et mirent le feu dedans. De là tirèrent à Belletri , ville qui est au pape, où demeurèrent deux jours; et au partir de là prirent la voie de Rocquesecque; et là firent les capitaines serrer l'armée , et chacun se tenir sur sa garde, et marcher en ordre assuré. Aussi temps et heure en étoit ; car de là au pas de Saint-Germain , qui est l'entrée du royaume de Naples , n V volt que huit milles de pays : qui est une place forte et malaisée , et devant passe un fleuve
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nommé le Garillan ; et audit pas de Saint- Germain pensoient les François avoir le combat, et là rencontrer leurs ennemis, vu que c'étoit lieu avantageux, et la première entrée du passage du pays contraire là où il falloit passer ; pensant aussi que les Napolitains dévoient, par raison, défendre l'entrée de leurs terres , si gens de cœur et vertueux étoient. Toutefois le firent autrement , comme pourrez ouïr ci-après. A Rocquesecque fut assis le camp des François , et là demeura jusques au lendemain. La nuit fut fait bon guet , et écoutes mises sus. Il n'y avoit nul qui ne pensât à son affaire , et chacun se disposoit pour combattre, comme ceux qui pensoient le lendemain rencontrer leurs ennemis aux champs. Ainsi étoient chevaux lors de saison , et harnois en requête : dont chacun, selon son pouvoir, en faisoit pourchas avantageux. A ce logis vinrent de renfort et en poste le seigneur de Montpensier, le seigneur deMauléon, le capitaine Maunourry, le prince de Salerne, et grand nombre de gentilshommes de la maison du roi , lesquels se voulurent exploiter à l'exercice de la guerre, et à la perte et au gain d'icelle abutiner. De Rocquesecque prit l'armée de France le chemin droit au pas de Saint-Germain; et, au partir du logis, furent mis avant-coureurs sur les champs, pour découvrir le pays , et obvier aux embûches , les*
quels ne trouvèrent en voie empêchement ne détour qui ennuyer sût Tarmée , laquelle se tenoit toujours serrée, et marchoit moult fièrement, et tôt; si que, audit pas de Saint- Germain , sans trouver aucune résistance, fut celui jour au gîte , et à séjour, et là-dedans demeurèrent un jour les gens d'armes françois. De celui pas de Saint-Germain adressa Fost de France vers la ville de Capoue , pour y mettre le siège, laquelle étoit moult forte et bien avitaillée. Dedans étoient sept mille Colonnois romains, et bien six mille autres hommes de guerre, pour icelle défendre et garder, lesquels à toute heure exploitoient leur pouvoir pour icelle remparer et fortifier. Grandïorce de bonne artillerie y avoit, et raêmement de celle que le roi Charles huitième avoit laissée à Naples , laquelle fut gagnée par le roi Frédéric sur les François, après que ledit roi Charles fut retourné de Naples en France. Je mettrai ce propos en arrière, pour parler des François, qui étoient jà partis du pas de Saint-Germain pour approcher la ville de Capoue. Au partir du logis, le sire d'Aubigny, lieutenant-général du roi, envoya un capitaine, nommé Aubert du Rousset, avec quatre-vingts chevau-légers , pour découvrir et aviser le pays; lequel ne trouva sur les chemins nulles embûches, ne autre empêchement d'ennemis, qui Tarrêtàtque le logis ne fît pour
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l'armée de France, dedans une villette étant à six milles près de Capoue, où furent pour ce jour logés les François.
Comment mt^sixe Unanit ôtuûrt, Ututeitttnl.&u roi, transmit îr^ur \)itanis V armes gommn* la oill^ îrc (Eapoiie ie faire obémance an roi ; et ie la rcpomc îrr ceux îre €apone.
Tantôt que les François furent logés, l'heure vint que, pour vouloir traiter de la paix avec les Napolitains et soudards de la ville de Capoue , ou , en cas de refus , leur annoncer le défi de la guerre , le sired'Aubigny, lieutenant du roi , transmit deux hérauts d'armes audit lieu de Capoue, pour sommer les gouverneurs de ladite ville de rendre icelle, et la mettre entre les mains et à l'obéissance du roi ; autrement les avertir d'avoir en brief le siège devant leur ville , et entre eux et les François la guerre ouverte. Iceux hérauts , tout ainsi que enchargé leur étoit , accomplirent leur message, et firent leur sommation comme dévoient, en remontrant à ceux de Capoue le droit que le roi avoit au royaume de Naples , le pouvoir des François , les cruels excès qui surviennent de la guerre , et le danger où ils étoient si Fortune vouloit que , par force d'assaut, fus-
sent pris et conquêtes , et comment si d'aventure venoit à tant, le glaive ne pardonneroit à nul sexe. Plusieurs autres remontrances leur firent lesdits hérauts, à la sommation et remontrance desquels les gouverneurs et potestats , avec les soudards et le peuple de la ville, firent réponse que, au regard de la ville de Capoue , elle étoit au roi don Frédéric , et que eux , comme ses sujets, vassaux et soudards , contre la puissance de France se mettroient tous en armes et défense , pour icelle querelle maintenir et garder, et que, à la poursuite de ce , ne gagneroient les François autre chose que la mort ou perpétuel exil ; et aussi que du siège , des assauts et de tous efforts d'iccux François, n'avoicnt aucune crainte, ne nulle doute , et que si hien à point , à coups de main et d'artillerie les recueilleroient , qu'ils n'auroient cause d'en faire hon rapport ; et sur ce , firent conclusion de toute réponse, disant que autre chose n'auroient pour l'heure présente, si n'est que lesdits hérauts eussent à l'heure à vider la place , à peine d'être mis à mort surle-champ. A celle réponse ne répliquèrent rien iceux hérauts , mais s'en retournèrent à l'armée de France , et là firent aux lieutenants du roi le rapport de la réponse de ceux de Capoue , et du vouloir qu'ils avoient de la défendre et garder, laquelle étoit forte à l'avantage, ^t bien garnie de toutes pièces requises pour
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attendre long siège et soutenir divers assauts. Le rapport d'iceux hérauts ouï par les lieutenants du roi et capitaines de l'armée, fut dit et arrêté qu'on iroit mettre le siège devant Capoue, et que le lendemain, septième jour du mois de juillet, se mettroient les François à chemin et en armes, pour mettre sur ce les mains en besogne.
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Commrnt le inc îre DaUntinois, avec qualrt cents [)0mmr3 îre picîr, ee rendit en VavmU ie Svance^ et icB ûppr0cl)fô que ron fit à Ca- Ce même jour, sixième de juillet, le duc de Valentinois survint à l'ost du roi , et avoit avec lui quatre cents piétons, tous accoutrés de damas jaune et de cramoisi; et lui , étoit vêtu d'un saie mi-partie de drap d'or et de velours cramoisi , et aussi avoit autour de lui quatre laquais et plusieurs gentilshommes , tous vêtus et habillés de soie mi-partie de drap d'or et de velours cramoisi , lesquels portoient tous la livrée du roi.
Le septième jour du mois de juillet, dudit lieu délogèrent les François , lesquels ne prirent le droit chemin de Capoue, pour ce que devant la ville , et entre l'armée du roi , pas-
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soit un gros fleuve , qui trop eût empêché le train du charroi de rartilierie, et arrêté le passage des gens de cheval ; dont tirèrent à quartier vers une ville nommée Matalon , qui est du royaume de Naples , à l'un des seigneurs Caraffes dudit lieu de Naples, comte dudit Matalon ; et là fut devant envoyé un capitaine nommé Jacques de Silly, bailli de Caen, et maître de Tartillerie de France , avec quatre mille Allemands, et quarante hommes d'armes des siens , et un homme d'armes de la compagnie du comte de Gayas, nommé Bernard de Mons, lesquels se mirent à chemin, et tant, que ladite ville approchèrent d'un mille près; et de là le bailli de Caen transmit celui Bernard de Mons , avec deux archers seulement, parler à ceux qui tenoient le château de Matalon , et iceux semondre de le rendre, et bailler les clefs aux gens du roi. Ainsi s'en alla ledit Bernard de Mons celle part , et fit tant , que à sa semonce les gardes de ladite place la rendirent, et icelle mirent entre ses mains. La ville pareillement se rendit au bailli de Caen sans coup férir, et lui , avec ses gens, se mit dedans. L'armée de France arriva là sur le vêpre, où demeura jusques au lendemain matin, qui fut le huitième jour du mois de juillet, que l'armée délogea , et prit les champs, pour de plus approcher Capoue; et tant alla en avant, que dedans le parc de Noie, où est un beau bois
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de haute-futaie, avec grandes prairies et belles fontaines , à huit milles de ladite ville de Capoue, fut mettre le camp, lequel fut illec assis huit jours durant ; et ce pendant les gens d'armes et chevaux se rafraîchirent , les vivres furent charroyés au camp, le conseil tenu sur le mieux de cet affaire, et pris places et châteaux , qui autour de Capoue étoient , pour ôter l'ennui et le danger des alarmes qui , durant le siège , eussent pu être données aux François ; et , entre autres, fut rendue , par composition , la ville de Verse , et les clefs mises entre les mains des lieutenants du roi. Du camp furent après envoyés messire Jacques de Silly, messire François de la Trimoille , messire Jacques de Chabannes , avec trois mille Allemands et quatre cents hommes d'armes , et quelques pièces d'artillerie , assiéger une ville nommée Mérillane, à quatre milles du camp, laquelle se rendit volontiers. Mais le château ne se voulut , de première venue, rendre , ains attendit à mettre le siège et asseoir l'artillerie ; et voyant que c'étoit, à tout parlementèrent , et se rendirent à la volonté des capitaines françois, dont leur en mésavint : car, pour eux être rebellés , tous les soudards, dont y en avoit deux cents , furent aux créneaux de la place , avec leurs capitaines , pendus , et n'en demeura de tous que le capitaine de ladite place , lequel avoit là-dedans sa
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femme , belle à merveilles ; et elle ,voyant son mari près de Tattache, toute échevelée et pleine de larmes, se mit aux pieds du seigneur de Mauléon , qui lui sembloit des plus apparens , et îcelui requit tant doucement , et tant lui fit de son gré , que gracieux lui fat jusques à répiter de mort son mari , qui avoit la hart au col , lequel se pouvoit lors vanter de ce que plusieurs taisent. Là fut, entre les autres , un des soudards de la place mis au vent, lequel, en le jetant bas, appela doucement Notre-Dame , et de bon cœur à elle se voua ; ce nonobstant fut guindé : tellement que une grosseheurefut branlante un créneau, comme s'il fût mort. Si avint que, par miracle, la corde dont il étoit attaché s'élargit au droit du nœud de la gorge , en sorte que la tête passa parmi , et chut à bas dedans les fossés , et la corde amont demeura attachée ; lequel , à la chute , se froissa une cuisse , et se prit à plaindre pour l'angoisse de son mal : tant , qu'un varlet nommé Louis Froisseau , serviteur d'un gentilhomme de chez le roi, nommé Henri de Maunourry, en pansant ses chevaux près d'illec, ouït celui pauvre soudard là plaindre et crier, dont s'en alla auxdits fossés, et le trouva gisant à terre tout afiblé ; lequel le leva à quelque peine, et l'amena à son logis, où fut pansé, et envoyé à sa maison sain et guéri. Sur ce, se I>eut dire que la cqrde soumit l'exécution de la
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rigueur de justice à l'obéissance de la pitié, mère de miséricorde, qui jamais, au besoin, n'oublie ceux qui dévotement la servent et justement la prient.
En suivant ce propos, fut vrai que le dixseptième jour de juillet, sur l'aube du jour, délogèrent les François de celui bois , où avoit été leur camp, et tirèrent droit àCapouetout le plein pas, et sans déroi, si que nul d'eux sortoit de son ordre , mais alloit chacun en marche bien arrangée , sans qu'un tout seul se mît à l'écart, réservés les avant-coureurs , et ceux qui étoient ordonnés pour découvrir le pays. Tant marchèrent les François, que sur le point de dix heures au matin, à quatre milles près de Capoue furent à la repue, et là fut avisé que le camp séjourneroit pour ce jour audit lieu , et que ce pendant coureurs seroient envoyés devant Capoue, pour voir la manière et connoître la puissance des soldats qui dedans étoient, et aussi pour aviser les sûres entrées, et lieux plus avantageux et propices pour y mettre le siège ; et pour ce faire, furent ordonnés le duc de Valentinois, le seigneur d'Alègre, et quelques autres capitaines, bons canonniers, et vieux routiers de guerre, lesquels avec quatre cents hommes d'armes et trois mille piétons partirent du camp, et devant Capoue adressèrent leur cours. Tantôt qu'ils furent aux champs, et que deux milles
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de pays eurent marché, six cents Colonnois, qui ce jour en armes étoient saillis de Capoue, leur furent en barbe , tous en bon ordre , bien armés et montés à l'avantage, tenant assuré maintien et hardie contenance. Mais pour ce, ne demeura que les François ne les approchassent de tant, que ce fut aux lances baisser, età donner dedans. Le ducdeValentinois se trouva des premiers à la charge, qui moult enharditses gens, en leur disant : ((Seigneurs François, le dire est commun que à votre première pointe nulle puissance résiste. Montrez donc à cette première rencontre la vertu de vos cœurs et la force de vos bras, tant que la louable réputation de vos efforts donne à vous augmentation d'honneur, et à vos ennemis craintif ébahissement.» A chef de ces paroles, les François se mêlèrent avec les Colonnois, lesquels vigoureusement se défendirent, et tant, que pour attendre le choc tinrent pied ferme, dont plusieurs allèrent par terre, qui depuis sains ne se relevèrent. Après assez long combat, iceux Colonnois se doutèrent de recharge, et des gens de pied, parquoi reculèrent et se mirent à la fuite. Les François leur donnèrent la chasse, et les menèrent battans jusques dedans leurs barrières, où furent recueillis par ceux de la ville , qui là se trouvèrent en grand nombre. Après la retraite d'iceux Colonnois, le duc de Valentinois voulut sommer
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les capitaines et soldats de la ville de Capoue de la rendre, et icelle mettre en l'obéissance du roi ; lesquels ne voulurent écouter ne ouïr sa semonce, mais l'outragèrent de paroles injurieuses et de langage haineux, en l'appelant fds de putain et marrane, en lui faisant de grosses menaces; lequel de tout ce ne fit semblant. Mais quand il vit que, pour Fheure, autre chose ne leur pouvoit faire, il, et le seigneur d'Alègre, et aucuns bons canonnierset sages capitaines de guerre, se prirent à regarder la ville , et icelle tournoyer et environner , pour aviser les lieux propices pour asseoir le siège, faire les tranchées, atîtrer l'artillerie, battre les murailles et donner l'assaut, si à tant venoit; et tout ce mis en avis, le duc de Valentinois et le seigneur d'Alègre, avec leurs gens, se retirèrent au camp; et là rapportèrent tout ce qu'ils avoientpu voir, aviser et connoître devant la villa de Capoue , tant de la force d'icelle que de l'avantage du siège. Parquoi fut appointé et dit que, le lendemain bien matin , l'armée marcheroit pour aller assiéger ladite ville de Capoue. La nuit tira outre, et le jour éclaircit , trompettes et tabours sonnèrent, artillerie et gens d'armes furent avoyés et mis à l'erré ; et ainsi s'en va l'exercite de France droit à Capoue, pour y mettre le siège, celui jour dix-huitième de juillet. Ainsi que l'armée marchoit pour approcher ladite
ville, à un mille près d'icelle, furent aux champs quatre cents coureurs napolitains, lesquels étoient allés brûler tous les logis des environs, et jà avoient mis à feu une abbaye > et un ermitage assez près de la ville, avec toutes les loges et maisons, bois, pailles et retoubles de deux milles près; et ce avoient fait, afin que les François ne trouvassent là logis à couvert, ne de quoi en savoir faire.
Comment les Sxancm ami^acni la miU ie €ap0uc, rt its cBcavmonc\)CB qui là furent faites , et îre la batterie et ïeô assauts qui là furent îr0nnés.
Après que les gens d'armes françois furent achemines, comme] 'ai dit, le comte de Gayas, qui étoit chef de l'avant-garde, où étoient quatre cents hommes d'armes, à deux mdles près de Capoue rencontra les coureurs dont j ai parlé ci-dessus; et voyant iceux faire empêche sur le chemin, pour adresser à eux, sortit de la bataille avec trente hommes d'armes, qui de plusieurs compagnies étoient issus pourescarmoucher, et aussi avec douze hommes d'armes des siens, desquels étoient le seigneur de Grigny , son lieutenant; Pierre de
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la Rivière, dit Puyberland; Jean du Courret; Colin de Bourdelaye ; PhiHppe Pouvreau; le IVIonteil ; Raquebidal et cinq autres des siens , lesquels chargèrent sur lesdits coureurs napohtains, desquels la plupart étoit infanterie, et commune de pays. Quoi que ce soit, tant rudement furent pourmenés , que plus delà moitié d'iceux furent jonchés sur les chemins morts et affoUés. Ainsi commençoit Mars le cruel à ouvrir sa sanglante boucherie. Quoi plus ? Qui fut mort si fut mort , et qui put fuir mitjambes à exploit droit à Capoue. Mais par les François furent suivis le glaive au dos jusques dedans les barrières de la ville, où furent recueillis des soldats napolitains, qui là étoient en armes à grand'puissance. Les coureurs françois étoient entrés dedans les barrières avec ceux auxquels ils donnoient la chasse , et jà avoient commencé bonne escarmouche avec les Napolitains, lesquels à tour de bras donnoient sur eux. Le comte de Gayas entre autres se montra bien à cet affaire ; car à tous heurts se trouvoit aux coups départir , et à tout besoin mettoit droitement ses gens en besogne, et bien à point les rallioit. Durant ce bruit, grand'foule de François survint au renfort du comte de Gayas et des siens , et besoin en étoit; car contre un François étoient plusieurs Napolitains. Entre les boulevards de la ville et les barrières fut l'escarmouche dure
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et salifiante , et à la fois les Napolitains étoienl chassés par les François juscpies encontre leurs boulevards, et puis les François ëtoicnt reboutês à puissance de gens et coups d'artillerie jusques aux barrières. D'un et d'autre parti furent blessés et occis plusieurs , entre autres un homme d'armes françois de ceux du seigneur de Saint-Priest, lecpiel à cette charge fut tué d'un coup d'artillerie encontre les barrières. Grande fut la noise; car de plus en plus fort se renforroit le bruit. Les François de Tavant-garde à grosses bandes se mirent dedans les l)arrières, pour soutenir le faix des lassés. Les garnisons de la ville pareillement sortoient à la file |)our secourir leurs compagnons. Là vissiez ruer gens et chevaux par terre, éclater bourdons et lances, rebondir épées et pertuisanes sur le harnois , peter artillerie de la ville, faire courses, charger el recharger; bref, à larigueurexécuterlaguerrc. Que futce?Laditeescarmouche dura bien trois lieures, et ce pendant les {jens d'armes françois s'assemblèrent. Le camp se logeoit, et l'artillerie fut approchée; et, à sa venue, pour départir les escarmoucheurs, cpiatregros faucons furent mis en place, et déchargés sur les Napolitains qui étoient entre les barrières et la ville, etsiàdroitdonnédedans, quesur laplace furent plusieurs étendus, et à grand'hâte les autresse retirèrent dedans la place. Du nombre
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de ceux qui la furent morts n'ai su autre chose, si ce n'est que d'un côt^ et d'autre y eut grand' perte de gens, et plusieurs bons chevaux furent tués et blessés. Après celle escarmouche, et la retraite faite, les soldats du roi Frédéric ne sortirent plus pour ce jour, mais se tinrent tout cois dedans la ville, dont cliacun des François, ainsi que ordonné fut, prit son logis. L'artillerie et les gens de pied eurent lieux assignés encontre des barrières, et tant près de la ville, qu'im archer eut pu tirer une flèche de trousse jusques au-dedans des murailles. Les hommes d'armes et archers furent logés près de l'artillerie et des piétons , à un jet d'arc, ouenviron. L'avant-garde d'un côtédela ville, la bataille de l'autre, et l'arrière-garde de l'autre; en manière comme pour vouloir environner ladite ville. D'un côté et d'autre étoit un fleuve, nommé le Vulturne, entre la ville et le siège, par où se pouvoicnt retirer ceux de Capoue, ou faire saillies et courses à la campagne, sans savoir toutefois faire ennui au siège des François; lequel côté fut assiégé à temps, et d'heure, comme je dirai ci-après. Le duc de Valentinois et le comte de Gayas trouvèrent là près deux petites maisonnettes échappées à la (lamme des boutefeux de Capoue, et là dedans se mirent iceux à couvert. Celle nuit les pionniers mirent la main à l'œuvre tant à point, que, devant le jour, les tran-
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chées furent faites, et rartillerie assise, chargée , et toute prête à ruer coups.
Le lendemain, dix-neuvième jour du mois de juillet , entre les quatre à cinq heures du matin, commença lartillerie à tonner et bruire devant et dedans la ville de Capoue , tant horriblement, qu'il sembloit à ceux qui là étoient, que tout autour d'eux terre tremblât. Ceux du dedans tiroient coups sans cesser, et si à droit, que homme françois n'osoit l'œil découvrir, sans être tout assuré d'être atteint ou de bond ou de volée : car tant étoient iccux canonniers justes, et si bonne artillerie avoient, que nuls de leurs coups alloient en vain, mais rencontroient toujours gens ou chevaux ; et ainsi ennuyoient par trop l'ost des François à coups d'artillerie et de trait, que le plus souvent tiroient de deux boulevards, lesquels étoient vis-à-vis du siège , et percés d'un et d'autre côté , pour tirer à toutes mains. Les canonniers françois, voyant le dommage et ennui que par iceux boulevards se faisoit à nos ^ens , adressèrent là coups forcenés, tant et si menu , que à l'atteindre tout alloit par terre; si que nul des ennemis n'osoit garder son repaire, ne soi montrer aux créneaux, ne les canonniers napolitains tirer deux coups ensuivans par une même passée, que tôt en l'heure ne fussent foudroyés : car tant justement tiroient nos canonniers, que bien sou-
vent, et le plus de fois, par le passage où tiroient ceux du dedans, par le même donnoient sans faillir à rencontrer la bouche de leur artillerie, tant que plusieurs de leurs pièces furent rompues et brisées , et eux morts et rués par terre. Quoi plus? Ce bruit diabolique dura quatre jours sans cesser, tel que oncques mais n'avoient les Napolitains vu batterie pareille. Et de vrai , d'autant que celui siège eut de durée, la guerre y fut des deux partis chaudement et à tous eflForts démenée ; car, pendant six jours entiers que le siège fut là, toute l'artillerie fut mise à exploit, et ne fut jour, ce nonobstant , que saillies, courses et escarmouches ne se fissent devant la place. Bonne gent de guerre , et exercitée aux armes , se montrèrent lors ceux de dedans : car , si dix, vingt, trente, cent ou mille François à pied ou à cheval entroient dedans les barrières pour escarmoucher , en pareil nombre et même arroi se trou voient en place les soldats de la ville, et les uns contre les autres faisoient merveilles d'armes; et tant, que premier que départ se fit , le lieu où le combat se faisoit étoit tout semé de morts. Nul mettoit en épargne ce que le pouvoir sa voit faire ; car chacun à cet affaire envioit le bon bruit, et s'efforçoit de l'acquérir. Le seigneur de Montpensier , lequel étoit jeune, hardi et bien adroit, là se trou voit à tous heurts , à la fois à cheval , à la 1. 19
fois à pied , et là fit dure {jucn e aux Napolitains, comme à ceux sur lesquels il vouloit par armes venger la mort de son père , que par iX)ison avoient traîtreusement fait mourir; dont plusieurs d'iceux sous le branle de sa main passèrent par la pointe du {glaive. Un capitaine de gens de pied, nommé Malherbe, avec grand nombre d'aventuriers, se trouva souventes fois sur les rangs entre lesdites barrières : aussi firent plusieurs autres ; et tant que mortel cbapplis se faisoit devant la ville deCapoue, laquelle fut battue et gucrroyèe par les François, sans séjour, dès le lundi dixneuvième jour du mois de juillet, jusques au vendredi ensuivant sur les trois heures après midi, que les deux boulevards dont j'ai cidessus écrit, furent abattus et atterrés. Et à celle heure, messire Bérault Stuart, qui étoit demeuré malade à Verse , vint au siège , et fut voir les canonniers et la batterie, et donna cent écus auxdits canonniers, pour leur donner vouloir de bien fiiire, lesquels firent grande rupture au milieu au travers desdits boulevards, et tant qu'il fut dit et arrêté que l'assaut se donneroit. Et pour ce faire, furent ordonnés le seigneur de Mauléon, Jacques de Silly, bailli de Caen , et plusieurs autres capitaines , avec cent hommes d'armes à pied et trois mille piétons. Ainsi furent gens d'armes apprêtés pour donner dedans : l'assaut sonna,
et clîacun approcha la brèche des boulevards, et là commencèrent à donner l'assaut moult aigre et dur; car, de première avenue, les hommes d'armçs dressèrent leurs échelles , et montèrent sus, et par force. Le seigneur de Montpensier monta si hardiment, que avec les mains s'attacha à une pipe du rempart, et, l'épée au poing, combattit main à main avec ses ennemis, et reçut plusieurs coups de pique et de hallebarde, sans jamais lâcher sa prise; et tant, que des premiers fut au dedans dudit boulevard. Le capitaine Malherbe fut là blessé d'un coup de trait en la cuisse; tellement que l'os lui fut mis en pièces, dont fut emporté malade en sa tente. Les autres piétons renforcèrent l'assaut, et entrèrent par les brèches et passages qu'avoient fiiits les coups de l'artillerie de France. Mais, en ce faisant, les gardes des boulevards, voyant que à cette défortune branloit leur mortel danger, pour obvier à ce, jouxte leur possible, mirent audevant tous efforts à coups d'artillerie et de trait, avec grands poux de lances, et coups de haches, et jets de grosses pierres; de quoi tuèrent prou de gens, et entre autres un chevalier écossais nommé messire Bides Afïlich. Toutefois, à la parfin, d'assaut furent emportés iceux boulevards , et deux cents hommes de guerre trouvés dedans, lesquels furent tous mis à répée, sans ce qu'un tout seul d'eux
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fût lépité de mort. A Theure que Tassaut se donnoit, le duc de Valentinois et le comte de Gayas, voyant que ceux de la ville entendoient à cette besogne , et pour ce étoient bien empêchés, prirent quatre cents hommes d armes et grand nombre d aventuriers François, qui là étoient, et se mirent à passer la rivière , qui étoit entre l'armée et la ville ; el icelle rivière passèrent en bateaux; et traversant ladite rivière , force coups d'artillerie leur furent envoyés de la ville, dont plusieurs furent blessés et tués : toutefois passèrent outre, et là prirent logis. Tantôt qu ils eurent gagné place, à leur renfort vinrent quatre cents hommes d'armes, Ursins romains, lesquels eonduisoit le seigneur Jean Jourdain ; et au devant d'eux furent le duc de Valentinois et le comte de Gayas , pour les recueillir el conduire où métier étoit. Lorsqu'ils furent arrivés, l'un des côtés de la ville delà la rivière eurent à garder , et deux mille François aventuriers , pour les secourir à ce besoin , leur furent baillés. Les quatre cents hommes d'armes françois qui étoient passés outre ladite rivière, assiégèrent la ville d'une autre part; et alors furent les Napolitains de tous côtés enclos, et la ville tout autour environnée de François et de Romains. Ce propre jour aussi, sur l'heure de vêpres, le seigneur de La Palice
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fut au siège, lequel y alla en poste, avec plusieurs autres gentilshommes de France.
Comment la miU ic Capout fut priée îr'aesaut par les Ixancm^ ïétruite ei pillée, ei lf0 soiîrats qui étoient îreïans mis h Ban$ anee igranï nombre ie peuple.
Après la prise des boulevards , dont j'ai fait mention ci-dessus, grand' compagnie de François se logèrent dedans; et celle nuit, sur le point de l'heure de minuit, toute l'artillerie du roi qui là étoit fut charriée, atîtrée et assise sur le bord des fossés de la ville , et là chargée, taudissée, et mise à point pour besogner ; laquelle, sitôt que jour éclaircit, commença meute de guerre , à tonner et tempêter, par tel effort que tout autour sembloit que foudre et orage dussent fendre les élémens et subvertir la terre. Tant de traits et de pierres d'artillerie veaoient de la ville contre les François, que nuls d'iceux osoient désemparer les tranchées , et sitôt qu'ils se découvroient, sans faillir étoient rencontrés : car les canonniers de la ville étoient tant experts à leur métier, que rien , que voir eussent pu , n'échappoit à leurs coups ; et ainsi donnoient merveilleux
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ennui et clomma{ïe irréparable à Tost francois; et eussent de plus, si les canonniers du roi qui là étoient n'eussent rabattu leurs coups : ce qu'ils firent , car, en moins de six heures, tant menu et si à droit déchargèrent contre la muraille de la ville , que plus de demi-jet d'arc de long n'y eut tour, repaire , défense ne créneau qui ne fussent mis à bas, canonniers et artillerie rués jus , et plus de vingt toises de muraille atterrées tout à ras. A la chute des murs, qui étoient hauts et épais, les fossés furent comblés et emplis; tellement que, tant que la brèche contenoit de long, gens à pied et à cheval, au besoin et sans autre détour, y eussent pu passer. Les soudards et le peuple de la ville virent que c'étoit à tout , et que les Francois avoient entrée sur eux , et vouloir délibéré d'y exploiter leur pouvoir, dont amollirent leur fureur, et eurent doute sur leur affaire; car jà devant, par effet aux courses et assauts, avoient connu la force et volonté d'iceux , qui contre eux étoient mortellement animés, et avantageux aux armes.
Toutefois , pour vouloir montrer que à grand besoin cœur viril doit délier vertu et en nécessité urgente fortifier son pouvoir, au danger de fortune soumirent leur affaire, et tous ensemble s'arrangèrent en armes et bel arroi devant la brèche de la muraille , par le dedans, et là tinrent pied ferme. Les seigneurs et mar-
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ehands de la ville , qui plus avoient à perdre, doutèrent du malheur, et voyant leur muraille rompue, leurs soudards affoibhs, leurs ennemis branler pour leur donner l'assaut, et leur vie en dangereux hasard , voulurent parlementer et demander être ouïs. Audience leur fut donnée par les lieutenants du roi, et leur parlement ouï , par lequel vouloient rendre la ville au roi; et pour les frais et mises de l'armée, et la dépense de la poudre de l'artillerie , qui là avoit été gâtée durant le siège, trente mille ducats vouloient ieeux donner, requérant , en ce faisant , que leur ville, avec leurs corps et biens, fussent saufs et garantis. Ainsi demandèrent les Capouans composition. Mais , pour garder que durant ledit parlement les gens de pied francois ne fissent effort pour entrer, toujours tiroit leur artillerie contre l'armée de France. Dedans la composition n'étoient compris les Colonnois, qui de ce ne furent pas bien contents, et si de la ville eussent pu lors saillir, leurs vies sauves, volontiers eussent pris ce parti, mais loisir n'eurent de ce faire; car, nonobstant ledit parlement, et aussi que durant icelui l'artillerie de la ville tiroit sur les François , l'assaut, comme je dirai ci-dessous, fut donné, voire sanglant et luctueux ; car à grand nombre, et bien délibérés, étoient là les François, envieux de combattre et soigneux de gagner.
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sachant que ladite ville de Capoue étoit garnie de bons soudards et remplie de richesses; car, de tout le royaume de Naples et de Rome, étoient là venus gens d'armes à puissance , pour défendre la ville , et aussi tous les nobles et riches marchands des villes et villages des environs s'étoient là-dedans retirés , et avec eux apporté leurs trésors et chevances , cuidant être en ce lieu assurés contre le pouvoir de tout le monde , dont leur en advint ce que ouïr pourrez ci-dessous. Après que la muraille fut rasée, et bréchée suffisamment pour donner l'assaut, les lieutenants du roi firent sonner force trompettes , clairons et gros tabours de Suisses pour réveiller l'armée; et aussi firent mettre pipes et tonneaux de vin sur le cul , et là boire gens d'armes à défroi ; et ce fait , pour donner cœur à chacun , les lieutenants du roi et capitaines de son armée enhortèrent leurs gens de bien faire , et de montrer, à celui grand besoin^ aux ennemis, que la force de France peut dompter l'orgueil d'Italie. Ainsi chacun chef de guerre donnoit aux siens semonce de vertueusement ouvrer, et vouloir d'honneur acquérir. Messire Berault Stuart, lieutenant-général du roi, voyant que, en cet affaire, branloit l'augmentation du prix des François ou le rabais de leur bonne réputation , pour évertuer leurs cœurs , et affermir le vouloir des oyants , dit ce qui s'en-
suit , ou paroles vraisemblables : « L'heure est venue que, au service du roi, à l'accroissement de notre gloire , et pour la sûreté de nos vies , nous faut la force de nos corps et la valeur de nos courages éprouver. Messeigneurs et amis , ayons mémoire que le nom redouté des Gaules, dont nous sommes issus , a jadis fait trembler toutes les nations du monde. En ensuivant donc leqrs faits chevaleureux , et en ajoutant aux nôtres nouveaux titres de florissante renommée , montrons-nous , par effet , vrais imitateurs de leurs bien-faits; et, pour commencer, mettons à cette besogne le tout de notre pouvoir en avant, et soyons assurés que si, à cette fois, nous sommes vainqueurs, nos ennemis , au demeurant de notre guerre, n'auront vouloir de nous plus combattre, ne pouvoir de nous résister. Sus donc , que chacun de nous mette la main à l'œuvre, par telle condition que le péril où nous sommes , ne la gloire que nous espérons , à ce seulement ne nous excitent , mais seule vertu , qui par nuls assauts d'adversité peut être affoiblie , ne pour aucuns efforts de fortune vaincue. »
A fin de ces paroles furent les François engrossés de courage vertueux, et en propos constant affermis , pour à temps marcher, et demeurer pied ferme au milieu des terribles aventures de la guerre, et là vivre et mourir, pour soutenir le droit de la querelle du roi.
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Quedirai-je plus? si nest que les François étoient prêts de donner l'assaut, et les Napolitains délibérés de le défendre, et tous arrangés autour du passage , en armes et à grand nombre , voire tel , que assez puissants sembloient être pour devoir être saillis aux champs et donner labataille auxFrançois : car autant ou plus d'hommes armés étoient dedans que dehors ; et ainsi attendirent l'assaut , lequel fut donné sur les onze heures du matin , le vingt-cinquième jour du mois de juillet, et commencé par les gens de pied , qui , de première venue, plantèrent leurs étendards joignant la brèche ; et là main à main commença le combat des deux partis , tel , que c'étoit chose étrange à regarder et dangereuse à assister ; car, autour où étoit ce bruit, en l'air n'apparoissoient que traits et dards , coups , feu et fumée d'artillerie; par terre trancher têtes et mains; dedans la ville trébucher gens morts et aflblés, ruer coups de lances , piques et hallebardes, et faire tout le sanglant pis que guerre pouvoit. Moult rudement fut donné celui assaut, mais tant vigoureusement défendu , que, en moins de demi-heure , furent étendus devant le passage plus de deux cents Allemands et François ; et est à penser que , en ce faisant , ceux de don Frédéric eurent portion des coups et partie au dommage ; car deçà et delà sonnoit le dieu des batailles : tellement, (jue nul repos fut là donné
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aux hommes, mais continuel étrif, lequel n'eût été avantageux pour les François, si leshommes d'armes de leur parti ne leur fussent venus à renfort, lesquels, tous à pied et légèrement armés , se mirent au travers de la presse pour les lassés supporter. A leur venue recommença le chapplis, plus aigre que devant, et tel , que, deux heures durant, ne firent autre métier qu'épandre sang humain au tranchant de l'épée et à la pointe de la lance; et à ce montrèrent les capitaines et lieutenants et autres François plus estimés, la valeur de leurs personnes, sans rien y épargner, ce qui de plus enhardia les autres. Napolitains et Colonnois soutinrent leur querelle jusques à y répandre maintes gouttes de sueur et grande effusion de sang ; et tant furent à la parfin par la force des François outrés, qu'ils ne surent à quel remède avoir recours , si n'est à la fuite. Ainsi commencèrent à reculer, et les François à gagner la brèche , et les uns et les autres à écheller la muraille. Les Colonnois romains, lesquels avoient leurs chevaux en la ville, se retirèrent de là pour eux cuider sauver, et sortir par les fausses poternes de la ville; lesquels , à l'issue , furent pris et tués par les Ursins et les François , qui gardoient ce quartier. Les aucuns d'eux gagnèrent la campagne, et se mirent sur le chemin de Naples , desquels étoit messire Fabrice Colonne, capitaine des
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Colonnois, lequel , avec tous ses gens, fut pris su r les chemins par les gens d'armes du seigneur de Mauléon, qui étoient du guet, et embusqués sur la passée de la voie de Naples; et icelui prirent trois hommes d'armes nommés le chevalier de laMondie, Louiset, et un autre appelé Chardonnet, auxquels il promit sept cents ducats; et après la prise de Capoue, amenèrent ledit messire Fabrice, avec grande compagnèe d'autres prisonniers , dedans ladite ville
de Capoue.
Pour revenir à mon assaut, je dis que devant la fuite et prise des Colonnois, que ceux de Capoue soutinrent le faix de l'assaut tant qu'ils le purent supporter; mais quand plus ne purent, les aucuns abandonnèrent la place où il y avoit brèche, et les autres tinrent pied ferme. Toutefois, les François emportèrent la ville d'assaut, et entrèrent dedans, avec bruit tumultueux , occision de peuple et effusion de sang. Les gens de pied, qui des premiers entrèrent, comme les plus légèrement armés, mirent à saquement tous ceux que devant eux trouvèrent, par les rues, en armes, et musses par les maisons, sans pardonner à nul, de quelque état qu'il fût, et tant , que le long des rues, à grands ruisseaux, couroit le sang des morts. Je ne veux déclarer les piteux plaints et cris lamentables des
femmes désolées, et des petits enfans, qui
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devant eux voyoient meurtrir leurs maris et leurs pères, et occire leurs parens et amis, piller leurs biens, et détruire leur cité; mais dirai que, avec la tuerie des hommes, furent maintes filles et femmes violées et forcées , ce qui est le comble du pis de tous les excès de la guerre. Les gens de pied de la bande du duc de Valentinois s'en acquittèrent tellement, que trente des plus belles de la ville emmenèrent à Rome prisonnières. Durant ce conflit , une dame de la ville, se voyant poursuivie et pressée desdits laquais, qui par force la vouloient prendre , s'enfuit dedans une haute chambre de sa maison, et là, du haut en bas, par une fenêtre se jeta en la rue : mieux voulant mourre de telle mort, que de ses ennemis être ahontée. Je n'en dirai plus , sinon que les maisons furent brisées, portes rompues de toutes parts , et les trésors tous pris et abutinés, à qui en put avoir; si que plusieurs François et Allemands, qui là étoient, en furent enrichis à jamais; car tant de biens y avoit , que chacun en put avoir bonne part : ce qui de là en avant les mit en appétit de combattre , et fil de guerroyer. La boucherie des morts fut là si sanglante , que de sept à huit mille assommés fut fait un nombre. Le rémanent des hommes et des femmes , et
les gens d'Eglise , s'enfuirent les uns sur les voûtes des moûtiers, et par les clochers et
tours des églises; les autres se mussèrent dedans les caves, roches et citernes , et par les lieux où ils se pensoient mieux garantir, lesquels furent le lendemain cherchés , et trouvés, et tous mis à rançon. Dedans ladite ville furent aussi trouvées dix-huit pièces de bonne artillerie , que le roi Charles huitième avait laissées à Naples, comme j'ai dit ci-dessus.
Tout ce fait, comme ouï avez, chacun des François prit logis pour se reposer, car temps en étoit. Les uns serrèrent leur butin , les autres composèrent avec leurs prisonniers , les autres firent enterrer leurs amis, et les autres pansèrent leurs plaies ; somme , il n'y eut nul qui n'eût l'œil à ses besognes , selon ce que mieux lui sembloit. Messire Fabrice Colonne, qui lors étoit prisonnier entre les mains de ses ennemis , étoit épris de courroux, et à bonne cause, vu la domination et l'état seigneurieux auquel peu de jours devant s'étoit trouvé, connoissant lors son honneur rabaissé et son pouvoir anéanti. Toutefois tellement en advint , que le seigneur de Mauléon le retira des mains de ceux qui prisonnier le tenoient , moyennant douze cents ducats qu'il leur bailla, et si n'y perdit rien au marché; car pour la rançon dudit Fabrice en eut quatorze mille ducats , dont cetui Fabrice romain se trouva moult empêché et nécessiteux , pour ce que devant et
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durant le siège de Capoue, il avait fait grande avance pour le roi don Frédéric au paiement de ses soldats : ce qui lui est ores et toujours sera de reste , et à bon droit; car à ses dépens de gaîté de cœur, sans propos raisonnable, juste querelle, ne à ce faire être obligé, de l'affaire d'autrui se voulut entremettre.
Le seigneur Jean Jourdain, capitaine des Ursins, qui lors ennemi de celui Fabrice étoit, voyant que pour sa délivrance argent ne pou voit finer, et que en arrière de paiement du tout se trouvoit, lui dit : « Seigneur Fabrice , pour ce que aux vaincus pitié se doit offrir, etaux affligés donner réfrigère, je, toutefois ton ennemi, toi voyant être captif entre les mains de tes adverses , et dénué d'argent, pour moyenner ta délivrance, afin que tu prennes connoissance que je veux user envers toi plus d'humanité que de vengeance , je supplierai ceux qui te détiennent prisonnier, qu'ils te veuillent doucement traiter, et ferai pour toi l'avance de ce qui reste pour le paiement de ta rançon : or avise donc si tu veux accepter l'offre qui par moi t'est présentée? » A ces paroles fit réponse messire Fabrice Colonne , disant tels mots au seigneur Jean Jourdain : « Du moyen de la prière de tes paroles , pour mon bon traitement , ne de l'aide du prêt de ton argent pour ma déhvrance, n'ai que bésongner, seigneur Jean Jourdain ;
3o4 - CHRONIQUES
car, quant au premier point, les François, qui prisonnier me tiennent , ne sont coutumiers de mal traiter ceux qui sous leur main tiennent prison; au surplus, j'ai encore à Rome vaisselle d'argent , et meubles assez pour suiTire au paiement de ma rançon. Pour ce, je m'essaierai pour cette fois de non être tenu à toi en rien , et saches en outre que , pour le malheur de cette mienne défortune, jà pourtant ne sera mon vouloir rabaissé , mon courage amolli, ni mon espérance perdue. «Ainsi parla en homme de grand cœur le dit messire Fabrice Colonne , et transmit à Rome vendre et engager de sa vaisselle d'argent, et ce qu'il avoit jusques à la somme de ce que montoit le taux de sa rançon; laquelle pava au seigneur de Mauléon , qui l' avoit entre ses mains. Le roi , qui étoit à Lyon sur le Rhône , eut la poste le pénultième jour du mois de juillet , et lettres du seigneur d'Aubigny, et de ses autres lieutenants en la guerre de Naples , dont fut acertainé du vrai de la prise de Capoue, et de la défaite des Colonnois ; desquelles nouvelles fut moult joyeux , et fît icelles pubher partout; et, au moyen de ce, fit, dedans ladite ville de Lyon , faire les feux de joie, et le lendemain fut ouïr la messe en grande dévotion , et fut en voyage à Notre-Dame de Confort, dedans ladite ville de Lyon, et là trèshumblement regracier Dieu et Notre-Dame