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de la bonne victoire que contre ses ennemis avait obtenue. Dedans la ville de Capoue, après la prise d'icelle, reposèrent les François deux jours seulement; et ce pendant entre les capitaines fut tenu conseil sur le surplus de leur affaire , et propos débattu sur ce que aucuns furent d'avis que la ville de Capoue devoit être brûlée, et du tout être mise en ruine, comme celle qui de tout temps étoit ennemie des François , et qui maintes fois avoit iceux détroussés, et à eux empêché le passage de Naples , et que , par ses embûches et efforts, et aussi pour icelle réduire, étoient morts plusieurs François , et que tant qu'elle seroit en être et en puissance, que jamais en sûreté par là ne passeroient : dont , pour obvier à ce, falloit qu'elle fût brûlée et détruite. Les autres furent d'avis différent, disant que du tout ne devoit être dévastée, et que, si elle l'é toit, dommage s'en en sui vroit pour le roi ; car elle pouvoit de là en avant donner sûreté aux François, qui maîtres en étoient, et service au soutien de bonnes et grosses garnisons pour le roi, qui, sans bonnes places, et bien fortifiées, ne pouvoit seulement posséder ne garder le royaume de Naples, dont Capoue étoit l'une des plus propices et secourables pour ce faire. Parquoi fut conclu que elle ne seroit brûlée ne détruite ; mais seroit mise dedans grosse garnison de François pour la

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garder, et, pour ce faire , furent ordonnés soixante hommes d'armes de ceux de Jacques de Silly et de messire Aymar de Prye, avec quelque nombre de gens de pied ; et pour le gouvernement d'icelle , le seigneur d'Aubigny y mit un gentilhomme des siens , nommé Maulevrier, du pays d'Anjou , auquel la bailla en garde, sur sa vie.

La ville de Capoue mise en sûre main , et les François un peu rafraîchis, se mirent aux champs, et tirèrent versNaples; et tant marchèrent ce jour , que à huit milles de pays loin de leur logis s'arrêtèrent , qui est à mi-voie de Capoue et de Naples , et là furent à séjour l'espace de huit jours. Ledit temps durant, l'artillerie fut envoyée au château de Verse , et , par ambassades , parlement tenu entre le roi don Frédéric et les lieutenants du roi. Ledit Frédéric transmit ses ambassades vers iceux lieutenants pour le roi, pour les avertir de son vouloir , et demander à eux composition telle, que ledit Frédéric, dedans huit jours après ce, promettoit vuider la ville de Naples, et lui, et sa femme, et ses enfants, avec toutes ses bagues , se retireroient dedans l'île d'Isque , qui est moult forte, et garnie de bonnes places, et environnée de mer de tous côtés, bien avant en mer, et est du royaume de Naples. Et outre demandoit Frédéric avoir six mois de terme pour envoyer ambassades en France devers le

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roi, et demander appointement tel, que par son conseil seroit sur ce avisé, et couché par articles; et les six mois passés, si l'offre que le roi lui auroit faite n'étoit àson plaisir, ou que assez raisonnable ne lui semblât, vouloit après ce qu'il pût se mettre en effort de défendre sa querelle comme il pourroit; et pour celui appointement mieux assurer, bailleroit bons otages et suffisants. Les lieutenants du roi voyant le traité du parlement, et le proposé de don Frédéric, qui vouloit vider Naples, et icelle mettre entre les mains des François, et en l'obéissance du roi, et que, en ce faisant, se soumettoit à due raison, furent d'avis que la composition étoit à l'avantage du roi , et au profit de son armée ; vu que, si Naples étoit rendue, que le surplus du royaume ne feroit résistance contre les François ; et que durant les six mois qu'il demandoit pour envoyer devers le roi , les François se fortifîeroient , et tiendroient villes et châteaux , par si bonnes et grosses garnisons, que s'il advenoit que appointement ne se fît, et que derechef guerre s'émût , que ce seroit pour soutenir le faix de la charge, et rabattre les coups de tous les efforts de la puissance du roi don Frédéric ; et tout ce considéré, le sire d'Aubigny , le duc de Valentinois et le comte de Gayas , lieutenants du roi, signèrent ledit appointement; et eurent pour otages le frère bâtard du roi Frédéric,

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et deux des seigneurs principaux de la ville de Naples, lesquels furent envoyés au château de Verse, et mis en garde entre les mains d'un capitaine François nommé Lalande, et d'un autre nommé Bernard de Mons , gouverneur de ladite ville de Verse , pour le roi ; et ce fait, le roi Frédéric plia ses bagues, et se voulut retirer dedans l'île d'Isque, comme avoit promis aux lieutenants du roi; et à son départ prit congé de ses fomiliers et amis, et du peuple de Naples, les larmes aux yeux, en leur disant telles paroles : « Ores ai-je assez vu pour bien connoitre que en ce monde muable y a peu de sûreté; et moult de variation, mes amis, et sachez que ce qui me le ftiit dire est l'essai de la propriété du casqui en très-amère perplexité et douloureux exil me veut charrier et conduire, si par le pouvoir de vertu je ne soumets les embûches de Fortune, qui de ruineux appareil contre moi fait effort. Oh! que mal félicites sont ceux qui après la haute montée de bonheur choient dedans la basse vallée de misère ! Hélas, Fortune envieuse de mon bien, et ennemie de maprospéri(é, me pousse et ébranle, et me met jusque sur le bord de ce chemin trèsennuyeux, sans me laisser autre conduite que soucieuse pensée, qui continuelle compagnie me fait, tant que sous le poids de cette griève charge mon pouvoir est recru et arrêté ; et ne sais à quoi plus me tenir ou affermir, si ce

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n'est au frêle bâton d'espérance incertaine ; sur lequel, mal assuré, je m'appuie et soutiens, comme sur la glace d'une nuit; ainsi que me pourmène ma dure destinée. De léger, pourrez atteindre la fiction de ma piteuse élégie, si de mon malheureux affaire avez claire connoissance, qui de tant me persécute que par les efforts des François mes ennemis, auxquels Fortune contre moi de tant lève la main, que par eux me convient abandonner mes terres et seigneuries, et perdre le titre et profit du royaume de Naples , dont je dusse être , ce me semble, seigneur-propriétaire; et faut que par l'autorité de la force j'en sois déchassé ! Toutefois, seul ne pâtirai-je à cette perte; car la mienne femme désolée, et mes petits enfants déshérités en aurontégale portion. Quoi plus? Pour le long plaindre de ma perte, n'en abrège le terme de mon malheur. Parquoi au surplus de mon affaire et au mieux d'icelui , me faut donner offre. Ores ne puis-je plus ici demeurer; car la composition par moi faite avec les François me le défend. Donc vider me faut la terre très-douce et fertile, et l'excellente et gentille ville de Naples , pour monter sur mer amère et chercher îles odieuses. » A bout de ces complaintes, ses privés et amis se montrèrent de son ennui compatients , et au mieux que purent faire, le repurent de paroles eonsolables , tant que les esprits lui réveillèrent;

et ce fait , avec tout son charroi , son train , ses bagues, et se mit en voie vers l'île d'Isque , dedans laquelle s'en alla pour là attendre la fin de sa fortune.

Cammftit les lirutcnante îru roi entrèrent a ttaplee , où furent Ijonorablement reeus.

Tous les faits susdits résolus , les lieutenants du roi eurent obéissance de ceux de Naples , et de toute la Terre de Labour , tant que les clefs des villes dudit pays leur furent apportées jusquesà une ville nommée Marsignis, huit milles près de Naples, où là le sire d'Aubigny , lieutenant- général du roi, reçut la foi, les fiefs et hommages des seigneurs dudit pays; et là firent composition de rendre les châteaux de Naples, Gayette, et les autres places fortes, lesquels soumirent au roi. Dont iceux lieutenants , bien accompagnés de gens d'armes et autres, s'en allèrent dedans Naples, etlàentrè-^ rent à grand honneur et triomphe magnifique, et leur furent les châteaux baillés et mis entre les mains. Ce fait, les garnisons furent dispersées autour de Naples; et le seigneur de La Palice envoyé vice-roi en l'Abruzze, avec deux cents hommes d'armes et deux mille hommes de pied; lequel paysétoit bon Arragonois; et

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mêmement une ville, nommée L'Aigle, qui est communauté sujette à la souveraineté de Naples, laquelle, et toutes les autres, furent par ledit sieur de La Palice conquêtées et soumises en l'obéissance du roi, et lui bien obéi, et moult aimé du peuple de celui pays.

Louis de Bourbon, comte de Montpensier , après ce , s'en alla en une petite villette près d'illec, nommée Piccol, où, après la conquête que le roi Charles huitième fit à Naples, avoit été enterré le père dudit comte de Montpensier; et là anciennement soûloit avoir une belle cité , nommée Bayes , qui pour l'abominable péché sodomitique autrefois périt et abîma , réservé ledit lieu de Piccol , qui est à dire en vulgaire italique petit, et est tout un même terme pichenin et piccol , fors que les Lombards disent pichenin et les Italiens piccol. Que que soit, à la requête d'une dévote femme dudit lieu, fut préservé de submersion; et là ledit comte de Montpensier fit ouvrir le tombeau où étoit enseveli le corps de son père; et sitôt que ce tombeau fut ouvert, et que le fils vif vit le père mort, il transit tout de frayeur, tellement que la fièvre le prit, dont peu de jours après mourut sans remède.

Les choses exploitées par le sire d'Aubigny , comme dit est, quelque peu de temps après, le roi envoya à Naples messire Etienne de Vèse , sénéchal de Bcaucaire, et messire Raoul de

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Lannoy, bailli cFAmiens, pour donner et pourvoir des offices , et ordonner des finances; et supposé ores que ledit sire d'Aubigny en eût fait la conquête, et suflire dût au surplus; toutefois, pour obéir au roi, reçut iceux trèsamiablement, et dedans le château de Capouane de Naples, les traita honorablement et leur fit joyeuse chère; et là étoit le comte de Gayas malade, qui s'efibrça de bien traiter les susdits. Aussi étoit là le duc de Valentinois, et grande noblesse dudit pays. Bientôt après ce, une fièvre prit audit sire d'Aubigny, lequel, pour changer d'air, avec les gens de sa maison s'en alla à la Tour du Grec , sept milles près de Naples, et, ayant pris audit lieu huit jours de séjour, s'en alla à Nocère, ville de Labour, sujette au comte de Montorio, où demeura trois semaines à repos. Durant lequel temps il fut sain et bien guéri, parquoi il s'en voulut retourner àNaples, pour subvenir aux affaires du roi ; et le sénéchal de Beaucaire, qui là étoit envoyé de par le roi , fut atteint de maladie : tellement que guère n'exploita son office, que la mort ne le saisît. Le roi Frédéric transmit lors devers le roi le double de la composition et appointement qu'il avoit fait avec le sire d'Aubigny et ses autres lieutenants, avec les articles faits sur ce qu'il demandoitau roi , premier que se vouloit désister du droit qu'il disoit avoir au royaume de

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Naples, desquelles choses le roi fut moult joyeux; et pour solenniser les bonnes nouvelles , commanda icelles publier par tout le royaume de France, et, pour cela, faire en tous ses pays les feux de joie. Ce qui fut fait. Les articles de la demande de don Frédéric furent mis en conseil , pour y aviser jouxte la raison , et en ordonner selon équité.

Comment mcssirt JJIjUippf >cEat)f0latn, goiip^rttfur ie (É>tnt^ ci lieutenant ixx roi sut Vavmie ie mer, fut à Haples, ti ne vonlni tenir Tappointement fait entnr lee lieutenants îru roi î>'une part , et le roi ion Stil^mc yanitc; et comment fut transmis UVii roi Sté^^ixic en Sxana^ à la sûreté in roi.

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Messire Philippe de Ravestain, lieutenant du roi en l'armée de mer, étoit lors parti de Gènes, avec vingt voiles tant seulement, et tant avoit cinglé par mer, que sans détour avoit approché le port de Naples, de deux milles près. A sa venue, les autres lieutenants du roi, qui lors étoient à Naples, transmirent au-devant de lui messagers, pour lui dire et signifier l'appointement qu'ils avoient fait avec le roi don Frédéric, qui étoit tel, que, après

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que la ville de Napleà auroit vidée , et icelle laissée entre les mains des François, qu'il se retireroit en l'île d'Isque, ce que déjà avoit fait; et que en outre auroit six mois de terme pour envoyer devers le roi , et traiter de son affaire; et les six mois passés, si Tappointement que le roi lui voudroit faire ne lui sembloit bon , pourroit ledit Frédéric défendre sa querelle comme il sauroit. Ainsi fut averti ledit sieur de Ravestain du traité et conclusion de Tappointement susdit, et requis parles autres lieutenants du roi de donner à ce, consentement, et icelui avoir agréable. Ce qu'il ne youlut, disant que celui appointement lui sembloit du tout au désavantage du roi, et au profit de don Frédéric; et aussi que sans lui l'avoient fait, ce qu'ils ne pouvoient, ni ne dévoient, vu qu'il étoit lieutenant du roi comme eux , et en outre amiral : parquoi ne consentiroit audit traité , mais sur ce feroit ce qu'il devroit; aussi que de ce, devoit avoir la connoissance , vu que don Frédéric étoit lors en File d'Isque sur mer, et en ses dangers. Et ce dit, marcha outre jusques à Naples; et là de cette matière entre eux fut grande question , etle propos débattu selon l'opinion de chacun : et pour conclusion faire, messire Philippe de Ravestain dit que la composition étoit à la foule du roi, et selon l'intention de Frédéric; et la raison , car durant le terme de six mois

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que pour pensera ses besognes il avoit, l'armée de France ce pendant pourroit dépenser grand argent, et perdre prou de gens, et le roi Frédéric se pourvoir d'avoir, acquérir amis, et faire alliances; et aussi que, ce pendant, le roi d'Espagne, duquel il se disoit parent, et autres, lui pourroient donner tel secours, que en fin de cause, les François n'auroient pas du meilleur : dont l'entreprise du roi se pourroit par ce moyen de moult retarder, et par aventure du tout empêcher; vu qu'aide d'argent et secours de soudards ne pouvoir sommairement à besoin subvenir à cet affaire pour la lointainetédu lieu , comme autrefois et de fraîche mémoire, en cas semblable, aux François du temps du roi Charles VIII% après la conquête qu'il fit dudit royaume de Naples, en étoit advenu. Plusieurs autres remontrances fit messire Philippe de Ravestain sur le défaut de ce, tant que le duc de Valentinois dit que ses autres compagnons avoient fait la chose outre son vouloir, et que, s'il l'avoit signée, ce avoit fait à leur appétit seulement. Mais quoi que ce soit, en ce faisant et en ce cas, mal autorisé et bien inconstant il se montra. Je mets ce compte à part, pour dire que messire Phihppe de Ravestain , mal content de ce que sans lui sur l'affaire de Frédéric composition avoit été faite, dit à messire Berault Stuart, et à ses autres compagnons, que plus nedemeureroitaveceux

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à Naples : mais s'en vouloit aller sur mer , pour faire ce qu'il devoit, et accomplir son voyar;e de Turquie , comme par le roi lui avoit été commandé. Toutefois fut arrêté, par prières pour huit jours seulement; et en ce terme les navires et galères du roi , qui étoient partis du port de Toulon, en Provence, avec les carraques de Gènes , arrivèrent à Naples armés et équipés dûment. Le roi Frédéric, qui lors étoiten 1 île disque, sut la venue dernessire Philippe de Ravestain, lieutenant du roi en son armée de mer , et que grand navigage avoit avec lui ; et aussi fut averti de ce que lappomtement fait par lui avec les autres lieutenants du roi , ne vouloit tenir : mais lui vouloit courir sus, et faire guerre par mer. Parquoi lui envoya un chevalier , nommé messire Antoine Grison, pour lui dire et le prier que de sa part voulut avoir agréable et signer ledit appointement, comme avoient fait les autres lieutenants du roi : ce que ne voulut faire ledit seigneur de Ravestain, mais lui manda par sondit messager, que s'il ne vidoit Me lieu où il étoit, ou qu'il ne se rendît, qu'il riroit assiéger et prendre quelque part qu'il le trouveroit. Dont de rechef revint icelui messire Antoine Grison devers messire Philippe de Ravestain , pour le prier amiablement de par le roi don Frédéric, que le plus loyalement que faire sepourroit, lui voulût sur son

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malheureux affaire donner provision de conseil , et que à icelui du tout se tiendroît. Oyant la prière du roi Frédéric messire Philippe de Ravestain , et voyant que par icelle faisoit offre de raison et présentoit humain parti, lui prêta l'oreille, et, pour phis en savoir, lui transmit un sien maître dliôtel, nommé Antoine de Créquy, pour lui dire et répondre, sur ce qu'il demandoit, que si en vie prospère le savoit, que de lui n'auroit aucun conseil; mais pour ce que en misérable adversité le voyoit, et que en ce détroit les ennemis qui ont l'avantage se doivent montrer humains aux aflligés, sur son affaire volontiers le conseilleroit; et pour le mieux, selon son avis, lui manda que, sans autre question, le plus profitable de son cas étoit de soi mettre et rendre entre les bras du roi, et se soumettre à son vouloir; et en ce, tant sage et débonnaire le trouveroit, et tel appointement auroit de lui , que ce seroit jusques à devoir être content; et que meilleur ne plus sûr conseil pour lui ne savoit ; vu aussi que Naples et la plus grande partiedu royaume étoient entre les mains des François, et que contre eux ne pourroit avoir durée, ne à leur pouvoir résister. Le roi don Frédéric, oyant ladite remontrance de messire Philippe de Ravestain, pensa sur ce au plus profitable de son mieux ; et la chose en conseil et en soi-même débattit en disant ; « Ores est-il l'heure que de

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deux mauvais partis je choisisse Tun. Toutefois le pire me convient délaisser , et jusques à temps à l'autre me tenir. Je vois la sûreté mienne tant mal appuyée par la controversité des lieutenants du roi de France, sur la composition par aucuns d'eux et moi faite ^ ne m'est que trop peu secourable, et en rien comptée. Donc faut ici que, pour honte échever, me défende, ce que longuement ne puis, ou que au roi de France me rende, ce que pour honneursuivrepromptementne dois .Que feraijedonc?Ou si j'efforcerai mon pouvoir àce résister, pour me mettre au hasard de perpétuel exil, ou si , en la fiance de la promesse de mes ennemis au vouloir du roi de France je soumettrai mon affaire pour ne perdre tout? Que dirai-je sur ce? si ce n'est que encore entre douteuse espérance de peu de bien avoir , et sûre défiance de grand dommage encourir , a moult différent propos ; parquoi n'ahurterai mon vouloir au danger d'une île ébranlée, mais sur l'appui de la ferme bonté du roi trèschrétien fonderai le sort de mon aventure : vu aussi que à prince très-humain, piteux, sage et débonnaire, ai à besogner. Donc fais-je ce que je dois , en advienne ce que pourra. » Ainsi se consentit le roi don Frédéric de s'en aller rendre au roi , et pour ce, prit sauf-conduit de messire Philippe de Ravestain et de messire BeraultStuart, lieutenants du roi, pour s'en

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aller en France. Toutefois, dedans ladite île d'Isque laissa le marquis de Pescare, sien serviteur, auquel bailla sûres enseignes pour rendre ladite île à qui bon lui sembleroit , en lui envoyant sur ce lettres contresignées; aussi laissa audit lieu dame Isabelle sa femme, laquelle étoit fille du prince d'Altamore, et avec elle demeurèrent deux petits enfans et deux filles, et aussi laissa dedans Tarente un sien fils aîné, nommé don Ferrand, avec

deux centshommes d'armes, pour garder ladite ville. Ores se dût bien plaindre le pauvre prince des dons labiles de Fortune variable; mais tant fut enrichi des biens de nature , que la perte de ses pays lui fut récompensée en lignée ; car lui seul avoit lors trois enfants mâles, où nul des rois chrétiens et princes infidèles n'en avait nuls. Or disons, lepauvre'prince, après lesdits saufs-conduits pris, demanda audit sieur de Ravestain un jeune gentilhomme françois, nommé Antoine de Castelferrus, des pensionnaires du roi, pour le conduire et mener jusques en France : lequel le lui bailla; et tout ce fait, fit équiper huit galères, une fuste et un brigantin, et se mit en mer avec cmq cents gentilshommes des siens, pour tirer vers Marseille , en Provence.

CHROTSIQUES

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Comment Coûts îr'2lrmûgnûc , inc îre tlmourô, fut, par U tîouloir îru rai, envoyé à ttûples, pour èiïc c\id n vice-voi anVii rogaume ie ïiapleB.

Le roi , qui lors étoit à Lyon sur le Rhône , fut par ses postes assuré de tout ce qui delà les monts avoit par ses gens été fait ; tant de la conquête de Naples, que de la venue de Frédéric. Donc, comme celui qui toujours avoit l'œil , lavis et la main en besogne pour secourir à ses aflaires, voyant aussi que audit royaume falloit chef sur tous autorisé , là transmit Louis d'Armagnac, duc de Nemours, jeune prince de qualité, bien grand en savoir, très -magnanime en vouloir, et plus excessif en vertus; lequel ordonna être seul vice-roi, et général gouverneur en toutes choses audit royaume de Naples. Ainsi prit congé du roi , de la reine et des seigneurs de France , et se mit en bateaux sur le Rhône , accompagné de grand nombre de seigneurs et gentilshommes de la maison du roi , qui par eau le conduisirent jusques à Vienne en Dauphiné, cinq lieues delà Lyon : et de là se mit en voie par eau et tira jusques à Marseille,en Provence, où monta sur mer, et fit cingler vers Gênes, et de là à Naples. Le sire d'Aubigny, qui lors

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étoit à Naples, sut la venue du duc de Nemours , et comment le roi Fenvoyoit vice-roi de par-delà : dont envoya au-devant de lui grand nombre de gens jusques à Piccol, à sept milles de Naples; et lui, fut, pour le recueillir, jusques à Notre-Dame-de-Pie de Crote, à deux milles près de la ville. Et là est la montagne percée que Virgile, par art diabolique ou autrement, perça tout au travers, laquelle dure un mille de pays, ou environ ; et est le trou si grand, qu'un homme à cheval y peut aisément passer. Par là passa le vice-roi avec toute sa route; et ainsi le conduisit le seigneur d'Aubigny, avec les seigneurs de la ville, jusque dedans, où furent tendues les rues, et partout garnies de tables rondes couvertes de vins et viandes, à qui en vouloit. Dedans le château de Capouane s'en alla loger le vice-roi avec le sire d'Aubigny. Obéissance fut faite totalement audit vice-roi, sans qu'autre s'entremît des affaires de Naples; dont le sire d'Aubigny , voyant la peine qu'il avoit eue et la diligence qu'il avoit mise à conquêter ledit pays, ne se put bonnement contenter : qui fut jà un commencement de division entre les chefs de l'armée ; ce qui est une chose si dangereuse à soutenir, que, à ce moyen , toutes entreprises de guerre viennent à malheureux effet. Or s'en alla ledit sire d'Aubigny en la comté de Venafro, près de Capoue, la-

quelle le roi lui avolt donnée, et là fut par l'espace de six semaines ; et ce pendant trans „,it devers le roi , pour avo.r congé de s en " ourner en France , ce que le ro. ne permU lins lui manda le roi retourner a Naples vers rvice-roi,pourconsultersurleursaffa.re^,u

fut avisé que ledit vice-roi s'en iroiten Pomlle , Tlovs étoit Gonsales Ferrand, POur départir le Capitanat et le Principat. terres de ^aples indivisées entre le roi de France^;;-d'Espagne, et que là diviseroient ledit pays . Sl/*;^, e?que le sire d'Aubigny^emeureroit àNaples, pour ce que b.en-voulu e mt des seigneurs et du peuple : ce qui fut fait.

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be inaïoine €lanî.e ï.f Jtme tl U fUe ïttïU ortl)iî>ttc.

En celui temps le roi étoit à Lyon sur le Bhône , et la reine quant et lui , et plusieurs «Tds seigneurs de France; et là arrivèrent fes Lbassideurs de Philippe d'Autricbe,arcbiduc et comte de Flandre, lesquels ambassadeurs vinrent pour traiter du mariage de Madame Claude de France , fille du roi , la quelle étoit lors en l'âge de trois ans ou en-

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viron, et du fils de Tarchiduc, petit enfant aussi : lequel mariage fut traité par le Digne de Besançon et autres ambassadeurs dudit archiduc; et tellement que , le dixième jour du mois d'août, en Fan mil cinq cent un, fut celui mariage accordé par le vouloir du roi, lui présent et la reine et tout le conseil. Le roi et la reine furent moult éjouis de ce mariage, pensant par ce moyen avoir paix durable avec le roi des Romains, père de Farchiduc , et au roi d'Espagne , père de l'archiduchesse : parquoi la fête fut grande du roi et de la reine; et tant , que chacun d'eux fit convis et banquets aux ambassadeurs, moult solennels, auxquels furent faites maintes nouvelletés et étranges momeries; et, entre autres, la reine fit un banquet auxdits ambassadeurs, où fut faite une danse en barboire, en laquelle fut dansé à la mode de France, d'Allemagne, d'Espagne et de Lombardie, et à la fin en la manière de Poitou. Le comte de Nevers et madamoiselle de Châteaubriant dansèrent à la mode d'Allemagne; le seigneur d'Avênes et une damoiselle nommée Anne de Foix, autrement Caudale, firent à l'espagnole; le prince de Tallemont et une autre des damoiselles de la reine, nommée La Grange, dansèrent à la françoise ; le bâtard de Vendôme et une demoiselle nommée Belle- Joie dansèrent la lombarde; Artus Gouffîer, sire de Boisy, et une

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autre damoiselle, nommée La Tour, dansèrent la poitevine; lesquels étoient tous habillés à la sorte du pays dont ils dansèrent à la mode. Grande foison de draps d'or et de soie fut là déchiquetée, dont la reine fit Favance ; et fut une chose bien nouvelle et plus étranfje : car chacun des danseurs en droit soi le fit si à point, qu'on eût dit, à les voir branler, que c'étoient gens nés au pays dont ils contrefaisoient la manière. Après que chacun eut fait son tour, un nommé François de Néri fut en la salle , lequel étoit habillé à la turque , et avoit regardé chacun des autres par ordre faire leurs danses, lequel voulut pareillement ôoi mettre en danse, et avec toutes lesdites dames. Tune après l'autre, et par ordre, se voulut joindre pour danser; lesquelles le refusèrent toutes, et ne tinrent compte de lui, ne semblant n'en firent , mais le repoussèrent le plus rudement qu'elles purent; et ce fait, comme triste et dépiteux , un arc turquois qu'il tenoit au poing jeta contre la terre, et vida la salle , tout ébahi et mal content desdites alliances qu'il voyoit être toutes bandées contre lui.

'aucutifô meruHUfô qui aivinveni m ce tmps an r0gaume ie Jtance et en plusieurs iienx îre la c\)xilientL

Pour faire incident en la narration de mon historial conte , me faut ici dire qu'au temps que le roi étoit à Lyon , du pays de Liège lui fut transmise la semblance d'une croix tombée des cieux, toute teinte de sang, et enrougie, et environnée d'un cercle semblant à l'arc fédéral ; d'un lez au bas semé de petites croix rouges , et de l'autre avait une épée flamboyante , et au-dessus était la forme de la couronne d'épines, et des clous de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec un écrit de lettres entremêlées et inconnues. Et tomboient icelles croix sur les couvre-chefs des femmes et vêturesdes hommes, et tant plus on lavoit le linge ou drap où icelles étoient tombées, plus y apparoissoient.

En ce même temps fut dit et acertainé au roi , par gens dignes de foi et croyables , qu'en la cité de Ferrare, au pays d'Italie, au monastère des Augustins, y avoit une dame re^ cluse, laquelle avoit aux pieds, aux mains et aux côtés, les cinq stigmates de Notre-Seigneur,

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et que de sa chemise issoit vrai sang, et en grande abondance.

Un nommé Jean de Paris, peintre du roi, dit aussi avoir vu à Milan, peu de jours devant, la semblance d'un enfant monstrueux, mort n'avoit guère , lequel étoit né de la femme d un maréchal de ladite ville de Milan ; et avoit icelui enfant tout le corps assez bien organisé, avec deux visages, l'un devant, l'autre derrière; et celui de devant n'avoit yeux, nez, ne bouche, mais avoit sur le front un vit et deux couillons; au visage de derrière, avoit aussi au menton un vit et deux couillons : et au lieu de la bouche, un petit trou tout rond; au milieu de ce visage, avoit un nez aplati contre la chair, et deux semblances d'yeux sans vue, et à chacun œil , deux paupières, l'une dessus, l'autre dessous : lequel enfant, ainsi monstrueux, sitôt qu'il fut né, et baptisé en poêle, par l'avis des parens , tout épouvantés de cette horreur, fut éteint, et enterré en terre sainte. Mais la chose par les matrones, qui parlent volontiers, fut découverte, et semée partout; tellement que plusieurs voulurent voir ce monstre. Et de fait, fut déterré , et vu de chacun , dont fut à Milan , pour ce, tenu conseil, où plusieursgrands clercs et autres se trouvèrent, lesquels dirent, pour conclusion, que cette étrange merveille démon troit au pays de Lombardie, que les hom-

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mes de cette terre étoient tant tachés du très-horrible péché sodomitique, que mieux dévoient porter en la face les secrets virils, pour l'impropère de leurs vices, que les tenir en lieu couvert pour en abuser contre nature, et prépostérer son droit. Or, avoit cetui Jean de Paris pourtrait la figure dudit monstre , après le naturel; laquelle montra au roi, et à plusieurs autres du nombre desquels je fus , comme celui qui lors suivoit la cour pour savoir des nouvelles et icelles rédiger par écrit.

Un autre jeune gentilhomme , nommé Ysant Guyaut , de la nation de Hainault, et homme d'armes , en la compagnie du comte de Nevers , étoit lors à Lyon sur le Rhône, logé à l'hôtellerie de l'Aigle d'Or, près l'enseigne de Sainte-Barbe, lequel avoit avec lui un esprit pythonique, que les aucuns appellent gobelin, lutin ou follet. Quoi que ce soit , celui esprit privé suivoit ledit gentilhomme en toutes parts, sans jamais le laisser, qu'il ne fût avec lui, ou dedans son logis ; mais je crois que plus à sûr eût été seul; qu'en telle compagnie. Toutefois, de tel passe-temps le servoit, que la nuit lui peignoit les cheveux, les pieds lui grattoit , découvroit et battoit ceux qui couchoient avec lui, au matin éveilloit ses varlets, et à la fois les battoit bien lourdement, et sou ventes fois, au soir, soufïloit la chandelle.

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entre les mains de ceux qui la tenoient. Et ad^ vint que lors, icelui YsantGuyaut, avec sept ou huit gentilshommes de ceux du comte de Nevers, s en allèrent de Lyon , à pied , en voyage à Saint-Claude; lesquels passèrent par une petite ville nommée Alban , à six lieues près de Lyon, et là soupèrent, et burent bien, et , après souper , jouèrent. Ce fait, chacun va se reposer, fors le joueur de tabourin, qui fut des derniers en place; lequel, après qu'il eût soufflé en la flûte, se mit à corner au gobelet, et nettoyer la vaisselle, si adroit qu'il ne lui souvint de se déshabiller; mais, tout vêtu, s'étendit le long du banc, son tabourin sur le buffet auprès de lui. Si advint que, sur la minuit, maître gobelin fut en la chambre des compagnons qui jouoient à la ronfle, auquel donna tantôt le réveil : car il prit le tabourin en mains, commença à battre la suisse sitrès-fort , que les plus endormis s'éveillèrent; et eux pensant que ce fût leur tabourin même, lui dirent qu'il se tût, de par le diable : aussi faisoit-il, car il s'étoit jà caché sous le banc, où ne disoit un seul mot; et voyant iceux gentilshommes que leur tabourin ne parloit, se défièrent du gobelin : car ils étoient accoutumés de ses jeux; toutefois, les uns se cachèrent sous leurs draps, les autres écoutèrent le rabat, et les autres furent étonnés, réservé Tun d'eux, qui tout en chemise se leva, et

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prit une des flûtes du tabourin , et se mit à sonner la suisse avec celui gobelin, tant que eux deux ensemble jouèrent près d'une heure. A la parfin , celui gentilhomme pensa en cette diablerie, et eut frayeur telle, que soudainement la flûte lui chut de la main, et lui, tout morfondu de peur, se retira en son gîte, et tout en l'heure celui gobehn laissa le tabourin et s'en alla autre part. De plusieurs autres passetemps servoit ce diable privé à Ysant Guyaut, son maître, tellement que, après que de son voyage fut retourné à Lyon, souventesfois, sur l'heure tarde, alors qu'à la fois é toit chez le roi ou au logis du comte deNevers son maître, à la fenêtre de la chambre où étoit logé celui gentilhomme, se montroit ledit esprit en semblance d'une blanche lueur ou clarté grande, selon la stature et forme d'un homme; et là apparut en plusieurs soirs ensuivants, et tant que chacun de cejle rue y accouroit pour voir la merveille.

De ce suis-je sûr, car j'étois lors logé vis-àvis de l'hôtellerie de l'Aigle, où cela étoit, que je vis par maintes fois avec plusieurs autres ; et ce durant, à mon logis vint un frère des Minimes, docteur en théologie, lequel trouva la chose moult étrange, et de ce ne sut que dire, si n'est que c'étoit un esprit maligne, lequel aussi, pour décevoir les hommes, sepeut transférer en ange de lumière.

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53o CHRONIQUES

En ces mêmes jours couroit par tout le monde une maladie , nommée la grosse vérole, autrement appelée la maladie de Naples ; et ce, pour ce que durant le voyage du roi Charles huitième , qu'il fit audit lieu de Naples, cette maladie eut premièrement cours, et étoit telle, que à gros boutons et larges rognes sortoit au front , autour la bouche , aux jambes et aux pieds, et en tous les endroits du corps à ceux qui Tavoient, aux uns plus , et aux autres moins , et survenoit le plus souvent de cohabiter avec femmes dissolues; toutefois, j^en ai vu de petites filles et jeunes enfans entachés , qui la prenoient de boire et manger, ou dormir avec ceux qui l'avoient. Et à ce ne pouvoient nuls médecins donner remède si bon , que plusieurs grands personnages et autres n'en mourussent. Toutefois, à force de suer et prendre étuves chaudes, plusieurs guérissoient; et les autres, qui, pour cuider plus tôt guérir , ou de honte qu'ils avoient de leur mal , la faisoient par médecine retourner au corps, en mouroient presque tous de languison ou é tiques.

Le seizième jour du mois d'août, messire Philippe de Ravestain partit de Naples avec tout son navigage , et se mit en mer pour aller à son voyage de Turquie, lequel je laisserai pour cette heure, pour à temps y revenir, et

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dirai d'une course que firent lors les Suisses en Lombardie.

Wmc iemnie que firent lar$ les Sûmes m CombûrMe ôur Ub pags î>u toi

En icelle année mil cinq cent un, le roi eut moult d'affaires à mener et plusieurs griefs faits à supporter, et tant, qu'au royaume de Naples, en la duché de Milan , et en la mer de Grèce, lui convint avoir grosses armées et grand nombre de gens d'armes : ce qui, sans ordonnée police et frais excessifs , ne se pouvoit entretenir ni déduire. Toutefois , sur ce, mit telle provision de conseil, et pourvoyance de finances, que toutes ses entreprises furent par voie de sûreté conduites, et son argent exploité à profit, si à point, que la plupart de son intention fut exécutée au plus près de son vou-^ loir, à l'honneur des acteurs, et au profit de la chose publique. Quoi plus? Pour ensuivre le propos de ma matière, j'ai ici à dire que, environ la mi-août, du pays des Ligues descen^ dirent en armes dedans la duché de Milan sept mille Suisses, lesquels, selon le rapport de plusieurs , vinrent illec à l'appétit et suasion de sept a huit cents Lombards qui avoient été bannis de la duché de Milan, pour

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ce qu'ils s'ëtoient rebellés contre le roi , après la conquête de la Lombardie, et avoient tenu le parti du seigneur Ludovic. Et, ainsi eux voyant exilés , et chassés de leur pays , et voulant jouer à quitte ou à double, et faire du pis ce qu'ils pourroient, furent quérir iceux Suisses jusques en leur pays, en leur promettant de les mettre dedans plusieurs villes et places de la duché, et de les guider jusqu'à leur donner moyen de sûrement parachever leur emprise, et sur ce, de leur pouvoir les aider. Par quoi se mirent lesdits Suisses tout secrètement en voie, comme ceux qui, d'emblée, leur vouloir vouloient exécuter; et s'assemblèrent dedans une ville de la duché de Milan, nommée Beliiisone, sur l'entrée du lac Major, laquelle avoient iceux Suisses surprise sur ladite duché de Milan, après la prise dudit Ludovic. Quoique ce soit, là tinrent leur conseil sur leur affaire, et conclurent de marcher outre : ce qu'ils firent ; et tant cheminèrent, que , d'une traite, de Belinsone furent jusqu'au bourg de Lugan , distant de l'un à l'autre de seize à dix -huit milles de pays. Et s'étoient iceux Suisses ainsi avancés, pour au dépourvu prendre le château de Lugan , dedans lequel étoit messlre Antoine de Bessey , bailli de Dijon , avec quelque nombre de gens d'armes françois; et jà avoitouï quelque rapport de cette venue; dont avoit mis sur les

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champs, droit à leur chemin, douze hommes coureurs à cheval, pour savoir nouvelles et découvrir le pays : lesquels coureurs françois chevauchèrent tant, que entre deux bourgs, nommés les Chapelles et Sonvic, rencontrèrent iceux Suisses cheminant à la file le long d'un chemin creux et bien fort étroit, et au rencontrer, commencèrent les François à charger sur les premiers de ceux, lesquels repoussèrent les François et se mêlèrent avec eux ; tellement que sept desdits François furent enclos entre eux, et là assommés, et occis. Les autres gagnèrent à fuir , et à bride abattue retournèrent jusqu'au bourg de Lugan, où étoient lors plusieurs François de la garnison , qui de nul danger se doutoient. Toutefois, par ceux qui d'effroi se retiroient, surent la venue desdits Suisses, qui jà étoient si près , que , ains que les François fussent hors du bourg pour eux vouloir retirer au château qui à un jet d'arc de là étoit , iceux Suisses, à coups de haquebutes, leur donnèrent la chasse jusqu'à l'entrée du château, et là se tinrent longuement en bataille. Les François retirés là-dedans, voyant iceux Suisses en arrêt devant la place, leur voulurent dresser une escarmouche; et pour ce, mirent la main aux armes, et montèrent à cheval jusqu'au nombre de quarante hommes de guerre, la plupart desquels prirent grosses arbalètes bandées.

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et le trait dessus. Et ce fait , firertt ouvrir la porte pour sortir ; et eux hors , furent voir lesdits Suisses de si près, que de la longueur des piques les approchèrent, le trait en visée. Lesdits Suisses délachèrent plusieurs haquebutes sur les François , qui de rien ne les endommagèrent : car leurs coups passèrent par-dessus; mais eux, à coups de trait, furent chargés de tant, que six d'iceux furent mortellement empennés et arrêtés en la place; les autres n'attendirent plus , mais se retirèrent au bourg de Lugan, sans plus retourner devant ledit château. La venue desdits Suisses fut tant soudaine, que, par les garnisons des François , n'étoit d'eux ailleurs aucunes nouvelles ; car encore n'avoient ceux de Lugan fait rapport commun de ce, pensant que chacun en fût averti, et que par toute Lombardie en fussent nouvelles, dont ne pensèrent à autre chose qu'à sûrement garder leur place. Toutefois, j à avoient été iceux Suisses découverts par un apothicaire de Varais, en Lombardie, lequel étoit à Belinsone pour ses affaires , alors que lesdits Suisses y arrivèrent; et là, voyant leur assemblée, s'en revint à Varais à toute diligence; et là, de ce avertit un archer de la compagnie de l'amiral de France, nommé ledit archer Jean de Saint-Jean , lequel pareillement le dit à un chef de bande de ladite compagnie, nommé Bauldichon du Cuvillier;

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lequel envoya en poste un autre archer , nommé Mathieu Meuze, devers Antoine de la Fayette, lieutenant de la compagnie de l'amiral de France , pour avertir , de ce , messire Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, et lieutenant du roi en Lombardie , qui lors étoit à Milan , pour le gouvernement du paysj et le cardinal d'Amboise aussi , qui des affaires du roi avoit tout le maniement. Tant furent les nouvelles aventées , que ledit cardinal d'Amboise et le seigneur de Chaumont en furent acertainés, dont par la poste en avertirentle roi ; et à toute diligence firent retourner ledit Antoine de la Fayette, et le sieur de Lanque, auxquels baillèrent dix hommes d'armes, pour aller audit lieu de Varais, et là, savoir le tout de ce cas et le nombre d'iceux Suisses. Ainsi se mirent iceux à chemin , pour faire ce qui leur étoit enchargé. Le roi, qui lors étoit à Lyon, sitôt que de ce fut averti, nonobstant les grosses armées qu'il avoit sur mer et à Napies, de ce fit peu de mention; mais pour, au plus de ses affaires, de plus fort évertuer son pouvoir, transmit là grosse gendarmée, le comte de Dunois envoya là, pour être conducteur et chef de ses gentilshommes, qui là étoîent , et messire Jacques de Crussol , avec deux cents archers de la garde ; aussi fut là envoyé messire Louis deHédouville, seigneur de Sandricourt, lesquels arrivèrent à Milan , à

heure de servir le roi en cet affaire. Le cardinal d'Amboise, qui en la duché de Milan avoit générale autorité pour le roi , et qui ses choses avoit en recommandation affectueuse , voulut là employer ce qu'il pouvoit, et en ce servir de ce qu'il devoit, sans toutefois se mêler de l'exécutif effet de la guerre , si n'est par autant que métier étoit pour paix acquérir , et pour ce, sachant l'intention hostile desdits Suisses, et leurs conducteurs, lesquels, couroient jà les pays du roi, et faisoient du mal tout ce qu'ils pouvoient, pour iceux rebouter et obvier à leur entreprise, fit soudainement mettre sus quatre mille hommes de pied lombards et piémontois, et assembler les gens d'armes des garnisons de la duché de Milan, pour servir le roi en cette besogne : lesquels furent à coup tous prêts et appareillés pour mettre la main à l'œuvre, et en ce , ne restoit qu'à l'avance d'argent pour la solde des piétons, qui, pour ce, nouvellement avoient été mis sus.

Le roi, qui bien se doutoit de ce, et jà savoit la descente d'iceux Suisses, avoit envoyé trésoriers et clercs des finances, celle part, pour subvenir à ce besoin ; toutefois , pour l'empêchement de longue traite, et détour d'ennuyeux chemin , et pour la survenue hâtive des ennemis , l'argent ne fut prêt à l'heure due; parquoi le cardinal d'Amboise voulut

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mettre sur ce, à l'essai aucuns riches Lombards de la ville de Milan ; lesquels avoient fait plusieurs fois offres, de bouche, pour le roi de faire avance de cinquante mille ducats, ou de plus, si métier étoit. Toutesfois, au prefournissement de ce, haussèrent les épaules , baissèrent le nez, et dirent myngue. Mais pour ce défaut, ne retarda l'affaire; car ledit cardinal d'Amboise y mit du sien ce qu'il avoit et aussi firent des autres François, qui là étoient : tant que ce fut jusques au suffire du paiement desdits soudards. Et ce fait, le cardinal, avec deux cents archers de la garde du roi, et cinquante hommes d'armes de ceux d'un nommé Hector deMontenart, gouverneur d'Ast, partit de Milan, et s'en alla à Côme, pour illec être plus près des ennemis, et mieux à main pour aviser les capitaines de l'armée de France du vouloir du roi, dont d'heure en autre etoit par postes asavanté ; et là se tint tout le temps que lesdits Suisses furent en Lombardie ou là ordonna des affaires du roi , et mit moyen de conseil , et ordonnée police en toutes choses, de ce besogneuses; et en ce, fut obéi de tous les capitaines et autres François qui làétoient, comme la personne du roi, laquelle il représentoit. Tantôt qu'il fut arrivé à Côme, ceux qui pour le roi tenoient Sonvic se tirèrent par devers lui , pour avoir secours contre les efforts desdits Suisses, qui étoient envieux de '• aa

leur dite place, et puissants pour la prendre, si de secours n étoient pourvus : dont ledit cardinal leur fit bailler un nommé Marzolles, avec dix hommes d'armes François, lesquels s'en allèrent renforcer la garnison du château de Sonvic, et là firent plusieurs saillies et escarmouches sur lesdits Suisses.

Le seigneur Antoine de la Fayette , et le seigneur de Lanque, qui avoient paravant été envoyés à Varais , étoient au pourchas de savoir nouvelles des ennemis, et pour mieux au sûr exploiter leur commission, prirent sixvingts hommes d'armes, et tirèrent jusques à un bourg nommé Marquireuil, à trois milles près de Lugan, où étoient les Suisses fortifiés. Alors que les François approchèrent de Marquireuil, transmirent à Lugan un nommé Bernard de Scenon, Gascon, avec douze archers coureurs, pour aller savoir la manière et fortification d'iceux Suisses; et ainsi se mirent les coureurs françois à marcher vers Lugan, et les autres se logèrent audit lieu de Marquireuil. Tantôt furent les coureurs françois près de Lugan de deux jets d'arc, ou environ, et déplus eussent approché , n'eût été Fempêchement des chemins, de tranchées, larges fossés, de gros arbres entraversés, et de bay-^ rièrçs closes fortifiés : dont leur convint la demeurer, sans pouvoir passer outre, ne faire autre chose; si n'est iUec long-temps arrêter.

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pour voir si aucun des Suisses sailliroit aux champs, et aviser leur manière, et quel ordre ils tiendroient; afin qu'une autre fois, pour la connoissance de leur arroi, on pût trouver sur eux moyen avantageux. Toutefois pour l'heure pourvurent à ce tellement, que hors de leur place François n'eut vue de leur effort • ce qui les fit retourner à Marquireuil , où étoit la grand'bande, et là rapportèrent ce qu'ils avoient vu et trouvé. Ce fait, le sieur de la Fayette, heutenant de l'amiral de France, transmit messages vers le seigneur de Chaumont, Heutenant du roi, pour lui signifier et dire au vrai que lesdits Suisses étoient à Lugan très-bien fortifiés, et à grand nombre; et que, pour leur tenir frontière, étoit métier que les François qui étoient à Marquireuil demeurassent là, en attendant renfort : ce qu'ils firent, où huit jours durant tinrent pied ferme contre la puissance desdits Suisses, qui souvent furent courir devant leur place; et là furent faites durant ce temps courses, saillies, escarmouches et exploits de guerre, et avec ce, lesdits Suisses coururent le pays des environs; et pour ce que les François n'étoient encore aux champs à nombre suffisant pour les combattre, alloient tous ensemble ; parquoi prirent par les montagnes et ailleurs bestial , et prisonniers, qu'ils emmenèrent à Lugan et à Belinsone, et furent courir jusques devant Sonvic,

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OÙ là autour prirent, pillèrent et brûlèrent bourgs, villages et maisons, en faisant des maux autant que leur force pouvoit exploiter; et après ce qu'ils eurent fait leurs courses et prises, dedans le bourg deLugan, qu ilsavoient fortifié, se retirèrent.

Comment xamixt €l)arlf6 ^ 2lmboiôe , ôdgneur it djaumont et lieutenant ïru roi îrelà les monts, fut ie MMian a iJtarquireuil, ûoec quatre cents t)ommeô b'armrs , les gentiU- Ijommee ïe la maison Îïu roi, quatre mille t)omme5 îre pie> , ïreux eents axcï\m îre la jarîre et fltanîre forée îr'artillerie , pour faire la guerre aujeîrits Suisses.

Pour abréger le conte, les gens d'armes françois des garnisons de Lombardie furent assemblés , quatre mille Lombards et piétons , payés, et prêts de cheminer, et messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, délibéré d'approcher les ennemis : dont ainsi accompagné , avec les deux cents gentilshommes de la maison du roi , sous la charge du comte de Dunois , et deux cents archers de la garde , sous la charge de messire Jacques de Crussol , se mit aux champs , et fit mettre au charroi quatre pièces d'artillerie , prises au château de

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Milan ; et en cet arroi , le vingt-sixième jour de août, s'en alla droitàMarquireuil, où trouva le sieur de la Fayette et le seigneur de Lanque , à tout six-vingts hommes d'armes françois; et tout autour dudit lieu de Marquireuil fit asseoir le camp des François, où se tint par aucuns jours, et de là envoya vivres et gens d'armes dedans les châteaux plus prochains du fort des ennemis : c'est à savoir au château de Lugan , à Son vie, à Mozcou, à Lucarne, et au pont de la Trèze , où fut envoyé le seigneur Jean -Jacques avec cent hommes d'armes, et quatre mille hommes de pied, lombards et piémontois, sous la conduite d'un Espagnol nommé Roque -Martin , gouverneur de Plaisance pour le roi ; et avoit aussi ledit seigneur Jean- Jacques une partie de l'artillerie ; laquelle fit asseoir sur le passage des ennemis, et tout autour de là faire bon guet et sûre garde. De tous lez furent lesdits Suisses environnés et enclos des François, et souvent buffetés et escarmouches, et tenus de si court, que de long-temps n'osèrent saillir de leur fort, que tôt à leur dommage ou désavantage ne fussent reboutés.

Entre le bourg de Lugan et le camp des François, sur un lac qui là étoit, avoit des moulins garnis de chaussées , ponts et planches, par où pouvoient passer lesdits Suisses, et donner quelques alarmes aux François, et

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là prendre blés et farines, et eux avitailler, dont fut avisé que iceux moulins seroient rompus; et pour ce fait exécuter, furent là envoyés un nommé Jean de Fontenay , lieutenant de la compagnie de messire Louis de lledouville, seigneur de Sandricourt, et un autre appelé Grelfin , lieutenant du seigneur de Myolans, accompagnés de quarante archers; lesquels se mirent à chemin, et tirèrent tant qu'ils furent au bord du lac de Lugan , et là passèrent à un passage nommé le Pas de la Treille; et de là transmirent leur guet vers Lugan, pour découvrir et voir si aucuns d'iceux Suisses sortiroient; et ce fait, laissèrent au Pas de la Treille une partie de leurs gens, pour icelui garder, et les recevoir à la retraite, si métier en étoit; et ainsi s'en allèrent droit aux moulins que rompre dévoient. Tantôt que là furent arrivés, mirent pied à terre et main en besogne; et tant que iceux moulins, ponts, planches et chaussées furent en peu d'heures démolis et rompus.

Les Suisses qui étoient à Lugan furent par aucuns passants avertis de l'exploit, dont se mirent aux champs quatre cents en armes , et par un chemin hors de la vue du guet des François, tirèrent vers le Pas de la Treille, entre lequel et les moulins coupèrent chemin au guet et à ceux qui lesdits moulins étoient allés rompre, et gagnèrent le passage sur ceux qui

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le gardoient , lesquels se retirèrent à Marquireuil , où étoit le camp des François; et là rapportèrent au seigneur de Chaumont, lieutenant du roi, commentles ponts étoient rompus, et comment les Suisses avoient gagné sur eux le Pas de la Treille, et là coupé le chemin à ceux qui étoient allés rompre lesdits ponts, et à leur guet, lesquels, asavantés de leur empêchement, se retirèrent, par une autre voie, au château de Son vie, et là demeurèrent huit jours. Messire Louis de Hedouville, seigneur de Sandricourt, sachant son lieutenant et celui du seigneur de Myolans, avec plusieurs de leurs gens dedans ledit château de Sonvic arrêtés parles ennemis, prit deux cents hommes d'armes , et s'en alla quérir ses gens et les autres qui étoient là en arrêt ; et sans trouver par les chemins ne aux passages rencontre ou embûches d'ennemis, au camp des François s'en retourna avec tous les siens.

ÏDtt f0mte Stancm V^Dvléam^ romte ie JSfnnoh^ et ie la mamn onvexU qu'il tint à tous venam ûu camp Ifc iltarquirruil m Combariie, quinje jours durant qxxc les J^rançois furent là.

Le comte François d'Orléans, comte de Dunois, chef des deux cents gentilshommes

de la maison du roi , étoit lors au camp ; lequel fit là attacher et tendre ses tentes , où , quinze jours durant que le camp fut assis audit lieu de Maïquireuil , tint maison ouverte à tous venans tant excessive , que dedans ses tentes, à toutes les heures du jour, à tables couvertes de viandes exquises étoient allans et venans reçus et repus. Les gentilshommes de chez le roi, et la plupart des capitaines de Farmée, tenoient là leur ordinaire dépense ; et pour ce que la spaciosité et grandeur du logis ne pouvoient suffire à tous recevoir, au dehors et près de ses tentes a voit fait asseoir, sur pipes debout et autres appuis de bois, une table longue de plus de cent pas, sur laquelle jamais vivres ne failloient, et là avoient loi de repaître tous ceux qui la main jusques au plat pouvoient étendre. Maîtres d'hôtel , bouteillers, cuisiniers et serviteurs propices étoient illec ordonnés, pour convier, recevoir, festoyer et servir tous ceux qui là se vouloient trouver : et si la table étoit de trop de gens empêchée, à pleine terre, et sur le cul des charrettes étoient étendus nappes et manteaux, et là traités et repus les survenans, et tous de viandes chaudes : ce qui donna grand secours à plusieurs pauvres mordans, qui bon métier en avoient. Ce fut bien chose merveilleuse à imaginer , mais plus étrange à regarder, vu la stérilité du lieu, qui étoit maigre

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et affamé , pour le fournissement des victuailles, et la difficulté du prochas, que au plus près de l'impossible falloit exécuter. Toutefois, à tout ce, tel supplément fut donné, que moyen d'abondance de vivres, manière de les plus apprêter, et temps de les user furent là trouvés. Quoi plus ? si n'est que le très-noble et gentil comte de Dunois, entre ses autres bonnes grâces, fut pour sa recommandée libéralité loué de chacun et aimé de tous. Pour rentrer en propos, je vais dire que dedans le bourg de Lugan étoient lors les Suisses tous ensemble, et ne sortissoient de leur fort, mais demeuroient là tout cois , sans faire bruit : lesquels tinrent là conseil et parlèrent de leurs besognes, tellement que, par conclusion, arrêtèrent qu'ils prendroient les champs , et que dedans leurs pays s'en iroient avec leur butin , si par l'effort des François le chemin ne leur étoit défendu ; vu aussi que de tous côtés étoient au danger desdits François, et que sur eux ne pouvoient plus rien conquêter pour l'heure; et ainsi proposèrent de déloger un samedi onzième jour du mois de septembre; et premier que vouloir désemparer, mirent leur guet sur le haut d'une montagne qui près de là étoit, de laquelle on pouvoit voir tout à clair sortir les François un à un de leur camp. Ainsi assirent leur guet; et ce fait, pillèrent le bourg de Lugan, et prirent

5/,.6 CHROISIQUES

hommes et femmes et enfans, et à tout leur butin se mirent à la file hors le bourg, cuidant prendre le chemin de Belinsone.

Ce même jour s'étoit mis aux champs le seigneur de Chaumont, lieutenant du roi , avec six cents hommes d'armes; et étoit jà au chemin pour s'en aller vers ledit bourg de Lugan , pour aller icelui visiter, et assiéger lesdits Suisses; et sitôt que le guet d'iceux Suisses fut sur la montagne, avisa les François, lesquels marchoient tous en armes vers Lugan : parquoi descendit de la montagne , et iceux avertit de ladite venue de l'armée françoise , qui jà étoit aux champs, et que vers Lugan adressoit en très -bon ordre , et moult grand nombre, et que tant tôt marchoit , que sans nulle faute une heure ne demeureroit qu'ils ne l'eussent en barbe : dont s'arrêtèrent iceux Suisses tout court ; et sur ce firent à briefs mots conclusion de propos, disant que le mieux de leur affaire étoit retourner dedans Lugan ; ce qu'Us firent, cent d'iceux exceptés, qui ne voulurent retourner, mais avec leur part de butin, hors la vue et rencontre des François qui alloient à Lugan, prirent un chemin à quartier , et tant cherchèrent voie celée , que de l'armée de France ne furent aperçus.

Comment un r apitaine ïxancm , nommé Qexmvi ie îiicauU, avec mn^l'ânq \)ommcs à cl]cml^ rencontra kôiits cent ônmes , ^t lr6 iéCxt tous.

Ce propre jour que les Suisses étoient saillis aux champs, et, comme j'ai dit, avoient exploité, un capitaine françois, nommé Bernard de Ricault, étoit parti de Sonvic, et étoit allé courir sur le chemin de Belinsone, avec vingtcinq chevaux seulement; et, en faisant chemin auprès d'un village nommé les Tavernettes, rencontra les cent Suisses qui de ceux de Lugan s'étoient départis, comme j'ai dit^ lesquels marchoient fièrement, et bonne ordonnance tenoient, comme ceux qui n'étoient bien assurés de leurs ennemis; et tant tôt que le capitaine Ricault les avisa , mit ses gens en ordre, et leur dit: ce Messeigneurs, à cette rencontre nul de nous mette en épargne, par lâcheté de cœur, ce que pour honneur acquérir se doit exploiter; mais chacun de nous se montre tel par effet comme louable renommée le récite. Si nos ennemis sont quatre contre un de nous , évertuons sur eux nos courages, renforçons nos vouloirs, et exploitons nos bras , ot leur donnons à droit , et que chacun

ait bon pied , bonne main et bon œil en cet affaire; et, sans faillir, en ce faisant, victoire nous est préparée.» Sur quoi chacun des François se mit à charger son ennemi, et si à point, que, au premier choc, plus de vingt d'iceux Suisses allèrent par terre, morts ou affolés ; les autres se désarroyèrent , pour cuider gagner place avantageuse , lesquels furent derechef par les François rechargés et rompus , et tant rudement pourmenés, que par trois ou quatre telles recharges furent tous atterrés , douze réservés, lesquels furent emmenés par ledit Ricault tous prisonniers au château de Sonvic. Messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi , avec six cents hommes d'armes , étoit lors devant le bourg de Lugan,où s'étoient retirés les Suisses , lesquels ne firent semblant de saillir de leur fort, ne manière de vouloir faire guerre : dont se mit ledit lieutenant du roi à regarder le fort des ennemis, et par les capitaines des gens d'armes et maîtres de l'artillerie fit aviser et visiter les lieux plus propices pour assiéger et assaillir iceux Suisses, lesquels ne sonnoient mot, mais se tenoient sur leurs gardes. Parquoi le seigneur de Chaumont, après avoir avisé et visité les passages , pour entrer sur les ennemis avec ses gens d'armes, s'en retourna au camp , délibéré de déloger le lendemain avec toute l'armée et l'artillerie , pour aller assiéger lesdits Suisses.

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DE JEAM D AUTON.

Cotnnunt Ifs Ôutssfs, nui tloUnt à iTujait, iilo- $mttt îiuîilt lifii ft se retititent a fifUnsont , ft tts t6caïnio\i(i)t$ que leur îronnèrtut Its Srancoh,

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Un dimanche, douzième jour du mois de septembre, une bonne heure devant le jour, les Suisses qui étoient à Lugan , eux doutant d'être par les François assiégés , pour obvier à ce , délogèrent , et emmenèrent hommes , femmes et enfants, comme devant avoient voulu faire, avec tout leur pillage ; et ainsi tous à la file se mirent à chemin pour eux retirer à Belinsone ; et entour l'heure qu'iceux étoient issus de leur fort, le seigneur de Chaumont fit déloger son camp pour les aller assiéger, et mit piétons et artillerie devant, et les gens d'armes après ; et ainsi , premier que déloger, avoit transmis coureurs sur les champs , que conduisoit un homme d'armes gascon nommé Bernard de Scenon , lequel , avec ses gens, marcha hâtivement vers Lugan pour découvrir et savoir des nouvelles. Lorsque les coureurs françois furent à demi-mille près de Lugan , ils rencontrèrent lesdits Suisses en armes , et bien ordonnés, avec leur butin, lesquels ne

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55o CHROiMQUES

s'avancèrent pour courir sus auxtUts François, mais avec eux paisiblement parlèrent , en disant qu'ils étoient tous bons François , et pour montrer entrée de quoi , de {grandes croix blanches ètoient tous signés; et disoient aussi qu ils n'étoient illec venus pour guerroyer le roi , mais seulement pour demander lé reste de leur paiement , qui encore leur étoit dû du temps que le roi Charles huitième étoit allé au voyage de Naples, avec lequel avoient été sans avoir eu fin de paiement; et aussi que de la prise du seigneur Ludovic, où ils étoient, leur étoit encore dû reste de gages. Plusieurs autres choses alléguèrent et demandèrent iceux Suisses; mais, toutefois, de leur différend le lieutenant du roi et les autres capitaines de l'armée de France faisoient juges et arbitres. Et, ce dit, les coureurs François retournèrent en arrière, et trouvèrent aux champs l'armée, pour aller assiéger Lugan. Du dire et demander desdits Suisses embouchèrent iceux coureurs le seigneur de Chaumont, et de la saillie et retraite d'iceux , lesquels , ce pendant, marchèrent jusques entre le pont de la Trèze et le bourg de Sonvic , à deux milles loin de Lugan , sur le chemin de Belinsone; et là, dedans un long pré , au pied des montagnes , se mirent tous ensemble en bataille. Qui me demanderoit que faisoit lors le seigneur Jean-Jacques , lequel , comme dessus est dit , avoit été

DE JEAN d'aUTON. 35i

envoyé avec grand effort audit pont de la Trèze, je dis que deux jours devant, par le mandement du seigneur de Chaumont, qui de la retraite des ennemis ne se doutoit, s'étoit rendu au camp, pour à temps aller au siège et celui renforcer. Or, après, le seigneur de Chaumont sachant lesdits Suisses eux en aller, avec prisonniers et pillages ravis par les pays du roi , et aussi étant averti de la demande qu'ils faisoient, et de ce que, nonobstant leurs excès, se disoient tous bons François , premier que de plus avancer l'affaire , le voulut mettre en conseil ; auquel furent appelés le comte de Dunois , le seigneur Jean-Jacques, messire Louis de Hedouville, le seigneur de Saint-Vallier, messire Gabriel de Montfaucon , le bâtard de la Clayette , et plusieurs autres; lesquels, tous à cheval et à brièves paroles , débattirent la chose en plusieurs manières et divers propos. Et dirent les uns que si quelque argent étoit dû auxdits Suisses, quedemanderle pouvoient. Les autres proposèrent contre ce, disant que la demande qu'ils faisoient n'étoit en raison fondée, ne faisoit à recevoir, et que au roi n'étoit de payer les dettes inconnues de ses prédécesseurs, et mêmement celles dont lors étoit question , vu que, de ce , n'en apparoissoit que la simple demande de ceux qui avoient , sans défi et d'emblée , couru les pays du roi et ouvert la guerre ;

552 CIIROIVIQUES

et qu'aussi s'ils se disoient François , et que de leur demande se vouloient , selon leur dire, rapporter à Tordonnance du lieutenant du roi et autres capitaines de l'armée de France, ce faisoient-ils pour échapper et emporter leur butin ; ce qui eût été au déshonneur et désavantage des François ; et que , après leur retraite , ils eussent pu dire que , malgré la puissance de France , ils avoient pillé et couru la Lombardie , et puis s etoient, sans être combattus , avec le peu de nombre de gens qu'ils étoient , à la vue de l'armée de France , retirés ; dont au pays des Ligues eussent pu être et seroient mal renommés les François, si que, une autre fois , de léger et sans crainte se fussent iceux ou autres Suisses mis en avant pour autant en faire , ou peut-être plus. Parquoi, ce propos ouï , le seigneur Jean- Jacques , messire Louis de Hedouville , le seigneur de Saint-Vallier et plusieurs autres, furent d'avis que auxdits Suisses se devoit donner le combat ; vu aussi qu'ils étoient en pays assez raisonnable, et que là se présentoient pour attendre le choc ; et que , pour mieux leur donner, on devoit faire marcher l'artillerie et les gens de pied d'un côté , les gens d'armes et les archers de l'autre, pour les charger à deux rangs et les rompre.

DE JEAN d'aUTOIV.

Comment xmmve ©ûbriri îrr MXontfaucon fut ^'opinion que le tombai ne se iemit iomet auxiiiB Sûmes, pour flmienvs vaisone.

Les choses dessus alléguées , messire Gabriel de Montfaucon , lieutenant de cent P^entilshommes de la maison du roi, reprit le propos en disant : « Messeigneurs , chacun de vous tous ensemble avez plusieurs bonnes et justes raisons allégué, si, selon notre intention, la chose pouvoit sortir son effet à notre honneur et avantage, et au dommage et perte de nos ennemis; ce que , selon mon avis, ne se peut a 1 heure présente, sûrement exécuter, ne fa^ cilement faire , pour plusieurs empêches. Vous voyez nos ennemis, en place choisie et à leur requête en bataille, délibérés, à tous efforts de défendre leur querelle , laquelle ils disent être bonne et juste, et de laquelle ils nous veulent faire juges et arbitres; ce qui est, quanta

ce,aeuxouvréauplusprès delà raison.Ils sont de SIX à sept mille bons combattants, avec sept ou huit cents Lombards bannis de leur pays lesquels , sous le malheur de nécessité urgente' se couvriront des écus de vertueux courage ,' comme ceux qui, par raison, doivent plutôt chercher la mort honorable que la vie en-

"ll'/i.

554 CHROMQUES

nuyeuse. Nous n'avons gens de pied en qui nous puissions avoir sûre fiance. Si nous combattons , et que ores ayons du mieux , les Ligues se pourront, pour leurs gens revenger, contre le roi déclarer, et à plus grande puissance descendre en Lombardie, qui, pour cette heure , est mal garnie de soudards François , pour garder le pays et soutenir grands faix de guerre? Si nous les assaillons, et que Fortune, qui de girouettes venteuses fait son appui, nous veuille contrarier, à ce moyen pourra naître rébellion en la duché de Milan , qui ne demande sur nous que quelque point de malheureux hasard pour nousdonner échec? Ceux aussi qui sont pour le roi , au royaume de Naples , en bonne et louable réputation , pourroient, pour notre intérit, être dédaignés et mis à dépris. Sur nos ennemis a si peu d'acquêt, que , pour les vouloir défaire , aventurer tant de gens de bien , comme ici peuvent être , seroit , ce me semble, conjmencer une chose sans aviser la fin ; et ainsi Tenvie du peu de gain nous pourroit venir à eflet de grand'perte. Nous ne sommes certains à quelle fin pourra tourner la chose. Au pouvoir des hommes estd'entreprendre guerres, et batailles encommencer; mais au vouloir de Dieu est d'ordonner des victoires et donner les triomphes. Ainsi pouvions-nous assaillir nos ennemis , et le combat leur donner; mais à notre

DE JEAN d'aUTON. 555

connoissance n'est de savoir l'effet de l'aventure future. Donc nous est requis sur ce tellement pourvoir, que , par défaut de bon conseil et ordonnance de sûre conduite , notre entreprise ne soit empêchée, ne l'affaire du roi retardé , ne l'honneur de nous amoindri; et toutefois , si quelqu'un pense que, pour me vouloir exempter du danger de la guerre, ou crainte de me trouver aux horions départir, par remontrances de diverses allégations je veuille la bataille différer, non fais; mais aussi que chacun de nous veuille penser au mieux de cette besogne ; et pour plus sûrement y ouvrer, sur ce aviser que tout imprévu commencement de combat est hors de remède de ressource , et en arrêt final de confuse perdition; car à recommencer ne se fait. Quoi plus? si ce n'est que tout magnanime ne doit les périls appéter, comme fol aventurier, ni la rencontre d'iceux fuir, comme efféminé craintif. Pour ce le dis-je, que , s'il est ordonné qu'on doive combattre nos ennemis , ce ne doit être à leur entreprise , ne sur leur délibéré propos, mais à notre heure due, et en place pour nous plus avantageuse ; encore ne sont-ils hors nos dangers, ni ne seront que premier ne les puissions rencontrer en lieu convenable, pour aisément les submarcher et mettre à la raison. Nous enverrons nos piétons sur les montagnes pour leur couper chemin , et les arrêter s'ils

356 niRONCQUEs

se mettent à la file ou en désarroi ; les gens de cheval leur marcheront en queue et sur les ailes, et à temps leur donneront la charge; et suis d'avis qu'on envoie quelqu'un des capitaines de Tarmée , derechef devers eux , pour voir leur manière et savoir qu'ils veulent dire ; et quelques coureurs sur leur marche, pour les amuser, jusques à ce que toute Tarmëe , à leur déloger, se puisse joindre à eux ; et ainsi , sans faillir et à notre sûreté , les pourrons endommager et à nous soumettre. » A Toppositc de la conclusion de ce propos , aucuns des autres capitaines françois répliquèrent , et dirent que les laisser ainsi aller, sans leur donner le combat, seroit donner occasion à plusieurs de murmurer contre le îos de la valeur des François, et aux ennemis renforcement de courage : parquoi on leur devoit, sans différer, courir sus , et livrer la bataille. D'autres raisons assez furent illec , sur ce , mises sus. Toutefois, tout ce nonobstant, la chose fut pour l'heure différée , et selon l'opinion de messire Gabriel de Montfaucon en fut arrêté, et transmis sur les montagnes les gens de pied, pour gagner sur eux le chemin , et leur défendre le passage. Aussi leur fut envoyé le seigneur de Lanques, à tout six archers, pour parler avec eux , et voir leur contenance; lequel tout droit au lieu où ils étoient s'en alla; lesquels trouva tous en bataille, et bien arrangés avec leur

DE JEAN d'aUTON. ^5j

artillerie , dont ils n'avoient que six ou sept moyennes pièces ; lesquels étoient dedans un long pré et étroit , au pied d'une montagne , laquelle ils avolent au dos; et tantôt qu'iceux virent vers eux marcher ledit seigneur de Lanques, de peu de gens accompagné, trois de leurs capitaines, parlant françois, sortirent de leur bataille, loin d'un jet de pierre ou environ , et furent parler avec lui ; lequel leur demanda pourquoi ils étoient là venus courir la terre du roi et lui faire la guerre ; lesquels répondirent que pour courir les pays du roi ne le guerroyer n'étoient illec assemblés , mais pour demander de l'argent qui leur étoit dû, pour avoir servi le roi Charles à sa conquête de Naples , et le roi présent à la prise du seigneur Ludovic , et en ses guerres de Lombardie , sans en avoir eu fin de paie ; et que de ce vouloient faire dûment apparoir et montrer aux lieutenant du roi et capitaines de l'armée de France , lesquels ils vouloient faire juges de leur différend ; et en outre disoient qu'ils étoient tous bons François , et prêts de servir le roi en tous autres affaires , pourvu toutefois qu'ils eussent ce qu'ils demandoient.Et sur ce, se mit au retour le seigneur ^e Lanques , et fit vrai rapport au lieutenant du roi de la demande et réponse d'iceux Suisses ; lesquels , après avoir été en bataille dedans le pré susdit l'espace de six heures ou plus , et avoir fait

558 CHUOINIQUES

parlement avec le seigneur de Lanques, à la vue de toute l'armée de France, se retirèrent dedans un village près de là , contre la montagne , et là couchèrent celle nuit.

Par le rapport du seigneur de Lanques, messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, se pensa que lesdits Suisses ne demandoient que moyen pour gagner pays , et eux retirer, leurs bagues sauves. Donc, sitôt qu'ils furent délogés du pré où ils avoient tenu bataille, leur mit en suite le chevalier de Louvain, avec soixante hommes d'armes , pour les chevaucher, et ennuyer par les chemins, jusques à ce que toute l'armée les pût approcher pour les pouvoir joindre. Ainsi furent poursuivis jusque près du village où ils s'étoient retirés. Chacun exploita cette nuit au mieux que faire le sut. Bon guet et écoutes furent faits cette nuit des deux partis. Le lendemain , qui fut le treizième jour du mois de septembre, deux heures avant le jour, iceux Suisses délogèrent; et, le plus tôt qu'ils purent, pour gagner avantage de chemin sur les François , qui de près les sui voient , se hâtèrent , et tant que jambes pouvoient tirer, marchèrent avant. Le chevalier de Louvain , avec ses gens d'armes , les poursuivit pas à pas, à leur déloger, et tant de court , que , dès leur partement , qui fut deux heures avant le jour, leur fut toujours sur marche, sans leur vouloir donner la charge

DE JEAN d'aUTON. SSg

jusque la clarté apparût. Iceux Suisses marchèrent à toute diligence; et supposé que bien fussent avertis que les François les suivissent, et que après eux en ouïssent le bruit , toutefois de ce ne s'effrayèrent, mais avec tout leur butin 'toujours gagnèrent pays; et tant, qu'à l'aube du jour furent près d'un bourg nommé les Chapelles , sur le chemin de Behnsone , à trois milles loin de Lugan. Le chevalier de Louvain là les approcha , et commença à leur donner escarmouches ; ce qui les fit mettre en ordre et arrêter tout court. Les uns avec les autres essayèrent leurs glaives jusques au dégoût du sang de plusieurs; et, comme j'ai su par aucuns de ceux qui là furent présens , l'escarmouche fut moult sanglante et dommageable pour les Suisses; car tous ceux qui, au premier choc, furent rencontrés, et les tenant désordre , furent par les François mis à sac , sans que nul des François fût là occis , mais quatre ou cinq de leurs chevaux blessés à coups de pique.

Très-bien fit le chevalier de Louvain et ses gens leur devoir de les arrêter et ennuyer; car depuis l'éclairci du jour jusques au soleil levant , les tinrent en arrêt et escarmouchèrent ; et lorsque le jour fut clair, les Suisses, voyant qu'ils n'avoient prochaine poursuite que de ceux , et doutant aussi la venue de l'armée françoise, que proche sa voient, au meilleur

36o CHRONIQUES

ordre que faire purent se mirent à marcher le chemin de Belinsone. Les coureurs francois les chassèrent, en leur faisant le plus d'ennui qu'ils pouvoient pour les amuser, et donner temps au demeurant de leur armée pour les atteindre et rencontrer, et souvent les faisoient serrer et tenir en ordre; et tant les approchèrent , que , à l'issue dudit village des Chapelles, dedans un détroit , se mêlèrent avec eux ; lesquels bien à point se défendirent , et occirent deux des archers du seigneur de Chaumont, lesquels s'étoient mis à pied pour entrer dedans une place encombreuse où étoientlesdits Suisses, et là furent assommés Icsdits archers sans recousse , pour trop follement hasarder le sort de la guerre, dont l'un d'iceux étoit nommé Bertrand, lequel , au partir du logis, avoit dit à ses compagnons, que, la nuit de devant, avoit songé que ce jour devoit être tué ; et afin que, si le cas mortel de son malheureux songe advenoit , il pût être connu entre les morts , il avoit par le dedans de sa chausse , sur sa jambe nue, mis une jarretière. Ainsi usoit le malheureux d'imagination , qui souvent aide au cas. Que fût-ce , ainsi en advint que songé l'avoit. Ores nesais-je que dire de ce, si ce n'est que tout songe n'est mensonge. Pour rentrer donc, lorsque lesdits Suisses ainsi seretiroient, eux et leurs bagues, au renfort du chevalier

DE JEAN d'aUTON. 35,

de Louvain vinrent quatre-vingts chevau-légers, queconduisoientle seigneur de Lanques Ferry de Mailly, baron de Conti , et un nommé Adnen de Brimeu, seigneur dellumbercourt, lesquels avoit là envoyés le seigneur de Chaumont, lieutenant du roi, lequel marchoitaprès avec toute l'armée; et tantchevauchèrenticeux coureurs, que, à l'issue du bourg des Chapelles, demi-heure après soleil levant, se joignirent avec le chevalier de Louvain , et là derechef recommencèrent l'escarmouche sur lesdits Suisses ; lesquels , toujours en eux défendant , marchoient le plein pas et se retiroient. Par maintes fois furent chargés , et plusieurs d eux blessés et occis ; mais très-bien se défendirent , et tant , que, après coups rechargés et escarmouches, sans ce que le surplus "de 1 armée de France les approchât jusques à joindre, ne que les gens de pied qui étoient sur les montagnes leur empêchassent le passage, avec tout leur butin à Belinsone se retirèrent j et ce fai t , voyant les François que autre chose ne leur pouvoient faire, tous ensemble se retirèrent vers Milan , et de là furent renvoyés à leurs garnisons. Le cardinal d'Amboise , qui ctoit encore à Côme , sachant que lesdits Suisses s'étoient retirés , voulut déloger; et sitôt que l'heure lui sembla bonne de ce faire , se mit aux champs, et prit le chemin

302 CHRONIQUES DE JEAN d'aUTON.

droit pour tirer à Lumel , une comté de la duché de Milan , que le roi autrefois lui avoit donnée, auquel lieu se reposa jusques à ce que, pour les affaires du roi , lui convînt déloger.

FiN DU TOME PREMIER.

Page 3. Les droits de Louis XII sur le duché de Milan sont consignés dans le Traité des droits du roi^ parDupuy, in-f. Les historiens du seizième siècle , Nicole Gilles, Gairuin , Leferron, Belleforét, Guicciardin, rapportent tous plus ou moins longuement l'origine des prétentions du roi sur ce duché.

Page 6. Louis de Luxembourg, comte de Ligny, l'un des fils du connétable de Saint-Pol décapité sous Louis XI. — Jean-Jacques Trivulce, appelé ordinairement le seigneur Jean- Jacques , Milanais banni de son pays, comme Guelfe, et attaché depuis le règne de Charles YIII au service de France. — Beraud ou Eberaixi Stuartd'Aubigny, de la maison royale d Ecosse, capitaine des cent archers écossais du roi.

Page 9. La Rocca d'Arrazzo. — Rocca di Annone, vulgairement Nono , en français Anon.

Ibidem. Le More était le surnom de Ludovic, soit à cause de la couleur basanée de son visage , soit à cause du mûrier,. moro^ symbole de la prudence, qu'il avait pris pour devise.

Page iO. Charles d'Ambpise , seigneur de Chaumont, neveu du cardinal d'Amboise ; V Histoire des grands officiers dit qu'il fut créé grand-maître de France en 1502 ; mais ce passage prouve qu'il l'était déjà en 1 499 .

Page 15. Les cent Allemands à\x roi sont les Cent-Suisses de la garde institués par Charles VIII. Jean d'Auton et les historiens de son temps nomment souvent Allemands les Suisses qui servaient dans les armées.

Page 17. Les estradiots étaient des cavahers bien montés , avec des étriers longs , et armés à la légère , la plupart Grecs et Albanais , qui prenaient du service dans toutes les guerres d'Italie , et qui batf aient l* estrade , ou allaient à la découverte pour reconnaître le pays.

Page 20. Incisa; Solaro; Voghero ou Vogheira; Novi.

Page 21. Felizzano.

Ibidem. Le grand -écuyer de France était Pierre d'Urfé , que Charles VIII avait pourvu de cette char^je en 1483.

Page 24. Castellaccio.

Page 25. Le baron de Beau est cité plusieurs fois dans 17//.S7. de Bayardi^àT le loyal serviteur^ la seule qui mérito d'ètie lue.

Ibidem. On trouve un écuyer nommé le Basco et un soldat nommé le Basque , dans VUist. de Bayard.

Page 26. Peut-être les seigneurs de Lupé et de Masparranle ou Masparant. L'historien de Bayard nomme un bâtard deLuppe.

Ibidem. Louis d'Ars ou d'Arsi fut un des plus braves chevaliers de Tarmée : il en est beaucoup parlé dans VUist. de Bayard.

Page 27. C'est sans doute Jacques, fils de Jean II, vicomte de Rohan, qui était trop vieux à cette époque pour faire la guerre eu Italie. Le i^ère avait joué un grand rôle dans les guerres civiles de Bretagne ; mais le fils vécut fort obscurément, peut-être à cause de la haine que portait à sa famille Anne de Bretagne.

Page 28. Le capitaine Judct se nommait Oikt d'Aydie, en Béarn. — Hugues d'Amboise , seigneur d'Aubijoux , était un des frères du cardinal d'Amboisc. — Le capitaine Ymbault de Romanieu était du Dauphiné. — Guy d'Amboise , seigneur de Ravel , frère du stigiieur de Cliaumont et neveu du cardinal. — Ce «eignenr d'Estissac était de la maison de ce nom en Périgord. — Est-ce Aymar de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, ou son fils Jean, père de la célèbre Diane de Poitiers? — Aymery de Rocliechouart, seigneur de Mortemart. — ArtusGouffier, seigneur de Boisy.

Page 33. La maison deChavannes était une des plus anciennes de la Bresse. Ce gentilhomme se nommait Jean ou Claude de Clia vannes.

Ibidem. Le seigneur de Châtilloii était Jacques de Coligny,

prévôt de Paris en 1 509, frère aîné de Gaspard , seiirncur de Fromentcs.

^ Page. 34. Jean-Nicolas Trivulce, comte de Misochio, fils ame de Jean-Jacques Trivulce.- Sans doute Jean , quatrième du nom, seigneur de ChiUeauvillain et de Tliil.— Sans doute Jean de Gamaches, seigneur de Quinquempoix.

Page 3G. /'«/«c doit signifier une décharge d'artillerie, amsi nommée par onomatopée , à cause du fracas de l'artillerie, ou soit par figure , à cause de la petite monnaie de ce nom. Le sens de ce mot s'était étendu à toute espèce de coup produisant un bruit quelconque.

Page 38. Jean d'Astarac, seigneur de Fontrailles.

Page 39. Ferry de MaiUy, deuxième du nom, baron de Conty : il est parlé de lui dans 1'//^/. de Bayard.

Page 42. Chaque homme d'armes était suivi de deux archers, d'un coutilUer ou coM^/Z/ewr et d'un gros varlet Le coutillier portait la coulille ou dague de son maître, et veillait à ses armes. Voir V Ordonnance de Charles VU.

Page 43. Vigevène ou Vigevano. Biagrasso ou Abiategrasso.

Page 45. Lisez Tyran, Tirano.

Page 47. Ce n'est point Bertrand, mais Bernardin di Corte.

Pagek%. LelacdeCôme.

Page 52. Jean François de Saint-Severin , comte de Gaïazzo, chef de l'illustre famille des Saint-Severin. — Bernardin di Corte. — Gaspard de Saint-Severin , surnommé Fracassa , à cause de sa force corporelle.

Pageï,^. Raphaël delà Rovère, cardinal du titre de Sain t- Pierre-aux-Liens , depuis pape sous le nom de Jules II.

Ibidem. Les Humiliés étaient un ordre reli<rieux établi à Milan vers 1180. **

Ibidem. Hercule d'Est, duc de Ferrare.— Jean François II de Gonzague, marquis de Mantoue.

km

Page 57. Ce Guibcrt da Carpy (Dacarpy dans le manuscrit) pourrait bien être le célèbre Albert Pio, prince de Carpi.

Ibidem. L'évèque de Bayeux était Renaud de Prie. — Il n'y a jamais eu dV'véché à Palluau en Poitou; maisàLuçon, dont Pierre de Sacierges était alors évêque

Ibiâam. Philibert II» dit le Beau, duc de Savoir?. — Ce sar Borfria, duc de Valentinois , Gis naturel du pape Alexandre YI. — Jean Stuart , duc d'Albanie. — Philij)pe de Clèvrs, seigneur de Ravestain , cousin de Louis XII. — Gaston de Foix, dit rinfant de Foix , fds de iv\w, vicomte de Narbonne, et de Marie d'Orléans, sœur de Louis XIL — François d'Orléans, deuxième du nom, comte de Lon"nevillo et de Dunois. — Louis de la Tremoille ou la Trimoille ou la Trcmouille , vicomte de Tbouars , premier chambellan du roi , surnommé le chevalier sans reproche. Sa vie a été écrite par Jean Bouchet. — Gabriel d'Albrct, sire d'Avanes ou d'Avenes , fils d'Alain d'Albret et frère du roi de Navarre. — Louis d'Orléans, marquis de Rotbelin, frère du comte de Dunois. — Pierre de Roban , seigneur de Gyé, marécbal de France. — Odet de Foix, vicomte de Laulrec. — î\lathieu , bâtard de Bourbon , seigneur de Botbeon en Forez ; et Charles, bâtard de Bourbon, son frère, seigneur de Lavedan et de Malhause, tous deux fils de Jean II, duc de Bourbon.

Page 58. Curres doit signifier nœuds, et venir du bas latin corrax; les plains-passées sont des nattes de cheveux, et les chemins accessibles peuvent s'entendre de cheveux frisés et transparens; à moins que ce ne soit une pointe, par le rapprochement du mot passées , qui veut dire aussi un sentier. Le savant M. Éloy Jobanneau pense qu'il faut dériver curres « du latin curruSy ou carres du latin carrum^ carrus, et qu'il ne s'agit point là de nœuds , mais de chars de triom' phe pour les beautés de Gènes , quoique l'auteur ne parle que de femmes aux fenêtres. »

Page 59. Jacques de Crussol, grand-pannetier de France. — Claude de la Châtre , baron de laMaisonfort et chef de la maison de ce nom. — Il serait singulier que ce maréchal de

NOTES. 5(5y

Bourgogne fût Guillaume de Vergy, quatrième du nom, qui passa au service de Maximilien après la mort de Charles VIIJ et fit, la même année, une invasion eu Bourgosnc. Le roi des Romains lui avait donné le t.tre de maréchal de Bourgogne ; cependant Louis Xïl ne consentit î pardonner la trahison de Vergy que trois ans après, à la solhctalion de Maximilien et du cardinal d'Amboise. Foir mon Histoire du seizième siècle.

PageGS. Yves, deuxième du nom, baron d'Alègre.

PageGd. Adrien deBrimeu, sieur de Humbercourt.-Pbilibert de Clermont , dit le ùrave Montoison; voyez Brantôme. - Celui que Jean d'Auton dé^gne sous le litre de le Panneuer, était peut-être François de Silly, fils de Jacqnes'de Silly maître de l'artillerie du roi. François de Silly s'intitulait alors premier écuyer tranchant.

Page 78 Ilautefaye est un petit village du Pén>rd; mais sa Notre-Dame n'a pas laissé une grande réputation de miracles. *

Page 80^ Ce doit être Claude de Beaumont, seigneur de Pelafol en Dauphiné. Cependant Jean Bessey, frère du bailli de Dijon , était baron de Beaumont. Louis de Hedouville sire de Xandricourt ou Saudricourt. - Philibert de Choiseul ' seigneur de Lanques.- Antoine de la Fayette, seigneur de Pontgibaut en Auvergne. ~ Louis Malet, sire de Graville était amiral de mer depuis 1 48G. '

Page 95. La Conversion-de-saint-Paul était le 25 jan vier 1599 selon l'ancien calendrier, qui finissait l'année la veilledePaques(1500}.La Purification de la Vierge ouNotie- Dame-de-la-Chandeleur, tombait cette année-là le 2 février.

Page 97. François de Beusseraille, seigneur d'Espic ou de 1 Espy qui fut depuis maître de l'artiUerie. P^oir Brantôme y les des capitaines françois. '

Ibidem. Il serait difficile de décider si c'est le même capitaine qui se trouve en plusieurs endroits surnommé Codebecarre etPoquedenare par erreur du copiste. Au reste Pnquedenare est appelé tantôt Aimé de ViUars et tantôt le sei-

>OTES.

gneur de Ravel. Le procès manuscrit de Pierre de Roliau le nomme Chand cher- Carré.

Page 107. L'évêque de Luron se nommait Pierre de Sacierges. Voir G al lia christiana.

Ibidem. GeofFroi Carie, président du Dauphiné et premier président du parlement institué à Milan par Louis XII , fut chargé de toutes les négociations de l'investiture du duché auprès de Maximilien.

Page. 108. hQ mot perluisane, écrit partiznne^ semblerait dériver de parti et partisan, non de per'uis et perluiser.

Ibidem. San Pietro POlms, Sedriano, Magenta, Corbetta, Castana , B(MMia , Gaio.

Page 117. Galéas de Saint-Severin , lieutenant de Ludovic. Page 119. Yerceil.

Page 122. Ludovic avait épousé Béatrix , fille et non par sœur d'Hercule d'Est , duc de Ferrare.

Ibidem. Stradella.

Page 1 26. Peut-être faut-il lire mesln\>ale au lieu de metridal, qui n'a pas de sens. Mestrivale est le repas joyeux qui attend les moissonneurs. M. Éloi Johanneau, qu'on doit toujours consulter dans les questions étymologiques , nous écrit sur ce passage : « Je suis certain que métridal est pour metridatf qu'on trouve dans le Glossaire français du supplément de Ducange, pour milhridat, contrepoison, antidote; soit parce que le t final s'est changé en /, ce qui arrive quelquefois; soit pa«'ce qu'on a pu écrire ou imprimer / pour t. C'est le mot triacleur, que je connaissais , et qu'on trouve dans le vieux Dict. fr. et it. de Duez , qui m'a fait deviner et rétablir sur-le-champ ce mot. Quant à triacleur même , il vient de triade qu'on a dit pour thëriaque , qui se dit encore en espagnol triaca et atriaca^ par la contraction de l'a final de l'article la avec theriaca. »

Page 126. Mortara.

Ibidem. Palestro.

Page 131. Antoine de Bessey, bailli de Dijon et baron de Frichâtel.

Page 132. Le seigneur de Chandée s'appelait de Chaudenier. - Le capitaine Chatelart est nommé dans Vllist de Jfayard. — Lc marquis de Mantoue avait deux frères Siaic niond , cardinal , et Jean , marquis de Vescovato. ' ^

Page 135 Jean Duplessis, dit Courcou , depuis l'un des lieutenans du roi dans la guerre de Naples, en 1 503, et condamne 1 an n^ suivante pour malversation avec le contrôleur

Page 138. Le seigneur de Grammont ou Grandmont en Franche-Comte, sans doute. - Le seigneur de Neufchâte^ doit être Henri fils de Thibaut, LXedunfm, seigneur de W chatel conseiller, chambellan et capitaine du roi -- Jac ques Hurault, seigneur de la Grange et de Cheverny çré neral des finances, bailli et gouverneur de Blois. ^

Page 145. Trecate.

i>«g^ 152. Le soin que prend le chroniqueur d'enrecrjstrer la mort d'un «'"iple homme d'armes nommé Cypriend'Auton donnerait àpenser que ce fut son parent, plu ôt que fe sei^ gneur d'Auton en Saintonge. Foir la Notice.

Pagen^ Aymar de Prie , seigneur de Montpoupon ca-

Pagel!,». Robbio.

Pajc 170 Godefroy écrit Bad,- ; le manuscrit porte Baudc- Chéries de Bourbon , comte de Roussillon fils de Louis , bâtard de Bourbon et an.iral de France.- Jacque de Rohan, fils aîné de Jean, H- du nom , vicomte de Roi al

raldd% ri ''" ^'-"—- Louis de Bourbon

bâtard de Uege , fils naturel de Louis de Bourbon, cinquième fils de Cbar es, I" du nom , duc de Bourbon «td-AuverTue^ Jacques, bâtard de Vendôme, fils naturel de Jean de Bourbon n, comte de Vendôme, a fait la branche des seigneurs de Ligny. Les deux frères Cbabannes jouent un g^and rôle dans es guerres d'Italie : GuiUaume Crétin a rimé^une corn plainte sur la mort de La Palice , tué à la bataille de Pavie I-e seigneur de Beaudîner était François de Crussol , frère du grand-pannetier du roi, Louis des Barres, d'une an-

570 i>OTES.

cieDue famille des environs de Langres. — N'était-ce pas Jean, II" du nom , baron d'Arpajon , sire de Severac et sénéchal de Rhodez , l'un des cent gentilshommes de la maison du roi en 1490? — Ce liaron de Béarn, dont parle souvent l'histo rien de Bayard, pourrait bien être le même que l'infant de Navarre Jacques de Foix , quatrième fils de Gaston, IV'' du nom. — François de Yiennc , seigneur de Listenois. — On disait alors indifféremment Frementes ou Fromentes. C'est Gaspard de Coligny, h^ du nom, qui prenait le titre de la seigneurie de Fromentes du vivant de son frère aîné Jacques. — Le duché de Cardonne est en Catalogne.

Pagff 177. C'était Tannée du jubilé séculaire, qui attirail à Rome une foule considérable de pèlerins de tous les pays chrétiens. Foir mon Histoire du seizième siècle.

Page 1 83 . Il est parlé déjà de ce François Doulcet, p. 1 36 ; il figura depuis dans le procès des Trésoriers en 1504.

Page 1 95. Hector de Salazar descendait d'un fameux chef de Routiers sous Charles YII.

Page 1 07. C'est Galéas de Saint-Severin.

Page 199. Rivolta, château appartenant à Conrad Lando , gentilhomme, parent et ami des Sforzes.

Page 20 i. GaUate.

Page 206. Le maréchal de Trevolce n'est autre que Jean- Jacques Trivulce, Trevolcio, qui venait d'être fait maréchal de France.

Page 208. Trezzo.

Page 209. Galéas Pallavicino. — Cet Antoine Trivulce , cousin de Jean-Jacques Trivulce , était alors sénateur de Alilan y il fut fait cardinal l'année suivante.

Ibidem. Torcello. — Cette Camille d'Aragon était probablement une des filles naturelles d'Alphonse V, et par conséquent une sœur de Ferdinand V, roi de Naples.

Page 210. Jean Bentivoglio, IF du nom.

Page 214. Jean de Châlon , II* du nom, prince d'Orange, ami du roi , après avoir été son compagnon d'armes dans la

NOTES. Syi

guerre civile de Bretagne. — Le seigneur de La Roche était Guy XV, comte de Laval , seigneur de La Roche-Bernard.

Ihidpm. V Infant de' Navarre {Voyez la note ci-dessus) était frère de Gaston, comte de Foix, mort en 1470, mais seulement oncle du jeune Gaston de Foix , duc de Nemours, fils de son frère Jean, vicomte de Narbonne. — Guillaume de Bonneval se distingua dans les guerres de Charles \TÏI, Louis XII et François I'^ — René Pot, seigneur de La Roche , depuis sénéchal de Beaucaire après la mort d'Etienne de Vèse.

Page 2i 5. Gaston de Foix, depuis duc de Nemours, fils de Jean de Foix , vicomte de Narbonne , beau-frère de Louis Xn ; il était alors âgé de douze ans. — Jean , sire de Rieux , maréchal de Bretagne , descendant des deux maréchaux de France de ce nom. — Charlotte d'Aragon, princesse de Tarente , fille aînée de Frédéric, roi de Naples , l'une des damoiselles de la reine Anne de Bretagne. —Barbe de Gonzague , femme de Jean François de Saint-Severin, comte de Gaiazzo. — Anne de Foix , lille de Gaston de Foix , IP du nom , comte de Caudale et de Benauges.

Page 217. Le grand-maître de Rhodes était alors Pierre d'Aubusson.

Page 221. Terenzo , Bercelto, Pontremoli, Ulla, Massa.

Page 240. Charles, duc d'Alençon, ne fut que fiancé à Suzanne de Bourbon le 21 mars 1500 ; ce mariage n'eut pas lieu.

Page 242. L'année 1500, selon l'ancien calendrier, finit le 10 avril 1501.

Page 249. Ce n'est pas Jacques, mais François de laTrimoille, frère puîné de Louis, premier chambellan du roi.

Page 253. Gilles Meschinot était sans doute parent de Jean Meschinot , auteur des Lunettes d('s princes , et l'un des poètes d'Anne de Bretagne.

Page 255. Prégent de Bidoulx fut , dit-on , le premier général des galères en France. — Tous ces capitaines de navires sont de bonne et ancienne noblesse; la plupart, de Bretagne.

Pafie 1 50. René (l*Anjou , seigneur de Maizières ou plutôt de Mézières, était (ils de Louis d'Anjou, liiUard du Maine.

— Jacques de Foix, dit V Infant de Navarre. — Jacques, dit Galiot, de Genouillac , depuis grand-écuyer de France. — Jean de Bourbon , vicomte de Lavedau , baron de Malhausc et de Barbazan , second fils de Charles, bâtard de Bourbon.

— Cet Ainion de Vivonne n'est point marqué dans les généalogies : c'était sans doute un frère d'André de Vivonne, seigneur de La Cbâtaigneraie. — ^c serait-ce pas Jean de Mouy, bâtard de Soyecourt , fils du dernier seigneur de Mouy ? — Gilbert des Serpens était seigneur de Citain. — Philibert Damas, seigneur de Saint-Amour, fils aîné de Jean Damas, seigneur de Digoine , etc. — Peut-être Castel-Bayac en Bigorre.

Paf^e Vol. Laurent Bureau, évèqiie de Sisteron, n'était pas de la famille des Bureau de Paris, illustrée par Jean et Gaspard Bureau , maîtres de Tartilleric sous Charles VU.

Pai^eVo^. Voyez sur cette réformaliou des Yaudois du Dauphiné V Histoire tics Fauefois , par Jean-Paul Perrin , Lyonnais.

Pas^e 2G7. C'est le champ de Flore.

Page 212. Marino ; Rocca-Secca ; San-Germano.

Pa^e 273. Louis de Montpensier, fils aîné de Gilbert de Bourbon , comte de Montpensier. — François de la Trimoille, seigneur de Mauléon. — Alfonse, bâtard d'Aragon, prince de Salerne et duc de Bisceglia , fils d'Alfonse 11 , roi de INaples; marié à Lucrèce Borgia.

Page 278. Mataloni ou Maddaloni; Nola.

Page 21 d. Aversa ; Marigliano.

Page 284. Le mot retrouble ^ qui ne se trouve que dans Nicot , signifie un terrain gras (ju'on sème tous les ans.

Ibidem. Claude de Grignan , de la famille de Grigny, qui fut tué dans un combat près de Reggio en Calabre. Fojrez Duhaillan, édit. de 1627.

Page 285. Ce Colin de Bourdelay était sans doute de la famille de Coetlogon et de la branche de la Bourdelaye.

NOTES. DyS

Page 290. C'est Yves de Mallierbc, capitaine des Aventuriers, sorte d'infanterie de tous pays.

Page 291. Vidas Afllec, conseiller et maître d'hôtel du roi, cjui avait été envoyé en 1598 auprès du roi de Danemark pour conclure un traité d'alliance au nom de Louis XII. Foir mon Histoire du seizième siècle.

Page 300. Cette seigneurie do Maulovicr en Anjou passa depuis dans la maison de Colbert; il ne faut pas la confondre avec la seigneurie de Maulevrier en INormandie , appartenant à la famille de Brezé.

Ibidem. Ischia.

Page 310. Marcigliano.

Page 311. Aquila. — Pouzzolo , en français Pouzzol.

Page 312. Torre di Greco; Nocera.

Page^M. Antoine, dit le Hardi, seigneur de Pontdormi, capitaine de quatre-vingts lances, fils de Jean, VI' du nom , sire de Créquy.

Pnge^i^. Ferdinand François d'Avalos, marquis de Pescaire , fut un des principaux capitaines de Charles-Quint.

Ibidem. La seconde femme de Frédéric de Naples était Isabelle , dite Éléonore , fille de Pierre de Baulx , duc d'Andria, de laquelle il eut Ferdinand, duc de Calabre, Alfonse, dit V Infant d'Aragon , et César.

Page 321 . Sans doute , Notre-Dame du pied de la Grotte. — Tout le moyen âge a regardé Virgile comme un magicien. Foyez ce qui le concerne dans V Apologie des grands hommes accusés de magie , par Naudé ; il y a un vieux roman manuscrit sur les prodiges de Virgile.

Ibidem. Route signifiait une troui)e de gens ; nous avons aujourd'hui le mot raouf , ou rout, assemblée, tiré de l'anglais, qui l'avait emprunté à notre vieux français.

Page 322. Gonzales Fcrrande , c'est Gonsalez Hernandes ou Gonsalve de Cordoue , surnommé le grand-capitaine. Foyez sa /^/c, par Paolo Jovio.

Page 323. Le digne de Besancon , c'est l'archevêque de

Besançon François de Busleyden, qui avait été précepteur de l'archiduc . Voyez Gallia christiana. — Engilbert de Clèves , comte de Nevers. — C'était sans cloute une demoiselle de la maison de Chateaidniand en Bretagne. — Louis de la Trimoille était prince de Talmont. — Foyez ci-dessus la Nota concernant le Initard de A'endomc. — La demoiselle delà Grange était Anne ou Jeanne , fille tle Geoffroy de la Grange , seigneur de Montigny.— Artus Gouflier, seigneur de Boisy, n'était ])as encore grand-maître de France ; il ne fut comblé d'honneurs que sous le règne de François I*^'.

Pa^e 324. Mademoiselle de la Tour était Anne ou Madeleine, fille de Jean de la Tour, comte d'Auvergne et de Lauraguais. — Cette danse représentait en allégorie Talliance de la chrétienté contre les Turcs.

Prtge 32C. Jean Lemaire , poète belge, parle dans ses poésies du peintre du roi, Jean de Paris , qui l'avait présenté à Louis XII.

Paçfe 330. On trouve des détails très-curieux et presque identiques sur le mal de Naples dans une histoire inédite de Charles Mil , qui jiourrait bien être de la Popelinière. Manuscrit de Dupiiy, n° 745.

Page 332. Lugano.

Page 334. Varese.

Ibidem. L'amiral de France était alors Louis Malet , sire de G ravi lie.

Page 337. Le sens fait comprendre cyacdlre myngue équivaut à refuser. Nous avions pensé que ce mot étrange pouvait se rapporter à une onomatopée gutturale assez fréquente chez les Juifs allemands, et exprimant une sorte de mécontentement étouffé. Mais M. Éloi Johanneau est encore venu à notre secours : « J'avoiscru d'abord, dit-il, que \ciï\o\.mj'ngtic n'étoit qu'une variante orthographique du mot menguc, mangerie, vexation, qu'on trouve dans le Glossaire françois du supplément de Ducange, et qui tient à mengiiei\ manger-, mengoirc, mangeoire : d'où le nom propre /////?gM('/ , petit mangeur. Mais en faisant réflexion que c'étoient des Lomb^irds, c'est-à-dire des usuriers italiens, qui répondoient ainsi,

KOTES. 5^5

j'ai bientôt vu que je me trompois , que ce devoit être le mot Italien miga , francisé , qui signifie non pas, en sous-entendant la négation .vp, ne quidem mica, mot qui vient du latin mica , mie , miette. Ce qui le confirme , c est que nous en avons fait le vieux françois miguc , mie de pain. »

Page 338. Godefroy a écrit Marolles au lieu de MarzoUes que porte le manuscrit : il y avait en effet une seigneurie de MarzoUes.

^^S(^ 341.jgsij4lefroy a écrit Margou au lieu de Mozcou , comme on lit dans le manuscrit : ce serait alors Maro^ozzo '

■ Les noms de lieux surtout, «lans le récit des guerres d'Italie, sont tellement défigures, qu^l est Lien difficile de les reconnaître, la carte a la main; d'ailleurs beaucoup de châteaux-forts ont disparu, beaucoup de villages même n'existent plus. Ou n'est pas moins embarrassé dans la recherche des personnes ; car les fils d'un seigneur portant chacun le titre d une seigneurie particulière, les seigneuries passant d'une famille a l'autre par maringc, succession ou vente, et plusieurs seigneuries du même nom étant dispersées dans les provinces, il est souvent impossible de se gu.der dansce labyrinthe généalogique : la généalogie, qu'on dédaigne aujourd hui, est pourtant une des bases de l'histoire.

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