DE LA TROISIÈME PARTIE
ÏDf la mort in ôei^nmv ie Monipemiev i tt ie plueieurg autr^ô Irequels, a tmpg îrurant, m0urur^ nt 'ht là Us mante.
Des faits prospères et cas inconvénients des choses , selon la réalité d'icelles , est à tout historiographe de faire claire ostension et narration prouvée , sans que Tune donne lieu à l'autre, par avance de faveur ou crainte de déplaire, dont à propos me faut le conte élargir. Ores est donc par le pouvoir du roi Naples conquêtée , son armée de mer mise au danger du vent , et les Suisses chassés de Lornbardie. Reste à dire que, après toutes ces cho-
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^s, fa itiôfr, (qui à nul pardonne, a voulu ruer à^tpùtesVtiains , sans épargner homme de quelque état; et pour sur ce commencer notre élégie, dirai que le seigneur de Montpensier, étant lors à l'entrée de ses ans florissants, au pourchas de raccroissement de sa valeur, et en propos de prospérer en vertus , après avoir, à la conquête de Naples, au service du roi tant à droit les armes exploitées , que de titres d'honneur avoit sa renommée enrichie , acquis los immortel , et louable chevalerie maintenue, dedans la ville de Naples , comme dit est, mourut. Ne fut-ce pas grand dommage? J'en laisserai le jugement à ceux qui l'intention de son vouloir , l'effet de ses œuvres , et le prix de sa valeur ont connu. Quoi que ce soit , de sa mort fut le roi grandement adoulé, et marri très-amèrement, et tant qu'après la perte du corps voulut avoir souvenance de l'àme : en commémoration de laquelle, dedans la grande église de Saint-Jean de Lyon fit faire obsèque lamentable, et funérale fête. Le dedans de réghse, et tout autour, fit ceindre d'un drap de velours noir, semé des armes de Bourbon , dont il étoit issu et portoit le nom. Dedans la grande nef de l'église, étoienttant d'hommes vêtus en deuil, tant de torches et cierges ardents , qu'à mon pouvoir ne fut de les pouvoir nombrer. Tous les prêtres qui là se purent trouver , et célébrer messe , et par toutes
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les éghses et chapelles de Lyon, furent payés et repus. La grand'messe fut , au maître-autel de ladite église, par un évêque suffragant de Lyon , célébrée et , par les chantres de la chapelle du roi , solennellement chantée , et tout le service tant piteusement fait, qu'à tous les présents, fut spectacle de mort lamentée et regrettée perte.
En ce même temps, dedans la ville de Milan , fut tué un gentilhomme françois, nommé Hector de Montenart, gouverneur d'Ast, pour le roi , et fut occis par un nommé le marquis de Ceve, duquel icelui Montenart occupoit par force les terres , et ne les vouloit rendre audit marquis, supposé que rendre les dût, et que par ce marquis maintes fois en eût été prié et requis ; et entre autres, un soir, sur l'heure de vêpres, que ledit marquis rencontra dedans une des rues de Milan ce Montenart, lequel alloit à son logis mal accompagné, dont mal lui en advint, comme vous orrez. En allant de la rue au logis, le marquis susdit pria derechef ledit Montenart qu'il lui plût rendre le sien, et que le roi ainsi l'entendoit, en lui disant qu'il lui tenoit grand tort; et qu'au moyen de ce qu'il détenoit ses terres, deux ou trois pauvres sœurs qu'il avoit demeuroient à marier, et en danger d'être méchantes, et lui et ses frères déshérités, en pauvreté et désavancement. A ces paroles peu s'arrêta ledit
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Montenart, en disant ([u une autre fois en parleroient plus à plain. Dont se tut ledit marquis, tout épris de courroux, et comme celui qui pour l'heure fut maître de son motif, couvrit l'intention de son courage jusques à temps, et envoya paisiblement cedit Montenart jusques à son logis; et là, fut nouvelles de boire. Avec eux n'avoit qu'un varlet et un page, serviteurs dudit Montenart; desquels le varlet fut transmis au vin , et le page au fruit et à laver les verres. Ainsi demeurèrent tous deux ensemble : et sitôt que le marquis vit son homme au dépourvu , et sans autre compagnée, mit la main à une courte dague qu'il avoit, et dedans Testomac lui donna trois coups, tant mortels qu'il Tatteindit au cœur, dont tout mort cheut à terre, sans jamais parler un tout seul mot. Et ce fait, ledit marquis, sans attendre le vin à venir , s'en alla par rues obliques jusques à son logis, où monta à cheval; et sans autre empêchement, hors la ville , se retira et gagna les champs. Ainsi en méchut à celui qui, sans titre juste, du bien d'autrui se voulut emparer et au danger de son ennemi sa vie hasarder. Dont je dis que celui qui forfaiteur se sent, sans appui de sûre garde , haineuse compagnée chercher, envieuse hanter, ou douteuse approcher, ne doit.
En ce même temps, de là les monts moururent plusieurs bons capitaines françois, et.
autres amis et serviteurs du roi : desquels fut messirc Jean Francisque de Saint-Severin , comte de Gayace, lequel fut somptueusement servi , et à triomphe funéral ensépulturé en la ville de Naples. Maints bons services avoit faits au roi, et de moult secouru son armée.
Aubert du Rousset, lieutenant de la compagnée du duc de Valentinois, mourut pareillement à Naples; lequel fut par aucuns de ses haineux empoisonné à la table dudit duc de Valentinois.
Aussi mourut le seigneur de Saint-Priest, capitaine de cinquante hommes d'armes. En gomme plusieurs autres François, avec ceux, moururent audit lieu de Naples, dont la perte fut moult dommageuse pour le roi, et la mort plainte de chacun.
Commrnt la reine ôVn retourna ic Cuon à 6laiô.
Le dix-huitième jour du mois de septembre, la reine partit de Lyon pour s'en alleràBlois sur Loire, où étoit lors Madame Claude, sa fille. Ce même jour, le roi s'en alla en Dauphiné chasser et ébattre, en attendant nouvelles de ses pays de delà les monts. Et de là transmit la poste devers le cardinal d'Amboise , pour l'envoyer en ambassade devers le roi des
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Romains, ainsi qu'à son parlement de Lyon lui avoit dit et baillé son youloir, sur ce , pour entendu.
Comment U cûrtinal y2lmb0i6e fut nx ambûôsaîïe îrepers iWartmilim, roi îrce Homainsi.
Le cardinal d'Amboise, après avoir eu nouvelles du roi , et son vouloir entendu, le vingtcinquième du mois de septembre , partit de Lumel en Lombardie, pour aller en ambassade devers le roi des Romains, qui lors étoit dedans une ville nommée Trente, entre les Allemagnes et Venise; laquelle ville étoit de la seigneurie de Saint-Marc. Avec ledit cardinal d'Amboise furent plusieurs grands seigneurs de France et de Lombardie , grand nombre d'évêques , d'abbés et de protono taires, cent des gentilshommes de la maison du roi, et deux cents archers de la garde pareillement, et tant d'autres , que de seize à dix-huit cents chevaux fut accompagné : ce qui fut pour lui chose bien solennelle , et très-honorable pour le roi. Tant chevaucha que le troisième jour du mois d'octobre fut avec tout son train près de Trente. Au devant de lui, et pour le recevoir, fut le cardinal deGurce, qui lors étoit avec le roi des Romains. Plusieurs
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autres princes et grands seigneurs d'Allemagne lui furent lors envoyés, pour le recueillir, lesquels le convoyèrent] usques dedans la ville, où fut logé par fourriers, lui et tous ses gens, moult bien à point, et là festoyés tous, et traités à souhait par les seigneurs et peuple de la ville , et, les gens du roi des Romains. Lorsque ledit cardinal d'Amboise fut prêt pour aller faire ce que de par le roi lui étoit enchargé, prit avec lui des évêques et autres gens d'église plus solennels, ce qu'il lui plût, avec des gentilshommes du roi , et des archers de la garde des mieux estimés; et s'en alla devers le logis du roi des Romains, et dedans entra; où par le roi des Romains et autres princes, qui là étoient, dont il y avoit grand nombre, fut très-honorablement reçu. Et là fit son salut comme il devoit, et sa harangue comme il sut : dont s'en acquitta en manière que ce fut au plaisir de tous et à son honneur. Ce fait, le ix)i des Romains eut avec ledit cardinal d'Amboise plusieurs douces paroles et amiables raisons; et entre eux deux eurent de divers propos solatieux passe-temps; et après ce, parlèrent de leur affaire, et d'un et d'autre côté plusieurs choses mirent en termes, qui moult seroient longues à raconter. Toutefois, le cardinal d'Amboise, qui là parloit pour le roi et par son vouloir, dit que, pour l'accroissement du bien public et entretenement d'heureuse
paix , le roi , avec le roi des Romains, vouloit et désiroit avoir amitié , alliance et confédération , et que , pour cette cause , Tavoit le roi illec envoyé ; et que aussi à lui ne tiendroit qu'eux, leurs gens et leurs pays ne fussent à toujours -mais unis, paisibles et adjoints : dont eux pourroient l'un l'autre amiablement voir et visiter, leurs sujets vivre en franchise et sûreté, leurs amis monter en heur et prospérité , leurs ennemis tomber en exil et adversité , et leurs terres et seigneuries accroître et augmenter ; et avec ce , si le roi tenoit tort d'aucune chose aux rois des Romains , que telle raison lui en feroit , que pour content s'en devroit tenir.
Le roi des Romains fit à ce réponse, disant que aussi de sa part vouloit sur toutes choses avoir amour, accointance et bienveillance avec le roi; mais en ce faisant, demandoitque le seigneur Ludovic et son frère , le cardinal Ascaigne, que le roi tenoit en France prisonniers, fussent délivrés et mis en liberté, et que sans la délivrance d'iceux, lesquels étoient ses alliés, ne feroit avec le roi accord paisible. Plusieurs autres demandes et raisons mit en avant le roi des Romains, lesquelles ne lui furent toutes accordées, mais mises sur le bureau en conseil , et , par le temps de quatre jours entiers, continuellement d'un et d'autre côté débattues. Un nommé maître Raymond
Pérault, de la nation de France, et cardinal de Gurce, étoit lors avec le roi des Romains, comme j'ai dit, et de lui bien voulu : lequel mit les efforts de son pouvoir aux champs, pour moyenner entre la demande de l'un et réponse de l'autre. Tellement qu'après toutes les allégations proposées entre lesdits princes, fut faite conclusion paisible , et dit que le cardinal Ascaigne seroit délivré et mis hors de prison , et la question de la délivrance du seigneur Ludovic mise en suspens jusques aune autre fois. Et ce fait, la paix fut accordée et partout publiée; et le cardinal d'Amboise acheminé pour s'en retourner devers le roi. Et, au départ, le roi des Romains lui fit tel honneur, que lui-même le conduit jusque hors la ville. Et tantôt qu'il fut arrivé en France , fit au roi rapport de son exploit; parquoi fut mis le cardinal Ascaigne hors de prison et délivré, comme au roi des Romains avoit été promis. Et en ce temps, fut ledit cardinal d'Amboise fait légat en France, en Avignon, et en tout le Dauphiné, où fut reçu par les seigneurs de parlement desdits pays.
Nouvelles furent lors apportées au roi , que don Frédéric venoit en France , et qu'il approchoit le port de Marseille de Provence , pour s'en venir en cour ; dont furent au-devant de lui envoyés, l'archevêque de Sens, le seigneur de Saint-Vallier, le seigneur du Bouchage, le
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bailli de Gisors, et plusieurs autres grands personnages pour le recevoir et conduire devers le roi.
Le douzième jour d'octobre, deux beaux pères du Plessis-lès-Tours, de Tordre des Bons- Hommes, vinrent à Lyon devers le roi, et lui présentèrent une haire tissue de poil de cheval, avec douze cierges de cire, que lui envoyoit un beau père dudit lieu du Plessis-lès-Tours, nommé Francisque de Paula, lequel étoit moult saint homme, et étoit là du temps du roi Louis onzième, et vivoit d'une très-austère etpénitentiale vie; parquoi le roi reçut volontiers le présent , et fit bien traiter les messagers : ladite haire bailla à messire Jean de Poitiers, seigneur de Clairieux, et retint les cierges.
Sur la fin du mois d'octobre, le roi, après avoir mis à ses affaires due provision, partit de Lyon, et s'en alla à Blois, où lors étoit la reine, et madame Claude, sa fille. Et tantôt que là fut arrivé, par-devers lui vint le roi Frédéric, bien accompagné , auquel fit gracieux recueil et amiable réception. Et là ordonna de son état, en lui baillant pour pension annuelle cinquante mille francs, assignés une partie en domaine , et l'autre sur ses deniers , et payés par les trésoriers de ses finances.
DK JEAN D AUTON.
Comment une grosse armée 5e J^rûneoiô et b'ûutreô etjrétiens furent par mer contre lesîLurcô, en rîle îre iîlétélin, près îre Conetantinople.
Pour ce que plusieurs choses en même temps et en divers lieux furent celle année faites par les François, et mêmement que, au temps de la course et descente que les Suisses, dont j'ai ci-dessus fait mention, firent en Lombardie, l'armée que le roi avoit mise sur mer étoit au voyage de Grèce et exploitoit comme pourrez ouïr, je n'ai voulu entremêler les choses, mais suivre propos consécutivement du commencement à fin, sans faire interruption de compte, et dire sur ce , que, le seizième jour du mois d'août, audit an mil cinq cent un, après que messire Philippe de Ravestain, lieutenant du roi en l'armée de mer, eut baillé sauf-conduit au roi Frédéric pour s'en aller en France, comme j'ai dessus écrit, et que son navigage fut prêt, avoit donné vent aux voiles, et adressé en Sicile, pour passer le Phare de Messine, et abréger sa voie, et nagé deux jours en mer à vent contraire; toutefois au tiers jour eut temps doux et calme. Lui et ses gens étoient lors sur mer à l'endroit d'une montagne nommée Strambouly , laquelle brûle
nuit et jour, et est moult épouvantable à regarder. Toutefois ledit messire Philippe, comte de Ravestain, voulant plus au vrai savoir de celles merveilles, fit arrêter la galère où il étoit, et prit avec lui le duc d'Albanie, un sien confesseur Cordelier, nommé frère Bernardin, un nommé Pregent de Jaguo, valet de chambre du roi, six autres gentilshommes, et quatre archers; puis descendit par une barque jusques au pied de la montagne, et se mit avec ses gens à monter au mieux qu'il put, et ainsi chemina par l'espace de quatre heures ou environ , et tant que jà avoit passé la moitié de ladite montagne en tel endroit , que lui et les siens étoient dedans la cendre jusques aux genoux , dont ne pouvoient avancer leur train , ne passer ou tre, pour l'empêchement des grands arbres et grosses pierres dont ladite montagne étoit toute semée : et aussi étoit jà la nuit prochaine. Pourquoi , avisèrent que le mieux seroit de retourner, et descendre , vu aussi que la voie où ils étoient leur étoit inconnue, et presque inaccessible. Et ainsi s'en retournèrent par un autre côté auquel avoit un grand bois de haute futaie tout brûlé et ars : en sorte que tous ceux qui par là passèrent, en emportèrent l'enseigne du charbonnier, comme après aux visages, mains, et habillemens d'iceux François apparut; qui, à la descente de ladite montagne, eurent sans
cesser la pluie au dos. Et tantôt qu'ils furent descendus et embarqués , là se leva une nuée tant obscure, nonobstant que encore ne fut nuit, que à peine pouvoient ceux qui étoient auprès et touchant ladite montagne , voir icelle, et avec la nuée survint une fortune tempétueuse sur la mer, telle que contraints furent de prendre port à Milazze en Sicile, près de ladite montagne de Strambouly, de quarante milles ou environ. Et là ancrèrent pour prendre séjour , et attendre le bon vent, que au troisième jour eurent : dont levèrent voiles, et cinglèrent en mer, droit au Phare de Messine, lequel passèrent aisément cedit jour, qui fut entour la fête de Saint-Barthélémy, et abordèrent à Rhége en Calabre , pour prendre rafraîchissemens. Et de là, messire Philippe de Ravestain transmit un gentilhomme des siens, nommé Jean du Bois-Rond, devers le capitaine Gonsales Ferrand, lieutenant - général du roi d'Espagne en Fouille et en Calabre, pour savoir de lui si l'armée que le roi d'Espagne avoit promise pour le secours de la chrétienté contre les Turcs étoit prête, et qu'il étoit heure de sur ce exploiter, comme avoit été promis entre les rois chrétiens, long -temps devant. Oyant, celui Gonsales Ferrand, ce que luimandoit le seigneur de Ravestain, lui transmit un messager pour faire réponse, et dire l'excuse du roi d'Espagne; tel que secours
de ^;ens ne pouvoit pour l'heure donner au\ chrétiens, ne mettre armée sur mer, pour rempêchement de certaines guerres et conquêtes, qu'il avoit à faire pour lors; dont ne se falloit plus fort avancer pour la promesse de son secours. Premier que dire plus, un peu me faut éloigner le propos de ce conte , pour y approcher le reste de ce qui en faut, et y mettre ce qui peut servir à l'excuse du défaillant et à la preuve de vérité. Et pour conjecturer le défaut du secours du roi d'Espagne contre les Turcs, et l'intention de son vouloir, est vrai que, pour faire la conquête de Naples, étoit, entre le roi et lui , dit et accordé, que chacun d'eux mettroit armée en avant , et qu'après la conquête faite, que Naples etl'Abruzze, avec le titre du royaume, demeureroit au roi, et que la Calabre et la Fouille seroient au roi d'Espagne : dont le roi en avoit fait tel acquit, que par ses efforts , sans autre aide , tout ledit royaume de Naples avoit conquête et mis entre ses mains, sans que le roi d'Espagne y fit autre effort, si ce n'est que , après ce, son armée mit en Calabre et en Sicile pour les garder , et lever les profits. Et avec ce, après ladite conquête , pour pacifier le tout , fut dit , que au roi Frédéric seroit donné par chacun des deux princes, cinquante mille francs par an, ce que fit le roi, et continua toujours. Mais le roi d'Espagne , en tout ce , ne fit loyal devoir, ne
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dû acquit. Parquoi, sur ce, dire se peut que le roi d'Espagne, doutant que à ce moyen les François lui voulussent courir sus, et quereller les pays qu'à fausses enseignes tenoit du royaume de Naples, ou bien pour au dépourvu trouver lesdits François, qui s'aifoibhssoientde ce qu'ils envoyoient en Grèce, et à son avantage leur donner quelque venue , et sur eux faire surprise, ne voulut envoyer secours, ne bailler renfort contre les Infidèles , ainsi qu'il avoit promis et juré, comme dit est : dont l'excuse est bien simple; de laquelle chose je cesse le récit, pour passer outre, et suivre le propos de mon voyage de Grèce. Or étoient dope lors les chrétiens au port de Rhége en Calabre, attendant le secours d'Espagne. L'armée pareillement de Portugal , qui là se devoit rendre , ne se trouva pour l'heure prête, pour faire ledit voyage. Toutefois, par le défaut de tout ce , ne fut l'entreprise arrêtée; mais les François et Genevois, qui en nombre étaient soixante voiles, après avoir séjourné huit jours audit port de Rhége, et fait comme j'ai dit, se mirent à voguer, et tirèrent jusques à la bouche du golfe de Venise , cuidant par là passer. Mais une tempête se leva, et une tourmente si grande, qu'ils furent contraints de retourner moult loin en arrière dudit golfe, et en danger de périr tous; car, par l'impétueux bouffement du vent qui
lors se faisoit en mer, les navires et galères furent dispersés et éloignés plus de quatre milles loin l'un de l'autre, et une entre autres, nommée la Palvesine, genevoise, laquelle donna contre terre tel choc, que tout à sec demeura sur la grève : tellement qu'on cuidoit qu'elle fût par pièces et éclats. Toutefois elle eut si peu de dommage , que, le lendemain , à force de gens, elle fut saine et sauve mise en pleine mer, et toutes les autres rassemblées; et ce fait, le vent fut doux, et le temps acceptable : ce qui remit le navigage en avant, droit audit golfe de Venise , lequel passèrent sans nul détour de fortune, et prirent port à Zante, dont il y a de Rhége six cents milles de mer, ou plus. Le jour de la fête Saint-Michel furent audit port de Zante les François et Genevois , où demeurèrent à l'ancre par le temps de quatre jours; et là cuidoient trouver l'armée de Venise, ainsi que devant avoit par les François et Vénitiens été dit; laquelle armée ne se trouva audit lieu , mais encore étoit à Corso , à trois cents milles loin en arrière de Zante , où, par aucunes galères de France, qui, côtoyant ledit golfe de Venise, s'étoient rendues au port de Corso, furent les Vénitiens avertis que l'armée de France et de Gênes étoit jà devant audit port de Zante , attendant nouvelles et secours de l'armée des Vénitiens ; lesquels, étant avertis de ce, transmirent vers messire
Philippe de Ravestain lui dire et prier que vers Corso fît retourner son navigage , pour aller prendre et piller une grosse bourgade , nommée La Valone , étant près de là en terre ferme d'Albanie, et sujette aux Turcs; laquelle bourgade étoit moult riche , pleine de vivres, et très-propice et à main pour les chrétiens. Sur laquelle chose voulut messire Philippe de Ravestain, premier qu'avancer de plus, tenir conseil; auquel furent appelés James, infant de Navarre; Jean Stuart, duc d'Albanie ; Jacques de Bourbon , comte de Roussillon; messire Jean dePorcon, messire Jacques Guybé, Jacques de Coligny, Jacques Galiot , Ervé Garland, vice-amiral de Bretagne; Emar de Vescq , David Destagien , un nommé PregentdeBidoulx, capitaine de quatre galères, et plusieurs autres capitaines, lesquels mirent en avis ledit affaire, et par diverses allégations le débattirent ; et mêmementfut le fait plaidoyé longuement par le capitaine Pregent, Gascon , et David Destagien, Genevois, lesquels avoient sur la mer vu maintes aventures, et dirent iceux en l'audience de tout le conseil , que de retourner arrière trois cents milles loin , ce seroit grand retardement de leur voyage , et que, premier que l'armée fût allée à Corso et revenue où elle étoit , les François et autres , qui n'avoient accoutumé longue traite sur mer, s'affoibliroient et prendroient ennuyeux